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18 avril 2010 7 18 /04 /avril /2010 00:09

Par les bons soins d’un éminent membre de l’Amicale du Bien Vivre dont je tairai le nom afin de ne pas compromettre sa réputation auprès de la rédaction du Monde et de la complaisante et no crédible Sandrine Blanchard http://www.berthomeau.com/article-30304997.html et http://www.berthomeau.com/article-credibilite-zero-sandrine-blanchard-echotiere-de-la-vie-moderne-taille-des-costars-au-duo-coffe-pitte-46425415.htmlj’ai eu connaissance de l’existence du texte : « Fac à Vin » publié sur le site www.lejgo.com sous la rubrique L’Ego du J'Go. Qu’est-ce donc ce J’Go ? La réponse du créateur Denis Meliet un gascon « En créant le J’GO, je n’ai fait que tenter de partager une partie des émotions de ma jeunesse… Le bruit, les parfums des cuisines, les cueillettes au jardin, les courses pour attraper les poulets dans les basses cours, le rendez vous sacré du tue cochon. Dans les restaurants J’GO, du producteur qui élabore son produit avec soin jusqu’au commis de salle qui dépose votre commande sur la table, chacun s’applique à vous faire partager son amour de la cuisine authentique et sa passion pour la culture gasconne. Dans tous nos établissements, vous sentirez la présence des hommes et des femmes qui cultivent, élèvent, vendanges et travaillent pour vous proposer avec fierté le meilleur d’eux même. » Pour l’heure J’GO, ce sont 3 restaurants : 1 à Toulouse et 2 à Paris. Je vais m’y rendre sous peu mais pour l’heure : lisez cet excellent papier.

 

« Dans un rapport rendu le mois dernier à la ministre de l’enseignement supérieur, Jean-Pierre Coffe plaide en faveur du retour du vin dans les restaurants universitaires. En éduquant à la dégustation de jaja, y écrit-il en substance, on lutte contre le fameux «binge drinking», cette pratique en vogue qui consiste à picoler n’importe où, n’importe quoi n’importe comment, pour le simple plaisir de rouler sous la table. 

Le raisonnement est, il est vrai, assez douteux, mais la levée de bouclier qu’il provoque l’est encore plus. Pour ses détracteurs, le pourfendeur du jambon polyphosphaté se soucierait davantage du lobby viticole que de la santé des étudiants, et encouragerait la consommation de vin pour sauver les vignerons de la faillite. Quiconque a fréquenté une université récemment sait à quel point les étudiants n’ont besoin de personne pour boire mal, fumer trop, manger peu et se coucher tard, bref, pour être jeunes.

Mais il y a plus drôle encore, puisque certains opposants à la dégustation de vin à la cantoche disent s’inquiéter de l’état de somnolence que la consommation d’alcool pourrait entrainer durant les cours magistraux de l’après-midi. Il suffit de poser la question aux étudiants (dont, rappelons-le, 50% consomment du cannabis selon un sondage de 2003), pour apprendre qu’au palmarès des trucs qui les endorment, figurent la qualité médiocre des programmes, le manque cruel de conviction des maîtres de conférence, la machine à café qui est en panne, et « l’after » de la veille. Mais bien entendu, comme il est impossible de changer les programmes, impossible de former les maîtres de conférences à l’éloquence, impossible de rompre les contrats signés avec les sociétés de maintenance des automates à boisson, et impossible de priver les étudiants de sortie, c’est au pinard qu’on s’en prend.

Pourtant, en écoutant les vignerons qui viennent au J’Go parler de leur vigne, de leur terroir, de leurs efforts et de leurs cépages, on éprouve davantage l’envie de devenir paysan, œnologue, caviste ou maître de chai, que celle d’embrasser une carrière d’ivrogne. »

 

* définition d’avoir bu l’eau des nouilles in Dictionnaire du français qui se parle de Pierre Merle éditions Mali « être sans intérêt (en parlant de quelqu’un), complètement abruti. « Non, mais t’as bu l’eau des nouilles, toi ! » (« Tu racontes vraiment n’importe quoi ! »)

En prime le double de notre Sandrine : Gérard Blanchard qui lui « fume la moquette! » 

 

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11 avril 2010 7 11 /04 /avril /2010 00:09

