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7 avril 2021 3 07 /04 /avril /2021 06:00

 

Je viens de lire « L'Inconnu de la poste » de Florence Aubenas.

 

L'Inconnu de la poste

 

Le titre ci-dessous résume tout, je n’aurai pas l’outrecuidance de mettre mon grain de sel même si je reste un peu dubitatif sur la narration édifiante de Florence Aubenas, sur le modèle d'un nouveau journalisme littéraire à la française… J’en reste à Truman Capote…

 

Lisez-le !

« L’Inconnu de la poste » de Florence Aubenas fait briller les critiques du Masque & la Plume ICI 

 

par France Inter publié le 1 mars 2021 

 

Après "La méprise : l'affaire d'Outreau" et "Le Quai de Ouistreham", la grande reporter se plonge dans un fait-divers, l'histoire d'un crime dans le village de Montréal-la-Cluse il y a 7 ans. Un livre qui a conquis à l'unanimité les critiques, profondément touchés par la narration édifiante de Florence Aubenas.

 

CRITIQUE

« L'Inconnu de la poste » : meurtre en terre de France ICI 

Dans son nouvel opus aux allures de roman noir, Florence Aubenas passe au scanner un tragique fait divers de 2008 : l'assassinat d'une postière d'un village de l'Ain, pour lequel l'acteur Gérald Thomassin fut longtemps considéré comme suspect numéro un. Une enquête fouillée et sensible, modèle d'un nouveau journalisme littéraire à la française.

 

Par Philippe Chevilley

 

Publié le 15 févr. 2021

 

A quoi reconnait-on une « non-fiction » réussie ? A ce qu'elle a l'allure d'une fiction. Elle nous embarque, grâce à sa qualité littéraire, à son aptitude à raconter le monde au-delà du fait de société ou du fait divers. Le nouvel opus de Florence Aubenas est de cette eau. « L'Inconnu de la poste » a tellement l'air d'un roman noir qu'on hésite à en résumer l'intrigue, de peur de s'attirer les foudres du lecteur. Pourtant l'affaire qu'elle retrace a fait la une de plusieurs journaux pendant des années.

 

Catherine Burgod-Arduini (en haut à gauche) a été tuée de 28 coups de couteau à la poste de Montréal-la-Cluse le 19 décembre 2008. Depuis, Gérald Thomassin, qui s'apprêtait à bénéficier d'un non-lieu, a disparu et Florence Aubenas a écrit un livre à succès sur ce qui reste un mystère. Photo DR/Progrès/AFP

 

« L’Inconnu de la poste », de Florence Aubenas : du coupable idéal au faux coupable ICI 

Critique 

 

Florence Aubenas explore les zones d’ombre d’un fait divers dans l’Ain et signe un roman-vrai d’atmosphères, à la Simenon, dans la France d’aujourd’hui.

 

  • Jean-Claude Raspiengeas, le 10/02/2021

 

Dans ses reportages comme dans ses enquêtes, Florence Aubenas (Le Quai de Ouistreham) aime flairer dans les recoins obscurs d’une France délaissée. Ce fait divers, avec ses zones d’ombre, condense ses centres d’intérêt. Une décennie de fiascos, une unité d’élite, cinq juges d’instruction successifs, deux mis en examen relâchés, un troisième qui tombe du ciel… Avec méthode et empathie, Florence Aubenas s’attache à tous les personnages sans les juger, et leur rend leur humanité. Elle fore un mystère qui ne cesse de s’épaissir dans un village où tout inconnu est un étranger, scanné de la tête aux pieds, où traînent des marginaux à la dérive. Un roman-vrai d’atmosphères, à la Simenon, dans la France d’aujourd’hui.

 

Disparition de l'acteur Gérald Thomassin, suspecté de meurtre: une enquête  ouverte pour "enlèvement" - RTL People

Récit

L'Inconnu de la poste Florence Aubenas

 

 On aime passionnément

 

Autour du fait divers criminel qui impliqua l’acteur Gérald Thomassin en 2008, la journaliste construit un récit sensible et captivant.

Éd. de L’Olivier, 240 p., 19 €.

Nathalie Crom

 

Ce scrupuleux et tenace travail d’enquête, Florence Aubenas en voile à dessein l’impressionnante méticulosité, en le fondant dans un récit grave et captivant, essoré de tout lyrisme, et où elle s’abstient d’apparaître — à l’exception du bref préambule —, narratrice omniprésente autant qu’invisible, s’effaçant derrière les protagonistes : le bouleversant Thomassin, ses compagnons de dèche Tintin et Rambouille, le père de Catherine Burgod, des gendarmes, des avocats… Des voix, des points de vue, des destins ancrés dans un paysage gris et entêtant — une vallée jurassienne précarisée et morose, vouée à l’industrie du plastique — dont Florence Aubenas fait bien plus qu’un décor : une atmosphère, à laquelle elle octroie parfois le premier rôle.

 

 

« Chaque chose est à sa place, mais tout est éclaboussé de sang » : les extraits du dernier livre de Florence Aubenas

Après quelques années de prison, l’acteur Gérald Thomassin a bénéficié en juillet 2020 d’un non-lieu pour le meurtre d’une postière, survenu douze ans plus tôt dans une commune de l’Ain. Florence Aubenas, grand reporter au « Monde », reconstitue ce fait divers dans « L’Inconnu de la poste », aux éditions de l’Olivier.

Par Florence Aubenas

Publié le 07 février 2021

 

Bonnes feuilles. Au centre du Haut-Bugey, une courte bande de terre se faufile entre les montagnes et permet de relier la France à la Suisse sans grimper sur les sommets. Pour qui s’y arrête, le premier saisissement, c’est un lac au milieu des à-pics. Il est plutôt petit, mais d’un bleu pas comme ailleurs, on le dirait intact, donnant à chacun l’impression d’être le premier à le découvrir.

 

Ce sentiment est d’autant plus vif que nul ici ne semble en faire grand cas. Le chemin de fer et la voie rapide ceinturent ses berges, avec ici une station-service, là un parking déprimant. Mais l’endroit est trompeur, d’une fausse innocence. Vous n’êtes pas là où vous croyez. Le lac de Nantua n’a rien d’une beauté cachée. Disons peut-être une beauté délaissée. Longtemps, il fut l’étape en vogue sur la route de Genève ou de l’Italie. Dans ses carnets de voyage, à l’été 1832, Alexandre Dumas se répand en pages flatteuses sur ce « lac bleu saphir », « comme un joyau précieux », etc. Plus tard, Edith Piaf, Louis Aragon ou l’Aga Khan ont eu leurs habitudes à l’Hôtel de France et au Belle-Rive, qui faisait aussi cabaret. Fernand Raynaud achetait ses Borsalino chez le chapelier de la rue du Collège, là où une mercière tente désespérément aujourd’hui de revendre son commerce.

 

Dans les années 1970, la construction de l’autoroute a mis en place le contournement du lac, et donc son abandon. Le dernier palace vient d’être transformé en appartements. Seuls rescapés de sa splendeur passée, les homards gravés sur les vitres de ce qui était jadis le restaurant. Une des nouvelles locataires aurait été incapable de situer Nantua sur la carte de France avant de venir s’y installer. Elle ignorait même que ce nom désignait une ville, croyant qu’il s’agissait seulement d’une sauce, « la sauce Nantua, vous savez, celle qu’on servait autrefois dans les banquets, épaisse et rose comme la porcelaine pour salle de bains ». Elle n’en repartirait plus. On ne quitte pas facilement le coin. Un jour, on voudrait aller voir ailleurs, mais c’est trop tard : quelque chose vous a attrapé ici et ne vous lâche plus. Vous restez.

 

« Bien que la haute saison démarre, Gérald Thomassin n’a aucun mal à trouver une place au camping de Port, près de Montréal-la-Cluse »

 

Donc ça commence au bord de ce lac, un jour d’été 2007, le 27 juin exactement. Bien que la haute saison démarre, Gérald Thomassin n’a aucun mal à trouver une place au camping de Port, près de Montréal-la-Cluse, un gros village en face de Nantua, sur l’autre rive. Mireille, la patronne, se souvient qu’il portait malgré la chaleur un coquet chapeau de feutre, des gants et un manteau mi-long, en cuir noir. Il lui tend ses papiers. 33 ans, 1,70 m, 52 kilos. Domicilié à Rochefort.

 

Une femme l’accompagne, un peu plus âgée, Corinne. La veille, on les a vus dormir dans une Renault Kangoo grise sur le parking du cimetière, à la sortie de Montréal-la-Cluse, là où commence la montagne. Maintenant, ils dressent leur tente sur l’adorable pelouse du camping. A vrai dire, ils n’en possédaient pas en arrivant. Ils sont partis l’acheter quand la patronne a refusé de les laisser dormir allongés dans l’herbe, au milieu des caravanes.

 

Le camping accueille des habitués, les mêmes chaque année, de génération en génération. On s’invite à boire l’apéritif, on partage le jambon au chablis et le gratin, spécialité de la maison. Des barques aux couleurs vives se dandinent sur l’eau au bout de leur chaîne, dans une gaieté naïve de vacances. La plage est à côté, au creux d’une anse que prolonge un ponton gentiment désuet. Tout l’été, les dames des villages déploient serviettes et paniers chaque jour au même endroit, bataillant avec les touristes qui empiéteraient sur leur territoire. Quoi d’autre ? Rien. C’est pour ça qu’on vient.

 

« La poste doit garder un rôle social, elle aime le répéter. On est humain, il faut aider, on est le service public, n’est-ce pas ? »

 

Personne n’a jamais vu Thomassin dans l’eau, ni même en maillot de bain. Les jours et les nuits, il les passe avec quelques gamins du camping, collé devant des jeux vidéo, à écluser des bières. C’est durant ce même été 2007 qu’il pousse la porte de la grande poste, à Montréal-la-Cluse. La conseillère financière remarque d’abord son allure. Sur ses vêtements, rien à dire, elle note même une certaine recherche. Pourtant, quelque chose cloche, elle ne saurait dire quoi. Un marginal, sans doute, ils débarquent dans les campagnes maintenant, moins que dans les grandes villes, bien sûr, mais on en voit passer au bord du lac, des jeunes, l’été surtout.

 

A l’agence, la conseillère a déjà reçu un type avec un bouledogue, un autre avec un rat. Parfois, elle s’arrange pour débloquer les quelques euros nécessaires à maintenir ouverts les comptes les plus tendus. La poste doit garder un rôle social, elle aime le répéter. On est humain, il faut aider, on est le service public, n’est-ce pas ? Thomassin lui annonce qu’il souhaite s’établir à Montréal et ouvrir un Livret A. Il ne semble pas saoul, mais elle lui trouve une odeur d’alcool. Ou alors est-ce une impression, à cause de ce manteau de cuir noir qui suffit à le désigner comme un étranger ? Le genre de client pénible qui vient, jour après jour, retirer trois sous sur son compte jusqu’au prochain versement des allocations. Elle en est sûre. A force, elle les repère.

 

Sur le formulaire, à la case « profession », elle le voit écrire « acteur ».

 

Elle n’a pas sursauté, l’habitude professionnelle. Une vedette ? Lui ? Comme Robert Lamoureux qui faisait sensation en descendant de sa décapotable en slip panthère ? Ou Charles Aznavour qui signait des autographes à la charcuterie de Montréal, quand il s’arrêtait acheter du pâté maison ? Encore un mythomane, elle pense. Mais Thomassin s’est déjà lancé, volubile, énumérant les tournages. Les anecdotes et les grands noms défilent, il parle d’une voix douce, pas désagréable. Il roule délicatement une cigarette, manque l’allumer, puis la range, s’excusant poliment. Plus rien ne l’arrête désormais, il raconte le film qu’il vient de terminer, il y a quelques semaines. Il tenait le rôle principal, sous la direction de Jacques Doillon. Est-ce qu’elle connaît Jacques Doillon ? Son cachet était de 20 000 euros, enfin 17 339 exactement, il précise. Il serait incapable de dire où ils ont filé en deux mois. Ses histoires s’étirent, filandreuses, pleines de détails enchevêtrés. Il est même question d’un César du jeune espoir qu’il aurait gagné au début de sa carrière.

 

« On en vient à ses revenus. Très naturel, il déclare toucher le RMI. Elle en était sûre : tout ce baratin pour en arriver là »

 

Elle se dit : ça y est, il délire. Elle le dévisage maintenant : des yeux possiblement verts, des cils épais. Elle ne peut s’empêcher de lui trouver quelque chose de profond dans le regard. La drogue, peut-être ?

 

On en vient à ses revenus. Très naturel, il déclare toucher le RMI.

 

Elle en était sûre : tout ce baratin pour en arriver là. Dès qu’il quitte l’agence – enfin ! –, la conseillère saute sur Internet. C’est vrai qu’il est acteur, elle le reconnaît sur un site spécialisé. Sa biographie recense plus d’une vingtaine de rôles, un tournage par an pour le cinéma ou la télé. Et le César non plus n’est pas une fable : il l’a gagné en 1991. Elle n’en revient pas. Tout serait vrai, et pourtant elle n’arrive pas à y croire. Pourquoi connaît-elle le nom des autres comédiens dont il a parlé et pas le sien ? De toute manière, qu’est-ce qu’un artiste viendrait chercher aujourd’hui sur les rives du lac de Nantua ?

