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16 février 2013 6 16 /02 /février /2013 00:09

1240bacon figuremeat 136Le chroniqueur, s’il veut œuvrer au jour le jour, trouver de nouveaux sujets, éloigner le spectre de la page blanche, doit aussi bénéficier de dons du ciel. Ainsi, à peine Benoît XVI eut il annoncé son renoncement à son pontificat que votre Taulier recevait, non pas une bulle papale mais par colis postal, en direct des caves du Vatican – certes mentir est un péché mais ici il est véniel car commis au nom d’une juste cause : celle du vin – la clé du futur conclave qui désignera son successeur : les fumées blanches.


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« Les Caves du Vatican », roman d'André Gide, paru en 1914 qui érige le jeu et l'humour noir en règle de vie, fascina les surréalistes mais fit scandale dans les milieux catholiques. L'auteur l'a classé comme « sotie ». À la tête d’une bande des escrocs le redoutable Protos répand la rumeur selon laquelle le pape serait séquestré dans les caves du Vatican. L’acte gratuit, défi à Dieu et à l'ordre du monde, qu'il bouleverse de façon à la fois absurde et imprévisible m’avait en ma jeunesse confite de bondieuseries fort impressionné.


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L’affreux et grinçant Jean Yanne qui déclarait que « La fumée blanche au Vatican annonce l'élection d'un nouveau pape... En même temps que la combustion de l'ancien. » en serait tout retourné.


« Après chaque scrutin, les cardinaux communiquent les résultats au reste du monde par l'intermédiaire d'une cheminée, un conduit étant spécialement installé lors du conclave. Le résultat du vote est annoncé par une fumée noire (vote non concluant) ou blanche (vote concluant). En cas de fumée blanche, le conclave prend fin lorsque le pape a répondu favorablement à la question du cardinal doyen « Acceptez-vous votre élection canonique comme souverain pontife ? » puis à « De quel nom voulez-vous être appelé ? », le Pape étant finalement proclamé. Le feu est traditionnellement un feu de paille, mouillée s’il faut produire une fumée blanche, ajoutée aux bulletins de vote dans le poêle pour en produire une noire. Depuis le conclave de 2005, des fumigènes colorants fabriqués par un « poêle électronique » sont utilisés pour éviter les confusions. De plus, on a décidé cette année-là de faire sonner les cloches de Saint-Pierre en accompagnement de la fumée blanche afin d'éviter les hésitations des spectateurs sur la couleur des volutes s’échappant de la cheminée. Le cardinal protodiacre prononce l’Habemus papam depuis le balcon central de la basilique Saint-Pierre. »


La chimie a pris le dessus sur la nature, il va falloir revoir tout ça lors du prochain pontificat. Bref, moi je n’ai pas pu m’empêcher, en tant que Taulier préposé à la Cave, de vous mettre sous le nez mes fumées blanches.

 

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14 février 2013 4 14 /02 /février /2013 00:09

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À l’heure où celles et ceux adeptes du respect de la naturalité prônent le non-interventionnisme « Ayez foi dans le vin et dans la nature. Ne cédez pas à l’idée de pouvoir dominer la nature grâce à la science. À partir du moment où c’est l’amour qui éclaire ce que vous avez en tête (et je parle d’AMOUR, ce sentiment qui vient du cœur, pour ce qui nous concerne, et non d’AVIDITÉ), le reste se fera de soi-même. » courriel de Giampero Bea à Alice Feiring, votre Taulier, même si officiellement il ne sait pas faire grand-chose de ses mains, continue son exploration méticuleuse du travail du raisin.  Relire sa production récente en ce sens :


1-    Le Taulier explore le travail du raisin : faut-il prôner le retour du tout à la main ? Touche pas à ma grume ! link

 

2-  Plaidoyer d’un boyard vigneron moldave pour le foulage aux pieds du raisin en dédicace à Pierre Jancou…link

 

Avant d’aborder le foulage, qui fut toujours l’opération originelle pour faire le vin : « Meurtrir la grappe », avec la grande-prêtresse du vin nu, Alice Feiring, revenons quelques instants sur le destin de la rafle : « La sagesse vinicole contemporaine veut que l’on s’en débarrasse avant la fermentation. Je suis en désaccord avec cette peur des tiges vertes et la croyance qu’elles ajoutent une astringence et des arômes malvenus, et me fiche qu’elle risque d’affecte la couleur. Pour la particularité de mon palais, elles permettent au contraire de développer la structure, le piquant et le bouquet du vin, surtout lors de son vieillissement. La plupart de mes vins favoris en provenance du nord Rhône et de la Bourgogne comportent de 50 à 100% de rafle. »


La suite fut radicale : « Aussitôt, l’action s’engagea. Dan (certainement pas moi) se jeta dans le chariot et entreprit de verser la vendange dans l’égrappoir – long tapis roulant acheminant les grappes vers une machine dotée d’autant de doigts qu’un mille-pattes, grâce à laquelle les grains allaient être séparés de leurs tiges. Tandis qu’elles se mettaient en route, nous retirâmes celles des grappes qui ne nous paraissaient pas d’assez bonne qualité.

« Et vous faites quoi, maintenant ? demanda Ridgely.

« On les écrabouille, » répondit Kevin avec son accent pointu de la Californie du Nord, « et on les laisse se change en vin. »


Écraser, broyer, « meurtrir la grappe », fouler « on dit encore foulanger, chantepleurer (dans quelque vocable régional) est la phase la plus instinctive de la vinification archaïque. « meurtrir la grappe» fut toujours l’opération originelle pour faire le vin, avant même que de presser. Le reste du travail, et notamment la fermentation, est spontané ou presque. » écrit Peynaud.


« La façon des vins requiert pour sa première œuvre le fouler des raisins selon leurs diversités et les pays ; diversement on se gouverne sur ce point. » Olivier de Serres 1600


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Peynaud toujours « Pendant des siècles, on n’a pas eu à chercher mieux que le piétinement des pieds nus : marche sur place, trépignement, sautillement, pas de gigue ou pas de gymnastique, gestes simples qui font passer rythmiquement le poids du corps d’un pied sur l’autre. Le pied est un outil articulé, qui allie force et souplesse et est capable de mouvements complexes. S’il est moins adroit que la main, il sait utiliser la lourdeur du corps et, avec une molle élasticité, joindre le froissement à l’écrasement. Soixante-dix kilogrammes sur une surface plantaire, cela fait une pression douce mais efficace, quelques centaines de grammes au centimètre carré. Le foulage procède aussi par glissement, par frottement, il aplatit sans déchirer, il pétrit, il pile, il tasse. »


Valeur mythique, danse bachique rituelle « le fouleur est quelque peu faune ou silène. »

« Ici, dieu du pressoir, viens, et, dépouillant le cothurne, trempe avec moi tes jambes nues dans le moût nouveau » Virgile


Mais revenons à Alice Feiring qui fait son vin nu, l’absence d’e muet coupe court à toute interprétation grivoise.

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« Une fois le raisin transféré dans la benne de plastique, j’ai enfilé des vêtements jetables, destinés à se voir maculés de jus de la vigne. Je me suis lavé les jambes, ai empoigné l’échelle et, au grand amusement des travailleurs de Pellegrini, me suis jetée dans les grappes. En termes de température, ce n’était guère différent d’un plongeon dans les frigides eaux de la côte du Maine. Le sang reflua de mes orteils. M’efforçant d’éviter l’engelure, j’ai tâté de diverses techniques de foulage, telle que les cents pas, la ronde, le zigzag – tout mouvement capable de briser suffisamment de grains pour qu’assez de jus s’en dégageât qui enclencherait la fermentation de la levure. Les moucherons se mirent à voleter et, vingt minutes plus tard, j’allai me passer au tuyau d’eau, pour découvrir un avantage inattendu : mes pieds et mes jambes avaient été gommés jusqu’à une exquise douceur. Rien d’étonnant à ce que les produits cosmétiques à base de raisins connaissent une telle vogue. »


Le foulage pédestre selon d’Armailhacq 1858


« Des hommes, déchaussés et nu-pieds, marchent et trépignent sur le raisin ; sous leurs pieds nus, les grains surs et leurs pépins glissent sans être écrasés ; tandis que la pulpe et la peau se broyent avec facilité.

On les fait même danser au son du violon ; ils font leur ouvrage plus gaîment et plus vite.

Après avoir sauté et dansé pendant six ou huit minutes sur la vendange, on la relève pour la laisser s’égoutter ; et ce n’est que lorsqu’elle ne rend plus de moût que l’on recommence, quatre ou cinq foulées de cette façon sont nécessaires pour que tout soit foulé convenablement. »

 

Ensuite on entre dans la technique : les méthodes de foulage, avant la mise en cuve et en cours de fermentation… puis les outils de foulage qui se substituèrent aux pieds… et comme votre Taulier ne trouve pas ça très naturel toutes ces machines  il se garde bien de vous en parler.