Par la grâce de Margot de Nicolaÿ (voir 3 Questions à Margot de Nicolaÿ, jeune et passionnée du vin http://www.berthomeau.com/article-24504440.html , plus so british que jamais depuis qu’elle a rejoint Londres, j’ai été convié jeudi soir, rue d’Édimbourg dans un restaurant basque «La Passée» à une conférence organisée par un club de jeunes gens et de jeunes filles, «Initiateurs d’avenir». Le thème sous forme de cette question provocatrice : « La biodynamie : avenir de l'agriculture ? » ne pouvait que m’allécher et la présence de Nicolas Joly, le pape de la biodynamie, m’inciter à me transporter jusqu’au 9ième arrondissement et à me glisser dans cette pépinière de têtes bien faites. Merci au président du club www.initiateurs-davenir.com , Bruno Croizé-Pourcelet, d’avoir suivi la suggestion de sa vice-présidente d’inviter une vieille barbe comme moi au risque de troubler le bon ordonnancement de la conférence.

nicolas-joly.jpg

Je n’avais jamais croisé dans ma vie professionnelle Nicolas Joly. Mes connaissances sur les fondements de la biodynamie sont inexistantes mais, contrairement à beaucoup, je ne nourris, ni ne professe une quelconque hostilité de principe à l’égard de cette pratique. Bien plus, je fais parti de ceux, fortement rationalistes, qui d’une manière pragmatique admettent que, si ça fonctionne, pourquoi aiguiser des armes bien inutiles à son encontre. Mon seul bémol, et c’est un point dur chez moi, je suis hostile à tout esprit de chapelle, à la stigmatisation, aux oukases du type « si tu fréquentes les X... ou si tu oses écrire sur les Y, tu es un traître à la cause... » Moi je fréquente tout le monde, ou presque, et je suis un défenseur acharné du dialogue, des adhérences même entre des parties antagonistes.

Donc, me voilà installé avec mon petit carnet et Nicolas Joly se déploie après avoir noté, avec humour, la présence d’un vieux canard gris dans la couvée des jeunes oisillons. L’homme à une gestuelle à l’image de ses convictions : fluide, communicative, séductrice. Je ne vais pas faire état dans ce billet du fond de son propos, ce qui serait trop réducteur, mais vous donner envie d’aller l’écouter. C’est un passionné mais aussi un réel défricheur d’avenir, pragmatique et sincère, dont on ne peut balayer les analyses d’un revers dédaigneux de la main. Nicolas Joly n’est ni un illuminé, ni un gourou sectaire mais de ceux qui, dans un système dominé par le conventionnel, font entendre une partition différente. Au-delà des théories, des controverses, ce qui m’intéresse dans la démarche de Nicolas Joly c’est son côté Chaissac, dérangeant, hors norme, tout en étant un entrepreneur, homme de la vigne et du vin. Cultiver les différences au nom d’un retour aux équilibres de cette « terre qui ne possède pas la vie mais qui la reçoit » n’est pas vain.

Un seul point m’a un peu irrité dans l’approche de Nicolas Joly, et bien sûr j’en ai fait état en le questionnant au grand dam de quelques jeunes pour qui ce n’était pas convenable, c’est de méconnaître ou d’enjoliver la condition paysanne pré-productiviste. Nous avons prolongé la discussion après la conférence et j’ai eu le plaisir de trouver un homme attentif aux remarques et ouvert au dialogue. Vous allez dire que je suis tombé sous le charme de Nicolas Joly. Là n’est pas la question, ce qui me passionne dans toute approche non conventionnelle c’est sa capacité à faire bouger les lignes, à nourrir des avancées, à sortir le débat du pathos administrativo-professionnel. Ceux qui, enfermés dans leurs tours d’ivoire, assis sur leurs certitudes, ricanent ou vilipendent, devraient venir se confronter aux iconoclastes, à charge pour ceux-ci de sortir du confort de l’entre-soi.

Voilà pour ce billet d’humeur du dimanche, si vous vous souhaitez en savoir plus sur la biodynamie allez sur le site www.coulée-de-serrant.com ou connectez-vous à http://www.bio-dynamie.org . Merci à Margot et à Bruno pour leur aimable invitation et désolé pour ceux de leurs membres que j’ai insupporté avec mes questions de « fils de paysan de la Vendée profonde » qui, soit dit en passant, ont permis à Nicolas Joly de donner le meilleur de lui-même car dans un débat, la contreverse est seul porteuse d’avancées qui bâtissent l’avenir... Après le choc des mots nous avons bien sûr dégusté dans la plus grande convivialité...

