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7 avril 2006 5 07 /04 /avril /2006 09:58
2ième épisode : un fils de marchand de vin qui ne se prend pas pour de la petite bière

De nos jours, notre fils de marchand de vin, avec son cursus minable, une licence ès sciences obtenue en 1895 avec la mention passable, on l'eut expédié vite fait dans une ZEP crémios du neuf cube - 9-3 si vous préférez - pour se faire traiter de relou par des sauvageons. Mais l'homme avait du caractère,  pas un facile le Louis, convaincu d'être un incompris il chalute dans l'immodestie grave comme diraient nos jeûnes. Dans un CV, alors qu'il n'était plus un tout jeune homme, il avait 51 ans, Bachelier présentait ses travaux, forts volumineux d'ailleurs, deux livres et plusieurs articles, comme n'étant rien moins que "le renouveau d'une science qui, née en France, était devenue la propriété exclusive des allemands et des anglais..." Pour faire bon poids, il en rajoutait une louche sur son livre de 526 pages sur les probabilités qui, selon ses dires, "surpassait le grand traité de Laplace" après tout on n'est jamais aussi bien servi que par soi-même.

Mythomane ou véritable victime de l'establishment universitaire parisien ? Tout s'était joué pour lui en mars 1900 lorsqu'il soutint sa thèse face à un jury prestigieux, Henri Poincaré, l'un des plus illustres mathématiciens de tous les temps en faisait parti. Le cousin de Raymond, s'il 'était pas mort prématurément à la cinquantaine, se serait sans doute vu  décerner le prix Nobel de physique. Pour les mathématiques le Nobel n'existe pas mais, depuis 1936, tous les quatre ans est décernée la médaille Fields ( nom d'un mathématicien américain) ; bon nombre de nos compatriotes l'ont obtenue. Notre tête de lard de Bachelier a donc affaire à forte partie.

Comme chacun sait ou fait semblant de ne pas savoir, en France, nous raffolons des concours, nous aimons écrèmer, classer, révérer l'excellence même si par la suite nous râlons contre l'omnipotence des têtes d'oeufs. Elitisme et poujadisme sont deux traits marquants de notre génie national mais revenons au sérieux qui sied à l'obtention d'un titre de docteur, surtout en ce début du XXième siècle où les postes étaient rares. Bachelier, bardé de sa scolarité médiocre et de son petit diplome, représentait l'outsider type, la grosse cote, celui sur lequel nul ne se serait risqué à miser un kopeck, sauf à vouloir espérer rafler la banque. Lui croît à la force de ses idées...

à suivre vendredi prochain chers lecteurs. Bonwik...

Si vous avez du temps à distraire sur votre temps de WE écoutez dimanche matin le magazine de France Inter "Interceptions" après le journal de 9 heures son thème " Nos crus sont-ils cuits " On m'a interviewé j'espère n'avoir pas dit trop de bêtises comme à l'accoutumée...

 

 

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6 avril 2006 4 06 /04 /avril /2006 09:55

Dans mes vertes années, lorsque je voulais devenir radio-reporter sportif et que j'écoutais "Sports et Musique " sur Paris Inter, le nom de Limoux évoquait pour moi le Jeu à XIII : la quintescence de l'exotisme que les matches entre Lézignan-Corbières et les vaillants Limouxins. Le temps passant, et c'est l'un des bonheurs de la vigne et du vin,  je découvrais les plis et les replis de notre beau pays et je garde un souvenir ému d'un grand dîner à Limoux, au temps d'Antoine Verdale, avec le grand orchestre accompagnant d'ordinaire Michel Sardou, les Fécos, un trou normand et une nuit bien courte avant de reprendre l'avion pour Paris.

A Limoux j'ai maintenant un bon ami : Pierre Mirc, le président de Sieur d'Arques - en son temps il a été le plus jeune président de coopérative - un de mes compères de Cap 2010, ce qu'il a assumé avec courage et pugnacité dans le Grand Languedoc où les tribuns ont plus d'audience que les hommes d'action. Bon passons à ce qui m'amène ce matin : la 17ième édition deToques et Clochers, une manifestation unique au monde. Pierre m'y a invité en 2003. J'en suis revenu bluffé.

