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29 juin 2022 3 29 /06 /juin /2022 06:00

J’ai connu les « faiseuses d’anges », en mes années étudiantes à Nantes, l’une de mes petites amies était infirmière, souvenir de l’avoir vu pleurer en rentrant de l’hôpital où des jeunes filles avaient eu recours à elles, faute de pouvoir se faire avorter médicalement, ou d’avoir agi seule avec des aiguilles à tricoter ou du persil.

 

Marie-Louise Giraud, la faiseuse d'anges qui a fini guillotinée à Paris ICI 

 

Marie-Louise Giraud est morte à 39 ans

 

30 juillet 1943, ce jour-là, Marie-Louise Giraud, 39 ans, est condamnée à mort pour avoir pratiqué des avortements illégaux à Cherbourg est guillotinée.

 

Le 30 juillet 1943 dans la cour de la prison de la Roquette à Paris, Marie-Louise Giraud, 39 ans, s’approche de la guillotine près de laquelle l’attend le bourreau.

 

Son crime ?

 

Avoir pratiqué 27 avortements illégaux dans la région de Cherbourg (Manche). Elle reste dans l’histoire comme la seule « faiseuse d’anges » exécutée pour ce motif.

 

Une affaire de femmes DVD - Claude Chabrol - DVD Zone 2 - Achat & prix |  fnac

 

Une affaire de femmes film de Claude Chabrol sorti en 1988. Il est adapté du livre du même nom écrit par l'avocat Francis Szpiner et paru aux éditions Balland. Il s'inspire de l'histoire vraie de Marie-Louise Giraud, une des dernières femmes guillotinées en France.

 

Halimi 7111973 Phot Julien Quideau copyr. L'express.JPG

 

Le procès de Bobigny : La cause des femmes. La plaidoirie de Me Gisèle Halimi ICI  

 

Et si je ne parle aujourd’hui, Messieurs, que de l’avortement et de la condition faite à la femme par une loi répressive, une loi d’un autre âge, c’est moins parce que le dossier nous y contraint que parce que cette loi est la pierre de touche de l’oppression qui frappe les femmes.

 

C’est toujours la même classe, celle des femmes pauvres, vulnérables économiquement et socialement, cette classe des sans-argent et des sans-relations qui est frappée.

 

Voilà vingt ans que je plaide, Messieurs, et je pose chaque fois la question et j’autorise le tribunal à m’interrompre s’il peut me contredire. Je n’ai encore jamais plaidé pour la femme d’un haut commis de l’État, ou pour la femme d’un médecin célèbre, ou d’un grand avocat, ou d’un P-D-G de société, ou pour la maîtresse de ces mêmes messieurs.

 

Je pose la question. Cela s’est-il trouvé dans cette enceinte de justice ou ailleurs ? Vous condamnez toujours les mêmes, les « Mme Chevalier ». Ce que nous avons fait, nous, la défense, et ce que le tribunal peut faire, ce que chaque homme conscient de la discrimination qui frappe les mêmes femmes peut faire, c’est se livrer à un sondage très simple. Prenez des jugements de condamnation pour avortement, prenez les tribunaux de France que vous voudrez, les années que vous voudrez, prenez cent femmes condamnées et faites une coupe socio-économique : vous retrouverez toujours les mêmes résultats…

 

Et puis il y eut enfin la loi Veil

 

 
La bataille de Simone Veil pour le droit à l’avortement ICI 

 

Il y a quarante ans, Simone Veil défendait à l’Assemblée son projet de loi sur l’interruption volontaire de grossesse. Retour sur un combat âpre, et même violent, jusqu’à l’adoption de cette loi.

 

La bataille pour le droit à l’avortement commence bien avant l’arrivée de Simone Veil au gouvernement. La question divise la société. Le 5 avril 1971, 343 femmes réclament le droit à l’avortement dans le Nouvel Observateur

 

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«Un million de femmes se font avorter chaque année en France… Je déclare que je suis l’une d’elles»

 

,

 

[écrivent Simone de Beauvoir, Delphine Seyrig, Catherine Deneuve, Françoise Sagan, Jeanne Moreau ]

 

… et d’autres que

 

Charlie Hebdo rebaptisera les

 

«343 salopes»

 

Le manifeste des 343 (salopes), pour le droit à l'avortement | Raconte-moi  l'HistoireDroit à l'IVG : l'histoire du Manifeste des 343 - Elle

Image

La décision de la Cour suprême américaine prétexte d’une manœuvre politique en France 

 

 

 La décision du 22 juin de la Cour suprême a suscité un véritable tollé aux États-Unis, c’est normal. Mais on ne pouvait pas soupçonner qu’elle aurait des conséquences aussi immédiates sur la vie de notre pays. À peine a-t-elle été connue qu’une modification de notre constitution était annoncée. 

 

Pourtant, en France, le droit à l’avortement n’est pas menacé. Il est autorisé pour les femmes majeures ou mineures. Il a été renforcé par une loi récente, promulguée le 2 mars 2022, qui porte de 12 à 14 semaines de grossesse le délai pendant lequel il est possible de recourir à une IVG. Cette même loi a étendu aux sages-femmes la compétence de pratiquer des IVG chirurgicales. Elle a pérennisé l'allongement du délai de recours à l’IVG médicamenteuse (sept semaines contre cinq semaines jusqu’en 2020). Elle précise qu’un pharmacien refusant la délivrance d’un contraceptif en urgence sera en méconnaissance de ses obligations professionnelles. Enfin, un répertoire recensant les professionnels et structures pratiquant l'IVG devra être publié par les agences régionales de santé. Il sera librement accessible.

 

Si le droit à l'avortement est menacé en France, il l’est plus par le délabrement de notre système de santé, le manque de médecins, de sage-femme  et d'infirmiers dans les hôpitaux, le manque de soutien dont bénéficie le planning familial, que par les lois. 

 

Cela ne signifie pas qu'il y ait un consensus en France. Les représentants de différents cultes religieux sont fermement opposés à l’avortement, mais pour le moment, dans notre République laïque, ils ne font pas la loi. Souhaitons que cela dure. Le parti « Les Républicains » s'est illustré par son opposition à l'adoption de la loi du 2 mars 2022, ne sachant plus très bien comment se distinguer du parti d'Emmanuel Macron. Mais ni du côté des partis politiques ni du côté de l'opinion publique française il n'existe de risques réels de remise en cause du droit à l'avortement consacré par la loi du 17 janvier 1975 défendue par Simone Veil. 

 

Pourtant, la toute nouvelle présidente du groupe parlementaire « La République en marche », Aurore Bergé, soutenue par la Première ministre Élisabeth Borne, a indiqué le jour même où était rendue publique la décision de la Cour suprême américaine, qu'elle allait proposer de modifier notre constitution pour y inscrire le droit à l'avortement. Une telle prise de position, évidemment, a reçu l'approbation du Président de la République qui navigue à vue pour essayer de reprendre la main après la défaite sévère qu'il a subie lors de l'élection législative. La République en marche avec ses 154 députés sur un total de 577 sièges, soit un peu moins de 27% des députés élus, tente sans trop de succès de faire vivre l'idée qu'elle reste le parti majoritaire à l’Assemblée, au mépris de l'évidence la plus aveuglante. Elle n’est que le parti ayant obtenu le plus de sièges lors de cette élection, très loin de la majorité des sièges à l'Assemblée nationale, pour ne pas parler de la majorité des électeurs inscrits. 

 

Ne voulant pas passer d'accord avec d'autres partis qui partagent pourtant l'essentiel de son orientation politique, comme les Républicains, ou incapable de le faire, Emmanuel Macron a maladroitement essayé de renvoyer la responsabilité de l’impasse dans laquelle il se trouve sur les autres partis. 

 

Dans ce contexte, la décision de la Cour suprême américaine est une véritable aubaine. Alors qu'il n'y a pas de débat sur le droit à l'avortement en France, Emmanuel Macron va le créer, obligeant les autres partis politiques à se rallier à sa proposition d'inscription du droit à l'avortement dans la constitution de la Vème République, se réservant ensuite de dénoncer comme d'affreux réactionnaires ceux qui refuseront de le faire. Ce faisant, il devra sans doute stigmatiser ceux qui sont le plus proches de lui, c'est à dire Les Républicains, puisque Marine Le Pen a indiqué qu'elle n'était pas opposée à la constitutionnalisation du droit à l'avortement. Quant à la NUPES, elle pourra difficilement faire autre chose qu'appuyer cette proposition après que la France Insoumise a présenté une proposition de loi dans ce sens au cours de la précédente législature, rejetée à l’époque par le camp macroniste. 

 

La grossièreté de la manœuvre politique devrait conduire tous les partis à la rejeter sans équivoque pour ce qu'elle est, une manœuvre politicienne de la pire espèce. Ils pourraient d'ailleurs reprocher en même temps au président de la République de diviser inutilement la société qui l’est déjà suffisamment, sans qu'il soit besoin d'en rajouter. Je ne sache pas que cette proposition ait figuré dans le programme du candidat Macron à la présidence de la République pas plus que dans celui du mouvement Renaissance pour l’élection législative. Une révélation sans doute d’un péril jusque-là inaperçu…

 

Une manœuvre qui doit être rejetée sans équivoque

 

En plus des circonstances, il y a aussi des raisons de fond pour s'opposer à cette proposition d’E Macron. 

 

L’objet d'une constitution est de définir le fonctionnement des pouvoirs publics, les principes d'organisation de l'administration et les conditions dans lesquelles est assurée la séparation des pouvoirs sans laquelle il n'y a pas de démocratie. Elle est là pour garantir que le pouvoir exécutif ne pourra pas empiéter sur le pouvoir législatif et le pouvoir judiciaire ; mais aussi pour assurer qu'il n'y aura pas de gouvernement des juges et préciser les limites dans lesquelles s'exercent le rôle de représentant de la souveraineté populaire du pouvoir législatif. 

 

Évidemment nous avons un peu oublié cela avec la constitution de la Vème République qui donne un pouvoir exorbitant à l'exécutif et réduit le pouvoir législatif au rôle de godillot en période ordinaire. Quant à notre système judiciaire, il est regardé comme une curiosité à l’étranger. 

 

Si une réforme de la Constitution française devait intervenir (ce ne serait que la 25ème depuis 1958), c'est de cela dont elle devrait traiter : comment faire de la France un pays organisé démocratiquement ? Comment faire pour que nos institutions permettent une représentation réelle de la volonté populaire et que des évolutions soient possibles sans affrontements, parfois violents, entre un peuple méprisé et un exécutif méprisant ?

 

Ce n’est pas ce que souhaite Aurore Bergé, au contraire il s’agit pour elle d’éviter un débat sur les institutions au moment où celles-ci montrent leurs limites et où le gouvernement est dans une impasse, pour faire diversion sur un sujet qui ne suscite pas de polémique pour le moment dans notre société.

 

La seconde objection à cette proposition tient à sa nature même. La constitution n'est pas une déclaration des droits mais la description du fonctionnement des institutions qui permettront de les garantir et d'assurer la protection des libertés individuelles contre la tendance à l'oppression des institutions étatiques, quelles qu'elles soient. Le pouvoir exécutif tend naturellement à abuser des prérogatives qui lui sont données ; le pouvoir judiciaire ne l’est pas moins et la décision de la Cour suprême nous le rappelle avec force. Enfin, le pouvoir législatif qui dans certaines circonstances pourraient se considérer comme absolu ne doit pas l’être non plus. « La souveraineté du peuple n’est pas illimitée ; elle est circonscrite dans les bornes que lui tracent la justice et les droits des individus. La volonté de tout un peuple ne peut rendre juste ce qui est injuste. Les représentants d’une nation n’ont pas le droit de faire ce que la nation n’a pas le droit de faire elle-même », écrivait B. Constant

.  

Les révolutionnaires de 1789 avaient sagement distingué la déclaration des droits de l'homme et du citoyen, de la Constitution. D’un côté l'énumération des droits de l’homme considérés comme naturels ; de l'autre les règles d'organisation des pouvoirs publics, du régime politique dans lequel nous souhaitons vivre. 

 

La proposition d'Aurore Bergé, en dehors de son aspect politicien, prolonge la tendance à transformer la constitution en un catalogue de droits et de principes placé sous le contrôle d’un juge, en lieu et place d'un texte fondamental exposant les limites du pouvoir des institutions étatiques et les garanties ainsi apportées aux citoyens. Le projet de constitution européenne élaboré par Valéry Giscard d'Estaing souffrait de ce défaut qui voulait instituer dans le même texte le rôle de la Commission et du Parlement européen, la réduction du champ de compétences des institutions nationales et les origines chrétiennes de la France. C'est entre autres ce que les Français, avec d'autres Européens, ont refusé en 2005. C'est ce que leurs dirigeants leur ont imposé par la voie parlementaire au mépris de l'opinion clairement exprimée par référendum.

 

À rebours de cette tendance, il faut dire clairement que le mariage et ses différentes formes, nos pratiques sexuelles, la protection de l'environnement, de l'eau, de la biodiversité, la politique culturelle, l'idée que nous avons de ce qu'est un beau paysage, l'amitié ou l'amour, bref tout ce qui constitue la toile serrée de notre vie quotidienne, sociale ou individuelle, et la plupart des politiques publiques, n'ont rien à faire dans la Constitution. 

 

Cette boursouflure croissante de la Constitution et des textes juridiques en général, nous enferme dans une camisole qui nous prive progressivement de toute liberté de mouvement. Le seul régulateur de la société devient le juge qui décide non pas comme une simple autorité de mise en œuvre des textes, mais en faisant intervenir ses opinions personnelles, ses orientations politiques, son interprétation des faits et des circonstances, en élargissant sans cesse le champ des principes auxquels il fait appel pour prendre ses décisions.

 

Il faut donc dire très clairement non à cette proposition de la République en marche.

 

Une révision complète de notre constitution est nécessaire, pour nous permettre de retrouver un fonctionnement démocratique. Elle doit être préparée par une commission désignée pour cela par le Parlement, rassemblant les représentants des partis politiques, des membres du Conseil économique, social et environnemental, des syndicalistes et des responsables associatifs. Son projet devrait être soumis aux citoyens par référendum après un examen par le Parlement.

 

L’utilisation politicienne du droit à l'avortement par le parti du Président de la République affaiblit ce droit et la Constitution.