 

Au camping, les vacanciers se plaignent de Thomassin. Certains commencent à en avoir peur. Le 14 juillet, il a tiré un coup de fusil en l’air. Un autre soir, emporté par un jeu vidéo, il a brisé son ordinateur en hurlant, comme un cavalier crève sa monture sous lui. C’était le seul objet qu’il s’était acheté avec l’argent de son dernier film. Son amie Corinne repart dans sa Kangoo grise. Trop de bruit, trop d’alcool, trop de disputes. Mireille, la patronne du camping, finit par lui demander de s’en aller aussi. Elle suppose qu’il a dû quitter la région, mais un samedi soir de septembre, à la messe de Montréal-la-Cluse, elle sursaute. Thomassin est là, agenouillé, à quelques bancs d’elle. On dirait qu’il prie. Il a emménagé dans le vieux village quelques jours plus tôt.

 

« Montréal-la-Cluse est devenu un bourg ouvrier, mais le temps s’y écoule toujours comme à la campagne, entre la maison et le jardin »

 

Cette partie-là du bourg garde son jus de campagne. Longtemps, il y eut des vaches, une rivière, une comtesse dans son château, qui semble parfois y être encore. Une venelle étroite se tortille à flanc de montagne, où les voitures se croisent à peine : c’est la rue principale qui passe devant l’église, puis débouche sur une placette avec une belle fontaine où les bêtes se relayaient pour boire. Les maisons se serrent les unes contre les autres, presque toutes semblables. On entre par ce qui était l’écurie, les animaux se tenaient en bas, le foin en haut. Derrière, vient la cuisine, servant à tout. Du linge claque sur un fil, les bûches coupées s’alignent en tas sous des bâches blanches. Les potagers finissent au ras des prés, les limites du village se fondent dans le paysage, la plaine et le lac d’un côté, la montagne et les sapins de l’autre. S’occuper du bois, savoir conduire très vite sur la neige ou éviter de nuit un sanglier garde ici tout son sens.

 

L’industrie du plastique fait maintenant vivre la région, des usines en chapelet, petites ou grosses, s’égrènent sur une vingtaine de kilomètres. La « Plastics Vallée », annoncent triomphalement les panneaux sur l’autoroute, premier pôle européen du secteur. Montréal-la-Cluse est devenu un bourg ouvrier, mais le temps s’y écoule toujours comme à la campagne, entre la maison et le jardin.

 

Thomassin a loué un studio dans une bâtisse ancienne près de la fontaine, deux étages, quatre petits appartements occupés en général par des gens sans grands moyens. « Des cas sociaux », commente un agent immobilier. Il l’a baptisée la « maison des catastrophes ».

 

« Au fond, elle n’est pas mécontente qu’un des locataires se révèle plus démuni qu’elle »

 

Le logement de Thomassin est au sous-sol, une sorte de cave, à laquelle on accède aussitôt après l’entrée. Il faut ensuite descendre trois marches pour pénétrer dans une pièce qu’éclaire péniblement un soupirail au ras du trottoir.

 

Depuis sa fenêtre, la voisine du premier étage le regarde vadrouiller, faire hurler sa musique, remonter les ruelles en parlant tout seul, une canette à la main, ses cheveux bruns très courts plaqués sur la tête. Ici, personne ne fait ça. Parfois, quand la voisine cuisine, il se coule sur son palier en reniflant comme un chat. « Ça sent bon », il dit. Alors, elle lui prépare « son » assiette, c’est devenu une habitude entre eux, du riz, des patates, du poulet, des plats du Cap-Vert, son pays à elle. Avec son mari, elle est arrivée il y a trente ans pour le travail, ouvriers dans le plastique, comme tout le monde.

 

Elle regarde Thomassin engloutir sa gamelle sous les photos de famille et les chromos éclatants des îles, où des Jésus s’arrachent le cœur de la poitrine. Au fond, elle n’est pas mécontente qu’un des locataires se révèle plus démuni qu’elle.

 

C’est en face que se trouve la petite poste, la seconde agence de Montréal-la-Cluse. (…)

 

[La responsable de cette agence est une femme de 41 ans, Catherine Burgod, mère de deux enfants, dont une fillette de 8 ans. En instance de divorce, elle attend un enfant de son nouveau compagnon. Ce matin-là, le 19 décembre 2008, elle arrive en voiture avec sa fille, qui s’apprête à aller à l’école.]

 

Catherine Burgod se gare à sa place habituelle, devant chez son père, au début de la rue des Granges. A midi, elle déjeunera avec lui, comme tous les lundis, jeudis et vendredis. S’il le décide, ils iront au Charron, en face de la mairie. Depuis des années, sa table lui est réservée chaque jour dans la deuxième salle, celle avec les nappes en tissu et plusieurs verres devant les assiettes.

 

La poste n’est plus qu’à quelques mètres, de l’autre côté de la fontaine. Un écolier aperçoit la mère et la fille, il reconnaît la Petite, qui lui semble marcher sur la pointe des pieds pour éviter la neige, amassée en croûte dure le long du trottoir. Elle a 8 ans.

 

8 h 24 et 31 secondes : l’alarme de l’entrée est désactivée. Les volets s’ouvrent, la lumière s’allume, le coffre est déverrouillé dans la salle de repos. Un des ordinateurs entre en fonctionnement à 8 h 32. Dans la salle derrière, la Petite chipote son pain au chocolat, puis quitte l’agence pour prendre le car scolaire à 8 h 40, sur le parking de l’école maternelle, cinquante mètres plus bas. La bande de copines [de Catherine Burgod] ne devrait pas tarder à débarquer. Ça sent déjà le café.

 

« Rien ne bouge de l’autre côté de la cloison. L’un finit par crier : “Y a quelqu’un ?” Le silence retombe »

 

Ce jour-là, le premier à entrer dans la poste est ébéniste, venu en bermuda malgré la neige, le temps de récupérer un paquet, le cadeau de Noël pour sa mère. Il est 9 h 05. Le bureau est ouvert, parfaitement en ordre, mais vide et silencieux. Au milieu de la pièce, il ne voit que le chien de Catherine Burgod, un bichon blanc, parfumé et toiletté comme un milord. Blague des copines : qui des deux, d’elle ou du petit chien, est le plus pomponné ? Pour attirer l’attention, l’ébéniste risque quelques toussotements d’usage. Le bichon le regarde, puis trotte vers la porte qui sépare le bureau de la salle de repos. Il la pousse du museau, à peine, juste un filet qui laisse entrevoir la lumière allumée. Le chien n’aboie pas, tranquille. Une dame entre à son tour dans l’agence, la secrétaire du cabinet médical à côté, qui vient pour un recommandé. On se salue entre voisins et, d’un même mouvement, tous deux lèvent la tête vers l’horloge.

 

9 h 07. Le jour devrait se lever, mais les nuages continuent de plomber l’horizon. Dans la poste, l’ébéniste et la secrétaire médicale parlent de plus en plus fort, volontairement. Rien ne bouge de l’autre côté de la cloison. L’un finit par crier : « Y a quelqu’un ? » Le silence retombe. Résolument, le bichon s’est campé devant la porte entrebâillée. L’ébéniste se décide à approcher. Lorsqu’il frappe, elle s’écarte toute seule. Le petit chien a bondi à l’intérieur de la salle de repos. Sur la table, il y a la tasse de café de Catherine Burgod avec la cuillère dedans, son paquet de Marlboro, un journal de mots fléchés ouvert et le crayon posé avec soin par-dessus. Sa chaise est à peine repoussée, comme si elle s’était levée tout naturellement. Chaque chose est à sa place, pas un papier n’a bougé, mais tout est éclaboussé de sang, une pluie de sang jusque sur les dessins d’enfants au mur, la vaisselle dans l’égouttoir, le pardessus en laine rouge ou le numéro du magazine Closer sur le guéridon qui proclame : « Alice : elle a déjà oublié Mathias. »

 

Le petit chien s’est assis à côté de Catherine Burgod. Elle gît entre l’évier et le coffre, dans une nappe de sang.

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6 avril 2021 2 06 /04 /avril /2021 08:00

White Sands National Park : Meilleurs parcours | AllTrails

 

 

 

Dans le cadre de l’école à domicile je propose à nos moutardes et lardons confinés ce petit texte de Richard Morgièvre extrait de Cimetière d’étoiles, page 245-246, chapitre La caravane.

 

 

Le ciel était blanc tel le désert de White Sands, cet immense champ de yaourt qui se perdait au Nouveau-Mexique. Là-bas, à Alamogordo, ils avaient fait péter la première bombe atomique en juillet 45. « Trinity » qu’elle  s’appelait. En 61, ils avaient envoyé dans l’espace un sous-homme. Un chimpanzé moins cher qu’un chicano. En ce moment les militaires rachetaient des terres aux ranchers pour agrandir l’aérodrome de Fort Bliss, voisin d’El Paso. Un jour, il y aurait des barbelés de partout et on ne pourrait plus venir ici pour enterrer un proche un peu chiant ou une auto-stoppeuse dans les trous creusés par l’El Paso Electric Co au début des années cinquante.

 

La compagnie de distribution d’électricité avait programmé l’installation d’une ligne à haute-tension avant de laisser tomber. Restaient les trous de six pieds de circonférence et de profondeur. On pouvait y caser un gars assis avec un très, très gros cul. On recouvrait de yaourt et c’était terminé. Ces trous, les initiés les appelaient les « tapettes à souris ». La plupart avaient un fond en béton avec des fers à béton qui en dépassaient. Pas de fromage, d’accord, mais c’était très dangereux quand même. Surtout quand les tapettes à souris étaient plus ou moins recouvertes des virevoltants. Il leur arrivait de faire du surplace au-dessus des trous pour d’obscures raisons physiques. Il y a de ça six mois, on avait retrouvé par hasard un « dos mouillé » en train de racornir dans une des tapettes à souris. Il était tombé dedans et y était resté, un fer à béton enfilé dans la cuisse. Il était mort en tenant un virevoltant par la main – c’est ainsi qu’il était monté en enfer.

 

Ce texte leur permettra :

  1. 1- D’identifier le désert de White Sands ICI et situer la ville d’El Paso.  

 

    1. États-Unis, la frontière avec le Mexique grince à El PasoVilles frontières : « El Paso », porte close sur le « rêve américain » –  International | L'Opinion
  1.  
  2. 2- De découvrir le nom de la première bombe atomique US «Trinity » ICI
  3.  
  4. Comment Kodak a détecté la première bombe nucléaire secrètement testée aux  États-UnisBombes Psychiques NSA
  1. 3- De rechercher ce qu’est à la frontière mexicaine un « dos mouillé» ICI 

Libération.fr – Frontière mexicaine : l'Amérique en ligne de mur

 

 

Depuis des décennies, des migrants discrets — que l’on appelle « wet backs » ("dos mouillés") parce qu’ils traversent à la nage le fleuve frontière Rio Bravo — entrent clandestinement aux Etats-Unis. Ils viennent surtout du Mexique et de l’Amérique centrale, fuyant la misère, toujours, et parfois aussi les guerres locales (El Salvador). Une police américaine, la célèbre Border Patrol, spécialement équipée et entraînée à la surveillance des frontières, traque sans cesse ces malheureux clandestins qui, sans cesse également, retraversent la limite qui les sépare du « pays de l’abondance ».

 

virevoltant-kalitouffe

  1. 4- De découvrir ce que sont les virevoltants
  2.  

 

Les virevoltants, des plantes qui roulent au vent ! ICI 

 

Qui connaît ce drôle de nom et son sens ? Il désigne des plantes dont l’ensemble des parties aériennes, une fois fructifiées et desséchées, se détachent d’un bloc au ras du sol (la racine reste donc en terre) et se mettent à rouler, à culbuter en tous sens sur le sol, à rebondir de proche en proche, dès que le vent souffle. Virevoltant dérive du verbe virevolter (s’agiter en tous sens de manière légère) lui-même issu d’un verbe désuet virevouster qui signifiait, pour un cavalier, tourner autour de son cheval pour essayer de l’enfourcher. Les américains les appellent les tumbleweeds (les herbes qui roulent) et elles restent étroitement associées aux rues désertes des cités fantômes du far West, battues par le vent, et où elles se bousculent en tous sens.. image récurrente des westerns spaghettis !

 

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4 avril 2021 7 04 /04 /avril /2021 06:00

 

Au Bourg-Pailler pour Pâques c’était la gâche dénommée aussi la fouace

 

6 avril 2007

La gâche de Pâques ICI 

 

Au temps où, dans ma Vendée profonde, les pires mécréants acceptaient sous la pression de leurs pieuses femmes de faire leurs Pâques, chez nous on s'affairait pour préparer les douceurs d'après Carême : la gâche - en patois la fouace - et les fions. Dans cette entreprise tout le monde était sur le pont, y compris les hommes, plus particulièrement le pépé Louis, l'homme de la cuisson.  Le rituel était bien réglé et le processus de fabrication, comme la recette, étaient entourés de secret. Dans le pays, notre gâche était unanimement considérée comme la meilleure. Le clan des femmes en tirait une légitime fierté et moi, tel un jeune Proust - ne vous gondolez pas - savourant sa madeleine dans son thé j'en garde un souvenir extraordinaire que le temps passé n'a jamais effacé. Dans cette chronique je ne vais pas vous donner la recette des femmes, je l'ignore. Tout ce que je puis vous dire c'est que celles que vous trouverez sur l'internet ne vous permettront pas d'atteindre la perfection de notre gâche. Je magnifie. J'exagère. Je vous assure que non et je vais m'efforcer de vous faire partager mon point de vue.

