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28 juillet 2006 5 28 /07 /juillet /2006 08:04

La salle retenait son souffle. dans la poche de sa veste Léon sentait son téléphone cellulaire vibrer. La Clairette venait aux nouvelles. Il y vit un signe du destin, l'heure était venue de plonger dans le marigot, de cesser de vivre dans ses rêves éveillés, il allait devoir barbotter dans le bouillon visqueux de la vraie vie, alors il tombait la veste et retroussait les manches de sa chemise. La symbolique était forte et la salle appréciait. D'un geste ample il demandait le silence complet, se tornait vers le président en lui disant " permettez-moi de vous appeler Georges, cher président, le présent vote n'efface en rien votre mérite, tout ce que vous avez apporté à ce pays et à notre appellation, bien au contraire il souligne et met en lumière vos qualités d'homme de dialogue. Votre dignité face à ce geste un peu fou de jeunes gens impatients est le gage que vous saurez mettre plus encore, au service du bien commun, votre expérience. Nous avons besoin de vous pour d'autres missions. Pour ma part je n'accepterai la présidence que si vous consentez à être le représentant de notre région au Comité National... Si vous acceptez, cher Georges, je m'engage à vous y faire nommer..."

Le sortant en charpie, au bord des larmes, opinait. Debout la salle ovationnait le petit Pochon qui pour la première fois levait les bras en V. Pourtant il savait bien que le plus dur restait à faire. Avant d'aller banqueter il s'isolait pour appeler son père, le gros Pochon, qui l'accueillait froidement. L'annonce de sa présidence le surprenait et le réchauffait. Il acceptait le déjeuner de dimanche, même avec ses compagnes " plus on est de fous plus on rit " ironisait-il..." Léon faillit ajouter que le rire serait peut-être jaune mais il se retint. Obtenir une victoire d'amour-propre n'était rien, la victoire tout court lui suffisait. Ménager la susceptibilité de son géniteur valait bien cette retenue. Lorsque Léon revenait dans la salle il croisait le regard méchant de Paillard à qui la jeune garde n'avait même pas daignée concéder un strapontin. 

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27 juillet 2006 4 27 /07 /juillet /2006 08:00

" Il y a en 1968 deux France. Une France industrielle et technologique et une France sociale et institutionnelle. La première est à temps rapide, dynamique, ouverte sur l'extérieur: l'industrialisation et la concentration du capital se sont faites, depuis la guerre, à l'accéléré. Jamais l'humanité n'avait connu un tel rythme de croissance de ses forces productives que celui qui changea le visage de l'Europe après 1945 ; jamais la France au cours de son histoire, en un temps aussi bref, n'avait subi unpareil bouleversement de son infrastructure. La deuxième Francen celle des mentalités et des comportements épousait la lenteur des longues durées, celle qui rythme le devenir des valeurs et des moeurs (...)

" En 1968, la France de la pierre et du seigle, de l'apéro et de l'instit, du oui papa oui-patron oui-chéri recevait l'ordre de décamper pour que celle du software et du supermarché, des news et du planning, du know-how et du brain-storming puisse étaler ses bonnes affaires, enfin chez elle. Ce ménage de printemps fit l'effet d'une libération, et c'en fut une, effectivement..." 

Régis Debray modeste contribution aux discours et cérémonies officielles du dixième anniversaire chez François Maspéro 1978

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26 juillet 2006 3 26 /07 /juillet /2006 08:07

La fin du jour flottait dans une douce torpeur. Le président du syndicat accueillait à la porte de la salle des fêtes, avec chaleur, le petit Pochon en lui disant, tout en s'épongeant le front avec son mouchoir à carreaux, tout le bien qu'il pensait de la décision de Lucienne de l'associer à la commercialisation des vins de son domaine. Il ajoutait que le syndicat était honoré de le compter parmi ses membres. Léon opinait. Il venait de faire le grand saut en se mettant en disponibilité. Restée à Paris, la petite Fougère, poussait les feux, pas encore allumés, par des SMS ollé ollé avec un Laurent totalement scotché. Elle téléphonait à Léon son petit bonbon pour lui dire qu'il n'y avait que lui et qu'elle avait hâte de le revoir lundi. L'AG du syndicat de défense promettait d'être un long fleuve tranquille et ennuyeux. A la tribune on somnolait ferme. Le commissaire aux comptes débitait les comptes. Le rapport moral tombait dans l'indifférence générale. Vint l'heure du vote des motions statutaires. Le grand Paillard levait la main et demandait un vote à bulletin secret. Il eut posé une bombe au pied de l'estrade que l'effet de souffle n'eut pas été plus violent.

