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24 avril 2006 1 24 /04 /avril /2006 09:44

Le soleil enfin ! Ce vendredi le "Parisien" titre : la riposte du vin français et consacre deux pages au sujet. Dans le TGV je devise avec Jean-Paul Kauffmann qui se rend au grand concours des vins de Macon. Heureux de sortir, d'aller à la rencontre de vignerons, ils m'attendent devant le caveau restaurant du cru Moulin à Vent au bord de la RN 6. Guy Jacquemont prend des nouvelles de Bachelier, l'accueil est simple et le repas chaleureux, mes hôtes sont inquiets de l'évolution du marché et moi je me sens investi d'une responsablité qui dépasse grandement mes possibilités d'agir.

Le Moulin à Vent, une appellation judiciaire : jugement de Mâcon du 17 avril 1924, le cru le plus ancien du Beaujolais, à cheval sur deux départements, et par la grâce des découpages administratifs sur deux régions, sis sur les communes de Romanèche-Thorins et de Chénas, cette dernière donnant son nom à un cru, tout le charme, la complexité disent certains, de nos AOC. Sous le ciel lumineux, entre les ceps, j'écoute : la densité, la taille en gobelet, la vinification à partir de raisins entiers, il n' y a ni foulage, ni égrappage et pas d'utilisation de la machine à vendanger. Beaucoup d'heures de travail, les évolutions possibles, le vigneron qui me fait visiter sa cave et goûter son vin fait parti de ces hommes que j'aime rencontrer, réservé et attentif, en plus son Moulin à Vent est du velours. A la cave coopérative de Chénas, une visite, un délicieux petit speecht de l'ancien président, je sens de l'angoisse, une volonté de s'unir mais aussi une forme d'impuissance.

Dans la salle de la mairie de Romanèche-Thorins, l'heure de l'AG du syndicat du cru, un bref débat sur les futurs rendements, je me dis qu'il va me falloir être à la hauteur des attentes de la petite centaine de vignerons, le conseiller-général et le député sont au premier rang. Le président me présente, c'est à mon tour. Je parle, trop longtemps sans doute. La salle est attentive. Quelques questions et c'est le moment que je préfère : pouvoir aller vers les uns et les autres, converser. On m'intronise dans la confrérie des Chevaliers de la Tassée. 

Merci au conseil d'administration du cru Moulin à Vent et à son président de m'avoir offert ce contact privilégié, ça m'a ressourcé et ça m'a renforcé dans mes convictions profondes : s'adresser à l'intelligence des hommes pour leur donner force et capacité de faire " que l'avenir ne soit plus ce qui va arriver mais ce que nous allons faire " comme l'écrivait Bergson... 

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21 avril 2006 5 21 /04 /avril /2006 14:36

4ième épisode : une bien triste vie pour notre fils de marchand de vin

Après cette fin de non recevoir polie mais sans recours, Louis Bachelier va passer les vingt-sept années suivantes à batailler pour être reconnu et obtenir, le 1er octobre 1927, un poste de professeur de 4ième classe - en France on aime les classes, les échelons, les grades... - titulaire de la chaire de calcul différentiel et intégral à la Faculté des sciences de Besançon ; il a 57 ans. Jusqu'à la guerre il vivote on ne sait trop comment, une bourse de la fondation Commercy, et de 1909 à 1914 il doit se contenter de professer un cours libre, c'est-à-dire non rémunéré, à la Faculté des Sciences de Paris. La galère dirait nos jeunes angoissés de l'avenir.

Le 9 septembre 1914, à 44 ans, il est mobilisé au 24ième Territorial du Havre comme soldat de 2ième classe et démobilisé le 31 décembre 1918 sous-lieutenant au 6ième escadron du Train. Quatre années de sa vie pour une "belle guerre" qui lui vaudra les seules protections de sa triste vie. Pour preuve il arrive à décrocher le premier poste digne de lui, en remplacement du titulaire malade, comme chargé de cours à la faculté des Sciences de Besançon, contre l'avis de ses pairs, grâce au piston d'un haut fonctionnaire du cabinet du directeur de l'enseignement supérieur, au nom de ses services rendus au pays pendant la guerre. Ensuite il navigue en France : Dijon en 1922, Rennes 1925, pour revenir enfin à Besançon définitivement.

