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11 décembre 2006 1 11 /12 /décembre /2006 00:08

Scène ordinaire du 20 heures, assis face à la caméra, un pauvre bougre, le regard apeuré, une bouille de chien perdu. Gros plan sur ses mains, elles tremblent, elles tremblent beaucoup. Retour en plan serré sur l'homme, il parle. Il nous parle de son métier commencé jeune, un métier dur, poissonnier, levé tôt, le froid, les petits verres avant de commencer pour se donner du coeur au ventre, puis d'autres avec ses collègues, aux pauses, après le bouleau, tard le soir. L'enchaînement, la routine des jours, il ne sait dire combien de litres il ingérait. Lucide tout à coup, l'oeil de la caméra l'y pousse sans doute, il concède " beaucoup de petits verres ça finit par faire beaucoup. Etait-il violent ? " Oui, quand j'étais jeune. Mais pas pour..." Il se tortille, tord ses mains. Honte refoulée, il se défend " je voulais qu'on me laisse tranquille..." Violence, douleur intérieure, misère simple, détresse profonde : qui pouvait l'aider ? Lui a-t-on dit qu'il fallait s'arrêter ? Non, personne, seul son petit fils lui a demandé pourquoi ses mains tremblaient autant ? Cancer de l'oesophage, chimio, et pourtant il continue de boire deux litres par jour. Clap, fin de la séquence, Pujadas enchaîne, l'air contrit, peut-être réprobateur. C'était la contribution obligatoire aux Assises de l'Alcoolisme.

Le matin sur France Inter, le Ministre en charge du dossier, présentait comme une victoire herculéenne contre le lobby du vin, l'apposition du logo femmes enceintes sur les bouteilles. Il défendait, avec la conviction ordinaire de la fonction, un bilan globalement positif des campagnes de prévention. On a les victoires qu'on peut. Les chiffres sont implacables. Nous sommes au-dessous du niveau de l'acceptable. La faute à qui ? Au lobby du vin qui martèle, inonde les médias de messages incitatifs précipitant pêle-mêle les pauvres bougres, des Chabaliers, des jeunes urbains ou ruraux sur les bords de bars pour s'enfiler petits verres sur petits verres ! Ce serait risible si l'alcoolisme ne restait pas un lourd fléau social. Les structures de santé publique, faute d'une implication citoyenne, en sont réduites à fabriquer du vent, à laisser accroire que les outils mis en avant sont efficaces. Je comprends la solitude des soignants. On nous dédouane à bon compte. Le téléspectateur s'appitoie sur le pauvre bougre mais sitôt sorti de son canapé il ne se soucie guère du collègue qui piccole ou d'un proche qui s'enfonce dans la détresse.

Dans ma vie professionnelle, patron d'un site de vin, 600 salariés, ouvriers, caristes, chauffeurs... j'ai toujours été attentif à ces situations personnelles difficiles. Tâche ardue, la tentation était permanente pour beaucoup, les risques d'accidents du travail amplifiés, et aussi parce que certains n'hésitaient pas à transformer le local syndical en bar où l'on sifflait des petits jaunes. Comment faire ? Trouver des relais dans le personnel, être présent tous les jours, écouter, parler mais aussi exercer son autorité. Ne jamais démissionner. Certes c'est la sphère privée mais c'est aussi le maintien d'un lien social. Tout attendre d'en haut, renvoyer les problèmes aux spécialistes nous conduit à des sociétés froides et rigides où l'on demande à la sphère publique de prendre en charge des problèmes qu'elle saura jamais résoudre. Alors de grâce que l'on cesse de nous servir de l'émotion en kit : un jour l'alcoolique, le lendemain le môme malnutri du Darfour, et le surlendemain le SDF des Restau du coeur pour que nous nous contentions d'une compassion de salon. Pour rajouter une louche à nos égoïsmes de nantis le même jour on présentait un sujet sur des seniors écossais vivant dans des résidences champêtres interdites aux enfants, pas aux chiens. Alors à ce rythme là où allons-nous ?  

