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4 novembre 2015 3 04 /11 /novembre /2015 06:00
Dominique Derain vigneron bourguignon me déclare «J’aime l’are !» du père Grandet à François Pinault l’amour de l’are…
Dominique Derain vigneron bourguignon me déclare «J’aime l’are !» du père Grandet à François Pinault l’amour de l’are…

Dominique Derain a le sens de la chute et de la saillie… bien évidemment, je fais référence ici à ses mots écrits ou dits…

 

Ainsi le 26 octobre sur son mur de Face de Bouc, il s’interrogeait : 

Dominique Derain vigneron bourguignon me déclare «J’aime l’are !» du père Grandet à François Pinault l’amour de l’are…

« Voilà 20 ans que cette vigne est conduite selon les principes de la biodynamie, jolie petite parcelle de 30 ares qui va être amputé de deux tiers de sa surface par le célèbre GAEC Humbert de façon plus que douteuse. Comment comprendre, moi qui n'ai que cette vigne sur gevrey alors qu'il possède des grands crus et premiers crus et village, qu'il puisse s'intéresser de 18 ares d'appellation village. Ce n'est pas bien respectable!!! »

 

Comme vous pouvez vous en douter cette « affaire » d’ares grappillées par un « gros » voisin m’a intéressé et, profitant de sa présence au salon rue 89 qui se tenait à Lyon dimanche dernier, je me suis enquis auprès de lui des tenants et aboutissants du dossier.

 

Petits arrangements entre « amis », jalousie, envie, mesquinerie, du recuit, toute la panoplie des basses œuvres des parrains du coin…

 

«… te piquer 18 ares c’est vraiment mesquin… » lui plaçai-je à un moment dans la conversation.

 

Et Lui de me rétorquer du tac au tac…

 

- J’aime l’are !

 

Surpris, esbaudi, ravi, j’ai attrapé de suite au vol la saillie…

 

L’are qui se souvient de l’are ?

 

Petit a… en abrégé

 

Je n’ose évoquer le centiare et plus encore l’ouvrée

 

Même cette tête d’œuf de Bruno Le Maire, pourtant locataire du 78 rue de Varenne, le Ministère des Paysans, ignorait sur le plateau de Canal+ combien de mètres carrés faisait un hectare. La honte !

 

Et vous, êtes-vous si sûr de votre capacité de conversion ?

 

Passons et revenons à :

 

« Œuvre, œuvrée, ouvrée, ces trois termes sont pratiquement synonymes même si, aujourd’hui, le terme d’ouvrée reste seul vivace... » écrit Marcel Lachiver dans son dictionnaire du monde rural. « L’œuvrée, c’est ce qu’on peut travailler en un jour, et ce travail est surtout celui du vigneron, même si la mesure s’applique parfois aux prés et aux saulaies ; d’où sa faible valeur.

 

De la Bourgogne au Beaujolais, à la Franche-Comté et au Nivernais, c’est le terme d’ouvrée qui l’emporte ; en Beaujolais, on dit aussi hommée. La valeur type est de 4,28 ares pour les vignes de Bourgogne et de Franche-Comté, soit le huitième du journal, ou encore 45 perches carrées de 9,5 pieds de côté. »

 

Chez moi, en Vendée, nous comptions en boisselée « ce que peut contenir en boisseau. Une boisselée de froment. La superficie de terre qu’on peut ensemencer avec un boisseau de grains, superficie très variable » mais par exemple « à Nevers, deux hommées (équivalent de l’ouvrée) font un boisseau de 8,51 ares. »

 

Je sens que vous perdez pied et pourtant c’est l’enfance de l’are !

 

Je plaisante bien sûr mais, à la campagne, tout au fond de nos beaux terroirs, avoir du bien au soleil*, surtout posséder de la terre, des vignes, accumuler des hectares, arrondir ses propriétés, arranger des mariages, était, et reste encore, l’ambition d’une vie pour beaucoup.

 

Au prix de l’hectare dans les appellations les plus cotées de Bourgogne ça devient un sport qui n’est pas à la portée de la première bourse venue… Il vaut mieux s’appeler François Pinault que Jacques Berthomeau.

 

Rappelons qu’en 2012 celui-ci, Pinault bien sûr, a réalisé son rêve acquérir une ouvrée (4.28 ares) de montrachet tout près du Château de Puligny-Montrachet, pour l’épaisseur du trait, un petit 1 million d'euros et pour faire bon poids à ce petit pécule ajouté 2 ouvrées de grand cru bâtard-montrachet aux environs de 900 000 € chacune. Ce brave François était déjà implanté en Bourgogne au travers du Domaine Eugénie, ex Domaine Engel acheté 13 millions d'euros en 2006, à Vosne-Romanée, soit 6 hectares dont 2.5 de grands crus.

 

Dans ma Vendée crottée les chiffres étaient plus modestes mais je garde le souvenir de la rapacité du régisseur des propriétés de la famille de La Lézardière, grappillant au prix de basses manœuvres les petites borderies des alentours.

 

Souvenir aussi du père Grandet de Balzac, se constituant, grâce à de nombreuses spéculations foncières, une fortune qui n'avait d'égal que son avarice ; qui régnait en tyran sur son entourage : sa femme, sa fille unique, Eugénie, et sa servante Nanon ; qui enfermait tout à clé, et rationne toute la maisonnée…

 

« Monsieur Grandet jouissait à Saumur d’une réputation dont les causes et les effets ne seront pas entièrement compris par les personnes qui n’ont point, peu ou prou, vécu en province. M. Grandet, encore nommé par certaines gens le père Grandet, mais le nombre des vieillards diminuait sensiblement, était en 1789 un maître tonnelier fort à son aise, sachant lire, écrire et compter. Lorsque la République française mit en vente, dans l’arrondissement de Saumur, les biens du clergé, le tonnelier, alors âgé de quarante ans, venait d’épouser la fille d’un riche marchands de planches. Grandet alla, muni de sa fortune liquide et de la dot, muni de deux mille louis d’or, au district, où, moyennant deux cents doubles louis offerts par son beau-père au farouche républicain qui surveillait la vente des domaines nationaux, il eut pour un morceau de pain, légalement, sinon légitimement, les plus beaux vignobles de l’arrondissement, une vieille abbaye et quelques métairies. »

 

« Les habitants de Saumur étant peu révolutionnaires, le père Grandet passa pour un homme hardi, un républicain, un patriote, pour un esprit qui donnait dans les nouvelles idées, tandis que le tonnelier donnait tout bonnement dans ses vignes. Il fut nommé membre de l’administration du district de Saumur, et son influence pacifique s’y fit sentir politiquement et commercialement. Politiquement, il protégea les ci-devants et empêcha de tout son pouvoir la vente des biens des émigrés ; commercialement, il fournit aux armées républicaines un ou deux milliers de pièces de vin blanc, et se fit payer en superbes prairies dépendant d’une communauté de femmes que l’on avait réservée pour un dernier lot. »

 

« Sous le Consulat, le bonhomme Grandet devint maire, administra sagement, vendangea mieux encore ; sous l’empire, il fut monsieur Grandet. Napoléon n’aimait pas les républicains : il remplaça M. Grandet, qui passait pour avoir porté le bonnet rouge, par un grand propriétaire, un homme à particule, un futur baron de l’Empire. M. Grandet quitta les honneurs municipaux sans aucun regret. Il avait fait faire, dans l’intérêt de la ville, d’excellents chemins qui menaient à ses propriétés. Sa maison et ses biens, très avantageusement cadastrés, payaient des impôts modérés. Depuis le classement de ses différents clos, ses vignes, grâce à des soins constants, étaient devenues la tête du pays, mot technique en usage pour indiquer les vignobles qui produisent la première qualité de vin. »

 

« M. Grandet obtint alors le nouveau titre de noblesse que notre manie d’égalité n’effacera jamais : il devint le plus imposé de l’arrondissement. Il exploitait cent arpents de vignes, qui, les années plantureuses, lui donnaient sept à huit cents poinçons de vins. Il possédait treize métairies, une vieille abbaye, où, par économie, il avait fait muré les croisées, les ogives, les vitraux, ce qui les conserva ; et cent vingt-sept arpents de prairies où croissaient et grossissaient trois mille peupliers plantés en 1793. »

 

De nos jours l’amour de l’are est toujours aussi vivace, surtout dans les grands crus, mais il n’est pas insolent de se poser la question : est-ce vraiment de « l’are pour l’are » ?

