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31 mai 2015 7 31 /05 /mai /2015 06:00
De « l’esprit du jeu l’âme des peuples » j’ai toujours été joueur : « le mouvement c’est la vie, c’est le jeu… » Jean-Claude Suaudeau

Cette chronique n’est pas de circonstance, le scandale des pots-de-vin de la FIFA, l’idée m’en est venue lors de la parution dans le journal l’Équipe du 26 mai, d’une double page centrale sur l’extraordinaire saison 1994-1995 du FC Nantes championne de France de foot et la philosophie du jeu qui l’avait animé. C’est sur le compte Twitter de Pascal Praud que j’en ai découvert la parution j’ai donc pour une fois acheté l’Équipe

 

20 ans, rassurez-vous je ne vais pas entonner le « c’était mieux avant »mais mettre en avant une certaine idée du jeu, ici le football, « portée par des hommes, José Arribas d’abord, Jean-Claude Suaudeau ensuite et Raynald Denoueix enfin. Après eux, l’idée et ce football ont disparu de la surface de la Beaujoire. »

 

Le sport professionnel est par construction un sport spectacle qui, comme tout spectacle, exige des financements, une gestion d’entreprise, une marchandisation des joueurs. Je n’ai, ni les moyens, ni le temps de me livrer à une analyse approfondie du professionnalisme, mais simplement souligner que l’exacerbation, l’amplification, la pression des investisseurs : sponsors, patrons de club fortunés, médias TV avec la manne des droits, loi de l’offre et de la demande amplifiée suite à l’arrêt Bosman, mondialisation… tuent l’esprit du jeu en privilégiant le seul résultat, l’efficacité économique pour attirer les investisseurs.

 

L’exemple du rugby, sport régional, aussi bien dans l’hexagone que dans le monde, fraîchement passé au professionnalisme, depuis 1995, est en passe de démontrer que ce qui constituait son âme, à la fois l’esprit du jeu et l’ancrage dans le cœur des peuples.

 

Depuis 1995, « le rugby de haut niveau français quitte peu à peu les zones de tradition et de culture rugbystiques, notamment la côte basque, pour se déplacer vers des zones de chalandise aux bassins économiques plus importants », déplorait déjà l’an passé Marcel Martin, trésorier de la Ligue nationale de rugby et président d’honneur de Biarritz, lors de la relégation biarrote.

 

Dans son livre, en 2007, L’Esprit du jeu, l’âme des peuples, l’emblématique Daniel Herrero écrivait :

 

« Par chansons interposées, je découvris les noms de Mauléon, de Bayonne, de Saint-Jean-de-Luz, avant ceux des capitales européennes. Pourquoi les petits rugbymen de Toulon apprenaient-ils les chants basques avant “La Marseillaise”, “Le Chant des partisans” ou “Douce France” ? Eh bien, couillons que vous êtes, parce que pour nous, gens d’Ovalie, le Pays basque est une terre de référence. Une cathédrale. »

 

Folklore que tout cela me rétorquera-t-on, cassoulet, grosse troisième mi-temps, place aux survitaminés, aux rouleaux compresseurs, qui propulsent les clubs français au firmament de la H Cup avec le gratin des meilleurs joueurs du monde. Même motif, même punition pour le PSG des Qataris, sauf que dans ce cas de figure, avec une masse salariale record, le club de la Capitale reste encore dans l’antichambre de la Ligue des Champions.

 

Pas si sûr, et sans réclamer un illusoire retour en arrière, ne pourrait-on pas, un instant seulement, en revenir à l’esprit du jeu sinon il ne faudra pas s’étonner de n’avoir plus affaire qu’à des hordes de supporters hurlants partisans du gagner à n’importe quel prix et à des privilégiés en loges qui vont au spectacle pour se montrer, faire d’la com. comme on dit.

 

Je suis sans doute un peu vieux jeu mais je crois encore à la valeur de l’exemple pour le gamin qui court après un ballon dans une cour de récréation ou sur un terrain poussiéreux d’une favela. L’ascenseur social du sport a été, et peut être encore, un facteur de cohésion d’un pays, d’une nation. Encore faudrait-il que ça ne se réduise pas aux jeux du cirque et à des gladiateurs en Porsche Cayenne.

 

J’ai joué au basket à un très bon niveau jusqu’en junior. J’ai toujours été un compétiteur. J’aime gagner mais j’ai été aussi nourri au lait du FC Nantes de José Arribas pendant mes études universitaires à Nantes.

 

Nantes-Rennes à Marcel Saupin en mai 68 

 

« En ce temps-là, les footeux, parties intégrantes de la vie des couches populaires venant les supporter match après match, osaient mouiller le maillot, prendre parti pour eux. José Arribas, l'entraîneur des Canaris, républicain espagnol émigré, à lui tout seul personnifiait cette éthique.

 

Le stade semblait abasourdi, comme si on venait de lui faire le coup du lapin. Les Gondet, Blanchet, Budzinsky, Le Chénadec, Suaudeau, Simon, Boukhalfa, Robin, Eon, conscients de la gravité du moment, nous offraient un récital de jeu bien léché, à la nantaise comme le dirait bien plus tard, un Thierry Rolland revenu de ses déboires de mai. Il fera partie de la charrette de l'ORTF. »

De « l’esprit du jeu l’âme des peuples » j’ai toujours été joueur : « le mouvement c’est la vie, c’est le jeu… » Jean-Claude Suaudeau

Dans une chronique du 19 juin 2010 je soulignais cette « exception nantaise » 

 

Dans le football français des années 60 qui suivirent la fameuse Coupe du Monde de 1958 où la France de Kopa et de Fontaine se classa 3ième un drôle de bonhomme chauve, discret, un émigré espagnol, José Arribas, tira le FC Nantes de la 2de Division en 62-63 pour conquérir en 64-65 le titre de « champion de France » avec une équipe « sans vedettes » selon des principes nouveaux.

 

Le collectif, un mot un peu abimé par le collectivisme niveleur, est une force lorsque la somme des individualités est supérieure à leur stricte addition. Dans un collectif soudé l’individualité talentueuse s’épanouit plus encore au contact du joueur de devoir et le joueur ordinaire se transcende. Au-delà des tactiques, des consignes, du tableau noir, dans cette alchimie le rôle de l’entraineur est bien de transfuser à ses individualités cet altruisme qui mène aux plus belles victoires.

 

Faire confiance aux hommes, provoquer une crise de conscience chez tous ceux qui ont accepté de le suivre, telle est la ligne de conduite de José Arribas. Pour lui, l’esprit collectif prime tout. Il n’admet pas qu’un joueur puisse profiter du travail des autres, à son seul avantage.