 

Le 27 juin 2022

Jean-François Collin


 

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28 juin 2022 2 28 /06 /juin /2022 06:00

"Pizza?  Celui que nous connaissons aujourd'hui est né en Amérique.  Au début c'était blanc, avec de l'huile et de l'ail » : les faux mythes de la cuisine italienne en podcast

Le sieur Jean-Yves Bizot, vigneron à Vosne-Romanée, est un lève-tôt, c’est un commentateur régulier mais via WhatsApp qui grelotte sur ma table nuit dans la foulée de la mise en ligne de mes brillantes chroniques. Dimanche matin, sur ma salade Waldorf, il a embrayé sec sur le nationalisme culinaire

 

Comme Alberto Grandi, professeur d’histoire de l’alimentation à l’université de Parme qui se propose de « démonter les mythes sur la cuisine italienne », il affirme que la pizza et la carbonara sont d’origine américaine.

 

https://www.corriere.it/methode_image/2022/04/01/Interni/Foto%20Interni%20-%20Trattate/combo1-kWbD-U333016027140799NI-656x492@Corriere-Web-Sezioni.jpg

 

Selon les dires du professeur, la carbonara ne serait pas un plat romain, mais trouverait son origine à la fin de « la Seconde Guerre mondiale, lorsque les soldats américains apportent le bacon en Italie et ont l’idée de l’associer aux œufs et aux pâtes ».

 

Quant à la fameuse pizza napolitaine, poursuit le média, elle serait aussi le fruit d’une rencontre italo-américaine. Alberto Grandi s’explique à ce sujet dans les colonnes du journal romain Il Fatto Quotidiano :

 

« La version que l’on connaît aujourd’hui est née aux États-Unis, et jusqu’aux années 1950, une grande partie des Italiens ne connaissait pas la pizza, on en parlait comme d’un plat exotique. Ce plat est né à Naples, certes, mais à l’origine, la pizza était blanche, sans tomate ni mozzarella, riche en ail et en huile et consommée dans la rue. Une sorte de street-food avant l’heure. Les Italiens qui ont émigré outre-Atlantique y ont appris à préparer la pizza avec la mozzarella et la tomate, et ont ensuite rapporté cette recette au pays, où elle a été intégrée à notre tradition. »

 

Les relations culinaires entre les deux rives de l’Atlantique créées par l’émigration prennent une telle importance que les Italo-Américains deviennent parfois eux-mêmes les gardiens d’une tradition, explique encore Grandi.

 

C’est le cas du parmigiano, le célébrissime fromage transalpin qui a un cousin américain, le parmesan, longtemps moqué comme une vulgaire imitation. En réalité, explique le professeur au média italien, « l’histoire du parmesan américain commence dans les années 1920 et 1930. Des producteurs d’origine italienne fabriquent ce fromage dans le Wisconsin en suivant les méthodes de fabrication traditionnelles. Par la suite, le processus de fabrication du parmigiano a changé et s’est amélioré en Italie, mais dans le Wisconsin, on produit encore ce fromage comme au début du XXe siècle. Donc, pour retrouver la saveur d’origine de ce fromage, c’est dans le Wisconsin qu’il faut se rendre. »

 

« On ne mangeait que de la soupe et de la polenta »

 

Qu’il s’agisse de carbonara, de pizza ou d’autres plats et aliments cités par Grandi, il est difficile de valider ou d’invalider de façon définitive les théories du professeur. Les sources sur les origines d’une recette sont souvent multiples et contradictoires et, dans le fond, la démarche de Grandi – dont il assume le côté provocateur – ne vise pas à attribuer une paternité différente à des plats italiens, mais plutôt à déconstruire un mythe plus général relatif à cette cuisine.

 

À savoir, qu’elle ne repose pas sur des « traditions séculaires », comme un certain marketing voudrait le faire croire, et que le développement de mets savoureux et raffinés est lié à l’enrichissement de la population pendant l’après-guerre.

 

« L’idée que les Italiens mangent bien depuis des siècles est une sottise, car ils ne pouvaient pas se le permettre », explique donc Grandi à Specchio :

 

« S’ils avaient eu pizza, carbonara, viande et ravioli tous les jours à leur table, auraient-ils émigré pour faire des travaux humbles dans le monde entier ? Ils ne mangeaient que de la soupe, et de la polenta au Nord. »

 

Bien évidemment, j’attends avec impatience une chronique du sieur Bizot sur un sujet chaud en Bourgogne : comment a-t-on dessiné la carte des crus, les fameux Climats ?

Denominazione di origine inventata. Le bugie del marketing sui prodotti  tipici italiani: Grandi, Alberto: 9788804683957: Amazon.com: Books

Pizza ? Celui que nous connaissons aujourd'hui est né en Amérique. Au début c'était blanc, avec de l'huile et de l'ail » : les faux mythes de la cuisine italienne en podcast

 

Depuis plus de quinze ans, je m'occupe de l'histoire de la nutrition et des marchés alimentaires et, au cours de cette période, je me suis progressivement rendu compte que j'avais moi-même nourri certains mythes sur l'alimentation et la cuisine italiennes qui, documents en main, n'étaient pas supporter. C'est pourquoi j'ai décidé de les démonter ». Et pour ce faire, le professeur Alberto Grandi , professeur d'histoire de l'alimentation à l' Université de Parme, a écrit deux livres ( Denominazione di Origine Inventata et Parla while mangi , tous deux publiés par Mondadori) et, récemment, a condensé tous les arguments contenus dans le deux textes dans un podcast en douze épisodes, réalisés avec Daniele Soffiati et produits par Gabriele Beretta, qui est en tête des charts Spotify et dans lesquels, comme dans une sorte de menu de vérité, il fait des révélations surprenantes.

 

Même si Grandi ne doute jamais de la qualité et de l'excellence de nos produits, il démonte des reconstructions historiques imaginatives désormais consolidées comme vérité. « Toute cette mythification de notre cuisine m'avait saturé - raconte le professeur - et j'ai décidé d'essayer de fixer quelques vérités plus historiques ». « Je partirais d'une considération de base », explique Grandi, « à savoir que la cuisine italienne, telle que nous la connaissons aujourd'hui, n'a pas plus de 50 ans. Après le boom économique des années 1960, notre pays s'est arrêté et ce rêve de croissance infinie de la décennie précédente a été interrompu. L'Italie a ainsi commencé à construire un passé « mythique » en confirmant cette théorie de l'invention de la tradition forgée par Hobsbawn en 1983, selon laquelle une société dans les phases historiques de transition tend à inventer des traditions capables de concevoir une nouvelle identité. La cuisine italienne n'a pas échappé à ce processus. Tout en s'appuyant sur des bases solides, notre cuisine s'est largement inventée une glorieuse tradition historique ».

 

En réalité, la cuisine italienne d'avant le boom économique était monotone, pauvre, comme la majorité des Italiens étaient pauvres, et basée sur quelques éléments. Il suffit de remonter au début des années 1900 pour découvrir que même s'asseoir à table était un luxe pour la plupart des Italiens : « Au tournant de la Grande Guerre, 80 % des Italiens, raconte l'instituteur, étaient employés aux champs et la plupart mangeaient au sol avec bol et cuillère : des soupes de céréales au sud et beaucoup de polenta au nord ». Les processus migratoires vers les États-Unis ont influencé le changement de la manière de cuisiner et d'utiliser les ingrédients, de les varier et de les combiner, ainsi que la manière de se comporter à table.et le retour des Italiens dans leur patrie. En Amérique, les migrants italiens ont acquis de nouveaux concepts alimentaires, de nouveaux comportements, comme s'asseoir à table par exemple, puis les ont emmenés avec eux une fois rentrés en Italie, contribuant aux changements qui sont effectivement entrés dans notre tradition.

 

Prenons, par exemple, la pizza : « Celle que nous connaissons et mangeons encore aujourd'hui - explique Grandi - est née en Amérique et jusque dans les années 1950, la plupart des Italiens ne la connaissaient pas. On en parlait presque comme s'il s'agissait d'un plat exotique. Bref, c'est vrai que la pizza est née à Naples mais c'était une pizza blanche, sans tomate ni mozzarella, riche en ail et en huile, mangée dans la rue. Une sorte de street food primordiale".

Vient ensuite ce que les anthropologues américains ont défini comme « l'effet pizza » lié à la migration : « Les Italiens - poursuit Grandi - apprennent à faire de la pizza à la tomate et à la mozzarella aux États-Unis puis, une fois de retour en Italie, ils empruntent ce chemin avec eux. Pour le préparer qui devient une partie de notre tradition ". Un épisode relaté dans un article publié dans "Usa History" est significatif, dans lequel des soldats américains écrivaient des lettres chez eux se plaignant qu'il n'y avait pas de pizzerias en Italie, alors qu'il y en avait déjà aux États-Unis.

 

Un autre pilier de la gastronomie italienne sont les pâtes. Mais même dans ce cas, Grandi fait des révélations plutôt surprenantes et l'Amérique y est encore pour quelque chose : « Jusqu'à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle - explique Grandi - la consommation de pâtes sèches était surtout répandue en Sicile et Naples, tandis que dans le nord on mangeait autre chose, de la polenta par exemple. Puis la pauvreté a accéléré les phénomènes migratoires et de nombreux Italiens du Nord ont émigré aux États-Unis où ils sont entrés en contact avec des compatriotes du Sud dans la Petite Italie et là ils se sont familiarisés avec les pâtes, l'appréciant pour son goût et aussi pour sa facilité de conservation et de préparation. Lorsque certains de ces émigrants sont revenus en Italie, ils ont à leur tour répandu la production et la consommation de pâtes sèches également dans le nord ».

 

Mais il y a aussi la main de l'oncle Sam dans un plat réputé très italien comme les spaghettis à la carbonara : « Dans ce cas aussi », explique le professeur Grandi, « les Américains nous ont donné les leurs. En fait, pendant la Seconde Guerre mondiale, ce sont les soldats américains qui ont fourni des ingrédients tels que des œufs en poudre et du bacon, pratiquement inconnus et indisponibles en Italie. Sans oublier que depuis sa naissance, dans les années 1950, et jusque dans les années 1980, le seul ingrédient fixe de la carbonara était l'oignon. Si vous le mettez aujourd'hui, vous commettez une hérésie gastronomique.

 

Curieux, toujours en train de parler de pâtes, que le régime fasciste n'aimait pas ça : « Selon les fascistes », dit Grandi, « c'était un plat qui alourdissait, provoquait de la somnolence, ramollissait et n'était pas bon pour un peuple guerrier. De plus, il était perçu comme un plat importé, un plat américain ».

 

Enfin, parlons d'une autre excellence italienne comme le parmesan : "Le fameux parmesan qui en Italie est presque diabolisé, a en fait sa propre histoire qui commence en Amérique dans les années 1920 et 1930 grâce à des producteurs aux noms italiens qui l'ont produit dans les laiteries du Wisconsin. Et ils l'ont produit comme le Parmigiano était produit en Italie à cette époque, lui donnant un nom assonnant par rapport aux nobles parents italiens pour des raisons de marketing interne. La raison pour laquelle je dis que le vrai parmesan est fabriqué dans le Wisconsin est due au fait que, alors que les méthodes de traitement et de production du parmesan et du Grana Padano en Italie ont changé et se sont améliorées, dans le Wisconsin, le parmesan est toujours produit comme il se faisait au début Années 1900. Donc si on veut savoir quel goût avait le parmesan original, il faut aller dans le Wisconsin ».

 

 

Alberto Grandi : tous les produits | fnacDenominazione di origine inventata: intervista ad Alberto Grandi

Vous affirmez que la cuisine italienne a à peine 50 ans de vie. Thèse bizarre.


« L'Italie ne croit plus en l'avenir depuis longtemps, elle s'est donc inventé un passé magnifique. La vérité est que nous étions affamés. Nous avons peu et mal mangé. Puis nous avons commencé à manger beaucoup et mal. A la fin on s'est dit qu'on avait toujours beaucoup et bien mangé ».

 

Je dois le nier: la "castradina" que Giorgio Gioco cuisinait avec de l'agneau aux 12 Apostoli de Vérone provenait des esclaves de la Sérénissime emmenés de Dalmatie.


«Regardez, le très célèbre Pellegrino Artusi, qui en 1891 a compilé La science dans la cuisine et l'art de bien manger , a rafistolé des recettes. Et il conseillait de copier des allemands et des anglais, pas des français, jugés trop raffinés pour nos palais ».

 

Et le « De re coquinaria », excusez-moi ?
« La cuisine romaine racontée au premier siècle par Marco Gavio Apicius ne serait pas reproductible de nos jours. Pensez au garum, la sauce la plus populaire à l'époque : les restes de poisson pourris dans le sel ».

 

Quand la faim italienne a-t-elle pris fin ?
« Au début du XXe siècle, avec l'avènement de la mécanique et de la chimie dans l'agriculture. De 1876 à 1915, pas moins de 20 millions d'Italiens sont allés chercher de la nourriture à l'étranger. Un agriculteur vénitien sur trois souffrait de pellagre, c'est-à-dire d'un manque de vitamine PP, abréviation de « Pellagra prevent », découverte aux États-Unis seulement en 1937. Les médecins américains la comparaient à un fléau apporté par nos compatriotes, habitués à consommer 3 kilos de polenta par habitant et par jour. Ils ont enlevé leur faim, mais ils sont tombés malades. Cesare Lombroso a été le premier à étudier la pathologie. Il est arrivé à une conclusion erronée : il pensait que c'était le mauvais stockage du maïs, et non le régime monotone, qui en était la cause. C'est ainsi que sont nés les greniers publics. Un beau cas d'hétérogénèse des fins ».

 

Apollinare Veronesi, magnat du poulet Aia, m'a dit : "Quand de mon temps on arrachait le cou d'une poule, soit il y avait un malade dans la maison, soit la poule était malade."


« En fait, Artusi met de la viande de poulet dans des tortellinis. Ce n'est qu'en 1974 que la Chambre de Commerce enregistrera la recette du « vrai tortellino di Bologna » à base de longe de porc, jambon et mortadelle ».

 

Selon un autre cahier des charges de la chambre, la légendaire sauce bolognaise comprend du lait. Personne ne s'en est jamais plaint.


« Oui, mais ça date de 1982, quand la crème à cuisiner était à la mode. C'est dire l'artificialité de certaines opérations ».

 

Montrez-moi un plat qui est certainement italien.
"C'est dur. Ils m'ont crucifié pour avoir écrit que les pizzerias étaient nées en Amérique, pourtant c'est là que les gens ont commencé à manger de la pizza assis. Dans notre Sud, c'était de la nourriture de rue. Le Napolitain Raffaele Esposito était très doué pour inventer en 1889 ayant créé la Margherita en l'honneur de la reine d'Italie, arrivée à Capodimonte avec Umberto I. Aux USA c'était un aliment pour les désespérés, fortement déconseillé par les médecins, comme les macaronis »

 

Mais vous attribuez même le parmesan aux Yankees, vous vous rendez compte ?