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10 avril 2010 6 10 /04 /avril /2010 00:08

André Malraux, notre premier Ministre de la Culture, nous a légué les maisons de la culture qui, depuis 1991, sont aussi dénommées Centre d’animation Culturelle... Majuscule ou minuscule je n’ironiserai pas trop sur cet enfermement de la culture en des maisons ou des Centres, ce serait de ma part céder à la facilité même si les maisons semblaient plutôt dédiées aux chevelus alors que les Centres penchaient fortement du côté des dames permanentées. Toutefois, en parodiant la célèbre boutade de Paul Claudel à propos de la Tolérance, pour bien souligner le côté réducteur de ces lieux je m’exclamerais : « La culture ? Il y a des maisons pour ça ! »

 

Afin d’étayer mes réticences face à une conception étroite d’un Centre Culturel du Vin, à Paris ou ailleurs, et surtout montrer que je ne suis pas hostile aux lieux culturels de quelque nature qu’ils fussent, je mettrai en avant l’immense succès, qui ne se dément pas, du Centre Georges Pompidou. Pourtant Dieu sait cette « raffinerie bigarrée » en plein cœur de Paris, sur le plateau Beaubourg, a fait s’étrangler les bien-pensants de la Culture ! Le trait de génie de ses concepteurs c’est d’en avoir fait, par la magie d’un geste architectural pas si gratuit que ses détracteurs l’affirmaient, un réel lieu de vie culturelle, multiforme, ouvert, grouillant, chamarré mêlant des populations d’origine diverses.

 

Puisque j’en suis à la parodie je reprendrai à mon compte le jugement sans appel de mon voisin vendéen Georges Clémenceau « La culture du vin est une chose trop sérieuse pour être laissée aux gens du vin... » Que nous aimons notre entre soi de gens du même monde ! Dieu que beaucoup de nos festivités sont d’un triste à faire fuir même les bonnets de nuit ! J’exagère bien sûr mais, avec le bénéfice de mon âge, sans faire du jeunisme, j’affirme tranquillement « de grâce n’imposons pas notre vision un peu surannée aux générations futures... » Avant de décréter qu’il faut un Centre Culturel du Vin à Paris posons-nous la question de savoir si ça correspond à un besoin, à une attente et, si nous souhaitons créer une demande, sortons des sentiers battus. Innovons ! Ma proposition, sans doute jugée farfelue par le monde très sérieux du vin, d’une City Winerie dans l’ex-Trou des Halles, relevait d’une forme de provocation pour bien montrer, qu’au-delà des outrances de nos amis New-Yorkais, l’intérêt d’un tel lieu serait qu’il mêlât, outre vin et gastronomie ce qui est dans l’ordre des choses, mais surtout qu’il y greffât aussi la musique.

 

Pour autant il ne s’agit pas de s’agenouiller devant les modes et les tendances des nouvelles générations mais de leur faire une place pour qu’ils aient envie de pousser la porte de ce type d’institution sans être déjà des convaincus. Ce lieu, si tant est qu’il puisse voir le jour, doit se projeter dans le futur, ne pas se contenter d’être une forme de conservatoire de la culture du vin. Bien évidemment, comme à Beaubourg, le projet pourrait accueillir une grande bibliothèque publique, un lieu d’exposition permanente, des ateliers de dégustation, des masters class, des expositions temporaires. Je rappelle  la très belle exposition au Centre National d'Art et de Culture Georges Pompidou sur le thème «Châteaux Bordeaux» qui se déroula du 16 novembre 1988 au 20 février 1989. (Voir chroniques http://www.berthomeau.com/article-34694357.html et http://www.berthomeau.com/article-34694464.html ) La liste des possibles est ouverte, tout est possible sauf qu’il ne reste plus qu’à trouver les sous pour financer le projet et que ça c’est une autre histoire bien française qui risque de s’enliser dans les sables des féodalités vinicoles de notre vieux pays.