 

La théorisation de « l'art pour l'art » est attribuée à Théophile Gautier (1811–1872). Elle apparait dans la préface de Mademoiselle de Maupin en 1834 :

 

« À quoi bon la musique ? À quoi bon la peinture ? Qui aurait la folie de préférer Mozart à M. Carrel, et Michel-Ange à l’inventeur de la moutarde blanche ? Il n’y a de vraiment beau que ce qui ne peut ne servir à rien ; tout ce qui est utile est laid, [...] Je préfère à certain vase qui me sert un vase chinois, semé de dragons et de mandarins, qui ne me sert pas du tout. »

 

Comme le disait Franck Zappa « L’art consiste à faire quelque chose de rien et ensuite à le vendre. »

 

Et pour faire bonne chute Derain je prends l’are et la manière de faire de l’affaire Humbert un dossier exemplaire…

 

* Locution proverbiale devenue expression française dont les origines remontent au début su XVIIème siècle dont la signification semblerait simple mais qui poserait problème quant à l’interprétation du mot soleil selon divers auteurs. Pour certain, le terme soleil ferait référence à l’époque de Louis XI, où il existait des écus d’or appelés écus du soleil car ornés d’un petit soleil. Il se pourrait aussi que le terme soleil prenne le sens d’une position sociale enviable avec la référence aux pièces de monnaie appelés couronne assez pesants et qualifier ces pièces comme étant au soleil leur attribuait une sorte de supériorité sur les autres pièces. De ce fait le soleil va définir ce qu’il y a de meilleur.

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29 octobre 2015 4 29 /10 /octobre /2015 06:00
J’ai trouvé la bonne clé de Biscornet de la cuisine de France chez Christophe Philippe le chef d’Amarante.
J’ai trouvé la bonne clé de Biscornet de la cuisine de France chez Christophe Philippe le chef d’Amarante.

Pour les vieux briscards des petits plats dans les grands des étoilés, des bistrotiers ou des mères de la cuisine bourgeoise, tels le Ribaud, le Pudlo ou le Feuilly doté d’une large soif, je ne suis que de la bleusaille. Ces gars-là, blanchis sous le harnois de la serviette à carreaux, de la tête de veau, de la terrine avec cornichons comme des salamalecs des grandes maisons, sont des encyclopédies vivantes, ils dégainent la référence plus vite que Lucky Lucke avec la même verve que le père Audiard plaçant des mots d’auteur dans le clapoir du père Gabin.

 

Bref, moi je suis vierge, aussi pur que l’enfant qui vient de naître, plus naïf qu’un conscrit vendéen découvrant les claques pendant son régiment au 3e bataillon des zouaves basé dans un chef-lieu de département des Marches de l’Est. Alors pour surmonter mon handicap je m’en remets à mes gorges profondes, chasseuses de vin, toutes plus belles les unes que les autres.

 

Ce sont mes boussoles. Quand elles me disent « Va donc voir s’il y a de la lumière chez untel ? » je pédale ventre à terre chez le dit untel.

 

La plus grande dénicheuse de belles adresses du bien manger est ma grande et belle amie la Fleur qui a des ailes à l’arrière de son scooter pour sillonner la ville capitale avec plein de belles quilles de vins nus dans sa sacoche et les volatiles de papa Godart, façon de parler en jouant sur le mot.

 

L’autre jour nous nous sommes croisés au Dilia tout en bas de Ménilmontant, elle m’a présenté Christophe Philippe le tenancier du restaurant Amarante . Bien sûr nous y sommes allés la semaine suivante.

 

Qu'est-ce-que l'Amarante ?

 

 

« C'est une plante d'origine mexicaine qui appartient aux plus anciennes espèces de plantes cultivées par l'homme. Elle était d'ailleurs vénérée comme une «graine miraculeuse» par les Aztèques et les Incas qui lui conféraient même des pouvoirs surnaturels.

 

Dans certaines régions du monde, en particulier à l'ile de la Réunion ou à Madagascar, on mange ses feuilles en tant que légumes que l'on appelle « brèdes parentières ».

 

Il existe de nombreuses variétés de cette plante de par le monde. En Europe, elle est cultivée comme ornementale (queue de renard). On la rencontre fréquemment dans la nature « sauvage » ou elle est considérée comme une « mauvaise herbe ». Toutes les variétés sont comestibles et donnent autour de 80 000 petites graines par pied. Les fleurs ont une couleur pourpre spectaculaire, c'est d'ailleurs l'une des rares fleurs à avoir donné son nom à une couleur. »

 

Amarante c’est à 15 mn chrono à vélo de chez moi dans un entre-deux, bassin de l’Arsenal et la rue de Lyon, très exactement rue Biscornet dans le 12e arrondissement.

 

La voie a été ouverte en 1827. Elle porte le nom du serrurier Biscornet, créateur vers le XIIe-XIIIe siècle le des pentures des deux portes latérales de la cathédrale Notre-Dame de Paris.

 

Lire La légende du ferronnier Biscornet et des portes du diable 

 

Pour la description du lieu lire : 

 

  1. L’excellent papier de « l’avocat gourmet – et bavard – Didier Chambeau » sur le site de Pudlo. et ses belles photos.

 

2. Celui de l’Express :

 

3. Et bien sûr celui de Roger Feuilly notre « large soif » 

De mon côté j’y suis allé 3 fois, non pour me renier au chant du coq comme St Pierre, mais pour prendre le temps de faire le tour.

 

La première m’a permis de me régaler de la sole meunière de Christophe, «cuite sur peau à la perfection, avec ce qu'il faut de beurre frais et accompagnée de fines panisses». Un goût d’enfance, comme la sole de maman, venue tout droit d'un pêcheur de petit bateau de Saint-Gilles- Croix-de-Vie. Chez moi donc. En entrée, une belle cervelle de veau « une merveille de fraîcheur » dixit le Roger.

 

La seconde, un soir avec la Claire des hauteurs de Ménilmontant, pied de cochon – je suis fou des pieds de cochon – et l’agnelle du Limousin, 20 heures à basse cuisson, « un morceau de roi goûteux et fondant qu’on pourrait couper avec la fourchette » selon l’avocat gourmet, accompagné d’une purée de panais.

 

La troisième en solitaire, à midi, pour manger « le menu du travailleur » à 22 euros.

 

Faisait beau.

 

M’entouraient, à droite l’avocat gourmet et un jeune homme chic cravaté ; à gauche, une famille de 4 personnes, avec qui au dessert j’engagerai la conversation et qui se révèleront être des lecteurs, près d’eux deux chinoises à l’eau avec petit chien et tout au bout un homme seul qui lit. Dans l’enfilade 9 convives, 4 filles et 5 garçons. C’était plein.

 

Statistiquement 1 personne sur 2 buvait du vin.

 

 

Mon déjeuner :

 

  • Soupe de salsifis. Je n’en avais jamais mangé, excellente !

 

- Tripes aux olives purée de pomme de terre, comme je les aime fines et goûteuses avec de la vraie purée.

 

- Camembert de St Pierre sur Dives de chez Bordier bien affiné mais je préfère le mien un peu plus costaud en goût.

1 bouteille d’Octave 28 euros que j’ai rapportée dans ma sacoche, bien bouchée, chez moi pour la terminer.

 

 

Mon plaisir clé : satiété est le maître-mot de la maison de Christophe Philippe.

 

C’est très bon, bien cuit, juste, simple et gouteux, comme disait ma mémé Marie « sans freli-frela », servi par un virtuose de la simplicité et de la bonne humeur : Mouloud Haddaden qui connaît sa belle carte de vins nus jusqu’au bout de sa sensibilité et qui la décline avec justesse et humour.

 

Le chef, Christophe, est d’une discrétion à toute épreuve mais, si vous partagez mon enthousiasme, n’hésitez pas à le complimenter, sa modestie dusse-t-elle en souffrir. Les précieux, parfois un peu ridicule, du « Fooding » ont raison d’écrire « qu’il est un bon apôtre d’une « cuisine de France » comme on n’en goûte plus que dans les rêves, va droit à l’essentiel. »

Christophe et Mouloud © DC

 

Alors, amis provinciaux, banlieusards, lorsque vous monterez à Paris pour le salon de l’Agriculture ou celui de l’auto, je plaisante bien sûr, précipitez-vous à Amarante c’est ouvert le dimanche midi et soir. Réservez car le parigot tête de veau est friand des bonnes adresses. Fermé le ùercredi et le jeudi.