 

 

Je signale que la tradition de la gâche du Bourg-Pailler est perpétuée par la famille Berthomeau

 

Pascale&Vincent tenanciers de l'Abélia ICI à Nantes.

 

Pour le fion c’est Agathe la sœur de  Vincent qui s’y colle…

 

26 mars 2016

 

Les autres dénominations avancées par Michel Gautier dans son Dictionnaire de la Vendée je n’en avais jamais entendu parler.

 

Dictionnaire de Vendée à coeurs ouverts - Parlanjhe - Geste Editions -  Editeur, diffuseur et distributeur de livres

 

« Certains prétendent que les trois gâteaux n’ont rien à voir. Moi, je pense qu’il s’agit du même, mais avec des recettes variables selon que vous mettez plus ou moins de beurre, de crème ou d’œufs. Mais c’est vrai qu’ « alise » dans la Marais de Challans (mais où donc passé l’exilé de Crémone ?) ne signifie pas du tout la brioche de Pâques : il s’agit d’un gâteau fait avec des restes de pâte à pain non levée, ou avec des feuilles de pâte entre lesquelles on mettait du beurre. C’était au temps où on « cuisait », comme dirait Charles Perrault dans son Petit Chaperon rouge. Le mot « alise » a maintenant disparu des boulangeries, s’il y a jamais existé. Vous y trouvez « fouace » ou « gâche ». Détournez-vous de la brioche vendéenne, produit industriel. À moins que ce ne soit pour le petit déj’ avec de la confiture. Demandez gâche ou fouace, plutôt aux environs de Pâques que pendant les vacances d’été : pour le même prix et pour les estivants, on a tendance à diminuer la quantité de beurre et d’œufs. Il faut la manger fraîche ; un passage au frigo peut-être utile. Je l’aime « patouse ». Avec une crème aux œufs, de la « craeme fouétáie », de la crème fouettée, autrement appelée de la crème anglaise, c’est une vraie gourmandise  de Pâques. Il faut savoir sortir du carême ! Autrefois, on chauffait le four dans les fermes pour la cuisine de cochon, pour cuire le pain et rituellement, les avant-veilles de Pâques, pour cuire la fouace ou la gâche. Il arrive encore qu’on chauffe les derniers fours à bois sauvegardés ou restaurés, précisément pour cette cuisson.

 

J’ai vu dernièrement un village se grouper autour de son four. Un moment fatidique : quand le four est-il assez chaud ? C’est le « moene » qui le dit : une pierre que la chaleur blanchit. Il est alors temps de « rabalàe » la cendre et la braise avec la « rabale » (rateau) et d’enfourner. Mais, oh là là ! le chauffeur, avant de lancer l’opération, s’enquiert auprès de l’assistance. Quelqu’un conseille de jeter une plume d’oie sur la sole : si la plume roussit, le four est trop chaud. Un autre conseille une feuille de papier : si le papier brûle, le four est trop chaud. Il faudra donc attendre, le four restant la gueule ouverte. Mais, attention ! pas trop tout quand même. La plume ne roussit plus. Enfournons ! Et c’est le défilé des fouaces bien modelées en formes ovales ou rondes, chacun apportant la sienne, les anciens comme les enfants. Aujourd’hui, on surveille la cuisson avec des lampes électriques. Autrefois, on captait la lumière venant de la cheminée avec un miroir. Heureux villageois qui se réunissent encore autour du four. »

 

Au Bourg-Pailler

 

Tout commençait le vendredi saint par l'acquisition d'un pâton de pâte à pain levé chez Louis Remaud notre boulanger puis, le soir venu, autour d'une immense bassine, tel un pétrin, nos femmes s'affairaient. La gâche est un pain de Pâques qui n'a ni goût de pain, ni goût de brioche. C'est là toute l'alchimie de ce pain qui n'en n'est pas un et de ce gâteau qui n'est pas une friandise. Outre la qualité des ingrédients, le temps de pétrissage était essentiel. La pâte était lourde et nos femmes lui transmettaient ce qui la rendrait ferme, onctueuse et légère. Lorsque le temps était venu, en des panières de joncs tressés, les gros pâtons recouverts d'un linge étaient mis au levage dans une pièce ni trop chaude, ni trop froide. Là encore, toute approximation était interdite. Nos femmes se chamaillaient parfois sur la température idéale. Tout ça se passait la nuit et au matin, le pépé Louis entrait en jeu.

 

 

 

Notre maison familiale, ancienne auberge, relais de poste,  était dotée d'un four à pain. Le porter à bonne température et surtout la maintenir constante pendant la cuisson était un art que notre orgueilleux Louis maitrisait assez bien. Comme dirait nos djeunes il se la jouait un peu, dans le genre soliste qu'il faut encenser. Y'avait de l'électricité dans l'air avec les jupons. Il chauffait son four avec des sarments de ses vignes.

 

Par la gueule du four le rougeoiement me fascinait. Lorsque les tisons viraient de l'incandescence au gris, avec une grande raclette en bois, le pépé Louis, façonnait deux tas qu'il plaçait de chaque côté de la bouche du four. Venait alors l'opération la plus redoutable : la détermination de la bonne température pour enfourner.

 

Trop chaud serait la cata : la gâche serait saisie et son coeur resterait mou car il faudrait éviter qu'elle crame ; trop froid ce serait l'affaissement lamentable. Tout se jouait autour de l'état d'un morceau de papier que le pépé plaçait sur la pelle au centre du four. Bref, là encore ça chicorait sec entre les protagonistes. La cérémonie d'enfournage me plaisait aussi beaucoup.

 

Les pâtons levés, badigeonnés au jaune d'oeuf - qui ferait la belle couleur brun doré - posés sur des feuilles de papier kraft, faisaient 50 à 60 cm de diamètre (une brassée). À l'aide d'une grande pelle en bois le pépé Louis alliait force et doigté. Jamais l'opération n'a tourné au désastre. Les 7 ou 8 pâtons, tels des grosses corolles de champignons, allaient se transmuer en gâche onctueuse derrière la porte de fer.

 

Le temps de cuisson était aussi une question de feeling. On discutait toujours beaucoup. Seule la tante Valentine en imposait au Louis. L'un des moments que je préférais c'était celui où les gâches cuites étaient posées à même le carrelage frais d'une pièce plongée dans la pénombre. Exhalaison extrême de sucs chauds, je m'y plongeais en salivant déjà du bonheur d'une belle tranche de gâche plongée dans mon cacao du matin.

 

À cet instant, une grave question, jamais tranchée, se posait : pouvait-on manger de la gâche chaude ?

 

Le clan des femmes y était hostile avançant des raisons médicales : possible indigestion. Mon père passait outre, et moi aussi.

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2 avril 2021 5 02 /04 /avril /2021 08:00

 

Qui se souvient d’Édith Cresson la météorique 1ère Ministre de Tonton 15 mai 1991 – 2 avril 1992 ?

 

 

Les rosbifs :

 

La majorité des hommes (dans les pays anglo-saxons) sont homosexuels - peut-être pas la majorité - mais aux USA il y en a déjà 25 %, et au Royaume-Uni et en Allemagne c'est bien pareil. Vous ne pouvez pas imaginer ça dans l'histoire de France... Je considère qu'il s'agit d'une sorte de faiblesse.

 

« Édith Cresson a déclaré qu'un anglais sur quatre est homosexuel. Alors, des Beatles, c'est lequel qui mordait l'oreiller ?... »

Les Nuls

 

« Quand je reçois des journalistes, je leur dis franchement ce que je pense », confiait, le 18 juin 1991, Mme Édith Cresson.

 

C'était au lendemain de ses propos rapportés par le journal britannique The Observer, qui venaient de mettre en émoi la presse d'outre-Manche. Le premier ministre y avait affirmé que 25 % des Américains, des Britanniques et des Allemands étaient homosexuels. L'Hôtel Matignon avait alors argué que ces déclarations avaient été extraites d'une conversation datée de...1987.

 

Le 14 juillet 1991, François Mitterrand feignait de se délecter de ce parler cru de son Premier ministre. Mais peut-être en viendra-­t­-il un jour à penser, comme le dit l'adage célèbre, que lorsque les bornes sont dépassées, il n'y a plus de limites.

 

 

 

Tel fut le cas, le 2 avril 1992, la pétulante Édith passait à la trappe ! Adieu fourmis japonaises, Abel Farnoux son gourou « son Raspoutine », disait Chirac en privé… La billettiste du Monde, Claude Sarraute, évoquait « les câlineries d'une femelle en chaleur ». « Le bébête show » représentait le premier ministre par une marionnette appelée Amabotte.

 

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Comme elle aimait à le dire, de son éviction « j’en eus rien à cirer ! » en effet lorsque je sortais des réunions à Matignon j’étais en charpie tellement elle alignait des inepties… et qu’on ne vient pas me rétorquer que c’est du sexisme, les mecs Ministres aussi en alignaient mais, comme me l’avait dit lors de sa nomination à Matignon, son ancien directeur de cabinet au Ministère de l’Agriculture, « au bout de la première page d’une note, elle décroche… » Elle avait un côté gilets jaunes Édith, et sa méthode tenait du « on avance, on avance… »  

 

Fallait-il que Tonton détesta autant Rocard pour l’avoir vidé sans préavis au profit d’une Édith dotée d’autres qualités que celles permettant de survivre dans l’Enfer de Matignon.

 

Bref, j’en reviens au sujet du jour :

 

Pourquoi les Britanniques adorent détester les Français ICI  

 

Cet article est issu du Réveil Courrier. Chaque matin à 6h, notre sélection des meilleurs articles de la presse étrangère.

 

Si le Britannique, malgré des siècles d’histoire commune, éprouve de l’agacement voire de l’antipathie à l’encontre de son voisin français, c’est parce que ce dernier serait d’une nature incompréhensible et exaspérante. C’est ce qu’explique cet auteur londonien en s’appuyant sur des exemples, dont celui d’un poulet mal cuit au XVe siècle.

 

 

Après des années de gabegie politique sur notre île, ces dernières semaines nous ont permis de renouer avec un sentiment essentiel, le seul capable de ragaillardir tout Anglais digne de ce nom. Alors certes, il faut se féliciter que notre campagne de vaccination ait déjà sauvé des milliers de vies, mais c’est peu de chose comparé à ce constat rafraîchissant : pour la première fois depuis bien longtemps, nous sommes dans un bien meilleur état politique que la France. Enfin, l’ordre cosmique est rétabli.

 

Le président français a compromis sa réputation plus qu’aucune autre personnalité en ces temps de Covid – et pourtant, la concurrence est rude. Emmanuel Macron a commencé par jeter le doute sur le vaccin d’AstraZeneca, qu’il a qualifié de “quasi inefficace” pour les plus de 65 ans dans un accès d’irresponsabilité propre à faire rougir Trump lui-même. Puis, conséquence des mesures liberticides qu’il a imposées, le magazine The Economist [dans son indice de démocratie publié en février] a requalifié la France au rang de “démocratie imparfaite”, aux côtés des sales types du groupe de Visegrád et de l’Inde de Modi.

 

Et voilà que Paris suspend [pour quelques jours] l’utilisation du vaccin d’AstraZeneca au prétexte d’un nombre ridicule de cas de thromboses, inférieur au risque que présente la pilule contraceptive. Mais au fond, cela n’a peut-être pas grande importance dans ce pays de toute façon champion du monde du mouvement antivax, et plus largement du complotisme. Un pays incompréhensible et exaspérant au possible, ce qui explique au moins en partie l’antipathie de l’Anglais à son égard, qui ne date pas d’hier.

 

Une relation compliquée

 

Quand l’année dernière le Royaume-Uni est sorti de l’UE, cela faisait des décennies que nos médias crachaient leur hostilité à l’Europe, et en particulier, plus encore que leur germanophobie, leur francophobie. L’exemple le plus célèbre reste sans doute ce gros titre du Sun en novembre 1990 : Up Yours, Delors [“Va te faire foutre, Delors”]. Celui qui était alors président de la Commission européenne était devenu une sorte d’épouvantail de la droite britannique. Il avait eu l’audace de critiquer l’isolement croissant de Londres en Europe, alors le Sun s’était empressé de répliquer : “Il a fallu que nous rabattions son caquet à Napoléon à Waterloo en 1815 pour que ces gens cessent de tenter d’envahir l’Europe” ; “Ils ont capitulé devant les nazis quand nous résistions jusqu’au bout.” Le Sun appelait ainsi tous les “bouffeurs de grenouilles” à scander “Up Yours, Delors”, et déplorait qu’on sente jusque sur la côte sud les effluves d’ail des voisins français.

 

À l’époque, Delors n’était pas le seul Français à prendre les Anglais à rebrousse-poil. L’année suivante, la Première ministre Édith Cresson se disait convaincue qu’un quart des “hommes dans les pays anglo-saxons” étaient homosexuels, ce à quoi le député conservateur Tony Marlow avait répondu : “Si Mme Cresson insulte la virilité de l’homme britannique, c’est que lors de son dernier passage à Londres elle n’a pas dû avoir son content de regards admiratifs.” Et puis en France, les hommes s’embrassent et font usage de sacs à main, firent remarquer nos tabloïds, prenant la balle au bond.