 

Allez, cher François, toi qui adore lever des montagnes, attaque-toi à ce sommet, par la face Nord ou la face Sud, et je serai à tes côtés avec mon enthousiasme que le temps n’arrive pas à éroder. Pour terminer de la musique : pour François La Callas et pour d'autres le déjanté Tom Waits et la délicieuse Scarlett Johansson...

 

 

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5 avril 2010 1 05 /04 /avril /2010 00:09

Parler d’œufs le lundi de Pâques rien de plus normal, sauf que ce jour-là y sont plutôt en chocolat et que les cloches de retour de Rome les ont balancés la veille dans les jardins potagers. Mais je profite de cette actualité pour tirer la sonnette d’alarme : les limonadiers modernes abandonnent de plus en plus l’œuf dur de comptoir. Vous savez ceux que l’on trouve par 6 dressés en rond sur un présentoir autour d’une salière. Espèce en voie de disparition : réagissons !

 

Tom-7300.JPG 

 

 

Que voulez-vous pour moi c’est un paquet de souvenirs qui passerait ainsi à la trappe, toute une gestuelle de bord de bar, un rituel de bourse-plate. En effet, au temps de mes études de Droit à Nantes où nous passions plus de temps dans les cafés que dans les amphis de la Jonelière (des préfabriqués où nous nous gelions les fesses en hiver et étuvions aux beaux jours) – pardon Norbert pour ce manque d’assiduité qui explique tous les trous de mon savoir juridique – le soir après le cinéma ou les tonus (les fêtes) nous nous retrouvions dans un petit bistro tout étroit qui faisait face à l’atelier de composition du journal Presse-Océan (ex-Résistance de l’Ouest). Sa caractéristique : être ouvert jusqu’à pas d’heure. Vu l’état de nos moyens financiers l’œuf dur s’imposait et le ballon rouge suivait pour faire couler le morceau.

 

Comme l’écrit Jacky Durand dans Libération « l’œuf dur est un aliment singulièrement dual : il tient tout à la fois de la frugalité et de l’abondance, de l’en-cas où il est seul en scène et du gueuleton où il joue les troisièmes rôles dans des recettes du dimanche. » En ces temps de bourse plate mais de jour le jour nous ne vivions pas d’amour et d’eau fraîche mais d’œufs durs et de petit rouge ; pour l’amour c’était plus compliqué mais là n’est pas la question du jour. Dans de prochaines chroniques je reviendrai, non sur nos exploits amoureux pré-soixante-huitard, mais sur deux must de l’œuf : les aux plats et l’œuf mayo.

 

Le rituel de l’œuf dur de bord de bar est très précis. Pour écailler l’œuf dur il faut un certain doigté, je dirais même du touché comme un pianiste, sinon c’est l’écrabouillement, la ruine, l’épandage de débris de coquille sur le zinc du bar, l’horreur quoi. Pour faire un œuf dur qui s’écaille facilement en bande régulière qui n’accroche pas le blanc il faut que l’œuf originel ne soit pas trop frais. Bref, le toc-toc discret qu’évoque Prévert (le titre de ma chronique) fait la différence entre l’habitué et le gus qui se la joue popu. Une fois l’œuf dénudé le décapiter à la bonne hauteur, c’est-à-dire sans mordre dans le jaune, d’un coup de bouche demande une expérience de vieux routier. Vient ensuite l’assaisonnement en tapotant la salière, celle-ci dans les bonnes maisons fonctionne sans avoir recours à un curage des trous. La dégustation, par petites bouchées, sépare le monde en deux camps irréductibles : les goinfres et les gourmets. Pour les premiers c’est 2 ou 3 bouchées avec en ligne la descente immédiate du ballon de rouge, pour les autres c’est la becquée entrecoupée de petites gorgées de nectar (à notre bar c’était du rouge syndical 6 étoiles de la maison Sénéclauze dit cotes-du-rhône). Sévissait aussi en ces temps-là des barbares accompagnants leurs œufs durs de bocks de bière pression avec en son sein une peuplade redoutable : les adeptes du Picon bière.

