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23 octobre 2006 1 23 /10 /octobre /2006 00:09

Je sens monter la colère. D'un côté les voix autorisées proclament sur les estrades et à les fins des banquets, ou même à l'Assemblée : bravo vous êtes des gagneurs, sur le front de la bataille mondiale vous portez haut les couleurs de la France, chaque bouteille de votre divin nectar est une bataille gagnée contre l'odieux dollar ; de l'autre, le côté obscur de la force, on les étiquette en Dark Vador, d'un seul coup d'un seul leur boutanche est frappée d'opprobe, n'y touchez jamais jeunes adultes, c'est un poison insidieux qui fera de vous des malheureux, nous allons dans un grand mouvement d'éradication terroriser le petit peuple des buveurs, ceux des jours de fêtes, ceux qui se font la conversation, les amoureux et les chanceux, bref pas de rémission, le temps est aux buveurs d'eau... sucrée (mot ajouté par un mauvais esprit dans le texte officiel).

La colère est mauvaise conseillère dit la sagesse populaire. Alors face aux effets de manches du chef d'une Administration qui s'est illustrée lors de la grande canicule par sa réactivité, son humanité et son efficacité, gardons notre sang-froid. A coup de statistiques, nouvelle arme de dissuasion des masses avachies, il joue, se croyant grand stratège, sur la peur. Fort bien monsieur le professeur mais permettez-moi de poser la question la plus élémentaire : de quoi, au juste, a-t-on peur ? Pour y répondre je donne la parole à un brillant iconoclaste, un adepte de l'économie saugrenue :  " De la mort, sans doute. Mais encore faut-il préciser. Nous savons tous que nous allons mourir un jour, et cela peut parfois nous tourmenter de façon plus ou moins intense. Mais s'entendre dire que l'on a dix risques sur cent de mourir dans l'année a de quoi faire très peur, et peut même nous conduire à adopter un tout autre mode de vie. Et si on apprend que l'on a dix risques sur cent de mourir dans la minute, il est fort probable que l'on se mette à paniquer. C'est donc l'imminence de la mort qui détermine la peur".

Pour continuer sur ce registre citons Peter Sandman " consultant en communication de risque " Pour lui c'est le facteur effroi qui est le plus important. " Lorsque le danger est grand et que l'effroi est faible, les gens ont tendance à sous-estimer le risque. Mais lorsque le danger est faible et que l'effroi est grand, ils le surestiment " Ce qui transposé à notre situation signifie " puisque le danger (le facteur de risque) qu'un petit buveur devienne un grand buveur - donc risque d'être alcoolique - est faible, alors terrorisons les petits et moyens buveurs. En clair, puisque nous sommes incapables de nous attaquer au noyau dur des alcooliques, alors contentons-nous d'épandre l'effroi dans les populations peu sensibles à l'addiction, ç'a plaira à nos chefs, ç'a fera croire au bon peuple que nous sommes des gens efficaces et le tour est joué.

Alors que faire ? Courber l'échine, fermer notre gueule me direz-vous ? Non bien sûr, mais surtout ne donnons pas de prises aux fabricants d'effroi en proclamant qu'ils veulent notre mort, économique s'entend. Pour eux ce serait pain béni : l'affreux lobby du gros rouge qui tache se rebiffe, c'est donc que nous avons touché le point sensible argueraient-ils. Laissons-les s'agiter, s'enfoncer dans leur inefficacité chronique, dénonçons-là chiffres et arguments en mains, montrons sans démonstrativité excessive - qui veut trop prouver ne convainct pas - que notre produit, le vin, est un produit d'initiation sociale, un lien entre les hommes, un facteur de convialité irremplaçable, un produit alcoolisé certes, donc présentant des risques, un produit qui de part le monde est considéré comme l'emblème du bien vivre à la française. C'est tout de même mieux, monsieur le professeur, que de détenir le ruban bleu de la consommation mondiale de tranquilisants ou autres anti-dépresseurs.

