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10 mai 2006 3 10 /05 /mai /2006 10:00

" C'était vraiment un intérieur bourgeois - de la bourgeoisie la plus conventionnelle et la plus modeste - et semblalble (une fois de plus il ne pouvait s'empêcher de le remarquer) à tous ceux de la maison et du quartier. Et ce qui lui plaisait particulièrement c'était peut-être de se trouver devant quelque chose de tout à fait banal, commun, et par cela même parfaitement rassurant. Car la vulgarité de cet intérieur éveillait en lui un sentiment presque abject de satisfaction. Dans la belle maison où il avait grandi régnait le bon goût et il se rendait compte que ce qui l'environnait maintenant était d'une laideur sans remède. Mais précisément il avait besoin de cette laideur anonyme comme d'un trait de plus le rapprochant de ses semblables. La modicité de leurs moyens les obligeraient, Julie et lui, au moins pendant les premières années de leur union, à habiter cette maison; et il en bénissait presque la médiocrité. ainsi bientôt ceci serait son salon; la chambre à coucher modern style dans laquelle, trente ans auparavant, avaient dormi sa future belle-mère et son défunt mari serait leur chambre à coucher; et la salle à manger où toute leur vie Julie et ses parents avaient pris leurs repas serait sa salle à manger. Le père de Julie avait été un fonctionnaire important dans un ministère et cet appartement, installé dans le goût de son jeune temps, était une sorte de temple pathétiquement élevé en l'honneur des divinités jumelles de la respectabilité et du conformisme. Bientôt, pensa Marcel, avec un plaisir presque impatient et en même temps mélancolique, j'aurais droit moi aussi, à cette respectabilité et à ce conformisme."

in Le Conformiste Alberto Moravia Flammarion 1951

Pour moi, Marcel, le Conformiste, c'est l'image de Jean-Louis Trintignant sanglé dans un costume de premier communiant tenant à la main son bouquet de roses juste avant de rendre visite à Julie sa fiancée " une fille vraiment normale, tout à fait dans la moyenne, assortie au style même de ce salon ". Dans le film de Bernardo Bertoluci sorti en 1970, j'étais à la Fac à Nantes et je passais beaucoup de temps dans les salles obscures, c'est l'énigmatique Dominique Sanda qui m'avait fascinée. Quand je dînerai à côté d'elle lors du Festival du film d'Avoriaz j'eus le sentiment de l'avoir toujours connue. Bref, où veut-il en venir ce matin notre chroniqueur déjanté ? A deux petites choses : à Trintignant et aux AOC...

Trintignant d'abord, que le cinéma italien des années 60-70, avec d'autres acteurs français, révélait. Depuis 1996, il coexploite, avec un couple de vignerons des Côtes-du-Rhône, le domaine Rouge Garance, situé à Saint-Hilaire-d'Ozilhan, dans le Gard. Selon Olivier Poussier et Philippe Faure Brac son vin est noté 4,5 sur 5. C'est vendu de 6 à 11,50 euros la bouteille. Le téléphone 04 66 37 06 92. Dans le Gard ya beaucoup de présidents qui parlent du vin mais ya aussi un grand acteur qui en vend.

Les AOC ensuite, dans leur expansionnisme débridé de la dernière décennie on retrouve la même quête éperdue à cette respectabilité et à ce conformisme chers à Marcel le héros de Moravia. A l'opposé, la volonté de René Renou d'extraire la crème du magma : les AOC d'excellence, relève de l'éternel combat entre le bon goût et la vulgarité. Bien, si vous trouvez que je pousse le bouchon trop loin : à vos claviers chers lecteurs car autrement à quoi ça sert que Berthomeau y se décarcasse chaque matin !

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9 mai 2006 2 09 /05 /mai /2006 08:17

Les  " prohibitionnistes masqués " ont encore sévis, une nouvelle campagne sur les écrans met en avant, entre autre, mais surtout, le vin et je sens que la moutarde vous monte au nez chers amis du vin. Comme le disait Lino Ventura dans le film de Lautner : " ne nous fâchons pas " respirons un bon coup, adoptons la cool attitude et agissons. Plus vous réagirez, plus vous protesterez, plus les concepteurs de la campagne seront heureux car c'est ce qu'ils souhaitent. En effet, leur campagne n'aura d'écho que par le relais que vous lui ferez et ainsi la démonstration de la puissance de nuisance du lobby du vin sera de nouveau mis en évidence. Ils pourront dire " vous voyez bien que nous frappons là où ça leur fait mal puisqu'ils crient très fort..."