 

En France l’œuf de poule est roux et, contrairement à une idée reçue la coloration de la coquille ne joue aucun rôle dans le goût de l’œuf. Cuire un œuf dur est à la portée du premier individu de sexe masculin élevé comme un gros naze par sa mère puisqu’il suffit de le faire cuire une dizaine de minutes dans de l’eau bouillante. La cuisson d’un œuf mollet relève lui d’un talent réel que peu d’individus mâles en pantoufles possèdent d’où l’expression féminine qu’ils reçoivent en revers lorsqu’ils protestent devant leur télé sur la qualité du frichti surgelé réchauffé micro-ondes :« va te faire cuire un œuf ! »

 

Alors, chers lecteurs, allon-nous assister les bras croisés, sans réagir, à la disparition du petit bruit de l’œuf dur cassé sur un comptoir d’étain au pied d’un ballon de rouge ? Ce serait un pan entier de la culture populaire française qui disparaîtrait et ce serait inacceptable. Exigeons de nos limonadiers le retour sur le zinc du petit présentoir de 6 œufs durs et de la salière ! Je propose pour que les bobos fassent chorus avec nous : l’œuf dur bio accompagné de sel gris de Guérande...

Bon appétit et Joyeuses Pâques !

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4 avril 2010 7 04 /04 /avril /2010 00:03

Mon singulier n’est que générique, votre belle bouteille peut se parer du pluriel bien sûr. Nous sommes le jour de Pâques et c’était le jour où maman, comme le voulait la tradition, nous servait du gigot d’agneau avec des flageolets. En ces temps là, la viande d’agneau, comme la viande tout court, hormis celle des volailles de notre basse-cour et des lapins des clapiers de mémé Marie, relevait du luxe sur les tables de la Vendée profonde. Les moutons achetés par les bouchers de la Mothe-Achard venaient du Sud de la Vendée, à la fois de la Plaine où ils pâturaient comme dans le Bassin Parisien les chaumes des emblavures céréalières et des prés salés de la baie de l’Aiguillon s/Vie.

 

L’Anse de l’Aiguillon fait face à l’Île de Ré, aux limites de la Vendée et de la Charente-Maritime, et la Sèvre Niortaise vient y mêler ses eaux avec l’Atlantique dans une embouchure qui s’évase sur plus d’un km de largeur. Viennent aussi  s’y déverser les principaux canaux de dessèchement du Marais Poitevin (Venise Verte). Elle est en partie poldérisée du fait de l’abri constitué par la flèche sableuse de la pointe de l’Aiguillon et depuis le décret du 9 juillet 1996 c’est une Réserve naturelle nationale. Les communes qu’elle recouvre, du moins celles de Vendée, Champagné-les-Marais, Saint-Michel-en-l’Herm, Sainte-Radegonde-des Noyers... sonnent toujours à mes oreilles.

 

Nous mangions donc de l’agneau de pré-salé. Certes le nôtre n’a jamais atteint la notoriété de ceux de Pauillac ou de la Baie du Mont-Saint-Michel ou de la Baie de Somme même si ces derniers mettent sur le marché que des quantités confidentielles. En quelques mots dans la « famille agneau » sachons distinguer : l’agneau de boucherie, dit agneau blanc même si sa viande est rosée claire, est élevé et engraissé en bergerie ; l’agneau d’herbe qui a grandi en plein air se nourrissant d’abord de lait maternel puis d’herbe. Sa chair est plus colorée que celle du précédent ; l’agneau de lait qui, comme son nom l’indique, se nourrit exclusivement du lait de sa mère, il est léger, 7 à 10kg, vu son âge d’abattage : 1 à 2 mois, sa chair est blanche et d’une saveur peu prononcée ; enfin l’agneau de pré-salé moutonbis.jpg

Le lieu d’engraissement de celui-ci lui confère une viande d'une saveur exceptionnelle due principalement aux herbes marines salées qui tapissent les prés recouverts par les grandes marées et dont se régalent les brebis. « Les marais salés sont la partie supérieure de la zone de balancement des marées (estran ou espace intertidal). Ils se développent dans le fond des baies et des estuaires, là où une sédimentation fine se produit, à l’abri des houles et des forts courants. Les plantes qui occupent cet espace sont adaptées à la présence d’eau salée et se répartissent selon un gradient de salinité du substrat. Sous pâturage, les marais salés sont constitués d’une prairie très largement dominée par la Puccinellie qui est pratiquement la seule plante capable de supporter un pâturage régulier. »

 