« Non, je dis que Boccace l'aimait déjà et que Napoléon envoya Gaspard Monge à Parme pour enquêter sur un fromage qui se conservait bien. Seulement que dans cette ville il n'y avait pas de vaches laitières, il fut donc envoyé à Lodi, d'où il envoya à l'empereur un rapport sur le "fromage Lodezan dit aussi Parmezan". Il y a un écart de 150 ans, de 1700 à 1850, dans l'histoire de cet excellent produit. Aujourd'hui on parle beaucoup de contrefaçon de parmesan, mais c'est à la fin du 19e siècle que le très décrié parmesan fait son apparition dans le Wisconsin, sous des formes d'environ 20 kilos et à croûte noire. Qui l'a fait? Quelques crémiers italiens qui y ont émigré. Je n'en mentionne qu'un : Magnani. Un patronyme très répandu entre Parme et Mantoue. Ce n'est qu'en 1938 que le premier consortium pour la protection du Parmigiano Reggiano voit le jour ».

 

Et quelle est l'histoire des spaghettis nés en Afrique ?


«Aujourd'hui, les pâtes sont faites avec du blé Crésus, sur le marché depuis 1974, qui a supplanté le célèbre Senatore Cappelli. Elle a quelque chose à voir avec la « bataille du blé » menée par Benito Mussolini, puisque le tiers de la matière première du pain dépendait des importations, avec de lourdes répercussions sur la balance commerciale. Le généticien Nazareno Strampelli est venu en aide au Duce. C'est lui qui a inventé le blé dur dédié au sénateur Raffaele Cappelli, qui fut le premier à financer ses recherches. Grâce à de patients croisements, l'agronome des Marches a créé une variété très productive et résistante aux maladies : le blé Ardito. Mais il y est arrivé en utilisant une variété trouvée en Tunisie.

 

Bref, y a-t-il quelque chose qui n'appartient qu'à nous ?


«Le vinaigre balsamique traditionnel de Modène, qui dans la version IGP, la moins noble, est l'une des cinq spécialités les plus exportées avec le Parmigiano Reggiano, le Grana Padano, le Prosecco et le Prosciutto di Parma. Dommage que l'original coûte 10 000 euros le litre et nécessite au moins 12 ans de vieillissement, qui peuvent atteindre 30. Le risque commercial est énorme : au final un jury décide à qui attribuer le cachet. Le substitut est fait avec du moût, du vinaigre de vin et du caramel. Une opération commerciale astucieuse ».

 

Cela a dû l'horrifier.


«Mais non, je suis omnivore, je passe indifféremment du McDonald's aux grillons frits que je mangeais à Pékin. Aujourd'hui juste un yaourt et une banane. Je suis au régime".

 

Vous souvenez-vous d'un aliment de votre enfance ?
«Oui, et c'est très triste de le rappeler, malgré le fait qu'à Mantoue c'était le plat typique du dimanche: ris e tridura, riz bouilli dans un bouillon, avec ajout d'œuf battu et de parmesan en fin de cuisson».

 

Est-ce un goût perdu à jamais ?


«Le fiapòn , un dessert. Les restes de polenta étaient frits dans une poêle graissée et saupoudrés de sucre glace ».

 

Mais qui devrait se soucier de savoir si un aliment est vraiment né en Italie ou ailleurs ?
« Certainement pas moi. Tant que c'est bon et que ça ne fait pas mal. Cependant, je déteste la mystique du made in Italy : du pur marketing ».

 

La tomate cerise me semble bonne.


"Bien sûr. Et dire que les paysans de Pachino n'en voulaient pas, ils ont préféré s'adonner à la salade de cœur de bœuf. Il a été breveté en 1989 par la génétique Hazera de Tel-Aviv, à laquelle les Siciliens paient encore aujourd'hui des royalties pour les graines ».

 

Le saindoux Colonnata est également délicieux.


« Qui dit non ? Fantastique. Mais avez-vous déjà été dans ce hameau des Alpes Apuanes ? Il est si petit que deux cochons auraient du mal à y rester. Et en effet je connais des éleveurs de Mantoue qui fournissent le saindoux à affiner dans les bassins de marbre. S'agissant d'une IGP, une indication géographique protégée, le lien entre le territoire et la matière première n'est pas obligatoire".

 

Qu'enseigne-t-il à ses élèves ?


« Comment l'homme mangeait avant la découverte du feu. L'idée qu'il se nourrissait de ce qu'il chassait est fausse ».

 

Qu'a-t-il mangé alors ?


"Les hominidés étaient des charognards, comme les vautours et les hyènes."

 

Et il vous a semblé! Quelle horreur.


« Je n'ai rien inventé. Il suffit de lire l’Histoire de la nutrition de Jean-Louis Flandrin, un tome de 750 pages édité par le médiéviste Massimo Montanari, érudit suprême du sujet. Il était mon professeur et nous avons ensuite enseigné ensemble pendant deux ans. L'homme chasseur l'a créé par l'anthropologie pour réhabiliter nos ancêtres ».

 

Ne pensez-vous pas que l'appellation d'origine inventée nuit à l'une des rares industries nationales encore florissantes ?


"C'est ce que me reprochait mon concitoyen Gianni Fava lorsqu'il était conseiller régional pour l'agriculture de Lombardie : "Si vous enlevez l'histoire d'un plat, vous le privez d'un ingrédient." Il avait raison. Ça m'a mis en crise. J'ai été invité à parler de la table tricolore à Ankara. Avant de partir, ils m'ont dit : "Fais attention à ta façon de parler..." ».

 

Nous vivons dans une civilisation gastrique.


"Et comment. Un jeu démesuré se joue sur la nourriture, comme si l'esprit italien passait par la défense de l'amatriciana ».

 

Allons-nous encore avoir faim ?


« Je ne crois pas à une famine en Italie. Le blé russe et ukrainien qui nourrit l'Afrique nous sera donné. Nous le payons plus ».

 

 

 

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26 juin 2022 7 26 /06 /juin /2022 06:00

 

Suis snob, les insoumis vont me taxer de mépris de classe, de railleur des gilets jaunes de rond-point, de boomer qui a ruiné la France,  oui je fais mon coming-out : je déteste les barbecues, dit BBQ, ça pue, ça fume, la bidoche est carbonisée, les saucisses dégoulinent de graisse, on s’en fout partout. L’horreur !

 

Les Vins de barbec solidaires d'Eva - Le blog de JACQUES BERTHOMEAU

 

Même si je ne suis pas vegan en ce temps de chaleur estivale, ça me rappelle mai 68, je préfère, sous la tonnelle, une belle salade Waldorf.

 

« Fatiguer la salade » j’adore cette expression, par ailleurs définie dans le Robert Culturel : comme étant l’action de « la remuer pour y mêler l’assaisonnement » (1845), tout d’abord parce que je la trouve bien plus belle que « mélanger sa salade » ou « touiller sa salade », mais surtout parce qu’elle transpire d’une chaude sensualité.

 

C’est une salade excentrique avec ses dés de pommes et de céleri agrémentés de noix, intimement mêlés par une mayonnaise, couchés sur un lit vert printanier...

 

Et comble de snobisme, cette entrée acidulée, croquante, colorée et rafraîchissante est désuète et pire encore, elle est née à New York, la Grosse Pomme ! Là, je suis taxé d’être complice de l’impérialisme américain.

 

Recette dépouillée

 

Salade Waldorf légère (Waldorf salad light)

 

« La Waldorf est ancienne. Elle a été inventée en 1896 à l’occasion d’un gala de charité qui se tenait au célèbre hôtel Waldorf Astoria de New York. Bizarrement ce n’était pas une création des chefs mais du maître d’hôtel, Oscar Tschirky. Ce dernier avait, à l’époque, un véritable don pour inventer des plats qui allaient devenir des classiques, comme la vinaigrette Mille-Îles et les œufs Bénédictine. Le nom de la salade pourrait laisser croire que celle-ci fait la part belle aux noix [Waldorf ressemble à walnut, qui veut dire noix], mais il s’agit juste du nom du lieu où elle a été créée, et les noix n’ont été ajoutées qu’en 1928. »

 

« Mais la Waldorf n’est pas un classique pour rien : c’est vraiment un plat délicieux, où l’association des ingrédients instaure un bel équilibre entre le sucré et le salé, le croquant et le moelleux. »

 

La délicieuse désuétude de la salade Waldorf ICI 

Pomme, céleri, raisins, noix et mayonnaise… Cette semaine, l’hebdomadaire britannique « The Spectator » nous sert une salade Waldorf.

Pomme, céleri, raisins, noix et mayonnaise… Les ingrédients qui composent la salade Waldorf forment un attelage improbable. Mais cette composition aux “airs seventies” est un savant dosage entre le sucré et le salé. L’hebdomadaire britannique “The Spectator” dresse le couvert

 

 

1 petite grappe de raisins (environ 100 g)

1 pomme croquante

4 côtes de céleri

75 g de noix

½ cuillère à soupe de jus de citron

1 cuillère à soupe d’huile d’olive extra-vierge

3 cuillères à soupe de mayonnaise

Mettez les noix dans une poêle et faites chauffer jusqu’à ce qu’elles soient grillées : dès que vous sentez leur arôme, elles sont prêtes. Transférez immédiatement sur une planche à découper, et hachez grossièrement.

 

Coupez le céleri en tronçons de 2 cm et coupez les raisins en deux. Pelez et épépinez la pomme, puis coupez-la en tranches aussi fines que possible.

 

Mélangez le jus de citron, l’huile et la mayonnaise, ainsi qu’une bonne dose de poivre noir et de sel pour assaisonner. Ajoutez le céleri, les raisins, la pomme et les noix à la sauce mayonnaise, mélangez et servez dans un saladier.

 

 

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24 juin 2022 5 24 /06 /juin /2022 12:55

Passation des pouvoirs à Matignon : Pierre Mendès France devient président du Conseil
juin 1954
© Rue des Archives / AGIP

Quand il monte à la tribune de l’Assemblée nationale, le 17 juin 1954 vers 15 heures, pour solliciter l’investiture du gouvernement que le président Coty l’a chargé quatre jours plus tôt de former, Pierre Mendès France est, à 47 ans, un homme d’expérience. Il a même celle de l’épreuve qu’il aborde ce jour-là. Un an plus tôt, le précédent chef de l’État, Vincent Auriol, lui avait confié la même mission, mais il lui avait alors manqué 13 voix pour être investi.

 

Celui qu’à l’exemple du journal l’Express, son plus notoire porte-parole, chacun va appeler « PMF », est une figure de la vie politique française (où il est entré dans les rangs du parti radical) depuis près de vingt ans. Plus jeune député de France en 1932, il a été appelé – dès 1938 – par Léon Blum à faire partie de son deuxième gouvernement comme secrétaire d’État au budget. Arrêté par Vichy, condamné pour « désertion » alors qu’il a fourni toutes les preuves de son acharnement au combat en 1940, évadé de la prison de Clermont-Ferrand, il a combattu dans l’aviation des Forces françaises libres avant d’être fait par le général de Gaulle ministre de l’Économie nationale de son gouvernement -provisoire. En désaccord avec l’homme du 18 juin sur la stratégie financière après la Libération, il a démissionné en mars 1945, non sans recevoir un vibrant hommage de son chef de file.

 

Depuis avril 1945, il est à la fois représentant de la France au Fonds monétaire international, et avocat, au Palais Bourbon, d’une politique conduisant, par la négociation, à la fin de la guerre d’Indochine. Car selon lui, ce conflit impose à la France un fardeau qui interdit son redressement. C’est cette prise de position inflexible qui a détourné le président Auriol, jusqu’en 1953, de l’appeler à la tête du gouvernement, sachant qu’il en est le plus digne, sa politique indochinoise n’ayant pas de majorité à la Chambre. Mais entre-temps, il y a eu la défaite de Diên Biên Phu, le 7 mai 1954, 32 jours avant la séance d’investiture et l’ouverture d’une conférence à Genève, réunie en vue de la recherche de la paix. La voix de Cassandre, qui n’était pas entendue avant le désastre, apparaît comme celle du Sage, de l’indispensable syndic de faillite.

 

Pierre Mendès France ne voudrait pas se laisser enfermer dans ce rôle. Il a bien d’autres projets. Mais il sait bien que c’est pour cela qu’il a été appelé, et que c’est sur ce terrain qu’il lui faut se battre. Il va le faire avec un esprit de décision et une imagination tactique exceptionnels :

 

 

a) en faisant connaître à la Chambre que s’il n’a pas obtenu à la Conférence de Genève le cessez-le-feu dans un délai d’un mois, le 20 juillet, il remettra la démission de son gouvernement après avoir envoyé le contingent français sur le front indochinois ;

 

b) qu’au moment du décompte de la majorité nécessaire, il ne tiendra pas compte des 71 voix du parti communiste (5 millions d’électeurs, alors …) qui vient de lui apporter son soutien : car il estime que ces suffrages émanent d’hommes trop liés à l’adversaire pour que le compromis recherché ne soit pas entaché de suspicion, et n’encourage ses interlocuteurs à une intransigeance accrue.

 

Le fait est que cet apport de voix ne lui sera pas nécessaire pour obtenir, aux premières heures du 18 juin 1954, une très confortable majorité : 419 bulletins sur 466. Le mandat est clair, et le soutien de l’opinion massif, comme en témoignera la presse du lendemain, qui salue, avec André Siegfried, cet audacieux « ultimatum lancé à soi-même ». Les militaires surtout, connaissant l’état désastreux des positions françaises en Indochine, se félicitent de la brièveté des délais ainsi imposés aux négociateurs, ceux qui parlent au nom de la France ne disposant, selon l’un d’eux, que « du 2 de trèfle et du 3 de carreau ».

 

On sait que le cessez-le-feu fut signé à Genève le 21 juillet 1954 à 3 heures du matin, ouvrant la voie à un partage provisoire du Vietnam (qui devait se prolonger pendant 20 ans). Rentrant à Paris, le président du Conseil se garda d’exprimer le moindre triomphalisme, parlant des clauses « cruelles » auxquelles il avait fallu consentir. Mais l’approbation de l’opinion fut aussi massive que celle de l’Assemblée.

 

Restait, après cette chirurgie nécessaire, la cure de vérité et d’énergie qu’exigeait la situation du pays. Le praticien avait son plan mais la majorité de la classe politique ne l’avait soutenu qu’en tant que négociateur. Elle devait bientôt faire défaut au reconstructeur.