Que faire alors ? Surtout éviter l'effet démangeaison : lorsqu'on a un petit bouton qui se pointe mieux vaut éviter de se gratter, car plus on gratte, plus l'inflammation devient insupportable. Face à cette campagne dite de santé publique il faut exiger de ses concepteurs des comptes puisqu'ils dépensent de l'argent public. A qui s'adressent-ils ? Sur quelle population veulent-ils agir ? Quels résultats ont-ils obtenus avec leurs campagnes précédentes ? L'alcoolisme est un fléau et tout citoyen, et les gens du vin tout particulièrement, sont en droit d'exiger qu'on le combatte avec un souci d'efficacité. Est-ce le cas des campagnes de communication ?*

En dehors de toute étude sérieuse on peut douter de l'impact de ces campagnes qui ne sont que les joujous de quelques publicitaires et des technocrates du Ministère de la Santé, les caches misère d'une politique de prévention minable, de l'argent fichu en l'air pour se donner bonne conscience et taper à bon compte sur les gens du vin. Pour étayer mon propos je vais vous conter une petite scène de la vie quotidienne : une fin de journée, la Chope de Daguerre, une terrasse du XIVième, fait beau, à la table d'à côté une fille seule, la trentaine, s'envoie plusieurs verres de vin tristement. Le liquide compte peu. Qui est en cause ? Le vin ou la solitude ? Vous imaginez cette fille rentrant chez elle, allumant la télé, découvrant le clip et, telle Paul sur le chemin de Damas, éblouie par l'évidence de son comportement addictif se rue dans sa cuisine pour vider dans l'évier les liquides alcoolisés qu'elle détient. 

La solitude, le stress, les difficultés du quotidien et autres causes des comportements addictifs devraient être au coeur des politiques de santé publique. Mais une telle ambition n'est pas à la portée de ceux qui préfèrent se faire plaisir, faire semblant, poursuivre leurs vieilles lunes, conforter les oppositions et non les réduire. Face à leurs chiffons rouges j'espère que les professionnels de la protestation éviteront de tomber dans le panneau et qu'enfin un débat adulte et citoyen pourra s'instaurer pour que progresse la lutte contre l'alcoolisme.   

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5 mai 2006 5 05 /05 /mai /2006 08:52

Au tout début de juin 2006, en une nuit, une belle nuit douce et étoilée, partout en France, dans les villes et villages, sur les chariots d'hyper et de super, même de hard, aux grands carrefours, aux portes des usines et des bureaux, des affichettes et des sticks : La FRANCE en ROSE ? Coup éclair, affichage sauvage, les autorités se taisent. Bien sûr la presse régionale et nationale suppute, les journaux télévisés subodorent un coup médiatique d'une étoile montante de la galaxie politique, les correspondants étrangers alertent leurs rédactions. Tout le monde en parle...

Huits jours plus tard même offensive éclair, les affichettes et les sticks proclament : le ROSE est mis ! Dans le même temps, à Londres, une grande campagne d'affichage couvre les murs : sur fond blanc : The ROSE ! la leur, celle qu'ils arborent sur les maillots de leur équipe nationale de rugby. Là, tout le monde des médias s'emberlificote, ne sait plus quoi penser mais ça ne les empêche pas d'écrire ou de causer. Un grand magazine titre : un coup royal ! en voyant une alliance entre le Poitou et Tony Blair. Tout le monde en parle : d'Oubzbékistan aux Iles Vierges...

Trois jours après sur les murs de Paris, des grandes villes de France, aux abords des hypers et des supers, des usines et des bureaux, à Londres, une belle affiche : le ROSE est la couleur des Rosés de France. Et dans le même temps dans les cafés, les restaurants, les pubs le ROSE est mis dans de beaux verres sur des ronds de verre et...

