Vin&Cie, l'espace de
liberté
Chaque jour, avec votre petit déjeuner, dans ce petit espace de liberté, une plume libre s'essaie à la pertinence et à l'impertinence pour créer ou recréer des liens entre ceux qui pensent que le vin c'est " un peu de douceur, de convivialité, de plaisir partagé, dans ce monde de brutes..."
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L'encre des vacheries de François Simon, dans son dernier opus "Aux innocents la bouche
pleine" chez Robert Laffont, sur le petit monde des étoilés et autres tables diverses et variées, est très rouge sang. La plume est assassine dans la plus pure tradition vacharde.
Pour faire passer ses traits acérés, le dandy culinaire, très Paris-Première, se complaît souvent dans le style détaché des privilégiés, de ceux qui
en sont, revenu de tout et de rien, et qui aiment par-dessus tout qu’on le sache. La sauce est parfois allongée pour faire dans le genre écrivain, mais peu importe, les écrits des écrivains de
table sont aussi inutiles et futiles que les dessous affriolants des filles mais quel extrême plaisir que de les effeuiller. La jouissance a souvent des ressorts si peu avouables que notre
vieille et poussive tradition judéo-chrétienne nous a appris à les enfouir au plus profond. J’avoue, sans aucune honte, faire parti de la tribu de ceux qui explorent toute la palette des plaisirs
sans modération mais avec un goût immodéré de la rareté. Si vous êtes ainsi fait, ou si vous aspirez à le devenir, je vous conseille de lire le livre de François Simon au lit – façon Jean-Pierre
Léaud : Antoine Doinel et Claude Jade : Christine Darbon dans Domicile Conjugal de François Truffaut – ça détend, ça apaise avant de tomber dans les bras de Morphée, ça vaut mieux
que de compter les moutons. Extraits les plus saignants d'un ensemble à l'image de beaucoup de tables à la mode : c'est joli à voir mais on sort souvent avec une belle faim chevillée au corps.
Seul avantage : vous ne risquez pas la surcharge pondérale, ça n'encombre guère la mémoire, sitôt bu sitôt pissé, pardon sitôt lu sitôt oublié.
« Il y a une vingtaine d’années, c’était à Noël, le 20 décembre 1985, nous sortions d’un repas insensé ; de ce genre calvaire breton fait de granit et de chagrins salés. Les vins
avaient dû couler à flots ; avec probablement l’adéquation scandée par les spécialistes : le gras avec le gras (le sauternes sur le foie gras), les vifs avec les toniques (le muscadet
sur l’iode), les ronds avec les dodus (bourgogne avec volaille), les délurés saignants avec les tordus (côtes-du-rhône sur gibiers) pour tout avouer, ce genre de redondance appartient à l’esprit
de la sommellerie que je soupçonne de courte vue. Avec eux le monde semble sortir d’une vignette d’école maternelle. Un lapin se cache dans le paysage… Sauras-tu le retrouver ? Du gras avec
du gras, certes, et pourquoi pas rajouter du beurre salé sur le pain de campagne toasté, du saindoux en cube. Il y a un angélisme bien carré, un bon sens (joliment antipopulaire) qui les pousse à
boire des vins trop chauds (champagne, vins blancs) dans des verres trop petits, en quantité trop grande. Ah les sommeliers…, il faudrait peut-être
les noyer et nous laisser boire à notre guise… »
* chez Alain Senderens Lucas-Carton
« Dans ce passage *, il y avait aussi un bar à vin, tenu par Mark Williamson et Tim Johnston. C’est ce dernier qui m’a
appris le vin. J’ai beau demander à mes confrères œnologues de me donner les clés de la cave, ils n’étaient pas tellement chauds pour entrouvrir le caveau. Ils étaient au frais, bordés de
bouteilles pour trois générations, pourquoi laisser rentrer les juniors. Ce pli de rapiat est sans doute leur marque de fabrique. Mêmes leurs articles étaient empreints de cette suffisance
égoïste. Pas étonnant que les Français n’y pigent que couic en vin, leurs spécialistes sont endormis dans leur hamac, pelotonnés contre leur magnum de morgon. Tim, lui, commença à m’apprendre la
prononciation correcte des vins des « kôt diou rwone » : « kôt rwotiii, tchat’o’nef du ‘pap et autres kôôôônasses… »
* passage Berryer place de la Madeleine
" Ce soir-là, avec un camarade, nous avions décidé de demander une belle bouteille pour saluer un évènement (la brasserie * c'est cela aussi). Mal nous en prit en choisissant un grand vin de
Bourgogne à 118 euros : de la flotte. Que voulez-vous ? le jour où la Bourgogne cessera de faire des vins transparents, freluquets (mais prétentieux), le jour où les restaurants cesseront
d'ajouter des marges saignantes, on reviendra vers elle. Il existe des Bourgognes extra, pas chers, mais pourquoi donc se planquent-ils ? "
* chez Georges porte Maillot
Après de tels amuse-gueules ceux qui trouvent que j'ai la dent dure vont sûrement me trouver trop gentil, complaisant même. Quand aux corporations mises en cause rien ne leur interdit
de riposter : les commentaires sont ouverts sur l'utilité des critiques gastronomiques...
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