 

C’est donc à l’héritier de José Arribas, Jean-Claude Suaudeau, l’entraineur mythique du FC Nantes lors de cette fameuse saison 1994-1995, où le FC Nantes ne concéda qu’une seule défaite avec une équipe de jeunes chiens fous jouant au ballon, que l’Équipe s’est adressé pour se remémorer cette équipe qui « a enchanté la France du foot. »

photo de JC Suaudeau illustrant l’article de l’ami Christophe LARCHER dans L'Equipe Magazine du 13/06/2014 «Autour de Benzema et Giroud» que j'ai empruntée car je la trouve pleine d'humanité

photo de JC Suaudeau illustrant l’article de l’ami Christophe LARCHER dans L'Equipe Magazine du 13/06/2014 «Autour de Benzema et Giroud» que j'ai empruntée car je la trouve pleine d'humanité

Un répertoire de combinaisons, comme au basket

 

« Offensivement, c’est mon truc. J’adore ça. Je n’ai jamais été vraiment un coach de compète. J’ai toujours été un joueur, je continue à l’être. Je m’occupais quand même de la défense, mais pas beaucoup. Ah le nombre de combinaisons qu’on a trouvées, et que les joueurs ont trouvées entre eux (…) On jouait tous les coups sur la récupe, sans contrôle : on passait devant, on anticipait. Il y a plein de jeux de gamins où tu joues à te toucher. Mon équipe avait une fantastique aptitude à attraper l’autre. »

 

C’était le fruit d’un travail en amont ?

 

« On avait un répertoire commun. Du coup j’ai exigé des choses, mais pas tout. Deux ou trois trucs bien précis. D’aucuns ne voudront jamais le croire, mais parfois, on donnait délibérément la balle à l’adversaire, dans ses 20 mètres, pour lui sauter dessus après. Quand le défenseur récupère la balle, il n’est plus défenseur (…) On appelait ça la traque (…) donc tu récupères la balle en mouvement. Et le mouvement c’est la vie, c’est le jeu. Regarde le nombre de buts marqués comme ça par le Barça ! Quand il a récupéré le ballon, c’est fini, trop tard. »

 

La richesse du FC Nantes

 

« … la richesse du FC Nantes, c’est que les dominantes de jeu demeuraient et les gars venaient à l’entraînement avec grand plaisir. Pour découvrir et se découvrir surtout. Ils s’épanouissaient très bien là-dedans, et c’est une de mes plus belles récompenses, quand même. La joie qu’il y avait dans ces entraînements et tout au long de la saison. Qu’est-ce qu’on a ri ! (…) Ils avaient en eux une confiance inébranlable. C’était beau, c’était beau ! Ça faisait du bien de se dire : on a cette force en nous. »

 

Joie, rires, envie de découvrir et se découvrir, s’épanouir…

 

Les railleurs des Canaris ont toujours glosés sur le peu de résultats internationaux du FCN alors que, « même diminué par les transferts et les blessures, Nantes avait atteint les demi-finales de la C1 l’année suivante… » souligne Vincent Duluc. On attend toujours le PSG, et sa grosse masse salariale, a cette hauteur…

 

Après, ce fut après, un autre monde…

 

L’effectif du FC Nantes 1994-1995

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30 mai 2015 6 30 /05 /mai /2015 06:00
« Il n’est guère de poisson plus connu que l’anchois, de tous ceux qui aiment la bonne chère » anchoïade, boquerón, boquéron, garum…

En bon naturaliste teinté de politique Lacépède n’y allait pas par 4 chemins, et moi, en bon petit vendéen du bord de mer nourri à la sardine sablaise frite au beurre salé, j’ai jusqu’à mes premières épousailles ignoré les joies des filets d’anchois, salés ou marinés.

 

Collioure et ses anchois, où la pêche et le conditionnement de ces poissons ont commencé au XIIIe siècle, et où il y eut, à la fin du XIXe siècle, jusqu’à 150 barques, dites catalanes, de pêche. J’y ai passé mon voyage de noces dans des conditions spartiates mais tellement agréables. De nos jours, pour le plus grand bonheur des technocrates de Bruxelles ou d’ailleurs, les anchois de Collioure ne sont plus qu’une dénomination de provenance imprimée sur la boîte en fer blanc ou le bocal. Les techniques traditionnelles sont appliquées à des anchois venus d’ailleurs.

 

Aujourd'hui, il n'en reste plus que deux, dont la maison Roque. Fondée en 1870, cette entreprise emploie encore 38 employés, dont un quart est lié à la famille. L'anchois fait partie intégrante de leur vie comme de leur table.

 

La pénurie d'anchois menace les saleurs de Collioure 

 

« Les filets argentins n'ont péché que 750 tonnes de poisson cette année. C'est 90% de moins que l'an dernier et les saleurs de Collioure comptaient sur cette production qui représente une grosse part de leurs importations. »

 

Origine basque ou génoise ?

 

« Le nom génois ancien, anciöa, serait donc à l’origine du nom de l’anchois dans les langues romanes : acciuga en italien, anxova en catalan, anchoa en espagnol, anchova en portugais, un nom qui se retrouve en anglais anchovy, en allemand anchovis ou anschovis et en néerlandais ansjovis. Mais pour les langues germaniques, on a aussi fait l’hypothèse d’une origine basque (un ancien nom basque, anchu et néerlandais vis « poisson ».

 

L’Anchoïade ou l’Anchoyade : « nom qui vient du provençal, pour un hors-d’œuvre à base d’anchois, d’échalote, d’ail, de persil haché, d’huile d’olive et d’un peu de vinaigre, et qui est un classique de la cuisine méridionale. »

 

Boquerón désigne en espagnol l’anchois mariné dans le vinaigre (boquerones en vinagre) avant d’être mis dans l’huile. Ce nom est « un augmentatif de boquera lui-même dérivé de boca « bouche », et qui prend plusieurs sens liés à l’ouverture d’une bouche ou d’une lucarne. Le nom boquerón a été appliqué à l’anchois à cause de sa grande bouche, largement fendue jusqu’en dessous de l’œil. De l’espagnol, boquerón est passé au catalan, et également au français, dans le Roussillon, où l’on écrira plutôt boquéron. »

 

La préparation du garum chez les Anciens

 

« Les Grecs et les Romains préparaient les anchois en filets et produisaient à partir de la tête et des viscères du poisson une saumure (garos ou garon en grec, et garum en latin). Il faut aussi du garum pour réussir la curieuse recette du loir farci d’Apicius.