 

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11 février 2013 1 11 /02 /février /2013 00:09

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Si vous souhaitez aller à l’essentiel soit l’interview d’Olivier Grosjean de la bande des 5 à propos du bouquin Tronches de vin qu’ils viennent de pondre, sautez à pieds-joints au-dessus des deux paragraphes qui suivent où le Taulier, comme à l’accoutumé, s’épanche.

                               

                                                [PARTIE FACULTATIVE]

                  Le petit couplet du Taulier

 Le culte de l’amitié, fut la marque de fabrique des meilleurs films de Claude Sautet : Les choses de la vie, Max et les ferrailleurs, César et Rosalie, Vincent, François, Paul... et les autres, Mado… Sautet a offert à Romy Schneider, Yves Montand, Michel Piccoli, Serge Reggiani, Bernard Fresson… et quelques autres de très beaux rôles. Alors, sans nostalgie aucune, et même si c’est une période bien lointaine pour les plus jeunes tronches de vin, j’ai envie d’évoquer, à propos de l’amitié que je porte à Olivier, Antonin, Guillaume, Philippe et Eva, ces années 70, le ressac des élans et débordements de 68, le temps des pantalons pat d’eph, des cols pelle à tarte, des gros nœuds de cravates, des Renault Gordini, des virées entre copains, des bars où l’on refaisait le monde, des boîtes où l’on s’enfilait des baby, nos amours et nos désamours… les choses de la vie avec des gens vrais, si humains, si vivants…


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Tout ça pour vous dire, qu’Olivier, Antonin, Guillaume, Philippe et Eva, oui, je les aime bien, pour de vrai ! Bien sûr, je suis plus proches des parisiens, les rats des villes, les petits jeunes, Eva, Antonin et Guillaume, et avec eux, sans faire le jeune homme, je ne me sens pas tout à fait vieux. Ils sont ma jouvence. Du côté des rats des champs, un peu plus chenus, Olivier dans son lointain Jura, dont je connais mieux les fruitières que les vins, est pour moi une vraie référence, de ceux qui m’ont fait découvrir une nouvelle facette du vin et puis, pour la bonne bouche, reste Philippe, que je n’ai jamais rencontré, mais comme nous partageons le même terroir et qu’Eva m’a beaucoup parlé de lui, il est tout naturellement de mes amis.

                               

                                                        [PARTIE OBLIGATOIRE]

 

L’Annonce faites aux francs buveurs par Olivier Grosjean 

          

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« Si, aujourd’hui, les Tronches de vin se retrouvent dans les bacs, c’est grâce à Antonin. C’est lui qui les a entrevues le premier. Pour le Vindicateur, tout a commencé au cours d’une nuit passée sur son PC à tenter de persuader une bande de blogueurs à écrire un guide en papier, depuis leur lointaine campagne. Internet à l’assaut des librairies, avec un ton nouveau et une vraie liberté, des différences de style et une réelle indépendance, de quoi séduire des écrivins en culotte courte.


De la nécessité absolue d’associer à chaque vin une note chiffrée, Antonin s’est vite résigné, suite à de bons conseils, à abandonner toute notation, quelle qu’elle soit. De la volonté initiale d’écrire un véritable guide concurrentiel des guides existants, sans doute inspirée de ce qu’il a fait pour Vindicateur, Antonin s’est vite résolu, suite à de bons conseils, à adopter la notion d’anti guide alternatif, avec un travail moins exhaustif, mais plus en profondeur. Finalement, il faut croire qu’il a été plutôt bien conseillé. Mais, force est de reconnaître que Tronches de vin doit quand même beaucoup à sa pugnacité vindicative.


Après une première mouture, avec un collectif différent et élargi (donc plus disparate, sans doute trop éclectique et pas facile à canaliser), avortée suite à un lâchage intempestif par un éditeur sans expérience dans le domaine du vin, ayant certainement eu plus grands yeux éditoriaux que grand ventre commercial, le collectif a redémarré en se recentrant sur l’essentiel, à savoir une envie de parler de vins et de vignerons regardant dans la même direction. Avec toujours une approche de blogueurs, mais en s’éparpillant moins, en gardant chacun notre style tout en s’accordant mieux sur le fond. Aller voir un peu plus loin que le fond du verre, inciter à la rencontre de vignerons moins médiatisés, encourager la découverte de régions viticoles généralement délaissées (pour ne pas dire méprisées) par la critique institutionnelle, bref, parler du vin autrement, tout cela est rapidement devenu notre credo.


Et si nous sommes repartis de plus belle, c’est grâce à un nouvel éditeur, Jean-Paul Rocher, très impliqué dans le monde du vin, qui a cru au projet et l’a soutenu jusqu’à son dernier souffle. Malade, il nous a malheureusement quitté avant la fin de l’aventure, ce qui fut à l’origine d’une nouvelle péripétie dont nous nous serions bien passés. Nous lui devons néanmoins beaucoup. Tronches de vin lui est spécialement dédié.


Rien de bien révolutionnaire dans Tronches de vin, finalement. Il y a les Carnets de vigne de Sylvie Augereau, qui nous ont grandement inspiré par leur approche, et puis l’Alter-vin, qui nous a grillé sur la date de sortie, un ouvrage « collègue » qui permet d’enfoncer un peu le clou du vin équitable. Nous avions simplement une envie forte de nous lancer dans une prolongation papier du web, susceptible de toucher un public différent, tout en gardant à l’esprit ce qui fait l’essence-même de nos blogs respectifs : une approche du vin bien ancrée dans la réalité vigneronne, le plus souvent via des pratiques biologiques, biodynamiques ou naturelles, parce que les vins qui en sont issus correspondent à une belle éthique et à nos goûts. Des pratiques que certains œnologiques bien-pensants n’hésitent pas à qualifier d’imposture, on se demande bien pourquoi. La véritable imposture, ce sont finalement eux, ces pseudo-critiques qui s’approprient le droit de juger avec souveraineté, alors qu’ils ne vivent finalement que du commerce du vin standardisé qu’ils défendent. Ras le bol de se faire dicter ce qui est bon par des palais formatés à la technologie et par les annonceurs ! Nous, nous n’avons rien à vendre. On goûte, on boit, c’est bon, on aime, on encourage, on partage. Du plaisir à l’état pur.


Revenir aux fondamentaux, sortir le vin des caddies et des linéaires de la grande distribution et se concentrer sur l’essentiel : un travail respectueux du vin et de l’environnement, du cep au verre, qui ne lèse ni le vigneron, ni le revendeur, ni le consommateur. C’est ça, la foi qui nous anime !


Et nous devons désormais convaincre un monde incrédule qu’une nouvelle ère de la critique vinique vient de commencer ! »

 

Allez  donc voir les TRONCHES DE VIN ICI link 

 

TRONCHES DE VIN  sort en librairie le 15 mars 2013

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10 février 2013 7 10 /02 /février /2013 00:09

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Cette affaire est un réel problème systémique : est en cause l'organisation et les pratiques de certains groupes de l'industrie alimentaire qui ne font plus le travail eux-mêmes en fractionnant les interventions ce qui induit des sous-traitants à tellement de niveaux différents que les responsabilités se diluent et que ça ouvre la porte à la fraude. L’analyse de José Bové ci-dessous est pertinente.


Le petit peuple des consommateurs pousseurs de caddies, abreuvé d’une publicité débile : exemple celle que débite à la radio pour Leclerc un couple stupide sur les promos en tout genre, de quoi nourrir un régiment, adeptes des coupons, des bons de réduction, bardé de sa carte de fidélité, va-t-il commencer à s’inquiéter de ce que l’on lui fait ingurgiter. Bien sûr, il ne s’agit pas de mettre tout le monde dans le même sac mais tout de même à force de faire du fric sur le dos du consommateur en vendant soi-disant moins cher que moins cher nos distributeurs devraient être un peu plus exigeant sur ce qu’ils mettent en rayon. Le déguste-t-il au moins ?


Bref, je ne suis pas très expert puisque je n’achète jamais ni surgelés, ni plats préparés, mais qu’on ne vienne pas me dire que c’est parce que j’ai les moyens de m’acheter des produits frais que je cuisine moi-même. C’est trop simple. L’observation du contenu des caddies montre à l’évidence que la grosse bouffe est le fait de toutes les catégories sociales qui privilégient d’autres postes au détriment du poste alimentaire. Ça m’évoque un vendeur de journaux pour SDF que je croise à l’aller en train de téléphoner avec un magnifique Smartphone et qui au retour ne tape pour que je lui refile une pièce pour manger.