Par les temps qui courent ces marais salés sont de fantastiques usines biologiques qui devraient constituer pour les consommateurs, soit disant préoccupés par l’agriculture durable en tant que citoyens, des lieux qui ne soient pas que des réserves d’indiens mais aussi des pompes à valeur ajoutée pour les éleveurs. Mais, comme d’habitude, sous la pression du moins cher que moins cher, des nouveaux épiciers monopolistiques, les Français consomment essentiellement de la viande de mouton importée de Nouvelle-Zélande. Au lieu de toujours râler, de verser des larmes de crocodiles sur la disparition des éleveurs du Massif Central, d’aller chercher midi à quatorze heures, mettre sous le nez de nos concitoyens la somme de leurs contradictions permettrait sans aucun doute de leur faire prendre conscience que l’élevage à l’herbe, dans les zones difficiles, constitue le seul recours. Nous nous retrouvons dans la configuration de l’industrie textile dans les années 80. Si rien n’est fait pour que le revenu de ces éleveurs ne soit plus constitué que par des primes européennes, et en dépit des éternels poujadistes qui nous serinent que leurs impôts doivent essentiellement financer les flics et les militaires et que les éleveurs n’ont qu’à se reconvertir et faire pousser des fraises hors-sol, la réinjection d’un tout petit peu d’argent dans le prix de ces produits de haute qualité sociale et environnementale est un impératif. Là encore qu’on ne vienne pas me chanter la ritournelle que le « moins cher du moins cher » n’est là que pour réinsuffler du pouvoir d’achat aux catégories les plus défavorisées. Allez donc voir le contenu des caddies à la sortie des grandes surfaces et vous serez édifiés.

 

C’était mon couplet pascal (si vous souhaitez en savoir plus sur le fond de mon analyse allez lire ou relire après le gigot pascal ma chronique (Le discount ou comment fabriquer des pauvres : merci JP Coffe de promouvoir le modèle WAL•MART http://www.berthomeau.com/article-31535901.html ). La facilité de beaucoup, qui relève de l’ignorance et d’une certaine forme de mépris, m’exaspère. Je leur conseille, même s’ils se tamponnent de mes conseils, d’aller voir le film de Dominique Marchais « Le temps des Grâces ». C’est un vrai documentaire qui rend intelligent car il ne présente pas la réalité en noir et blanc mais avec tous ses contrastes, ses nuances, ses contradictions... Comme l’écrit un critique de cinéma c’est « Une enquête belle et profonde sur le monde agricole français d’aujourd’hui. Le film questionne de l’intérieur la rationalité qui a présidé aux grandes métamorphoses du travail de la productivité et du paysage. A travers des récits d’agriculteurs, d’agronomes, d’écrivains et d’autres témoins, à un rythme aussi serein que prenant, il évoque le rôle que pourrait tenir l’agriculture dans un nouvel art de vivre et un projet politique commun. »  le_temps_des_graces-7d92b.jpg

Donc comme j’ai fait tout le boulot pour le gigot de l’agneau pascal reste pour vous à contribuer, donc à choisir la belle bouteille qui va avec et, si vous avez un peu de temps à perdre en ce jour de Pâques au temps peu clément, vous pouvez éclairer ma lanterne et celle de mes chers lecteurs par le truchement des commentaires.

Joyeuses Pâques à tous !

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28 mars 2010 7 28 /03 /mars /2010 00:09

Une fois passé l’annonce du seul pourcentage qui vaille la peine que l’on s’attarde sur lui : celui de la participation des électeurs inscrits, les soirées électorales à la télévision nous offrent le spectacle d’un tourbillon échevelé de pourcentages qui, surtout dans des scrutins locaux, offrent la particularité de couvrir des réalités fort contrastées. Mais la réalité des voix obtenues par les uns et par les autres n’intéresse en rien la gente journalistique, ce qui compte pour elle c’est de mettre en avant des combats singuliers entre Macheprot et Tartemolle ou la renaissance d’un Phoenix de ses cendres.