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10 décembre 2006 7 10 /12 /décembre /2006 00:15

Ma sociologue de Pervenche, toujours en recherche d'une connexion avec le peuple, avait tâté du terrain en arpentant les fermes du canton de la Chapelle et elle avait commis un mémoire sur " le métayage ou la survivance du servage au profit des grands latifundiaires de la noblesse ". Cet opus touffu, gentiment orienté, avait bien évidemment comblé d'aise son comte de père qui comptait parmi les plus grands propriétaires foncier de la région et, à ce titre, présidait la section des bailleurs ruraux. Pour Pervenche, Joseph Potiron, qui l'avait guidé et conseillé pour ce travail, représentait l'image vivante de la pertinence de sa thèse. Depuis elle faisait partie de la famille Potiron. Comme le disait Joseph, avec un sourire, c'était une vraie famille, solide, où le patriarche, Donatien, soixante et onze ans, avait appris à ses sept enfants  " à ne pas être des valets ". Un dimanche, avant de nous rendre au manoir familial, nous avions fait un détour chez les Potiron pour trinquer. Ils rentraient de la messe. Connection immédiate, nous n'avions pas vu le temps passer et, ce jour-là, nous étions rentrés pompettes et les Anguerand de Tanguy du Coët avaient déjeuné froid. 


Dans ce pays, où la vigne voisine les vaches et des boisselées de blé, la cave est un lieu entre parenthèses. Au café, les joueurs d'aluette, se contentaient de baiser des fillettes, ce qui, dans le langage local, consiste à descendre petit verre après verre, des petites bouteilles d'un tiers de litre à gros culot, emplient de Gros Plant ou de Muscadet. Ils piccolaient. A la cave, le rituel était différent. Certes c'était aussi un lieu d'hommes mais le vin tiré directement de la barrique s'apparentait à une geste rituelle, c'était un soutien à la discussion. Dans la pénombre, le dimanche après-midi, tels des conspirateurs, les hommes déliaient leur langue. Ces peu diseux disaient; ils se disaient, ce qu'ils n'osaient dire à l'extérieur. Echappant à la chape qui pèse sur eux depuis des millénaires, ils se laissaient aller. Les maîtres et leurs régisseurs en prennaient pour leur grade, surtout ces derniers, supplétifs visqueux et hypocrites. Ces hommes durs et honnêtes se donnaient la main pour soustraire du grain à la part du maître. Le curé, lui aussi, recevait sa dose, en mots choisis, faut pas blasphémer. Pour lui taper sur le râble, ils raillaient leurs bonnes femmes, culs bénites, auxilliaires dévotes de leur servitude. Et quand le vin les y poussait un peu, les plus chauds, versaient dans leurs exploits de braguette.


Chez les Potiron, la JAC aidant, leur prosélytisme un peu naïf, ce tout est politique, avait bien du mal à briser la carapace de servitude affichée par beaucoup de ces hommes méfiants vis à vis de l'action collective. Alors le Joseph il donnait l'exemple, se surexposait, ne se contentant pas de récriminer dans le dos des maîtres. Syndicalement il leur tenait tête. Qui peut imaginer aujourd'hui que le Joseph s'était trimballé dans le patelin avec un drapeau rouge flottant sur son tracteur ? On l'avait traité de communiste, ce qu'il n'était pas. Comme dans l'Espagne de la guerre civile les bonnes âmes lui ont taillé un costard de quasi-violeur de bonnes soeurs. Pour l'heure, avec les deux Bernard, nous dressions des plans de mobilisation pour la grande manif du 24 mai où les paysans, allant au devant du mouvement populaire, investiraient la Centre ville pour poser un acte symbolique, rebaptiser la place Royale : place du Peuple.    