C'était une campagne initiée par "SANS INTERDIT" qui n'a trouvé aucun écho auprès de ceux qui pourraient s'unir. Ils préfèrent choisir la couleur du papier peint de la salle de réunion, de la taille de la bassine, faire leur ptite campagne perso ou prospecter les marchés porteurs du Vietnam ou des Galapagos... Pour ma part, comme l'avait fait Michel Larroche - que je salue car il est abonné - et son équipe à Vinexpo, pour une journée du Rosé, je vais me contenter d'arborer une chemisette type Lacoste ROSE en prenant le risque qu'on me dise que je fasse de la politique. Ainsi va la France mes chers lecteurs, les présidents y sont plus nombreux que les fromages et nous regardons passer les trains. Bon Pont et diffusez l'info... Soyez réactifs !

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4 mai 2006 4 04 /05 /mai /2006 09:08

Fé bo, fé cho, moi le parigot, un peu barjo sur son vélo, o pti matin je file dans la ville, joyeux, à grandes pédalées, j'ai même croisé Fanfan à la Concorde, alors devant mon clavier envie de vous faire partager mon petit espace de bonheur, en vous offrant ce petit bijou de Gaston Chaissac pour que, si vous êtes de passage à Paris, vous alliez à l'heure du déjeuner, traîner vos guêtres à l'exposition : Gaston Chaissac : homme de lettres au Musée de la Poste 34 Bd de Vaugirard c'est du 11 avril au 22 juillet 2006. Allez-y vous me ferez plaisir et vous vous ferez plaisir... 

" Ensemble un chat et une souris partaient en vendanges. Vers midi une perdrix les survola. Le chat dit "Perdrix viens avec nous vendanger en Provence".

"Perdrix viens vendanger en Provence" dit la souris. L'oiseau répondit : "Je le voudrais mes amis mais il me faut illico présider une assemblée de mésanges dans une hutte de roseaux derrière la gare de Palaiseau, aux prochaines vendanges vous m'emmènerez".

La souris très lasse de trottiner sur la route de Provence, grimpa sur le dos du minet et en redescendit à un fossé qu'un passeur leur fit traverser dans son bac. Le chat, las à son tour, ne pouvait songer à monter sur la souris ; ils prirent l'autobus qui les descendit le long du Rhône, il y avait tellement de monde dedans qu'ils ne purent trouver deux places voisines et ils s'ennuyèrent beaucoup : le chat entre une vieille demoiselle et un fantassin, et la souris avait comme voisin un gros monsieur qui l'empêchait de voir le paysage. A Nîmes ils s'arrêtèrent pour visiter les arènes et s'attardèrent à les mesurer. Ils arrivèrent enfin à la vigne de maître Soulin qui les attendait pour commencer la vendange. le soir du premier jour la souris était grise, le lendemain ce fut au chat d'être noir.

Les vendanges finies ils se firent reconduirent chez eux en taxi. "

in Je cherche mon éditeur Gaston Chaissac éditions Rougerie

Je dédie ce texte à mes amis de Châteauneuf-du-Pape car selon toute vraissemblance nos deux compères ont traversé le Rhône pour aller y faire les vendanges et peut-être qu'ils sont revenus quelques temps après pour l'agrément qu'est dans cette belle appellation une autre chanson... 

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3 mai 2006 3 03 /05 /mai /2006 08:36

Par ces temps de cuves pleines, d'excédents, certains pensent et déclarent qu'il eut suffit, pour ne pas en être réduit à une destruction massive du produit, de faire beaucoup de promotion et de jeter sur les routes ou d'embarquer dans des avions une armada de vendeurs pour vendre ce vin à toutes ces bouches qui viennent tout juste d'y goûter. Vision du marché à l'image de notre parcellisation : nous ne manquons pas de vendeurs de vins nous souffrons cruellement d'un manque de vins vendeurs.

Traduit en cols notre excédent se situe dans les 500 millions de cols, une paille donc, l'épaisseur du trait, une pécadille qui n'est pas le résultat d'une quelconque fatalité. Je m'explique. Pour en arriver là nous avons produit du raisin en "contrôlant" les rendements, vendangé ce raisin, vinifié ce raisin, enrichit le moût avec du sucre ou des moûts concentrés, agréé ce vin, stocké ce vin... Le metteurs en marché pour se donner un peu d'air ont du "vendre" moins cher que moins cher une partie de ces vins et participé à l'effet dominos sur les prix. Au bout du bout ces vins vont être distillé avec des aides de l'Union, de la France et même des producteurs eux-mêmes qui vont s'endetter pour détruire. L'alcool de carburation s'écoulait à 40 euros/hl en 2005. Avec la hausse du baril de pétrole on peut espérer un peu mieux.