Ce matin, j'ouvre ma fenêtre de liberté sur ce sujet qui devrait nous unir gens du vin. Et si nous lancions dans notre beau pays " les assises de la convivialité " ç'a aurait une autre gueule que nos débats circulaires, nos sempiternelles jérémiades, nos anamathèmes et nos jargonages d'experts qui réjouissent tant les éminents professeurs grands défenseurs du sanitairement correct...

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22 octobre 2006 7 22 /10 /octobre /2006 00:04
Le passage du il au je, du témoin à l'acteur, du narrateur omniscient dépositaire de tout le savoir de l'histoire, la garantie " théorique " de la véracité du récit à un personnage comme un autre laisse planer un doute, le je est porteur de soupçon : farde-t-il la réalité ? ment-il par omission ? se met-il en valeur ? comment peut-il entrer dans le secret des autres ? Le récit à la première personne ne raconte pas une histoire, il donne un point de vue sur l'histoire. Certains d'entre vous y ont peut-être vu l'irruption d'une part plus grande de moi-même. Que répondre à ces légitimes interrogations ? Que c'est moi qui écrit mais que je ne suis ni le je, ni le il, mais le tout... Bonne lecture... Pour ceux qui débarquent il vous faut faire un rapide retour en arrière sur les épisodes précédents disponibles dans les archives (les 7-8-14-15 octobre)

Ce prénom de béatitude qui collait si bien à mon image de chair, angelot souriant et câlin, aux boucles de cheveux jais, ondoyantes et souples, encadrant des yeux noirs rieurs rehaussés par de longs cils, tirait des grenouilles de bénitiers des soupirs extatiques " Madeleine vous en avez de la chance, ce petit est un don de Dieu..." Et pourtant, elles qui avaient tant médit, si leurs yeux s'étaient dessillés, elles eussent perçu les soubresauts de mon âme. Mais elles n'étaient que dévotes, incapables de saisir l'ombre légère que dessinait mon sourire lorsque la tempête de mon intérieur s'annonçait. Comme l'eau qui dort je cachais dans mes profondeurs des démons incandescents. Pour les tenir en laisse je raillais mon Benoît de prénom. Je cultivais avec soin mon aversion. Dissimulateur, je grandissais en âge et en sagesse dans le cocon douillet tissé par le clan des femmes.

Mes géniteurs m'avaient pourri de dons. Le pire était à venir. De toute part on s'esbaudissait. On me donnait le bon Dieu sans confession. En silence je souffrais du délit de bonne gueule. Planqué derrière ma félicité benoîte j'affrontais la vie avec un étrange mélange d'optimisme inoxydable et de crainte. L'exubérance de mon imagination, ce trouble intérieur, me projetaient dans des mondes impitoyables, ceux que je découvrirai bien plus tard à l'âge adulte, peuplés de femmes fatales, de condottieres flamboyants, de crapules audacieuses ; des mondes dégoulinant de luxe et de stupre ; des mondes excessifs ; des mondes où tout était si haut, si fort ; des mondes où je me sentais tel un poisson dans l'eau. J'aimais mon aisance, mon absence de scrupules, seigneur de la guerre altier et impitoyable, le monde était à mes pieds. Jamais repu de ces plaisirs charnels, de ces alcools forts, je me délectais de mon inhumanité.

Alors, tout au long de ma paisible et studieuse adolescence, l'aversion de mon prénom extatique remplira la fonction de toile émeri. Elle m'empêchait de tomber dans la facilité et le contentement de soi. Tâche ardue pour une gueule d'amour, tiré à quatre épingles, moissonnant sans effort les plus belles pousses du canton. C'en était lassant. Je n'en pouvais plus d'entendre ces donzelles minauder que Benoît c'était "choux et doux" pendant que je fourrageais, sans rencontrer de résistance, dans les faibles bastions de leur intimité. Cette facilité me désolait. Las, j'affichais froideur, dédain ou pire grossièreté, en pure perte, pour du beurre. Espérant une paire de baffes je récoltais des gloussements de dindes. Consentantes jusqu'à la nausée. J'en avais marre des bouches faciles, des bécots minables, des langues mollasses et des bouches incertaines. Quant aux jeux de mains, ils étaient pires encore, rien que des mols édredons. Mais un jour il y eut Chantal : son corps vibra tel le cristal de Bohème dès mon premier effleurement. 