 

Certes, le Sun ne parlait pas pour l’Angleterre tout entière, mais une bonne proportion de ses lecteurs se retrouvaient probablement dans les propos du journal. Si l’Angleterre entretient avec la France une relation compliquée, c’est aussi une relation inextricablement liée à notre système de classes : les classes moyennes anglaises ont une obsession pour la France, tandis que les classes ouvrières anglaises, traditionnellement, détestent tout ce qui a à voir avec elle.

 

Une histoire de classes

 

Dès la Révolution française, les radicaux de bonne famille se sont enflammés pour les événements qui se déroulaient à Paris, à l’image de Charles James Fox, homme politique [du Parti] whig, qui, lors de la prise de la Bastille, s’enthousiasma : “C’est le plus grand événement qui se soit jamais produit dans le monde!”

 

Ce n’est pas seulement qu’ils adhéraient à l’idéologie révolutionnaire, c’est que cette idéologie était française. Quand la France sombra ensuite dans l’anarchie, puis la tyrannie, l’intelligentsia britannique continua de la soutenir. Lord Holland, neveu de Charles James Fox, soutint publiquement Napoléon, et son épouse, Lady Holland, alla jusqu’à envoyer des livres à l’empereur déchu exilé à Sainte-Hélène. “Quel chagrin que les plus grands espoirs de la Terre reposent sur toi!” déplorait de son côté le poète William Wordsworth, en parlant de son pays.

 

À l’inverse, au sein de la classe ouvrière anglaise, le soutien à la Révolution était presque inexistant, si bien que quand l’Angleterre lança une campagne de recrutement de volontaires pour combattre la France, elle parvint à enrôler 20 % de ses hommes adultes [ce chiffre comprend les volontaires, les forces régulières et la milice], signe de l’ampleur de l’opposition à Napoléon. Ce n’est pas juste qu’ils voulaient défendre la liberté de l’Angleterre contre un système révolutionnaire, c’est qu’ils voulaient combattre les Français.

 

Des milices locales furent alors formées. En 1804, lors d’un simulacre de bataille organisé à des fins d’entraînement à Wood Green, dans le Middlesex, les volontaires d’Islington furent désignés pour jouer les Britanniques, tandis que ceux de Hackney et de Stoke Newington devaient incarner les Français [Islington, Hackney et Stoke Newington sont des quartiers de Londres]. Mais les soldats de Hackney rechignaient tant ne serait-ce qu’à faire semblant d’être français qu’une rixe éclata, faisant plusieurs blessés, dont un poignardé à la jambe.

 

C’est que les gars de Hackney étaient des cockneys, des ouvriers. Des volontaires issus des classes moyennes auraient adoré jouer aux Français, jacasser sur les derniers snobinards en vogue rive gauche en insistant sur toutes les prononciations à la française comme des journalistes de la radio publique.

 

Un complexe d’infériorité

 

Notre relation à la France est évidemment façonnée par un complexe d’infériorité qui remonte à l’occupation normande, et par le soupçon, durablement enraciné dans le prolétariat, que les aristos au fond sont toujours des Français (et c’est un fait, 950 ans plus tard, les Anglais portant des patronymes normands restent plus riches que le reste de leurs concitoyens).

 

Ce complexe d’infériorité a encore été aggravé par la domination culturelle de la France du XVIIIe siècle, lorsque les élites anglophones s’évertuaient à imiter l’étiquette de Versailles et que les mœurs sexuelles des Français scandalisaient les sensibilités petites-bourgeoises de notre côté de la Manche. Louis XV a eu plus de cent maîtresses (cent! et parmi elles, cinq sœurs) – à côté, Charles II, le plus grand coureur de jupons de la cour d’Angleterre, à demi-français d’ailleurs, passerait presque pour un eunuque.

 

Il y a donc la question de la chair, et puis il y a celle de la bonne chère, une obsession française touchante, et un peu déroutante aussi. Au XVe siècle, les Anglais régnaient sur une grande partie de la France, et lors du couronnement à Paris d’un roi Henry encore bébé, un poulet trop cuit signa pour eux le début de la fin – même les miséreux qui faisaient la queue pour en grappiller les restes trouvèrent à redire de cette viande immangeable. Quelques années plus tard, les Français s’étaient révoltés et avaient bouté l’Anglais hors de chez eux.

 

La bonne chère

 

Il n’y a qu’en France que des supporteurs de foot s’enflamment contre la perte d’une étoile Michelin par un restaurant du coin, comme ce fut le cas à Lyon il y a deux ans. Il n’y a qu’en France qu’une expédition himalayenne, de la plus haute importance pour le pays, peut échouer accablée sous huit tonnes de provisions de bouche, dont 36 bouteilles de champagne et d’innombrables conserves de foie gras. Il n’y a que la France pour bercer en son sein d’authentiques terroristes œnologiques associés dans un Comité régional d’action viticole*, responsable d’attentats à la bombe contre des épiceries, des cavistes et autres échoppes coupables d’importation de produits étrangers. Voilà tout de même un pays qui ne s’est résigné qu’à contrecœur, dans les années 1950, à cesser de servir aux enfants une boisson parée de mille vertus qui était, non du lait (comme quiconque n’est pas français aurait pu le penser), mais du cidre [et du vin].

 

Dans ce pays, l’adultère est chose si banale qu’on peut léguer ses biens à ses amants et maîtresses, et qu’un meurtre, quand il est commis par amour, n’en est pas vraiment un. Voyez Henriette Caillaux, l’une des plus grandes femmes du monde de l’époque, qui, pour avoir tué par balle le directeur du Figaro, à la veille de la Première Guerre mondiale, fit seulement quatre mois de prison car il s’agissait d’un crime passionnel* – ah, d’accord, ça va, alors.

 

Le dernier duel de l’histoire de France, en revanche, eut lieu en 1967, après que le maire de Marseille Gaston Defferre eut traité le député René Ribière d’“abruti”. Ce dernier s’en trouva blessé, d’abord dans son orgueil, puis dans sa chair.

 

La fierté française

 

Tout cela relève d’un certain sens de l’honneur, qu’on retrouve aussi dans la fierté nationale à la française – cette dernière restant comme la première cause d’agacement des Britanniques dans l’UE, alors qu’avec les Allemands ou les Néerlandais, ça passait encore. L’animosité contre les Français motivait une partie de notre europhobie, c’est certain. Rappelez-vous l’année dernière, comme notre quotidien par ailleurs bien maussade s’est trouvé égayé par l’éventualité de quelques escarmouches entre la Royal Navy et des pêcheurs français.

 

Pourtant, la France, “Ce tendre ennemi” [That Sweet Enemy, titre d’un ouvrage paru en 2007, rédigé par un historien britannique et une historienne française], est en réalité, et de loin, notre plus proche alliée. Qui sur le terrain de bataille à Waterloo aurait pu imaginer que c’était là la dernière fois que les deux pays s’affronteraient, et que cette date marquerait le début d’une amitié qui dure aujourd’hui depuis plus de deux cents ans, d’une alliance militaire bien plus forte que la prétendue “relation particulière” avec les États-Unis? Quarante ans plus tard, Britanniques et Français combattraient dans les mêmes rangs en Crimée (bien que Lord Raglan continuât sur place à les appeler “l’ennemi”), et depuis nous avons toujours été dans le même camp, que les guerres fussent mondiales ou plus régionales, de Suez à la Libye.

 

Cette année, nous n’irons pas en France, et je dois reconnaître que j’en suis ravi. Je n’écris pas ça par dépit, non. Je suis ravi d’aller à Bognor, qui peut se targuer d’être la troisième ville la moins pluvieuse du Royaume-Uni. Mais qu’irais-je faire dans le Languedoc?

 

Mais nous y retournerons, si ce n’est cette année, alors la suivante, et nous reformerons cette longue caravane élancée sur l’A26 dans un interminable périple vers l’eldorado des classes moyennes anglaises, là-bas, au sud de la Loire.

 

* En français dans le texte.

Ed West

 

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30 mars 2021 2 30 /03 /mars /2021 06:00

Petit Bulletin LYON - Infos Lyon : Peinture - Le peintre Jacques Truphémus  est mort - article publié par Sébastien Broquet

Flyer : Exposition des oeuvres de l'atelier de Jacques Truphémus - Journées  du Patrimoine 2018 - Ivoire Lyon Lyon - Samedi 15 Septembre 2018 - Sortir à  Lyon - Le Parisien Etudiant

Jacques Truphémus

Sam Szafran

sans titre (escalier personnage), 2002
Pastel sur papier 66,5x79 cm
© Sam Szafran Courtesy galerie Claude Bernard

Jean Baptiste SECHERET

C’est un livre à lire, je n’en dirai pas plus.

 

L'autre art contemporain

 

Interlude en forme de confession pages 119-120

 

J’ai écrit ce livre le cœur plein de doutes.

 

Avec le sentiment que je n’étais pas la bonne personne pour l’écrire, que je n’avais aucun titre à le faire ; la crainte même, prête à surgir, que mon goût pour la peinture et les peintres ne soit pas un goût véritable, mais un goût imité, acquis, un goût de perroquet, qui voit ce qu’on lui dit de voir, qui aime ce qu’on lui dit d’aimer.

 

Avec la peur que la peinture n’intéresse plus personne, que l’époque de l’art soit terminée, que cette passion pour cette chose désuète soit un trait de privilégié, de bourgeois, de parasite.

 

Avec la claire conscience, enfin, que ce goût est chez moi un plaisir de voyeur. La peinture ne me demande pas d’agir, de parler avec quelqu’un, de mener quelque chose jusqu’à son terme : elle me permet au contraire de me retirer du monde, de m’absorber dans la contemplation de celui des autres. Ici le voyeurisme est frère de l’impuissance : on jouit des yeux pour ne pas agir. On passe de longues heures au musée pour oublier qu’on existe, mettre son corps mal aimé entre parenthèses, quitter le monde en ne vivant plus que par la vue et la pensée. Ce plaisir que je trouve à la peinture, je ne vois que trop ce qu’il veut dire chez moi du refus d’être et de faire.

 

Mais, on le sait, l’abattement n’est jamais loin de l’exaltation. Je n’étais sans doute pas la bonne personne pour écrire ce petit livre, mais il fallait que quelqu’un le fasse ; je n’intéresserai sans doute pas grand monde, mais j’aurai dit ce que je crois, défendu une cause que je crois juste ; enfin, j’aurai peut-être, l’espace de quelques pages, fait quelque chose de mes rêveries et de mon inaction, quelque chose de réel.

 

 

Je suis à cent coudées au-dessous de Benjamin Olivennes mais, au cours de ma période forestière, retiré dans l’ancien pavillon d’honneur du château de Georges Halphen, lui-même transformé en un hôtel de luxe, Hôtel du Mont Royal, un cheminement, solitaire et sans bagage, en terre inconnue : la peinture, la sculpture, la gravure… et je me retrouve dans ce qu’il écrit dans sa confession. Ce fut une immersion lente, profonde, déclenchée, comme souvent, par un attrait irrépressible, une soif inextinguible, une démarche à tâtons dans un univers où je ne maîtrisais aucun des fondamentaux. Ce fut donc un temps de bric et de broc, où, avec ma compagne de l’époque, nous hantions, les galeries, les expositions, les musées, je chinais aux Puces de Saint-Ouen à la hauteur de mes faibles moyens financiers, je discutais avec Georges Halphen, grand collectionneur, je lisais, je cultivais, par petites touches, loin des experts, des sachants, des modes, mon goût pour les arts non-graphiques…

Visiteuse face à l'oeuvre "Tiger" par David Mach, 29e édition de la FIAC à Paris. Visiteuse face à l'oeuvre "Tiger" par David Mach, 29e édition de la FIAC à Paris.  Crédits : François Guillot - AFP

Celles et ceux qui osent émettre le moindre doute sur la qualité des installations, des performances ou des œuvres de Damien Hirst, Tracey Émin, Piero Manzoni, Daniel Buren, Jeff Koons ou de Joseph Beuys sont les successeurs des bourgeois bornés qui poussaient des cris d'horreur devant Olympia de Manet, qui vomissaient Les demoiselles d'Avignon de Picasso et qui ont laissé mourir Van Gogh dans la solitude, la folie et la misère.

 

C'est par cette analogie, écrit Benjamin Olivennes, que l'art contemporain officiel intimide la critique et occupe tout l'espace au détriment de peintres non moins contemporains qui perpétuent leur art, mais ne prennent plus la lumière. Jean-Baptiste Sécheret est l'un d'entre eux.

 

Je lui demanderai où il trouve la force et le courage de poursuivre ce qu'Aragon appelait la même longue étude. Mais je voudrai poser à Benjamin Olivennes et à Jean-Baptiste Sécheret cette question préjudicielle : et si les amoureux de l'art contemporain avaient raison ?

 

Si les inconditionnels des FIAC et des Biennales voyaient juste ?

 

Dans la nuit du 17 octobre 2014, un petit commando a débranché la gigantesque sculpture gonflable de l'artiste américain Paul McCarthy, installée place Vendôme à Paris, ce monument éphémère intitulé Tree jouait sur la ressemblance entre un sapin de Noël et un plug anal.

 

Qu'est-ce qui vous permet de dire que le petit commando et toutes les personnes qui sont passées à l'acte ont été consternées de voir l'œuvre en question trôner en plein cœur de Paris, ne défendent pas contre l'audace et l'humour de la création, la culture policée et la bienséance bourgeoise, comme l'a écrit à l'époque l'éditorialiste en colère du journal Le Monde.         