Mais, m'objectera-t-on, c'est la faute aux autres (les barbares du Nouveau-Monde et les vieux ennemis de l'intérieur) si nous en sommes réduits à de telles extrémités. Amnésie collective et refus de choisir une politique générant un flux de vins vendeurs nous ont conduit à cette situation. Si l'on veut bien revenir au cep de vigne qui produit du raisin est-ce commettre un "crime" contre le vin que d'imaginer qu'une partie de ce raisin puisse être distrait de la vinification pour produire des moûts concentrés destinés à l'enrichissement de tous nos vins (plus de sucre de betteraves) ou des jus de raisin (bien sûr sur des parcelles identifiées afin de jouer la carte du rendement optimal) ; suite à ce premier tri est-il tout aussi économiquement incorrect de souhaiter qu'en dehors des vins prévendus ou presque, la vinification des grands volumes soient pilotés par ceux qui vont les vendre ?

Se contenter d'arracher des vignes et de distiller faute de mieux ne nous mettra pas en situation de reprendre les parts de marché perdues faute de pouvoir proposer des vins vendeurs. C'est quoi un vin vendeur ? C'est un vin qui conquiert le droit de figurer sur un linéaire, qui par ses qualités propres et, pas seulement ses apparences, plaît à un consommateur qui y revient, qui le retrouve et ainsi se fidélise. C'est désespéremment basique, mais ça fait des millions de cols qui génèrent des petits sous qui permettent de mettre en avant le produit et de gagner des parts de marché et de lancer nos vendeurs à l'assaut des marchés émergents. Bon quand est-ce qu'on s'y colle ? Moi je suis partant pour l'aventure... 

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2 mai 2006 2 02 /05 /mai /2006 09:46

C'est le retour du cheval de labour, Olivier Pichaud et "Joyeux" son cheval font la une des journaux. Pour moi ça tombe bien car j'avais en magasin une petite chronique où se mêlent un peu de ma vie et l'actualité. Ceux qui me lisent régulièrement savent que de 1988 à 92, au cabinet du Ministre, je suivais le dossier du cheval dans tous ses états. Pas très évident de convaincre un Ministre de l'Agriculture de se préoccuper de ce secteur d'activités sauf que, les Courses via le PMU alimentaient le Fonds d'adduction d'eau des communes rurales, les Haras Nationaux, et que l'élevage du pur-sang et du trotteur pèse assez lourd dans certains départements.  

Bref, je convainc H.Nallet de se rendre au petit matin à Chantilly : la piste des aigles, le roulement sourd des chevaux au galop, les naseaux fumants, le jour qui se lève au-dessus des bosquets, la fine fleur de la Société d'encouragement, des entraîneurs et des propriétaires... Seul problème : le speetch du Ministre à ce petit monde très huppé, le nègre que j'étais, pour faire l'intéressant, en chute des propos ministériel, lui fait proposer la création d'une Journée Nationale du Cheval dans le sillage Languien des Journées de la Musique, Patrimoine... Applaudissements... Moi, naïvement, je pense que sitôt dit, sitôt oublié. Faux, je dus m'y coller, fonder une association, en être le Président et organiser cette foutue journée. J'y reviendrai dans un blog car ce fut une expérience extraordinaire dans la mesure où le monde du cheval en France est à l'image de celui du vin, parcellisé et plein de présidents.

Bref toujours, le point fort de cette 1ere Journée du Cheval, septembre 1990, ce fut une grande Fête aux Tuileries avec le plus grand paddock de France : toutes les races, toutes les activités et ce fut un triomphe populaire : 150 000 personnes sur le week-end sans grande publicité. A ma grande surprise, même si le quadrille des lanciers de la Garde Républicaine fut très prisé, et le laché des petits chevaux camarguais un must, ce qui passionna le plus le public ce fut le débardage du bois par les chevaux lourds : Boulonnais, Percheron et autres.