 

Jean Lacouture

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22 juin 2022 3 22 /06 /juin /2022 06:00

Les députés et l'Assemblée nationale victimes d'un désintérêt général

Jean-François lance, en fin de chronique, un appel à la raison :

 

« Notre pays doit se livrer à un examen de conscience collectif pour reconstruire les bases d'une vie en commun fondée sur un minimum de confiance réciproque sans laquelle rien n'est possible. »

 

Je suis plus pessimiste que lui, l’âge sans doute, lorsqu’il écrit aussi : « Nous allons connaître des difficultés économiques importantes liées au contexte international belliqueux, à la reprise de l'inflation qui n'est pas due à une forte croissance économique mais à un ensemble de désajustements économiques mondiaux, sur fond d'endettement public et privé considérable et de remontée des taux d'intérêt. Dans ces situations, les préoccupations écologiques passent habituellement au second plan parce qu'il faut assurer l’essentiel. »

 

Le chacun pour soi a de « bonnes chances » d’être à l’ordre du jour.

Les commentaires sur les résultats de l'élection législative, dont le deuxième tour s'est déroulé le 19 juin, portent sur le fonctionnement à venir de l'Assemblée Nationale, la plus ou moins grande solidité de l'alliance de la gauche autour de la France Insoumise, la question de savoir si elle formera un groupe unique ou quatre groupes à l'Assemblée nationale, les alliances possibles entre la République en Marche et ses satellites et ce qui reste du parti Les Républicains, etc.

 

Pourtant, il ne s'agit là que de questions secondaires au regard de ce qui se passe dans le pays.

 

Abstention ou sécession ?

 

Le résultat le plus important de cette élection est le pourcentage des suffrages exprimés par rapport à l'ensemble du corps électoral.

 

Aux 53,8% d'abstentionnistes, il faut ajouter 7,6% de votes blancs ou nuls, ce qui porte le total des Français qui ont refusé d'exprimer une préférence entre les candidats à 61,4% du corps électoral.

 

38,6% des inscrits seulement ont voté en faveur de l'un des candidats. Sur les 48,6 millions d’électeurs français, 20,7 millions d'entre eux ont exprimé un choix, les autres n’ont pas votés ou ont mis dans l’urne un bulletin indiquant qu’aucun des candidats ne leur convenait.

 

Les voix recueillies par les partis politiques ayant participé au scrutin ne représentent qu’une part marginale du corps électoral : Ensemble = 16,5% des inscrits ; NUPES = 14% des inscrits ; RN = 7,4% des inscrits ; LR-UDI (dont les commentateurs écrivent qu’ils ont résisté) = 3,1% des inscrits ; autres partis 1,8%.

 

En Seine Saint-Denis où la NUPES rafle toutes les circonscriptions, l’abstention atteint 63,3%. Clémentine Autain est élue avec 22% des suffrages des électeurs inscrits dans sa circonscription.

 

Le procès en illégitimité, assez justifié, qui était intenté à Emmanuel Macron après son élection, pourrait à bon droit être instruit contre tous les députés élus dimanche dernier.

 

On peut se dire que ce n'est pas très grave, que ceux qui désirent participer à la vie politique et en désigner les responsables ont pu le faire. Mais il est tout de même difficile d’interpréter la signification de ce scrutin en analysant seulement la part minoritaire des suffrages exprimés.

 

  • Quel sens faut-il donner au refus de près des deux tiers des électeurs d'exprimer une préférence à l'occasion du choix de leur député ?

 

S'agit-il, comme on le dit souvent, d'une forme de vote protestataire qui viendrait s'ajouter à d'autres formes de protestation, le vote pour la France Insoumise ou le Rassemblement National ? Mais alors, pourquoi les Français qui s'abstiennent n'accordent-ils pas leur suffrage à ces partis dits protestataires ? Est-ce parce qu'ils ne les trouvent pas suffisamment radicaux ou au contraire parce qu'ils les trouvent excessifs ?

 

Nous manquons d’une analyse sérieuse de ce que pensent cette vaste majorité d’abstentionnistes et de votes blanc ou nuls.

 

Près de deux tiers des français en sont-ils arrivés à la conclusion que le jeu politique est vain, que l'élection de l'un ou de l'autre ne change rien à leur sort, que les responsables politiques sont incapables de mettre en œuvre ce qu'ils promettent en raison des contraintes auxquelles ils se disent soumis ( appartenance à l'Union européenne qui limite drastiquement la possibilité le choix d'une politique nationale, rapport de forces mondiaux qui ne sont en faveur ni de l'Union européenne ni de la France, puissance de l’exécutif qui de toute façon aura les moyens d'imposer ses choix, etc.). Ou bien encore pensent-ils que ceux qui se présentent à leur suffrage, n’ont en fait aucune intention véritable de prendre les mesures qui permettraient d’améliorer leur sort, parce qu’ils partagent peu ou prou tous les mêmes idées sur ce qui est raisonnable et faisable ?

 

L'argument du beau temps ou de l'attrait de la pêche à la ligne, dont je ne sache pas pourtant que la pratique se développe de façon aussi importante, est une façon de se rassurer à bon compte.

 

La constance du phénomène abstentionniste, sa croissance continue en même temps qu'augmente le nombre de bulletins blancs ou nuls, témoignent plutôt d'une sécession d'une grande partie de la société française qui n'accorde plus aucune importance au discours politique.

 

À la sécession des riches qui dans les années quatre-vingt ont considéré que « la solidarité, ça commençait à bien faire », pour paraphraser N. Sarkozy parlant de l’environnement, et ont donné le coup d’envoi de la contre révolution fiscale et sociale (baisse des impôts, réduction des moyens consacrés aux services publics, augmentation des inégalités de revenus et de patrimoine…), répond aujourd’hui celle de ceux qui n’ont rien ou pas grand-chose.

 

Margaret Thatcher avait résumé le programme de la contre révolution libérale en une phrase : « la société, ça n’existe pas », seuls les individus existent et ils sont responsables de ce qui leur arrive. Elle ajoutait qu’il n’y avait pas d’alternative à la politique qu’elle conduisait, qui d’ailleurs ne se distinguait pas de celle de R. Reagan aux États-Unis ou de F Mitterrand en France après 1983.

 

Des décennies de trahison des promesses électorales, de désillusion, de dépolitisation de la société, au nom de la raison, des contraintes objectives et des mille et une autres raisons qui justifient que bien que nous changions de Président de la République, de ministres ou de députés, les choses elles ne changent pas, nous ont conduit là où nous sommes.

 

Il en sera bientôt des bureaux de vote, comme des salles de concert de musique classique, des salles de théâtre ou des cinémas. On n’y verra plus passer que des personnes de soixante ans et plus, appartenant aux catégories sociales les plus favorisées et les mieux insérées socialement.

 

Cela devrait inquiéter aussi bien les organisateurs de spectacles vivants que les organisateurs de spectacles politiques, car un jour ceux qui viennent encore y assister auront complètement disparu et ces deux secteurs d'activité pourraient bien disparaître avec eux.

 

Pour compléter ce tableau, on notera que les électeurs ne sont pas les seuls à se désintéresser des élections et de leurs résultats. La bourse est restée parfaitement insensible au résultat du scrutin du 19 juin, dont les commentateurs disent pourtant qu'il rend la France ingouvernable ; elle a progressé au même rythme que celle de Francfort en ce début de semaine, et pour le moment aucun frémissement n'a été constaté sur les taux d'intérêt de la dette publique. C'est dire s'il ne faut pas trop surestimer ce qui se passe dans le champ de la politique...  

 

Un seul vainqueur, le Rassemblement national

 

En réalité, le seul vainqueur de cette élection législative est le Rassemblement national.

 

Seul, sans accord avec un autre parti, même pas avec « Reconquête » d’E Zemmour, avec un mode de scrutin qui lui est complètement défavorable, le RN passe de 7 à 89 députés, l'emportant aussi bien sur le parti « Les Républicains » que sur «La France Insoumise». Au passage le naufrage d’E. Zemmour devrait entrainer des démissions et des licenciements dans la plupart des médias et instituts de sondage qui ont consacré tous leurs efforts entre l’été 2021 et le mois d’avril 2022 à le présenter comme celui que les Français attendaient et le vainqueur probable de l’élection présidentielle. Mais dans le monde des médias et des instituts de sondage, comme dans celui de la politique (ils vivent l’un de l’autre), il ne faut jamais présenter ses excuses car c’est un aveu de faiblesse. Il faut embrayer sur autre chose.

 

Le succès de la NUPES est un effet d'optique.

 

La stratégie d'union a permis de limiter la casse, mais avec 27% des sièges, la gauche réalise son troisième plus mauvais score depuis 1981 et ne progresse pas quant au nombre de suffrages recueilli. L’union de la gauche a permis de limiter la casse en nombre de sièges, elle n’a créé aucune dynamique électorale, sauf dans les médias.

 

Le parti d'Emmanuel Macron LRM, passe de 314 sièges à 154. C'est un échec cuisant pour celui qui prétendait transformer la scène politique française, faire exploser la droite traditionnelle et disparaître l'extrême droite. Ensemble est devenu une coalition de droite parmi d’autres, quant à l'extrême droite elle ne s'est jamais aussi bien portée. Son parti devra revoir à la baisse ses effectifs et son niveau de vie.

 

Cependant, la droite, c'est à dire le mouvement « Ensemble » et « Les Républicains », dispose de 56% des sièges à l’Assemblée nationale. Si l'on y ajoute le Rassemblement National, la droite dans ses différentes composantes est ultra majoritaire à l'Assemblée nationale et recueille plus des 2/3 des suffrages exprimés.

 

On a du mal à comprendre dans cette situation les cris de victoire de Jean-Luc Mélenchon et des responsables de « la France Insoumise ». Une large partie du territoire national ne compte plus de représentants des partis se présentant comme de gauche. La NUPES gagne dans les métropoles, sur le même terrain qu’E Macron, Mais dans les zones rurales et dans l’électorat populaire traditionnel elle est absente. Paris est la terre d’élection de la NUPES et d’Ensemble, ils se partageant la quasi-totalité des circonscriptions. Le PS et LR ont disparu.

 

Parmi les perdants, il faut aussi compter Lionel Jospin et son idée géniale de coupler le quinquennat et l'inversion du calendrier électoral qui était destinée à garantir au Président nouvellement élu une majorité absolue à l'Assemblée nationale et les pleins pouvoirs dont rêvent de doter le Président de la République, tous les aspirants au régime présidentiel qui sauverait la France, ceux-ci considérant que la 5e République donne encore trop de place au gouvernement et au Parlement par rapport au pouvoir d'un seul homme.

 

À propos du « front républicain »

 

Pour expliquer ce qui est tout de même un mauvais résultat, la chasse aux déserteurs du « front républicain » est ouverte. Emmanuel Macron et son mouvement « Ensemble » se retrouvent à juste titre sur le banc des accusés, puisque dans six circonscriptions seulement ses partisans ont appelé à soutenir le candidat de la NUPES contre celui du Rassemblement National. Ceux auxquels il faisait les yeux doux entre les deux tours de l’élection présidentielle étaient devenus des candidats antirépublicains contre lesquels il fallait faire front.

 

Quelle ingratitude de la part d'un Président réélu grâce à ceux qui ont accepté, encore une fois, de faire barrage à Marine Le Pen malgré l’aversion qu’ils avaient pour lui ! Comme Jacques Chirac en son temps, il considère qu’il ne doit rien à l’électorat de gauche qui l’a sauvé, sans gloire, de la défaite.

 

Pour se défendre, les Macronistes rappellent qu'ils ont utilisé pour l’élection législative, la même formule que Jean Luc Mélenchon au soir du premier tour de l'élection présidentielle : « pas une voix pour les candidats du Rassemblement national », ce qui ne vaut évidemment pas appel à voter pour le candidat de la NUPES, pas plus que Mélenchon n’appelait à voter Macron. 

 

De façon parfaitement incohérente, Jean-Luc Mélenchon dénonce « ceux qui ont perdu tout droit à faire des leçons de morale puisqu'ils ont abandonné cette pratique ancienne du Front républicain », tout en indiquant qu'il ne passera aucun accord avec Emmanuel Macron et ceux qui le soutiennent « parce qu'il ne fait pas partie du même monde qu’eux ».

 

Comprenne qui pourra… Pourquoi deux partis politiques n'appartenant pas au même monde devraient-il appeler à voter l'un pour l'autre à quelque élection que ce soit ?

 

On s'y perd ...

 

En vérité, cette idée de front républicain n'est pas morte d'être trahie où abandonnée par tel ou tel parti. L’appel au front républicain n'a tout simplement plus aucun écho parce que, sur cette question comme sur les autres, les responsables politiques ont perdu toute crédibilité. Lorsqu'ils disent « front républicain », beaucoup de Français entendent « solidarité de la classe politique pour conserver les sièges qu'elle occupe ». Et ils s’abstiennent ou votent blanc ou nul, ou pratiquent le « dégagisme ». À ce propos, Rappelons qu’Emmanuel Macron en 2017 appelait à dégager ceux qui occupaient depuis trop longtemps la scène politique. Il ne peut pas s’étonner que son temps soit venu d’en être victime.

 

Si l'esprit du Front républicain doit renaître, il faudra d'abord s'entendre sur la République que nous voulons défendre.

 

Nous en sommes loin.

 

Le mot a été galvaudé. Pour certains, défendre la République signifie défendre la constitution de la Vème République ; pour d'autres, il s'agit de retrouver l'inspiration de la période glorieuse des débuts de la IIIème République, celle de l'adoption des grandes lois libérales consacrant par exemple le droit d'association, la démocratie municipale, la laïcité, etc.

 

Pour d'autres La République doit être sociale et elle doit s'attaquer d'abord à la réduction des inégalités et à la pauvreté.

 

Il ne suffit donc pas de répéter République, République, comme une incantation qui à elle seule nous permettrait de sortir de l'ornière. Une profonde réflexion à droite comme à gauche sur le système politique et économique que nous voulons est nécessaire et cette réflexion doit se traduire par une proposition de réforme de nos institutions permettant de faire revivre la démocratie.

 

Et maintenant ?

 

La France redevenant un peu plus normale avec un Parlement divisé qui n'est plus totalement à la botte du président de la République, serait devenue ingouvernable. C'est le leitmotiv des commentateurs depuis dimanche soir. Comment font les autres pays européens qui pour la plupart vive depuis très longtemps avec des majorités relatives ? Sans doute ne sont-ils pas gouvernés et leurs citoyens vivent-ils dans la terreur de l'absence d'un pouvoir exécutif tout puissant.