 

4 Rue Biscornet, 75012 Paris, France
Téléphone :+33 9 50 80 93 80

 

Enfin, une supplique aux fin becs patentés que j’ai cité, et les autres, y compris notre ami le Roger Feuilly dit « large soif », lorsque vous illustrez vos petits papiers de belles photos n’hésitez pas à en faire une de ou des belles bouteilles de l’ami Mouloud. Ça lui fera plaisir comme à moi et aux vignerons concernés.

 

Allez bon appétit et large soif de beaux vins à poil…

 

Pour ma part j’ai hâte d’y retourner pour goûter « Le canard de Challans au sang, filet rôti, cuisses confites, bouillon de carcasse et panisses irrésistibles. On cancane de bonheur! » dixit les gars de l’Express…

 

à bientôt...

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20 octobre 2015 2 20 /10 /octobre /2015 06:00
« On a vu cette horreur du progrès porter ces malheureux jusqu’à incendier les fermes modèles. » Philipe de Villiers le retour du temps des maîtres

« Piquer une bonne colère est parfois salutaire. Et aujourd’hui les raisons d’être en colère ne manquent pas ! »

 

C’était la semaine passée sur le blog d’Alain Juppé, dit le vieux par un ancien Président de la République reconverti en chef de son parti.

 

Tout comme Juppé je suis vieux, un peu moins que lui, et très en colère… pour les mêmes raisons plus une : le fait que des « amis » accordent du crédit à cette grande brêle de Philippe de Villiers parce qu’il conchie les élites.

 

Ils picorent comme des poulets dans l’aire de la métairie dans ses écrits, en prenant disent-ils ce qui est bon pour leurs analyses et le reste qui est le corpus du vicomte, qu’en font-ils ?

 

Une telle confusion dans les esprits me navre, m’exaspère, me flanque en colère car, le vicomte est bien pire que tous ceux qu’ils jettent à la vindicte dite populaire. Il est la quintessence de l’élite qui mène le petit peuple par le licol, avec lui, en Vendée était revenu le temps des maîtres.

 

Cet homme est habile « le moment est venu pour les Français de se rebeller contre cette classe politique qui vit entre elle de façon endogamique - avec les journalistes français. Ils pensent les mêmes choses, travaillent ensemble, rêvent ensemble, et vivent ensemble. »

 

Bonne vieille antienne des vieilles ligues de la droite dure et extrême, ça conduit où ?

 

À une « bonne guerre civile » ou à la France des nostalgiques du Maréchal avec le vicomte en tête, mais il n’est pas Stofflet, homme du peuple, mais le dernier avatar du temps des maîtres, ceux qui ont amené les paysans à l’abattoir de 14-18. Merci pour ce moment camarades révolutionnaires virtuels.

 

Je connais mon Histoire de France comme celle de ma Vendée, et croyez-moi jamais je ne me laisserai aller à partager le moindre verset des harangues du vicomte.

 

C’est un imposteur !

 

Dans mon petit roman du dimanche j’écrivais :

 

« Dans ce pays, où la vigne voisine les vaches et des boisselées de blé, la cave est un lieu entre parenthèses. Au café, les joueurs d'aluette, se contentaient de baiser des fillettes, ce qui, dans le langage local, consiste à descendre petit verre après verre, des petites bouteilles d'un tiers de litre à gros culot, emplies de Gros Plant ou de Muscadet. Ils picolaient. A la cave, le rituel était différent. Certes c'était aussi un lieu d'hommes mais le vin tiré directement de la barrique s'apparentait à une geste rituelle, c'était un soutien à la discussion. Dans la pénombre, le dimanche après-midi, tels des conspirateurs, les hommes déliaient leur langue. A la cave ces peu diseux disaient et ils se disaient, ce qu'ils n'osaient dire à l'extérieur. Echappant à la chape qui pesait sur eux depuis des millénaires, ils se laissaient aller. Les maîtres et leurs régisseurs en prenaient pour leur grade, surtout ces derniers, supplétifs visqueux et hypocrites. Ces hommes durs et honnêtes se donnaient la main pour soustraire du grain à la part du maître. Le curé, lui aussi, recevait sa dose, en mots choisis, il fallait t pas blasphémer. Pour lui taper sur le râble, ils raillaient leurs bonnes femmes, culs bénites, auxiliaires dévotes de leur servitude. Et quand le vin les y poussait un peu, les plus chauds, versaient dans leurs exploits de braguette. »

 

Ce pays, tout juste sorti de la dernière guerre, je l’ai connu dans toute sa misère, sa pauvreté, lorsque j’accompagnais le dimanche mon père, dans les années 60, pour visiter les paysans. Combien de métairies, avec de petits métayers, sans électricité ni eau courante, la terre battue, encore si proche de ce peuple des campagnes décrit par Jean Vidalenc dans son livre la Société Française de 1815 à 1848.

 

« Une métairie vendéenne a un caractère rustique particulier. La place qui est devant la maison et qu’on nomme la cour, n’est point environnée de murs, une épaisse litière d’ajoncs épineux et de genets flétris la couvre presque toute entière ; foulées aux pieds et dissoutes par les pluies d’hiver, ces plantes sont destinées à servir d’engrais… La maison d’habitation ne se compose que d’un rez-de-chaussée avec une porte au milieu et une fenêtre de chaque côté… L’intérieur répond à une simplicité de l’extérieur ; c’est une grande pièce formant un carré long où, pendant l’hiver, la flamme du foyer unie à celle d’un flambeau de résine jette une lumière douteuse. Le manteau de la vaste cheminée est décoré de fusils de chasse ou de munition : on en compte quelquefois jusqu’à cinq ou six. Dans les angles du foyer sont des morceaux de bois ou de pierre servant de siège au métayer et à ses enfants : aux deux côtés de la cheminée sont deux lits… Leur hauteur est telle qu’on ne peut y arriver qu’en montant sur les coffres étroits de cerisier poli qui bordent les lits dans toute leur longueur. À la tête de chaque lit on remarque un petit bénitier, un rameau de buis bénit, une croix de bois et quelques images de saints. Les armoires et les autres meubles de la chambre sont également en bois de cerisier… Au milieu de la chambre se trouve une longue table entourée de bancs sur laquelle, d’après un usage antique, un pain est toujours placé. Ce pain indique à l’indigent qu’on est prêt à lui donner. »

 

« Cet aspect assurément sympathique de l’hospitalité vendéenne n’était pas sans contrepartie pour le voyageur « choqué par le manque de propreté des cours et par le peu de soin à utiliser les matières fertilisantes ; on y montrerait des meules de fumier sans fosse à purin, s’égouttant de tous les côtés pour aller se perdre dans la mare où le bétail va s’abreuver, de tiges de colza, des pailles de blé noir et des chaumes pourrissant au dehors, exposés aux pluies de l’hiver et formant au printemps un affreux cloaque où les pourceaux se vautrent en liberté, et d’autres détails qui ne donnent pas une idée plus satisfaisante des habitudes de la population.

 

Une fois pourtant chaque année, cette cour sordide est l’objet de soins qui correspondent au temps de la moisson : la ferme change d’aspect ; la cour est balayée, le fermier prépare l’aire où il battra son grain. Par un moyen qui n’a rien de propre et de délicat, il atteint le but qu’il se propose en se servant de la bouse de vache délayée dans un peu d’eau ; il nivelle le terrain de manière à obtenir un plan parfait, imprègne la surface de ce singulier mélange et, le soleil séchant le tout, le sol reste couvert d’une sorte de vernis qui dure assez longtemps pour que le battage puisse s’opérer. »

 

« Dans les zones de marais, les femmes travaillaient aussi les bouses de vache, les ramassant et les faisant sécher pour en faire un combustible, le seul possible dans ce pays sans arbres ; les cendres en étaient ensuite vendues à des habitants du Bocage en échange de quelques fagots indispensables pour le chauffage des fours à pain. Le respect des traditions allaient très loin. « Un propriétaire qui défrichera une portion de lande sera très mal vu de toute sa commune. On a vu cette horreur du progrès porter ces malheureux jusqu’à incendier des fermes modèles. »

 

C’était cela l’exploitation familiale chère aux hobereaux grands propriétaires que les gamins saluaient d’un bonjour nôtre maître. Le vicomte est de cette trempe, hautain, méprisant, roublard, flatteur, autocrate, de la race des nouveaux maîtres.