Dimanche soir l’angoisse rongeait les commentateurs parisiens : « est-ce que l’ex-postulante à la fonction suprême allait monter, si vous me permettez l’expression, sur la première marche de la « vague rose » qu’avait d’ailleurs quelques auréoles vertes et rouges ? » Ils frétillaient. « Allait-elle ainsi griller la politesse à sa rivale installée dans le fauteuil de son ex : le volage et infidèle François ? » Faut dire que dans le pays du beurre AOP « Charente-Poitou » la dame brandissait fort tôt, avec une gourmandise carnassière l’oriflamme de sa victoire. Bref, ses 60,61%, lui offraient-ils à nouveau un destin national ?

Franchement je trouve que, même s’ils n’avaient pas grand-chose à se mettre sous la dent, nos lecteurs de prompteurs en ont fait des tonnes. Y’en a pas un seul qui a pensé – mais ces gens-là pensent-ils ? – à remettre les % en perspective et ainsi faire un peu dégonfler le soufflé. Moi, en vieux routier de la carte électorale, je savais que la dame du Chabichou allait devoir se contenter de la pire des places : la 2de. En effet, du côté de la grosse région Midi-Pyrénées, un vieux routier de la politique, Martin Malvy, du haut de ses 74 ans, allait rafler la mise : 67,77% soit 7 points de plus, donc bien plus que l’épaisseur d’un boyau.

AnquetilPoulidor692H500.jpgMais une fois ceci écrit revenons à la réalité des voix :

-         les 67,77% dans le Midi-Pyrénées représentaient 740 430 électeurs sur 1 040 942 suffrages exprimés et 2 038 0033 inscrits.

-         Les 60,61% de celle qui voulait remonter sur Paris représentaient 392 292 électeurs sur 647 202 suffrages exprimés et 1 284 411 inscrits.

-         Le troisième sur le podium avec ses 59,68% est lui aussi un jeune homme de 67 ans : René Souchon en Auvergne soit 305 815 électeurs sur 512 455 exprimés et 994 049 inscrits.

-         à ce petit jeu du poids d’un fauteuil de président ou de présidente les 3 poids lourds sont dans l’ordre : Huchon 1 720 644 électeurs (56,69%), Queyranne 994 372 électeurs (50,76%) et Vauzelle 747 297 électeurs (44,11%). Sur cette base j’aurais bonne mine à crier « Huchon président ! »

-         Ile de France+Rhône-Alpes+Provence-Alpes-Côte d’Azur c’est 14 205 785 inscrits sur un total de 42 434 822 soit un 1/3 du potentiel.

-         Enfin le vieux de chez vieux, le tombeur de Jospin, l’innommé, lui a fait 387 481 voix en PACA et sa progéniture 301 201 voix dans le Nord-Pas-de-Calais...

Il est des soirs d’élections où je rêve de voir René Rémond ressusciter d’entre les morts pour mettre un peu de pertinence dans les commentaires. Mais, comme tout le monde s’en fout, la prochaine fois j’organiserai un banquet de l’Amicale des Bons Vivants... si tant est qu’elle aussi ne soit pas devenue un grand fleuve d’abstentionnistes mon appel du 22 mars L’Appel des Verres : le seul «Mouvement du 22 mars» refondateur s’étant révélé un bide total   http://www.berthomeau.com/article-l-appel-des-verres-le-seul-mouvement-du-22-mars-refondateur-47193159.html et dieu sait qu’il était aussi beau, même bien plus, qu’un discours... mais là je m’égare... je suis un incompris du genre à faire moins de 5% à l’élection au bureau du club des boulistes de la Roche Migennes... mais pour le bien vivre : ne vous abstenez pas, votez pour moi ! Et un petit coup de Résidents de la République pour la route ! 

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21 mars 2010 7 21 /03 /mars /2010 00:05

Au sens de nos régions administratives – celles pour qui nous votons ce jour, du moins ceux qui n’ont pas oublié qu’un bulletin de vote vaut mieux que le bruit des bottes –  fruit d’un pur compactage départemental faisant fi de l’histoire, la réponse est non. Le nouveau Connétable de Bourgogne qui sortira des urnes, et qui ne sort pas de Sciences Po parce qu’il est véto : sacré François – pas le Débonnaire qu’a un faible pour les GCC mais qui commence à mettre son nez dans le Beaujolais – devra jeter un pont en direction de ce Lyon qui, comme le dit, Bernard Pivot a trahi son vieil amour au profit du Côte du Rhône par pure jalousie du temps où « le beaujolais nouveau flambait à Paris ». Mais n’anticipons pas, je prendrai ma plume en temps voulu pour interpeller les fraîchement élus – les Languedociens ne vous marrez pas je n’ai pas écrit frèchement.

