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17 mars 2007 6 17 /03 /mars /2007 00:26

Le jardin des Brejoux entourait leur pavillon et, sur l'un des pignons, une treille, jouxtant une petite véranda, formait une voute végétale très méditerranéenne. J'écris cela, mais à l'époque, comme le Sud restait pour moi une terre inconnue, cette enclave me parut à l'image du couple Brejoux : exotique. Nous nous installâmes dans des fauteuils de rotin pendant que Sylvie Brejoux assurait le service, pastis, olives et bretzels, glaçons, en ondulant des hanches. Je feignais de l'ignorer car je sentais le regard de Brejoux posé sur moi. Le mari ou le flic, je frisais la capilotade.  Mais pourquoi diable avait-il tant insisté pour que je vienne dîner chez lui ? Sans vouloir médire sur les capacités de compréhension de sa jeune épouse je ne la sentais pas vraiment portée sur la thérapie des coeurs meurtris. La suite des évènements confirma mes doutes, Sylvie Brejoux n'ouvrit quasiment pas la bouche de tout le repas, se contentant de nous écouter échanger sur mon avenir avec attention et intérêt. Alors pourquoi ? L'ombre d'un doute m'effleurait lorsque mes yeux s'égaraient dans le décolleté de madame. Toutes les hypothèses, où mon imagination l'érigeait en consolatrice d'un affligé, se heurtaient à la bonne bouille de Brejoux. Ce brave type ne pouvait pas avoir combiné un truc aussi tordu. Nous en étions au café, ma conversation souffrait de nombreux blancs, j'étais à l'ouest, perdu, et j'entendais Brejoux me dire qu'il allait faire un saut jusqu'au bar-tabac du centre pour se fournir en cigarettes.

Pendant une longue minute, tassé sur ma chaise, je restai silencieux. Sylvie Brejoux jouait avec son alliance tout en croisant et décroisant ses belles jambes. L'air me manquait. Je ne pouvais croire à un guet-apens. Qu'importe ! Un peu de révolte sauvage montait en moi et je pensais, qu'après tout, céder aux charmes de Sylvie Brejoux, si tel était le plan de son flic de mari, aurait un goût de transgression. Phantasme masculin par excellence : donner sa femme à un autre, la mater, la voir prendre du plaisir sous les cuisses d'un jeune mec, quoi de plus excitant ! Lisait-elle dans mes pensées alors que je levais enfin les yeux, elle me disait " Venez, je vais mettre de la musique... " Sa main se tendait. Je la prenais. Elle me tirait vers le salon. Mon corps se dénouait. Elle s'accroupissait pour choisir un disque dans un meuble bas. Dans l'entrebaillement de son short, la vue plongeante sur la raie de ses fesses blanches, m'ôtait mes dernières inhibitions. Elle déposait avec précaution la galette d'un 33 tours " When a man loves woman " de Percy Sledge sur le tourne-disques et se relevait en balançant ses tongs devant elle. " Allez éteindre ! " Je m'exécutais. Elle m'attirait à elle. Je lui prenais la taille " Dansons ça te fera du bien ! " L'irruption du tu me semblait la dernière marche. Ce slow étalon du torride des années 60 se prêtait à merveille à l'exercice. Sylvie Brejoux dansait bien, sans se tortiller, lovée, féline, son pubis frôlait mon sexe et je sentais le poids de ses seins peser sur ma poitrine. A mon grand étonnement, son parfum lourd, mes mains sur ses hanches nues, son souffle dans mon cou, loin de m'exciter, me projetait dans un étrange no'mans land. Je me sentais spectateur. 