Alors quand j'ai lu l'interview de Gérard Gauby dans The Ecologist de mars " Nous utilisons des chevaux pour le labour. Un salarié à temps plein prend soin des animaux et les utilise pour labourer le sol et ôter les mauvaises herbes. On pourrait certes les éliminer avec un herbicide, mais cela détruit le sol. On pourrait aussi utiliser un tracteur qui n'exige qu'un seul passage.Avec un cheval, il faut cinq passages. Il faut quatre heures pour labourer un hectare, soit dix fois plus de temps que le tracteur. Mais l'avantage du cheval est que l'on risque moins de renverser des pieds de vigne et le sol ne se tasse pas comme au passage du tracteur. En effet, quand le sol devient compact, les racines ne respirent plus et la vigne ne peut plus se nourrir. Elle s'affaiblit et devient alors vulnérable aux maladies et aux insectes." je me suis dit que c'était là un beau sujet à mettre sur la belle table de nos grands vins.

C'est un sujet qui fâche. Pour autant je pense qu'il faut le traiter hors les chapelles et les anamathèmes, dans une optique de création de valeur : environnement, paysage, tourisme, emploi, captation de fonds européens... ne pas opposer des modèles irréductibles mais additionner nos forces... Comme je l'écrivais dans l'un de mes premiers blogs dans la rubrique " Décavaillonneuse " avec pépé Louis et Nénette la jument nous étions des protecteurs de l'environnement sans le savoir mais notre temps valait zéro, lui était Vieux moi je rêvais d'un avenir où je mènerais le monde en n'oubliant jamais le chant des oiseaux nichés dans les impénétrables buissons de mon bocage vendéen... 

 

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28 avril 2006 5 28 /04 /avril /2006 09:27

5ième épisode : en France pour avoir son nom sur une plaque de rue il vaut mieux avoir chanté tiens t'auras du boudin plutôt que d'être un fils de marchand de vins devenu mathématicien

En 1997, les américains Robert Merton et Myron Scholes se sont vus décerner le prix Nobel d'économie pour des travaux dont Louis Bachelier est l'initiateur. L'hommage de R.Merton à Bachelier est éclatant : " On peut trouver une grande partie des mathématiques financières modernes dans la thèse de Louis Bachelier sur la théorie de la spéculation parue en 1900... Ce travail marque à la fois la naissance des mathématiques en temps continu des processus stochastiques et celle de l'économie en temps continu de l'évaluation des actifs dérivés..." Nous les béotiens on veut bien le croire même si on n'entrave que dalle au vocabulaire.

Voilà une belle consécration, pour ce marginal de l'Université française, à la veille de la fin d'un siècle qu'il avait inauguré dans l'indifférence condescendante de ses pairs. Et pourtant aux dires des scientifiques d'aujourd'hui ce cher homme avait élaboré une théorie mathématique du mouvement brownien cinq années avant le grand et génial Albert Einstein ; que dans les années 30 les probabilistes russes, dont le grand mathématicien Andrei Kolmogorov, avaient utilisé ses travaux. Pour qu'il sorte définitivement de l'ombre il a fallu qu'il soit redécouvert, dans les années 60, par les économistes américains notamment Paul Samuelson prix Nobel d'économie en 1970. Notre anonyme Bachelier devint une référence sur les campus US et chez les agités de Wall Street.

A ce jour, notre fils de marchand de vins, hormis sa Légion d'Honneur, mais qui ne l'a pas, n'a eut droit ni à une plaque de rue, d'impasse ou de placette, ni même à une plaque commémorative au Havre ou ailleurs, aucune Université ou Grande Ecole n'a envisagé d'accoler son nom à un amphi ou à leur bibliothèque, c'est chez nous un zombie. Moi qui, grâce à mon vélo, connait Paris comme ma poche, je me dis qu'il vaut mieux avoir participé à l'aventure coloniale pour se voir honoré de la sorte : les capitaine Marchal, Ferber et Tarron, le lieutenant Chaurré, l'adjudant Réau, qui forment le plus fort taux de coloniaux au mètre carré dans le 20ième arrondissement de notre capitale, en sont la preuve. Alors, pour réparer l'oubli - nous sommes un grand pays réparateur d'oubli - je propose aux bien lotis du CAC 40 de se cotiser pour financer une médaille commémorative en l'honneur de Louis Bachelier. Les Français aiment tant les médailles et les commémorations...