 

« Cette fois, surpris par le danger (ndlr le départ de son fils pour la ville), en plein travail de labour, il tourna lentement sur lui-même, comme poussé par l’habitude, et chercha dans la campagne, aussi loin que ses yeux pouvaient porter, un sauveur, un appui, quelqu’un qui défendît s cause et le conseillât. Ses bœufs au repos le regardaient. Il aperçut d’abord, entre les arbres, le clocher de Sallertaine. Mais il secoua la tête. Non, le curé n’y pouvait rien. Le vieil et bon ami qu’il consultait volontiers, Toussaint Lumineau le savait impuissant contre les hommes de la ville, les fonctionnaires, les administrations, contre tout l’inconnu immense qui s’étendait autour de la paroisse. Son regard quitta l’église, rencontra des fermes et ne s’arrêta pas ; mais il s’arrêta un peu sur les toits aigus de la Fromentinière. Ah ! le marquis, s’il avait été là ! Rien ne l’intimidait, lui, ni les galons, ni les titres, ni les paroles que les pauvres ne comprennent pas. Et rien ne lui coûtait non plus : il aurait fait le voyage de Paris pour empêcher un Maraîchin de partir. Hélas ! le château était vide. Plus de maîtres… »

 

La Terre qui meurt René Bazin

« On a vu cette horreur du progrès porter ces malheureux jusqu’à incendier les fermes modèles. » Philipe de Villiers le retour du temps des maîtres
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12 octobre 2015 1 12 /10 /octobre /2015 07:00
Raphaelle Bacqué ‏@RaphaelleBacque   Rocard, décoré de la grand croix de la légion d'honneur, répond au président. Fait rare. La voix n'a pas changé

Raphaelle Bacqué ‏@RaphaelleBacque Rocard, décoré de la grand croix de la légion d'honneur, répond au président. Fait rare. La voix n'a pas changé

Je vous ai rencontré, façon de parler, dans les pages de Témoignage Chrétien, alors que je voyageais dans l’autorail omnibus reliant Nantes à la Roche-sur-Yon, seul chef-lieu de département, avec Saint-Brieuc, à donner des scores significatifs au PSU lors des élections municipales. Le docteur Morineau notre candidat était le prototype même du catho de gauche honni par la vieille garde de la SFIO.

 

1968 était passé par là et vous avez été le premier à structurer mon engagement, depuis je ne vous ai plus quitté jusqu’au jour où je vous ai eu, un soir de l’hiver 1981, furibard, au téléphone, la vieille garde mitterrandiste ayant encore frappée pour reléguer votre budget du Ministère du Plan à des heures où tout le monde dort, un samedi. Avec panache et pugnacité vous avez plaidé jusqu’au petit matin et lorsque je suis rentré chez moi, sur mon grand Batavus, à l’aurore si les SMS avaient existé j’aurais écrit : « chapeau »

 

Et puis, un beau jour de juillet 1983, par le fait du Président, vous débarquez au 78 rue de Varenne pour pacifier le terrain bien mal labouré par Edith Cresson. Ce furent les fameux quotas laitiers vilipendés par tous, le dossier miné du vin languedocien dernier avatar d’un Midi rouge hors réalité, la négociation de l’élargissement de l’Europe à l’Espagne et au Portugal, le dossier épineux de l’enseignement privé agricole avec l’ami Guy Carcassonne…

 

Et je vous ai rejoint sur le dossier du vin et des fruits&légumes, j’étais dans mes petits souliers alors, dès mon arrivée, j’ai commis une longue note, vous aimez les notes cher Michel, vous l’avez lue, abondamment annotée et m’avez dit « je vous suis, mais vous allez d’abord aller leur expliquer… »

 

J’y suis allé. Vous aimiez ce dossier. Nous sommes allés au charbon. À la table des négociations, où nous n’étions que 10, vous étiez écouté et nous y sommes arrivés en dépit des réticences du Président. Les accords de Dublin ont marqué le grand virage du vignoble languedocien vers son renouveau.

 

Vous êtes mon seul Ministre que j’ai toujours vouvoyé, une forme de respect qui n’entamait en rien la liberté de nos discussions.

 

Vous avez dit dans une longue interview que vous aviez passé au Ministère de l’Agriculture les plus belles années de votre vie publique. Moi aussi, et comme vous n’étiez pas du genre à propulser vos collaborateurs dans des postes enviés, je prends votre compliment avec une légitime fierté, cher Michel Rocard : « J’ai eu une chance de plus, celle d’avoir effectivement un cabinet fabuleux. Il y a des hasards de carrière partout. J’ai bénéficié, dans un cadre de carrière, de quelques-unes des meilleures cervelles du monde agricole français et disponibles à ce moment-là. Je tiens à citer ici Bernard Vial, Georges Beisson, Bernard Candiard, Jean Nestor, Jacques Berthomeau et François Gouesse, parmi d’autres. »

 

Et puis dans la nuit du 4 avril 1985, Bernard Vial m’a annoncé une nouvelle que nous pressentions : votre départ du 78 rue de Varenne. Nous étions triste mais confiant en votre devenir.

 

Entre 1986 et 1988 je suis parti faire des travaux pratiques à la Société des Vins de France, et j’ai le souvenir d’une dégustation de Côtes-du-Rhône que j’organisai à Chatenay-Malabry dans un foyer social de la mairie de JF Merle.

 

Vint la France Unie, et vous voilà le Premier Ministre de Mitterrand. Mon téléphone sonne et je rejoins à nouveau le 78 rue de Varenne. Souvenir de mon voyage en Nouvelle-Calédonie, sitôt les accords Matignon, accompagnant le Ministre de l’Agriculture sur ce territoire à peine pacifié ; fierté de participer au Comité Interministériel sur la Corse avec les éléphants. Vous résistez aux chausse-trappes de la vieille garde mitterrandienne et nous, les rocardiens estampillés encore nombreux à l’Agriculture nous bénéficions de votre sésame du «parlé vrai» et croyez-moi ça comptait.

 

Lorsque Louis Mermaz, mitterrandien du premier cercle que je connaissais bien, fut nommé à l’Agriculture vous me dites « Berthomeau, restez ! » Alors je restai et lors d’une séance à l’Assemblée vous lui déclarez « C’est un beau Ministère, Louis… »

 

Ce que j’ai toujours trouvé extraordinaire c’est que tous ces éléphants, bouffant du Rocard à toute occasion, s’empressaient de vous inviter lors de leurs meetings électoraux pour défendre leur pré-carré en danger. Et vous, militant de toujours, vous accouriez.

 

« Vous quittez l'hôtel Matignon avec une popularité que beaucoup pourraient vous envier aujourd'hui » a déclaré François Hollande lorsqu’il vous a remis l'insigne de Grand-croix de la Légion d'honneur.

 

Il n’a jamais été des nôtres même si au temps des transcourants j’ai été des signataires à ses côtés d’un texte rassembleur au grand courroux de mon cher Ministre.

 

Le Président de la République a trouvé les mots qu’il faut pour vous rendre hommage : « Ce qui fait votre caractère, c'est cette capacité à vous élever, c'est ce qui a fait l'éclat de votre vie publique. Vous avez servi l'intérêt général, quitte parfois à sacrifier le vôtre »

 

« Vous avez changé l’Etat, vous l’avez rendu moins centralisé, plus juste. Vous avez cherché à apaiser la société et réformer la France. Nul besoin de rupture pour réformer. C’est l’apaisement qui produit la réforme et c’est la réforme qui produit l’apaisement. »

 

« Vous rêviez d’un pays où l’on se parle de nouveau, d’une politique qui serait attentive à ce qui est dit et non à qui la dit. C’est toujours d’actualité, et j’ajouterai : hélas ! »

 

Dans une procédure inhabituelle voulue par le Président vous avez plaidé, dans un discours également très actuel et long : 30 mn, pour le « retour de la parole et du dialogue »

 

« A la différence de toute autre force de gauche partout en Europe, la gauche française est née d’un accoutrement étonnant, unique, entre le marxisme et le jacobinisme »

 

Oui, cher Michel, vous êtes un « rêveur idéaliste et un réformiste radical » et je suis fier d’avoir travaillé à vos côtés. Même qu’un jour vous m’avez dit « j’espère que ça ne vous a pas gêné… »

 

C’est vrai qu’à vos côtés, comme on dit vulgairement, nous en avons pris plein la gueule de la part de nos amis politiques, mais avec le recul du temps, avec vous nous sommes restés fidèles à nos valeurs et l’exemplarité de votre parcours est un vrai bonheur pour qui croit encore aux vertus de l’exemplarité.