Le 14 septembre 1920, Louis épouse Augustine Maillot qui mourra sans leur donner d'enfant en 1921. Triste vie : familiale, longue litanie de morts brutales; professionnelle comme nous l'avons vu ; il sera admis à la retraite le 1er octobre 1937, rejoindra sa soeur Clotilde à St Malo où la guerre encore, la seconde, le chassera. Le malheur toujours ! Réfugié à St Servan s/Mer où il finira sa bien triste vie le 28 avril 1946 à l'hôpital du Rosais. On l'enterrera à Sanvic, près du Havre, avec ses parents et ses petits frères, Jean et Henri (1881-1885).

" Louis Bachelier, professeur de sciences, chercheur, chevalier de la Légion d'Honneur " indique sa stèle funéraire.

Ce ruban rouge, seule distinction honorifique qu'il ait obtenu de son vivant, le 8 mars 1937, et encore il lui a fallu de nombreuses tentatives et des interventions auprès de nombreux hommes politiques. Par bonheur, si je puis m'exprimer ainsi à propos d'un malheureux, sa thèse parut dans une revue de premier plan et ne fut pas perdue pour l'histoire. Louis Bachelier, chercheur, allait entrer dans la postérité posthume bien loin de cette France universitaire qui l'avait ignoré...

A suivre... Aujourd'hui je suis dans le Beaujolais à l'invitation du cru Moulin à Vent pour son AG ça va me changer de mon écran et du macadam de Paris. Alors si ça donne des idées à certains je suis toujours partant pour me glisser dans les plis de notre France du vin...

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20 avril 2006 4 20 /04 /avril /2006 10:29

Peter Mayle, publicitaire londonien, réfugié à Ménerbes, qui dans un best-seller "Une année en Provence, entre autre, a popularisé dans le monde entier, bien avant le polonais des nonistes, le plombier provençal et a fait déferler des hordes de japonaises à l'auberge de la Loube à Buoux, vient de commettre un "Dictionnaire amoureux de la Provence" chez Plon et je ne résiste pas au plaisir de citer cet anglais made in Luberon.

Sous la rubrique : VIN " (Avant d'aller plus loin, je dois préciser ce que j'entends par "vins de Provence" car, de façon typiquement française, la définition officielle n'est pas totalement claire. Pour moi, les authentiques vins de Provence sont ceux qui viennent des départements du Vaucluse, des Bouches-du-Rhône et des Alpes-de-Haute-Provence. Pourtant, en raison de quelque byzantine contorsion bureaucratique, ils ne bénéficient pas de l'appellation Côtes de Provence. Ils peuvent s'appeler Côtes-du-Lubéron, Côteaux d'Aix, Côtes-du-Ventoux - toutes ces appellations, et bien d'autres, leur sont autorisées, mais pas celle de Côtes-de-Provence. Cette distinction est réservée aux vins du Var et de certaines parties des Alpes Maritimes. Ces deux départements, si ravissants qu'ils puissent être, ne font pas, à strictement parler, partie de la Provence. J'imagine que, si l'on arrivait à trouver le bureaucrate approprié, il aurait une explication logique à cette anomalie, mais à moi cela paraît farfelu, et c'est la source de pas mal d'irritation chez quelques-uns de mes voisins viticulteurs.)"