Allez encore un petit effort : externalisons même notre « cuisine », délocalisons tous ces trucs qu’il faut éplucher, assembler, cuire, faisons faire par d’autres (beaucoup de soi-disant restaurants ne font même plus la cuisine mais réchauffent des aliments préparés en laboratoire) ce que nous pourrions faire en grande partie nous-mêmes et ensuite plaignons-nous, indignons-nous, exigeons des contrôles renforcés, de la traçabilité dans des circuits où ça équivaut à chercher une aiguille dans une botte de foin.


Et si nous en revenions à la fois à un peu plus de responsabilité et de simplicité. Merci, de cesser de nous casser les burettes avec la table gastronomique française inscrite du côté de l’UNESCO, préoccupons-nous vraiment de la vie de tous les jours mais je crois que c’est trop  demander à une majorité d’entre nous car, vous comprenez, s’ils faisaient la cuisine ils ne pourraient même plus Twitter ou se vautrer pendant des heures devant la télé.


Revenons à Findus, qui pèse 1,2 milliard d'euros de chiffre d'affaires et qui est entre les mains de fonds d'investissement, dont Lion Capital, depuis six mois, vendait des plats cuisinés au bœuf mais préparés... avec du cheval. Findus a trouvé de la viande de cheval dans des plats cuisinés étiquetés viande de bœuf, vendus en France, au Royaume-Uni et en Suède. Dans ses lasagnes, il y avait entre 60 % et 100 % de viande équine. Findus a annoncé qu'il retirait temporairement des rayons français trois gammes de produits, les lasagnes bolognaises, le hachis Parmentier et la moussaka.


1-             FINDUS ne fabrique pas ce qu’il dit cuisiner : il sous-traite à un sous-traitant français, l'entreprise Comigel, fabriquant de plats surgelés, basée à Metz mais dont l'usine est au Luxembourg. Il travaille pour une floppée d’autres marques, ainsi de la viande de a été trouvée dans les produits des supermarchés Aldi.


2-            Comigel a indiqué que la viande incriminée venait d'un fournisseur français, la société Spanghero, qui elle-même se fournissait en Roumanie.


3-            «Le fournisseur de l'usine luxembourgeoise est le groupe français Poujol». Il s'agit de la holding chapeautant la société Spanghero. Poujol « a acquis la viande surgelée auprès d'un trader chypriote, qui avait sous-traité la commande à un trader basé aux Pays-Bas, ce dernier s'étant fourni auprès d'un abattoir et d'un atelier de découpe situés en Roumanie».


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4-            Tout ce beau monde se défausse : le directeur général de Findus France Matthieu Lambeaux « On nous certifiait avoir de la viande de bœuf française dans nos recettes. En réalité, on nous a fourni de la viande de cheval roumaine» Barthélémy Aguerre, président de Spanghero «La société Spanghero, dans le cadre de son activité négoce, précise avoir acheté puis revendu en l'état des produits étiquetés 'minerai de bœuf désossé surgelé UE (origine Roumanie)»


5-            Tout le monde porte plainte Findus France «Il y a deux victimes dans cette affaire: Findus et le consommateur. Nous porterons plainte contre X dès lundi». L’importateur Spanghero «Nous avons acheté de la viande de bœuf origine Europe et nous l'avons revendue. S'il s'agissait bien de cheval, nous allons nous retourner contre le fournisseur roumain»


6-            les Roumains n'entendent pas se laisser faire. Sorin Minea, le président de l'association Romalimenta qui regroupe les patrons roumains de l'alimentaire, le fournisseur français ne pouvait pas ignorer qu'il s'agissait de viande chevaline. « Je suis sûr que l'importateur savait que ce n'est pas du bœuf, car le cheval a un goût, une couleur et une texture particuliers». Il existe en Roumanie trois abattoirs qui abattent des chevaux et exportent la viande vers des pays de l'Union européenne, notamment la France et l'Italie. «C'est une opération légale qui se fait selon les normes en vigueur», a souligné le sieur Minea.


7-            Est-ce une simple fraude ou un problème de santé publique ? Les autorités sanitaires, comme toujours, se veulent rassurantes, affirmant qu'il n'y a pas de risque pour la santé. Cependant la Food Standard Authority (FSA), mène des tests pour vérifier qu'il n'y a pas de phénylbutazone, un analgésique utilisé par les vétérinaires et qui peut être dangereux pour la santé humaine. Pour Andy Bowles, qui dirige ABC Food Safety, une entreprise qui forme les inspecteurs sanitaires outre-Manche, ce n'est guère rassurant : « On nous dit qu'il s'agissait d'une fraude. Qu'est-ce qui nous prouve que ces animaux ont été abattus selon les procédures ? Que les normes sanitaires ont été respectées ? Pour l'instant, on ne sait pas. Mon instinct me dit qu'on va trouver autre chose. »


8-           Hormis que manger du cheval au RU est tabou, c'est le troisième cas depuis la mi-janvier. Les autorités sanitaires irlandaises ont, les premières, détectée jusqu'à 30 % de cheval dans des steaks hachés vendus dans les supermarchés Tesco, Aldi et Lidl. L'origine de la viande a été localisée en Pologne. Puis de l'ADN de porc a été trouvé sur des produits étiquetés halal dans une prison anglaise.


9-            José Bové ne croit pas de son côté à une erreur de gestion des viandes. Pour lui, il s'agit bel et bien d'une fraude à grande échelle. Il a d'ailleurs demandé samedi l'ouverture d'une enquête européenne sur la fraude à la viande de cheval, et estimé qu'elle pouvait s'expliquer par l'effondrement du cours de cette viande en Roumanie et le choix d'une alimentation à bas prix. «C'est clair, il va falloir qu'il y ait une enquête dans chaque pays mais il faut qu'on aille beaucoup plus loin. Il faut une enquête européenne de l'Olaf, le service anti-fraude de l'Union européenne, sur cette affaire. Certains ont-ils voulu acheter de la viande pas chère parce que les prix de la viande de cheval se sont effondrés et que cela permettait peut-être de faire un bon coup financier sur le dos des consommateurs. Je ne crois pas du tout dans ce cas de figure qu'on soit sur une erreur, puisqu'on retrouve ça en grande quantité en Grande-Bretagne, en Irlande, en Suède visiblement. Il y a quelque chose qui est orchestré» et le «mode d'alimentation par la grande surface et les plats tous faits permet facilement de maquiller ce genre de business».


10-      Benoît Hamon a dénoncé cette architecture qui «relève avant tout d'une logique financière qui aurait rapporté plus de 300 000 euros».


11-       Findus ne possède qu'une usine en France à Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais) pour les plats à base de poissons surgelés.


12-       «Les enseignes de la Fédération du Commerce et de la Distribution (FCD) ont retiré de leurs magasins les produits, identifiés par leurs fournisseurs Findus et Comigel, faisant l'objet d'une non-conformité d'étiquetage quant à la nature de la viande. Ces produits ne sont plus dans les rayons des magasins, à ce jour. Les enseignes suivent avec la plus grande attention les investigations menées par leurs fournisseurs et attendent les résultats des enquêtes menées par les pouvoirs publics».


13-      Picard, a également retiré mercredi deux lots de lasagnes bolognaises et a entamé des analyses pour déterminer s'ils contenaient de la viande de cheval en lieu et place de bœuf, comme pour des produits similaires commercialisés par Findus.


14-      , Alain Bazot président de UFC-Que choisir «Là on a vraiment la convergence de problèmes sur l’information que l’on donne au consommateur, le contrôle que l’on effectue et sur le fait de savoir qui contrôle. Pour M. Bazot toute l’affaire vient d’une dégradation du contrôle public. «Il y en a assez de cette tendance au désengagement de contrôle des autorités publiques et à confier aux professionnels la maîtrise du contrôle. On le voit bien en France, les effectifs des services vétérinaires ne cessent de diminue. Cela fait plusieurs années que l’on tend à s’aligner sur la logique américaine qui consiste en matière d’hygiène à ne pas suivre les différentes étapes des produits alimentaires et en particulier les viandes et de passer à la fin au karcher, à l’eau de javel, tous les produits alimentaires ». Un expert surenchérit « Les contrôles de l’administration sont relativement rares, une fois tous les deux, trois ans ou sur alerte, ce n’est pas ça qui permet d’assurer que le système de qualité et de traçabilité est au point»


15-      Je persiste et je signe : mangeons simple, revenons aux aliments de base qui ne sont pas forcément les plus couteux et les plus difficiles à préparer. En n’achetant plus de produits FINDUS vous ne casserez pas beaucoup d’emplois en France.