 

Sam Szafran, poète du pastel - Le Quotidien de l'ArtSam Szafran, "Sans titre", aquarelle et pastel sur carton, 995 x 1395 cm. Galerie Claude Bernard.
Courtesy Galerie Claude Bernard/ADAGPParis2019.

Gilles Hertzog

« L’autre Art contemporain » : qu’est-ce que le véritable art contemporain ? ICI 

14 février 2021

À l’encontre de l’Art post-moderne dominant, Benjamin Olivennes réhabilite la peinture du monde réel et le portrait des êtres humains dans son polémique et brillant livre : L’autre art contemporain: Vrais artistes et fausses valeurs (Grasset).

Portrait de Benjamin Olivennes. Benjamin Olivennes. Photo : Figaro Magazine

 

Voici un petit livre hyper-intelligent, paradoxal, iconoclaste et salvateur, portant sur l’Art au vingtième siècle et jusqu’à aujourd’hui, qui renverse comme au jeu de quille, dans un joyeux déboulonnement d’icônes, les notions de modernité, d’avant-garde, de post-modernisme et va, l’insolent réactionnaire, jusqu’à se moquer sans pitié de l’art abstrait, excepté Kandinsky, Pollock et Rothko, des soixante-dix dernières années. Sans parler, cela va sans dire, du PopArt et tutti quanti. Au profit de qui, demanderez-vous ? Réponse : du véritable Art contemporain, bâillonné, véritable Underground de l’Art, réduit au silence sous les impostures wharoliennes, Jeff Kooniennes et son Balloon Dog, Damienhirstiennes, d’un Anish Kapoor, d’un Maurice Cattelan, d’un Claude Lévèque (dont une œuvre, si l’on peut dire ainsi, s’intitule : « mon cul/ ma vie/ mes couilles ») ou encore d’un certain Manzoni empaquetant ses propres déjections. Le tout sous les diktats du marché, les spéculations des grands collectionneurs et marchands faiseurs de modes et de côtes, relayés par les expositions moutonnières des musées d’art contemporains comptant pour rien, et des grandes institutions culturelles qui, tous et toutes comme un seul homme, emboitent le pas pour ne pas louper le train du Post-Moderne, des arts de masse, du Trash, du fun et du degré zéro du Beau. A commencer par les nôtres, beaubouriennes, languiennes, FRACquiennes et autres.

 

Le véritable art contemporain, qu’est-ce donc à dire ? C’est, pour notre auteur et quelques autres dont ici votre serviteur, cette discipline savante et de haute technique où les peintres savent encore, ou de nouveau, dessiner et peindre, et les sculpteurs sculpter, bref ont ce qui s’appelait jadis du métier. Outre, comble de l’audace, qu’ils peignent le monde réel, les êtres humains, comme jadis encore Degas, Cézanne, Monet et non moins Picasso ou Hopper et Balthus, ou, plus près de nous, Lucian Freud, Francis Bacon, David Hockney, Kiefer ou Baselitz. Ils peignent, ces solitaires, ces incompris, ces Anciens, ces archaïques, quasiment ces artistes maudits, un compotier, un paysage, un visage de femme ou de torturé, et même, rendez-vous compte !, un escalier. Pas forcément du tout par pur réalisme, sous l’emprise d’un mimétisme plat et mécanique, mais par réalisme poétique, magique, métaphysique et autre encore, voire par amour du Beau : les sculptures de Giacometti en disent plus sur le tragique de la condition humaine que les ineptes bandes à l’infini d’un Daniel Buren ou l’énorme phallus gonflable de Paul McCarthy place Vendôme à la Noël 2014.

 

Alors qui sont ces artistes sous le boisseau, cette arrière-garde qui maintient vivante la demeure de l’Art, le foyer du Beau ? Ils se nomment, en France, Truphémus, Sam Szafran, Avidor Arikha, feu le délicieux Raymond Mason, Zoran Music, Henri Cartier-Bresson. S’y ajoutent Cremonini, et même jadis le doux Henri Rivière. Et que grâces leur soient rendues !

 

Bref, lisez le jeune Benjamin Olivennes, son Autre Art contemporain (un titre, il est vrai, pas trop terrible).

Jean-Baptiste Sécheret, "New York", 2011-2012, peinture à la colle sur papier marouflé sur toile ©Henri Delage

 Jean-Baptiste Sécheret, « New York », 2011-2012, peinture à la colle sur papier marouflé sur toile ©Henri Delage

 

La peinture est toujours vivante en France malgré l’État

Par Aude de Kerros. ICI

 

Benjamin Olivennes a pris la plume pour exprimer sa passion pour la peinture, sa révolte contre la bêtise du dogme qui la condamne, hélas défendu par l’État en France.

Quelles oeuvres d'art pour renouveler notre vision du monde ?

L'art contemporain est d'emblée accepté immédiatement par tous les pouvoirs en place : le pouvoir de l'argent, du marché, des grandes fortunes et le pouvoir des institutions publiques -de l'État, de la bureaucratie-. [...] Ce que j'appellerai les "artistes véritables" éclairent toujours le réel d'une manière nouvelle ; ils renouvellent notre vision du monde et ce faisant ils perturbent notre vision et demandent à notre œil de s'accommoder. [...] A contrario, les artistes dit contemporains ne renouvellent en rien notre vision du monde. Ils ne font que singer ce que sont les oeuvres d'art depuis une centaine d'années et de reproduire dans leurs œuvres les signes et les objets de la société de consommation. Benjamin Olivennes 

Vous avez une nostalgie parce qu'il y a une vraie histoire de l'art qui était écrite. [...] Lorsque j'étais professeur, je m'amusais à réécrire la vraie histoire de l'art, et jamais personne ne pouvait m'apporter une contradiction ! La confusion date de 1830. [...] Qu'est ce qui manque dans l'histoire de l'art ? c'est l'histoire des incohérents, c'est la révolte populaire en même temps que Gustave Courbet. On appelle cela le réalisme. Jean-Baptiste Sécheret

C'est un discours idéologique qui est le mythe de l'histoire de l'art [...] On raconte qu'il y a un enchaînement inéluctable qui va de Cézanne au plug anal ! Benjamin Olivennes 

Une autre histoire de l'art

J'accorde une très grande valeur à la peinture de paysage, qui était un genre majeur au XIXe siècle, et qui a connu une forme d'éclipse au XXe siècle, malgré tout, dans les avant-gardes officielles. [...] La peinture de paysage, c'est l'art qui nous amène, non pas à aimer l'art, mais à aimer la terre sur laquelle nous vivons. Benjamin Olivennes

 

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29 mars 2021 1 29 /03 /mars /2021 08:00

Les Achards. L'histoire tourmentée du Vieux-Château - Les Sables  d'Olonne.maville.com

Sur ma lancée de ce matin je déroule un petit pan de mes souvenirs d’enfance en vous proposant de lire ce qu’écrivent Michel Lucas et Jean-Claude Chauvet, les anciens guides touristiques de La Mothe-Achard. ICI 

 

Michel Lucas et Jean-Claude Chauvet, anciens guides de La Mothe-Achard. À droite : une carte postale du Vieux-Château avant 1912, avec son étage.

 

Pourquoi :

 

  • C’est sur la place du Vieux Château que sur la bécane de la tante Valentine, en un dérapage incontrôlé sur les gravillons, je me suis brisé le bras gauche.

 

  • C’est sur la place du Vieux Château que j’accompagnais mémé Marie les vendredis de foire où elles vendaient poulets, canards, lapins aux brigands de volaillers.

 

 

  • C’est dans la salle paroissiale du Vieux Château que j’ai connu mes premières amours. (voir 28 octobre 2006 Chantal ICI  déconseillé aux âmes prudes)

 

  • Le Vieux Château appartint au Brandois qui construisirent celui de la Forêt, ruinés ils vendirent leurs biens à un marchand de biens d’Aizenay  Érieau, dont la veuve fit don pour construire l’école d’agriculture où j’ai usé mes fonds de culotte.

 

 

Ce « vieux château », nommé ainsi à la fin du XIXe siècle, était surtout ce que l'on appellerait maintenant un grand logis nobiliaire, un centre d'activités agricoles, planté au milieu d'un domaine foncier de plusieurs métairies. Il connut néanmoins, sur le même emplacement, des configurations architecturales plus démonstratives.

 

« Un château fort indéfendable »

 

On date à 813, le premier donjon carré créé par le seigneur Mathieu Achard.

 

Puis, au XIe siècle, le châtelain, se devant d'assurer une meilleure protection des villageois, rassemblés en contrebas, dans le Bourg-Paillé, on va élever plusieurs tours défensives, fermant une cour carrée, entourée d'enceintes et de douves, alimentées par le ruisseau de l'Auzaire. « Cela n'a pourtant pas suffi, par ces temps très incertains. En 1420, pendant la guerre de Cent Ans, on dut se résoudre à le détruire, afin d'éviter qu'il tombe entre les mains des Anglais. Il était considéré comme indéfendable », explique Michel Lucas.

 

Le château du Brandois détrône le Vieux-Château

 

Trois siècles plus tard, les barons du Brandois reprirent l'initiative. En 1773, ils construisirent le château sur le plan que l'on connaît aujourd'hui, mais avec un étage supplémentaire. Le rez-de-chaussée était occupé par le régisseur du domaine de la Forêt.

 

En 1793, ce fut le QG alternativement des armées des Bleus républicains et des Blancs vendéens.

 

En 1794, il échappa de peu à l'incendie, qui dévasta le bourg mothais.

 

Quand, en 1868, les Brandois décidèrent d'ériger une autre demeure, de style Renaissance, à la Forêt (actuellement le domaine du Brandois), on le nomma le Vieux-Château. Trente ans plus tard, tout près, l'église de style néo-gothique remplaça la chapelle du Vieux-Château, trop petite et trop fragile.

 

Très endetté, le baron dut vendre le Vieux-Château en 1908 à un marchand de biens d'Aizenay. Il disparut des grandes familles et son nouveau titulaire fit enlever son premier étage, inhabitable en 1912.

 

Aujourd'hui, il est devenu la propriété de trois privés. Les écuries ont été occupées par la salle paroissiale et la cantine scolaire, puis par l'Imprimerie mothaise. Sa place est restée très animée jusque dans les années 60. « Les jours de foires, il y avait là la volaille, les canards, les lapins », se souvient Jean-Claude Chauvet.

 

Portrait présumé de Calixte Foucher de Brandois

Claude Marie  (1790 - 1864)

 Portrait présumé de Calixte Foucher de Brandois par Claude Marie Dubufe sur  artnet

La famille Achard de la Mothe qui avait édifié la motte puis un château fortifié avec mur d’enceinte et douves s’éteignit au XIVe siècle. L’héritage revint en 1401 à Guy de Laval qui épousa Marie de Craon, puis à leur fils, le célèbre Gilles de Rays, maréchal de France et compagnon de Jeanne d’Arc, pendu et brûlé à Nantes en 1440.

 

En 1420, le château avait été démoli par les troupes royales de Charles VI. En 1552, Anne de Laval apporta en dot la châtellenie à François de la Trémoille, prince de Talmont. En 1664, La Châtellenie était devenue baronnie. Se succédèrent Madeleine Poictevin du Plessis-Landry qui acheta la baronnie, son fils Pierre Robert de Lézardière mort en 1746, Calixte-Julien Foucher de Brandeau, et en 1768, Calixte Charles Foucher de Brandois (1738-1796). Pour son mariage avec Reine-Emilie de Pont l’Abbé, ce dernier fit construire en 1773 l’actuel Vieux Château sur l’emplacement du château-fort démantelé en 1420. Il fut élu de l’Assemblée Constituante. Mais retiré à Paris, il fut emprisonné aux Cordeliers et n’échappa à la guillotine que par la chute de Robespierre le 9 Thermidor.

 

Pendant la Révolution, La Mothe-Achard vécut des heures tragiques. Le curé Claude Lansier qui avait refusé la Constitution Civile du Clergé fut arrêté en 1791, déporté en Espagne en 1792 et remplacé par le curé constitutionnel Charles Michel. C’est à La Mothe-Achard que Joly rassembla ses troupes pour l’attaque infructueuse des Sables d’Olonne les 24 et 29 mars 1793. Malgré le loyalisme du maire Lansier, le 24 mars 1794, le bourg fut incendié par les Colonnes Incendiaires de Turreau. Seuls l’église et le château qui servaient de garnison furent épargnés. Des 468 habitants de 1791, il n’en restait que 173 en 1801.

 

Après la Révolution, le château qui avait été confisqué et vendu comme bien national revient à la famille Foucher de Brandois. En 1868, Paul Foucher, baron de Brandois (1832-1887), petit-fils de Calixte Charles, fit construire un autre château à La Forêt. En 1908, Olivier de Brandois, maire de La Mothe-Achard, dut vendre le château du bourg devenu « Vieux Château ». M. Erieau d’Aizenay, le nouveau propriétaire, en supprima le 2ème étage en 1912.

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28 mars 2021 7 28 /03 /mars /2021 06:00

 

Père Lachaise et Paris révolutionnaire | Interkultur Paris

Je le connais mon Jean-François, confiné ou pas, hôte de la rue Cambon*, dans le temple des Comptes, il reste fidèle à ses convictions de jeunesse en venant nous faire une piqure de rappel à propos de la Commune de Paris, une page de notre Histoire méconnue tout à la fois des Parisiens que des Français.