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16 mars 2007 5 16 /03 /mars /2007 00:11

La voiture, une Aston Martin DB 4 GT couleur bronze, qui roulait à plus de 150 kilomètre à l'heure, a fait une embardée inexpliquée. Elle a décollé du sol, fauché plusieurs bornes et terminé sa course contre la pile d'un pont. Le véhicule a été pulvérisé. Transportés à l'hôpital de Garches, les deux passagers, un homme, le premier à mourir, et une femme n'ont survécu que quelques heures à leurs blessures.
C'était le vendredi 28 septembre 1962, peu avant minuit, sur l'autoroute de l'Ouest, à six kilomètres du tunnel de Saint-Cloud. Dans son linceul de ferraille, Roger Nimier allongeait la liste des "morts irrégulières", typiques de la fin des années cinquante et du début des années soixante - James Dean, Boris Vian, Gérard Philippe, Fausto Coppi - qu'il avait lui-même dressée deux ans auparavant dans une nécrologie d'Albert Camus. " On pensera, écrivait-il de façon prémonitoire, que l'après-guerre n'a pas été solide. On conseillera aux voitures, aux coeurs, d'aller moins vite."

Extrait de Le soufre et le moisi La droite littéraire après 1945 Chardonne, Morand et les hussards  éditions Perrin François Dufay

Je ne suis pas un grand admirateur des hussards (expression de Bernard Franck), ces jeunes gens pressés, Nimier, Laurent, Déon et consorts, héritiers de la droite collabo un peu rance, qui comme l'écrira François Nourissier " entre 1950 et 1952 - guerre de Corée et ministère Pinay -, la France n'était pas gaie. Les peureux entassaient des jerricans d'essence au cas où les blindés soviétiques déferleraient. Seuls les provinciaux descendaient encore danser au Tabou. Nos nouveaux venus[...] comprirent que le public en avait assez des bons sentiments, des démocrates-chrétiens, des profs, des philosophes et de la prose pâteuse. Ils s'attaquèrent joyeusement aux gourous en place depuis 1944 : Sartre, Camus, Merleau-Ponty, les Simone (Weil et de Beauvoir) "...

Mais j'aime ce texte et j'ose l'écrire : j'aime cette mort irrégulière car, comme l'écrira Chardonne le Charentais à propos de Roger Nimier, " C'est sa mort qui le sauvera. Il est mort jeune, comme il le devait. Dans le passé, combien d'écrivains doivent tout à leur mort " (extrait d'une lettre à François Nourissier 5 octobre 1962). A notre époque il est politiquement incorrect de se tuer en voiture à 150 km/h à quelques kilomètres du tunnel de St Cloud. La fureur de vivre ou le mal de vivre ou comme l'écrivait dans son " Bloc-notes " du 11 novembre 1962 François Mauriac  "Le désespoir d'exister", ce raccourci de Morand désigne un poison que la jeunesse depuis cent cinquante ans se passe de main en main, de livre en livre - un poison dont nous détenons l'antidote, nous, les chrétiens... Mais quelle idée en aurons-nous donnée à Nimier quand il nous a rencontrés sur sa route ? ".

Nous sommes sous le règne de la psychologie de bazar, des reality show de Delarue et consorts, les médecins de l'âme et les protecteurs de notre santé mentale et physique agitent leurs interdits, terrorisent le bon peuple. De l'air bordel ! Lâchez-nous les baskets ! Laissez-nous vivre et mourir comme bon nous semble ! La civilité se dégrade à tous les niveaux et l'expérience faite sous les auspices de l'UE, dans je ne sais quel pays, de supprimer toute forme de signalisation sur la voie publique, loin d'aboutir à l'anarchie permet au citoyen conducteur ou piéton de se réapproprier les règles, de les vivre, d'être partie prenante du bien vivre ensemble. En ces temps où la moindre association exige des candidats de se plier à ses exigences, redevenons citoyens, exigeons le retour de l'intérêt général qui n'est forcément l'addition de nos intérêts personnels. Si je meurs sur mon vélo écrasé par un chauffeur qui téléphone, klaxonne, pense que la priorité c'est pour lui, le feu rouge pour les autres, organisez une petite fête pour dire que j'ai eu une belle mort... 