Tous les ingrédients y sont rassemblés. Le pays au travers de la rénovation du clocher de l'église d'un village : cette année l'église St Jacques du village de la Digne d'Aval ; le samedi on flane, on déguste, on discute avec les vignerons, c'est bon enfant, c'est bien organisé et on sent les gens heureux et fiers. Le produit ensuite, c'est la vente aux enchères des futs de Chardonnay et maintenant de Limoux rouge ; le dimanche matin, à la dégustation, on y croise des grands noms, le monde entier, des anonymes et des amis. C'est top. La convivialité ensuite avec le grand repas des vignerons le samedi midi et enfin, la Fête et le plaisir d'un grand repas conçu par la Toque de l'année : Christian Le Squer de chez Ledoyen pour la présente édition ; c'est bon, c'est la teuf, on s'amuse : même le préfet se bouge c'est dire, on danse, pas coincé le dîner on peut y amener sa douce et tendre sans risque qu'elle regarde sa montre.

C'est du beau, du bon, du joyeux, du simple et de bon goût, du comme j'aime pour que nos vins français séduisent, s'encanaillent, se lâchent, soient des vins à vivre, bien dans leurs baskets ou dans leurs souliers vernis... Que la fête commence. Tous mes voeux à Pierre et aux vignerons de Limoux pour que cette 17ième édition soit encore un grand succès.

Pour aujourd'hui, branchez-vous sur France-Inter pour le journal de 13 heures : Miren de Lorgeril et votre serviteur y débattront de l'avenir du vin français ! 

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5 avril 2006 3 05 /04 /avril /2006 10:14

Bien sûr ce n'est pas Martin, mon petit fils, qui me pose cette question, lui il est tendance Stars War, mais, j'en suis persuadé, certains d'entre vous, et parfois c'est moi qui me la pose. Aboiquon ! Parfois j'ai l'impression de radoter, de n'égrener que des souvenirs, de me faire plaisir et qu'après tout, dans l'indifférence générale, le meilleur parti est celui de ceux qui n'ont pas d'avis ce qui leur permet d'en changer à bon escient.

Rassurez-vous je ne suis pas en train de vous faire un coup de calgon, ce matin je ne marine pas dans un koaltar épais, mais j'éprouve le besoin de faire le point, de me recaler pour reprendre avec vous mon petit bonhomme de chemin et, comme la meilleure façon de procéder en l'occurence est de répondre à la question posée : pourquoi ce blog ? je réponds.

Fidélité à une Méthode
" je pose avec clarté les limites de mon travail, j'affirme que ces choix * relèvent de la seule décision des principaux interressés au devenir de nos grands ensembles viticoles. On peut attendre mon diagnostic, me demander les éléments de base de l'ordonnance mais seul un travail collectif, où les intérêts forcément contradictoires de la filière se confronteront au réel peut permettre de définir le champ du possible, de formuler des propositions opérationnelles, de chiffrer les moyens à mettre en oeuvre, de rechercher comment on va financer ces actions " rapport d'août 2001 page 47.
* choix stratégiques pour la filière
Continuité du Travail Collectif du groupe stratégique

" forts de l'expérience du groupe stratégique qui a pu, sur la base d'un réseau* ouvert, interactif, mobiliser très largement les acteurs de notre produit, nous souhaitons que ce mode opératoire perdure et que ce lieu privilégié de la réflexion, souple, réactif, puisse se transformer en une plate-forme permanente que nous appellerons : Vin&Cie. Ce carrefour de professionnels, lieu de convergences des expertises, point de rencontres et de débats, centre de veile stratégique, agence à l'écoute des tendances de la consommation, voulu et porté par eux, doit vivre par eux et pour eux." Cap 2010 page 5.

* 250 professionnels mobilisés, rien que des professionnels.