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21 octobre 2006 6 21 /10 /octobre /2006 00:05

En ce petit samedi humide et gris, de retour de mon pays, même si sa discrétion naturelle en eut souffert de son vivant, je vais vous parler de maman. Née le jour de la Ste Catherine, à Ste Flaive des Loups, on la prénomma Berthe. Elle ne l'aimait guère ce prénom mais accolé à mamy ses petits enfants et arrières petits enfants ont réussi à le lui faire trouver joli. C'était une fille Gravouil, l'aînée de six enfants, qui aurait bien aimée, elle qui avait "l'orthographe naturelle", être institutrice. Elle fera son apprentissage de couturière. Et puis, elle rencontrera un beau gars de St Georges de Pointindoux, Arsène Berthomeau. A dix-huit ans un mariage d'amour : ils étaient beaux et avaient fière allure sur leur photo de mariés (un jour lorsque je serai doué je vous la scannerai).

 

Ils ont trois enfants, Alain en 1939, Marie-Thérèse en 1941, et moi en 1948. Maman taillait, montait, faufilait, cousait jusqu'à pas d'heure. Papa rentrait des battages et s'asseyait pour lire la Résistance de l'Ouest. On était au Bourg Pailler, à l'entrée du bourg de la Mothe-Achard. Et puis papa est mort en 1971, un grand vide pour elle, pour nous. Courageusement, à 50 ans maman est partie travailler à l'usine de confection à St Julien des Landes. Ses anciennes collègues se souviennent de cette femme, discrète et disponible, qui aimait la belle ouvrage, le travail bien fait.

  

Et puis vint la retraite, le temps des voyages avec Madeleine Remaud sa fidèle amie de toujours : Jérusalem, le galet du lac de Tibériade entre autres. Maman s'excusait de cette " légèreté " et de lui dire " profite maman, tu l'as bien mérité " Madeleine et maman, mères courages, sont pour moi tout un pan de ma jeunesse en culotte courte avec les trois frères Remaud : Dominique, Jean-François et Jacques : la C4 de Louis, l'île de Noirmoutier par le Gois, Nantes et le magasin Decré... Nous étions heureux, joyeux, nous étions une grande famille. C'était le temps de l'insouciance.

 

Lorsque vint le temps de la maladie, ce Parkinson contre lequel tu luttais, tu pestais maman, il y eut près de toi : Alain et Danielle ma belle-soeur, si courageuse, si attentionnée, si aimante. Tous les deux, ils t'ont permis de vivre chez toi, dans ta maison, dans ton intérieur soigné, jusqu'à ton dernier souffle, toi qui avais la hantise de la dépendance et de l'hôpital. Ce don de soi, simple et chaleureux, c'est la grandeur des gens de bien. Merci à vous deux.

 

Et puis, mardi matin, comme d'habitude tu t'es levée tôt maman. Tu as fait ta toilette. Tu t'es habillée. Tu as allumée ton téléviseur pour voir Télé Matin sur la 2. Tu aimais bien Françoise Laborde et William Leymergie. Tu t'es rassise dans son fauteuil et tu t'es endormie pour toujours, en paix. Tous ceux qui t'ont vu depuis t'ont trouvé belle maman, toi qui allais fêter tes 87 ans. Elégante et encore coquette, nous avons posé ton dé à coudre sous tes mains jointes et nous avons bien été obligé de te laisser partir maman.

 

Merci à tous ceux qui ont eu des mots gentils.  