 

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1- Une boite de lasagne «au boeuf» vendue en Grande-Bretagne. (photo Chris Helgren. Reuters)

2- La composition des lasagnes Findus vendues au Royaume-Uni, le 8 février 2013 (Photo Andrew Yates. AFP)

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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 00:09

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Cette chronique est un appel urgent pour mettre en avant le seul antidépresseur qui vaille : le vin, tranquille ou pétillant ! Mobilisez-vous ! Signé : Furax, pardon le Secrétaire Perpétuel autoproclamé de l’ABV.

 

L’évènement est proposé et produit par Raphaël Mezrahi l’interviewer décalé, bafouillant, jouant le rôle d'Hugues Delatte, un jeune journaliste dépassé, avec des questions et une l'attitude hors de propos (à l'image de l'interview de Françoise Sagan par Pierre Desproges). Il se déroulera le lundi 18 février 2013 à 20h00 aux Folies Bergères.

Troyen d’adoption, c’est-à-dire habitant de la ville de TROYES dans l’Aube, ville du sémillant François Baroin, chef-lieu d’un département longtemps considéré  par les seigneurs du champagne comme un sujet délicat. Jean-Paul Kauffmann, avec humour, le souligne « le négoce marnais a un peu honte de l’Aube mais il ne peut s’en passer. Sur une carte viticole de la Champagne, le vignoble aubois est toujours hors échelle, encadrée dans un coin comme la Corse par rapport à l’Hexagone. »


L’Aube, la Corse du champagne, ça devrait plaire au Gai Luron Mezrahi. C’eut été beau que les déprimés de tous poils, de toute obédience, sexe et origine, puisse troquer leurs antidépresseurs pour une flute de Champagne aubois. Y’en a tant de bon. Vite, faites des suggestions à Mezrahi pour que lundi nous passions à l’acte en faisant œuvre bienfaitrice pour la santé morale de nos concitoyens déprimés.


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Que dit Raphaël Mezrahi de sa première nuit de la déprime ?


Il serait formidable et drôle, de réunir  pour un moment unique sur un même plateau tous ceux qui nous ont fait pleurer (pour mieux nous consoler) non ! Alors, j’ai demandé à mes amis artistes de participer à cette soirée décalée élégante et quand même rigolote en guise de pied de nez à la morosité ambiante, en nous interprétant leurs chansons les plus tristes et les plus émouvantes !


Quel bonheur ! Tous réunis pour la première fois sur une scène! Eh bien résultat :


Hugues Aufray accepte de nous chanter (Stewball et Céline), Carole Arnaud(c’est pas facile), Christophe ( les mots bleus ), JL Lahais (le monde est gris le monde est bleu) Véronique Sanson , Phil Barney, Gérard Lenormand, Nicolas Peyrac (Marie L’inexorable (c’est énorme !)), Nolwenn Leroy, Catherine Lara, Alain Chamfort(Manureva) Michel Jonasz (odeurs d’éther et les vacances au bord de la mer), Laurent Gerra (l’italien de Serge Reggiani),Daniel Guichard(Mon vieux et faut pas pleurer comme ça !) Nicoletta (il est mort le soleil), Alice Dona(je suis malade), Jean François Zygel au piano nous jouera entre autre le concerto brandebourgeois de JC Bach et la marseillaise en mineur pour les équipes qui ont perdu, Francis Lalane « fermera le bal » en nous interprétant le meilleur des chanteurs disparus, Pierre Palmade, Sylvie Testud, François Morel, et Mathilde Seigner ponctueront la soirée en nous lisant des textes d’auteurs de leur choix…  Beaucoup de messages vidéo « de soutient » d’artistes internationaux  seront projetés J’attends encore beaucoup d’autres réponses.


Cet événement se déroulera le Lundi 18 Février aux Folies Bergères Le jour de la saint Bernadette Soubirous  avec comme parrain Woody Allen (je l'espère) de toutes façons je connais bien Renaud. »


Dernière nouvelle selon l’Indépendant de Perpignan Dani est programmée alors notre Léon pourrait se pointer avec sa Loute !

 


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6 février 2013 3 06 /02 /février /2013 00:09

Dans ma chronique « Le propre et le sale, la nature et l’artifice… » je plaidais pour un cessez-le-feu généralisé entre les parties. Que tout le monde sorte de sa casemate, grande ou petite, cesse de se balancer des horreurs à la gueule, se respecte a minima, ne se drape pas dans sa dignité outragée, afin d’avancer vers une viticulture de plus en plus propre, des vins dénués d’artifices, des vins sains, des vins simples, authentiques, sympathiques…


Pierre Guigui est un homme de paix, convivial, engagé et sincère, un bon vivant, dont les combats sont les miens : n’ai-je point écrit en 2001 « sous les grandes ombrelles de nos appellations se cachent des vins indignes… » et placé le respect de l’environnement comme la première priorité de notre viticulture. C’est donc avec un  réel plaisir que je l’accueille pour qu’il puisse rétablir sa vérité quelque peu galvaudée sur les ondes par un chroniqueur en mal de notoriété mais pas de goujaterie. 

 cercle des degustateurs

 

Dans l'émission « On va déguster » du dimanche 3 février 2013 Dominique Hutin se prend les pieds dans le tapis : manque de véracité, d’exactitude, déformation des faits, interprétations non fondées de mes propos.


En effet Dominique Hutin entre ainsi dans le vif du sujet : « A l’heure où je vous parle... il n’est plus possible de risquer un clic sur internet sans devoir redouter l’invective, l’uppercut dès lors que l’on parle de vins bio » …. Il cite des chroniques de Michel Bettane (dont celle-ci link ) et en profite pour lui mettre une rincée.


François-Régis Gaudry : « Est ce qu’il y a des gens qui ont contesté ces positions, qui ont allumé un contre feu. »


Dominique Hutin : « Il y a un convaincu des vertus des vins bio, c’est Pierre Guigui… qui entre dans la danse et s’insurge »


Première assertion erronée, car si Dominique Hutin avait réellement lu ma chronique il aurait remarqué que je n’ai ni contesté, ni me suis insurgé contre les propos de Michel Bettane. C’est donc pure invention, interprétation, désinformation.


Pour rappel dans la chronique dont il parle link  je développais trois points :


1) la pollution des sols, Michel Bettane n’en parle pas,


2) le bilan carbone, il n’en parle pas non plus,


3) Dominique Hutin dit que je compare la production conventionnelle avec les vins bio. Erreur, amalgame (a-t-il vraiment lu mon texte ?) puisque je compare la production conventionnelle avec les vins nature. Sur ce point précis, encore une fois Michel Bettane ne parle pas de cette comparaison mais uniquement de la qualité des vins bio et nature.


Parlons de sa « critique » à mon égard au sujet du nombre de vins peu recommandables en France. Tout expert en vins dégustant plusieurs milliers de vins par an sait que dans un concours seul 25 à 30 % sont considérés comme étant de belle qualité et qu’un guide (Bettane & Dessauve, RVF, Gault & Millau) ne sélectionne que 1500 domaines environs (sur 85 000 existants). Quel que soit le % de vins peu recommandables, l’idée reste que les problématiques de qualité des vins en France ne résident pas dans la poignée de vins nature. Mais il est plus facile de s’arrêter à la lettre pour ne pas parler de l’esprit.


Revenons à la chronique de Dominique Hutin, suite à cela il tacle Périco Légasse, le traitant d’incompétent (peut-on avoir un avis différent sans se faire insulter ?) et se gorge de sarcasmes méprisants au sujet de Jean Pierre Coffe : « Il sucre des fraises dans l’émission de Drucker… ha il n’est plus dans l’émission, alors il sucre encore plus les fraises ». C’est peut être au final le commentaire le plus indécent de sa chronique.


Il continue : «  Tout laisse à penser que cette débauche d’énergie est liée au fait que tous ont des positions médiatiques à défendre et accessoirement des guides à vendre »


Quand un journaliste parle de ce qui relève de sa spécialité c’est tout simplement et en tout premier lieu parce que c’est son métier.


Il termine sa chronique par « il ne faut pas insulter l’avenir et encore moins ceux qui sont dans le camp de l’autre »


Oui cessons d’insulter ceux du camp d’en face… je suis d'accord.

 

On va déguster par François-Régis Gaudry le dimanche de 11h à 12 l'émission du dimanche 3 février 2013 link

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5 février 2013 2 05 /02 /février /2013 00:09

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Les chefs de cave ont la cote en Champagne, y’en a même un qui m’écrit des lettres bien tournées si bien qu’au début j’en étais flatté jusqu’au jour où je me suis aperçu que certains de mes petits camarades les publiaient telles quelles. Je connais mal la Champagne vu que, lorsque je tenais les manettes, je mettais systématiquement le cap vers le Sud, là où se situaient les emmerdements. À l’est la seule Champagne qui me préoccupait, c’était Champagne des céréales, donc toute mon éducation en effervescence restait à faire et comme je ne suis pas très doué, genre ignare qui fait genre, le recours aux lumières de chefs de cave s’imposait. J’en ai fait part à un vieil ami de Rocardie, dont je tairais le nom afin de ne pas le compromettre, et il me fit préparer une petite expédition dans deux grandes maisons, filles de son grand groupe. Je n’en dirai pas plus.