J'écris comme un témoin engagé, pour le plaisir, pour le débat, pour jeter des passerelles entre les hommes, pour avancer, pour servir et si je vous donne parfois l'impression d'être un donneur de leçons sachez, et ceux qui me connaissent ou qui ont travaillé avec moi en attesteront, que c'est mon besoin de convaincre encore et encore, mon côté professeur, qui font que je me laisse aller à enfoncer le clou un peu fort. J'ai pratiqué le basket, alors le contre est un bon moyen de remettre les pendules à l'heure, ne vous privez pas chers lecteurs...

 

 

 

 Information de dernière minute : Miren de Lorgeril et votre serviteur seront demain jeudi 5 avril les invités du journal de 13 heures de France Inter, alors si ça vous dit...

 

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4 avril 2006 2 04 /04 /avril /2006 10:00

En juin 1988 je quitte les rives "verdoyantes" du port de Gennevilliers pour rejoindre le rez-de-chaussée de l'Hôtel de Villeroy comme directeur-adjoint du cabinet du Ministre. J'occupe le plus beau bureau du lieu, vaste il donne sur le petit parc : aujourd'hui c'est celui du Ministre. Mon portefeuille : les 30 000 fonctionnaires, les relations avec les OPA, les DOM-TOM, la Corse et les Courses : de quoi occuper mes journées. 

Alors pourquoi ce titre d'aujourd'hui : le Caillou ? Vais-je vous parler des galets roulés de Châteauneuf -du-Pape ? Non, je suis trop ignare des choses du terroir. Les accords de Matignon ça vous dit quelquechose ? 1936 ? Non ceux du 26 juin 1988 ! La poignée de mains Lafleur-Tjibaou c'est loin, vous avez oublié. Et pourtant, sur le Caillou - la Nouvelle Calédonnie - ces deux là, quelques temps avant, ne semblaient pas fait pour s'entendre. Le sang avait coulé. Rocard nommait une mission de conciliation emmenée par Christian Blanc pour renouer les fils du dialogue, sortir des postures, retrouver la confiance, aller à l'essentiel : les accords Matignon c'est un feuillet dactylographié.

L'encre était à peine sèche que Rocard demandait à Henri Nallet de se rendre sur le Caillou. Je suis du voyage. Une trentaine d'heures de vol jusqu'à Nouméa sur UTA. Nous allons d'abord à Wallis et à Futuna en Transall. Touffeur. L'administrateur supérieur en uniforme blanc, son chauffeur pieds nus, les rois, les églises et les cases, des îles sans pêcheurs : encore un mauvais coup des missionnaires, les petits cochons noirs, le bout d'un monde immobile. Nous enverrons aux femmes de Futuna des machines à coudre...

Retour à Nouméa, la résidence du Haut Commissaire, un parfum colonial, mais nous ne sommes pas là pour faire du tourisme : le Nord, territoire kanak, puis les éleveurs caldoches, enfin l'île de Lifou et son jeune chef à l'écharpe rouge qui a fait ses études à la Sorbonne, danses traditionnelles des guerriers lances à la main, on palabre, on mange des ignames, on crapahute, le FLNKS et le RPCR, le début d'un processus de paix...

Une anecdote pour finir ce petit papier : " Jacques Lafleur ne boit jamais une goutte d'alcool, il pourrait en mourir. Mais par un bel après-midi d'hiver austral, seul dans sa propriété d'Ouaco perdue dans le nord de la Nouvelle-Calédonie, il s'est versé une coupe de champagne... " in Le pari du grand chef blanc l'Express du 02/09/1988 par Florent Leclerc. Sabler ou sabrer le champagne pour la paix tout est toujours possible chers lecteurs...  

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3 avril 2006 1 03 /04 /avril /2006 10:06

La scène se passe au lendemain de la réunion chez le Ministre des représentants des bassins viticoles, une journaliste de France 2 m'appelle pour que j'aille au journal de la mi-journée répondre à des questions " sur l'autorisation qui vient d'être donnée d'utiliser les copeaux de bois pour permettre d'aromatiser le vin (sic) " Ma réponse est simple : c'est non, la question induit la réponse souhaitée : être pour ou contre.