A vos plumes inaoistes cultivés, vous n'allez pas laisser ce perfide anglais affirmer que vos classifications sont farfelues, relevez le gant, au besoin faites appel aux cnaoistes gardiens des tables de la loi ou à un exprésident de l'Institut qui s'ennuie sur ses terres normandes, j'attends avec impatience vos rapports sinon je vais me mettre à rêver de nos belles provinces de France : la Provence, le Languedoc, le Roussillon, la Guyenne et la Gascogne, la Champagne, la Bourgogne... et me dire que vins de... juste au-dessous de nos merveilleuses et belles AOC, si nombreuses, si diverses, ça serait peut-être pas si mal avec encore au-dessous un hexagone : la France. En langage de juriste de droit romain : AOC, AOS et vin de France et nous voilà bien bordé pour les voyages vers les contrées lointaines qui aiment tant la France et ses vins mais qui lisent Peter Mayle et ne sont pas loin de penser comme lui...

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19 avril 2006 3 19 /04 /avril /2006 09:15

Hier, j'ai gravi avec humilité la montagne Ste Geneviève. Rassurez-vous, en dépit du renouveau des chemins de croix, ce n'était pas un Golgotha après l'heure. Tout au contraire, juché sur mon grand destrier noir, je contournais le Panthéon pour me rendre 2 rue de l'Ecole Polytechnique afin d'y déjeuner au bistrot "Les Pipos"; un troquet qui serait bien tropti pour accueillir en congrès nos joueurs de pipos mais qu'a une grande et belle ardoise de vins.

C'est le nouveau-né de Catherine, le 2005, son premier, que je suis allé découvrir sur les hauteurs de Lutèce. Pour les ex de Cap 2010 Catherine c'est Catherine Bernard qui, au temps où ils pensaient à compte d'auteur, pigeait, pas du vin alors, mais de la copie pour Libé et la Tribune. Moi, sitôt mon rapport de 2001 pondu, elle m'avait cuisiné des heures à la terrasse d'un café de la place de la Comédie. Précise, rigoureuse, accrocheuse et rieuse aussi, une pro comme on aimerait bien en croiser plus souvent. Avec ses papiers elle donnait des boutons à la conseillère du Ministre, vraiment une drôle de paroisienne Catherine qui pointait souvent sa plume là où ça dérangeait.

Bref, elle a bien tourné notre Catherine puisque la voilà aujourd'hui vigneronne à Castelnau-le-Lez dans l'Hérault. Elle a remis son sarrau, la théorie et la pratique, et c'est la bouteille de son premier vin qu'on posait sur la nappe à carreaux rouge et blanc. Du côté habillage c'est à son image, sans fanfreluches, une étiquette qui annonce sa bannière : COTEAUX DU LANGUEDOC avec en-dessous Appellation Coteaux du Languedoc Contrôlé et encore au-dessous, en discret, Catherine Bernard.  

J'suis un peu ému, trouver mes mots. Pas de cinéma, je goûte ! Bon faut que je me lance : j'aime ! j'aime beaucoup ! un vin rieur, d'un grand rire franc, qui vous donne plaisir, il a un petit air de chez nous Catherine, la patte de la vigeronne, de la belle ouvrage, fine et aérienne, la touche de légèreté qui vous réanime la tête. Désolé les puristes, j'ai pas le vocabulaire ad hoc, jsui qu'un faiseur de rapport qu'aime le vin, le bon. Bravo et chapeau Catherine la vigneronne, on te pardonne d'avoir abandonné ta plume pour la pipette, passer des mots aux actes : un difficile mais beau chemin.

J'suis pas le seul à aimer, les clients sont sur la même longueur d'ondes me dit la serveuse. Moi je repars avec ma bouteille rebouchée sous le bras afin d'éviter un contrôle positif par les uniformes forts nombreux en ces temps dans le périmètre de la Sorbonne. Le plus grand plaisir c'est de faire durer le plaisir. En descendant vers la Seine, sous le charme du nectar de Catherine, je faisais un rêve fou : Perrico, soudain saisi par l'humilité, en salopette Adolphe Laffont flambant neuve, frappait à la porte de la cave de Catherine, afin d'apprendre à faire le vin. Quelques joueurs de pipos en costume l'accompagnaient...   

 

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18 avril 2006 2 18 /04 /avril /2006 09:40

Pour tout un chacun une lubie c'est une idée, une envie capricieuse et parfois saugrenue, déraisonnable et Colette un  prénom surrané, la romancière...  