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9 décembre 2006 6 09 /12 /décembre /2006 00:01

Mon attrition fut de courte durée, je sais si bien envelopper mes séismes intérieurs. Même si je ne voulais pas me l'avouer la révélation de Pervenche m'exonérait de rompre un lien qui, tôt ou tard, m'entraverait. Tout intuitif que je fusse je n'en restais pas moins un mec, c'est-à-dire un peu lâche sur les bords. Devant le restau U un maraîcher nous embarquait dans sa camionette, où la verdeur entêtante des bottes de poireaux, me donnait des envies de pot au feu. Pervenche se tortillait. Je lui caressai la nuque en la rassurant " te fais pas de souci, les lignes bougent, ça craque de partout, alors qui te dis que ta chérie, elle aussi, n'est pas prenable ? " Avec fougue elle me donnait un baiser de feu. Notre chauffeur d'occasion souriait en laissant pendre sa gitane maïs au coin de sa bouche mal dentée. Cette nuit-là nous dormîmes comme deux frère et soeur dans le grand lit des parents de Pervenche. Fuyant la populace les Anguerand de Tanguy du Coët s'étaient retirés dans leur manoir de Pontchâteau en confiant le soin aux domestiques de veiller tout à la fois sur leur extravagante fille unique et sur la sécurité de l'hôtel particulier de la place Mellinet.

Vers neuf heures du matin, enveloppé dans la robe de chambre à brandebourgs du comte, abandonnant Pervenche à ses rêves, je me transportai à l'office. On m'y accueilli avec une déférence teintée d'une forme non dissimulée de curiosité, surtout de la part des deux petites bonnes : Clotilde et Suzie. Elles frétillaient. La veille, en bon révolutionnaire de salon, je leur avais demandé de jeter au rebut leur tenue noire avec col blanc. Suzie, dont les charmes profitaient au comte, me gratifiait, en me versant mon café, d'une vue panoramique sur son opulente poitrine qui tendait un chemisier largement entrouvert. Clotilde, plus sage, même si sa jupe s'était nettement raccourcie, se contentait de boire mes paroles en me mangeant des yeux. Le maître d'hôtel, Robert, un grand pleutre, prototype du cireur de pompes, se voyait déjà prendre le relais du comte. Son regard, d'ordinaire fuyant, n'avait de cesse d'aller et venir sur la Suzie lorsqu'elle prenait des poses de star de stand de foire. Face à ce désordre, ce relâchement des moeurs, Ernestine la gouvernante, toujours tirée à quatre épingles, chignon impeccable, lèvres pincées, affichait un silence méprisant. J'étais le seul qui échappait à sa hautaine indifférence. L'intraitable attendait de savoir de quel côté le vent tournerait avant de s'embarquer sur un nouveau navire.

Tout allait si vite, en une poignée de jours je venais de basculer du statut de dandy dilettante, arpenteur de salons, à celui de meneur non encarté, sans base connue, d'un mouvement échevelé, dépourvu de cap et de stratégie. Et pourtant, ici, à Nantes, les spasmes des étudiants trouvaient un écho favorable chez les mecs qui se lèvent tôt le matin. Aux chantiers de Penhoët, à Nord-Aviation de Bouguenais, chez Say à la raffinerie de Chantenay, chez Saunier-Duval, et dans plein d'entreprises les salariés bougeaient. Ils se méfiaient de nous, de notre loghorée, de notre extrémisme gratuit. Dans les appareils syndicaux, des figures s'affrontaient : Hébert l'anarcho-syndicaliste de FO, son collègue Rocton trotskyste de Nord-Aviation, Louis Morice de la CFDT des employés des chantiers de l'Atlantique, un catho de gauche, Andrieu le Cégétiste hors appareil, un PSU... Ce bouillonnement touchait aussi, hors la ville, les paysans. Autour de Bernard Lambert, le tribun aux gitanes maïs, tombeur d'André Morice le maire de Nantes aux législatives de 58, le jeune Bernard Thareau, au regard bleu, visage d'ascète, empli d'une volonté farouche, et des moins connus tel Joseph Potiron de la Chapelle-sur-Erdre. Eux travaillaient sur les deux fronts. Ils étaient unitaires pour deux. On se réunissait beaucoup et j'en étais. J'en étais par hasard. Dans ma vie, le hasard, m'a toujours ouvert des fenêtres sur des mondes inconnus où je me suis jeté rien que pour voir. Celle-ci c'est ma Pervenche qui me l'avait ouverte.