Le soir, le reportage sur le sujet est reprogrammé. Les images sont édifiantes. Première séquence : dans une cave du Gard on voit un charmant monsieur plonger un sac, genre sac poubelle, empli de copeaux dans une cuve de rouge. C'est beau comme une infusion du soir. Formidable ! Pour le téléspectateur de la France profonde un cri d'horreur : touche pas à mon vin ! Deuxième séquence, sur fond de vigne à la ramasse, un membre du collectif des viticulteurs de Bordeaux proclame qu'avec les copeaux on va sans doute aider au sauvetage des ventes. Monsieur tout le monde est abattu, lessivé : et en plus ils vont en mettre dans le Bordeaux. Vive la com ! Où est l'information dans tout cela ?

Première remarque : dans les rédactions a-t-on étudié le dossier ? La réponse est non. Trop difficile coco, on n'a pas que cela à fiche ! Ce qui compte c'est que le sujet fâche, que les experts auto-proclamés que sont les gourous du vin tonnent, vitupèrent, fassent don de leur éminente personne pour faire barrage à la barbarie des marchands. A la tête de cette Légion le centurion Perrico, toute suffisance dehors, claquera le bec à tout individu osant poser le problème sans passion. Encore faut-il avoir accès aux médias et si on y a accès pouvoir se faire entendre. Entre copains on se fait la courte-échelle, et puis c'est plus confortable de se laisser porter par le discours dominant.

La deuxième remarque s'adresse aux professionnels du vin : quand émettront-ils des messages compréhensibles en direction de leurs consommateurs? De dire que la question du vin dans le bois ou du bois dans le vin ne se pose pas pour tous les vins mais pour certains et que c'est pour eux une question de compétitivité internationale. Ce n'est pas un problème de santé publique mais une question de survie pour une part important de notre vignoble. Il ne s'agit pas d'être pour ou contre mais de dire ce que l'on fait et de faire ce que l'on dit. Nos belles AOC ne sont pas menacées par les copeaux mais par la banalité ou la médiocrité. Chacun doit boxer dans sa catégorie avec les règles de sa catégorie et c'est le consommateur qui tranche. Cessons d'en appeler à des remèdes miracles : aucune potion magique ne nous aidera à passer le cap difficile que vit notre secteur depuis quelques années.

A " Sans Interdit " nous allons mettre sur la table ce dossier, l'expliquer, tenter de sortir de l'ambiguité qui va si bien aux tenants des effets de manche comme aux partisans du vivons heureux vivons cachés. Serons-nous entendus ? Au moins nous aurons mis sur la table autrechose que des paroles qui volent et s'envolent... 

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31 mars 2006 5 31 /03 /mars /2006 09:30

Ce vendredi matin j'inaugure, sans pompe particulière, une nouvelle formule de fin de semaine : le feuilleton qui, au temps de ma grand-mère, était une petite histoire à épisodes nichée en bas d'une page du journal. Aujourd'hui, alors que le bon peuple scotché à sa télé consomme de la série américaine, en ouvrant cette fenêtre, je renoue avec ce genre désuet afin que dans un espace de temps où vous avez plus de temps, le WE, vous acceptiez d'en distraire un peu pour lire mes bluettes.

1er épisode : un fils de marchand de vin de bonne origine

Louis, Jean-Baptiste Bachelier voit le jour au Havre, le port des Amériques, une cité active, commerçante et industrieuse, dont il ne reste que peu de traces aujourd'hui : les bombes alliées et le crayon d'Augustin Perret lui a octroyé un nouveau visage. Nous sommes le 11 mars 1870, à la veille de la guerre déclarée bien imprudemment par le Napoléon à barbichette à la Prusse de l'impérieux Bismark. Son père, Alphonse, est un négociant en vins très renommé, vice-consul du Venezuela et son grand-père un banquier local respecté, un peu poète sur les bords.