 

Cette technique de préparation du garum a été considérée par certains auteurs anciens comme l’origine même du nom grec de l’anchois, enkrasikholos, par exemple chez Aristote (VI, 15), dans lequel on croyait reconnaître kras « tête, extrémité » et kholê « bile ». Cuvier s’en fait l’écho : « Il est probable que le nom d’Encrasicholus (qui a le fiel dans la tête) n’a été imposé qu poisson que parce qu’on lui arrachait le foie avec la tête. »

 

Le garum des Anciens était sans doute assez semblable à l’actuel nuoc-mâm, cette sauce au poisson qui permet de relever le goût des plats de la cuisine vietnamienne, et dont la forme la plus prisée est justement celle qui est fabriquée exclusivement à partir d’anchois. »

 

L’anchois du Pérou est le poisson le plus pêché au monde mais il est essentiellement transformé en farine et en huile de poisson. Ce sont le Chili et le Pérou qui assurent l’essentiel de cette pêche.

 

Voici trois recettes typiques avec des anchois :

 

  • de la cuisine juive italienne bigoli in salsa (pâtes en sauce à l’anchois),

  • de la cuisine croate, incuni iz pecnice (anchois cuits au four),

  • de la cuisine turque, hamsi (anchois en papillotes).

Depuis 2010, Luc Charlier élabore un vin blanc de maccabeu, la Cuvée Civale, patronyme de sa compagne, issue d’une vieille famille d’agriculteurs et vignerons, originaire de Campanie, émigrée à la Montagne Noire dans la deuxième moitié du 19ème siècle où elle a fondé la carrière de pierre calcaire de Saint-Pons.

 

L’essentiel des raisins provient d’un vieux maccabeu (1950) au lieu-dit « Rec d’en Cruels », une combe schisteuse sur Estagel où Luc a aussi du vieux carignan. 

« Il n’est guère de poisson plus connu que l’anchois, de tous ceux qui aiment la bonne chère » anchoïade, boquerón, boquéron, garum…
« Il n’est guère de poisson plus connu que l’anchois, de tous ceux qui aiment la bonne chère » anchoïade, boquerón, boquéron, garum…
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29 mai 2015 5 29 /05 /mai /2015 13:53
La Pentecôte de Denis Saverot boss de la RVF qui surfe sur les mots « 7 cuvées d’auteur issues de cet esprit naturel qui souffle sur le vignoble français »

Mea culpa, mea maxima culpa... Denis Saverot bat sa coulpe, celle d’un peu tout le monde, loin des bio-cons de la maison d’en face qui va dégainer son Magnum.

 

« Comment l’essentiel du vignoble a-t-il pu le refuser si longtemps ? On reste pantois devant les erreurs accumulées dans les années 60, 70 et 80. Un aveuglement collectif. Pour produire davantage en dormant plus tranquilles, beaucoup de vignerons se sont mis à planter des clones ultra-productifs, cultivés à grands coups de traitements chimiques. Et la plupart des critiques, les clients même, ne voyaient rien, ou si peu. Les ravages ont été considérables : la dégustation des crus des années 70, robe orangée et palais sec et décharné, en témoigne. Et que dire des atteintes sévères à la santé des vignerons manipulateurs de produits phytosanitaires ? »

 

Il se tortille un peu le Denis, voir ICI, bio dans les vignes, biodynamie, vin bio, et il esquive le débat de chiffonniers sur le « vin naturel » cher à l’Antonin pour l’introduire par la porte du Jeu de Quilles, restaurant hautement naturiste.

 

« Aujourd’hui, on est émerveillé par la qualité du travail accompli. J’ai l’autre jour pu le vérifier à la table d’hôtes du Jeu de Quilles…

 

Des blancs séveux et digestes, des rouges subtils et nuancés. Sept cuvées d’auteur issues de cet esprit naturel qui souffle sur le vignoble français, sept vins envoûtants, profonds et tellement digestes.

 

En sortant rue Boulard, dans la nuit de Paris, l’on était fier de mesurer la formidable énergie gourmande du vignoble français. »

La Pentecôte de Denis Saverot boss de la RVF qui surfe sur les mots « 7 cuvées d’auteur issues de cet esprit naturel qui souffle sur le vignoble français »
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29 mai 2015 5 29 /05 /mai /2015 06:00
The Hallelujah Trail : le combat d’une ligue de tempérance contre l’eau-de-feu et des Sioux se murgeant au Pol Roger

Se payer une semaine de claustration à la maison pour cause de cordes vocales en capilotade ça a du bon car ça permet, entre 2 grogs, de s’envoyer dans la musette quelques westerns de derrière les fagots. Ça ne prend pas la tête et la mine est inépuisable. Ainsi j’ai découvert The Hallelujah Trail de John Sturges, réalisateur des Sept Mercenaires, sorti sur les écrans en 1965.

 

Bonne pioche : Télérama n’aime pas, western poussif, donc c’est que du bon… même si ce n’est pas un chef d’œuvre…

 

Un Burt Lancaster, colonel des tuniques bleues, grand seigneur débonnaire, légaliste et fataliste, porté sur le whisky, flanqué de sa jeune et jolie fille grande admiratrice d’une énergique jeune veuve patronne d’une ligue de tempérance, adepte des bains en plein désert, Lee Remick toujours bien maquillée et bien coiffée en toute circonstance.

 

Le scénario est d’une grande simplicité : « Denver, en 1867. L'hiver approche alors que les stocks de whisky et de champagne de la ville sont presque épuisés. Le ravitaillement de la clientèle doit être assuré et l'on décide de faire venir un convoi spécial de quarante chariots de Julesburg… »

 

Le convoi est placé sous les ordres de Frank Wallingham, un homme capable de déjouer tous les dangers. Mais Frank et son équipe doivent faire face à plusieurs menaces : d'une part les Indiens qui, très avides d'«eau de feu», rêvent de s'emparer du chargement. D'autre part, une certaine Cora Templeton Massingale, qui dirige avec énergie une ligue anti-alcoolique... et enfin la milice des mineurs de Denver venue à la rescousse qui n’entend pas se retrouver au régime sec.

 

Bien sûr, l’armée va se retrouver au milieu de la mêlée et c'est à Burt Lancaster chef de cavalerie de gérer tout ce petit monde et d'amener le convoi à bon port.

The Hallelujah Trail : le combat d’une ligue de tempérance contre l’eau-de-feu et des Sioux se murgeant au Pol Roger

Le très sérieux John Sturges s'essayait donc au western comique avec ce délirant The Hallelujah Trail. énorme pastiche des grandes épopées de l'Ouest à la John Ford, Hawks ou le Convoi de Femmes de Wellman.