 

 La Commune de Paris, période insurrectionnelle durant laquelle les Parisiens furent maîtres de la capitale, a duré 72 jours, du 18 mars au 28 mai 1871, avant d’être violemment combattue par le gouvernement républicain lors de la Semaine sanglante. Elle est aujourd’hui un mythe fondateur pour les mouvements de gauche.

 

Les Parisiens doublement humiliés

 

En juillet 1870 éclate la guerre franco-prussienne. La France enchaîne les désastres militaires avant d’échouer lamentablement à la bataille de Sedan le 1er septembre. L’humiliation atteint son paroxysme lorsque Napoléon III est fait prisonnier par l’ennemi. Sous la poussée populaire, la IIIème République est proclamée le 4 septembre.

 

Deux semaines plus tard, la capitale est assiégée par les armées prussiennes. Les Parisiens accusent la république bourgeoise et ceux qui l’incarnent, comme le Ministre des Affaires étrangères, Jules Favre, d’être trop conciliants envers la Prusse. Alors que la colère monte chez les ouvriers, le gouvernement en place, à majorité royaliste, choisit de signer un armistice avec le nouvel Empire allemand le 28 janvier 1871. L’Assemblée nationale élue, installée à Bordeaux, se dit prête à accepter le traité de paix imposé par le chancelier Bismarck. Les socialistes parisiens en déplorent les conditions humiliantes : l’Alsace et la Lorraine sont perdues et Paris est déclarée « ville ouverte ».

 

Un mois plus tard, les vainqueurs défilent sur les Champs-Élysées. Les Parisiens se sentent trahis et humiliés. La situation est explosive. Adolphe Thiers, chef du pouvoir exécutif, veut désarmer les Parisiens. Il charge les soldats de l’armée régulière commandée par le général Vinoy de récupérer les canons stockés dans plusieurs quartiers de Paris à Belleville, Ménilmontant et Montmartre. « Thiers, en voulant reprendre les canons de Belleville, a été fin là où il fallait être profond. Il a jeté l’étincelle sur la poudrière. Thiers, c’est l’étourderie préméditée », écrit Victor Hugo dans son journal.

 

L’insurrection débute à Montmartre

 

Le 18 mars 1871, sur la butte Montmartre, les habitants de la capitale – hommes, femmes, enfants, vieillards – affluent pour faire barrage. Les officiers ordonnent de faire feu mais les soldats refusent et se rangent du côté des Parisiens. Des barricades sont montées, les généraux Lecomte et Clément-Thomas sont massacrés.

 

Thiers et l’ensemble des corps constitués fuient alors Paris pour Versailles tandis que le Comité central de la Garde nationale s’installe à l’Hôtel de ville. Sans l’avoir voulu, les révolutionnaires se retrouvent maîtres de la capitale et de ses deux millions d’habitants. Ils organisent des élections le 26 mars. L’extrême gauche obtient la majorité et les élus ouvriers, artisans, journalistes, avocats, médecins ou encore artistes constituent un conseil de 79 membres. Il est appelé « Commune », en souvenir de la Commune qui a renversé le roi Louis XVI en 1792. Symbole de l’insurrection, le drapeau rouge flotte partout dans la ville. Face à la prise de pouvoir de l’extrême-gauche révolutionnaire, patrons et bourgeois quittent la capitale.

 

La Commune de Paris : une utopie sociale

 

Les partisans de la Commune de Paris, « communards » ou « fédérés », réquisitionnent les ateliers de production afin que les ouvriers les gèrent eux-mêmes. Les églises deviennent le lieu de clubs de discussion où hommes et femmes peuvent prendre la parole.

 

L’œuvre sociale de la Commune est audacieuse : elle proclame la séparation de l'Église et de l'État ; l'instruction gratuite, laïque et obligatoire pour les garçons et les filles ; la gratuité de la justice ; l'élection des juges et des hauts fonctionnaires et la suppression de toute distinction entre enfants légitimes et naturels.

 

La Semaine sanglante achève la Commune

 

Mais voilà qu’à peine remis de leurs épreuves, les Parisiens subissent un deuxième siège, celui de l'armée gouvernementale cette fois. Sous le commandement du maréchal Mac-Mahon, 130.000 militaires sont aux portes de Paris au mois d’avril. Les Communards essuient défaite sur défaite.

 

Le 21 mai 1871, les Versaillais entrent dans la capitale. Ils sont en supériorité numérique et font face à quelques dizaines de milliers de fédérés seulement. C'est le début de la « Semaine Sanglante ». En trois jours, la moitié ouest de la capitale est aux mains de l’armée gouvernementale. L’Est résiste plus longtemps mais la défaite semble toutefois inévitable. Paris est à feu et à sang : plusieurs monuments sont en proie à d’importants incendies comme le Palais des Tuileries (qui ne sera jamais reconstruit), le Palais de justice et l’Hôtel de Ville.

 

Après une ultime bataille le 27 mai 1871 au Père-Lachaise, 147 fédérés sont fusillés sur le mur d’enceinte du cimetière. La dernière barricade tombe le lendemain. Ainsi s’achève la Commune de Paris, insurrection qui aura duré 72 jours, du 18 mars au 28 mai 1871. Fier de sa victoire, Mac-Mahon proclame : « Paris est délivré. L'ordre, le travail et la sécurité vont renaître ».

 

En août 1871, Adolphe Thiers est élu président de la IIIème République.

 

Commune de Paris 1871 : le bilan de la tragédie

 

Le mur des Fédérés | Histoire et analyse d'images et oeuvres

 

Le bilan de la Commune de Paris est terrible : 20.000 victimes, 38 000 arrestations et quelques milliers de proscrits et de déportés vers les bagnes de la colonie la plus éloignée de la métropole, la Nouvelle-Calédonie. Ce n’est que dix ans plus tard, en 1880, que viennent les lois d'amnistie et le retour des exilés et des déportés.

 

 

La Commune de Paris hante pour toujours les esprits. Pour la gauche, elle est un mythe fondateur, les socialistes la considérant comme la première manifestation révolutionnaire de la classe ouvrière. Elle survit dans les mémoires en chanson : avec l’Internationale, le plus célèbre des chants révolutionnaires dont les paroles ont été écrites par le poète communard Eugène Pottier, ou Le temps des cerises, dont l’auteur, Jean-Baptiste Clément, a combattu lors de la Semaine sanglante.

 

 

 

*Cambon, d’origine protestante, ce négociant en toiles de Montpellier est élu député de l’Hérault à l’Assemblée législative en 1791. Sa connaissance des problèmes financiers et sa fougue républicaine y retiennent l’attention. Il vote la mort de Louis XVI, et fait partie dès avril 1793 du Comité de salut public. Il préside plusieurs fois la Convention

 

Précédé par sa réputation de financier, il devient en 1793 président du comité des finances. On lui doit la loi sur la confiscation des biens du clergé ; il rédige sur l'administration des finances un rapport remarquable qui contribue puissamment à rétablir l'ordre. Surtout, il s’illustre par la création du Grand livre de la Dette publique (24 août 1793) : la Convention y reconnaît les dettes de l’Ancien Régime – mesure habile, qui veut rallier les rentiers à la Révolution. Après avoir déjà essayé de l'obtenir en 1792, mais arrêté par l'opposition de Robespierre, il obtient par le décret du 2e jour complémentaire an II la suppression du budget des cultes, qui met fin à la Constitution civile du clergé et acte la première séparation de l'Église et de l'État.

 

Il dénonce en particulier le coût de la dette publique française induit par l'engouement pour les rentes viagères, jugées « ruineuses, impolitiques, immorales »

 

Ses adversaires créèrent le terme « camboniser » voulant dire « désorganiser les finances » ou « voler »

L'affrontement Cambon-Robespierre le huit thermidor ICI 

François Hincker

 

« Il y a 100 ans, commun Commune/Comme un espoir mis en chantier/Ils se levèrent pour la Commune/En écoutant chanter Potier »

 

 

Cet espoir-là a été sauvagement assassiné du 21 au 28 mai, par M. Thiers et ses sbires sous le regard bienveillant des Prussiens, après avoir palpité pendant 72 jours et inventé un autre monde. 

 

Ce souvenir a longtemps été entretenu comme un trésor précieux et vivant par ceux qui espéraient voir l’espoir se lever à nouveau. Et puis il a disparu sous l’amoncellement des échecs et des trahisons. 

 

La Commune revit, 150 ans après sous la plume des historiens, comme un événement historique, un moment unique de l’histoire, mais on est loin de la ferveur de ceux qui voulaient avant tout maintenir cet héritage vivant pour transformer le monde dans lequel ils vivaient.

 

Les « Communards » ont montré qu’un peuple rassemblé qui se soulève peut prendre le pouvoir, chasser un gouvernement, même dans les pires conditions, car elles étaient terribles. 

 

Ce n’était pas la première fois que cela arrivait, 1848 n’était pas si loin, mais cette fois le peuple a conservé, trop brièvement, le pouvoir entre ses mains. Il ne s’en est pas fait déposséder immédiatement par la classe dominante, par ceux qui pensent, toujours et naturellement, être les mieux placés pour diriger parce qu’ils sont sur terre pour cela.

 

Les élus du Conseil de la Commune de Paris et les dirigeants du mouvement étaient pour beaucoup d’entre eux des artisans, des ouvriers, des petits commerçants. Ils étaient souvent des militants, socialistes, anarchistes, associationnistes. Ils n’étaient pas forcément français ; Léo Frankel, était hongrois. Les Communards étaient souvent des Communardes, comme Louise Michel.

 

Louise Michel : souvenirs enragés de la Commune - Le Point

 

Ils étaient éduqués, pas par l’école mais par leur formation professionnelle et par leur fréquentation des organisations du mouvement ouvrier.

 

Ils paieront cher le prix de leur audace, celle d’avoir pensé qu’ils pouvaient se gouverner eux-mêmes, sans un chef unique, un empereur, un roi ou un président, mais par des Commissions exerçant le pouvoir par la délibération. Pourtant en quelques semaines ils posèrent des principes d’organisation du travail, de l’éducation, de la société et les traduiront dans des textes plus nombreux et plus importants que les interminables pensums produits par nos Parlements d’aujourd’hui, que plus aucun citoyens ne peut lire ; ils sont d’ailleurs fait pour cela. 

 

Les classes dominantes veilleront scrupuleusement à ce qu’une pareille usurpation ne se reproduise pas de sitôt. 

 

La Commune c’est la tentative d’un peuple de donner corps à une idée, le socialisme. Elle y est brièvement parvenue.

 

Elle a aussi montré que face à l’armée d’une classe dominante soudée par la défense de ses  intérêts, le peuple ne pouvait pas résister bien longtemps.

 

Pour assurer la sa survie il aurait fallu une organisation bien supérieure des classes populaires, en France et dans le monde, car la commune ne fut pas qu’un mouvement parisien. Il aurait fallu non seulement une idée du monde souhaité, celui de l’égalité réelle, de la démocratie permettant aux citoyens d’exercer réellement « le pouvoir du peuple par le peuple et pour le peuple » pour reprendre la définition de la démocratie donnée par A Lincoln, mais une idée de l’organisation d’un Etat capable de faire vivre et de protéger la société transformée, sans l’étouffer ni la laisser s’étioler.

 

Cette conception n’existe toujours pas.

 

Le socialisme ne peut advenir que s’il complète l’analyse du capitalisme faite, brillamment et de façon convaincante, par ses nombreux penseurs, par une analyse de l’Etat, de sa structure, de ce qui fait sa force et sa faiblesse, et de ce que devrait être un Etat socialiste. Les Etats du « socialisme réellement existant » d’Europe et d’ailleurs, aujourd’hui disparus pour beaucoup, n’en furent que les grimaçantes caricatures. Ces bureaucraties tyranniques ne furent pas le produit mécanique de la pensée socialiste ; elles naquirent de la prise du pouvoir par des partis minoritaires dans des pays arriérés, dépourvus de toute conception de ce que pourrait être un Etat socialiste, de sorte qu’ils n’ont pas su faire autre chose que reproduire l’Etat antérieur, en pire.

 

Il y a donc un vaste travail pour ceux qui pensent que le capitalisme n’est pas éternel, que nous ne sommes pas simplement voués à en déplorer les horreurs, mais que le monde peut changer, que le peuple n’est pas seulement un troupeau de moutons menacé par une catastrophe écologique et réduit à mettre un bulletin de vote dans une urne de temps en temps pour choisir entre des candidats dont aucun n’exprime ni ne représente ce que nous voulons. 

 

Il y a du travail pour ceux qui ne pensent pas qu’une société meilleure sortira de la lutte des femmes contre les hommes, des homosexuels contre les hétérosexuels, des races réinventées pour faire revivre les conflits coloniaux disparus, mais de la lutte des tous les opprimés et tous les exploités contre ceux qui profitent de leur domination.

 

La Commune de Paris n’est pas une image pieuse devant laquelle nous devons nous agenouiller, elle fut l’expression du mouvement vivant du socialisme qui demande à être prolongé par et pour tous ceux qui souffrent aujourd’hui.