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20 octobre 2006 5 20 /10 /octobre /2006 00:06

" Ce vioque était un vrai trésor vivant, un témoin de ce qu'avait été longtemps cette région, trop pauvre, démunie et reculée pour fournir du travail à ses enfants. Alors, il y avait toujours eu ceux qui partaient et qui revenaient, à la retraite, pour se construire ces hideuses baraques blanchâtres avec la porte d'entrée entourée de granit gris. Et ceux qui étaient restés s'étaient lancés dans la picole pour affronter le malheur, la pauvreté et le froid humide. Maintenant qu'ils avaient la médecine sur le dos, les survivants s'étaient mis difficilement, à la diète. Mais ils passaient quand même, un jour ou l'autre, et dépotaient souvent leur géranium avant l'âge. Gildas était une exception. Quatre-vingt-cinq ans. Une énergie à revendre. Tellurique, le mec. Sans doute à cause de l'ardoise dont le sol était truffé. Les jeunes venus s'installer dans le coin disaient tous la même chose : ici, c'est vraiment " spé"."

 

Extrait d'un beau petit livre des éditions la branche  suite noire Le petit bluff de l'alcootest de Jean-Bernard Pouy.

 

C'est en Bretagne, au-dessus de mon pays à moi, le héros narrateur se nomme Armand Le Fur. A lire en un petit bout de soirée

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19 octobre 2006 4 19 /10 /octobre /2006 00:05

La planète ne tourne plus rond... Tant Mieux ! c'est en résumé le message optimiste de Thomas L. Friedman, éditorialiste de politique étrangère au New York Times, dans son dernier livre " La Terre est plate. Une brève histoire du XXI ième siècle " éditions Saint-Simon www.thomaslfriedman.com

Ce matin je livre à votre réflexion deux des réponses qu'a donné l'auteur au Monde 2. Pour le monde du vin elles me semblent bien plus importantes que nos petits débats circulaires. J'espère, dans l'esprit de mon blog d'hier, provoquer un vrai débat, un échange sur lequel nous pourrons bâtir, retrouver le chemin de l'inventivité, donner aux uns et autres les termes de choix tournés vers l'avenir, sans pour autant jeter aux orties ni nos valeurs, ni nos traditions. En raccourci en réponse à la question " que faire ? " avoir l'optimisme de répondre : faire !

La parole est à Thomas L.Friedman " Je crois qu'il y a une règle intangible de la " mondialisation 3 " (1) : " tout ce qui peut-être fait sera fait. " Les gens ont accès à tellement d'informations et à tellement d'outils... La question qui se pose est : est-ce que cela sera fait par vous ou à vous ? Si vous avez une bonne idée, il faut la mettre en oeuvre et ne pas attendre. Sinon, quelqu'un d'autre le fera, dans le Maryland ou en Inde. "

" J'ai un chapitre dans mon livre qui s'intitule " la mondialisation du local ". Quand Google existe maintenant en 137 langues, cela signifie que votre langue ne va pas disparaître et qu'elle sera préservée. Quand la Terre est plate, cela signifie qu'un Français, un Indien ou un Chinois peut innover sans avoir à immigrer. Je peux rester dans mon village près de Montpellier et collaborer à un très haut niveau à une chaîne d'approvisionnement mondiale sans avoir besoin d'aller dans la Silicon Valley. "

Prenez le temps chers lecteurs avant d'enfourcher votre vélo favori, lisez le livre ou lisez celui de Daniel Cohen " La mondialisation et ses ennemis " Pluriel chez Hachette à 8,40 euros. En France " les entreprises ont plus de souvenirs que de rêves " souligne Friedman. C'est tout a fait notre problème dans le monde du vin à la française. Nous sommes arqueboutés, frileux, craintifs, menacés par nos fantasmes, alors que les fenêtres ouvertes sur le monde nous offrent des horizons nouveaux. Avec cet état d'esprit Christophe Collomb serait resté à quai... A vos claviers, chers lecteurs, le village et le village mondial sont à la portée de votre souris.

(1) la première c'est la découverte de l'Amérique en 1492, la seconde celle du XIX...

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18 octobre 2006 3 18 /10 /octobre /2006 00:04

Maman est morte hier matin. J'ai du chagrin. A demain...