 

Je dois avouer que, même en dépit de longueurs, ça fonctionne assez bien car les divers protagonistes sont tous plus délirants les uns que les autres : Lee Remick est habitée et tellement femme, Donald Pleasence totalement allumé en Oracle à la clairvoyance développée par le whisky, Martin Landau en chef sioux particulièrement déjanté, et Brian Keith le propriétaire accompagnant sa cargaison tout en excès en caricature de républicain capitaliste réactionnaire.

 

Bref, je ne me suis pas ennuyé.

 

Rassurez-vous je n’ai pas décidé de me reconvertir dans la critique cinématographique. Si je vous parle de ce film c’est que dans la scène finale ce n’est pas l’habituelle « eau-de-feu » qui est à l’honneur dans les chariots mais de belles et grandes caisses bois de champagne : estampillées Pol Roger et Gosset. (Voir dans la vidéo de la bande annonce).

The Hallelujah Trail : le combat d’une ligue de tempérance contre l’eau-de-feu et des Sioux se murgeant au Pol Roger

Les Sioux découvrent, avec surprise, en ouvrant les caisses ces étranges bouteilles aux bouchons qui pètent et dont les goulots projettent une drôle mousse… Breuvage à haute température, celle du désert, pétillant, y’a pas à dire ça vaut toutes les master-class de B&D, c’est plus hilarant.

 

Le champagne toujours une longueur d’avance, ce malheureux Hubert n’a vraiment rien inventé et d’ailleurs il n’y aurait rien de très drôle à voir des Indiens se siffler une rasade d’Angélus en plein désert.

 

Un film à projeter lors du prochain Vino Bravo en présence des hautes instances de Vin&Société : en effet tout à la fin la belle Lee Remick jette aux orties sa tempérance pour s’adonner aux joies de l’amour avec son beau colonel. Qui pourrait résister à un Burt Lancaster ?

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28 mai 2015 4 28 /05 /mai /2015 06:00
Défi à Marion Goettle d’Heimat : revisiter à sa manière la Charlotte à la poire de maman !

Mon cordon bleu de mère avait aussi un vrai talent de pâtissière.

 

Sa Charlotte à la poire hante encore mes rêves culinaires les plus fous…

 

Mon plaisir commençait dès sa confection avec les effluves sucrées du rhum dans lequel maman imbibaient les boudoirs. Opération hautement délicate, trop c’est mou, pas assez c’est sec, du doigté donc… le tour de mains...

 

J’aimais bien aussi la forme tarabiscotée du moule à Charlotte avec ses profondes et rondes rainures…

 

Mais bien sûr l’extase survenait lorsque maman coupait délicatement, avec la pelle à gâteau au manche de nacre, les parts, avec toujours une certaine tendance à m’attribuer la plus belle… et que je taillais avec la fourchette à gâteau la première bouchée de la Charlotte à la poire que je portais à ma bouche. Je fermais les yeux pour mieux la savourer.

 

Avec Joris-Karl Huysmans, la nouvelle idole de Michel Houellebecq, je peux poser la question : « Peut-on, sans blesser Dieu, savourer une charlotte ?

 

Il y a bien des œufs dedans, mais si battus, si mortifiés que ce plat se révèle presque ascétique ; […]. »

 

Depuis ce temps d'enfance je suis en manque, en manque radical, bien incapable que je suis de faire revivre la Charlotte à la poire de maman…

 

Graphomane impénitent j’en suis réduit à me replier sur l’histoire de la gastronomie anglaise pour écrire que le nom donné à ce gâteau est celui de la reine Charlotte de Mecklembourg-Strelitz (1744-1818), épouse de George III, roi du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande.

 

La Charlotte apparaît en Angleterre à partir de la fin du XVIIIe siècle et est alors composée de mie de pain, de compote de pommes et de cannelle. Antonin Carême, cuisinier de Talleyrand, la perfectionne en lui ajoutant les fameux boudoirs qu’il a composés pour son maître (pour qu'il puisse les tremper dans son Madère). Le nom fait référence à la diplomatie du boudoir dont Talleyrand est friand. Il augmente également cette « charlotte à la parisienne » de crème à bavarois, qu’il substitue à la compote. »

 

Pour faire mon intéressant je rappelle que la charlotte est aussi une sorte de bonnet féminin, très populaire dans les classes modestes du XVIIIe au XIXe siècle. Confectionnée en batiste ou en mousseline avec une bordure froncée elle servait à cacher les cheveux afin d'indiquer la respectabilité.

 

De nos jours la charlotte est aussi portée par les officiels lors de leurs visites d’établissements : industries agro-alimentaires, pharmaceutiques et parfois chimiques pour des raisons d'hygiène. C’est du meilleur effet.

 

Pour ceux qui sont passés sur le billard, avant d’aller rêver sous anesthésie, tout le petit monde de la chirurgie en est aussi coiffé avec une tendance à la couleur verte.

 

Pour mémoire Charlotte CordayMarie-Antoinette-Charlotte de Corday d'Armont... portait une charlotte et assassina Marat l'ami du Peuple...

 

« Charlotte avait le feu sacré de l’indépendance, ses idées étaient arrêtées et absolues. Elle ne faisait que ce qu’elle voulait. On ne pouvait pas la contrarier, c’était inutile, elle n’avait jamais de doutes, jamais d’incertitudes. Son parti une fois pris, elle n’admettait plus de contradiction. Son oncle, le pauvre abbé de Corday m’en a parlé dans les mêmes termes, comme d’une personne qui avait un caractère d’homme. Elle avait, en outre un esprit assez railleur, assez moqueur… Elle était susceptible de sentiments nobles et élevés, de beaux mouvements. Avec l’énergie dont elle était douée, elle s’imposait et n’en faisait jamais qu’à sa tête. Quoique dans la famille les femmes soient toutes énergiques, il n’y en avait pas qui eussent un caractère aussi décidé, aussi capable. Si elle eût commandé un régiment, elle l’eût bien mené, cela se devine . »

 

Pour finir un morceau d’anthologie : Charlotte interprété par le regretté Pierre Vassiliu :

 

« Toc toc toc qui qu'est là/Qui qui frappe à ma porte/ Est-ce toi la Charlotte »

 

Pour le reste c’est « à votre bon cœur pâtissières de mes cantines préférées ! »

 

Je ne donne pas de nom, Marion…

 

Du côté boire je laisse le soin à Pierre Jancou de faire sauter un bouchon de Pet Nat’… En attendant je vous propose un de mes chouchous : un champagne d'Emmanuel Brochet...