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15 mars 2007 4 15 /03 /mars /2007 00:25

 

Au hasard de mes lectures, dans une numéro de la revue Autrement consacrée aux Paysans : mémoires vives 1900-2000, récits d'un monde disparu, je suis tombé sur un texte : La locomobile Merlin de Vierzon qui m'a fait me souvenir, qu'avant l'arrivée du premier Société Française Vierzon, la première batteuse de mon père était entraînée par une locomobile. Je n'ai plus souvenir de sa marque mais, pour l'une de nos batteuses, j'en suis sûr, c'était une Merlin. Pourquoi ce matin évoquer ce passé qui paraît si lointain ? Tout simplement pour, en quelques mots, évoquer les affres de mon père lorsqu'il lui fallut dans les années 60, se résoudre à investir dans une moissonneuse-batteuse de marque Class. Il sentait que tout un pan de notre monde paysan, avec cette nouvelle fracture mécanique, disparaissait. Les battages ne seraient plus ce rituel ordonné et immuable. Une fête collective ! On entrait dans le chacun pour soi " mon champ est prêt à battre ", l'urgence, la rapidité, l'insouciance du produit. Dans la symbolique aussi le blé perdait son pur statut nourricier, avec l'explosion des rendements il devenait de plus en plus fourrager, simple ingrédient pour les aliments composés pour le bétail, au même titre que les résidus de maïs importés des USA. 

 

Je dédie donc, ce texte, à mon père, Arsène Berthomeau, qui aimait tant ses battages que, plutôt que d'attendre chez le médecin, il est allé s'asseoir, un après-midi de foire de Mothe, en bout de champ, dans la cheintre, sur une botte de paille expulsée par sa grosse machine grise, pour se laisser glisser doucement sur le flanc et nous quitter avec son éternel sourire.

" Mes grands-parents avaient une locomobile probablement dès avant la "guerre de 14", raconte Alain Bordes. C'était des gens qui aimaient les machines, ils aimaient surtout la mécanique, ils en avaient le virus. Non seulement ils travaillaient leur ferme au Pesch, mais ils avaient monté dans le village une scierie, ils faisaient l'entreprise de battage et très rapidement mon père est devenu agent d'une marque de tracteurs et réparateur de machines agricoles. La locomobile, c'était une Merlin de Vierzon. Il n'y avait pas trente-six constructeurs en France à cette époque. La grande industrie du machinisme agricole était née dans une zone géographique où on avait besoin de machines en raison de l'immensité des surfaces cultivées. Les établissements Merlin, c'était quelque chose. Leurs voyageurs de commerce allaient partout. Mon père, quand j'étais gosse, me racontait qu'il avait souvent vu venir dans la maison le voyageur de Vierzon qui restait là deux ou trois jours pour conclure les affaires. Ces locomobiles à vapeur entraînaient les batteuses avec de très longues courroies. C'était des machines qu'il fallait chauffer comme une locomotive à vapeur. C'était très long. Une fois chaudes, il n'y avait plus qu'à entretenir le foyer et ça tournait parfaitement. Pour les battages, les gens s'entraidaient d'une ferme à une autre. Ils se rendaient à la ferme concernée lorsqu'ils entendaient le sifflet de la locomobile. En effet, lorsqu'elle avait atteint son point de chauffe normal et la bonne pression, le conducteur tirait le sifflet qui émettait un bruit de corne de locomotive à vapeur."

 

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14 mars 2007 3 14 /03 /mars /2007 00:03

1- J'adore les mecs, le cul vissé sur le siège de leur scooter, qui m'invectivent parce que sur mon vélo je ne démarre pas assez vite aux feux tricolores...

Bienheureux les beaufs !

 

2- J'adore les blondes, les fesses posées sur le cuir des sièges de leur Cayenne noir 92 qui arpentent la rue du Faubourg St Honoré pour faire quelques courses...

Bienheureuses les poufs !

 

3- J'adore la fliquette, l'arrière-train posé sur le siège du conducteur de la Pigeot de service qui enfumait joyeusement ses trois petits camarades mâles de la maison poulaga hier à l'angle de Raspail-Rennes...

Bienheureureuses les nénettes à casquette !

 

4- J'adore les confédérés paysans qui recrutent leurs partisans dans les beaux arrondissements de Paris...
 

Bienheureux les paysans travailleurs de Bernard Lambert !

 

5- J'adore le marché bio du Bd Raspail, le dimanche matin, avec toutes ces voitures stationnées sur les trottoirs...