Les objurgations du président restèrent lettres mortes. Paillard agitait au-dessus de son crâne déplumé les statuts. Le secrétaire de séance allait quérir un carton à bouteilles pour fabriquer une urne de fortune qu'il déposait entre les deux scrutateurs médusés. Paillard dirigeait la manoeuvre face à un bureau en plein désarroi. Après moults discussions on passait au vote. Le dépouillement se déroulait sous une chape de crainte. Le raz de marée montait. La proclamation des résultats achevait le président. Laurent se saisissait du micro. Un effet Larsen déchirait le brouhaha. " Mes amis la base a tranché. Les résultats sont clairs. L'heure du renouveau a enfin sonné. Celui qui l'incarne le mieux c'est notre collègue Pochon..." Stupeur ! Abattement ! L'affaire était pliée.

" C'est un putch ! " murmurait le président. C'en était un mais restait à savoir si Pochon en était l'instigateur ou la victime consentante. Tout l'art du petit Pochon consista à brouiller plus encore les lignes. Son discours, prononcé de sa place, fut un monument de duplicité. en substance, ce cher Léon, commença par déclarer qu'il ne pouvait accepter une telle responsabilité. trop nouveau, trop novice, trop respectueux du travail accompli par l'équipe sortante. Bien sûr il appréciait la confiance qu'on venait de lui faire mais se lançant dans une analyse planétaire du marché, de la concurrence, jonglant avec les chiffres, proposant une nouvelle approche, il s'attirait une salve d'applaudissements qu'il calmait avec sagesse. Une large part de l'ancien bureau s'était jointe aux bravos. Léon se dit qu'il était temps de porter l'estocade. Rejoignant l'allée, tout en progressant vers la tribune il s'adressait au président déchu en déclarant qu'il allait faire une proposition qui dénouerait la crise. 

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25 juillet 2006 2 25 /07 /juillet /2006 08:00

Jacques, saint Jacques le majeur, le patron de ma parroisse natale, l'homme à la coquille, le pélerin de Compostelle... c'est ma fête et je vous offre pour l'occasion un petit bijou de Chaissac adressé à l'abbé Renou le 8 février 1962... 

" Un candidat aux élections disait : je n'ai pas été baptisé, je n'ai pas fait ma première communion, je suis marié civilement, que vous faut-il de plus, mes chers amis, pour vous inspirer confiance ? Et un cher électeur de lui répondre : fais-toi enterré civilement tout de suite..."

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24 juillet 2006 1 24 /07 /juillet /2006 08:00

Le Laurent eut droit au grand jeu. L'entrée de la petite Fougère au bar du Fouquet's draina les regards concupiscents et les autres. Elle avait osée le costume marin ultra short et plus si affinités, à couper le souffle. D'ailleurs le Laurent manquait d'air lorsqu'elle lui tendit la main en minaudant " jpeu m'asseoir à côté de toi..." Ce qu'elle faisait avant même que le bellâtre puisse prononcer son premier mot. Léon tenta une plaisanterie pour l'aider à retrouver de l'oxygène " alors moussaillon le Pacha t'a donné la permission de minuit ? " qui s'écrasa comme une mouche sur un porte-avion, sans bruit. Clairette occupait l'espace, en chair et en paroles. Laurent tétanisé se raccrochait à la contemplation des cuisses lisses et pain d'épices de la belle. Il faisait eau de toutes parts.