 

Dans ce blog, connecté tendance, lubie est un petit flacon de vin, en alu, capsule type beer noire, décor minimaliste : deux gris, en facial la marque sur un timbre fond vert, en bas sur le fond gris souris, en blanc : SAUVIGNON. Sur le flanc droit : Appellation Bordeaux Contrôlée, 11,5%, 25 cl. Sur le flanc gauche : Vin blanc, se boit très frais.

 

Pour Colette c'est le haut-lieu de la branchitude consummériste parisienne, 213 rue St Honoré, où des jeunes gens payés au SMIC vous regardent comme si vous étiez un extra-terrestre parce que vous vous risquez à trouver les prix très hot : le téléphone portable Vertu à 4750 euros, la montre Jacob&Co à 38000 euros ou une veste grunge à 2250 euros. Au sous-sol, une cantine pour les buveurs d'eau, Une quarantaine de marques, un water bar, où l'on sert aussi du vin, et où notre petite bouteille est proposée à 6 euros ( prix de restaurant). Même produit à la Grande Epicerie du Bon Marché à 2,95 euros la bottle.

Dégustation d'expert (donc pas de moi) : belle couleur jaune paille, très fines bulles, frizzante, joli nez de Sauvignon, fleur blanche, attaque franche, le côté fruit mis en valeur par les fines bulles, plaisant, on reste sur le fruit, joli vin de soif, vin plaisir de bord de bar...

Le site de la marque lubie est www.lubie.fr et parce que je sors d'un WE pascal gris de chez gris et que je n'ai pas envie de faire de commentaires, je finis cette chronique en queue de poisson ce qui va bien avec le sauvignon...

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14 avril 2006 5 14 /04 /avril /2006 08:51

3ième épisode : notre fils de marchand de vins n'a pas choisi un sujet convenable

Face à son jury de thèse Bachelier doit affronter deux épreuves : la première, la plus aisée, consiste en un examen oral sur un sujet choisi et approuvé auparavant, en l'espèce la mécanique des fluides, afin de tester sa connaissance du sujet et s'assurer de son éloquence. En ces temps de chaires, du haut desquelles les mandarins délivraient leurs cours magistraux, l'art oratoire occupait une place qui peut nous paraître aujourd'hui disportionnée. Louis passe l'obstacle de bonne façon puisque Joseph Boussinesq, spécialiste de la mécanique des fluides, autre membre du jury, souligne que Bachelier a fait la preuve qu'il " avait une profonde connaissance du sujet".

Reste à surmonter l'obstacle principal : la soutenance de ses travaux originaux et c'est là que, si je puis m'exprimer ainsi pour notre fils de marchand de vins, ça tourne au vinaigre. Bachelier, déjà lesté d'un parcours atypique, travaille sur un sujet pas du tout convenable pour un petit provincial recherchant l'assentiment et le soutien de l'establishment de la Sorbonne. Sa thèse, " Théorie de la spéculation " , ne porte pas sur les thèmes en vogue au début du XXième siècle dans les mathématiques, sa spéculation à lui n'a rien à voir avec la pensée spéculative ou la philosophie du hasard, elle est celle des boursicoteurs du palais Brongniard, ce repaire florissant des joueurs et des rapaces du capitalisme, le paradis des agioteurs, l'anti-Sorbonne. La spéculation débridée, l'argent vite gagné ou vite siphonné, avait, et à toujours mauvaise réputation chez les paroissiens de la fille aînée de l'Eglise même si ceux-ci sont libres penseurs.

Le pourtant "génial" Poincaré, dans son rapport, soulignait que le "sujet choisi par M.Bachelier est un peu éloigné de ceux usuellement traités par nos candidats" et que certes s'il reconnaissait des "avancées originales" dans la thèse ça n'était pas suffisant pour la parer du sésame du "très honorable" qui eut permis à notre fils de marchand de vin de rejoindre l'Olympe et d'embrasser l'auguste carrière de mathématicien officiel. La messe était dite avant même d'avoir été chantée, on ne lui décerna qu'une très respectable "mention honorable" qui, dans la logique accadémique de notre belle Université, eusse du le précipiter dans les oubliettes de l'Histoire. Tel ne fut pas le cas mais c'est là une autre histoire.