Bienheureux les bobos !

 

6 - J'adore l'affiche sur fond bleu appelant à une retraite aux flambeaux pour le rétablissement du franc...

Bienheureux les archéos !

 

7- J'adore les Plastiscines, quatre jeunes nénettes qui jouent du rock à l'ancienne, c'est frais, ça déménage, ça racasse comme disait ma grand-mère... www.myspace.com/plastiscine clicquez vous aurez le son et la photo des minettes.

Bienheureuses les jeunettes !

 

8- J'adore le costume Savile Row gris perle sans faux pli et la chemise blanche impec de Cary Grant tout au long de la Mort aux Trousses...

Bienheureux les costars des stars !

9- J'adore les ex-hauts fonctionnaires passés au privé en pantouflant chanter sur les estrades des colloques patronaux les vertus du risque...

Bienheureux les crétins en col blanc !

 

10- J'adore les yeux des filles qui boivent du champagne et qui me sourient...

Bienheureux les pauvres d'esprit comme me ! 

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13 mars 2007 2 13 /03 /mars /2007 00:06

La chronique de ce matin n'est pas une chronique mais un immense cri de terreur, plein de non sens, face au monde que nous préparent les chercheurs... Deux illustrations, la première nous vient des USA, la seconde m'a été transmis, le lendemain de la Journée de la Femme, par une amie joyeusement féministe. J'espère que l'ultime illustration vous redonnera espoir dans l'avenir de l'homme... 

Boeuf cloné. " Ca contient encore du cholestérol, mais c'est produit sans relations sexuelles.
- Eh oui, on ne peut pas tout avoir..."

 

 

 

 

Les Etats-Unis s'apprêtent à autoriser la consommation alimentaire d'animaux clonés.
Dessin de Dantziger, Etats-Unis.

 Qu'est-ce qu'un mouvement harmonique simple ?

1) pour les ingénieurs : un mouvement harmonique simple est caractérisé d'une masse sur un ressort quand il est sujet à la force de reconstitution élastique linéaire donnée par la loi de Hooke. Le mouvement est sinusoïdal dans le temps et donne une seule fréquence de résonnance.
L'équation d'un mouvement harmonique simple contient une description complète du mouvement et d'autres paramètres peuvent être calculés à partir de celui-ci.
La vitesse et l'accélération sont données par :
La totalité de l'énergie pour un oscillateur pur est la somme de l'énergie cinétique et de l'énergie potentielle qui est constante pour :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

2) Ou simplement illustré (pour les non ingénieurs) par le graphique suivant :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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12 mars 2007 1 12 /03 /mars /2007 01:00

Mes élucubrations de la semaine passée sur la Teurgoule normande ou le Kouign Anam breton ont agi, tels des révélateurs, sur ma mémoire d'enfant. Même si c'est un peu tôt, mais comme notre climat est un peu déboussolé et qu'il fait plutôt chaud, le souvenir des caillebottes, que la tante Valentine nous concoctait aux beaux jours, me donne envie de vous en transmettre la magie.

 

Comme leur nom l'indique, les caillebottes sont du lait caillé, mais comme souvent dans les recettes qui viennent de la nuit des temps, tout est dans le savoir-faire, le tour de main, il faut savoir prendre le temps. En effet, pour les puristes, 15 heures sont nécessaires pour la préparation. Je vois déjà la tête des ménagères de moins de 35 ans : on veut nous renvoyer à nos fourneaux, c'est la double peine : le boulot et le fricot. Rassurez-vous, chères femmes modernes, le temps ici prend tout son sens : il n'est là que pour laisser à la préparation justement, le temps, d'être, de naître, d'exister dans les conditions idéales. Et puis, de toute façon, vous n'avez qu'à épouser - pour celles qui épousent bien sûr - des mecs qui savent faire aussi la cuisine !


 

 

D'abord, il faut commencer par préparer la chardonnette, 12 à 15 g de fleur d'artichaut que l'on laisse macérer 5 heures. Olalalala mais où j'vais trouver de la fleur d'artichaut me direz-vous ? Faites pousser un artichaut sur votre balcon, c'est très tendance, ou dans votre jardin pour les non urbains. Bon, comme je suis gentil, vous pouvez acheter de la présure chez votre pharmacien, mais ça ne sera pas tout à fait les caillebottes de la tante Valentine.