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17 octobre 2006 2 17 /10 /octobre /2006 00:05

John Kenneth Galbraith fait parti de ces hommes dont j'apprécie l'érudition non pédante, l'élégance intellectuelle et morale, une espèce en voie de disparition.Dans son livre, L'ère de l'opulence, en 1972, il écrivait " Nous accomodons la vérité à notre convenance, avec ce qui concerne au plus près l'intérêt et le bien-être individuel ou qui promet de nous épargner un effort pénible ou un bouleversement inopportun de la vie. Nous trouvons également fort acceptable tout ce qui contribue le plus à l'amour-propre." Les comportements économiques et sociaux poursuit-il, " sont complexes, et comprendre leurs propriétés exige un travail mental astreignant. C'est pourquoi nous nous agrippons, comme à un radeau, aux idées qui incarnent notre entendement ".

Chaque matin, dans la petite lucarne de mon espace de liberté, je m'essaie avec plus ou moins de bonheur, en tentant de ne pas trop vous raser, à décortiquer ces comportements économiques et sociaux bien compliqués, si humains, contradictoires, fluctuants et surtout presque jamais réductibles à des schémas tout fait, rassurants. Ce que je souhaite comme je l'ai souvent écrit c'est faire bouger les lignes, amener les uns et les autres à quitter le radeau de leur strict entendement pour aménager des passerelles, aller et venir entre les territoires des différences, aménager des zones d'entendement. Alors, de grâce ne m'enfermez jamais dans un camp, dans une chapelle ou une église ou un clan.

Ces derniers temps j'ai jeté ma ligne dans des eaux turbulentes et soudain on me classait dans le parti des vins industriels, on me disait ami des grands prédateurs, on me parrait des oripeaux de fossoyeur du petit vigneron, on me traitait d'expert, on me disait en manque de présence médiatique, et  pire encore on me morigénait en me demandant d'admettre que l'on ne pensât pas comme moi... N'en jetez plus ! Mon seul souhait, suite à la lecture de mes petites chroniques, c'est d'être entendu. Point à la ligne. Qu'on lise ce que j'écris et non pas ce que l'on pense lire. Qu'on m'entende car, lorsque l'on s'entend on se comprend et lorsqu'on se comprend on peut se parler et alors le débat s'ouvre, la confrontation s'instaure et l'on peut espérer à la sortie de cet exercice de civilité voir les points de vue se rapprocher, bref on peut s'entendre.

C'est la ligne de notre club " Sans Interdit ", nous la cultivons dans la discrétion, avec soin, à notre rythme, hors des pentes naturelles des faux-débats chers à certains, travail patient, de fond, respectueux de notre diversité, soucieux de nos différences, constructif, pugnace, avec un zeste d'humour et une bonne dose de convivialité...

Et si vous disiez à vos amis et relations de s'abonner à la newsletter de Vin&Cie ou abonnez-les c'est gratuit : glissez l'adresse e-mail dans la case prévue à cet effet (colonne de droite du blog) deux clics et...

 

 

 

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16 octobre 2006 1 16 /10 /octobre /2006 00:06

" La lutte contre le tabagisme relève de l'imploration, de la gesticulation. Depuis trente ans, on aurait dû observer une réduction des ventes de 20%. On en est loin. Cette année la consommation repart à la hausse ! " C'est un jeune homme de 78 ans qui s'exprime ainsi, le professeur Robert Molimard, ancien chef de service de médecine interne à l'hôpital de Nanterre, fondateur de la société française de Tabacologie, un des premiers chercheurs-cliniciens à avoir étudié "la fume" (1), c'est-à-dire l'acte de fumer. Il a fumé vers 12 ans en gardant les vaches, son père travaillait dans une fabrique de tabac, il s'est arrêté le jour de son 33ième anniversaire. Quelqu'un qui sait de quoi il parle.