Au petit matin direction Reims, 40 mn en TGV, et je trouvais le moyen de retrouver un ancien du 78 rue de Varenne, devenu préfet avec qui j’avais bien aimé travailler. Comme je fais dans le mystère je tairais aussi son nom car son frère fut Ministre de la Défense. Nous avons pris un café. La gare Champagne-Ardenne était ventée mais je ne me suis pas envolé. La grande maison, en pleine ville, a des allures de village-rue. Il y a le dessus mais surtout le dessous : vaste réseau souterrain où les flacons « mûrissent ».


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Première station : dégustation de vins clairs avec le chef de cave de cette grande maison. Un détail, en attendant le départ du TGV j’avais eu le temps de lire les pages 71 à 75 du petit opus de JP Kauffmann Voyage en Champagne. Le chef de cave de l’époque de cette grande maison où j’allais lui confiais « Le chardonnay de Cramant, c’est une belle princesse un peu folle, elle déborde de dons. Le chardonnay d’Avize, c’est sa demoiselle d’honneur, c’est une personnalité sérieuse, ferme et raisonnable. Verzenay c’est l’exubérance et la force, le muscle en quelque sorte qui vient corriger Aÿ. Le pinot noir d’Aÿ est plus fondant, il arrondit les angles. Aÿ est le trait d’union entre la fougue des noirs et l’orgueil des blancs ».


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L’assemblage : vaste programme ! Je fus un élève sérieux. J’ai même pris des notes, goûté aussi. Le professeur Pitte, grand érudit, le souligne avec sa classe habituelle « Le champagne c’est l’assemblage des cépages – les trois grands sont le chardonnay, le pinot noir et le pinot meunier, et aussi l’assemblage de crus, de villages et de parcelles, de façon à obtenir un équilibre. Car le champagne provient d’une région où il fait froid tôt à l’automne et où le printemps est tardif. . Il est né pendant le petit âge glaciaire (entre 1400 et 1850 environ, caractérisé par des températures moyennes plus fraîches, avec des répercussions sur la vigne), à une époque où le raisin mûrissait difficilement. »


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Ainsi j’ai effleuré l’art de l’assemblage sur une paillasse de laboratoire. Ensuite, nous avons déjeuné et on m’a fait sabrer le champagne. Même que votre Taulier a été pris en photo mais cette fois-ci vous ne retrouverez pas le cliché sur Face de Bouc. Après le café direction Épernay « au cœur du vignoble qui la cerne de toute parts et lui interdit de s’étendre, la ville assoupie au creux de la Marne est bien la principauté du champagne. » écrit JPK. Nous empruntons l’avenue de Champagne, récemment relookée, « autrefois avenue de la Folie, où l’aristocratie du bouchon à pignon sur rue. » L’avenue la plus buvable du monde selon Winston Churchill grand amateur de Pol Roger ; « à sa mort, en 1965, la maison imprima un liseré noir sur les étiquettes à destinées à l’Angleterre. »


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On me pose dans une charmante maison bourgeoise. Je mitraille. J’oubliais, avant de partir de Reims j’ai visité la chapelle Notre-Dame de la Paix dite la chapelle Foujita le peintre japonais converti au catholicisme en 1959. Avec son parrain René Lalou il décide de faire élever une chapelle de style roman dédiée à la Vierge. Il en conçoit les plans et toute la décoration : 200 m2 de fresques, technique qu’il aborde pour la première fois. Simplicité et richesse du coeur, Foujita ne cède pas à la mode, il reste  lui-même. Émouvant.


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Moi qui suis chineur, j’admire le mobilier Belle Époque de la résidence où je vais dormir. Mais l’heure n’est pas à buller mais à comprendre les bulles. Tout de même j’ai une pensée pour Bernard Stasi qui fut maire d’Épernay de 1970 à 2000. Souvenir d’un voyage à la Réunion pour y accueillir le Pape Jean-Paul II avec lui et son épouse qui accompagnaient, avec d’autres élus, Michel Rocard. Le 6 février 1986, à l'occasion d'un débat avec Jean-Marie Le Pen sur France-Inter, il lui lance : « Je n’ai pas les mêmes convictions que vous ». Celui-ci lui répond: « C’est un peu normal, puisque vous êtes fils d’immigré et vous n’avez été français qu’à l’âge de dix-huit ans ». Stasi réplique aussitôt: « Vous avez le culot de me dire qu’en tant que fils d’étranger je n’aurais pas le droit de faire de la politique ? », Le Pen conclut « Je crois que c’est une question de bon goût ».  Après la chute de mur de Berlin, Jean-Marie Le Pen revint à la charge : « Quand on s’appelle Stasi, on fait comme le parti communiste, on change de nom ».

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Rassurez-vous je reviens au champagne. Le chef de cave de cette illustre maison est un homme charmant, discret, précis. Nous dégustons toutes les cuvées de la maison. Je lui avoue ma méconnaissance des champagnes de sa maison, ils sont d’une belle et grande finesse, peu agressif, droit, aux bulles fines. Les bulles, les bulles, toujours les bulles… j’y reviens car dans son émission Concordance des temps de 11-12h Jean-Noël Jeanneney sur France-Culture, le 31 décembre 2012, Champagne, ce soir et toujours ,link s’étonnait que des scientifiques aient dénombrés j’ignore comment, avouait-il jusqu’à deux millions de bulles dans un verre de champagne.


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Moi lorsque j’entends causer de millions de bulles je sors mon Gérard Liger-Belair, le physicien qui pétille :


« Le cœur du champagne, c'est la bulle » proclame-t-il !


Ce spécialiste mondial de l’effervescence qui officie à l’Université de Reims ose affirmer que sans bulles le champagne ne serait pas un très bon vin. Il suffit de goûter les vins clairs pour le vérifier.


« Les bulles vont sculpter la « sensation » du vin - trop de bulles est désagréable, trop peu décevant - et ce sont elles qui vont activer les récepteurs de dioxyde de carbone (CO2) sur la langue qui vont envoyer de très légers signaux d'excitation au cerveau. »


Avec lui GLB c’est la BVG : la bulle à grande vitesse qui va éclater à la surface du champagne en un « jet de Worthington », exploser, creuser un petit cratère « qui va se refermer en éjectant un filet de liquide, et ce filet de liquide va se casser en gouttelettes » Ainsi GLB avec son équipe a calculé « combien de gouttelettes par bulle, jusqu'où elles remontent - jusqu'à une dizaine de centimètres -, quelle est la quantité de liquide qui va s'évaporer, le rôle de la bulle comme exhausteur d'arôme »


Si vous voulez en savoir plus lisez  Voyage au cœur d'une bulle de champagne de Gérard Liger-Belair  et de Guillaume Polidori chez Odile Jacob 30€


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Reste une importante question pour les profanes : « Faut-il boire le champagne dans une « flûte », ou une « coupe » ?


Réponse scientifique « Une chromatographie en phase gazeuse a ainsi montré qu'une coupe perd son CO2 au moins un tiers de fois plus vite que la flûte. Donc, sauf à boire très rapidement, la précieuse effervescence est perdue. »


Réponse esthétique « Je crois. Il est plus judicieux de boire le champagne dans des flûtes plutôt que dans des coupes. Pour l'aspect visuel d'abord : la beauté des bulles et de leur trajet est plus visible. Pour les arômes ensuite : la grande surface de la coupe fait que les arômes sont dilués alors que dans la flûte ils sont concentrés. »


Conseil : «  Il faut aussi verser le champagne en inclinant la coupe. Je me suis fait taper sur les doigts en affirmant cela, mais c'est un fait scientifique ! Quand vous versez une boisson gazeuse dans un verre incliné les turbulences sont réduites et le liquide libère beaucoup moins vite son CO2. C'est un effet mécanique : vous gagnez de l'effervescence en servant le champagne comme une bière. »


Enfin sachez que :


1-« moins il y a de gaz, plus les bulles vont être petites »


2- le panache qui se forme quand on ouvre une bouteille de champagne n’est pas composé de gaz carbonique. Il est formé d'eau et d'éthanol. « C'est un phénomène identique à la vapeur d'eau qui se condense pour former les nuages. A l'ouverture de la bouteille, la décompression du gaz dans le col fait baisser la température et forme ce mini-nuage. »