 

Vous n’avez pu vous présenter à la présidentielle car nous avons toujours été minoritaires dans ce Parti sans colonne vertébrale, faute sans doute de nouer des alliances d’opportunité, mais face au désarroi de beaucoup d’électeurs et au discrédit de la classe politique, je suis de ceux qui pensent que votre discours de vérité se serait heurté à celui de la facilité si doux aux oreilles de nos concitoyens.

 

Alors nul regret, simplement continuez cher Michel Rocard à faire entendre votre singularité.

 

Prenez soin de vous, nous sommes beaucoup à tenir à vous.

 

Avec mon amitié sincère.

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12 octobre 2015 1 12 /10 /octobre /2015 06:00
Ronald Searle

Ronald Searle

Même si je suis vieux, un vieil homme indigne qui aime les filles, je sais encore marcher sur des œufs pour aborder, sans gants ni fioritures, les sujets qui fâchent à peu près tout le monde sans souci aucun de ménager les copains et les coquins qui « s’aiment » hypocritement sur Face de Bouc.

 

J’assume depuis toujours mes nombreuses contradictions, ça m’a aidé à vivre.

 

Pour écrire ce que je vais écrire j’ai décidé de prendre mon temps.

 

J’observe, je lis, je vis, je me marre sous ma barbe blanchie en observant le jeu de rôles d’une microscopique bataille entre les Anciens et les Modernes du vin.

 

Une de mes belles amies, crapahutant dans le marigot du vin, me faisait remarquer lors de notre dernier dîner que les joutes du petit monde du vin étaient bien dérisoires mesurées à l’aune des graves problèmes de notre Monde.

 

D’un côté, la vieille garde qui se meurt – elle n’aura pas besoin de se rendre, elle est sur une très mauvaise pente, celle qui conduit au cimetière des éléphants.

 

De l’autre, les chevau-légers (c’est la bonne orthographe), qui eux, comme les poneys sauvages, vont là où l’herbe est verte et l’horizon illimité.

 

Joute verbale et scripturale, le combat semble bien inégal entre les gros bataillons des convenus et les petites bandes de farfelus adorateurs des vins nus.

 

Remake de la lutte des classes ou simple guerre en dentelles ?

 

Je ne sais !

 

Mais ce que je sais c’est que face à un rapport de forces quantitativement très disproportionné, y opposer une forme de bras de fer sur le terrain même de ses adversaires relève au mieux de la naïveté, au pire d’un goût immodéré pour le martyr.

 

Et pourtant le jeu vaut pourtant la chandelle, et je suis joueur, joueur de GO, jeu dont le but est de former des territoires, ensembles d'intersections vides contrôlés par le joueur.

 

Le premier de ces territoires est celui de la vigne car c’est là que tout commence, et où presque tout se joue.

 

Là, se situe l’essentiel du combat à mener et c’est là qu’il faut concentrer le tir, bander toutes les forces pour exiger auprès des tenants de l’immobilisme, des aquoibonistes, de décrocher la lune, c’est-à-dire obtenir l’impossible.

 

Au XVIe siècle, l'expression était « prendre la lune avec ses dents », alors face à l’invariante réponse des tenants d’une pratique dite conventionnelle : « ce que vous nous demandez est impossible », je pourrais citer le mot de Napoléon « Ce n’est pas possible, m’écrivez-vous : cela n’est pas français », mais je ne le ferai pas.

 

Je me contenterai de leur répondre : « Donnons-nous les moyens de décrocher la lune et nous la décrocherons ! »

 

Beau défi à relever pour un pays qui se gargarise chaque matin au terroir !

 

Supposons que dans les années qui viennent nous ayons décroché la lune pour la santé de nos sols et de nos vignes aurons-nous pour autant parcouru tout le chemin ?

 

Je ne le pense pas mais chaque chose en son temps, la façon de faire le vin n’engage pas l’avenir de notre planète même si, d’une certaine manière, les tenants du vin nature et leurs frères posent un acte de résistance à la standardisation fruit du système alimentaire mondial global «contrôlé par les multinationales qui font claquer comme un fouet la chaîne de distribution. », et à l’appauvrissement des saveurs et la standardisation du goût.

 

Est-ce là un acte révolutionnaire comme le proclament certains naturistes ? Cette pratique va-t-elle servir de détonateur à une nouvelle révolution verte de l’agriculture mondiale ?

 

En l’occurrence, non, ici en effet c’est la bataille du goût qui est engagée et je pense qu’il faut savoir hiérarchiser les urgences, ne pas à plaisir tout mélanger pour tirer parti de l’essentiel qui se situe dans la vigne.

 

Si l’appellation Révolution culturelle n’avait pas été pourrie par ce gros variqueux de Mao, j’écrirais que c’en est une. Mais, au risque de me répéter, ne tombons pas dans le travers de l’ambigüité chère aux tenants de l’AOC pour tous.

 

Mettons les choses au clair ainsi les consommateurs pourront choisir en toute connaissance de cause.

 

D’ailleurs, lorsque je parcours les allées des salons de vins à poils ou les travées des échoppes de cavistes alternatifs, la ligne de partage entre bio, biodynamie et nature est bien floue.

 

L’important, au-delà des postures, de se la jouer le bon, la brute et le truand sur les réseaux sociaux, c’est de convaincre le plus grand nombre de décrocher la lune. Ensuite, ou plus exactement, dans le même temps il faudra aussi convaincre les buveurs, bien au-delà des petits cercles où l’on débat entre soi en se regardant le nombril, de changer leurs habitudes.

 

Ceci dit, comme l’écrivait Audiard « j’aime les gens fêlés parce qu’on voit au travers… ». Ce sont eux qui veulent décrocher la lune.

 

Je les préfère aux pharisiens et à leurs zélotes qui suintent un ennui et une uniformité si peu en rapport avec leur discours sur la convivialité du vin.

 

Que la fête commence !

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10 octobre 2015 6 10 /10 /octobre /2015 06:00
À défaut de me mettre dans la peau de John Malkovich, j’ai rencontré son vin sous les dessous de Ginette…

Mon rapport avec John Malkovich est étrange, nous ne nous sommes jamais croisés, donc n’avons jamais échangés, mais depuis qu'un jour - que je ne sais plus situer précisément dans la première décennie des années 2000 - à Paris, sur mon vélo, sanglé dans un imperméable mastic, alors que j'étais arrêté au feu rouge, deux américaines s'exclamèrent : « Waouh ! John Malkovich... » N'en déplaise à mon ego surdimensionné j'aurais bien du mal à me glisser dans la peau du grand John même si, pendant la semaine que j'ai passé dans un Riad à Essaouira, Vikash Dorassho qui y séjournait en famille, me gratifiait, à chaque fois que nous nous croisions, d'un « comment va notre John Malkovich ? »

 

Depuis ce jour, avec une étrange régularité, mes amis peuvent en témoigner, on me refait le coup, « vraiment vous ressemblez à… » et moi je n’arrive toujours pas à me glisser dans la peau de John Malkovich.

 

D’abord c’est un gamin, il a 5 ans de moins que moi, mais en laissant de côté le physique, et bien sûr le talent, ce cher John et moi avons des amours en commun : les chiffons et le Luberon.

 

Je l’écrivais dans une chronique du 20 août 2007 Dans la peau de John Malkovich 

 

« Bien m'habiller, c'est une manière de bien contrôler la situation. » ou « Faire des vêtements, c'est peut-être une façon de s'en guérir ».