 

Le grand sujet du moment est de savoir qui sera Président de la commission des finances de l'Assemblée nationale, à laquelle les médias accordent soudainement une importance déterminante. Pourtant, s'il est bien un domaine où l'exécutif décide de tout, c'est celui de la préparation et de l'adoption des lois de finances. Il est vrai que l'Assemblée nationale consacre de longues semaines à en débattre, mais ce n'est que pour les modifier de façon extrêmement marginale et le projet présenté par Bercy au début du mois d'octobre de chaque année n'est pas véritablement modifié par les débats parlementaires. S'il prenait au député l'envie de faire autrement, le gouvernement dispose de l'article 49. 3 de la Constitution pour faire adopter son projet.

 

Bien sûr, chacune des composantes de la droite veut profiter de la situation de faiblesse d'Emmanuel Macron pour améliorer sa position, mais un fait est là, la droite est majoritaire à l'Assemblée nationale et « Les Républicains » vont choisir entre un accord de gouvernement avec Macron ou bien un soutien au cas par cas aux projets que celui-ci présentera à l'Assemblée nationale.

 

Si j'avais un conseil à leur donner, ce serait plutôt d'opter pour un accord de gouvernement avec Emmanuel Macron qui leur permettrait d'absorber une fois pour toute celui-ci et de le faire apparaître pour ce qu'il est, un candidat de droite et rien d'autre que cela, ce qui leur dégagerait la voix pour les élections suivantes. Mais la politique n'est pas une chose rationnelle. Macron pense être assez malin pour décrédibiliser encore un peu plus « Les Républicains » en les mettant en porte-à-faux, projet de loi après projet de loi. « Les Républicains » surestiment leur force et pensent qu'ils pourront au cas par cas vendre très cher leur ralliement. Les uns et les autres surestiment l'intérêt que les citoyens porteront à ce petit jeu.

 

Bien sûr, il sera plus difficile que dans la mandature précédente de faire adopter des textes législatifs à jet continu, en recourant le plus souvent à la procédure des ordonnances, ce qui évitait dans les faits tout débat parlementaire.

 

Nous devrions tous nous en réjouir. Notre pays étouffe sous les lois et les textes réglementaires, traduits ensuite en circulaires de dizaines de pages par les directions d’administration des ministères.

 

En 2021, les préfets ont reçu plus de 1300 circulaires ; on ne voit même pas comment ils peuvent trouver le temps de les lire, quant à les mettre en œuvre n'en parlons même pas. Le plus sage est d'attendre le texte suivant.

 

Cela n'a aucune importance pour l'équipe qui exerce le pouvoir car il s'agit avant tout d'occuper le champ médiatique et non de transformer réellement les choses ou simplement de les administrer avec bon sens.

 

Alors, dédramatisons cette idée de blocage politique du pays. Il n'y a pas besoin de lois pour augmenter les salaires dans les entreprises privées comme dans les administrations ou les entreprises publiques. Il n'y a pas besoin de loi pour préserver le régime des retraites par répartition qui n'est pas menacé par une crise à court terme.  Pas besoin de loi pour que le Parlement contrôle réellement l'action du gouvernement, ce qu'il s'est bien gardé de faire au cours des cinq dernières années, trop occupé qu'il était à voter des centaines de lois. En réalité, beaucoup de choses peuvent être faites sans recourir à la loi et pour tout dire beaucoup de choses seraient mieux faites en laissant les citoyens, les associations, les entreprises et les administrations trouver des solutions plutôt que de leur imposer de façon détaillée ce qu'il doivent faire.  

 

L'essentiel n'est pas de trouver un mode d'organisation de la relation entre le président de la République et le Parlement (on peut oublier le gouvernement qui n'est plus qu'un bureau d'exécution de ce qui est décidé à l'Élysée, personne d'ailleurs ne se demande quel est l'avis d’Élisabeth Borne sur le sujet), mais de trouver une solution à la crise politique que traverse notre pays.

 

La dissolution de l’assemblée nationale est un fusil à un coup qu’E. Macron maniera avec précaution. J Chirac a montré en 1997 que la balle pouvait suivre une trajectoire imprévue et ne pas atteindre la cible visée.

 

Nous vivons une crise morale, institutionnelle, écologique et économique. Elle ne sera pas surmontée par des coalitions à géométrie variable sur des textes de lois.

 

Crise morale parce que nous ne savons plus ce qui nous rassemble, ce qui fait de nous, Français, une Nation, ce qui vaut la peine d’être défendu collectivement.

 

La défense de services publics, des systèmes de protection collective quels qu’en soient les mérites, ne suffit pas à souder une société. Le délitement des principaux services publics auxquels nous assistons, qu'il s'agisse de l'éducation nationale, du système de santé ou de la justice, est à la fois la conséquence de choix politiques réduisant les moyens qui leur sont consacrés, mais aussi d'une rupture de confiance au sein de ces grandes institutions, de divergences sur les objectifs qu'elles doivent atteindre, d'une mise en cause de la part de ceux qui travaillent comme de ceux qui doivent bénéficier de leurs services. Toutes les grandes institutions publiques sont mises en cause, la méfiance prévaut à l'égard de ceux qui sont chargés de les diriger, leur capacité d'action sur la société est de plus en plus réduite. Il ne suffira pas d'augmenter les salaires et de mieux aménager les bâtiments pour que les choses s'arrangent.

 

Ce qui vaut pour les entreprises et les administrations publiques vaut aussi pour le secteur privé. Les entreprises sont en crise, les salariés sont de plus en plus nombreux à se demander ce qu'ils y font, à ne pas supporter leur organisation de plus en plus bureaucratique qui souvent surpasse celle des administrations. La qualité des services et des marchandises qu'elles produisent est contestée, pour des raisons sanitaires où environnementales, parce que la surconsommation a des effets dramatiques sur notre environnement qui sont maintenant bien connus et aussi parce que la qualité de ce qui est produit souvent n'est pas bonne. Quelques exemples récents dans des secteurs industriels considérés comme d'excellence en France sont venus nous le rappeler. La moitié des réacteurs nucléaires du pays et à l'arrêt depuis plusieurs semaines en raison de défauts constatés sur les soudures d'éléments essentiel à leur fonctionnement. La SNCF vient de renvoyer à Alstom un nombre assez important de rames de TGV dernier modèle qui souffrent également d'un défaut de soudures qui en affectent la sécurité. Il faudra plusieurs mois pour remédier à ces défauts.  Les exemples pourraient être multipliés.

 

Notre pays doit se livrer à un examen de conscience collectif pour reconstruire les bases d'une vie en commun fondée sur un minimum de confiance réciproque sans laquelle rien n'est possible. Ce n'est pas un grand débat dans lequel le président de la République fait son numéro pour montrer qu'il a réponse à tout et qu'il est capable de convaincre chacun qui permettra cela. Il s’agirait d’un échange de chacun d’entre nous avec sa propre conscience et avec les autres, mené dans des milliers de lieux en même temps, sur une période de temps qui pourrait être de deux ou trois ans qui le permettra. On peut rêver et se dire que les journaux les radios les télévisions, au lieu d'obéir à la dramaturgie des jeux du cirque, pourraient être des endroits ou des discussions honnêtes, sans enjeu de pouvoir immédiat, correctement modérées seraient conduites. On peut rêver que les essais qui seront écrits, les livres qui seront publiés participeront à cet examen de conscience collectif en laissant de côté les invectives, la condamnation de l'autre, les jugements définitifs, bref tout ce qui interdit une véritable discussion, un véritable échange de points de vue permettant à chacun de faire évoluer le sien. 

 

Chacun devrait l’aborder avec humilité et une seule certitude, celle qu’il ne sait pas tout, qu’il n’a pas à lui seul la solution, que rien ne sera possible si nous ne pouvons pas compter les uns sur les autres, que la compétition n’est pas le meilleur moyen d’atteindre un objectif collectif, qu’elle est toujours inférieure à la collaboration. Une société dans laquelle chacun se méfie de l’autre, dans laquelle l’affrontement et la victoire d’un groupe sur l’autre est vue comme la seule solution est vouée à la dissolution.

 

Nous sommes dans cette société.

 

Cette idée d’examen de conscience collectif sera considérée par beaucoup comme naïve ou dangereuse. Elle me paraît indispensable et ce sont les mieux lotis qui devraient commencer.

 

Crise institutionnelle ensuite. Il n’est plus question que de cela. La Vème République a longtemps été considérée comme un régime garantissant la stabilité politique du pays et l'efficacité de son gouvernement. Un nombre croissant de citoyens et de responsables considère que cela n'est plus vrai et que ses inconvénients l'emportent sur ses avantages.

 

Elle est très centralisée mais ne garantit pas l'égalité de traitement sur le territoire national ; les métropoles concentrent les richesses et les services, le reste du territoire a un sentiment d'abandon.

 

Elle donne à l’exécutif des pouvoirs considérables, et pourtant celui-ci est impotent, les leviers à sa disposition ne répondent plus et il ressemble à hamster qui pédale dans une roue sans produire le moindre mouvement.

 

Le pays n'est plus correctement représenté par ses institutions. Certains se réjouissent de la fin de la majorité absolue à l'Assemblée nationale considérant que nous serions arrivés presque au même résultat que celui qui aurait été permis par un scrutin proportionnel sans avoir besoin d'y recourir. C'est faire peu de cas de la très forte majorité qui a refusé de participer à cet exercice et de la distorsion introduite par ce mode de scrutin entre la composition de l'Assemblée nationale et la réalité politique du pays.

 

Nos institutions doivent être réformées. Une commission composée de parlementaires de toutes les obédiences politiques, de membres du Conseil économique social et environnemental, de syndicalistes, de représentant du mouvement associatif et de juristes devrait être chargée de préparer un projet, d'organiser le débat public autour de ses propositions, de laisser ensuite le Parlement en débattre avant que cette nouvelle constitution soit soumise à la population par référendum.

 

Crise économique et écologique enfin.

  

Elles sont intimement liées. La crise écologique ne résulte pas de la gloutonnerie des gens, de leur manque de conscience, de leur méconnaissance des petits gestes qui arrangeront tout. Elle résulte d'abord d'un système économique dont la finalité assignée à chacun de ses acteurs est celle du profit maximum. Les économistes classiques considéraient qu'en cherchant à satisfaire son envie individuelle de réussite, chacun contribuait au mieux à la réalisation du bien commun. Le boulanger permet à chacun de manger du pain non par altruisme, mais pour faire prospérer son commerce. Il y avait malheureusement un vice dans cette pensée qui généralisait un exemple particulier qui ne pouvait pas l'être. Les entreprises ont recherché le profit maximum au mépris des conséquences désastreuses de leur activité sur l'environnement. La croissance des entreprises transformées en monopole étouffe l'innovation. Les relations internationales sont dominées par les grands groupes multilatéraux dont les gouvernements défendent les intérêts plutôt que les intérêts des peuples et des Nations.

 

Nous allons connaître des difficultés économiques importantes liées au contexte international belliqueux, à la reprise de l'inflation qui n'est pas due à une forte croissance économique mais à un ensemble de désajustements économiques mondiaux, sur fond d'endettement public et privé considérable et de remontée des taux d'intérêt. Dans ces situations, les préoccupations écologiques passent habituellement au second plan parce qu'il faut assurer l’essentiel.

 

Les idées actuelles d'instituer une planification écologique confiée à une instance administrative placée auprès du Premier ministre sont totalement inopérantes pour surmonter la crise écologique, nous dirons pourquoi dans un autre texte. La réponse aux crises économique et écologique conjointes passe par une autre conception de la manière de les aborder, loin de la planification bureaucratique et de la centralisation.

 

Oublions donc les questions qui dominent le débat public au lendemain de l'élection législative sur les arrangements qui doivent être trouvés à l'Assemblée nationale. Ceux-ci ne font que nous détourner une fois encore de l'essentiel et montrent que les véritables leçons de ce scrutin n'ont pas été tirées.

 

Jean-François Collin

21 juin 2022

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21 juin 2022 2 21 /06 /juin /2022 11:30

Dictionnaire amoureux de l'Esprit français

« Emmanuel Macron incarne évidemment à sa manière une partie de l’esprit français. Il a symbolisé ce panache, et les électeurs l’ont suivi. Jusqu’à ce qu’il cesse de plaire… »

Metin Arditi écrivain essayiste suisse d’origine turque.

Je me pose toujours la question : pourquoi nos  voisins suisses et belges s’intéressent-ils de très prêt à ce qui se passe dans notre foutu pays, et tout particulièrement au moment des votations ?

 

La réciproque n’est guère vraie, nos grands médias se fichent pas mal de ce qui se passe chez nos voisins francophones.

 

« Au terme du voyage que l'écriture de ce dictionnaire m'a amené à faire, je reste frappé par ce paradoxe, la cohabitation intime d'immenses prophètes Pascal, Diderot, Renan, Péguy – et de saltimbanques talentueux, souvent géniaux, Molière, Beaumarchais, Colette, Guitry, Piaf.[...]La liberté, trait saillant de l'esprit français, tient à ce que, lorsqu'on fait la fête, les prophètes ne sont jamais loin. Il y a là une spécificité française, une cohabitation qui ne se retrouve, je crois, dans aucune culture. »

 

«Je voudrais bien savoir, dit Molière, si la grande règle de toutes les règles n'est pas de plaire ».

 

Partant de ce constat, Metin Arditi, amoureux de l'esprit français, sillonne les champs de la séduction à la française, de l'élégance subtile et du mot, « le mot qui fait mouche ».

 

Le fait de travailler simplement, d’être «besogneux» est affreux. Je l’écris dans le livre: «Quelle horrible épithète! L’adjectif se veut blessant. Un besogneux n’a pas d’allure. Il ne se préoccupe pas de plaire. Il ne fait pas dans la légèreté. Il ne s’occupe que d’être utile. Mais quel avenir peut donc espérer ce malotru?» Le savoir-faire est méprisé en France et cela, ce n’est pas bien. On ne peut pas vouloir plaire et être besogneux.

 

Les «grandes écoles» qui forment l’élite du pays distillent une formation qui dénigre l’apprentissage, le goût de la réalité, les choses simples dans lesquelles se retrouvent les artisans, les paysans, les commerçants.

 

«L’esprit français engendre un redoutable déni des réalités» ICI 

 

Metin Arditi admire la France et ce qu’elle a apporté au monde. L’écrivain suisse le dit avec passion dans son «Dictionnaire amoureux de l’esprit français». Mais cette grandeur a aussi un prix.

Terrible.

Épuisant.

Et toujours fascinant

 

Metin Arditi, essayiste et romancier, rencontré à Genève — © Keystone

  • Vous citez d’emblée, dans votre «Dictionnaire amoureux de l’esprit français», cette phrase de Molière: «Je me demande bien si la plus grande des règles n’est pas de plaire.» L’art de la séduction reste, selon vous, incontournable en France?