3- « il n'y a aucune corrélation scientifique entre la finesse des bulles d'un champagne et ses qualités aromatiques et gustatives. De même, on ne peut pas reconnaître un champagne à la régularité de son effervescence. C'est une légende urbaine car ça n'a aucun sens en mécanique des fluides. »


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J’ai bien dormi dans monGuimard. Me suis levé au petit matin. Me suis douché. J’ai un petit-déjeuner et suis parti à pied à la gare d’Épernay qui est tout près. Suis monté dans l’Intercités qui venait de Châlons-en-Champagne. En 1h 20 nous rejoignions la gare de l’Est sous un ciel bas et gris. Avant d’arriver j’ai de nouveau feuilleté mon JPK qui dans son avant-dernière page qu’il a écrit en septembre 2011 notait « quand on songe que l’effervescence est provoquée dans une flute par des fibres de cellulose laissées par le torchon utilisé pour essuyer le verre après  lavage, il y a de quoi être émerveillé par le miracle champenois… le physicien Gérard Liger-Belair a démontré que les bulles naissent à partir d’impuretés ou de légères imperfections à la surface du verre. Une flûte idéalement rincée, exemplairement lisse ne produirait aucune effervescence. »


Comme je suis taquin, chers amis tendance nature et tout et tout, avant de servir un champagne bio assurez-vous que le torchon qui vous sert à essuyer vos flutes est en coton bio sinon le statut de l’effervescence en serait troublé. Désolé ! Merci aux deux chefs de cave de leur patience, de leur compétence discrète, il ne me reste plus, si d’aventure je progressais dans l’art de l’effervescence, à me lancer dans une belle tournée, une grande campagne dans le style de celles qu’entame chaque année notre Jacques Dupont au pays du champagne, des champagnes. Pour l’heure je me sens encore un peu trop tendu pour accomplir cette tâche et je risquerais de me perdre corps et biens.


Je m’étais lancé un petit défi avant de rédiger cette chronique : lequel à votre avis ?


A bientôt donc… et merci à Jean-Paul Kauffmann pour son aide précieuse… au Pr Pitte et à France-Culture qui m’a permis d’accoucher de cette mystérieuse petite chronique.

 

Humphrey Bogart et Ingrid Bergman dans un film devenu culte de Michael Curtis 1943 : lequel et quelle marque de champagne ?

 

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4 février 2013 1 04 /02 /février /2013 00:09

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« La municipalité de Dijon vient de sacrifier la moitié de sa cave à vin ! La ville a ainsi vendu aux enchères 3.500 bouteilles de crus de Bourgogne, ce qui lui a permis d'engranger 150.000 euros. Cette somme a été versée au profit du Centre communal d'action sociale pour des aides d'urgence aux plus démunis... Très médiatisée, l'opération était orchestrée par le sénateur-maire (PS) de la ville, François Rebsamen, qui a assuré qu'on « n'a pas besoin de ça pour le budget de la ville, mais je trouvais que ça faisait une belle opération ! »... De fait, il s'agissait surtout d'une « opération de communication pour rappeler que Dijon est une ville de vins », a-t-il précisé.


« Les controverses qui conduisirent au refus définitif de classer le Dijonnais viticole n’ont probablement guère ému l’opinion de la capitale de la Bourgogne qui voulait tirer un trait définitif sur un passé viticole pourtant prestigieux qui ne l’intéressait guère. En adoptant l’attitude qui fut toujours la sienne depuis lors, d’un véritable « déni œnologique » face à la Côte vineuse, elle signifiait qu’au rebours de ce qui s’est fait à Reims et surtout à Bordeaux, elle voulait couper les ponts avec une tradition mondiale de la Province dont elle était la capitale […]


« quand fut votée entre les deux guerres la loi des appellations, le fait accompli de la disparition du Dijonnais fut entériné par les décrets de délimitation. Au moment de la mise en vigueur de la loi des appellations, l’existence d’une communauté vigneronne active et sûre de ses droits était le préalable indispensable à toute demande de protection légale. Quand elle n’existait plus, en conséquence d’une totale décadence, les revendications cadastrales n’étant plus portées par personne étaient purement et simplement annulées. C’est ainsi que le clos de Chenôve cessa à cette époque d’être un vignoble illustre… pour devenir un terrain à bâtir. L’amoindrissement, puis la disparition totale des superficies plantées en vignes fines au nord de la Côte, est l’illustration d’une décadence « objective », au sens que nous avons donné à ce mot. Plus rien ne subsiste à Dijon, à Chenôve des traditions anciennes qui donnaient au Dijonnais une physionomie vigneronne aussi marquée que celle des autres villages de la Côte. L’extinction totale du vignoble est expliquée a posteriori par une fatalité qui semble irrésistible. Il est entendu que la corruption de la grande ville et la tentation des vignerons pour les profits immédiats du vin commun, ont conduit ici à l’éradication du pinot, remplacé par les espèces productives du gamet. Le grand chamboulement provoqué dans le vignoble français par l’arrivée des vins du Midi transportés par chemin de fer, puis la catastrophe du phylloxérique et enfin l’urbanisation diffuse, puis totale, de tous les terroirs viticoles s’imposent ici comme un principe explicatif sans réplique et nulle étude de ce passé si récent, ne laisse entrevoir qu’une issue différente eût été envisageable. »


Louis Latour La disparition définitive du Dijonnais, pages 767-768 dans Vin de Bourgogne Le parcours de la qualité aux éditions de l’Armançon.

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29 janvier 2013 2 29 /01 /janvier /2013 00:09

Si vous m’accordez un sou de confiance lisez cette belle chronique dont l’essentiel n’est pas de moi mais d’un ethnologue amateur de ma Vendée engloutie.


La locution du français familier « Ça durera moins longtemps que les contributions directes » est ici annexée pour signifier, dans la bouche des gens de mon pays, quand j’étais petit, que les foires de la Mothe-Achard, étaient aussi indestructibles que les fameuses contributions. Et pourtant, elles ont presque disparues tant elles sont réduites à la portion congrue comme l’écrit Henri-Pierre Troussicot « Utopie, espoirs déçus ?... La foire de La Mothe a toujours lieu le 1er jeudi du mois mais qu'en reste-t-il au regard des objectifs de 1967 ! Je ne vais pas tenter d'expliquer les causes de cette mutation. Elles sont multiples, c'était sans doute inéluctable et ce n'est pas l'important de ce texte témoignage. »


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Le texte témoignage dont il parle est celui de son père Alfred qui, en 1967, tentait de sauver les foires de Mothe. Mon annexion des contributions directes je l’ai faite à dessein car le grand Alfred qui s’enflammait pour la défense de la foire de la Mothe travaillait au Trésor Public, pour le Percepteur donc.


C’est donc un fragment de mon enfance de sauvageon du bocage qu’évoque Alfred Troussicot, conseiller municipal, tout comme mon père Arsène. Détail piquant, mon père, des années avant avait été l’un des rares élus sur la liste du maire inamovible (plus de 30 ans) Antoine Morrison de la Bassetière battu par Marthe Regnault (la sage-femme qui avait accouchée ma mère de ma pomme) alors qu’Alfred lui était sur la liste des opposants au châtelain du Plessis. Souvenir que le père Arsène avait fait, lors de cette élection, l’un des plus beau score individuel ce qui fit qu’il intégra de suite la nouvelle équipe pour s’occuper des travaux.


Enfin, sachez que mon père, est mort quelques heures après la clôture d’une foire de Mothe ou d’un marché car il y avait marché tous les vendredis, assis sur une botte de paille au bout du champ où l’une de ses moissonneuses-batteuses tournait. Le matin il avait promis à ma sainte mère de faire une halte chez le médecin mais, comme papa n’aimait guère attendre, et que son goût pour la médecine était proche du mien, il n’en fit rien. Belle et paisible mort, sourire aux lèvres mon père avec qui j’aimais tant discuter politique. J’étais le petit gars du père Arsène et j’en étais fier.

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LA MOTHE -ACHARD


« Vers la renaissance de ses foires »


Ainsi titrait une pleine page du quotidien « PRESSE-OCEAN » le 7 décembre 1967, il y a 45 ans...

 

Je vais m'en tenir à présenter les protagonistes de l'époque qui apparaissent dans cet article.

En premier lieu, bien sûr Albert Brianceau, maire de La Mothe-Achard qui rend hommage à la commune de Chauvigny, dans la Vienne qui avait reçu une délégation Mothaise pour exposer sa démarche de relance des foires qui semblait efficace. Il en profitait pour faire part des projets municipaux concernant l'implantation de pavillon H L M, la réserve d'une zone industrielle, la construction d'une nouvelle mairie, etc.