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8 décembre 2006 5 08 /12 /décembre /2006 00:03

Qui se souvient de la " Nouvelle Ecole Socialiste " ? Pas grand monde, et pourtant c'est de ce creuset - qui au temps du fameux congrès de Rennes, se voulait l'aiguillon refondateur de la vraie gauche - que sont issus deux jeunes hommes qui ne s'aiment plus. Lors du grand pugilat de Rennes, où 7 motions s'affrontaient, la leur portait le n°4, et elle avait recueilli un tout petit 1,35% un peu mieux que la Lienemann qui elle avait un zéro avant la virgule : 0,6%. J'y étais et les deux garçons vibrionnaient. Leurs détracteurs les avaient affublés, en jouant de la phonétique de leur nom patronymique, de gentilles appellations : Gueule de Raie et Méchant Con. Plus sérieux, les analystes politiques, soulignaient qu'au-delà de leur réthorique gauchisante, la démarche de ces petites pousses réchauffées par le Château était opportuniste, sans principe et que, comme tout bon petit apparatchik, les deux compères recherchaient une place au sein de l'appareil du parti.

Le premier, ludion, rond, aux yeux rigolards derrière ses petites lunettes cerclées, a reçu l'onction du suffrage universel, il est député. Il porte la parole. Homme des arcanes et des rouages, il a mis son savoir-faire et sa rouerie au service de celle que les éléphants n'attendaient pas sur la première marche. Caramba, encore raté, a maugréé le second, toujours en pétard, jamais oint par le suffrage universel direct, sénateur par la volonté de l'appareil et de la proportionnelle, allié au vieux-jeune éléphant changeant avec le vent le Laurent. Sitôt le triomphe de la gazelle il a claqué la porte de la boutique, mauvais perdant. A peine sorti, le voilà qui offre sa stature au camp des candidats multiples pour une candidature unique. Un de plus avec José, Clémentine, Olivier, Marie-Georges et d'autres encore... Ce garçon estime, sans rire, qu'il se situe à la jonction des grandes plaques tectoniques de la vraie gauche. Rien que ça, et dire que ce type à été Ministre du temps de Yoyo et qu'il s'affublait du chapeau plat du père François, heureusement le ridicule ne tue pas...

Ces deux jeunes gens, issus du même terreau, purs produits des grands appareils verticaux, alliés hier, aux antipodes l'un de l'autre aujourd'hui, qu'avaient-ils donc en commun ? Réussir, tels deux jeunes cadres ambitieux, opportunistes et réalistes... Je ne sais pas et je ne les juge pas. Simplement, dans mon souvenir, étant un spectateur engagé au Congrès de Rennes, je les entends encore nous chanter leurs ritournelles pures et dures au nom de la " Nouvelle Ecole Socialiste " Mais comme chacun sait le nouveau vieillit vite... Plus sérieusement, trois professeurs de Sciences-Politiques de Paris et de Lyon, qui ont mené sur deux ans une enquête de fond auprès de plusieurs groupes d'électeurs, répondent à la question : " Que reprochent les français à leurs élus ? ":

- " L'hypocrisie, l'insincérité des politiques sont interprétées comme des conséquences du mécanisme électif : les élus veulent par définition plaire à leurs électeurs."
- Second ressort de cette prise de distance : le sentiment que les politiques " ne sont pas des gens comme nous. Ils sont perçus comme un groupe social spécifique, distinct de la communauté des citoyens. Ils font partie du monde des puissants, et surtout des nantis."