Défi à Marion Goettle d’Heimat : revisiter à sa manière la Charlotte à la poire de maman !
Damien Cabanes, Charlotte fond rouge, 80 x 71 cm, huile sur toile, 2015. Collection privée. Courtesy galerie Éric Dupont, Paris

Damien Cabanes, Charlotte fond rouge, 80 x 71 cm, huile sur toile, 2015. Collection privée. Courtesy galerie Éric Dupont, Paris

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25 mai 2015 1 25 /05 /mai /2015 06:00
Bette Davis stars en 2008 Timbres-poste

Bette Davis stars en 2008 Timbres-poste

Cette chronique sent le stupre et la fornication, que les âmes pures et sans tache s’éloignent et que les pharisiens me jettent la première pierre.

 

Tout ce qui va suivre est de la plume de James Ellroy dans son dernier roman Perfidia.

 

Si je publie ces extraits ce n’est pas pour leur côté hard ou sulfureux ou scandaleux mais parce que l’auteur met en scène nommément des actrices et des acteurs célèbres, un ancien président des USA, la femme d’un ancien président des USA : imaginez un auteur français se livrant à ce genre d’exercice ?

 

Scandale !

 

« Une bonne mexicaine apporte des huevos rancheros. Elmer prépare les gin-fizz. Je suis perchée sur un canapé dont s’est servi Gary Cooper pour sauter Barbara Stanwyck. Brenda jure que cette rumeur est vraie. » page 122

 

« Eleanor Roosevelt arrive, annonce Bowron. Elle voudra sans doute qu’on lui organise un défilé.

 

- Il paraît qu’elle est lesbienne, dit Bizcailuz. C’est mon adjoint Dot Rothstein qui me l’a dit. Dot est au courant de tout ce qui se passe chez les lesbiennes. C’est encore elle qui m’a appris que Barbara Stanwyck broute des chattes. » page 208

« Jack Kennedy sourit. Il est enseigne de vaisseau. Il va venir à L.A. Il veut sauter Ellen Drew. Il veut baiser Gloria Swanson mieux que son père n’en a été capable.» page 213

 

« Harry (Cohn) se gratte les testicules. Son bureau ressemble au tombeau d’un pharaon. Sur le plancher, il a mis un coussin pour que les starlettes n’aient pas mal aux genoux quand elles le sucent. » page 274

 

« Ruth Mildred Cressmeyer adore les photos de femmes en tenue légère. Son cabinet de consultation glorifie ses penchants saphiques et son statut de toubib franc-tireur. Admirez les cadres accrochés aux murs qui abritent des diplômes médicaux et des tirages sur papier glacé.

 

Elle désigne Rita Hayworth.

 

- C’est moi qui l’ai fait avorter. Elle avait une touffe bien fournie. » page 363

 

Elle reluque Ginger Rogers.

 

- Je l’ai fait avorter. Le bébé avait deux têtes. » Page 364

 

Ruth Mildred reluque Carole Lombard.

 

- Je l’ai fait avorter. Le papa était un moricaud. » page 364

Ruth Mildred reluque Barbara Stanwyck.

 

- Je l’ai fait avorter. J’ai vendu ses poils de chatte à Franck Capra. » page 365

 

Elle reluque Lupe Vélez.

 

- Je l’ai fait avorter. Le papa avait une queue de soixante centimètres. Il a fallu que je recouse Lupe. » page 366

 

« Son mari habite au-dessus du garage. Bette (Davis) l’a surpris en train de sucer son chauffeur le soir de leurs noces. Elle l’a banni aussitôt. Il l’escorte à des évènements mondains et se rend de son côté à des bals masqués de tantouzes. Il existe pour satisfaire aux obligations morales imposées à Bette par le studio dont elle est l’une des vedettes. Le chauffeur a une grosse bite (…)

 

Bette rit.

 

- J’ai couché avec Leslie Howard. Il a l’air d’une tapette, mais je peux t’assurer qu’il aime les femmes. » page 408

 

  • Joe Kennedy m’a fait des avances, un jour. Il présidait la R.K.O. à ce moment-là. Il paraît que Jack est encore plus coureur que lui, mais qu’il est monté comme un têtard. » page 409

 

Jack revient. Sa braguette est ouverte.

 

- Joe Junior la baise, je la baise. Bobby est trop pieux pour la baiser, et teddy est trop jeune…

 

- Ça ne me console pas. Je le hais quand même. Elle m’a obligé à la sauter au bord de la piscine, et maintenant j’ai coup de soleil sur les fesses. » page 414

 

Jack Kennedy à propos de Gloria Swanson et de son père Joe

 

« Le petit mari échange des regards ardents avec le serveur. À quelques secondes d’écart, ils se dirigent l’un et l’autre vers les vestiaires.

 

Le mari ouvre la porte et disparaît. Le serveur fait de même quelques instants plus tard. Dudley s’approche du vestiaire et clle son œil au trou de la serrure. Le petit mari a la bite du serveur dans la bouche. » page 437

 

C’est le petit mari de Bette Davis (cf. plus haut)

 

« Ils s’embrassent sur le seuil. Dudley dégrafe la robe verte. Les bretelles restent sur les épaules de Bette. Dudley les fait glisser et tire le tissu de sa robe jusqu’à la hauteur de sa poitrine. Elle se tortille pour refermer la porte. Elle se dresse sur la pointe des pieds pour l’embrasser. Champagne et tabac – il connaît son haleine, à présent.

 

La bouche de Bette sur lui. Sa bouche à lui, en elle – voilà ce dont il a envie. Il la prend dans ses bras, la soulève et la porte. Il cherche un endroit pour s’agenouiller.

 

Un canapé recouvert de velours. Oui – c’est ce qu’il te faut.

 

Il pose Bette. Il relève sa jupe. Elle dit : Dudley Liam Smith. Ses bas sont tenus par un porte-jarretelles. Il attaque avec les dents les pinces qui le retiennent. Il met en pièces bas et lingerie fine qu’il repousse jusqu’aux pieds. Bette répète : Dudley Liam Smith. Elle l’attrape par les cheveux et soulève ses hanches vers lui.