 

Bref, vous mettez votre préparation ou la présure dans un litre de lait cru entier. Pour que ce soit dans les règles de la tante V : un grand tarasson de terre cuite émaillée. Vous placez le tout dans un lieu où la température est de 18°, chez nous c'était la souillarde. Quand le lait est caillé vous tracez sur la surface du caillé, à l'aide d'un couteau, une sorte de grille qui délimite des blocs carrés ou rectangulaires. C'est alors qu'intervient l'art du tour de main, c'est la cuisson à feu doux, le mieux c'est un bain-marie - la terre cuite du tarasson est idéale - pour que les blocs de caillé se détachent. Flottent dans le petit lait. Quand l'opération est terminée on place le tarasson soit dans un lieu très frais ou dans un réfrigérateur. Attention, ne glacez pas les caillebottes ! 


Pour les manger, plusieurs manières : soit tels quels, soit on peut remplacer le petit lait par du lait : la tante Valentine y mettait du lait à qui on avait ôté la peau (ceux qui ne comprennent pas n'ont qu'a faire bouillir du lait cru entier et y verront ce qu'est la peau du lait) c'est plus léger.

 

Reste une dernière option : sucrer ou non vos caillebottes, ça c'est à votre goût. Comme vous l'avez compris c'est un dessert et, désolé pour mes amis les adorateurs du nectar divin, dans mon souvenir en culotte courte, avec les caillebottes on ne buvait rien, sauf un coup d'eau fraîche qui venait tout droit du puits (à ce propos, je vous signale, que pour rafraîchir les caillebottes on pouvait les descendre dans un seau au fond du puits).

 

Le concours est donc ouvert aux spécialistes, forts nombreux sur les blogs de vin, qui s'échinent sur les accords mets-vin : que conseillez-vous sur les caillebottes ? A vos souris maîtres des chais, tirez-nous de ce mauvais pas. Pour toutes les ménagères de moins et de plus de 35 ans, soyez caillebottes, je vous assure ça fera très tendance auprès de vos copines et de vos copains dans un pti dîner entre amis.

 

Bon appétit !   

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11 mars 2007 7 11 /03 /mars /2007 00:03

Les Brejoux habitaient un pavillon à Saint-Herblain, la proche banlieue de Nantes. Je m'y rendais en bus. A cette heure-ci, le flot des banlieusards étant absorbé, je pus m'asseoir tout au fond. Les passagers affichaient l'air triste et renfrogné de tous les usagers des transports publics. Certains lisaient des bouquins usés avec une attention qui me parut relever de l'enfermement. Un gosse couinait sur les genoux de sa mère. Je surveillais le défilement des arrêts. A un feu tricolore la vue de l'échoppe d'un fleuriste me tirait " un merde, je vais arriver les mains vides..." qui arrachait un demi sourire à la femme sans âge qui me faisait face. Notre échange fut bref mais elle m'indiquait l'adresse d'un marchand de fleurs tout près de chez les Brejoux. Je la saluais avant de descendre. Sur son visage de pomme frippée, enveloppée dans un foulard miteux, je crus discerner une légère lueur de plaisir ; le plaisir d'exister pour quelqu'un. Muni des explications de Brejoux je faillis pourtant me perdre dans le lacis des petites rues bordées de bicoques tristes et moches. Toute une vie dans cette promiscuité morne ce devait être un vrai tue l'amour. Avec Marie nous n'aurions jamais accepté une telle relégation. Merde ! T'arrêtes ! Cesse de te raccrocher à elle ! Qu'aurions-nous fait d'ailleurs ? A postériori, au vu des trajectoires des July, Glucksmann, Chabalier, Debray, Kouchner, les deux Miller, Rolin, Weber et consorts, des bourgeois de gauche installés, inscrivant leur progéniture à l'Ecole Alsacienne, pétitionnant, lisant le Nouvel Obs ou Libé, résidence secondaire en Normandie ou le Luberon, votant PS ou Verts, des bien lotis quoi !