 

  

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7 décembre 2006 4 07 /12 /décembre /2006 01:03

Poppée, la femme de Néron, avait cinq cents ânesses qui lui fournissaient le lait dans lequel elle se lavait. L'élégant Brummel, alors qu'il était en prison pour dettes à Caen, se faisait apporter dans sa cellule du lait qui servait à ses abblutions. Quant à madame Tallien, elle affectionnait particulièrement les bains aux fraises écrasées, mélangées à des framboises très mûres. Law, le financier de papier, ajoutait des jaunes de cent oeufs à son bain. Parfois il se servait de bouillon de veau et ce fut lui qui lança la mode des escalopes appliquées sur la peau.

Au XVIIIe les femmes de cour firent fréquemment usage des bains de vin. Un marchand de vin, adepte du marketing de l'offre, recommandait pour ce faire son fameux vin de Malvoisie. Son annonce ajoutait " le même vin peut être employé au moins cent fois si l'on a le soin de le remettre, après chaque bain dans le tonneau " Encore une étrange histoire de vin dans le bois, et de c..(à vous de compléter) dans le vin, le débat du être rude entre les marchands de vin et les prudes, les purs, pas vrai Perrico !

Pour rassurer ceux d'entre vous qui m'ont cru déprimé, en plein blues, alors que j'exprimais un peu de lassitude face à votre attente plon plon de joyeux consommateurs, imaginez que pour les assises de la convivialité nous remettions à la mode les bains de vin, unisexe cette fois-ci, du vin de France, du blanc frizzante, en jaccusi, sur l'esplanade des Invalides, avec des palmiers en pot, ça ferait terriblement tendance, la balnaothérapie of wine, le must waouh ! Nous pourrions avec nos amis éleveurs d'ânesses, producteurs de fraises et de framboises proposer une palette extraordinaire de bains de jouvence aux pauvres urbains gris et désinvestis.

 

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6 décembre 2006 3 06 /12 /décembre /2006 00:04

 

Qu'est-ce que l'histoire ? Où se joue-t-elle ?
Quand on lit une de ces relations historiques classiques dont on oublie trop souvent qu'elles contiennent le contour des choses et non les choses elles-mêmes, on est tenté de croire que l'histoire se joue entre quelques douzaines de personnes, qui "gouvernent les destins des peuples", et dont les décisions et les actes produisent de qu'on appelle ensuite "l'Histoire". L'histoire de la décénie présente apparaît alors comme une sorte de tournoi d'échecs entre Hitler, Mussolini, Tchang Kaï-chek, Roosvelt, Chamberlain, Daladier, et quelques douzaines d'autres hommes dont les noms sont plus ou moins dans toutes les bouches. Nous autres, les anonymes, sommes tout au plus les objets de l'histoire, les pions que les joueurs d'échecs poussent, laissent en plan, sacrifient et massacrent, et dont la vie, en admettant qu'ils en aient une, se déroule sans la moindre relation avec ce qu'il advient d'eux sur l'échiquier où ils se trouvent sans le savoir.

Un fait indubitable, même s'il semble paradoxal, c'est que les évènements et les décisions historiques qui comptent vraiment se jouent entre nous, entre les anonymes, dans le coeur de chaque individu placé là par le hasard, et qu'en regard de toutes ces décisions simultanées, qui échappent même souvent à ceux qui les prennent, les dictateurs, les ministres et les généraux les plus puissants sont totalement désarmés. Et c'est une caractéristque de ces évènements décisifs qu'ils ne sont jamais visibles en tant que phénomène de masse, en tant que démonstration de masse - sitôt que la masse se présente en masse, elle est incapable de fonctionner -, mais toujours comme le vécu apparemment privé de milliers et de millions d'individus (...)