 

Il trouve cette partie d’elle qu’il désirait. Elle dit son nom. Il découvre ce goût qu’il voulait connaître. Il s’accroche à  ses seins. Elle lui tire les cheveux. Elle pousse ses hanches en avant et répète le nom de Dudley. Elle se démène et ne parle plus et se met à haleter. Elle se cambre et pousse le canapé contre le mur. Son dernier soubresaut renverse une lampe. » page 437

 

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24 mai 2015 7 24 /05 /mai /2015 06:00
Les Beatniks : la ligne de crête de 1965 où s’amorce 1 changement des mœurs dans des domaines et sur des thèmes qui touchent aux sensibilités profondes : la foi, la pudeur, le plaisir.
Les Beatniks : la ligne de crête de 1965 où s’amorce 1 changement des mœurs dans des domaines et sur des thèmes qui touchent aux sensibilités profondes : la foi, la pudeur, le plaisir.

Dans la France, dites des 30 Glorieuses, nous les enfants de l’après-guerre, adolescents au début des 60, au moment « où les premiers fruits de la croissance apparaissent réellement dans la vie quotidienne et où la France, enfin, sort de son trend belliqueux… » nous seront ces jeunes qui vont être les acteurs des « 20 années décisives » la « seconde révolution française » selon Henri Mendras.

 

« Avaient prévalu jusque-là des modes de régulation liés à la civilisation rurale de relative pénurie économique et d’insécurité sociale. La frugalité et la prévoyance, « bref le report de la satisfaction » (Jean-Daniel Reynaud), y étaient donc des vertus cardinales. Au, dans la France urbaine et enrichie des Trente Glorieuses, le desserrement des contraintes économiques commence à entraîner celui des contrôles sociaux, et ces vertus qui constituaient autant de « régulations traditionnelles » (Michel Crozier) vont progressivement passer au second plan. »

 

« À cet égard, 1965 est bien une date charnière, même si l’observation, en première analyse, peut surprendre. Rien, en effet, ne paraît conférer à ce millésime une signification particulière, alors qu’autour de lui d’autres dates semblent sonner plus juste :

 

1962 adieux à l’empire

1968 ébranlera la république gaullienne… »

 

Le couple De Gaulle, élu au suffrage universel en décembre 1965, Pompidou son Premier Ministre depuis avril 1962.

 

La France a commencé à connaître, à partir des années 50, la mutation sociologique la plus rapide de son histoire. « Dans cette France enrichie et urbanisée des années 60, ce n’est pas seulement la stratification social qui change ou le mode de vie qui est bouleversé, ce sont aussi les normes qui bientôt se retrouvent au cœur de la grande mue. »

 

« À la frugalité et à la prévoyance commencent, de ce fait, à se substituer des valeurs et des comportements hédonistes (…) l’érosion du conformisme social et de l’assimilation par la ressemblance, qui contribuaient à cimenter le corps social, au profit de la revendication – pour l’heure, plus implicite qu’explicite – du droit à la différence. »

 

«À bien y regarder, s’amorce alors un changement de comportement collectif et des mœurs dans des domaines et sur des thèmes qui touchent aux sensibilités profondes d’une société : la foi, la pudeur, le plaisir. C’est en 1965 que deviennent perceptibles les premiers craquements. Par exemple, ainsi que l’a observé Henri Mendras, on note, en cette année tournante, « un premier décrochement dans le taux de pratique religieuse chez les jeunes […] ; le nu apparaît dans les magazines et dans les films. Les enquêtes de motivation et d’opinion permettent de préciser et de dater cette « crise des valeurs » dont on commençait à parler à l’époque. »

 

Les archives de l’INA (organisme devenu célèbre grâce au taxi de sa présidente) nous offrent un reportage sur 1965 où « une faune originale envahit Paris : les Beatniks. Comment les reconnaissait-on alors ? Savates, cheveux longs, sans un sous, mais un sourire rayonnant pour étendard. Découvrez ces "évadés de la prison du bien-être" et leur mode de vie hédoniste. »

 

Citations extraites Les Baby-boomers une génération 1945-1969 de JF Sirinelli chez Fayard

 

Grands succès de la chanson : 1965 (2)

 

"Poupée de cire, poupée de son" par France Gall

 

Un vrai sac de nœuds, cette composition de Serge Gainsbourg. A l'époque, l'affaire a fait scandale. Tout le monde croit se souvenir qu'en cette année 1965 la France a gagné le concours de l'Eurovision grâce à cette chanson. Or France Gall représentait, non pas son pays, mais le Luxembourg. Le représentant de la France, c'était Guy Mardel, dont on n’a pas oublié le tube N’avoue jamais.

"France a trahi la France", titraient les tabloïdes. Malgré la polémique, Poupée de cire... connut un succès mondial, son interprète l’ayant chanté également en allemand, en italien et en japonais. Une version en anglais fut interprété par la peu connue Twinkle.

Les " beatniks"... mais encore ? 26 mai 1965

Les Beatniks 02 mai 1967 Philippe LABRO présente avec Michel HONORIN les extraits du film de ce dernier sur "la nouvelle bohême" aux Etats-Unis.

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23 mai 2015 6 23 /05 /mai /2015 06:00
Cauchemars gastronomiques d’Alain Bombard naufragé volontaire en 1952 à bord de son canot L’Hérétique, Pommard 1928, vosne-romanée 1930, mouton-rothschild 1947… les bouteilles de grands crus dansent également dans sa tête

Qui se souvient d’Alain Bombard

 

Pas grand monde je pense, et pourtant son nom est lié « à un exploit qui l'a rendu célèbre à travers le monde. En 1952, ce médecin et biologiste avait traversé l'Atlantique à bord d'un canot pneumatique, L'Hérétique, sans vivres et sans eau douce, avec un sextant et un filet à plancton afin de prouver que des naufragés pouvaient survivre en mer. Après 113 jours de navigation, il avait atteint les côtes de la Barbade, dans les Antilles, dans un état de santé certes déplorable, mais en ayant réussi son pari. Le récit de cette aventure, Naufragé volontaire, publié en 1954, lui avait fait acquérir une renommée mondiale. Par ailleurs, son nom était devenu synonyme du pneumatique de survie dont la présence est désormais obligatoire sur les bateaux. »

 

Pour ma part je garde le souvenir de l’éphémère Secrétaire d'État auprès du ministre de l'Environnement dans le premier gouvernement Mauroy entre mai et juin 1981 bien trop libre de ses propos pour demeurer à un tel poste. Le combat européen lui conviendra mieux. « Il fut un député européen actif de 1981 à 1994, toujours soucieux de faire partager ses convictions et d'expliquer l'Europe. Le Varois qu'il était devenu a été aussi conseiller général du canton de Six-Fours-les-Plages de 1979 à 1985. »

 

Au cours de son naufrage volontaire Bombard raconte les «cauchemars gastronomiques» qui obsèdent ses nuits « L’un revenait plus souvent que les autres comme un leitmotiv : le mirage d’une poule au riz »