 

À l’heure où resurgit le vieux clivage agressif de la guerre froide : Aigle américain-Ours russe dans les milieux souverainistes de droite et de gauche, John, qui s'exprime parfaitement dans la langue de Molière, mettant ainsi « les interprètes au chômage » comme le relève Pascal Mérigeau, en 2007, à la question de savoir « s'il se sentait encore américain depuis qu'il a choisi de vivre en France ? » répondait :

 

« Pour moi, être américain, c'est être international avant tout... Etre américain, ce n'est pas être pour ou contre Bush, c'est défendre une certaine capacité à savoir s'adapter à toutes les circonstances de sa vie. »

 

Moi ça me va très bien, se sentir chez soi partout, loin de tous les replis identitaires, citoyen du monde et tout de même né quelque part.

 

John est éclectique acteur, réalisateur, producteur, metteur en scène et même de scénariste trouve également le temps de concevoir sa propre marque de vêtements, Technobohemian et de produire du vin dans sa propriété du Luberon.

 

Et lorsqu'on lui demande où il puise l'envie de toucher à tous ces domaines, il répond: « La vie est brève et j'ai eu énormément de passions depuis mon enfance. Mais je n'ai jamais vraiment eu assez de temps pour les assouvir. Donc j'ai envie d'apprendre et d'étudier, de toucher à des domaines éloignés de mon métier, de nourrir ma curiosité. »

 

Du côté chiffon j’ai acquis je ne sais plus quand dans un magasin éphémère une veste en laine siglé Technobohemian très confortable, mais du côté vin je n’en avais jamais vu la couleur.

 

 

Jeudi dernier, sortant d’un rhume carabiné soigné avec succès avec des remèdes de bonne femme, cédant aux violons d’une bonne amie, je me suis rendu en métro à un pince-fesses dans le bar les dessous de Ginette…

 

IGP du Vaucluse, pas très sexy comme dénomination mais dans ma petite Ford d’intérieur je me disais peut-être bien que je vais y rencontrer le Piton du Luberon. Pour être clair j’étais un peu bougon au sortir de la ligne 12, l’une des pires, à la station Lamarck-Caulaincourt avec son ascenseur à bestiaux. Pas à prendre avec des pincettes le vieux, mais bon à la guerre comme à la guerre : quand faut y aller, faut y aller.

 

Muni d’un verre, outil du dégustateur que je ne suis pas, d’une tablette pour prendre des notes que je ne prends jamais, j’errais entre les bouteilles. Tout de même, tout au fond, une étiquette m’accrochait l’œil par son graphisme épuré. Original, me disais-je pendant qu’une voix derrière moi, comme en écho, m’indiquait « c’est le vin de John Malkovich ! »

 

 

LQLC : Les Quelles Lacoste, John a acquis une propriété de 8 ha, dont 6 plantés de vignes, Cabernet-Sauvignon, Pinot noir et bientôt Carménère, sise dans la commune de Goult au lieu-dit Lacoste.

 

L’étiquette est de sa main mais le vin est de celle d’un vigneron de Bonnieux, je l’ai goûté, c’est un rosé sympathique, bien fait, mais si je puis me permettre, cher John, il va falloir y glisser un supplément d’âme.

 

Je suis prêt à échanger sur le sujet John…

 

Pas toujours simple d’aborder certains sujets, pas vrai sieur Piton du Luberon mais bon, nul ne pourra me changer il faut toujours que je ramène ma fraise même sur les IGP…

 

Bref, l’accueil était fort sympathique et j’étais entouré que de filles, ce qui n’était pas pour me déplaire. Étrange, mais où sont passés les garçons remarquai-je auprès d’elles ? Réponse ironique : « y’a foot à la télé… » J’ai donc papillonné, un peu goûté, écouté et même fait des affaires.

 

L’IGP Vaucluse c’est l’ex-vin de pays du Vaucluse. Les vins de pays de département ont toujours eu bien de la peine à se faire une place au soleil aux côtés de dénomination plus suggestives telle Coteaux des Baronnies.

 

En Vaucluse elles voisinent avec les vins des Côtes-du-Rhône aux déclinaisons parfois prestigieuses comme Châteauneuf-du-Pape, et les vins du Luberon, il n’est donc pas très simple pour elles de se faire une place dans l’offre.

 

Et pourtant il y en a une et les IGP me semblent être un bon contrepoids au tout AOP cher au cœur de beaucoup de vignerons. Mais pour aborder le sujet il faut se débarrasser d’une approche purement règlementaire charriant tous les codes traditionnels des vins dit de qualité.

 

En parlant clair et simple : comment faire dans des conditions économiques acceptables pour les vignerons des gentils vins, agréables, à des prix abordables ?

 

C’était le défi qu’avait lancé Cap 2010, je ne suis pas sûr qu’il ait été relevé, nous en restons encore à une gestion du vignoble d’une autre époque et, sans vouloir jouer les oiseaux de mauvais augure, nous nous préparons des lendemains qui ne chanteront pas forcément.

 

Le sieur Michel-Edouard Leclerc dit MEL qui a du pif pour humer la tendance déclare dans son style racoleur à l’emporte-pièce « La demande évolue, et plutôt rapidement, un effet « bobo » s'est emparé de l'univers du vin, il est sorti de son image un peu figée et souvent élitiste. Les nouveaux consommateurs sont préconisateurs, ils achètent l'armoire à vin avant la voiture, c'est culturel, statutaire, et on note une véritable objectivation de la consommation qui passe par le goût, plus que par l'étiquette et le nom prestigieux. »

 

Il y a donc une place pour des vins simples et populaires mais encore faut-il qu’ils ne donnent pas l’impression d’être tous sortis du même moule uniforme et d’être les petits cousins de tous les vins produits dans le monde uniformisé.

 

Pas simple, mais ça mérite réflexion. Le buveur amateur que je suis, qui croise chaque jour ces étranges petites bêtes que sont ces nouveaux consommateurs, qui ne sont pas tous des bobos loin s‘en faut, qu’évoque MEL, se doit de le dire même si ça ne plaît guère.

 

 

Alors, cher John Malkovich, pour ce Luberon que vous aimez tant, sans forcément jouer la partition d’Angelina et de Brad, avec le vin de votre propriété qui, je le souhaite sera de plus en plus le vôtre, vous pouvez contribuer à la notoriété du petit peuple des sans-grades de cette belle région.

 

Tout commence au cep et fini chez nous tout au bout, dans nos verres : écoutez-nous !

 

Merci au président et aux animateurs de l’IGP Vaucluse de m’avoir invité même si j’ai la fâcheuse tendance à la ramener. J’ai passé une bonne soirée en très bonne et belle compagnie.

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1 octobre 2015 4 01 /10 /octobre /2015 06:00
« Premiers Crus » 1 Parker français qui a réussi se fait naturiste pour sauver le domaine familial qui part en couilles du côté de Corton

Ça part fort, imaginez 1 jeune mec trentenaire, ratiches aiguisées, mâchoire carrée, regard désabusé, débitant dans un palace, à la tronçonneuse, des commentaires et des notes de dégustation que sa collaboratrice transcrit sur un carnet. Black is black, grosse BMW, appart dans le cercle d’or parisien, ça douille sec pour le faiseur de guide vins. Y’en a dès que je connais qui vont être jaloux.

 

Du côté père c'est ronchon bourguignon, barbu bouchonné, et c’est la débandade, le domaine familial part en quenouille… en couilles si vous préférez.

 

Rajoutez à la sauce une NKM bourguignonne, fille du domaine d’en face, le meilleur forcément, « Mon royaume pour un cheval ! », des amphores, la découverte qu’il faut goûter le raisin pour savoir s’il faut vendanger, du foulage à la Derain en plus soft, et vous avez le film de Le Maire – pas le Bruno – mais Jérôme : « Premiers Crus »

 

Toujours dévoué à la cause du vin bourguignon je suis allé voir ce film au plus près de chez moi, à l’UGC-Gobelins, à la séance de 10H, c’est moins cher : 6,90 euros tout de même que le Président du BIVB devrait me rembourser. Bref, nous étions 6 dans une salle genre trou à rats.

 

 

Après la première séquence je me suis dit j’allais faire comme le Parker français qui a réussi : « Manque d’acidité, lourd, court… Mauvais 5/20.

 

Et puis je me suis ravisé.