Pour lui une certitude : ni les injonctions préventives, ni les augmentations de prix ne suffiront à vaincre la dépendance. " On est arrivé à un degré excessif de stigmatisation du fumeur. Selon un récent rapport européen, le tabagisme passif serait responsable de 5863 morts annuellement en France. C'est déjà fort de café de donner le bilan au mort près s'agissant d'estimations statistiques, mais tenez-vous bien : sur ces 5863 décès, 1114 sont des non-fumeurs. Autrement dit, les 4749 autres seraient...des fumeurs victimes de leur propre tabagisme passif. On croit rêver." Et de conclure " Je ne suis pas antitabac, je suis anti-cancer, anti-infarctus, antibronchite chronique, anti-pauvreté. J'ai introduit le terme de "défumer", je voudrais qu'on supprime l'idée d'arrêt du tabac, que le fumeur ressent comme un arrêt de mort. Un enfant abandonne son doudou quand il n'en a plus besoin, parce que son psychisme s'est reconstruit. Pour lâcher la cigarette, il faut défaire tous les liens que l'on a établis avec la cigarette, ce qui nécessite une véritable reconstruction de la personnalité. C'est long et difficile, mais c'est possible."

Quand on a assisté ces derniers jours à l'orchestration de l'interdiction de fumer dans les restaurants, bars et discothèques, avec un sommet de mise en scène avec la fermeture du bureau de tabac de l'Assemblée Nationale, et que l'ayatollah Contassot, adjoint au maire de Paris, veut infliger des amendes du même ordre que les crottes de chien aux jeteurs de mégots sur la voie publique, je m'écrie : sont-ils devenus fous ? Je ne suis pas fumeur de clops et je n'apprécie pas particulièrement les mégots de mon voisin du 7ième qui s'accumulent devant l'entrée de l'immeuble (son épouse le virant pour qu'il fume dehors) mais quand est-ce que l'on va ouvrir la chasse aux fumeurs, la délation des contrevenants ? Société d'irresponsables, gouvernance par l'incantation, les leurres, inefficacité chronique de la lutte menée sur des bases loin des causes profondes. Tant que la santé publique restera du ressort exclusif d'acteurs administratifs, elle restera pauvre, sans impact sur les populations à risques. Quand on pense que la grande mesure pour les femmes enceintes consiste, en matière d'alcoolémie, à l'apposition d'un logo sur les bouteilles, on croît rêver. Mais ils sont où les médecins qu'on appelait autrefois de famille, connaisseurs de l'histoire de leur clientèle, agent de base de la santé des populations ? A quoi ça sert la Sécurité Sociale ? Sans elle notre médecine libérale ne serait pas ce qu'elle est, alors un peu de service public en échange serait-il péché mortel ?

(1) " La Fume.Smoking " Robert Molimard Editions Sides

 

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15 octobre 2006 7 15 /10 /octobre /2006 00:06

Lorsque Marthe Regnault, la sage-femme aux mains larges comme des battoirs de lavandière, recueillit, après l'ultime poussée de ma mère, les cinquante-deux centimètres visqueux de mon corps, j'étais à la limite de la cyanose. Par bonheur j'échappais aux fers. Pendu, à bout de bras, par les pieds, je l'entendais proclamer de sa voix de stentor " c'est un garçon ! ". Imaginez-vous la scène. Comprenez mon courroux. D'un coup d'un seul, après un périple dangereux et besogneux, on me faisait passer d'une position de coq en pâte à celle, ridicule et humiliante, de vermisseau gluant exposé à l'air libre tel un vulgaire saucisson. Intolérable ! Révolté je couinais comme un goret pour le plus grand plaisir de cette femme qui n'avait rien de sage. Ce cri primal me valait de me retrouver dans une position plus conforme à mon statut de nouveau-né. On me lavait. Par petites touches je virais au rose bonbon. On m'emmaillotait. Je souriais aux anges bien calé dans la corbeille des bras de ma Madeleine de mère.

 

" Ce petit salopiaud a du caractère. Il sait ce qu'il veut et, croyez moi Madeleine, avec un tel sourire ce sera un grand séducteur, un ravageur des coeurs..." Non mais, de quoi je me mêle l'accoucheuse, ce n'est pas ton rayon, garde tes lieux communs pour les lectrices de "Nous Deux". J'étais vénère. Sous mon sourire ravageur je fis ma première colère rentrée ; une colère fondatrice bien-sûr. " Qu'étais-ce donc ce monde d'apparence ? Mon minois de bébé rose ne préjugeait en rien de mes actes futurs. Etais-je programmé ? Je repoussais avec force ce déterminisme de pacotille..." Chemin faisant je m'apercevais que je me trouvais bien à l'intérieur de moi-même. Ce sentiment m'avait déjà habité lorsque, sitôt les eaux libérées, dans la tourmente de mon périple, si long et si court, à chaque contraction j'avais hâte de retrouver la volupté de mes profondeurs. Ma conviction était faites : c'était le seul lieu où je puiserais la force pour affronter ce monde où, au petit matin, on venait de me jeter.

