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               Vin&Cie, l'espace de liberté

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La photo est signée par Elisa Berthomeau©

 

Mercredi 28 mai 2008 3 28 /05 /Mai /2008 00:04

Le bon vin réjouit le coeur de l'homme. Proverbe tiré d'un passage de la Bible (Ecclésiaste Chap. XL... verset 20). L’histoire qui suit, celle du père Baty, « le dernier des marchands de vin » de Montparnasse selon Apollinaire l’illustre avec les extravagances et les hautes couleurs des riches heures du Montparnasse des artistes, des écrivains assidus de son chapelet de cafés : Le Dôme, La Rotonde, Le Select et la Coupole… L’âge d’or.

 

Le père Baty, lui, est un mastroquet – tenancier d’un débit de boissons, le terme troquet dérive de cette appellation – sorte d’auberge de campagne, au coin des boulevards Raspail et Montparnasse. Né à Nohant, la patrie de George Sand, il y a été apprenti pâtissier et, à ce titre, il a livré une grosse tourte à la « bonne dame » mais il est plus féru de bons crus que de l’œuvre de l’auteur de la Mare au diable. Pour la suite de l’histoire je laisse la plume à Jean-Paul Caracalla auteur d’un Montparnasse L’âge d’or chez Denoël 1997 remarquable.

 

« Avec cet air grognon qui ne le quitte guère, le père Baty reçoit dans son restaurant le Tout-Montparnasse des arts et des lettres. Giraudoux l’amadoue en lui révélant les amours ardentes de George Sand ; Apollinaire y entraîne des renégats de Montmartre, Salmon et Carco ; tandis que Cocteau écoute les propos édifiants de Max Jacob, nouveau membre de l’église militante. Le peintre Charles Guérin, émerveillé par les boutades et saillies du dessinateur-graveur Bernard Naudin, en oublie de boire son Vouvray pétillant, puis assure à la cantonade qu’une bouteille à chaque repas est la juste mesure d’un honnête homme.

    Le peintre Diriks, quant à lui, n’a jamais oublié le Beaune, à quatre francs la bouteille, vidée un soir chez Baty. Communiquant son enthousiasme à ses amis et connaissances de sa lointaine Scandinavie, il est, depuis, le placier le plus actif des vins de Bourgogne en Europe du Nord.

    Chez Baty, le client oublie le fricot médiocre en buvant un Chateauneuf-du-Pape gouleyant, un Beaune admirable, un Montlouis exquis, et ce, à petits prix. Le patron éprouve pour sa cave une sollicitude inquiète. On le voit dans la salle humer le vin des clients en chauffant le verre dans sa main pataude et remplacer la bouteille si, au nez ou au palais, il ne l’estime pas suffisamment accompli.

    Une fille morte prématurément, un fils tué à la guerre, le père Baty n’a personne à qui confier la clef de sa cave. Il se retire dans sa petite villa de la Marne, évoquant, dans la solitude, les chaudes soirées de Montparnasse et l’ardoise que Trotski lui a laissée.

    Si le Tout-Montmartre déserte peu à peu la Butte pour Montparnasse, Achille, l’ancien garçon et disciple de Baty, repreneur du fonds, n’en a cure. À quelques temps de là, il s’installe en haut de la rue Lepic. L’élève ayant, dit-on, surpassé le maître, on voit alors, en dépit de la vogue, certains amateurs de grands vins reprendre le chemin de la Butte : Bonum vinum laetificat cor hominis et pour cela qu’importe le lieu."   

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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