 

Le navigateur solitaire « las de ses éternels repas de poisson et de plancton filtré » fantasme des ripailles faites à terre : « Aujourd’hui, je déjeune à l’Amirauté avec un lièvre à la royale ; ce soir, chez les médecins de Casa, avec des rognons au vin blanc. »

 

« Pour tenir, le jour, il imagine des tablées qu’il se fera offrir par un sceptique qui a parié sur l’échec de sa traversée en solitaire. »

 

« J’ai prévu trois menus : soit foie gras truffé, soufflé aux crevettes, canard au sang, pomme paille, fromages variés, omelette flambée à la confiture, fruits rafraîchis au champagne ; soit bouquet d’écrevisses, douze escargots, lièvre à la royale, pommes vapeur ou cuissot de chevreuil, fromage variés, omelette flambée à la confiture, ananas kirch à la crème. »

 

« Pommard 1928, vosne-romanée 1930, mouton-rothschild 1947, château-yquem 1929, les bouteilles de grands crus dansent également dans la tête du navigateur perdu au milieu de l’océan, aux franges de la calenture, la fièvre délirante des marins… »

 

Textes tirés de la Mise en bouche de Bruno Fuligni « Les gastronomes de l’extrême »

 

Le 4 mai 1988, Jean-Paul Kauffmann revient de 1 037 jours de captivité avec ses deux compagnons d’infortune : Marcel Carton et Marcel Fontaine. Sans Michel Seurat, mort pendant cette longue nuit.

 

Jean-Paul Kauffmann racontera, avec émotion, qu’il a survécu grâce à deux livres que ses gardiens avaient fini par lui donner : la Bible et le tome 2 de Guerre et Paix de Tolstoï, qu’il a lu et relu… 22 fois.

 

« La lecture plus que la littérature m’a sauvé. Les mots me suffisaient, ils instauraient une présence. Ils étaient mes complices. Du dehors, ils venaient à mon secours (…) Enfin, je pouvais compter sur un soutien de l’extérieur. Le sens était secondaire. »

Cauchemars gastronomiques d’Alain Bombard naufragé volontaire en 1952 à bord de son canot L’Hérétique, Pommard 1928, vosne-romanée 1930, mouton-rothschild 1947… les bouteilles de grands crus dansent également dans sa tête
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22 mai 2015 5 22 /05 /mai /2015 06:00
J’ai faim : garçon 1 friture de vers blancs, 1 ragoût de ventre de chameau et 1 sorbet au sang de renne… en les arrosant de bordeaux blanc.

Imaginez une seconde la tronche de vos invités si vous affichiez au menu de votre petit casse graine un rôti de Panda.

 

Horreur, évanouissement, condamnation unanime… et pourtant « chaque époque à ses tabous et la nôtre, si permissive en apparence, a la pudibonderie animalière. Tandis que les fantaisies érotiques qui eussent motivé naguère l’intervention de la brigade des Mœurs font sourire les élèves des écoles primaires, l’anathème menace quiconque, aujourd’hui, songerait sérieusement à un salmis de colibris flambés, à un foie gras de dauphin truffé, à quelque fricassée d’espèces protégées.

 

Monstruosités culinaires ? Sans doute, à l’aune de la sensibilité contemporaine, mais il suffit de relire les vieux récits d’explorateurs ou les romans de Jules Verne pour se retrouver en compagnie de ces gastronomes de l’extrême qui, canardant à tout va, goûtent à toutes les espèces de la création… »

 

C’est la mise en bouche de Bruno Fuligni pour son livre Les Gastronomes de l’Extrême aux éditions du Trésor

J’ai faim : garçon 1 friture de vers blancs, 1 ragoût de ventre de chameau et 1 sorbet au sang de renne… en les arrosant de bordeaux blanc.

Mon menu du jour

 

1-Hors d’œuvre : La friture de vers blancs *

 

« J’ai fait, il est vrai, l’éloge des vers blancs frits et j’en ai mangé avec beaucoup d’appétit, mais je n’ai jamais conseillé de les manger crus. Ce serait une hérésie culinaire que mes collègues de la Société d’insectologie ne me pardonneraient jamais et contre laquelle je dois protester […] Je ne les mangeai que frits, dans un banquet de la Société d’insectologie où cinquante personnes firent comme moi. Je ne sais si la Société d’insectologie existe encore ; mais si elle banquette de nos jours, je serai enchanté de m’y rendre pour remanger des vers blancs en les arrosant de bordeaux blanc. »

 

Wilfrid de Fonvielle en réponse à Hector France, « les horreurs de l’alimentation », Journal des voyages et des aventures de terre et de mer n°350, 16 août 1903.

 

2-Viande : Le Ragoût de ventre de chameau

 

« Pour ce faire, on choisit les plus gros intestins du chameau ; on les nettoie à fond et on les coupe en morceaux réguliers ; on procède de même avec le cœur et le gros boyau. On fait un roux dans une casserole de terre, on y met des morceaux de chameaux de chameau ; salez, aromatisez et pimenter abondamment, arroser avec du bouillon ou de l’eau et faire cuire à feu doux et régulier, quatre à cinq heures. Ce plat forme une sorte de gras-double qui n’est pas à dédaigner. »

 

R. de Noter, La bonne cuisine aux colonies, l’Art culinaire, Paris, 1931.

 

3- Dessert : Le sorbet de sang de Renne

 

« Après le coup de couteau dans le cœur, on y laisse le couteau jusqu’à ce que le sang se soit écoulé dans la cavité thoracique d’où l’on peut le vider comme d’un récipient. Il est alors transvasé dans la panse, retournée et bien nettoyée, et se conserve ainsi gelé ou desséché. »

 

Ernst Manker, Les Lapons des montagnes suédoises, trad. I. et S. P. Lehman, Gallimard, 1954

 

Si vraiment la friture de vers blancs vous soulève le cœur je vous propose en substitution : * les pieds de dromadaire en vinaigrette :

J’ai faim : garçon 1 friture de vers blancs, 1 ragoût de ventre de chameau et 1 sorbet au sang de renne… en les arrosant de bordeaux blanc.