Le jardin des Brejoux, tout fouillis, nature, tranchait sur le mode rigide de ses voisins, tirés au cordeau, allées bétonnées et horreurs ordinaires : moulins miniatures, nains, ou pire, copies de statues antiques. Je sonnai au portillon. Brejoux vint m'ouvrir vêtu d'un pantalon de toile bleu délavé, d'une chemisette blanche à col ouvert. Il portait des sandales de moine. Mon bouquet de roses rouges à bout de bras j'avais tout de l'empoté de service. C'était tout ce que j'avais trouvé de potable. Bien sûr, des roses rouges pour madame Brejoux, ce n'était pas vraiment le top de la bienséance. Brejoux me précédait. Provenant de la fenêtre grande ouverte, de ce qui devait être le salon, à mon grand étonnement j'entendais du Led Zeppelin. Brejoux, pressentant mon trouble, se tournait vers moi. Sa remarque me laissait pantois " Sylvie adore. C'est de votre âge..." Ce votre me clouait. La vue de Sylvie Brejoux qui s'encadrait dans la porte d'entrée me crucifiait. Dans ma tête je calculais : Brejoux frisait la cinquantaine et elle affichait à peine trente ans. En tongs, short flottant et débardeur Marcel, madame Brejoux, une grande bringue, fluette mais dotée d'une opulente poitrine, me tendait une main osseuse aux ongles faits. Elle n'était ni belle, ni moche, son visage anguleux, sans une trace de maquillage, alternait des mimiques enfantines et des plis durs. Je lui tendais mon bouquet. Elle me remerciait avec chaleur. Sa voix rauque, son regard froid, ses grands anneaux de Gitane, ses longs compas bronzés et sa blondeur oxygénée lui donnaient des allures de femme fatale un peu vulgaire.

Pour mon roman je reprends le rythme de deux épisodes pour le week-end, c'est plus raisonnable pour tout le monde... Pour ceux qui débarquent sachez simplement qu'il s'agit du chapitre 2 d'une drôle d'histoire écrite en direct depuis le début octobre 2006. Les numéros d'opus devraient vous permettre de vous y retrouver... Bonne lecture !

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10 mars 2007 6 10 /03 /mars /2007 00:22

La dérision restait le seul antidote capable de m'extraire du pot au noir où, si je n'y prenais garde, j'allais me complaire. Pour les jeunes d'aujourd'hui le mot mortification n'a sans doute aucun sens, mais pour beaucoup d'entre nous il en débordait, nous portions, pour le pire et le meilleur, des millénaires de péché sur nos épaules de révolutionnaires en peau de lapin. Même si ça peu prêter à sourire je voulais, je souhaitais, je désirais plus que tout me faire mal, me faire du mal. Brejoux parti, sous la verrière bruyante du Conti, chacun de mes regards se cognait à nos souvenirs. Marie affleurait de partout dans cette ville, il me fallait y rester, m'incruster, ne jamais l'oublier. Je ricanais, en solitaire, me voyant tancé par Marie " posture que ce goût immodéré de te mettre en scène pour ton petit théâtre d'intérieur..." me lançait-elle avec son sourire de gaze éternelle. " Tu souffres, certes, mais la vie des hommes est faite de ruptures définitives. J'aurais pu te quitter..." Je gueulais " Marie tais-toi ! " en frappant du plat de la main sur la table. Mes voisins me jettaient des regards inquiets. Je m'en foutais. Marie, elle, si belle, murmurait " et toi aussi tu aurais pu me quitter..." J'en restais coi et je laissai sa petite musique se dévider en moi " nos rêves brisées, l'injustice de mourir à vingt ans, la solitude, faire le deuil, cicatriser, repartir..." Sans le lui dire, je pensais " paroles, paroles Marie puisque ta main n'est plus dans la mienne je n'en ferai qu'à ma tête amour de ma vie..."