 

L’obligation historique de plaire est au cœur de l’esprit français et il en découle une obligation de théâtralité que l’immense Molière avait comprise mieux que personne. Est-ce un miroir dans lequel les Français se regardent en permanence? Est-ce un terrible exercice narcissique? Non. C’est d’abord un refus de l’enfermement. L’intellectuel français classique doit s’exposer, s’exprimer, parler. La société française est une société du verbe, donc de la séduction. Est-ce glorieux? Pas toujours. Les échecs sont nombreux. On pense à Dom Juan. Mais comment ne pas avoir une infinie tendresse pour cette volonté, sans cesse, de s’affranchir des faits? En littérature, dans les arts, dans l’histoire, elle a, au fil des siècles, produit des miracles. Mais l’esprit français engendre aussi un redoutable déni des réalités.

 

  • Justement. S’affranchir des réalités pour séduire, ou pour «plaire» comme l’écrit Molière, n’est-ce pas un redoutable piège?

 

L’esprit français, c’est prendre ses distances avec le réel. Parce que le réel n’est pas ce qui compte vraiment. Prenez Versailles: c’est un palais, c’est une réalité, c’est un roi, c’est le symbole de la monarchie absolue. Mais Versailles, à l’époque de Molière, c’est la cour, c’est aussi une société artificielle, cachée derrière des masques et des paravents. L’esprit français est la clé pour comprendre à la fois la grandeur de la France, son charme fou, et ses difficultés reflétées aujourd’hui d’une certaine façon par la crise des «gilets jaunes». Les «grandes écoles» qui forment l’élite du pays distillent une formation qui dénigre l’apprentissage, le goût de la réalité, les choses simples dans lesquelles se retrouvent les artisans, les paysans, les commerçants. Mon dictionnaire est amoureux. Mon affection et ma tendresse pour le brillantissime esprit français sont infinies. Sauf que le coût de ce dernier est énorme. La société française paie un prix colossal, insupportable, à cette obsession du panache.

 

La suite ICI

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21 juin 2022 2 21 /06 /juin /2022 06:00

 

Ceux qui me lisent régulièrement vont sourire, « il ne manque pas d’air, de vin il n’en parle plus beaucoup… » J’en conviens, en plus de quinze années de labeur j’ai fait le tour de la question, me contentant de licher des vins nu en bonne compagnie, oui, oui, je baguenaude au gré de mes envies.

 

L’eau donc, l’eau pure, fraîche, tirée du puits du Bourg-Pailler, qu’enfant nous buvions au pot. Souvenirs, souvenirs, il n’empêche que lorsque l’on boit du vin nu, entrecouper les séquences, par des verres d’eau, permet  de ne pas se déshydrater.

 

L’eau du robinet alors puisque l’eau minérale en bouteille n’est guère respectueuse de l’emprunte carbone. Les restaurants, de plus en plus, présentent à leurs clients de l’eau micro-filtrée, plate ou gazeuse. ICI 

 

 

À Paris nous avons des puits artésiens - Passy, La Chapelle, Butte-aux-Cailles, les 3 dernières fontaines d'eau de source. ICI 

 

Les puits artésiens de Paris ne sont plus que trois en activité de nos jours. Ces fontaines d’Albien, pourvoyeuses d’eau de source d’une rare pureté, font le bonheur des riverains qui se pressent pour remplir des récipients gratuitement. Protégé par les couches fossiles de la pollution de surface, le précieux liquide s’il est légèrement ferrugineux et naturellement riche en fluor demeure peu minéralisé. Il ne présente ni calcaire ni ajout chloré et très peu de magnésium. Les puits artésiens, du nom de la province d’Artois où sont entrepris les premiers forages du genre au XIIème siècle, permettent aux populations d’accéder à une eau de grande qualité. A partir des années 1830, le progrès technique rend possible des forages particulièrement profonds. Paris, comme toutes les grandes villes modernes de cette époque, est alors confronté au défi de l’eau potable. Cinq puits artésiens vont voir le jour entre 1841 et 1929. Trois équipés de fontaines publiques sont parvenus jusqu’à nous, grâce à la rénovation des anciens forages, dirigée par Eau de Paris à partir de 1994, à Passy square Lamartine, à La Chapelle square de la Madone et à la Butte-aux-Cailles place Paul Verlaine.

La suite ICI

Le puits en 1900, photographié par Eugène Atget.

Puits artésien de la Butte-aux-Cailles

 

À la suite du forage réussi des puits artésiens de Grenelle, Passy et Hébert au cours du XIXe siècle, et sur une idée de François Arago, un puits artésien est envisagé sur la Butte-aux-Cailles afin d'alimenter le quartier en eau et de déverser le surplus dans la Bièvre, affluent de la Seine coulant à proximité et dont le débit est à cette époque devenu insuffisant. Le préfet Haussmann décide du forage par arrêté préfectoral le 19 juin 18632.

 

Les travaux ne commencent que le 28 août 1866 et débutent par l'érection d'une tour de forage en bois. Ils sont sur le point de s'achever en 1872 lorsque le forage atteint les argiles coulantes du Gault, juste au-dessus de la nappe aquifère. Mais, à la suite d'un désaccord entre l'entrepreneur et l'administration, ainsi que du manque d'argent (Paris est assiégée en 1870, la Commune de Paris a lieu en 1871), les travaux sont interrompus. Qui plus est, la Bièvre est progressivement enfouie et ne nécessite plus d'être alimentée. L'aqueduc de la Vanne alimente le réservoir de Montsouris en 1874, permettant la distribution d'eau dans le sud parisien. Pendant une vingtaine d'années, la tour en bois, abandonnée, reste témoin de la tentative. La place où elle s'élève est néanmoins baptisée « place du Puits-Artésien » (elle ne prendra le nom de « place Paul-Verlaine » qu'en 1905).

 

 

Le forage reprend en 1893 sous la direction de l'ingénieur Paulin Arrault4. Finalement, l'eau jaillit en 1904 d'une profondeur de 582 m. Le tube a un diamètre de 40 cm à la base et le débit se stabilise à 67 L/s (5 800 m3/jour). La Bièvre étant en cours d'enfouissement, il n'est plus question d'y déverser l'eau du puits artésien. En 1924, le puits alimente la piscine de la Butte-aux-Cailles toute proche et récemment ouverte.

Savez-vous à quoi sert le réservoir de Montsouris, la cathédrale de l'eau ?

 

Véritable prouesse technique à la fin du 19ème siècle, le réservoir de Montsouris participe toujours au quotidien de 20% des Parisiens.

Par Thomas Martin

Publié le 26 Mai 2022

 

Le réservoir de Montsouris a été construit à la fin du 19ème siècle

Le réservoir de Montsouris a été construit à la fin du 19ème siècle (©AdobeStock

 

Dans le 14ème arrondissement de Paris, le réservoir de Montsouris, construit par Eugène Belgrand, fonctionne depuis 1875. Un outil indispensable à la vie de nombreux Parisiens qui consomment aujourd’hui en moyenne 120 litres d’eau par jour par personne, soit six fois plus qu’au milieu du 19ème siècle.

 

De l’eau transportée jusqu’à Paris par aqueduc

 

L'aqueduc de la Vanne, imposante surélévation en pierre meulière de la fin du xixe siècle, fut construit par l'ingénieur Eugène Belgrand pour alimenter le réservoir de Montsouris

L’aqueduc de la Vanne, imposante surélévation en pierre meulière de la fin du xixe siècle, fut construit par l’ingénieur Eugène Belgrand pour alimenter le réservoir de Montsouris (©AdobeStock)

 

A la fin du 19ème siècle, les eaux de la Seine deviennent de plus en plus impropres à la consommation du fait de leur variation de température saisonnière et du développement industriel et urbain en amont de la capitale. Il faut donc construire des réservoirs pour améliorer progressivement l’alimentation en eau des Parisiens. Une eau transportée par aqueduc selon le principe de la gravité depuis les contreforts du bassin parisien.

 

Le réservoir de Montsouris est situé sur un des points élevés du sud de Paris, près du parc Montsouris. Le quartier des Champs-Élysées a été le premier à bénéficier de ses eaux.

 

La suite ICI 

1800 piliers supportent les voûtes d'où le surnom de

1800 piliers supportent les voûtes d’où le surnom de « cathédrale de l’eau » (©Wikicommons)

Velleminfroy

Riche en sels minéraux
Calcique
Magnésienne
Convient à un régime pauvre en sodium
Pureté1 absolue (0 nitrate2,3, 0 pesticide3, 0 trace de médicament4, 0 particules de micro-plastique5)

Gamme eau vintage plate et pétillante

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20 juin 2022 1 20 /06 /juin /2022 06:00

L’université de Bologne n’est pas seulement l’université la plus ancienne en Europe, elle se classe comme la première université en Europe et se place au Top 10 des meilleures et plus belles universités en Europe.

J’aurais pu, dans mon titre, écrire la bolognaise, puisque la belle Silvia, habite Bologne, mais, pour le grand amateur de pasta que je suis, ça sonnait trop, la trop galvaudée sauce bolognaise, suis plutôt Cacio e Pepe, alors comme ses racines et son cœur sont à Biella va pour la Piémontaise.

 

« Lovée entre les montagnes et les plaines verdoyantes, la ville de Biella entretient un lien fort avec ses montagnes. C’est grâce aux cours d’eau provenant des Alpes bielloises qu’a prospéré durant des siècles l’économie de la laine, qui est connue et appréciée dans le monde entier. Le territoire montagnard qui s’étend autour de la ville voit en Biella un point de repère. Qui offre aux Biellois l’opportunité de se promener dans la nature, de pratiquer du sport et des activités de plein air, sans oublier le tourisme religieux.

 

En effet, Biella est une terre de lieux sacrés : le Sanctuaire d’Oropa, qui se dresse au milieu des montagnes, a été déclaré Patrimoine de l’humanité par l’UNESCO en 2003. La cuvette d’Oropa, où la Région Piémont a créé une réserve naturelle spéciale en 2005, est au coeur d’un projet de relance du tourisme dans les montagnes bielloises, axé sur l’environnement et la durabilité. En outre, le territoire de Biella est traversé par deux grands chemins de randonnée très fréquentés : la Grande Traversée des Alpes (GTA) et la Grande Traversée de l’arrière-pays biellois. »

 

Son dernier opus, « Une amitié » je l’ai choisi comme le faisait l’une des héroïnes, Élisa, l’intello, introvertie, dans la librairie « au coin de la via Saragozza, où d’ailleurs le libraire n’est pas mal. Mais je ne lui jamais demandé de conseils, au contraire. Je choisis un roman à l’intuition […] j’aime tourner les pages, les caresser, sans me sentir snob pour autant. » Page 347, seul, baguenaudant, guidé par ma seule intuition, effleurant les couvertures, traquant les petits livres qui se glisseront dans ma poche, soupesant les gros, comme les melons (là je déconne) chez Compagnie, 58 rue des Ecoles, face à la Sorbonne, à  deux pas de son éditrice Liana Lévi.  ICI

 

Le Prix Littéraire Marco Polo Venise

 

Même si vous n’allez pas me croire, je ne l’ai pas choisi, envoûté que j’étais, par la photo de la rayonnante Silvia, sur le bandeau enserrant le livre.

 

Après lecture, je suis fasciné par la romancière, une révélation, « De sa plume à vif, avec un sens aigu de la narration et des dialogues percutants, Silvia Avallone dissèque le quotidien des deux amies : les virées en scooter, les premiers flirts, les selfies et la flamboyance pour l’une, les livres et le mal-être pour l’autre… Mais ce qui rend le roman aussi captivant, ce sont les personnages qui gravitent autour d’elles, chacun tressant les fils d’un canevas au centre duquel se dessinent Beatrice et Elisa… »

 

Mais pas que : « Avallone s’inscrit vraiment dans la modernité et aime à parler de l’envers du décor de carte postale de son pays. »

« C’est comme toujours avec Avallone extrêmement fin, les sentiments ambivalents des personnages sont très bien traités et cela nous pousse à nous questionner sur de nombreux domaines. Notamment celui du monde des réseaux sociaux… »

 

Le vieux blogueur que je suis, blanchi sous le harnois, a vécu la perversion du Net, d’espace de liberté à comme le réplique Béa, l’autre héroïne du livre « Tu n’as rien compris, toi. La seule information intéressante, sur mon blog, c’est moi. »

 

« Au fin fond d’une province italienne en retard technologique chronique, la Rossetti (Béa) a dessiné le futur d’Internet et s’est placé au centre de la toile. »

 

« Rossetti a anticipé, et d’une certaine façon inauguré cette perversion des réseaux sociaux devenue aujourd’hui dominante : la fermeture plutôt que l’ouverture, le narcissisme plutôt que la rencontre, le repli fœtal et malsain sur les (faux) moi. Enfin, ma formule préféré : « Béatrice Rossetti est l’algorithme létal. »

 

Une fois immergé dans « Une amitié » je suis resté sous la tension d’une écriture vive, juste, d’une construction intelligente, marque des grands narrateurs, narratrice ici, la découverte de Silvia Avallone est une révélation, elle est pour moi est l’une des meilleures de sa génération. Ce livre renforce mon opinion, que les femmes sont, dans la vieille Europe, les romancières les plus douées. En Espagne, Almuneda Grandes, malheureusement récemment disparue, et en Italie, Silvia Avallone. Et en France me direz-vous ? J’avoue qu’aucun nom ne me vient.

 

silvia avallone | Librairie Maruani

 

Une fois refermé « Une amitié » je me suis précipité chez mon libraire ouvert les jours fériés, L’écume des pages pour acquérir le premier roman d’Avallone, « D’Acier » (2011) qui la rendue célèbre en Italie comme en France (prix des lecteurs de l’Express), et, pour faire bon poids, « Marina Belleza »  (2014) dans la collection piccolo (poche de Liana Levi).

 

Marina Bellezza - Avallone Silvia - 9782867468056 | Catalogue | Librairie  Gallimard de Montréal

 

Je suis plongé dans « D’Acier » et, si j’ai  un conseil à vous donner, faites comme moi allez chez votre libraire préféré, acheter les 3 livres, lisez-les dans l’ordre que vous souhaitez ou, faites comme moi, commencez par le dernier.

 

Je vous livre 3 critiques d’ « Une amitié » et une interview de Silvia Avalonne dans Libé à la suite de la sortie de « D’Acier » en 2011.

Silvia Avallone • Oh les beaux jours !

1- « Une amitié », de Silvia Avallone : l’attirance des contraires ICI  

Critique 

Après son premier roman très remarqué D’acier, Silvia Avallone poursuit l’exploration de son thème favori, l’amitié passionnelle entre deux adolescentes que tout sépare.