à suivre... bonnes fêtes de Pâques... il ne vous est pas interdit de me délivrer vos impressions de toute nature sur mon feuilleton... merci d'avance...

  

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13 avril 2006 4 13 /04 /avril /2006 09:32

" Coca Cola achète The Taylor Wine Company dans l'état de New-York et acquiert en même temps des vignobles en Californie; on baptise l'ensemble Taylor California Cellars, pour apparaître tout de suite comme acteur reconnaissable sur le marché national. Il faut maîtriser la qualité et, dans ce but, Coke achète dans la Napa Valley le spectaculaire Sterling Vineyards, dont les merlots comptent parmi les meilleurs du monde. On s'attache le grand oenologue Douglas Petersen qui, de ses mains, a vinifié la mémorable Private Cuvée 1970 de Beaulieu Vineyards. Sur une telle base, la puissante compagnie inaugure dans le monde du vin la publicité comparative, par des spots télévisés mettant en scène l'expert Steven Spurrier. Il faut faire en sorte de devenir très vite premiers. The Wine Spectrum entre dans le groupe. On lance des vins de marque pour étoffer les ventes : california-classic-red, qui vise à dépasser la plupart des crus bourgeois de Bordeaux, california-classic-white et monterrey-chardonnay, particulièrement léger et fin. Ce lancement établit, dit-on, un record dans l'histoire du vin, par le nombre de caisses vendues au bout d'un an. En parallèle, on cherche des grands produits étrangers, un champagne français, par exemple, et on approche en coulisse d'autres producteurs américains pour les acquérir, en commençant par le plus grand, Gallo "

Ce n'est pas un récit de science-fiction mais un épisode bien réel de la saga de la grande maison d'Atlanta qui, à la fin des années 1970 met en place une division Vins. " Al Killeen , qualifié de flamboyant et charismatique directeur du marketing de la company,  a conçu un grand dessein : Coke a été à l'origine du style de vie de l'après-guerre; il fallait créer le style de vie de la fin du XXe siècle et viser la génération plus cultivée, plus riche, qui boit du vin. Avec notre expérience du marketing, nous allons dominer ce secteur en pleine croissance "

Imaginez l'abomination de la désolation si Coke était allé au bout de ses ambitions, j'en frémis rétrospectivement en pensant à Perrico et ses disciples contemplant avec horreur tous les bouffeurs de Mac Do de notre belle capitale sirotant dans un gobelet plastique un red ou un white made in Atlanta. Pour ne pas en rajouter dans le destroy j'évite de mettre en avant le scénario catastrophe où Krug, Cheval Blanc et autres fleurons de nos terroirs fussent tombés dans l'escarcelle de Coke.

" Mais il est difficile de tout faire tout de suite, et comme on est pressé, que les choses traînent aux yeux de la toute puissante direction d'Atlanta, on revend discrètement à Barton&Guestier la division The Wine Spectrum... " 

 

Extrait de Vineland une histoire du vin aux Etats-Unis de Maurice Bensoussan éditions L'Arganier dont je vous recommande la lecture pour mieux comprendre la saga du vin Outre Atlantique.

 

 

 

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12 avril 2006 3 12 /04 /avril /2006 08:33

" Aux premières lueurs du jour, son balai de bardeau emmanché dans ses robustes mains, il fait des lacets dans les rues, comme s'il devait faire se rejoindre les trottoirs devant lesquels il renvoie tout ce qu'il a trouvé sur son passage.

Puis, ensuite, avec la grosse clef pendue à ses côtés comme le trousseau d'un geôlier, il ouvre une bouche d'eau qui écoule dans le ruisseau, lentement, une eau claire qui file entre les pavés. Alors, surla chaussée il allonge son balai ; l'eau trace de géométriques festons, ramenant vers le trottoir des prospectus, des feuilles de salade et les peaux d'orange que la bouche d'égout pompe avidement comme un ivrogne, le goulot au bec, vide une bouteille.

