Mercredi 8 août 2012 3 08 /08 /Août /2012 00:09

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Jean-Paul Kauffmann est né 4 ans avant moi, le 8 août 1944, juste au-dessus de chez moi en Mayenne avant de migrer à l’âge de 9 mois avec ses parents qui venait d’acheter une boulangerie en Ille-et-Vilaine, dans un bourg, au sud de Rennes nommé Corps-Nuds. Comme lui « j’ai passé toute ma jeunesse dans une société rurale identique à celle des années 1930, laquelle était la même qu’avant la Première Guerre mondiale de 1914. Il y avait encore des chevaux, des bourreliers, un hongreur (celui qui castraient les chevaux) » Nous avons donc connu l’ordre ancien, c’est-à-dire le vieux monde. L'illustration ci-dessus est de Richard Yeend.


Comme lui « j’avais une grande liberté ». Comme lui j’accompagnais, moi mon père, lui son père ou sa mère, dans des tournées dans les coins les plus reculés de la campagne. Comme lui « j’ai connu des gens qui vivaient avec des poules dans la maison, le sol en terre battue. » Comme lui, un peu plus jeune que lui, j’ai connu le pensionnat et je partage avec lui ce qu’a dit Flaubert « Quiconque a connu l’internat à l’âge de 11 ans sait tout de la société. » Comme lui « j’ai été plongé dans un monde impitoyable, cruel, basé sur la force. Un monde clos où il n’y avait pas d’élèves externes. » Comme  lui il m’a fallu trouver un dérivatif et ce fut la lecture. « Je n’avais personne pour me guider ; j’absorbais seul en entrevoyant quelque chose de mystérieux : la vie rêvée, la littérature, cette vie  « pleinement vécue » dont parle Proust. »


Lui est devenu journaliste, puis écrivain, moi j’ai pris un autre chemin et là s’arrête mon comme lui, même si j’ai toujours un réel sentiment de proximité secrète avec lui. Je ne sais s’il lit encore mes chroniques mais il fut un temps où je le comptais dans mes lecteurs assidus. Sans nous suivre à la trace, nous nous retrouvons de temps en temps, pas physiquement bien sûr, mais au travers des traces écrites que sont ses livres. Aujourd’hui, c’est dans le N°19 de la revue XXI qu’il m’a donné signe de vie dans une conversation « l’enchantement d’être vivant » qu’il a eu avec Pierre Bottura, un jeune homme qui travaille dans une maison d’édition.


Face à ce texte je me suis dit : vais-je privilégier le Jean-Paul Kauffmann amateur de vins, ce qui serait logique dans un espace de liberté dédié au vin ? Il répond à la question « comment avez-vous découvert le vin ? » et il y a, comme toujours avec Jean-Pierre, une belle réflexion sur le vin capteur du temps passé. « Le vin est la seule matière vivante qui devient délectable en vieillissant, je n’en connais pas d’autres. Avec l’histoire, il permet de remonter le sens interdit du temps. » Je vous ai mis en appétit ? C’était le but, si vous souhaitez découvrir l’intégralité des propos de Jean-Paul il vous faudra acheter XXI : 15,50€. La revue ne vit que de ses ventes et le contenu est vraiment de très haute tenue. Soutenez l’écrit de qualité, chers lecteurs, achetez ! Ça représente à peine 15c d’euro par jour (c’est un trimestriel).


Mon choix s’est porté sur un voyage que Jean-Paul a effectué le long de la Marne, du confluent avec la Seine jusqu’à sa source qui va faire l’objet d’un livre. «  Ces 530 kilomètres incluent un rapport au temps, au silence ainsi qu’aux gens rencontrés. Je me suis attaché à décrire des êtres qui vivent dans une forme de retrait. Faute de mieux, je les appelle les « conjurateurs » : ils conjurent les esprits maléfiques d’aujourd’hui tels que la lassitude, le goût de la dévastation, la jouissance du mal et de l’avilissement.


Vous n’imaginez pas le nombre de gens qui vivent dans les interstices de notre société. Le monde actuel a beau être quadrillé, il existe encore beaucoup de trous, de failles. Pendant ce voyage, j’ai rencontré des personnes qui vivent dans une forme de dissidence. S’ils ne sont pas dupes du système, ils ne revendiquent pas non plus. Disons qu’ils ne sont pas pris dans le jeu et se tiennent dans les fissures, les écartements de notre société. Ce ne sont pas non plus des résistants, leur société n’est pas secrète. Ils peuvent être chômeurs, avoir un travail.


Sans être des exclus de notre époque, ces conjurateurs ne veulent pas faire partie du flux. Ils viennent d’horizons très différents… »


Suivent des quelques croquis de ces conjurateurs… à lire donc si vous faites l’emplette de XXI… « Promenez-vous à travers la France, vous en rencontrerez beaucoup. Notre pays est rempli de mini-sociétés. Il favorise encore une multitude d’ilots. Voilà  ce qui m’intéresse. À ma façon je suis comme eux. J’ai toujours aimé l’entre-deux. Tous les mondes que j’ai visités étaient flottants, situés à la limite. »


Ha, les plis et les replis de la France, les territoires secrets, les gens de peu, j’attends avec impatience ce livre, cher Jean-Paul Kauffmann et profite du jour pour vous souhaiter un bon anniversaire avec un « vin perdu » tel le Vouvray 1947 que vous aviez dégusté, sur le coup de 11 heures, avec Gaston Huet, ancien maire de Vouvray, aujourd’hui décédé.


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Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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