 

Certes on ne fait pas un bon film avec de bons sentiments et des tonnes de clichés mais, par brefs instants, le réalisateur touche à une parcelle d’humanité. Tout n’est pas bon à jeter mais l’intrigue est bien convenue, le dialogue besogneux, la musique pompeuse et le happy end très américain. Gérard Lanvin a de la gueule et la mère de la NKM est bien campée.

 

Pourquoi me suis-je ravisé ?

 

Tout bêtement parce que le grand public, abreuvé de séries télévisées, peut trouver du charme à ce film tendance Harlequin, les sagas familiales ça plaît bien au peuple cher à Michel Onfray.

 

Et puis, ce que j’aimerais bien connaître c’est l’opinion du vigneron bourguignon : se reconnaîtrait-il dans ce film ?

 

Moi, ce qui me plairait c’est que le BIVB organise une projection à laquelle seraient invités que des vignerons suivi d’un débat avec le réalisateur. Ça aurait plus d’intérêt que les écrits laudateurs de la presse dite du vin et des critiques féroces de la Presse Parisienne.

 

Merci au Président et au Vice-Président de bien vouloir me répondre.

 

Moi j’ai fait le boulot à eux de faire le leur…

 

NB. L'un des grands moments de poilade du film est l'arrivée au domaine, en Porsche Cayenne noire, du staff d'un jeune négociant bordelais, habillé croque-mort tendance, sortis de l'INSEEC, pour acheter le stock... 

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29 septembre 2015 2 29 /09 /septembre /2015 06:00
Gueules de Vignerons d’Anjou, Histoire de femmes et d’hommes « qui ont fait de leur métier plus qu’un métier, de leur activité plus qu’un marché. »

Dieu sait que des estrades j’en ai foulées : sont-elles le meilleur lieu pour échanger entre lecteurs et écrivains ?

 

À l’Espace du Fresne de Savennières pour « Terres à Livres » le plateau était beau sous la houlette souriante de Danièle Sallenave de l’Académie française, auteur du Dictionnaire amoureux de la Loire, Jean-Paul Kauffmann et Patrick Deville y étaient invités à dialoguer avec une assistance nombreuse et attentive.

 

 

Gueules de Vignerons d’Anjou, Histoire de femmes et d’hommes « qui ont fait de leur métier plus qu’un métier, de leur activité plus qu’un marché. »
Gueules de Vignerons d’Anjou, Histoire de femmes et d’hommes « qui ont fait de leur métier plus qu’un métier, de leur activité plus qu’un marché. »

Ils l’ont fait, fort bien fait et ce fut très intéressant.

 

Mon propos de vieil homme indigne, grand fouleur en son temps d’estrades en tout genre avec micro rétif et étiquette sur tapis vert, va se concentrer sur la forme de ce genre d’exercice.

 

Pourquoi si haut ?

 

Pourquoi cette distance ?

 

Pourquoi cette gentille pompe avec plantes vertes au bas de l’estrade ?

 

Le dialogue a un besoin de proximité pour s’instaurer, et si je puis dire pour se réchauffer, prendre une tournure plus simple et conviviale.

 

Le demi-cercle enveloppant les invités, sans doute légèrement surélevés pour qu’on puisse mieux les voir, me paraît être la bonne disposition pour donner à l’exercice un côté veillée au coin du feu.

 

Ensuite, la technologie permet d’équiper les intervenants de micro-cravate qui leur permettrait, comme dans l’échange, de pouvoir s’y insérer avec plus de liberté et de souplesse. Un peu de désordre, sans aller jusqu’au foutoir de Droit de Réponse de Michel Polac en son temps, de spontanéité ne sauraient nuire à l’échange.

 

Quant aux intervenants du public, il leur suffit de se lever, de se présenter – l’organisatrice l’avait d’ailleurs demandé mais nul ne s’y ai plié – et de lancer ou relancer le dialogue. Mais c’est là où, comme souvent dans ce genre d’exercice, le bât blesse, certains intervenants pratiquent l’art du monologue en de longs tunnels et la conversation s’enlise.

 

Voilà, c’est écrit, c’était la minute de l’ancien 68 hard, blanchi sous le harnois des débats échevelés et enfumés. J’espère que l’on m’absoudra de ces quelques remarques sur la forme et que pour pénitence on ne me privera pas des gorgées du chenin des Gueules de Vignerons d’Anjou que j’aime bien.

 

Rassurez-vous j’ai passé un excellent après-midi, je n’ai pas vu le temps passer, j’ai même pris des notes sur un petit carnet, j’ai acheté des livres à crédit au libraire présent Librairie Lhériau 10, place de la Visitation à Angers, j’ai invité Danielle Sallenave à venir s’encanailler avec les vins nus du Lapin Blanc et je suis allé à pied boire des canons chez l’ami Patrick.

 

C’est charmant Savennières, j’y reviendrai, et son festival Terres à Vins, Terres à Livres ne peut qu’intéresser le vieil amoureux de livres que je suis. Longue vie à lui avec un petit zeste de folie en plus pour faire venir à lui les générations Y.

 

En attendant pour vos futures longues soirées d’hiver je ne saurais trop vous recommander de lire, c’est la meilleure thérapie douce que je connaisse pour combattre l’esprit morose de notre temps.

 

Daniele Sallenave - Bibliographie - Bibliothèque nationale

 

Jean-Paul Kauffmann Biographie et informations 

 

Patrick Deville Biographie et informations 

 

Et puis, puisqu’ici c’est Vin&Cie je vous conseille d’acheter pour mettre dans les petits souliers de ceux que vous aimez le magnifique ouvrage : Vignerons d’Anjou Gueules de Vignerons du photographe Jean-Yves Bardin avec des textes de Patrick Rigourd.

Gueules de Vignerons d’Anjou, Histoire de femmes et d’hommes « qui ont fait de leur métier plus qu’un métier, de leur activité plus qu’un marché. »

Dans sa préface, Étienne Davodeau, l’auteur de la BD culte Les Ignorants écrit qu’en Anjou, comme ailleurs, « depuis quelques années une révolution discrète » et qu’un « dialogue plus fécond s’est instauré entre le ciel d’Anjou, ses terroirs et ses cépages. »

 

Histoire de femmes et d’hommes « qui ont fait de leur métier plus qu’un métier, de leur activité plus qu’un marché. »

 

« Une aventure qui, comme toutes les aventures ne supporte guère la demi-mesure… »

 

Ils prennent des risques mais les assument, et ce n’est pas forcément la nature qui les menace mais plutôt les carcans d’un système dominant.

Gueules de Vignerons d’Anjou, Histoire de femmes et d’hommes « qui ont fait de leur métier plus qu’un métier, de leur activité plus qu’un marché. »
Gueules de Vignerons d’Anjou, Histoire de femmes et d’hommes « qui ont fait de leur métier plus qu’un métier, de leur activité plus qu’un marché. »
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28 septembre 2015 1 28 /09 /septembre /2015 06:00
L’écrivain n’est pas maître dans sa maison selon Henri Michaux mais tous les chenins d’Anjou mènent aux livres…

J’écris beaucoup, trop diront certains, mais je ne suis pas un écrivain, au mieux un chroniqueur stakhanoviste, au pire rien qu’un poseur de mots qui a fait sienne la conception de Vialatte, l’inventeur de la chronique en tant que genre littéraire « une chronique il faudrait la faire pousser comme une herbe dans les fentes d’un mur, dans les pierres de l’emploi du temps ».

 

Souvent, il m’est posé la question : « pourquoi n’écris-tu pas un roman ? »

 

C’est simple, je peux vivre que d’amour et d’eau fraîche mais je ne peux me passer de livres et plus je lis plus je me dis que je n’ai pas l’étoffe d’un écrivain.

 

De plus je suis un ramier, un promeneur, un flâneur qui n’écrit que sous l’empire de la nécessité et, en dépit de mon incommensurable orgueil, ou peut-être à cause de lui, celle-ci ne m’a jamais poussée dans mes derniers retranchements.

 

J’ai pourtant prêté ma plume, comme l’ami Pierrot, à des pointures, fait le nègre pour des discours qui sont stockés dans l’ombre des cartons des Archives Nationales.