Pourquoi diable vouloir faire le flic ? Les temps d'après-mai m'ouvraient pourtant des horizons tout aussi glauques : beaucoup de mes petits camarades plongeaient dans leurs rêves d'un monde nouveau en continuant le combat dans des groupuscules vitriolant les nantis ou en allant, pour certains, avec courage se salir les mains et se casser les ongles sur les chaines de Javel et de Flins. Moi je n'étais pas des leurs. Leur engagement, sincère très souvent, puisait sa source dans la marque originelle, le fer rouge qui les classait à vie du bon côté: leur belle naissance. Nés dans la soie, ou plus exactement dans les livres, des privilégiés, des intellectuels en mal d'expiation ils contemplaient le peuple, un peuple fantasmé d'ailleurs, avec la même ferveur naïve que Bernadette Soubirous adorait la Vierge à Massabiel. Quand j'osais leur dire, en pure provocation, que le peuple ça pète, ça pue, ça rote, ça piccole, que ça n'aime pas les tarlouzes... j'en passe et des meilleures, ils me jetaient dans la classe exécrée des petits bourgeois socialisants. Même s'ils me toléraient, vu que j'étais un mec qui s'était lavé le cul dans une bassine d'eau froide jusqu'à dix-huit ans, je considérais leur combat, au mieux, comme un grand guignol pénible, ridicule et verbeux, au pire, comme une entreprise stupide et dangereuse pour la cause du peuple. Moi je voulais me salir les mains. Faire le flic c'était se glisser dans les replis de la ville, là où il y a de la crasse, du sang, du stupre; c'était côtoyer le crime, patauger dans nos vices et nos merdes, devenir l'éboueur de la société. Tout ça me boufferait la tête. M'empêcherait de retrouver l'envie d'enfourcher à nouveau mes rêves de gloire. J'allais me fondre dans la masse, n'être qu'un pion minable entre les mains des puissants.    

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9 mars 2007 5 09 /03 /mars /2007 08:00

Ha, les Indirectes ! J'en ai additionné des degrés d'alcool pur à partir des 10 ter de mon distillateur ambulant de père. Faire la goutte, contourner l'interdiction de l'extinction du droit de faire sa gnôle, rouler dans la farine les balourds des Indirectes, une époque révolue... Toujours au hasard de mes périgrinations de chineur, samedi dernier, j'ai trouvé un petit livre édité en 1955 par l'Association des Anciens des Indirectes pour, comme le souligne le préfacier, que le bon peuple " se rende compte de l'effort qui a du être fourni pour libérer les Indirectes du complexe d'infériorité et faire que l'administration la plus arriérée, la plus pauvre, la plus mal partagée des finances s'élève par son seul potentiel au niveau des autres et tienne sa place dignement..." De la belle ouvrage syndicale mes amis, il faudrait que leurs présents héritiers se haussent, eux aussi, au niveau des enjeux de notre beau secteur. Une administration moderne quoi, tournée vers le service, l'efficacité...  

Je fus chargé de tenir quelques portatifs, car nous exercions une demi-douzaine de marchand en gros dont le plus important fabriquait de l'absinthe, alors permise. Un jour, M.Trombe me prévint que nous partions chez ce négociant pour procéder à l'inventaire.
Nous traversâmes une partie de la ville portant les registres dans nos serviettes de simili-cuir et nous arrivâmes à la porte de l'entrepôt, juste à temps pour prendre le visa d'un chargement prêt à sortir.
Ce fut une véritable initiation pour moi qui pénétrais pour la première fois dans l'atmosphère humide et noire des caves. Des lampes clignotaient ici et là. Toute la journée se passa en appels et Trombe suivait le chef de chai et tapait de la batte sur les futailles pour s'assurer de leur contenance. Il en marqua quelques-unes que, derrière nous, Cafre jaugea et carnet en mains devait évaluer plus techniquement. Une odeur fade et anisée nous montait à la tête. Cafre s'affairait, se heurtait aux futs et semblait animé d'un zèle extraordinaire. J'écrivais sous la dictée, en compagnie d'un jeune comptable de la maison qui, sournoisement, poussait le train pour avoir l'agrément, ensuite, de m'attendre,car, néophyte, je n'avais pas son entraînement.
Nous passâmes toute la matinée dans ces appels. Trombe suivait toujours et crachottait. Le soir nous fîmes les décomptes et Cafre acheva de jauger. Après quelques rectifications sans importance, la balance fut établie et l'acte rédigé avec les " en bois " et les " autres qu'en bois ". Les manquants apparaissaient normaux, ce qui plut grandement au directeur de l'Etablissement. Il nous offrit l'apéritif que nous acceptâmes sans excès déplacé de dignité.
En nous retrouvant, dans la rue, nous vîmes que Cafre était plus hésitant que jamais dans sa démarche. Il nous quitta bientôt, à la grande satisfaction de Trombe qui me confia : " Cet abruti a probablement dû abuser de la règlementation qui lui permet de pratiquer la dégustation en cas de doute sur la nature des liquides..."