Bernard Mousseau, président du syndicat des commerçants se montrait volontariste pour faire revivre les foires et marchés de même que André Bernard président du syndicat local des exploitants agricoles.


Deux figures apparaissent en photo, celle du garde-champêtre, Raymond Mérieau qui ces jours-là avait un travail de mise en place souvent bien difficile à accomplir pour arriver à «contenter tout le monde». Aussi celle de Mme Deniot, placière au marché aux volailles, que l'on voit en photo en compagnie de Marie-Louise Bironneau de Villeneuve.


Vous me pardonnerez de faire une remarque personnelle à propos de celui que j'ai le mieux connu puisqu'il s'agit de mon père...


Je n'ai jamais compris pourquoi Alfred Troussicot, certes conseiller municipal, prit tellement à cœur et se soit pareillement investi dans cette relance des foires et marchés de La Mothe ? Une chose est certain, il n'y trouvait aucun « intérêt personnel ».

 

Il en était même tellement enthousiaste voire excité qu'il a été écrit à son propos : « cet animal, il ferait même vendre le coq de l'église « ...


Je crois malgré tout que son engagement avait un fond de nostalgie. L'article de presse consacre d'ailleurs un tiers de sa page au texte qu'il a écrit et qui s'intitule :


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« SI LES FOIRES D'ANTAN M'ETAIENT CONTEES »


En voici l'intégralité qui « balaie » près d'un siècle de foires de La Mothe.


63 DEBITS DE BOISSON


La Boule d'Or, Le Lion d'Or, Les amis réunis, à la descente des voyageurs, Le Bon Laboureur, Le bistrot du père la France, Le café du Commerce, puis chez le père Vallet, le père Fouquet, le père Cougnaud, toutes portes et devantures garnies d'une branche de houx ou de gui fleuri, ou bien au temps des vendanges, d'un pampre de vigne annonciateur du vin nouveau et puis l'hôtel du Commerce, l'hôtel de la Gare, le restaurant des passagers, tout cela vous accueillait à votre descente du train. Telle était l'arrivée d'un jour de foire de La Mothe au lendemain de la guerre 1914-1918.


Vous rendant ensuite sur la place de la mairie, mise à part celle-ci, et l'école, vous trouviez un café à toutes les portes. Il y en avait 17 autour du foirail. Chez certain, deux barriques ne suffisaient pas pour la journée et chez tel autre la moitié d'un veau donnait tout juste satisfaction aux affamés, sans parler des pâtés et autres charcuteries du cru.


Voilà, il y a 40 ans et quelques années, la physionomie d'une foire mensuelle dont beaucoup d'anciens se souviennent et encore et qu'on voudrait voir revivre.


Il y avait donc 63 débits et tous y trouvaient leur compte, car si l'on voyait le bétail sur le foirail, la discussion se faisait toujours dans un café. Bien sûr, à l'époque, la fiscalité, les charges n'étaient pas les mêmes, c'était le temps du petit profit et du gain de vieillesse amassé durant une existence. Les foires, les noces, étaient les grands jours de commerce pour les uns, de distraction pour les autres. On se rappelle encore d'un boucher bien connu, ami de tous, qui, le lendemain de son mariage, fit le tour des 63 établissements. C'était aussi la période où la viande de boucherie commençait à devenir plus courante sur les tables de milieux ruraux.


VOITURES à CHEVAUX, CHARRETTES à BŒUFS


Revenons à la gare au petit matin de cette foire. Les ballots des forains, les cages des volaillers et coquetiers, les balles des marchands de poissons venus de la côte, tout cela sortait des wagons. Rappelez-vous de Niace, de la Richer courant à patte (pieds nus), du père Meugnoune qui couchait dans le four à Busard, de Léon Bonnaud, tous ceux-là ne rechignaient pas à l'ouvrage pour ce travail de transbordement et la coutume voulait que le lendemain, ils viennent vider quelques verres mis de côté pour eux dans les débits proches.


Dans le même temps, convergeaient vers la ville les voitures à chevaux, les charrettes à bœufs chargées de volailles, de porcs, de paniers d'œufs et de beurre. Attachés  à l'attelage, vaches et veaux suivaient facilement. A moins que l'animal, « borgné », c'est-à-dire aveuglé par un sac ne se trouve dans le véhicule. Cahin-caha, ce cortège pénétrait dans le bourg, les femmes en coiffe, les hommes en gilet serré à manches de satinette, les enfants, à la culotte sous le genou, portant les paniers tressés garnis de « coins » de beurre ou tirant les cages aux quatre petites roulettes, dernier asile des poulets et canards. Tout cela avait quitté fermes, métairies et borderie à des heures très matinales et ne rentrerait qu'au soir.


Des troupeaux de bovins, robes rouges et hauts en cornes, faisant partie des « touches » d'Adrien Chaigne de Grosbreuil ou de Chusseau, complétaient encore cet encombrement pittoresque.


Il arrivait que le pont des Essais se révélât trop étroit sur la route de Nantes, à l'entrée du bourg, quand s'y présentaient les lots d'animaux amenés par les Goulpeau ou Troger du Précanteau ou, plus tard, par les Jourdain, Charrier, Thibaudeau, « Sicot » des Moulières et ce n'était pas rare qu'un animal épouvanté saute dans la « praille » en contrebas.


BLOUSES BLEUES ? FEUTRES NOIRS


Peu à peu, la cohue sur le foirail se faisait indescriptible. Blouses bleues, feutres noirs devenaient marée parmi le bétail meuglant.


On répartissait les animaux sur cette place en pente douce. Les laitières ici, près desquelles on appelait les « tireuses », femmes du pays qui assumaient la traite car la vache n'avait pas été « tirée » depuis la veille. Près de la mairie, c'étaient les grosses bêtes : les taureaux dans la partie ouest et les bœufs liés au joug sur la partie basse de l'esplanade. Des rassemblements plus importants se faisaient autour de bêtes splendides amenées par des exploitants réputés ; Ravon ou Berthomeau, par exemple qui poussaient la coquetterie au-delà des soins à leurs animaux, mais sur leur personne, avec la blouse plissée et repassée et la moustache fraîche taillée et lissée. (Note du Taulier il s’agissait de mon grand-père paternel Louis Berthomeau, dit pépé Louis époux de ma mémé Marie)

 

Cris perçants à la foire aux cochons où les hommes en déplaçant les porcelets sur le dos, dans un sac, évitaient rarement « la pissée » incongrue.


Un grouillement humain déferlait autour des halles. Les étals étaient souvent à même le sol, sur des toiles de jute. Quelques bouchers lançaient des appels pour le « bia morcia » et les Sablaises, marchande de poisson, utilisaient sans vergogne un vocabulaire haut en couleur. Parmi elles, on désignait plus spécialement Maria Baud, Dormette, Blondine et la Beurtoune avec des qualificatifs que l'on échangeait à voix basse à cause des enfants.


DIX VEAUX SACRIFIÉS


Mais vers midi, toute cette foule avait faim et les transactions comme les emplettes n'étaient pas terminées. Si quelques-uns mangeaient sur le pouce un casse-croûte ramené de la maison, beaucoup prenait « la portion ». C'était partout semblable menu: soupe, ragoût, côtelette, haricots. D'autres, au gousset mieux garni ou en mal de politesse, prenaient la table d'hôte, soit chez Arthur à la Boule d'Or ou Niort, au Lion d'Or, ou chez Cent Bon Diou au bon laboureur; à moins que l'on se retrouve chez la mère Craipeau ou la mère Danieau, dont le fils Prosper est toujours très actif à ce jour.


Pour cette foire à la Gargantua, la mère Pondevie, bouchère, allait jusqu'aux Moutiers, le lundi précédent, pour ramener ses veaux, à pied, pour les tuer, les dépecer et les vendre ensuite. Le rude ouvrage ne tue personne puisque a 94 ans cette année, la mère Pondevie, grand'mère du négociant en bestiaux et actif promoteur de la relance, Yves Hermouet, est parmi les doyens encore alertes de la commune. On estime que pour ce jour, il fallait sacrifier une dizaine de veaux plus deux ou trois « broutards » pour la veille, journée des préparatifs.


Dans l'après-midi, un petit renouvellement de clientèle se faisait. Certains patrons rentraient assez vite pour permettre aux valets et servantes, restés à la ferme, de venir à leur tour à la foire.


DANSE ET PARTIES DE CARTES


L'embarquement,  provoquait le même tohu-bohu que le matin, dans la cour de la gare et sur les routes les cortèges s'étiraient avec, toutefois, moins de hâte et …avec parfois des comportements instables…


Pour certains, commençait la danse, les parties de cartes et cela se continuait fort tard dans la nuit tandis que les meuglements ou bêlements de quelques  bêtes négligemment délaissées, désemparées se calmait un peu !