Ils carburèrent au champagne, du Krug millésimé. La Clairette picorait et papotait, se penchait, effleurait et lançait des regards fripons à Léon. Laurent, en état de choc, la consommait sur pied. Juste avant le dessert la douce enfant s'éclipsait pour se poudrer le nez. Profitant de ce répit le petit Pochon fit deux inserts pour permettre à Laurent de redescendre sur terre. Tout d'abord, paternel, il lui conseilla de ne pas s'enflammer face à la braise car les souris des villes ne sont pas les souris des champs. Elles sont coquettes, girouettes et il faut leur laisser le temps de se donner l'illusion de dominer leurs sentiments. Le Laurent n'entravait rien à son boniment. Léon s'en tamponnait car l'important était ailleurs et, avec le sérieux de ceux qui mentent effrontément, il assura Laurent qu'il discernait en lui l'étoffe d'un grand, d'un chef quoi. La réponse de Laurent le laissa comme deux ronds de flan, du moins apparemment, monsieur Pochon c'est à vous que nous avons pensé. à la prochaine assemblée du syndicat nous débarquerons cette bande d'empotés et nous vous élirons à mains levées..."  

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21 juillet 2006 5 21 /07 /juillet /2006 08:00

DELEGATION ROYALE A LA SECURITE PUBLIQUE DE VIGATA

Vigatà le 21 mars 1890 à M. le Questeur de Montelusa

Objet : Rapport quotidien


" Nous portons à votre connaissance qu'à Vigatà, dans la journée d'aujourd'hui 21, Vendredi saint, à l'occasion de la représentation des Funérailles ont afflué sur la Grande Place, outre les habitants demeurant dans cette ville, également environ deux mille étrangers au lieu, venus des bourgs circonvoisins.


L'Ordre public a toutefois été constamment maintenu grâce au généreux dévouement de mes subordonnés qui se sont prodigués sans aucune réserve.


Ont été placés en état d'arrestation les individus suivants dont les prénoms et noms se trouvent ci-joints :


Six(6) voleurs à la tire.


Neuf (9) personnes impliquées dans trois rixes distinctes et séparées.


Un (1) individu qui, s'étant ouvert la patte du pantalon, montrait ses parties honteuses dressées aux dames, aux demoiselles et aux jeunes filles. L'arrestation  a été promptement exécutée, non seulement pour mettre fin à l'indécence, mais encore pour soustraire l'homme à la furie des maris, fiancés et frères.


Trois (3) individus qui voulaient à tout prix s'asseoir aux places réservées aux Autorités.


Une (1) personne qui criait à gorge déployée : " Mort au Roi et à tous les tyrans ! "


Une (1) autre personne qui criait d'une voix forte : " Le maire est un très grand cornard ! "


Un (1) individu qui, après avoir bu trois litres de vin d'affilée, se refusait à régler l'addition et non content de cela tentait, en réussissant en partie, de mettre le feu à l'établissement (...) "

La suite à lire dans le petit bijou de livre de Andrea Camilleri La Disparition de Judas chez Métailié. Une satire noire dans la Sicile du XIXième... qui éclaire le présent

 

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20 juillet 2006 4 20 /07 /juillet /2006 08:00

A son retour dans la ville capitale Léon s'ingénia à ne rien faire laissant décanter dans sa cervelle éruptive le fatras d'ignominies que Paillard y avait déversé. La petite Fougère se passionnait pour le commerce équitable et les soldes des boutiques de fripes et chiffons étiquetés aux prix des grands crus. Elle s'était fait tatouer, pour faire plaisir à Léon, un papillon sur l'épaule gauche. Léon eut préféré le haut de la fesse gauche mais la Clairette n'en faisait qu'à sa tête. Entre deux siestes, le petit Pochon noircissait les pages d'un carnet de chantier en dessinant des bulles qu'il reliait entre elles par des flèches formant ainsi d'étranges galaxies qui intriguaient fort sa tendre protégée " mon Léon d'am tu m'inquiètes. Tu me fais un coup de boulghour. Depuis ton retour tépa dans ton assiette. Tout ça va mal finir mon pti keur en sucre. Si tu continues de patauger dans le coaltar je sonne ta Lucienne. Au moins elle tu l'écouteras..." lui disait-elle en contemplant ses ongles de pied qu'elle venait de badigeonner de vernis nacré rose fluo pétant. " Tu crois que ça ira avec mes tongs Dolce Gabanna grand manitou ? " ajoutait-elle en lui claquant une bise dans son cou.