Dans l'histoire de la naissance du Troisième Reich, il existe une énigme non résolue, plus intéressante me semble-t-il que la question de savoir qui a mis le feu au Reichstag. Et cette question, la voici : où sont donc passés les Allemands ? Le 5 mars 1933, la majorité se prononçait encore contre Hitler. Qu'est-il advenu de cette majorité ? Est-elle morte ? A-t-elle disparu de la surface du sol ? S'est-elle convertie au nazisme sur le tard ? Comment se fait-il qu'elle n'ait eu aucune réaction visible ?

Tous mes lecteurs, ou presque, auront connu tel ou tel Allemand, et la plupart trouveront que leurs amis allemands sont des gens normaux, aimables, civilisés, des hommes comme les autres - mis à part quelques particularités nationales comme chacun en possède. Presque tous, en entendant les discours prononcés aujourd'hui en Allemagne (et en voyant les actes qui y sont perpétrés), penseront à ces Allemands qu'ils connaisent et se demanderont avec stupéfaction : Que sont-ils devenus ? Font-ils vraiment partie de cette maison de fous ? Ne voient-ils pas ce qu'on fait d'eux et ce que l'on fait en leur nom ? Vont-ils jusqu'à l'approuver ? Qu'est-ce que c'est que ces gens là ? Que faut-il penser d'eux "

Extrait de Histoire d'un Allemand souvenirs 1914-1933 Sebastian Haffner Actes Sud collection un endroit où aller

 

 

 

 

 

 

Je vous conseille vivement la lecture de ce témoignage d'un homme ordinaire

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5 décembre 2006 2 05 /12 /décembre /2006 00:02

 

Dans les travées de Vinitech il se murmurait que monsieur rapport, vous savez l'animateur d'un groupe stratégique pour horizon lointain et maintenant incertain, oui le chroniqueur un peu zinzin des petits matins sur la Toile, un type qui se dit le créateur d'un machin au nom américain, un truc imprononçable, un ThinksTank à l'appellation incontrolée " Sans Interdit ", serait la plume de... Oui de... C'est pas possible... Mais si on me l'a dit... Vous en êtes sûr ? Puisque je vous le dis qu'on me l'a dit... Des gens bien informés me l'ont assuré : il prêterait sa plume pour que notre divin nectar soit enfin reconnu à sa juste valeur là où il faut..

L'intéressé, informé comme il se doit par un journaliste, se contenta de sourire. On ne prête qu'aux riches, se dit-il dans sa petite Ford intérieure. Par bonheur, au lieu d'arborer la casaque (voir photo) dont il s'était vêtu à Vinisud, et qui avait fait jaser, plus sagement il s'était revêtu de son costume Kennedy bleu, bleu de l'encre bleue de notre enfance. Sur le grand écran du débat de l'après-midi, le coquet, bobo pour les uns, industrialo pour les autres, sans se soucier des rumeurs sur le fait qu'il serait la plume de..., animait. Il animait avec le brio qu'on lui connait un savant débat sur la réforme de l'OCM Vin. Désolé mais faut bien vanter la camelote pour qu'elle se vende, chers lecteurs.

Tout ça serait resté une petite brise de mer dans les branches de safafras si, revenant à la charge, un journaliste, prenant la chose très au sérieux lui déclara, quelques jours après, qu'il allait publier un écho sur cette importante nouvelle. Diantre, se dit-il, calfatons. Que faire ? Allait-il monter sur un tonneau pour démentir : " non je ne suis pas la plume de... " ? C'eut été stupide. Alors que fit-il, le bougre ? Très simplement, il rappela au journaliste son pedigree chargé, insista sur la couleur de sa casaque qui ne faisait pas de lui le leader du Giro, pointa son index sur son étiquette contenant toutes les mentions obligatoires qui lui avaient valu quelques déboires, même la splendeur d'un placard doré... Bref, qu'il ne fallait tout de même pas pousser le bouchon trop loin, que tout ceci était une affaire privée, que monsieur rapport avant d'être un écrivain public était un citoyen.