Ce blond aux yeux bleus, nez aquilin - c'est son livret militaire qui l'atteste - est un beau jeune homme avenant de 1m 73 promis à un bel avenir. La voie royale de l'une des grandes écoles de la République, où l'élite de la nation est formatée et confortée dans sa supériorité, semble lui être ouverte. Il n'en sera rien, la mort brutale de ses deux parents interrompt sa résistible ascension : à l'âge de 19 ans il stoppe ses études pour travailler dans l'affaire familiale. Adieu les hautes sphères le voilà réduit à vendre du vin bouché de Bourgogne ou d'ailleurs.

Appelé sous les drapeaux, Louis ne reposera plus ses fonds de culotte sur les bancs de l'Université de Paris, comme étudiant en mathématiques, qu'à l'âge de 22 ans. Retour par la petite porte, celle des méritocrates, la République a aussi besoin de hussards noirs pour consolider son implantation dans les campagnes françaises; la séparation de l'Eglise et de l'Etat ne fut pas une partie de plaisir et les Congrégations furent priées, sans grand ménagement, de lever leur mainmise sur les petites têtes blondes ou brunes. Hors le confort des sentiers balisés, le parcours de Louis Bachelier se fait besogneux, le jeune homme n'obtient que des notes médiocres et les examens sont pour lui autant d'obstacles difficilement franchis; souvent il doit s'y reprendre à deux fois.

à suivre... à vendredi prochain... bon week et bonne lecture...

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30 mars 2006 4 30 /03 /mars /2006 10:13

Lorsque je débarquai, mi-86, au siège de la SVF sise route principale du port à Gennevilliers - sur le dit port, sinistre, dépourvu de transport en commun, notre usine ressemblait à un grand navire en cale sèche dernier témoin d'une époque glorieuse - le bras de fer avec le n°2 du secteur, Castel, était à son apogée et, le fer de lance de ce combat, les fantassins en bandes molletières, étaient les vins de bataille (les premiers prix). Sur les flancs des deux grandes armées, une poignée de francs tireurs jouaient aussi à moins que moins : le plus acharné et sans vergogne étant sans conteste Trilles filiale du Val d'Orbieu...

 

On se battait donc, détruisant le peu de valeur qui restait à ces pauvres vins de table, choc des litres 6 étoiles, Bienvenu contre Castelvin, on attendait que le challenger mette le genou à terre, on se trompait de bataille, on s'épuisait sur le champ de bataille français qui s'amenuisait inexorablement, on ignorait les nouveaux terrains de compétition, on pensait sans vouloir l'avouer que la partie était perdue : seules les AOC perdureraient, on raillait Robert Skalli et ses vins de cépage, les deux grands groupes héritiers de la saga du vin de table rataient le grand tournant des années 90 où, à l'image de Ricard et de Pernod, au lieu de se combattre, ils eussent du s'allier, faire cause commune, être le creuset du grand groupe généraliste qui nous fait aujourd'hui défaut.

 

Nous étions une filiale du groupe Pernod-Ricard. Très vite je mesurai l'ampleur du mal. Je postulai à la direction du site. Comme c'était un baton m... on me dit oui. Deux années de combat, j'ai dirigé une usine de 600 salariés, une flotte de 120 camions de livraison, travaillé en osmose avec une équipe commerciale de 100 personnes, subi les élucubrations d'un PDG arrogant et incompétent, les petites manoeuvres d'un directeur industriel buveur de bière, affronté une CGT inoxydable, eut le bonheur d'être entouré d'une équipe dévouée et efficace : les Morant, Leraître, Guinchard..., reçu le soutien indéfectible des responsables commerciaux  : Bernard Ollivier&Co, rongé mon frein face au désastre qui se programmait.