aussi bizarre que cela puisse paraître les pépiements de la Clairette, tels des activateurs de croissance, boostaient Léon dans l'entreprise de rangement de son petit intérieur très caverne d'Ali Baba. Ils l'isolaient du monde, lui donnaient le sentiment qu'il était seul au monde. Son baiser furtif, agrémenté de son parfum floral, agissait tel un révélateur. Il murmurait " comment n'y ai-je pas pensé plus tôt ," Intriguée, la petite reprenait " à quoi t'as pas pensé plus tôt ? A moi..." Du tac au tac il répondait "si c'est à quoi, ce ne peut-être à toi..." Elle croisait les bras. Ses seins pigeonnaient. " Tu m'embrouilles..." En se balançant sur son fauteuil il matait le spectacle "mais non jeune bécasse je me contente de reprendre ton français approximatif..." Courroucée la petite Fougère s'ébrouait " tes yeux, eux, ne sont pas approximatifs prédator... " Il l'attrappait par la taille " la prédation c'est la vie..."

Lorsqu'ils s'installèrent à la terrasse du Sélect, les yeux dans le flou et l'âme légère, après avoir uni le mot et la chose, le temps de l'explication était venue. Léon, sérieux de chez sérieux, fit part à Clairette de son illumination. La découverte du  maillon faible du système : les jeunes louveteaux aux ratiches aigües n'attendaient que lui pour se faire les vieilles barbes. A grands traits il traçait leurs portraits. A peine évoquait-il les tablettes de chocolat moulé sous un tee-shirt blanc, le regard bleu électrique, le collier d'or, la gourmette et le jean's moule b de Laurent Dieulefit que la petite Fougère lui intimait l'ordre de l'appeler. " pour lui dire quoi ? " La réponse claquait " de venir me voir ! " Léon se rengorgeait " c'est quoi ce plan foireux ?" Avec sa petite moue boudeuse elle lui répondait " c'est ma contribution perso au sacre de Léon Pochon. Tu ne croyais pas mon beau  que j'allais laisser ta Lucienne faire tout le taf..."   

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19 juillet 2006 3 19 /07 /juillet /2006 08:00

Madame quel est votre mot

Et sur le mot et sur la chose

On va a dit souvent le mot

On vous a fait souvent la chose

Ainsi de la chose et du mot

Vous pouvez dire quelque chose

Et je gagerais que le mot

Vous plaît beaucoup moins que la chose

Pour moi voici quel est mon mot

Et sur le mot et sur la chose

J'avouerais que j'aime le mot

J'avouerais que j'aime la chose

Mais c'est la chose avec le mot

Mais c'est le mot avec la chose

Autrement la chose et le mot

A mes yeux seraient peu de chose

Je crois même en faveur du mot

Pouvoir ajouter quelque chose

Une chose qui donne au mot

Tout l'avantage sur la chose

C'est qu'on peut dire dire encore le mot

Alors qu'on ne fait plus la chose

Et pour peu que vaille le mot

Mon Dieu c'est toujours quelque chose

De là je conclus que le mot

Doit être mis avant la chose

Qu'il ne faut ajouter au mot

Qu'autant que l'on peut quelque chose

Et que pour le jour où le mot

Viendra seul hélas sans la chose

Il faut se réserver le mot

Pour se consoler de la chose

Pour vous je crois qu'avec le mot

Vous voyez toujours autre chose

Vous dites gaiement le mot

Vous méritez si bien la chose.

Que pour vous la chose et le mot

Doivent être la même chose

Et vous n'avez pas dit le mot

Qu'on est déjà prêt à la chose

Mais quand je vous dis que le mot

Doit être mis avant la chose

Vous devez me croire à ce mot

Bien peu connaisseur en la chose

Et bien voici mon dernier mot

Et sur le mot et sur la chose

Madame passez-moi le mot

Et je vous passerai la chose

Gabriel Charles de Lattaignant 1697-1779 prêtre du diocèse de Paris, chanoine honoraire de Reims, doyen de la chambre ecclésiastique...