 

Fichier:Zola 1870.jpg — Wikipédia

Quand Zola, pendant la Commune, tressait des lauriers à Adolphe Thiers ICI

Comme bien d’autres écrivains français, Zola détestait la Commune, ce « rêve malsain ». Dans une chronique du 27 mars 1871, il dresse un portrait impertinent mais laudateur de Thiers, présenté comme un homme de « bon sens » : « La France, à cette heure, peut avoir confiance en lui.  »

Par Pascal Riché

Publié le 26 mars 2021

 

Il y a 150 ans jour, pour jour, Emile Zola est à Versailles, dans la salle de l’Opéra Royal où s’est installée l’Assemblée nationale élue en février. Il a 30 ans, c’est un jeune journaliste prometteur, correspondant parlementaire du journal « La Cloche ». Il écoute le chef du pouvoir exécutif Adolphe Thiers discourir à la tribune. Nous sommes au lendemain des élections à la Commune de Paris, qui ont désigné un conseil massivement favorable à la révolution. Pour les Communards, on le sait, Thiers (« Foutriquet ») est un traître qui a accepté d’acheter la paix à la Prusse contre l’Alsace, la Lorraine et 5 milliards de francs.

 

Le journal « La Cloche », a été fondé trois ans plus tôt par Louis Ulbach pour attaquer Napoléon III. C’est en 1871 un quotidien pamphlétaire parisien. Ulbach a lu « Thérèse Raquin », le premier roman à succès de Zola, il ne l’a pas trop aimé, mais il est impressionné par l’impertinence et la vivacité du jeune homme. Il l’a nommé « correspondant parlementaire » à Bordeaux, où la nouvelle Assemblée nationale a commencé à siéger en février, puis Versailles où elle vient de s’installer.

 

Les chroniques de Zola dans « La Cloche » ont été redécouvertes dans les années 50 (et publiées par la Librairie Fasquelle). Elles ont surpris ses fans : Zola, cette icône de la gauche républicaine, y apparaît comme très critique vis-à-vis de la Commune. S’il n’est pas mécontent que l’insurrection parisienne ait rendu folle la droite parlementaire, qu’il exècre encore plus, il y voit un « rêve malsain », « grotesque et odieux, ridicule et terrifiant ». Il rejoint dans cette détestation Anatole France, Edmond de Goncourt, Gustave Flaubert, George Sand et bien d’autres.

 

Voici sa chronique envoyée à La Cloche le 27 mars, et publiée deux jours plus tard.

https://focus.nouvelobs.com/2020/04/17/0/0/633/30/580/0/75/0/0030fee_yVXwLH9YXNHuWLej3bMQL4L2.jpg

Quel homme que M. Thiers !

 

Il parle, il parle, avec une négligence incroyable, se répétant à chaque mot, hasardant des vérités de M. de La Police, n’ayant à son service que deux ou trois arguments : « Soyez sérieux », et encore : « Faites ceci, faites cela, si vous voulez être une grande Assemblée nationale » ; et ce diable d’homme réussit toujours à avoir raison !

 

Il se fait applaudir par la gauche, il se fait applaudir par la droite, il entraîne par moments la Chambre entière. Quelle est donc sa force à cette commère bavarde qui se perd dans les papotages les plus menus, qui met une idée dans vingt phrases ? Le bon sens, puissance admirable, invincible, à laquelle tout le monde se rend, sans même en avoir une conscience bien nette.

 

Puis, il faut le dire, M. Thiers, expression moyenne du génie français, ne choque personne. Pour définir exactement son action sur l’Assemblée il faudrait le comparer à M. Louis Blanc. Ce dernier, d’une éloquence émue, artiste dans l’art de bien dire, à la voix claire et souple, ne parvient qu’à souffler l’orage. M. Thiers, au contraire, nasillant, causant comme un bon et rusé bourgeois, se fait écouter et convainc ses adversaires eux-mêmes. C’est qu’il est à la portée de tout le monde, c’est qu’il ne blesse aucune conviction, c’est qu’il n’effarouche pas par des qualités excessives le tempérament moyen d’une Assemblée.

 

La France, à cette heure, peut avoir confiance en lui. Il est le seul homme capable de parler à toutes les passions pour les calmer et les dominer. Si M. Thiers, par sa modération, par sa nature qui se refuse aux extrêmes, n’arrivait pas à constituer un centre tout-puissant dans la Chambre, ce serait que la France, frappée de démence, emportée par des passions indomptables, croirait l’heure venue de se dévorer et de s’anéantir elle-même.

 

J’ai de grands espoirs. Il ne me déplaît pas que Paris ait affirmé par une insurrection ses volontés. Cela fera réfléchir M. Thiers et mettra de l’énergie dans sa raison. Et il ne me déplaît pas non plus que Paris insurgé trouve devant lui la calme et froide figure de M. Thiers. Paris ne voudra pas qu’un homme ait plus de bon sens que lui et il ne réclamera plus que des libertés pratiques. Cet homme et cette ville doivent faire un excellent ménage en se complétant l’un par l’autre.

 

Quant à l’Assemblée, voulez-vous mon opinion bien mûrie, bien pesée ? L’Assemblée est une boîte à musique, détraquée, il est vrai, et jouant faux. Toutes les fois que Paris et M. Thiers auront fait un arrangement, ils mettront la boîte à musique entre eux, et lui feront jouer un air quelconque pour égayer la signature du contrat.

https://focus.nouvelobs.com/2019/04/05/0/0/0/0/50/50/0/0/a0548fa_sFMaBGlUg5wkGFrOY6gBD-N9.jpg

Pascal Riché

 

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27 mars 2021 6 27 /03 /mars /2021 06:00

 

Je n’aurai pas l’outrecuidance de rendre un hommage à Bertrand Tavernier mort, jeudi à 79 ans.

 

C’est un monument du cinéma français qui s'est éteint. Bertrand Tavernier est décédé à Sainte-Maxime, dans le Var, a révélé La Croix. Cette information a ensuite été confirmée par l'Institut Lumière. Le cinéaste était âgé de 79 ans. « Avec son épouse Sarah, ses enfants Nils et Tiffany et ses petits-enfants, l'Institut Lumière et Thierry Frémaux ont la tristesse et la douleur de vous faire part de la disparition, ce jour, de Bertrand Tavernier », a tweeté l'institution dédiée au septième art.

 

J’ai aimé beaucoup de ses films :

 

L’Horloger de Saint-Paul son premier long-métrage en 1974 Que la fête commence, 1975  Le Juge et l’Assassin, 1976 Coup de torchon 1981,Un dimanche à la campagne, 1984 L.627 sorti en 1992, chronique très documentée sur une petite brigade de policiers spécialisée dans la lutte contre la drogue que le manque de moyens matériels conduit au délabrement moral et social. Et L’Appât 1995 portrait de trois jeunes gens piégés par le goût du paraître, prisonniers de l’illusion de l’argent facile, et que leur inculture et un manque de repères conduisent à commettre deux crimes sordides.

 

Mort de Bertrand Tavernier : ses dix films les plus marquants ICI 

Au fil de ses 34 longs-métrages, seuls ou en collaboration, le cinéaste avait abordé plusieurs genres, signé de grands succès populaires et mis en scène des pépites, coups de cœur critiques ou publics. Sélection.

Par Renaud Baronian

Le 25 mars 2021 

 

«L'Horloger de Saint-Paul» (1974)

https://www.telerama.fr/sites/tr_master/files/6dc09f97-87bb-4e6f-849c-bc7a0e323580_2.jpg

Lyonnais de naissance et attaché à sa ville, le réalisateur y situe ce qui sera son premier succès public, ainsi que sa première d'une longue collaboration avec Philippe Noiret. Ce drame puissant, adapté de Georges Simenon, conte comment un homme qui élève seul son fils découvre à quel point il ne le connaît pas lorsqu'il apprend qu'il a commis un meurtre, avant de tenter de se rapprocher de lui. Bouleversant.

 

«Que la Fête commence…» (1975)

Que la fête commence... (1975) par Bertrand Tavernier

Changement radical de registre l'année suivante : Tavernier surprend toute la France avec cette fresque historique qui décrit les débauches insensées dans lesquelles se vautre, au XVIIIe siècle, le duc d'Orléans (Noiret à nouveau) à coups de parties fines, ce qui va provoquer des conspirations contre lui. Un film décoiffant, chaud, fascinant, récompensé de deux Césars.

 

«Coup de torchon» (1981)

Coup De Torchon [VHS]: Philippe Noiret, Isabelle Huppert, Stéphane Audran,  Jean-Pierre Marielle, Eddy Mitchell, Guy Marchand, Irène Skobline, Michel  Beaune, Jean Champion, Victor Garrivier, Gérard Hernandez, Abdoulaye Diop,  Pierre-William Glenn ...

Féru de romans policiers américains, le cinéaste adapte l'un de ses auteurs favoris, Jim Thompson. Transposant l'action dans l'Afrique coloniale des années 1930, il suit ici un flic (Noiret toujours, face à Isabelle Huppert et Guy Marchand) méprisé par tous, qui va subitement assassiner tous les gêneurs avec un cynisme effroyable. Son plus grand succès en salles, avec 2,2 millions d'entrées.

 

«Un dimanche à la campagne» (1984)

UN DIMANCHE A LA CAMPAGNE de BERTRAND TAVERNIER - LA PLUME ET L'IMAGE

En 1912, un vieux peintre connu mais sans génie va remettre sa vie et son œuvre en question à l'occasion de la visite dominicale de ses enfants et petits-enfants. Très touchant, ce succès populaire de Tavernier offre des rôles en or à Sabine Azéma, Louis Ducreux et Michel Aumont, et un nouveau César au réalisateur.

 

«La Vie et rien d'autre» (1989)

Achat La Vie et rien d'autre en Blu Ray - AlloCiné

Après la Première Guerre mondiale, un officier a pour mission de recenser les soldats disparus au front. Il va croiser deux femmes qui recherchent leur compagnon, puis découvrir qu'il s'agit du même homme. Très émouvant et remarquablement interprété par Philippe Noiret, Sabine Azéma et Pascale Vignal, le film a séduit 1,5 million de spectateurs.

 

«L.627» (1992)

https://www.telerama.fr/sites/tr_master/files/97069c36-6472-4b83-8160-ed2349eced60_2.jpg

Retour au polar, mais dans le genre coup de poing : le quotidien d'un groupe de policiers de la brigade des stupéfiants, où la personnalité de chaque membre va se révéler au fil des interventions. Un film très fort tant Tavernier, qui avait souhaité une mise en scène réaliste, y est admirablement parvenu.

 

«L'Appât» (1995)

L'appât - film 1995 - AlloCiné

Thriller choc, cette adaptation d'un fait divers qui avait défrayé la chronique dans les années 1980 suit une jeune fille qui sert d'appât auprès d'hommes mûrs, avant que ses compagnons ne s'introduisent chez eux afin de les cambrioler, ou pire. La froideur de la jeune femme est remarquablement incarnée par Marie Gillain, superbement dirigée par le cinéaste.

 

 

Martin Scorsese et Bertrand Tavernier sur le tournage d’Autour de minuit (1986).

Martin Scorsese et Bertrand Tavernier sur le tournage d’Autour de minuit (1986).Étienne George

L’hommage de Scorsese à Tavernier : « Bertrand était tellement passionné qu’il pouvait vous mettre K.-O. » ICI

 

Martin Scorsese

Publié le 26/03/21

 

Le réalisateur italo-américain avait rencontré Bertrand Tavernier dans les années 1970. Il a même joué pour lui dans “Autour de minuit”. Grand admirateur de sa culture cinématographique, il rend hommage, dans un texte adressé à “Télérama”, à son ami disparu jeudi.

 

La première fois que j’ai rencontré Bertrand Tavernier, c’était au début des années 1970. Il était alors accompagné de son ami et ancien collaborateur Pierre Rissient. Ils avaient vu Mean Streets et le défendaient avec vigueur publiquement. Un soutien qui signifiait beaucoup de choses à mes yeux.

 

J’ai très vite compris que Bertrand connaissait de fond en comble l’histoire du cinéma. Plus encore, il était un passionné du cinéma : passionné par ce qu’il aimait, passionné par ce qu’il détestait, passionné par ses nouvelles découvertes, passionné par les figures injustement oubliées dans l’histoire du cinéma – Bertrand a été celui qui nous a permis de redécouvrir le réalisateur Michael Powell –, passionné par les films qu’il a lui-même réalisés.

 

Bertrand était un cinéaste singulier, à nul autre comparable. J’ai particulièrement aimé son film de 1984, Un dimanche à la campagne. Ce film a été conçu avec tant de subtilité que j’ai l’impression qu’il est sorti tout droit du monde des impressionnistes. J’ai également adoré ses films historiques, comme Que la fête commence et Capitaine Conan, et ses adaptations de Simenon (L’Horloger de Saint-Paul, son premier film) et de Jim Thompson (Coup de torchonadapté de 1275 âmes).

 

En 1983, je déjeunais avec Bertrand et Irwin Winkler quand ils ont décidé, tous les deux, de faire le magnifique Autour de minuit. C’est pour moi un merveilleux souvenir d’avoir fait une petite apparition dans ce film, dans le rôle de l’agent de Dexter Gordon.

 

Bertrand connaissait intimement tous les aspects du cinéma français. C’est une chance incroyable pour nous tous que Bertrand ait partagé son savoir et sa passion dans son documentaire Voyage à travers le cinéma français, une œuvre d’une grande beauté.

 

Il connaissait tout aussi intimement le cinéma américain. Bertrand et Jean-Pierre Coursodon ont coécrit, et régulièrement mis à jour, un dictionnaire exhaustif consacré aux réalisateurs américains (50 ans de cinéma américain). Cet ouvrage majeur mériterait d’être traduit en anglais.