Je me doute que certains d'entre vous vont encore me reprocher que mon histoire de ce matin est aussi claire que du jus de boudin, codée grave, pleine de références aux gens d'en haut. J'en conviens volontiers mais je pense que vous comprendrez que si je nommais celle à qui je suis sensé prêter ma plume ce serait à la fois désobligeant pour elle, et trop flatteur pour moi. Comme le chante l'impayable Florent Pagny nul n'attentera à ma liberté de pensée mais sachons raison garder, tout plumitif que je fusse, je ne prêterai jamais ma plume. Je la donnerai, et comme le dit la contine donner c'est donner, reprendre c'est voler. A chacun sa plume, seules les idées comptent. Et là, je suis tout disposé à ce que mes vieilles idées, une fois recyclées - c'est mon côté faut pas gâcher - deviennent des idées neuves

   

 

 

 

 

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4 décembre 2006 1 04 /12 /décembre /2006 14:30

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J'aimais beaucoup Claude Jade, je n'ose pas écrire comme François Truffaut, mais presque, car moi c'était Christine Darbon, la fiancée d'Antoine Doinel dans Baisers Volés, que j'aimais. La " petite fiancée du cinéma français " est morte d'un cancer. Elle avait mon âge, 58 ans. A la télé pas un mot de la Béatrice, mais un long sujet sur les décérébrés supporters du PSG, de beaux jeunes gens, xénophobes, racistes, qui comme tous les bons français qui veulent exprimer leur réprobation défilait dimanche à Paris.


Bons Baisers Claude, à bientôt, la prochaine fois que je regarderai Baisers Volés je te demanderai, comme le fait Jeff Daniels dans la Rose Pourpre du Caire, de quitter l'écran et nous irons prendre un verre. Tu me confieras, sans te départir de ton incomparable petit sourire rieur, que la première fois où François te rencontra il dit que tu avais l'air d'être dans un salon, ça l'avait beaucoup amusé parce que tu répondais : " Oui Monsieur, bien Monsieur." Tu avais dix-neuf ans et, quittant Dijon, tu venais de monter à Paris où tu tenais un rôle dans la pièce de Pirandello, Henri IV, montée par Sacha Pitoëff... Bon je m'arrête car je serais fichu de pleurer.

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4 décembre 2006 1 04 /12 /décembre /2006 00:04

Chers lecteurs, je n'abandonne pas, comme certains on crut le lire, je continue différemment(lire le texte qui suit), en élargissant mon angle de vision, sans me restreindre au seul combat du vin, et bien sûr je reste disponible pour ceux d'entre vous qui voudront contribuer à faire des Assises de la convivialité, l'évènement des amoureux du vin. Encore faudrait-il que vous m'aidiez à élargir le cercle : par exemple en diffusant l'adresse de ce blog, ou en me faisant parvenir des adresses e-mail, ce que peu d'entre vous on fait... 


Quelques coups de pagaie et je m'aperçus que nous allions donner droit sur un vaste entonnoir, creux d'un bon mètre en son centre. J'eus une seconde d'hésitation : barrer à droite, à gauche ? Ma tête me dit de barrer à droite, pour écarter la pointe de cette cible où nous allions nous planter.


Mais c'était aussi offrir le flanc à la force d'attraction croissante, qui nous happa par le travers. Toutes les têtes se tournèrent vers moi. J'allais perdre le contrôle de l'embarcation et nous basculerions inexorablement au fond de l'entonnoir dans un tête-à-queue.


La voix du capitaine lança un ordre bref, cinglant, courroucé, et ma pagaie se redressa, visant le tourbillon ; nous l'effleurâmes de la pointe et il nous lança au loin comme une flèche en tangente, de toute sa force devenue centrifuge
.
C'était cela qu'il fallait faire, aller dans le sens du danger, le toucher du bout du doigt de telle façon que sa force elle-même nous rejette après nous avoir attirés.