 

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18 juillet 2006 2 18 /07 /juillet /2006 08:00

" Beppe Fenoglio parvint à rester à l'écart et silencieux à une époque où les écrivains tombent facilement dans le piège de se prendre pour des personnages publics. Il sut si bien se défendre qu'il ne reste aujourd'hui de lui qu'une image aux traits sévères et fiers ; ce n'est au fond qu'un masque, derrière lequel se dissimule un être qui continue de à nous être inconnu "

Italo Calvino

Beppe Fenoglio est un écrivain singulier, ne suivant ni modèle, ni genre, il se tint toujours en marge de la vie littéraire italienne pour effectuer un travail de recherche et d'expérimentation très original. Fenoglio c'est un style traduisant l'expérience de sa vie passée dans la région des Langhe.


Né à Alba en 1922, en 1943 il rejoint les partisans pour combattre les troupes fascistes. A la fin de la guerre il choisit de rester à Albe, d'y exercer sa profession de négociant en vin. Il conservera cette profession jusqu'à la fin de sa vie, préférant composer ses livres en marge de son travail, en " gentlemen writer "

J'aime ses livres : je vous recommande deux d'entre eux Le Mauvais sort (1954et Une affaire personnelle (posthume) 

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17 juillet 2006 1 17 /07 /juillet /2006 08:01

Alceste Paillard avait le physique de l'emploi de faux-derche, obséquieux, sirupeux, cul béni, mains moites et poignée de mains molle, commençant la plupart de ses phrase par un tout petit peu, regard fuyant et, cerise sur le moka : radin comme pas un. Pour le petit Pochon l'allié rêvé, idéal, de ceux qui ne vous font pas regretter de tutoyer la ligne jaune, et surtout qui n'éveillent pas en vous la moindre parcelle de mauvaise conscience. L'important pour Léon était de le mettre en confiance, faire celui qui depuis le premier jour avait su sentir sous la bogue rugueuse de Paillard, le mal nommé, un homme de conviction, un mal-aimé qui méritait mieux que le poste de trésorier du syndicat de défense, un vigneron méconnu qui ne demandait qu'à sortir en pleine lumière. Léon fit de la commisération positive, en fines couches, gras sur maigre, tel un maître de la Renaissance. Ainsi enduit de considération le Paillard déballa sa marchandise d'un bloc.

Véhément, avec la méchanceté des faibles, il ne se fit pas prier pour dresser les CV publics et privés de ses honorables confrères, n'omettant aucun détail, même les plus croustillants, toujours à charge, du fiel pur jus, rien que du miel pour le petit Pochon. Tout autre que lui se serait précipité dans la brèche, aurait profité du boulevard ouvert par les confidences du délateur à la triste figure. Léon se garda d'une telle hâte, il lui fallait laisser l'aigre mariner dans son jus rance. Bien sûr il assura Paillard de son silence de tombe et qu'il saurait en son temps se souvenir de la confiance qu'il lui avait accordé en effectuant une démarche aussi difficile. Qui trahi trahira ! Léon cantonnerait Paillard dans un rôle d'utilité avant de le renvoyer dans les ténèbres extérieures.  

Afin de sceller l'ignominie, Léon dégaina l'arme fatale pour un grippe-sou : lui demander une faveur, en l'ocurrence l'échange d'une parcelle de vigne, jouxtant l'une des propriétés de Lucienne, contre une autre, enclavée dans son domaine qu'un héritage avait fait tomber dans l'escarcelle du père de Lucienne. Paillard n'y perdrait pas au change, la parcelle de Lucienne avait bien plus de valeur que la sienne. Et pourtant, sitôt la proposition faite il ne pu s'empêcher de demander une compensation, qu'à son grand étonnement Léon lui accorda sans broncher, payant ainsi la première traite de la trahison de ce grand crétin. Pour faire bon poids, avant que Paillard ne descende, il lui glissait un billet dans la main, pour le prix du billet, en sachant pertinemment que Paillard n'avait pas engagé cette folle dépense.

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