 

Je veux enfin partager une dernière image à propos de Bertrand. Une image bien connue par tous ses amis et par tous ses proches. Bertrand était tellement passionné qu’il pouvait littéralement vous mettre K.-O. Il restait assis, pendant des heures et des heures, argumentant pour ou contre un film, un cinéaste, un musicien, un livre ou une décision politique. Au bout d’un moment, terrassé, vous vous demandiez simplement : mais d’où lui vient toute cette énergie ?

 

Aujourd’hui, il m’est très difficile de me dire que je n’aurai plus jamais la chance de recevoir toute cette incroyable énergie. Que je n’aurai plus jamais la chance de rencontrer un homme aussi extraordinaire, un homme tellement irremplaçable. »

 

Bertrand Tavernier, au Festival de Saint-Sébastien (Espagne), en 2013.

Bertrand Tavernier, au Festival de Saint-Sébastien (Espagne), en 2013. 

Mort de Bertrand Tavernier, inlassable cinéaste et amoureux vorace du septième art ICI 

Au fil de ses indignations, le réalisateur s’est promené d’un genre à l’autre, écrivant plusieurs ouvrages de référence sur le cinéma. Il est mort, jeudi à 79 ans.

Par Véronique Cauhapé

 

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26 mars 2021 5 26 /03 /mars /2021 06:00

 

Parmi les Appellations Originales Contrôlées du Rugby, il y a sans hésitation celle de « coupeur de citrons »

 

Pendant longtemps, à la mi-temps des matchs les joueurs recevaient un quartier de citron pour retrouver leurs esprits et se donner un coup de fouet. Il y avait alors un « porte-citron » dévoué à la découpe et à la distribution. On prenait en général un bon copain à qui on faisait gentiment comprendre que ses aptitudes physiques n’étaient pas compatibles avec la pratique du rugby. Mais s’il le voulait, place lui était réservée sur le banc.

 

Je n’ai jamais joué au rugby, les citronniers ne poussent pas en Vendée, mais dans le cadre de mon droit à la paresse j’ai décidé d’occuper le poste de « porte-citron » pour le compte d’Alexis Ferenczi.

 

 

Plus un zeste : quand les agrumes valaient de l'or

Véritables « joyaux du monde végétal », citrons, oranges et mandarines ont longtemps été convoités par les rois, les nobles et les bourgeois.

 

 

Par Alexis Ferenczi

 

 

 « Quand la vie vous donne des citrons, faites de la citronnade ».

 

Ce vieil adage stoïcien, qui aurait été utilisé pour la première fois en 1915 par Elbert Green Hubbard dans sa nécrologie de l’acteur de petite taille Marshall Pinckney Wilde puis repris par les fans d’Ayn Rand, n’est valable que depuis deux siècles. Avant, si la vie vous donnait des citrons, c’était uniquement parce que vous étiez membre d’une caste de privilégiés ou botaniste à la cour du roi.

 

Les agrumes sont longtemps restés inaccessibles au commun des mortels – ceux qui n’habitaient pas dans les zones chaudes et humides d’Asie où l’on suppose que les fruits de la famille des citrus sont nés il y a 5 à 6 millions d’années. En Occident, on découvre l’orange, le cédrat ou la mandarine en même temps que s’établissent les premières routes commerciales vers l’Orient. À cause de leur rareté et du coût élevé de leur transport, ces fruits sont d’abord réservés à une élite. Ils deviennent de fait un symbole de luxe et de pouvoir. 

 

C’est pour recenser toutes les variétés connues à son époque – et pour le prestige – que le botaniste allemand Johann Christoph Volkamer publie entre 1708 et 1714 une somme sur les agrumes intitulée Nurenberg Hesperides, descriptions complètes du noble citron, lime et orange amère. Comment, ici et dans les environs, planter correctement, maintenir, et produire ces fruits, ouvrage titanesque composé de gravures représentant les fruits grandeur nature.

 

Volkamer sait que les nobles d’Europe vouent un véritable culte aux agrumes. Certains ont même développé une passion qui frise la syllogomanie, rivalisant d’ingéniosité pour dénicher le fruit le plus gros ou le plus bizarre, sans se soucier des dépenses. Cette fascination va de pair avec la prise de conscience de la valeur des jardins. Dès le début du XVIe siècle, on sait comment planter certains fruits exotiques pour qu’ils surmontent les rigoureux hivers du nord. C’est Pacello Mazzarotta, le jardinier italien du roi Charles VIII, qui a l’idée de la « culture en caisse » permettant aux premières oranges de France d’être abritées du froid à l’intérieur d’un bâtiment.

 

Toujours de ce côté du Rhin, le naturaliste Antoine-Joseph Dezallier d’Argenville (1680-1765) dédie lui aussi plusieurs chapitres de La théorie et la pratique du jardinage aux seuls agrumes : « L’on distingue plusieurs sortes, comme le Citronnier ou Balotin, le Limier ou Limonier, le Bigaradier, le Cédrat, le Riche-dépouille, le Poncyre, le Pommier d’Adam, la Bergamote, l’Oranger de Chine. Leurs différences sont peu considérables : elles ne consistent qu’en ce que les uns font des arbres de tige, et les autres des nains ou buissons, ou parce que le fruit des uns est doux et celui des autres plus aigre : ils conservent tous leur beau feuillage. »

 

La suite ICI avec une superbe iconographie tirée de The Book of Citrus Fruits, J.C. Volkamer, 125 euros, publiée chez TASCHEN

 

 

 

 

 

An early-modern ode to citrus fruit – in pictures ICI

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24 mars 2021 3 24 /03 /mars /2021 06:00

 

 

Le gouvernement algérien déplore la non-reconnaissance des « crimes coloniaux » de l’État français.

 

Trois semaines après la remise du rapport Stora sur les relations entre la France et son ancienne colonie, Alger a réagi pour la première fois et dit regretter l’absence d’excuses et de reconnaissance. Loin d’apaiser les relations, cela semble les crisper, relève la presse algérienne. ICI 

 

Les plaies sont encore vives, pour avoir vécu 2 ans en Algérie, à Constantine, j’ai pu en mesurer la profondeur et leur réalité. La colonisation fut brutale et sans pitié, quand à la guerre, elle fut tout aussi sauvage et sanguinaire.

 

Ce qui est relaté dans le roman de Didier Daeninckx : Le Banquet des Affamés, n’a rien d’anecdotique, c’est un véritable viol de la mémoire.

 

Livre: Le Banquet des Affamés, Didier Daeninckx, Gallimard, Blanche,  9782070137879 - Leslibraires.fr

Page 22-23-24

 

Le capitaine qui régnait sur cette horde (ndlr la 1er compagnie des fusiliers de discipline) s’appelait Chabras, et ne valait guère mieux. Il s’était illustré en pacifiant une grande partie du massif voisin de l’Ouarsenis avec des troupes de cette qualité. On racontait qu’il n’assaillait pas que les vivants, que les cimetières aussi l’intéressaient, étant lié par son épouse à des industriels de Marseille (avec succursale à Orléansville) qui arrondissaient grâce au « noir animal » leur fortune assise sur la production sucrière. On sait assez peu qu’avant de se poser en blanc sur les tables raffinées le sucre n’est qu’une mélasse peu engageante dont la teinte varie du marron au verdâtre. Plusieurs procédés permettent de faire perdre à cette substance la couleur des origines. L’une des principales applications du noir animal consiste justement dans sa propriété remarquable à décolorer les liquides. Il se présente sous la forme d’une poudre que l’’on pourrait confondre avec la suie. En fait, on l’obtient en chauffant  des os à haute température, à l’abri de l’air, ce qui explique qu’on l’appelle aussi couramment « charbon animal ». La demande de sucre ne cessant de croître, le commerce des squelettes nés des abattoirs s’est développé dans de telles proportions que l’offre ne satisfaisait plus l’industrie. On a essayé de creuser d’autres mines… Il faudrait disposer de temps et remonter la filière pour trouver l’identité de celui qui eut l’idée d’aller ramasser, dans les cimetières d’Algérie, les ossements ancestraux afin d’opérer, par l’abondance de la matière, une détente sur le prix de la poudre à décolorer le sirop de sucre. On a vu des centaines d’ânes, autant de chameaux razziés dans toutes ces provinces, ployant sous le poids de paniers emplis d’ossements, prendre la piste d’Orléansville où des étuves transformaient des généalogies entières en promesses de douceur. Vous prendrez combien de sucre dans votre chocolat, comtesse ? Trois… Le père, la mère et, tenez, la grand-tante pour faire bonne mesure ! L’empirisme ayant sa part dans les avancées scientifiques, on s’aperçut que les os longilignes offraient le meilleur rendement, que e crâne et les vertèbres donnaient de l’onctuosité aux gélatines ou fournissaient l’azote nécessaire aux terres qui portaient les futures moissons. On doit nous envier, chez les cannibales d’Océanie, d’absorber ce qu’ils délaissent.

 

ALGERIE-TIARET-lt-Vue-animee-de-LA-CASERNE-DE-LA-LEGION

 

Un commerce peu « catholique »

 

Les os des cadavres algériens, au service de l'industrie coloniale! -  Babzman

 

Les ossements humains, exhumés par la charrue coloniale ou par le matériel des ponts et chaussées, vont également servir pour un commerce sordide. Ils auraient été expédiés à Marseille, pour être utilisés dans la fabrication du sucre.

 

L’historien Moulay Belhamissi fait état des navires chargés d’ossements provenant des cimetières musulmans en partance pour Marseille : « Pour du noir animal nécessaire à la fabrication du sucre, les ossements récupérés des cimetières musulmans sont expédiés à Marseille. A l’époque, on réfuta les faits malgré les témoignages. Mais l’arrivée dans le port phocéen, en mars 1833, d’un navire français La Bonne Joséphine », dissipa les derniers doutes. Des os et des crânes humains y furent déchargés.

 

Le docteur Ségaud témoigne à son tour dans le journal Le Sémaphore, le 2 mars 1833 : « J’ai appris par la voix publique, que parmi les os qui servent à la fabrication du charbon animal, il s’en trouve qui appartiennent à l’espèce humaine. À bord de la bombarde, « la bonne Joséphine » venant d’Alger et chargée d’Os, j’ai reconnu plusieurs os faisant partie de la charpente humaine. J’y ai vu des crânes, des cubitus, et des fémurs de la classe adulte récemment déterrés et n’étant pas entièrement privés des parties charnues ».

 

Informé de ce commerce des restes humains, l’Emir Abdelkader fit parvenir partout dans le pays des recommandations interdisant impérativement aux Algériens de consommer le sucre blanc, une consommation qui pourrait, en toute évidence, assimilée à une forme d’anthropophagie. « De troublantes assertions ont couru au sujet de l’utilisation des restes humains. »

 

« A la suite de ces révélations, prises très au sérieux par les autorités politiques de la métropole au point que l’affaire devint rapidement nationale, le ministère de la guerre ordonna à l’intendant civil de la province d’Alger de mener une enquête pour déterminer les origines de ce commerce et pour le faire immédiatement cesser ». (Coloniser-Exterminer - p.169)

 

La « Métropole » informée de l’utilisation des ossements provenant des cimetières musulmans ne semblait pas approuver ce commerce indécent ; mais comme à l’accoutumée, on n’est pas à un scandale près et les promoteurs de l’industrie utilisatrice d’ossements humains ne seront jamais inquiétés…!

 

Les départements français d'Algérie

Département d'Orléansville

 

Le département fut créé par décret du 28 juin 1956. Il comprenait alors 4 arrondissements.

 

Dès le décret du 20 mai 1957, et toujours sous le nom de département d'Orléansville, il se divisait en 6 arrondissements, au lieu de 4.

 

Il a porté aussi le nom de département du Cheliff. En 1958, il comptait 637.000 habitants.

 

Le premier préfet fut Raymond Chevrier, nommé le 6 décembre 1956. Mais les événements du 13 mai 1958 provoquèrent un changement. Convoqué par le général Salan, auquel ont été confiés par le gouvernement Pflimlin les pouvoirs civils et militaires pour le maintien de l’ordre en Algérie, Raymond Chevrier se rend à Alger le 18 mai 1958. Avant d’avoir été reçu par le général Salan, il est arrêté, assigné à résidence à Aïn Taya, puis remis à la disposition du ministre de l’Intérieur. De toute manière, ce sont des généraux qui furent chargés en juin 1958 d'exercer les pouvoirs civils dans les départements algériens : c'est le général Gracieux qui les exerce le 24 juin 1958 et donc succède au préfet Chevrier, puis le général du Passage en 1959, commandant la 9e division d'infanterie.

 

Le préfet Louis Verger fut nommé le 10 mars 1960. Il resta jusqu'au 20 décembre 1960, et devint alors directeur du cabinet civil et militaire du délégué général du gouvernement en Algérie. Enfin, le préfet Mohand Sadek OURABAH fut le dernier titulaire du poste, du 21 décembre 1960 à juin 1962.

L’historien Benjamin Stora (photo d’illustration).

Rapports entre la France et l’Algérie : Benjamin Stora répond aux critiques dans une tribune ICI

 

L’auteur du rapport faisant des propositions pour organiser la réconciliation entre Alger et Paris a publié une tribune dans un quotidien algérien ce matin pour répondre aux critiques et défendre sa méthode.

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