Eussé-je écouté le corps de la pirogue, accepté spontanément que mon propre corps en fût partie intégrante, je n'aurais pas fait cette faute. Au lieu de quoi, placé dans une situation nouvelle, je m'étais précipatemment réfugié dans ma tête close, et ses raisonnements abstraits, et nous avions failli naufrager. Six mois à l'école des Indiens n'avaient donc pas suffi : j'étais encore indécrottablement rationnel, prétentieux, timoré et avare dans ce dedans de ma tête de Blanc qui croit détenir le pouvoir de commander au mouvement en s'opposant à lui, au lieu d'aller avec lui, de se fondre en lui, d'abord, et d'obéir ensuite à ce que décide le corps.
 

Extrait de La Transversale d'Alain Gheerbrant Babel n°320

en Amazonie le titre de cette rubrique : los Racionales y los Pelados

 

 

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3 décembre 2006 7 03 /12 /décembre /2006 00:05

Muni de cette vaisselle vinaire hétéroclite, après avoir donné un peu d'air aux grands crus, je procédai d'autorité à une distribution équitable. Le doyen, toujours aussi ramenard, délivrait de doctes appréciations, faisant étalage de sa science de la dégustation. A ma grande stupéfaction, un panel représentatif de l'orthodoxie prolétarienne, fit cercle autour de lui pour gober ses lieux communs. Magie du vin, la perfusion des nectars de haute extraction dans de jeunes veines révolutionnaires et, dans celles plus obstruées, des mandarins, déliait les langues, attisait l'esprit, donnait de la légèreté aux mots. Ils fusaient. L'euphorie montait. Le professeur Salin abandonnait Milton Friedmann en rase campagne pour raconter des histoires salaces. Ma Pervenche, seule femme dans ce marigot de mâles ennivrés, subissait les assauts conjugués de Dieulangard, le Spontex, et du doyen que j'avais surpris, quelques minutes auparavant, en train de siffler les fonds de bouteille. Nous étions tous pétés. A la reprise de la séance, sur proposition de Jean-Claude Hévin, un assistant famélique, spécialiste du droit de la Sécurité Sociale, le principe du passage automatique en année supérieure fut voté à l'unanimité. A la suite de ce vote historique, le doyen se levait pesamment pour porter un toast, en dépit de son verre vide, " au succès du plus grand mouvement populaire du siècle..."

 

Ce soir-là, Pervenche et moi, rentrâmes à pied. Nous devions distiller nos excédents avant d'aller dormir. Le ciel de mai était pur, l'air tendre et nous fîmes une longue pause sur les pelouses bordant l'hippodrome du Petit-Port. Couchés sur l'herbe, le nez dans les étoiles, Pervenche ayant posé sa tête sur mon ventre, nous étions restés un long moment silencieux. Même si mon alcoolémie voguait encore sur des sommets, ma lucidité restait intacte, vive, et je pressentais que ma compagne, qui ne quémandait que des caresses tendres, attendait de moi autrechose que l'expression animale de ma virilité. Ayant grandi dans les jupons des femmes j'ai développé un sentiment, dont on dit qu'elles sont supérieurement dotée, l'intuition. Ce sont des ondes fines, une faisceau sensible, comme une petite musique intérieure qui vous rend réceptif, prêt à accueillir et comprendre même l'indicible. L'autre le sent, s'ouvre, se confie et j'entendais Pervenche me dire " Benoît, j'aime les filles..."

" Tu en aimes une en particulier ? "
- Oui.
- Elle le sait ?
- Non.
- Alors, dis-lui...
- Non !
- Tu crois que ce n'est pas réciproque ?
- Oui...
- Tu en es sûre ?
- Oui !
- D'où tires-tu cette certitude ?
- Parce que c'est Anne Sautejeu...
- Non !
- Si !
- Mais c'est la reine des fafs de la Corpo...
- Je sais Benoît mais je l'aime...
L'irruption brutale dans ma petite tête bien pleine, de l'absolue irrationnalité de l'amour avec un grand A, me propulsait dans une abyssale attrition.
 

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