Mémoires d'un rat de cave  Simplex  édité par l'Association des Anciens des Indirectes 10, rue de Solférino Paris 7

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8 mars 2007 4 08 /03 /mars /2007 07:00

- Marie est morte.
La grosse paluche de Brejoux se posait sur mon avant-bras, le serrait fort en une étreinte pudique, un trait d'union chaleureux.
- C'est ici que...
- Oui, c'est ici que nous nous sommes rencontrés...
- Dur mon garçon !
- J'ai du mal...
- Un accident ?
- Oui un type bourré...
- Saloperie !
- Et le pire c'est que je ne lui en veux même pas. J'en veux à la terre entière.
- Je vous comprends !
- Pas sûr, mais ça n'a pas d'importance je ne viens pas vous voir pour être plaint monsieur Brejoux...
- Que puis-je pour vous Benoît ?
- Je ne sais pas trop...
- Et si veniez dîner ce soir à la maison mon épouse saurait mieux que moi trouver les mots qu'il faut.
- Vous êtes gentil mais le réconfort je m'en tape. Moi ce que je veux c'est une rupture. Un truc qui ne m'aille pas, comme entrer dans la police.
- Benoît, écoutez-moi, je suis pas très doué pour ça, mais vous avez l'âge d'être mon fils, ne faite pas cette connerie. prenez le temps, ne bousillez pas votre vie...
- C'est déjà fait !
- Certes, mais vous êtes jeune...
- Oui c'est ça, le temps fera son oeuvre, je me marierai et j'aurai de beaux enfants...
- C'est trop frais Benoît...
- Non, Brejoux, c'est définitif !
- Mais...
- Y'a pas de mais ! Voulez-vous m'aider ?
- Réfléchissez quand même...
- C'est tout réfléchi. Je peux faire seul...
- Ne vous emballez pas Benoît. Venez dîner ce soir à la maison, nous en discuterons et je vous donnerai ma réponse.
- D'accord ! Désolé d'être aussi abrupt mais c'est la seule façon que j'ai trouvé de me raccrocher à cette putain de vie.

Avec Brejoux on a bavassé politique. Il était pessimiste. La grande peur des nantis comme celle des petites gens, transmuée en raz-de-marée électoral, c'était le pire débouché pour les évènements. Que des perdants ! En haut, les spasmes du mouvement n'ont été perçu que comme un prurit de jeunes, rien d'autre, alors que la vague s'était levée parce que cette société étouffait sous une chape de convenu. Un vieux monde disparaissait, la France terrienne, étroite, respectueuse, soumise, un nouveau pays, niché dans les grands ensembles urbains naissait, on l'ignorait, on le méprisait même. Ce qu'on appellerait plus tard la société de consommation, pour Brejoux ce n'était qu'un ramassis de gens onubilés par l'essence dont on avait privé leur petite bagnole et qui craiganit de ne pouvoir partir avec bobonne à la plage pour le long week-end de la Pentecôte. Putain, me disait-il, la classe moyenne, rien que des ventres mous, des gens qu'on tiendra par le licol... J'avais trouvé le courage de le charrier " mais c'est vous le révolutionnaire, Brejoux. Moi je ne suis qu'un émeutier de paccotille. Vous voyez bien je suis tout juste bon pour les travaux de basse la police, j'ai l'échine souple..."   

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