« Il faut échauder les pieds et les nettoyer avec soin ; puis on les fait cuire à ébullition ininterrompue, dans de l’eau bien condimentée quatre ou cinq heures, parfois plus. Laisser réduire l’eau, la passer à travers une étamine et la laisser prendre en gelée. Désosser les pieds cuits et mis à part ; mêler la chair au jus, avec de l’ail, ciboule ou oignons hachés fin, du vinaigre et de l’huile, et mettre dans un moule. Se mange froid, comme hors-d’œuvre. Ce pâté n’est pas à dédaigner. »

 

R. de Noter La bonne cuisine aux colonies, l’Art culinaire, Paris, 1931. 

J’ai faim : garçon 1 friture de vers blancs, 1 ragoût de ventre de chameau et 1 sorbet au sang de renne… en les arrosant de bordeaux blanc.
J’ai faim : garçon 1 friture de vers blancs, 1 ragoût de ventre de chameau et 1 sorbet au sang de renne… en les arrosant de bordeaux blanc.
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17 mai 2015 7 17 /05 /mai /2015 06:00
« Quand j’entends l’expression « manque de volonté politique», je sors mon révolver Michel Rocard 84 ans réformiste assumé écrit aux générations futures en espérant qu’elles nous pardonneront

La plus grande fierté dans ma vie professionnelle est d’en avoir consacré plus de 10 ans à son service, celui du bien commun. 

 

Mathias Thépot celui qui mène l’entretien avec lui écrit : « Libre penseur et acteur prépondérant de la scène politique hexagonale durant plus de 40 ans, il s’est toujours attelé à prendre le recul nécessaire à sa fonction pour anticiper l’avenir. Un trait de caractère qui semble aujourd’hui disparaître chez les hommes et les femmes politiques qui n’ont plus les moyens d’exercer leur métier de la sorte.

 

Social démocrate à la vision très internationale, Michel Rocard se définit comme un réformiste donnant la priorité au dialogue social, un défenseur de l’économie de marché et un ardent régulateur. »

 

Lettre aux générations futures, en espérant qu’elles nous pardonneront chez Bayard 14,90€ est un livre revigorant qui me conforte et me réconforte sur mes choix de jeunesse assumé jusqu’à ma vieillesse que j’assume indigne face aux nains de la pensée et de l’action

« Quand j’entends l’expression « manque de volonté politique», je sors mon révolver Michel Rocard 84 ans réformiste assumé écrit aux générations futures en espérant qu’elles nous pardonneront

« Nous subissons aujourd’hui le résultat de la période monétariste, dont les paradigmes sont faux. Cette impression que l’on veut nous donner que ce débat (monétaristes versus keynésiens) se trouve derrière nous est un discours de banquiers qui gagnent beaucoup d’argent alors qu’au même moment des populations connaissent la misère. Ces membres de la communauté d’affaires oublient aussi bien de chômage que la précarité, et plus encore – c’est cela le drame – toute la violence civile qui en découle.

 

Je vais aller plus loin : l’idée que l’économie parce qu’elle est économie, et qu’elle est donc spécifique au quantitatif marchand, pourrait fonctionner sans règle parce qu’on lui prête des vertus auto-équilibrantes que l’expérience ne démontre pas, confine au crime contre l’humanité. »

 

« Pour dire un peu autrement, je suis en colère devant la faillite des savants. Beaucoup de grands savoirs du monde moderne s’abritent et fuient les difficultés, notamment la violence qui résulte de l’aggravation des inégalités, par la spécialisation, le repli sur leur savoir propre (…) D’une certaine façon, j’y vois une nouvelle trahison des clercs. »

« Quand j’entends l’expression « manque de volonté politique», je sors mon révolver Michel Rocard 84 ans réformiste assumé écrit aux générations futures en espérant qu’elles nous pardonneront

« Je vois une sorte de délit de fuite dans le repli des têtes pensantes sur leur propre discipline. »

 

« En somme, l’inverse de ce qui fait foi chez les politiques d’aujourd’hui. Je n’aime pas ne pas comprendre ce que je fais. »

 

« Personnellement je déplore appartenir à une grande maison, le socialisme français, où la mode n’est plus à penser. Mais ne vous y méprenez pas, c’est vrai aussi à droite… »

 

« Quand j’entends l’expression « manque de volonté politique », je sors mon révolver !

 

Les vertus que sont le courage et la volonté politique ne servent à rien si elles ne savent pas à quoi s’appliquer. Or la science ne dit plus à quoi il faut les appliquer. C’est donc d’intelligence qu’il s’agit d’abord, bien avant le courage. »

 

J’aime beaucoup le rêve de Michel Rocard d’interdire aux responsables politiques de « travailler le dimanche » :

 

« Cela leur permettrait de se reposer, de lire leurs dossiers, de réfléchir sur le long terme par rapport au court terme ou de s’occuper de leurs enfants : repos, tranquillité et sérénité à la maison »

 

« Oui, le plus terrifiant, c’est la dérive des médias qui consiste à fuir l’information – laquelle n’a, de toute façon, pas vraiment de clients, ni de demandeurs, coûte cher et ne rapporte pas d’argent – au profit du divertissement.

 

De toute évidence, pour le divertissement, une demande existe, certes « médiocrisante » et appauvrissante. Mais d’une part les télévisions et d’autre part les annonceurs s’en satisfont, puisqu’ils ont besoin comme Patrick Le Lay, l’ancien directeur de TF1, avait eu le courage de le dire une fois, de rendre le temps de cerveau des ménages disponible pour qu’ils intègrent le message des marques comme Coca-Cola. »

 

« Je suis convaincu que la disparition des formules de politesse est beaucoup plus grave qu’on ne le croit. Parce que les formules de politesse ne sont pas seulement des actes de courtoisie routinière, elles sont une reconnaissance mutuelle. C’est la mesure d’une nouvelle confiance que l’on peut faire à l’autre. Une condition sans laquelle il n’y a pas beaucoup d’échanges de savoir possible. »

 

Michel Rocard cite le politologue américain Benjamin Barber dans Démocratie forte qui constate « que des gens sont prêts à mourir ensemble, collectivement, pour établir la démocratie quand ils ne l’ont pas. Et que dès qu’ils l’ont, ils ne mettent que quatre ou cinq ans à ne plus participer aux élections, pour au moins la moitié. Ils se désintéressent en somme très vite du produit démocratie. »

 

« Concernant la France – même si je n’ai plus l’esprit à m’y intéresser isolément, car la faillite est davantage dans l’intelligence su monde – il lui faut sortir de ce refus de réformer au point d’être actuellement paralytique. À cause de cela, elle ne pèse plus sur les affaires du monde et de l’Europe. »

 

À chacun ses références et son échelle de valeur alors vous comprendrez aisément mon peu de goût pour les ébats de certains sur la Toile… Péché d’orgueil ? Oui !

« Quand j’entends l’expression « manque de volonté politique», je sors mon révolver Michel Rocard 84 ans réformiste assumé écrit aux générations futures en espérant qu’elles nous pardonneront
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