FIN

Il ne vous est pas interdit de me transmettre vos appréciations sur ce petit feuilleton. Si vous êtes timides vous pouvez le faire en direct sur ma messagerie jberthomeau@hotmail.com

  

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27 avril 2006 4 27 /04 /avril /2006 09:34

Nos assemblées, nos réunions, la majorité des intervenants de notre secteur du vin sont des individus de sexe masculin, très senior - les moins vieux semblent déjà programmé pour des trajectoires parallèles à celles de leurs aînés - des gens qui passent beaucoup de temps hors de chez eux, une population qui petit à petit se détache des réalités de la vie quotidienne. Et, alors que je lisais un roman policier de la nouvelle tendance des polars, je suis tombé sur un paragraphe qui m'a fait sourire et donné l'envie d'écrire cette chronique.

" Je suis sorti du café à l'heure exacte où le Monoprix en bas de chez moi ouvre ses portes. Faire les courses c'est une corvée. Alors, je me les cogne à l'ergonomie, je construis mes itinéraires pour vaquer simple, je peste après ceux qui n'ont pas la même moyenne, faut que ça roule, qu'il n'y ait pas d'accrocs, pas de fâcheux qui bloquent, pas de rêveurs qui lambinent, oublient de peser leurs légumes, ou s'aperçoivent qu'ils ont gommé mentalement leur code de carte bleue... La vitesse, l'efficacité." Jean-Bernard Pouy Le rouge et le vert Gallimard série noire

Cépa lémec kifon lécourse en règle générale et c'est dommage car pousser le chariot dans l'hyper ou tirer le caddie au marché ou faire le tour des petits commerces avec son panier ça permet de vraiment sentir comment évolue la consommation. Sans me désolidariser de mon sexe de rattachement, nul n'est pas parfait, j'ai toujours fait les courses. Je n'en tire aucune gloire mais comme j'estime que la bonne compréhension de l'économie générale passe par la maîtrise des fondamentaux de l'économie ménagère. C'était et c'est encore pour moi une forme de travaux pratiques.

En faisant les courses on peut sentir les évolutions, anticiper les tendances : par exemple les premières tomates branchées, les fameuses tomates grappe vendues plus cher, étaient des tomates provenant de Sicile, goûteuses et exquises, elles marquaient le début d'une politique marketing. Même chose pour le rayon des huiles alimentaires : à l'arachide de grand-mère s'est substitué Fruit d'Or qui a couvert nos champs du Sud-Ouest de Tournesol et puis vint l'huile d'olive avec Puget qui a conquis les consommateurs du nord de la Loire. On peut multiplier les exemples. Le rayon vins est le plus conservateur, le plus illisible, il semble figé pour les siècles des siècles.

Et puis on voit les prix. Et puis on voit les gens. Et puis on jauge la qualité et son rapport avec le prix. Et puis on suit l'évolution de son budget alimentaire. Et puis, si on aime faire la cuisine comme moi, désolé je suis un renégat à la cause masculine, on sait que les bons achats sont la base de tout. Je m'arrête car je sais que j'agace et monsieur Courau va dire que je pars dans tous les sens, et oui la vie ce n'est pas blanc ou noir, c'est plein de contradictions entre le comportement du consommateur et celui du producteur toujours prompt à réclamer le patriotisme à l'acheteur mais qui lui-même ne se préoccupe guère de l'origine de ce que son épouse ramène à la maison.

Bonnes courses les mecs !