  • le 16/02/2022 à 17:34 Laurence Péan, 

Cette histoire d’une amitié dévorante entre deux adolescentes rappelle inévitablement L’Amie prodigieuse, d’Elena Ferrante. Aussi brillante conteuse que sa consœur italienne, Silvia Avallone se glisse dans les méandres du même fleuve qui emporte dans ses flots agités Beatrice et Elisa. Et c’est à T., un important village de bord de mer « emprisonné dans son anonymat », que les deux adolescentes se rencontrent au tournant des années 2000.

Île D'Elbe Coucher De Soleil Vue Depuis Piombino Un Yacht De Bateau à  Voile. Mer Méditerranée. Toscane Italie Banque D'Images Et Photos Libres De  Droits. Image 41159397.

2 « Une amitié », de Silvia Avallone : l’une lisait, l’autre pas ICI

 

L’écrivaine italienne explore avec vivacité le parcours de deux adolescentes des années 2000, l’une attirée par les livres, l’autre par les réseaux sociaux.

Par Florence Courriol-Seita(Collaboratrice du « Monde des livres »)

Publié le 08 avril 2022 

 

« Une amitié » (Un’amicizia), de Silvia Avallone, traduit de l’italien par Françoise Brun, Liana Levi, 528 p., 23 €, numérique 18 €.

 

Plus de dix ans ont passé depuis le puissant premier roman, D’acier (Liana Levi, comme tous ses livres, 2011), qui fit connaître aux publics italien et français la fougueuse Piémontaise Silvia Avallone (née en 1984). Après trois autres romans (Le Lynx, Marina Bellezza et La Vie parfaite, 2012, 2014, 2018), l’écrivaine nous revient en grande forme avec ses thèmes de prédilection – adolescence, fractures sociales, vie de province, figures de la mère et de la parentalité –, mais adopte cette fois un point de vue d’adulte. Une amitié vient ainsi conclure une époque, dire adieu à cet entre-deux de l’adolescence qu’Avallone dépeint magistralement depuis ses débuts.

Une amitié - Silvia Avallone • Éditions Liana Levi

3- “Une amitié” de Silvia Avallone ICI 

 

Un roman italien mais qui n’est pas signé Elena Ferrante. Car on le sait la romancière italienne avait fait un immense succès avec "l’amie prodigieuse", une histoire en 4 volumes qui raconte l’amitié de deux jeunes filles dans un quartier pauvre de Naples. 

 

Le livre que je vous présente aujourd’hui à pourtant des similitudes car il nous parle de l’amitié de deux jeunes filles et il est écrit par une italienne très talentueuse mais la ressemblance s’arrête là. "Une amitié", c’est le titre de ce roman qui vient de sortir aux éditions Liana Lévi et c’est à Silvia Avallone qu’on le doit. Avallone est née dans les années 80 et vit aujourd’hui à Bologne. "D’acier", son premier livre, avait fait grand bruit en Italie et au-delà

I social e la dittatura dell'apparire”: Silvia Avallone racconta  "Un'amicizia", il suo nuovo romanzo - ilLibraio.it

Interview

 

«La gauche de mon pays ne fait plus rêver les jeunes» ICI

 

Le cahier Livres de Libédossier

 

 

 

Rencontre à Paris avec Silvia Avallone

par Françoise-Marie Santucci

publié le 14 avril 2011

 

Silvia Avallone surprend ou séduit pour les mêmes raisons. Ses gros seins, son sourire, ses cheveux bouclés en cascade, son imposant tatouage tribal sur l'épaule gauche qui date de ses 15 ans, les 350 000 exemplaires de D'acier vendus en Italie, les 12 traductions en cours, le fait qu'elle a été finaliste de l'équivalent du Goncourt. Elle a beau citer une phrase de Don DeLillo sur «la peur» en exergue de son roman (1), on dirait qu'elle n'en ressent aucune. L'assurance est forcément un peu forcée. Son père était un petit commerçant napolitain établi à Piombino, sa mère enseignante en primaire originaire du Piémont, qui ont fini par divorcer. Enfant unique, Avallone est mariée à un libraire, et ils vivent à Bologne. Cette inlassable lectrice de Balzac, DeLillo, Capote, Nabokov, Dostoïevski ou Flaubert écrit aussi de la poésie, et récemment, un texte sur Anna Magnani. Alors que D'acier est en cours d'adaptation pour le cinéma, Silvia Avallone a commencé un deuxième livre (dont, par superstition ou prudence, elle ne dira rien).

 

Pourquoi Piombino ?

 

J’ai vécu là-bas par intermittence, avec mon père, entre 14 et 18 ans, et j’ai grandi avec des adolescents qui, dès 16 ans, sont allés travailler à la Lucchini. J’avais envie de raconter des histoires dont la presse ne se fait jamais l’écho. Ce qui m’a valu des procès publics. J’avais mis le doigt là où ça fait mal. On m’en a voulu d’évoquer les jeunes ouvriers, ceux qui ont remplacé les vieux militants. Parce qu’il est difficile pour beaucoup de monde d’entendre que la culture de gauche en Italie n’est plus à même de faire rêver les jeunes, que tout cela a été remplacé par le «rêve» berlusconien, que la province a été démantelée, que les gens y vivent, pour la plupart, dans une profonde résignation, et dans l’immédiateté tant tout espoir d’avenir est impossible.

 

 

Pourquoi 2001 ?

 

Mes personnages ont une défiance absolue envers la parole. Ils ne se sentent pas représentés par les mots. C’est à croire que beaucoup de gens sont devenus muets en Italie. Cela date de 2001. L’année n’est pas tant celle du 11 septembre, c’est aussi celle du G8 à Gênes, avec un mortsymbole dans les rues de la ville, et celle où Berlusconi revient au pouvoir. En ce sens, 2001 marque le début de l’effondrement de la culture en Italie. On accuse ma génération d’être une génération «silencieuse» ; mais qu’a fait la «génération des pères» pour endiguer Berlusconi? Rien. Ce fameux 11 septembre, comme les personnages du livre, j’étais à la terrasse d’un bistrot de province avec des amis ; j’ai perçu la distance abyssale entre la grande histoire qui se déroulait en direct, et cet îlot qu’était ma vie.

 

Pourquoi écrire ?

 

J'en ai toujours rêvé. J'ai commencé D'acier à 23 ans. Un an pour me documenter puis un an pour apprendre à tenir le rythme de l'écriture. J'ai envoyé mon manuscrit à une seule maison, l'une des plus importantes d'Italie [Rizzoli, ndlr, également propriétaire, en France, de Flammarion]. Je voulais que mon livre soit lu. L'écriture n'est pas une routine, ni quelque chose d'anodin. C'est un défi. Pour ma génération, Roberto Saviano, l'auteur de Gomorra, a tout changé. Il a rouvert le monde, il nous a libérés d'une autofiction omniprésente. Je pense qu'on ne peut pas raconter le destin de quiconque sans le relier au théâtre social. Et contrairement à ce que raconte la «culture» télévisée italienne, ce qui se passe à nos frontières, à nos bords, nous donne de l'énergie. La mentalité individualiste de la «génération des pères» a montré ses limites.

 

Pourquoi se révolter ?

 

En Italie, beaucoup de femmes sont encore réduites au modèle antique. S’occuper du foyer, des fils, de la destinée. Et quel message envoie-t-on aux jeunes filles ? Qu’il faut miser sur son corps pour s’en sortir. La société italienne n’en peut plus de cette vision du monde. C’est aussi cela qui s’est exprimé lors de l’immense manifestation contre Berlusconi, le 13 février. Malgré ce que croit ce monsieur, l’existence n’est pas une orgie. Moi, j’ai des soucis d’adulte, j’ai appris à ne pas faire la maligne, je suis une fille sérieuse. Et je dois beaucoup à mes grands-parents, qui sans trop se raconter d’histoires ont bâti quelque chose de solide. Ce devrait être ça, une vie. Travailler dur, écrire de beaux livres, fonder une famille.

 

(1) «Les meilleures choses sont illuminées par la peur» (Don DeLillo, «Libra», Actes Sud).

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17 juin 2022 5 17 /06 /juin /2022 09:30

La moutarde peut parfois être utilisée pour assaisonner la galette saucisse, spécialité rennaise. | MARC OLLIVIER / OUEST-FRANCE

Maintenant que Rebsamen et Le Drian sont ENSEMBLE dans le même bateau, cette histoire de moutarde devrait pouvoir  s’arranger.  

 

En effet, après avoir fait la danse du ventre, auprès de notre prince Macron 1, pour transférer le siège de l’OIV (un machin du vin comme disait de Gaulle « Le machin qu'on appelle ONU. » Le 10 septembre 1960, à Nantes)  à Dijon, et l’obtenir, François Rebsamen a jeté sa carte du parti aux orties pour rejoindre le prince Macron à la recherche de son second sceptre.

 

Résultat : nada, pas le plus petit maroquin – la place Beauvau, son rêve sous François le roi du pédalo – et, pire, plus ou presque de moutarde de Dijon sur les rayons des temples de la consommation.

 

Du côté de Le Drian, qui avait jeté sa carte bien avant, le voilà débarqué du Quai d’Orsay, donc Jean-Yves – j’en connais aussi un en Bourgogne – et François vont pouvoir être utiles à leurs pays.

 

Pierre Grandgirard, patron du restaurant "La Régate" à Douarnenez Finistère-sud, n'arrivant plus se procurer suffisamment de moutarde, le patron du restaurant "La Régate" à Douarnenez (Finistère), a été obligé de parcourir sa ville pour tenter d'en trouver. « J'ai compris que j'allais aller à la chasse à la moutarde et effectivement, j'ai fait les différents commerces de Douarnenez. J'ai eu un commerçant qui a bien voulu me dépanner de deux pots parce que normalement, c'est limité pour une personne. Tous les autres n'en avaient plus ».

 

Résultat, sans cet "outil de travail" essentiel, alors que la saison estivale commence, il risque d'être difficile de satisfaire les clients. Il faut dire que son restaurant est spécialisé dans les plateaux de fruits de mer, et cet ingrédient est indispensable. « On en a besoin aussi bien pour les mayonnaises que les vinaigrettes, et je ne suis pas sûr que tout le monde ait envie de se passer de la mayonnaise sur les plateaux de fruits de mer ! »

 

« C'est un coup de gueule nécessaire, surtout pour informer, juste informer les gens, de dire : 'attention, la moutarde, ce n'est pas un truc qu'on n'a qu'une fois par an et qu'on n'aura pas avant l'année prochaine'. Non, en septembre, il y en aura partout. Une fois que le savez, régulez la consommation et tout va bien se passer. Tout le monde aura de la moutarde », lâche Pierre Grandgirard  un restaurateur de Douarnenez dans le Finistère-Sud.

 

 

Pénurie en rayons : et maintenant, la moutarde ! - Journal de 13 heures |  TF1

Pourquoi y a-t-il des ruptures de moutarde en France ? ICI

 

Dérèglement climatique, difficulté d’approvisionnement, développement de la filière agricole en berne... Les fabricants de moutarde doivent baisser leur offre, alors même que la demande augmente.

 

La pénurie de moutarde dans les magasins français est en partie liée à la guerre en Ukraine, mais surtout à de mauvaises récoltes au Canada et en France, les deux principaux producteurs de graines de moutarde.

par Marie Thimonnier publié le 27 mai 2022

 

Après l’huile de tournesol, un autre condiment manque aux rayons des supermarchés français: la moutarde. Sur les réseaux sociaux, comme dans les titres de presse, les regards convergent vers lingrédient utilisé dans de nombreuses préparations ou en accompagnement, qui déserte les étagères des magasins. Vous nous interrogez sur les causes de cette «pénurie».

 

Contrairement aux ruptures d’huile qui ont été soudaines après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, comme nous l’expliquions dans un précédent article, la baisse de la production de moutarde était évoquée bien avant, dès décembre 2021. «Les producteurs de moutarde de Dijon prévoient déjà une diminution de leur production et une hausse des prix pour les consommateurs», écrivait Libération dans un article sur le sujet.

 

La raison: le dérèglement climatique. Bien que réputée pour sa célèbre moutarde de Dijon, la France nest pas le plus gros producteur de graines de moutarde brunes, ingrédient incontournable à la confection du condiment. Dans ce domaine, le Canada est le premier cultivateur et exportateur mondial. Mais le pays d’Amérique du Nord, qui a connu de fortes sécheresses au cours de l’été 2021, a considérablement réduit sa production. Une large partie des espaces cultivés ont été ravagés et non renouvelés après cet épisode climatique. «Pour 2021-2022, la production a chuté de 28%, en raison de la baisse des rendements et de la superficie ensemencée», peut-on lire dans un rapport du ministère canadien de lAgriculture, publié le 19 novembre dernier. Cette diminution a dès lors provoqué une baisse des exportations et la hausse des prix de l’oléagineux. «Par conséquent, le prix moyen devrait doubler par rapport à 2020-2021, et s’élever au niveau record de 1700 dollars US [plus de 1500 euros, ndlr] Ia tonne», souligne le ministère.

 

L’approvisionnement en berne

 

Ce sont les fabricants de moutarde qui paient le prix fort. Reine de Dijon, troisième industriel français de moutarde – après Amora-Maille, qui domine le marché – a ainsi vu sa production diminuer de plus de 20% en un an, en raison des difficultés dapprovisionnement. «Les mauvaises récoltes sont dues aux aléas climatiques au Canada, mais aussi en France, où sont cultivées une partie des graines que nous utilisons pour confectionner la moutarde de Dijon», détaille Luc Vandermaesen, directeur général de Reine de Dijon. En temps normal, jusqu’à 35% des besoins de lentreprise sont satisfaits par la graine de moutarde produite directement en Bourgogne. Mais cette année, face aux mauvais rendements, elle ne représente que 20%.

 

La différence est ensuite compensée par l’importation de graines cultivées au Canada. Reste que «plusieurs contrats canadiens ont été annulés par les fournisseurs», précise le chef d’entreprise auprès de CheckNews. D’autres bons de commande ont été signés, mais toujours «sous réserve» des stocks. Le fabricant n’a donc aucune certitude sur son approvisionnement en matière première. «Ce n’est pas la première année que la récolte est mauvaise, mais c’est la première fois qu’elle l’est plusieurs années d’affilée et cela chez tous les exportateurs», insiste Luc Vandermaesen. La Russie et l’Ukraine étant les troisièmes plus importants exportateurs, l’incertitude est encore plus importante sur les rendements ukrainiens pour la prochaine récolte dans l’est de l’Europe.