 

Ce passage m'a beaucoup appris sur les hommes, ceux du bas et ceux du haut, en perdant beaucoup de mes illusions sur leur capacité à voir le monde tel qu'il est, à comprendre que nos grands affrontements ne débouchaient que sur l'immobilisme. Ces deux années de semelles de crèpe au contact des gens de peu, le cambouis des hommes, la vie tout court, la tournée du matin, les poignées de main, le respect, tenir bon, ne pas plier face à la versatilité, négocier, expliquer, choisir, assumer ses contradictions et ses choix m'ont fait grandir. 

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29 mars 2006 3 29 /03 /mars /2006 10:35

En France selon la formule éculée : on n'a pas de pétrole mais on a... des gisements fiscaux&assimilés. Les esprits fertiles, autrefois de Rivoli émigrés ensuite à Bercy, ont su flairer, dans le terroir tout particulièrement, les petits gisements, ces sources minuscules qui font les grandes rivières. Ainsi sont nées les Taxes Parafiscales, monuments de l'hypocrisie à la française, ce bel argent pompé subrepticement dans la poche de milliers de producteurs pour aller alimenter des fonds divers et variés. Ainsi ont été financé les premières interprofessions : CIVDN, CIVC ou bureaux : BNIC, BNIA, BNICE... Comme les volumes étaient importants, le matelas l'était aussi, quant aux résultats sur le développement du produit : il suffit de consulter les statistiques pour constater que les résultats, hors Champagne et dans une moindre mesure Cognac ( pour ces produits ce sont les marques qui ont tiré le marché), sont en demi-teinte...

Comme du côté de Bruxelles notre para-fiscalité était un peu voyante nos têtes d'oeuf pondirent un concept encore plus élaboré : la Cotisation Volontaire Obligatoire, ou comment faire payer tout le monde en disant que tout le monde est d'accord pour le faire mais qu'il faut tout de même le gros baton de l'Etat pour que tout le monde mette la main à la poche. Je caricature à peine, et je vous assure que pour un nordique normalement constitué c'est plus difficile à comprendre que la hiérarchie de nos appellations, c'est dire. Bien, j'entends déjà certains ricaner : voila que le Berthomeau il fait du poujadisme, il flatte la base. Pour quelqu'un qui a été pendant 5 ans Président d'une Interprofession ce serait de mauvais goût et, comme je suis coquet, j'ai horreur du mauvais goût.

Ce qui est en cause ici n'est pas le principe de l'Interprofession mais à la fois la représentativité économique de ceux qui prétendent la diriger et la quasi-irresponsablité de la technostructure qui prétend la faire fonctionner. Entendons-nous bien, ma réflexion est générale, il existe des Interprofessions qui correspondent assez bien à leur objet social. En revanche, je suis stupéfait par le côté " les présidents passent les directeurs restent " de certaines et la dérive " on fait de la communication pour faire plaisir aux viticulteurs ".

Dans la mécanique actuelle des Bassins, où comme d'habitude on commence par un mécano structurel sans trop savoir qui fait quoi, en empilant les machins, si les Interprofessions étaient au coeur du débat, elles travailleraient à répondre à la seule question qui compte : comment faire en sorte de faire du vin qui se vend là où il se vend ? Mais le sujet n'est pas à l'ordre du jour car la plupart des personnes qui sont autour de la table n'ont jamais vendu une bouteille de vin. Pour gérer il faut être en prise avec la réalité sinon on se fait plaisir et nos consommateurs vont chercher leur plaisir ailleurs les bougres...    

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28 mars 2006 2 28 /03 /mars /2006 00:00

Rassurez-vous ce n'est pas du président du Comité Vins de l'INAO dont il s'agit ; l'abbé en question Pierre Renou était curé de Vix au temps où Gaston CHAISSAC habitait dans le Marais Poitevin après avoir vécu à Boulogne-en-Vendée "au bord de la Boulogne qui est la Volga du lac de Grand-Lieu..." Fort bien me direz-vous mais qui donc est Gaston Chaissac ? 