Le balayeur, connu de son quartier, rend de petits services aux boutiquiers, donne un coup de fion à leurs portes et, s'arrêtant un instant chez le marchand de vins avec un concierge ou le facteur, il lampe volontiers un verre de vin bleu qui lui donnera des forces pour continuer la toilette de nos rues de Paris.
Il est toujours, paraît-il, plus de 50 000 postulants à cet emploi modeste, et les personnages qui disposent d'influence affirment qu'un siège de Conseiller d'Etat est plus facile à obtenir."

Extrait des Métiers de France Henri Boutet 1910

Texte découvert lors d'une visite à l'exposition sur la Brosse à la Bibliothèque Forney (j'y reviendrai un autre jour) à méditer en ces jours où l'on parle beaucoup des jeunes, de leur avenir, de leur qualification en acceptant de répondre à la question suivante : " lequel d'entre nous accepterait de dire : tu seras balayeur mon fils ou femme de ménage ma fille ? "

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11 avril 2006 2 11 /04 /avril /2006 10:30

Comme d'hab certains m'habillent pour l'hiver - normal me direz-vous celui-ci joue les prolongations - mon nouveau pardessus est du genre cossu puisque je suis le hérault des multinationales du vin et spiritueux en pronant l'émergence de marques fortes tirées par des " locomotives " ce qui comme tout le monde le sait va laminer notre viticulture artisanale qui est, comme chacun sait aussi, le meilleur garant de la qualité, de l'authenticité, de la tradition. Fermez le ban, bloc contre bloc, chacun entend ou lit ce qu'il veut entendre ou lire, c'est plus confortable. Rassurez-vous je n'ai pas vocation à jouer les St Sébastien criblé de flèches.

On m'a déjà fait souvent le coup. Pour illustrer je vais vous conter, dans le cadre de la narration de ma petite vie professionnelle, un bel épisode de " il faut toujours avoir chez soi un bouc émissaire ". En plus, cet épisode est raccord avec mon retour aux manettes rue de Varenne (cf chronique le Caillou) où, entre autres dossiers chauds, je détenais celui de la représentativité syndicale en agriculture. En quelques mots, depuis la naissance de la FNSEA, au lendemain de la Libération, sur les restes de la Corporation paysanne de Vichy, au nom de l'unité du monde paysan, le gouvernement n'avait qu'un seul interlocuteur la FNSEA flanqué de sa branche jeune le CNJA. Sur le flanc gauche pendant longtemps le Modef, peu représentatif nationalement, jouait les utilités. Et puis, 1981 aidant, la Confédération Paysanne voyait le jour. Elle exigeait plus qu'un strapontin.

En 1988, je vous passe les détails, il fallait trancher entre les ultras des 2 camps : les touches pas à l'unité paysanne sinon je barre les routes et les puisqu'on est de gauche et que vous êtes de gauche imposez nous partout. Avec l'accord tacite du Ministre je choisis de passer par la voie du droit et de soumettre notre démarche à l'avis de l'Assemblée Générale du Conseil d'Etat. La représentativité syndicale dans la loi française est fondée sur des critères qui s'appliquent aux organisations de salariés. Pour l'agriculture : rien ! Alors nous avons proposé de constater la représentativité sur la base des résultats aux élections aux Chambres d'Agriculture.

Une belle fin de journée je suis donc allé défendre le texte devant l'AG du CE présidé par Marceau Long, la fine fleur du droit public français, tous les présidents de Chambre, un débat de haut niveau de plus de 2 heures où j'ai ferraillé avec pugnacité. Résultat : approbation du CE et publication du décret n°90-187 du 28 février 1990. Je l'ai baptisé le "décret félon " car dans les deux camps j'étais le traître, celui par qui la solution était arrivée.