   

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25 avril 2006 2 25 /04 /avril /2006 18:42

" La distillation obligatoire fut étendue à de nombreux petits producteurs au même titre qu'aux gros producteurs ; le droit de planter de nouvelles vignes fut strictement limité ; et des indemnités furent promises aux producteurs qui arracheraient leurs vignes pour se livrer à d'autres cultures. Un organisme nommé Institut des Vins de Consommation Courante (IVCC), placé sous le contrôle des viticulteurs, fut institué en vue de surveiller le fonctionnement du nouveau système. Il reçut des demandes d'indemnités de la part de quelque 90 000 viticulteurs, qui arrachèrent 100 000 ha de vignoble, soit 7% du vignoble national. Le programme d'arrachage fut arrêté en 1957 après deux années de mauvaises récoltes. En 1962 une récolte pléthorique engendra un nouveau surplus et démontra que la réduction de la surface cultivée ne suffisait pas à résoudre le problème chronique du vin " in Gordon Wright La Révolution rurale en France.

Les temps difficiles sont le terreau du basisme, les démagogues ruraux, en 1953 Henri Dorgères, l'apôtre en chemise verte de l'avant-guerre, en dépit de son passage dans les geôles de la République pour fait de collaboration, tentait un come-back. Mais, comme toujours, un rival plus jeune et plus flamboyant se mettait en quête de l'appui de la base paysanne : Pierre Poujade, le papetier de StCéré, qui lui ôtait sa chemise au beau milieu de ses discours gesticulatoires.

En 2006, des petits nouveaux montent sur le tonneau,  des qui s'autoproclament porte-parole de la base, les coordinations, jouant sur la désaffection de celle-ci pour sa représentation officielle, des qui débitent au mètre linéaire des propositions pour sortir de la crise, qui sont autant d'absurdités, de mauvais coups portés au produit et à l'image des vignerons, de la démagogie pur jus qui tétanise et bloque plus encore la mise en oeuvre des solutions concrètes pour sortir de la crise.

Que faire ? Agir ! Vite ! Les démagogues insultent l'avenir, le destin des Poujade, Nicoud et consorts est là pour le rappeler...

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25 avril 2006 2 25 /04 /avril /2006 09:11

" Entraînée, contre ses inclinaisons, dans le tourbillon de l'économie mondiale, la France n'en finit pas de désespérer ses dirigeants actuels. Ils la dessinent moderne, dynamique, agressive, totalement plongée dans cette nouvelle compétition où les premiers sont ceux qui vendent le plus.

Hélas, le français n'est pas commerçant, il n'est que producteur : depuis longtemps, entre l'Economie et la France s'est installé un grand malentendu.

Dès le carolingien et le capétien, l'espace français est d'abord celui d'un Etat : aussi, tout est en place aux premiers frémissements de la modernité économique pour que la France manque l'économie. Car il faut répéter que la nature de la verticalité étatique s'oppose fondamentalement à une fluence économique qu'elle s'emploie, vaille que vaille, à canaliser, à baliser, à circonscrire.

Certes le pays se révèle d'emblée grand lieu de production. Campée sur un sol fertile tramé d'innombrables villages (le concept de base de la réalité française) parvenus rapidement à l'auto-consommation, la France est une matrice féconde. Prodigalité laborieuse liée à la pression constante d'un pouvoir, à nourrir dans tous les sens du terme."

Extrait de la revue Dérèglements de Comptes 8ème partie 1990 Jean-Michel Alberola et Michel Henochsberg (le texte intégral peut vous être transmis à la demande).

La France qui s'est découvert " une vocation exportatrice agricole " à la faveur des excédents communautaires de céréales n'a jamais généré en son sein une grande entreprise de trading de grains, celles-ci sont basées de l'autre côté de l'Atlantique : Cargill, Continental, Bunge et Louis Dreyfuss... et alors que l'essentiel de son excédent agricole (80%) provenait des vins et spiritueux, le secteur même s'il met en avant des équivalents Airbus pour situer le niveau de sa performance, se comporte en grand pays producteur insoucieux des grands flux qui ont redonné au vin un grand marché de consommation de masse. 

 

Sur notre territoire nous avons pu observer le sort réservé aux merciers et aux épiciers : balayés par la GD ou regénérés par la proximité, les services et les produits de valeur... Alors quand cesserons-nous de nous mettre la tête dans le sac, d'opposer bêtement le village gaulois au village mondial, dans le domaine du vin avec notre grand vignoble généraliste, notre antériorité, le savoir-faire de nos vignerons, nous pouvons tout produire à condition d'accepter d'aller affronter le grand large sur les embarcations les plus performantes avec des produits conformes aux attentes des nouveaux consommateurs....  

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