 

Mais avec moi il ne faut jamais dire jamais, un jour peut-être, sur le tard, je me jetterai à l’eau et besogneux et obstiné je tirerai des lignes en acceptant de ne plus être maître dans ma maison.

 

Que Sera Sera…

 

En attendant je tire des bords sur les rivages des gens que j’aime ça suffit à mon bonheur.

 

Patrick Baudouin fait partie de cette poignée d’amis fidèles et sincères. C’est un initiateur, de ceux qui, bien avant que la cohorte des récupérateurs ne s’empare du dernier sujet tendance, ont rament dans une toute petite barque sous les quolibets des bien assis.

 

 

 

Mon esprit d’escalier associe la barque à l’île de Behuard.

 

Dans mon petit roman du dimanche j’ai écrit « Ils avaient 20 ans en 68, ils partaient de Nantes, et ce furent de bien beaux jours dans leur vie pour aller à Béhuard-sur-la Loire… »

 

« Elle lui a dit « Imagine-nous sur les routes désertes – c’était les derniers jours d’un mois de mai en 68 – filant vers Paris, la capote de notre deuche découverte, cheveux au vent. Non, toi seulement. Moi, je me mettrai un foulard noué derrière le cou, très Jan Seberg. Aux carrefours nous passerons sous les regards étonnés des pandores. « Bonjour, bonjour les hirondelles... » Nous serons les rois du monde. »

 

J’avais promis à Patrick d’aller déjeuner aux Tonnelles, sur cette île, chez Gérard et Catherine à Behuard mais, sans doute contaminé par mon séjour prolongé auprès des politiques, je n’ai pas tenu ma promesse. La faute aussi à mon cœur d’artichaut.

 

Mais le Patrick me pardonne tout, ou presque, et alors que je filais sur l’Océane vers «Terre de Vins » « Terre de livres » le festival littéraire de Savennières où il a déposé ses affaires, sur l’aire de la Poêle Percée je lui ai demandé « où pourrais-je manger avant d’aller penser ? »

 

Et la réponse est venue sur l’écran de mon grillon moderne : « Va déjeuner sur une Île à Angers ! C’est là que Gérard et Catherine se sont installés depuis qu’ils ont quitté Behuard… »

 

Toujours avec l’aide de mon grillon qui sait tout faire et qui cause « dans 200m au prochain giratoire prenez la 3ième sortie… » j’y suis allé sans me tromper – parigot tête de veau que je suis devenu je suis perdu dès que je saute le périphérique… »

 

 

Calme et volupté de la douceur angevine, j’ai déjeuné à satiété, celle du jour, légère et savoureuse ; bu un verre d’un Chablis de mes amis Olivier et Alice de Moor. Avant de partir, Catherine m’a tracé sur l’échine de l’addition un chemin des écoliers pour joindre Savennières.

 

 

Ça réconforte, merci pour tout.

 

Suis donc passé par des petites routes bocagères avant d’arriver à Savennières pour jouer à Tintin reporter avec mon petit Leica en bandoulière.

 

Faisait très beau, j’ai fait quelques photos et me suis tranquillement installé au flanc de l’estrade pour écouter.

 

Comme je suis un petit cachotier je ne vous ai pas de suite mis au parfum qu’à ce festival littéraire de Savennières, mêlant terroir de vins et terreau de livres, les organisateurs avaient invité un écrivain qui aime le vin, un amateur, Jean-Paul Kauffmann.

 

JPK et moi nous sommes rencontrés qu’une seule fois dans un TGV qui nous menait en Bourgogne, depuis le lien qui s’est tissé entre nous est le fruit de la lecture de ses livres et de mes petites chroniques déposées chaque matin dans sa boîte électronique.

 

Nous correspondons sans nous écrire, sans échanger de lettres, ce qu’écrit Jean-Paul Kauffmann me permets, comme il le dit lui-même à propos de la dégustation des vieux millésimes de remonter « le sens interdit du temps… », de toujours aller vers l’origine, de savoir se mettre à nu avec pudeur, de chercher la bonne distance… et peut-être un jour, comme lui, de me faire écrivain.

 

La suite de cette chronique demain… en attendant je vous propose la lecture ou la relecture de mes chroniques kauffmanniennes :

 

29 janvier 2008 Trois questions à Jean-Paul Kauffmann... 

 

4 mai 2009 Le vin a-t-il encore une âme ? la réponse de Jean-Paul Kauffmann 

 

16 novembre 2011 « J’ai toujours eu un faible pour les sciences inexactes… » de l’art de la dégustation par Jean-Paul Kauffmann… 

 

8 août 2012 Jean-Paul Kauffmann « j’ai toujours aimé l’entre-deux. Tous les mondes que j’ai visités étaient flottants, situés à la limite.» 

 

12 février 2013 J’ai remonté la Marne avec Jean-Paul Kauffmann jusqu’à ce qu’elle se désincarcère de sa chape urbaine, que la ville recule… 

 

4 avril 2013 À Sainte-Hélène les anglais ne servaient que du bordeaux à Napoléon alors qu’il avait une prédilection pour le bourgogne

 

12 août 2013 Il n’y a que Jean-Paul Kauffmann pour aller boire un côtes-de-provence au val Travers sur l’île de la Désolation

 

3 juin 2014 « Il n’y a qu’un seul endroit au monde pour conserver le bordeaux, ce sont nos caves de Champagne… » réédition opportune de 2 livres de Jean-Paul Kauffmann en 1 seul. 

 

11 juin 2015 Le GO des vins des Riceys qui c’est ? Demandez à JP Kauffmann qui a le sens de la géographie humaine… 

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27 septembre 2015 7 27 /09 /septembre /2015 06:00
Afin de ne plus travailler le dimanche, ce qui est péché, aujourd’hui je vous conte la Sainte-Enfance avant d’aller descendre ma chopine de blanc

Au Bourg-Pailler, la tante Valentine, sœur de mémé Marie, veuve de guerre 14-18, veillait avec un soin constant et intransigeant à ce que les hommes arrivassent à la grand-messe dominicale à l’heure. Avant de partir, fort en avance, précaution inutile car nous avions un banc, elle rappelait que la pendule montait vers 10 heures, ce qui signifiait dans son langage : le compte à rebours entre dans sa dernière ligne droite.

 

Pour ne rien vous cacher, les hommes s’en fichaient pas mal mais ils ne mouftaient pas. La messe pour eux c’était une figure imposée qui se terminait au café pour taper le carton, aluette ou belote, et descendre des« fillettes de blanc». (0,35 cl)

 

La première friction entre elle et mon père vint avec l’irruption dans les champs de la moissonneuse-batteuse : ne pas travailler le dimanche relevait, en cas de beau temps, d’un mépris pour la conscience professionnelle. Le débat fut vite tranché : les moissonneuses-batteuses allèrent aux champs le dimanche.

 

Je dois avouer que le débat sur le travail du dimanche, dans les 2 camps, les pour et les antis, ne m’a jamais passionné. J’ai toujours travaillé le dimanche.

 

Bref, maintenant que je n’en fous pas une rame 7 jours sur 7, je n’ai plus envie de travailler le dimanche, alors ce matin j’ai décidé de vous parler des œuvres de la Sainte-Enfance qui font référence à mon passé d’enfant de chœur (servir la messe du dimanche c’était bosser pour le curé)

 

Le 23 février 2007 j’écrivais :

 

Quand j'étais enfant, et enfant de chœur, une fois par an, nos très chères sœurs de Mormaison et nos très chers frères de St Louis Grignon de Montfort, nous costumaient pour la journée des œuvres de la Sainte-Enfance. Ainsi, je quêtais, moi le petit chrétien, habillé en petit mandarin pour sauver un petit païen.

 

Cette œuvre, qui existe toujours, sous l'appellation : œuvres de l'Enfance Missionnaire, a été créé pour la propagation de la foi, en 1843 par Mgr Forbin-Janson. La première cible d'évangélisation fut la Chine. Cette oeuvre connut une expansion prodigieuse, d'abord en Europe, puis en Amérique. Aujourd'hui elle est présente dans 150 pays dans le monde.

 

Si vous allez ICI vous pourrez admirer 6 petites illustrations qui ont trait aux boissons.

Afin de ne plus travailler le dimanche, ce qui est péché, aujourd’hui je vous conte la Sainte-Enfance avant d’aller descendre ma chopine de blanc
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