Qui maintenant remet en cause ce texte ? Pas grand monde, ce qui prouve qu' entre les du passé faisons table rase et les poseurs de problèmes pour qu'ils restent en plan, même si la marge est étroite il y a une place pour faire bouger les lignes. Alors peu m'importe qu'on me pare d'un pardessus en cachemire, je ne retourne jamais ma veste surtout du bon côté, j'assume sans complexe mes contradictions et je ne demande jamais qu'on me dise merci mais ceux qui me cherchent me trouvent toujours pour discuter...

 

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10 avril 2006 1 10 /04 /avril /2006 10:28

L'affiche est placardée sur un mur de pierres grisâtres, c'est un Manifeste :

" SI CES VIGNERONS VONT SOUVENT A L'ENCONTRE DES REGLEMENTATIONS ET DIVERS DECRETS, ILS LE FONT AVEC POUR TOUTE ARME LA QUALITE ET LA DIVERSITE DE LEURS VINS SIMPLEMENT PARCE QU'ILS ESTIMENT QU'A UN INSTANT DONNE, TERROIRS,CLIMAT,CEPAGES, TOUT EST REUNI POUR VINIFIER UN VIN GENIAL; LA PRATIQUE DE LEUR VIGNOBLE AU QUOTIDIEN REMPLACANT AISEMENT A LEURS YEUX LES TROPS LONGUES DISCUSSIONS BUREAUCRATIQUES D'UNE ADMINISTRATION QU'ILS ESTIMENT PEU EVOLUTIVE "

 

A la différence des affiches de 68 ou de leurs héritières, baveuses et tirées sur du mauvais papier, celle-ci est nickel-chrome. J'ai respecté la graphie. Beau travail de humeurs de tendance : les réprouvés, les bannis et les maudits ça attire le chaland en manque d'émotions. Du bon marketing libertaire soft concocté par les cavistes des " Repaires de Bacchus ". Après l'émission de dimanche matin sur France Inter " les crus sont-ils cuits ?" du magazine Interception il est clair que cette approche plaît à un certain public. Pour m'a part, n'ayant aucun goût pour l'uniformisation, j'ai beaucoup de respect pour ceux qui se battent pour donner des espaces de liberté à nos vins quels qu'ils soient. Ce qui me pose question c'est la glorification de la pure démarche individuelle, le déni du vivre ensemble et en définitive l'auto-proclamation qu'on est à soi seul le monde. La bureaucratie a bon dos, par sa lourdeur et son aveuglement elle justifie le chacun pour soi. Depuis l'origine j'ai soutenu la démarche de "Vignerons dans nos appellations " car elle s'inscrivait dans une volonté collective et ouverte aux autres. J'ouvre le débat chers lecteurs.
Pour revenir un instant sur les représentants des révoltés des AOC mis en vitrine par " Le Repaire de Bacchus " du 1er arrondissement j'en ai choisi 2 pour illustrer l'ambiguité de mettre tout le monde dans le même panier :
L'INSOUCIANT du domaine Sarda-Mallet à 17 euros est un grenache pur et ne peut donc revendiquer l'AOC Côtes du Roussillon. C'est un choix et son prix montre à l'évidence, vu le prix moyen de cette appellation plutôt abonnée au hard-discount, qu'il ne souffre en rien de ce choix. Pour moi ce vin est l'exemple type du besoin d'en finir avec nos batailles juridiques de chapelles. Ici la garantie pour le consommateur est le domaine : SARDA-MALLET en l'occurence est une marque.
L'autre vin aurait du être un CHINON mais il a subi les foudres de l'agrément pour atypicité, donc c'est un vin de table à 21,50 euros la bouteille. Avec lui nous nous situons au coeur du problème et je crois qu'il faut s'y arrêter pour que la collectivité vigneronne accepte tout simplement l'exception qui comme chacun sait confirme la règle. Voilà un beau chantier pour la technostructure de l'INAO, une belle remise en question, un retour à ses origines, un aggiornamento qui ne saurait être que bénéfique à l'image des vins car l'ennui naquit de l'uniformité.   
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