Bonne question ! C'est un de mes peintres préférés et un grand épistolier dont un choix de lettres a été publié dans Les Cahiers de la Pléiade (hiver 1948) et dont Jean Paulhan, à l'instigation de Jean Dubuffet, fera paraître une compilation sous le titre Hippobosque du Bocage (Gallimard 1951). Quel rapport avec le vin ? Aucun, sauf que pour moi Gaston Chaissac qui a écrit " en Vendée on a un faible très marqué pour ce qui est inauthentique et le Vendéen n'est d'ailleurs jamais un novateur mais toujours un suiveur " est l'exemple de l'homme seul qui, en dépit de l'hostilité, il ne "travaille pas" et Camille son épouse est institutrice laïque, des moqueries : il peint sur les portes des cabinets, d'une santé flageolante, est un homme hors du commun. En 1973, dix ans après son enterrement civil - un scandale de plus - lui qui avait écrit en 1948 " vous y croyez vous que je puisse avoir un jour une cruxifiction au musée d'art moderne" est le héros d'une grande rétrospective au Musée d'Art Moderne.

Alors ce matin, et ça m'arrivera sans doute de temps en temps, j'offre à votre réflexion un morceau choisi du fada du bocage envoyé fin 1962 à son ami Pierre Renou le curé de Vix " Ce n'est certes pas les gens de bonne foi qui manquent ici-bas. Dans Don Quichotte, Sancho est persuadé être le gouverneur d'une île quoique n'ayant pas passé sur de l'eau pour s'y rendre. A Vix, lorsqu'ils passent dans la rue, le curé et le directeur de l'école laïque ont cette même attitude de chevalier de la certitude. Mais c'est un fait que dans ses fonctions Sancho donna de réelles preuves de sagesse. On rigolait bien sûr dans les coulisses. Il y a toujours des rigoleurs par son chemin mais la belle affaire : il y en a certes des tas parmi les observateurs du présent concile. Il en a toujours été ainsi. Quand on n'est pas sûr de soi, on est perdu, la terre craque sous ses pas. On ne va pas loin. A la première averse on est ratiboisé..."   

Si vous passez aux Sables d'Olonne allez donc au Musée voir du CHAISSAC....

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27 mars 2006 1 27 /03 /mars /2006 00:00

Ce qui suit est un extrait d'un entretien avec Abdelatif BENNAZI réalisé par Michel Henochsberg pour une nouvelle publication AZYMUT azymut@laser.fr

Vous êtes en colère à cause de l'état actuel de la France ?

Oui en quelque sorte. Acceptons-nous comme nous sommes. arrêtons de nous regrader sous un angle critique, défaitiste et finalement paralysant. Et puisque vous me parliez de mondialité, de cette ouverture si nécessaire sur l'ailleurs, on devrait tous aller faire un tour en Chine, comme je viens de le faire récemment, et ça nous guérirait à jamais des débats stériles et théoriques de l'hexagone : à l'image des réalisations de ce pays, soyons pragmatiques et avançons, comme nous le montre la Chine époustouflante de vigueur.

En sommes, vous traduisez les difficultés françaises comme un cap à franchir ?

Exactement. Et nous avons les moyens de franchir ce seuil à condition de s'y lancer avec détermination, laissant au vestiaire les petites querelles et la propension française à l'introspection critique.

Mais tout le monde est prêt à dire la même chose.

Peut-être, certains le préconisent mais on ne le fait pas actuellement ! Je le répète : prenons le train en marche. La réalité de tous les jours est une réalité mondiale, c'est ce que chacun peut observer. Faisons avec et avançons, avec nos moyens, avec nos cultures, avec nos particularités, avec nos atouts, avec nos faiblesses. J'ai très mal vécu la défaite de la bataille pour les Jeux Olympiques 2012. J'ai constaté à Singapour que nous devenions isolés sur l'échiquier mondial, que le rayonnement de notre pays était vacillant. Ce qui se passe n'est pas conforme à l'idée que je me fais de la France. Forgeons-nous un nouveau moral et repartons de l'avant...

Pour l'entretien en entier reportez-vous à AZYMUT azymut@laser.fr  Bonne lecture...

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