 

Filière agricole en difficulté

 

Les agriculteurs locaux réunis sous l’association des producteurs de graines de moutarde de Bourgogne (APGMB), représentent pourtant près de «50% de la production européenne», selon leur site. Contacté par CheckNews, Fabrice Genin, président de l’organisation, insiste sur les difficultés de la filière agricole française. «Depuis cinq ans, nous enregistrons une baisse de la productivité de près de 50%. Aujourdhui nous fournissons aux industriels français tout ce que nous pouvons en quantité, sans avoir de stock», souffle-t-il.

 

«De 12000 tonnes en 2016, nous sommes passés à 4000 tonnes en 2021», appuie Fabrice Genin. Les cultivateurs français font face à diverses contraintes, climatiques d’une part, mais également au revirement concernant l’interdiction d’utilisation des produits phytosanitaires en Europe, selon eux. «Nous n’arrivons plus à repousser les ravageurs», explique-t-il, en parlant des insectes qui ont causé de nombreuses pertes dans les champs ces dernières années. Les insecticides jusqu’ici utilisés pour les éradiquer sont.

 

Fabrice Genin cite également un autre obstacle au développement de la filière française, la difficulté «d’attirer de nouveaux agriculteurs». Sur les cinq dernières années, ils sont passés de «près de 350 producteurs à 250», précise-t-il. D’autant plus que la graine de moutarde est une «culture fragile et compliquée», comparée au tournesol, dont le déficit créé par la guerre en Ukraine, premier pays exportateur de l’oléagineux, pourrait inciter de nouveaux cultivateurs à se lancer.

 

Surconsommation sur un marché en tension

 

Les ventes de moutardes ont ainsi baissé de 10,8% en volume sur les quatre premiers mois de 2022 par rapport à 2021 sur la même période, selon les données de l’institut spécialisé IRI, fournies à CheckNews. En revanche, les ventes ont augmenté en valeur de 7,4% entre janvier et avril comparé à lannée précédente, ce qui traduit parfaitement les tendances actuelles du marché. Le prix de la moutarde a en effet explosé avec une hausse de 9,26% en un an, daprès une étude IRI, publiée en avril. Mais si loffre diminue, la demande, elle, augmente. Avec des conséquences visibles sur les prix.

 

Contacté par CheckNews, le groupe Casino, qui regroupe plusieurs enseignes de grandes surfaces (Franprix, Monoprix, Casino, Spar…), constate que «les pénuries sur la graine de moutarde impactent en effet les approvisionnements de toutes nos enseignes et peuvent être visibles dans certains de nos magasins». Dans les magasins Franprix par exemple, les ventes de moutarde «ont été multipliées par 1,5 voire 2 depuis deux semaines». L’enseigne, qui ne donne pas de quota de vente par client à ce jour, interprète la hausse des ventes par une «surconsommation», visible sur les «stocks en magasins qui ont tendance à s’écouler très vite, dès la mise en vente», aggravant un marché déjà «en tension».

 

Peut-on parler de pénurie pour autant? «On est face à un comportement rationnel des consommateurs, qui lorsque les rayons sont vides, vont vouloir stocker pour ne pas manquer de la denrée», analyse Pascale Hébel, directrice associée chez C-Ways, interrogée par CheckNews. L’experte compare ce «stockage», à celui du papier toilette ou de la farine au début du confinement, en mars 2020. Concernant les pénuries enregistrées en France depuis quelques mois, l’huile de tournesol, comme la moutarde, Pascale Hébel précise qu’elles ne sont pas, dans l’immédiat, imputables à la guerre en Ukraine. «On associe aujourd’hui les pénuries à l’Ukraine, mais ce ne sera vraiment qu’après l’été qu’on pourra dire ça, car les récoltes des graines se font en été. La France fait donc face à des pénuries liées au stockage et non directement imputables au conflit dans l’est de l’Europe», insiste la spécialiste.

 

Le dérèglement climatique pourrait cependant atteindre d’autres filières à l’avenir. «On n’est pas à l’abri de faire face à des problèmes climatiques similaires dans les prochaines années et donc à des inflations du prix des matières premières», rappelle Pascale Hébel.

 

C’est donc vers les producteurs locaux que le secteur de la moutarde tente de se tourner. En Alsace, l’entreprise Alélor peut compter sur une production locale qui couvre 60 % de ses besoins, relate France 3 . Mais ce cas de figure est rare et tire les prix vers le haut. Alors si une vraie pénurie ne devrait pas se produire rapidement, la saison des barbecues pourrait bien avoir des conséquences plus importantes sur les portefeuilles en raison du prix de la moutarde qui ne devrait pas baisser tout de suite.

SUGGESTION du CHEF : Lapin à la moutarde ICI 😃

Recette de Lapin a la moutarde par jeanmerode

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16 juin 2022 4 16 /06 /juin /2022 06:00

 

Crise des céréales : "Nous sommes entrés dans un processus de désoccidentalisation des marchés agricoles" ICI

 

 

01 JUIN 2022

Alicia Mihami

 

Sécheresse, pénurie d'engrais, inflation... En Afrique de l'Ouest, les stocks de céréales sont au plus bas, faisant craindre à l'ONU un "ouragan de famines" dans les pays de la région. Quelles alternatives ces pays peuvent-ils mettre en place pour compenser la baisse des exportations de céréales russes et ukrainiennes ?

 

Éléments de réponse avec Thierry Pouch, économiste et chef du service études et prospectives de l'Assemblée permanente des Chambres d'agriculture (APCA).

 

Entretien.

 

  • Thierry Pouch :

 

L’Afrique de l’Ouest est une région qui a des difficultés à produire, donc constituer des stocks est assez compliqué. Autre point important : comme ce sont des pays relativement endettés, ils font face au problème du coût de l’importation. On sait que les cours des matières agricoles, et notamment les céréales, ont commencé à flamber à partir du début de l’année 2021.

 

 

À ce moment-là, c’était dû au fait que la croissance économique était très forte, et que la Chine s’était déjà positionnée pour siphonner une bonne partie des matières premières. Les Chinois ont les moyens, ça ne pose pas de problème. Mais pour l’Afrique de l’Ouest, évidemment le coût que représente l’achat de matières premières agricoles empêche non seulement d'approvisionner correctement la population, mais aussi de faire des stocks.

 

Si je fais référence à la Chine c’est qu’aujourd’hui, environ 50% des stocks mondiaux de blé sont détenus par la Chine, et environ deux tiers du maïs. Ça ne laisse pas grand-chose aux autres.

 

À ces problèmes existants est venue s’ajouter la guerre en Ukraine. On connaît le poids prépondérant de ces deux nations en matière de production agricole : la Russie représente presque 20% des exportations de blé, pour l’Ukraine c’est 10%.

 

Le conflit entraîne des problèmes d’acheminement vers les terminaux portuaires, passer par la voie ferroviaire implique des problèmes logistiques car les rails ne sont pas les mêmes entre l’Ukraine et l’Europe… Quand bien même vous mettez un conteneur sur un wagon, vous pouvez transporter environ 5 000 tonnes, alors qu’en bateau, on transportait 65 000, 70 000 tonnes… L’acheminement par train est envisagé, ça commence à se faire : il faut apporter les céréales vers la Pologne et la Roumanie, avec le port de Constanta notamment, mais les difficultés logistiques sont extrêmement importantes.

 

  • TV5MONDE : l’Afrique doit donc se tourner vers d’autres pays pour s’approvisionner en céréales ? 

 

Thierry Pouch :

 

C’est l’alternative qui avait été retenue très vite au moment du déclenchement du conflit; Certains pays d’Afrique, avaient l’ambition de voir si d’autres grands bassins de production comme l’Australie, le Canada, les États-Unis, l’Argentine et l’Union européenne pouvaient se substituer à la Russie et à l’Ukraine. Il faut aussi ajouter l’Inde, qui est le deuxième plus gros producteur mondial de blé. Mais l’Inde est un exportateur de modeste envergure, qui ne devait exporter cette année que 9 à 10 millions de tonnes. Ce n’est pas grand-chose, mais dans le contexte actuel, ça pouvait représenter une source d’approvisionnement potentielle pour les pays africains. Mais l’Inde a décidé de fermer ses frontières, sur le blé d’abord et maintenant sur le sucre. 

 

La voie de recours des États-Unis est possible, mais la production est soumise à un fort stress hydrique, donc il n’est pas sûr qu’elle soit suffisante. Le Canada est aussi exposé à la sécheresse. Et il y a des problèmes de décalage avec l’hémisphère sud, notamment l'Argentine. Il faudra attendre cet hiver pour attendre leur production… Reste l’Union européenne, qui a en gros trois grands producteurs : la France, la Roumanie et l’Allemagne. La France doit envisager de répondre à ces demandes, en plus des besoins habituels, notamment ceux de l’Algérie. En temps normal, la France produit 45 à 50 millions de tonnes de blé, et exporte la moitié de sa production. La moitié de ces exportations va déjà à l'Algérie !

 

Le problème reste le même : vous avez une petite dizaine de gros pays exportateurs, face à une multitude d’importateurs.

 

Thierry Pouch

 

Et cette année, on craint particulièrement la sécheresse. Donc soit la France puise dans ses propres stocks pour répondre à la demande, soit on augmente la production, mais ça ne sera pas avant l’année prochaine, et ça reste compliqué. Le problème reste le même : vous avez une petite dizaine de gros pays exportateurs, face à une multitude d’importateurs.

 

Une alternative envisagée par les États-Unis peut être de subventionner les importations de blé des pays importateurs, mais pour l’instant cela concerne plutôt le Moyen-Orient, l’Égypte… Et même si ces substituts sont possibles, reste la question du prix, avec une moyenne de 400 euros la tonne. Pour ces pays qui ont été fortement touchés par la crise Covid, les niveaux d’endettement sont tels que la reprise économique n’est pas rétablie. Beaucoup craignent donc des soulèvements populaires, et dans certains pays comme la Tunisie, la Libye, le Liban, il y a déjà des émeutes pour avoir du pain.

 

  • TV5MONDE : si l’importation n’est pas vraiment une solution, est-ce que c’est l’occasion pour l’Afrique de l’Ouest de mettre en place des politiques pour tendre vers l’autosuffisance ?

 

Thierry Pouch :

 

Les pays de la zone pourraient décider de produire eux-mêmes, et autre chose que du blé. Le manioc pourrait momentanément se substituer à ces importations. Mais deux questions se posent : premièrement, dans quelles proportions peuvent-ils produire par rapport à leur population ? Et deuxièmement, dans quelle temporalité ? Les problèmes agricoles nécessitent toujours du temps.

 

Même s’il y a un espoir de réduction de la dépendance, il s’inscrit dans un horizon de 5 à 10 ans

 

Ce genre de mesure se décide assez vite, mais ça ne se concrétise pas aussi rapidement. Il faut des semences, de l’eau, des engrais, or les engrais viennent essentiellement de Russie et de Chine… Même s’il y a un espoir de réduction de la dépendance, il s’inscrit dans un horizon de 5 à 10 ans, or la situation est urgente.

 

 

Il faut aussi que les prix soient  rémunérateurs pour les paysans, mais il ne faut pas que l’inflation se propage aux prix à la consommation dans les centres urbains. On se souvient des émeutes de la faim en 2008 : ce n’était pas vraiment les campagnes qui étaient touchées mais plutôt les villes. 

 

 

  • TV5MONDE : quelles sont les alternatives à court terme pour éviter la famine ?

 

Thierry Pouch :

 

Il reste une solution, avancée par la France : le plan de résilience agricole et alimentaire, qui essaye de réactiver des outils mis en place lors de la crise économique de 2011, lorsque la France présidait le G20. Il y avait notamment AMIS, le système d’information sur les marchés agricoles, pour avoir plus de transparence sur l’état des stocks mondiaux, avec un engagement des États et de la communauté internationale pour livrer ces informations. Aujourd’hui ces stocks sont considérés comme stratégiques, donc on n'a pas toutes les informations mais la France essaie de remettre ce système sur pied. Elle essaie aussi de réactiver le forum d’action rapide pour mieux coordonner les politiques commerciales et éviter qu’il y ait des interruptions dans les échanges de produits agricoles et alimentaires. Dans l’état actuel des choses, la seule vraie piste c’est une meilleure coordination internationale.

 

 

Tous ceux qui auront aidé l’Ukraine d’une façon ou d’une autre seront sanctionnés

 

La dernière alternative, c’est la Russie. C’est le premier exportateur mondial de blé. Cette année, les Russes vont avoir une production record cette année, ils sont en mesure d’exporter 50 millions de tonnes. Mais il y a une condition : on va mesurer le degré d’engagement des pays importateurs auprès de l’Ukraine, s’ils ont voté à l’Assemblée générale de l’ONU, s’ils se sont abstenus… Tous ceux qui auront aidé l’Ukraine d’une façon ou d’une autre seront sanctionnés et privés comme on le voit déjà avec le gaz vis-à-vis de la Finlande, la Pologne, la Bulgarie…

 

 

Dans ce contexte, on voit bien qu’on est entré dans un processus de désoccidentalisation des marchés agricoles. Pour éviter les soulèvements populaires qui amplifieraient l’instabilité ambiante, c’est une voie possible. Et quand on voit le poids de la Chine, qui est une alliée de la Russie, dans certains pays africains… Il y a une fenêtre de tir.

 

Alicia Miha

Marc Fesneau, ministre de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire |  Ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation

Plan de résilience : ouverture du premier guichet pour soutenir les éleveurs face aux effets du conflit en Ukraine

 

Depuis le siège de FranceAgriMer, Marc Fesneau, ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, ouvre un premier dispositif d’aides pour l’alimentation animale doté de 308,5 millions d'euros. Développé dans le cadre du Plan de résilience pour faire face aux conséquences économiques de la guerre en Ukraine, il vise à compenser une partie des surcoûts d’alimentation animale des éleveurs et pisciculteurs de la France hexagonale (hors Corse). Il sera complété dans les prochaines semaines par deux autres dispositifs : un pour les filières en intégration et un autre pour les départements d'Outre-Mer et la Corse.

 

La suite ICI 

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Dédié à l'ami Jean-François

 

La française Catherine Geslain-Lanéelle est directrice au secrétariat général du Conseil de l’Union européenne. Elle a aussi été chargée par le président de la République de coordonner au niveau international l’initiative française FARM relative à la sécurité alimentaire mondiale. Elle anime à ce titre une task force interministérielle rassemblant, sous l’autorité de l’Elysée, tous les ministères concernés et en particulier les ministères de l’Agriculture, des Affaires étrangères et de l’Economie. Elle fut la candidate de l’Union européenne à la présidence de la FAO en 2019.

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