 

Libéré du dernier lien, pomponné, prenant goût à l'air que je respirais, je me laissais glisser dans la paix de mon petit jardin d'intérieur. Moment voluptueux, moment que choisit ma mère pour confier au clan des femmes qui s'affairait " ce sera Benoît..." Coup violent et inattendu au plexus solaire. Je réprimais un cri de stupéfaction en engouffrant mon pouce dans ma bouche. Déjà quelle maîtrise ! Quel sang-froid ! Ma succion élégante stupéfiait le clan des femmes. Elles s'esbaudissaient. Je retrouvais le suc de ma bulle. Réfléchissais. Analysais froidement la situation. " Par quelle prescience ma mère avait-elle su anticiper sur mon moi profond ? " Ce Benoît était raccord avec le capital de duplicité que je découvrais en moi. Formidable intuition de Madeleine que d'accoler ce prénom à mon image de chair. Sur la photo Ferlicot, à nouveau nu comme un ver sur un coussin de soie, j'arborais mon sourire de bébé Cadum qui allait si bien avec le secret de mes profondeurs.

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14 octobre 2006 6 14 /10 /octobre /2006 00:05

L'intéressée, radieuse, ignorait avec superbe le venin de ces vipères édentées. Madeleine se contentait de concéder que ma conception était un banal accident de parcours ; une simple erreur de calcul. Elle riait en balançant aux rancies " une naissance est toujours un heureux évènement..." Pour le cas d'espèce le docteur Ogino avait le dos large car la réalité était toute autre. Mes parents, au retour des noces bien arrosées du cousin Neau qui se mariait sur le tard, dans l'euphorie de l'aurore, pour le plaisir, par deux fois, dans le foin de la grange et sous les draps frais du lit, avaient joué au papa et à la maman. Ce furent deux beaux assauts et, Madeleine, plus diablesse encore qu'à l'accoutumée, avait mené mon Philippe de père dans les hautes sphères du plaisir.

Je fus ainsi conçu, dans le désordre et le plaisir. Ma mère a joui, crié, dit des choses pas convenables en recueillant la semence de mon père. Je suis un enfant du péché et je m'en fous. Madeleine aimait l'après. L'abandon de son grand Philippe. Elle le rassurait avant qu'il ne roule sur le flanc et ne s'abime dans un sommeil lourd. Je suis un enfant de l'amour et j'aime ça. Mon code génétique a du, j'en suis sûr, être largement tributaire des tribulations initiales de mes géniteurs. Les mauvaises langues hygiénistes diront, puisqu'ils étaient gais, que mon Qi a du subir une forte dévaluation liée à cet état non conforme au code de l'accouplement sanitairement correct. Mais pour moi le pire était à venir : j'ai grandi dans les jupons des femmes.

Ce furent elles qui firent pression sur Madeleine pour qu'elle choisisse un prénom de garçon. Pour ma grand-mère paternelle, sa soeur ma grand-tante et ma soeur Zézette il ne faisait aucun doute que Madeleine portait un garçon. Dans la famille, le prénom de mon père : Philippe, se raccrochait au Pétain du Verdun de mon grand-père et, par pudeur, on évitait ce rappel historique. Par bonheur, mon père n'était pas un fan du général, j'ai donc échappé à Charles. Dans le lot des femmes seule ma Zézette de soeur faisait des propositions que nous qualifierions de nos jours de people. Ma mère, face à ces aussauts et à ceux de toutes les autres femmes qui passaient à la métairie, restait impavide. Elle affichait une indécision de façade mais, en trimballant avec entrain son gros ventre, elle attendait son heure.

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