C'était cela une foire de La Mothe, le grand événement du mois pour toute une région. Echanges, affaires, contacts, amitiés, tout y trouvait son compte.


Et c'est cela, adapté, bien sûr, aux moyens modernes, que nous voudrions voir reprendre. Il y a les transports nouveaux, les transactions à l'étable puisque les enclaves sont abolies et, pour certains, c'était une grave affaire. Mais, puisque tous se connaissent et s'estiment, il faudrait qu'ils s'y retrouvent, les Ferré et Richard de St Mathurin, les Giraudeau, les Mornet de Vairé et de St Julien, les Chaigne, Bouron, Guiochet, Chaillot de St Georges et Ste Flaive.


Nous les attendons avec confiance pour faire revivre nos foires de La Mothe.

Tel est mon but. Merci à tous.


 

                         Alfred Troussicot


Utopie, espoirs déçus ?...La foire de La Mothe a toujours lieu le 1er jeudi du mois mais qu'en reste-t-il au regard des objectifs de 1967 ! Je ne vais pas tenter d'expliquer les causes de cette mutation. Elles sont multiples, c'était sans doute inéluctable et ce n'est pas l'important de ce texte témoignage.

 

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Henri-Pierre Troussicot est peintre si vous en avez l’occasion allez voir son Exposition ENTRE MER ET MARAIS Office de Tourisme Place Gaston Pateau 85270 Saint-Hilaire-de-Riez jusqu'au mercredi 13 février 2013 link

 

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28 janvier 2013 1 28 /01 /janvier /2013 00:09

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« Vendangé à la main », mention parfois portée sur l’étiquette pour signifier que le pédoncule de la grappe de raisin a été coupé, sectionné par la main d’un vendangeur actionnant un sécateur et non ramassé par une grosse machine mue par un moteur. La seule énergie employée pour le travail du raisin et du vin fut, pendant des lustres, comme dans la plupart des activités agricoles, fut celle de l’homme. Le recours à la traction animale ne concernait que le travail du sol ou le transport de la vendange.


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À l’heure où certains, vignerons ou non, prônent le non-interventionnisme sur le raisin et sur la façon de faire le vin, forme d’un laisser-faire attentif aux humeurs de dame nature, faut-il en revenir au tout à la main ? Poser la question n’est pas y répondre, ni prendre parti, surtout lorsque comme moi on est un ignare de la pire espèce. Nulle ironie non plus mais simple rappel de ce que fut ce travail par le passé.


Dans son livre «  Le vin et les jours » l’œnologue de réputation mondiale, père de l’œnologie moderne, Émile Peynaud rappelait ce qu’il était : « la plupart des travaux de la vinification et de la conservation sont à la base de transferts de raisins et de vins. Ce sont les transports de vendanges au cuvier, les chargements des douils et des ballonges sur les charrettes ou les camions, leurs déchargements, les versements dans les cuves de fermentation. Ces déplacements se firent longtemps à la main, d’un récipient à l’autre, à l’aide de seaux, de bassiots, où encore à la fourche, à la pelle. Plus tard, le vignoble s’étendant, il fallait pour emplir des cuves plus volumineuses monter les masses de raisins à la hotte, ou à la comporte, en se servant d’échelles ou de treuils dans les cuviers à étagez ; on conçut ainsi des chaînes à godets, sortes de norias pour élever les grappes, actionnés à la manivelle. Lorsque c’était possible, on profitait de la dénivellation naturelle des terrains pour faciliter ces opérations par simple gravité.


De la même façon, tout le travail des chais se faisait manuellement. Le vin était manipulé au bidon, au décalitre ou à la canne de dix-huit litres, on le versait dans l’entonnoir. L’utilisation de chantepleures, de cannelles en bois, en cuir, de siphons, de robinets, est très ancienne, contemporaine de l’usage des fûts sans doute. On soutirait à  la bassine. On savait déplacer le vin d’un fût à l’autre en soufflant de l’air dans la barrique. Les tuyaux souples étaient utilisés au début du XVIIIe siècle ; la pompe à main arriva un peu plus tard. »


Le minimalisme qui se veut au plus près de la nature exige donc que, par essence, si vous me permettez l’expression « qu’on laisse le raisin tranquille ». Alors, une fois la grappe vendangée, transportée jusqu’au lieu où elle va être vinifiée, dont l’appellation varie suivant  des régions : cuvage, cuvier, cuverie, tinailler, pressoir, vendangeoir, vigneronnage, vinée… etc., les premières opérations, souvent associées, sont l’égrappage et le foulage.


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Pour un béotien de mon genre un vin naturel ne doit jamais provenir de baies égrappées car il faut conserver l’intégrité afin d’être au plus près de ce que la nature donne. Bref, rappelons tout de même aux encore plus ignares que moi qu’égrapper c’est séparer la baie du « bois ramifié qui constitue la charpente de la grappe, ces petites tiges rameuses vertes ou aoûtées qui portent les baies… » L’opération consiste donc à retirer les parties ligneuse de la vendange : « égréner ou égrainer, esgrumer (en bourguignon la grume est le grain du  raisin, égrapper, érafler, déraper. »


Je ne vais m’aventurer sur le terrain de l’égrappage dont l’origine semble dater de l’élaboration des vins de macération « quand on a voulu faire macérer pour obtenir des vins plus colorés, plus corsés, de meilleure tenue au vieillissement, on s’est aperçu qu’il fallait égrapper. » Bien sûr, sans me prononcer sur le pour et le contre, ce dont je suis bien incapable, je me contente de souligner simplement que cette opération fut d’abord manuelle, au bout des rangs, dans les comportes. « de la vendange foulée grossièrement au pilon dans la baste, le vigneron retirait des poignées de râpes qu’il essorait avec de grands mouvements de bras. On utilisa des claies d’osier, sortes de tamis circulaires, sur lesquels on jetait les grappes et les égrenait par frottement er froissement. On fabrique de ces grillages en fil d’archal. Les instruments de bois, bident, trident, râteau ; ils tombaient dans la cuve pour être foulée… »


Rien que des horreurs violant l’intégrité de la grappe ! Je plaisante à peine. Comme vous vous en doutez, le professeur Peynaud ne cultive pas ce genre de coquetterie. Pour lui « Ne pas égrapper (comme ne pas fouler) est une forme archaïque de vinification ; elle renaît et se perpétue toujours quelque part, car l’ignorant et le négligent ne se soucient pas en termes statistiques du pourcentage de risque ou de réussite d’une de leurs pratiques. »


Qu’en pensaient les anciens auteurs ? Ceux qui balancent et ceux qui sont de farouches détracteurs du bois de la grappe.


Maupin (1772) agriculteur de vignes à Versailles « Comme la rafle a, entre autres défauts, ceux de durcir le vin et lui donner plus de grossièreté, il peut y avoir de la prudence à le bannir en cuve ; mais d’un autre côté, il est plus que probable qu’elle peut exciter et accélérer la fermentation vineuse. Il y a donc raison pour et raison contre, mais la raison pour est la plus forte et doit l’emporter. Il faut donc laisser la grappe, mais en partie… »


Pacottet (1900) « L’égrappage  a ses partisans et ses détracteurs ; j’ai surtout cherché à montrer qu’on ne peut raisonnablement être ni l’un ni l’autre »


Rozier (1772)  « Il n’est pas plus absurde de dire qu’il est avantageux de mettre du sarment avec le raisin que de laisser la grappe ; la parité est parfaite. »


Émile Peynaud, plus habile déclare « On me pardonnera ma fatuité d’ajouter une opinion personnelle aux maximes de ces illustres devanciers, mais venus après eux, j’ai bénéficié de connaissances plus approfondies et d’une expérience privilégiée au berceau des grands vins de ce monde, avec une rétrospection de 40 millésimes d’observations. Vous livrerais-je ici un de mes secrets professionnels ? J’ai toujours fait égrapper, et le plus soigneusement possible, partout où j’ai été appelé à engager ma responsabilité. Je ne parle pas, bien entendu, pour les vins qui ne sont que du vin. Il est vrai hélas, qu’il peut exister des qualités assez piètres pour que la présence ou l’absence de rafle soit en fin de compte indifférente. Je peux dévoiler que bien des vins aujourd’hui renommés et qui furent un moment contestés (les plus grands ont de ces faiblesses) ont été épurés et affinés simplement par l’usage de l’égrappage ou par son perfectionnement. Pour moi l’égrappage complet à l’aide d’un égrappoir de précision est la première marche pour sortir de l’ornière où s’enlisent les vins tout-venant. »


Je m’attaquerai au foulage dans une prochaine chronique… à bientôt sur mes lignes…

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