Face aux difficultés présentes des vignerons du Beaujolais ma question peut paraître bien dérisoire, anodine. Pas si sûr mes chers lecteurs car il faudra bien, en dépit des débiteurs de ya ka, mobiliser les énergies et des moyens pour accompagner la grande mutation des vignerons du Beaujolais. En effet, il est facile de conseiller la rigueur aux autres, de trier d’une belle main qui se contente d’écrire le bon grain de l’ivraie, de se faire le comptable des fautes des uns et des autres, de dire que les meilleurs s’en sortiront mais à propos qu’elle était la question posé par mon petit gars du Beaujolais ?

Moi je ne suis pas là pour pondre un « nouveau putain de rapport»  mais seulement pour tenter d’aider. Faudrait quand même que certains sortent le nez de leurs verres et aillent trainer leurs guêtres même chez ceux qui se sont contenté de produire du raisin. Ou bien il ne faut pas pleurer sur les vignes arrachées et se contenter de verser des larmes de crocodiles sur la détresse de certains.  Devant le vin y’a des vignes et dans les vignes il y a des hommes. Se colleter à la pâte humaine c’est d’abord l’accepter telle qu’elle est. J’ai déjà « eu fait » dans les salles des fêtes des Aspres ou des Fenouillèdes, dans les mairies de Charente et de Charente-Maritime et croyez-moi, chers confrères, y’avait là une flopée de braves gens qui méritaient mieux que des leçons. Comprendre n’est pas brosser les gens dans le sens du poil mais aller sur leur terrain pour tenter de les convaincre. Quand aux consommateurs ça n’est pas leur problème j’en conviens aisément mais, soyons honnêtes, le % d’entre eux qui nous lit ou attend nos avis étant aussi mince que la taille d’un top-modèle, prendre leur défense prête un peu à sourire. Le gros de la troupe qui pousse son caddie, qui n’intéresse guère les plumitifs du vin, fait ce qu’il peut avec ce qu’il a et il faudra bien un jour s’intéresser d’un peu plus près à lui.

La qualité des commentaires venus de la « base » m’ont convaincu que, même si le chemin que je prenais était ardu, je n’avais pas eu tort de m’y aventurer. Comme je l’ai écrit j’irai à mon rythme et ce matin je vous propose de lire un beau texte qui répond à la question posée en titre de cette chronique dominicale.  Tom-7171.JPG

« Beaujolais ! Le joli nom pour un joli vin. Le vin ravit le palis, le nom flatte l’oreille. Créons pour lui un dicton :

Beaujolais,

Doux à l’oreille, doux au palais.

Le Beaujolais est-il bourguignon ? Nous avons vu soutenir la nécessité de sortir de cette étroite et ingrate prison qu’est une province limitée avec trop de parcimonie. D’ailleurs, pour le Beaujolais, la coutume a fait justice de l’arbitraire qui a réduit l’ancienne Bourgogne à trois départements. Pour avoir la certitude que le Beaujolais est bourguignon, il n’y a qu’à regarder ceux qui le font, Bourguignon de la tête aux pieds.

La contrée est traversée par les Monts du Beaujolais. Ils s’avancent en cap dans la vallée de la Saône, dominent d’avenants paysages et, par les collines du Charolais, se relient au plateau de la Côte d’Or. La surface générale des vignobles présente un vaste plan incliné descendant de petites montagnes dont les flancs s’abaissent vers la Saône. Ce plan est formé de mamelons et de ravins au fond desquels courent des ruisseaux à lits de torrents, bordés d’arbres, de buissons, de grasses prairies. Les vignes fleurissent sur les parties les mieux exposées au midi et à l’est. Elles occupent les plateaux des étages supérieurs des collines mais à mesure qu’on s’élève vers les crêtes de la chaine dominante les vignes deviennent moins continues, les prairies plus nombreuses.

Le beaujolais proprement dit s’applique à l’arrondissement de Villefranche et produit les vins les plus fins. Le Mâconnais vient ensuite, qui s’applique à l’arrondissement de Mâcon.

Le Gamay est, dans le Beaujolais, le cépage des premiers crus. Dans la Côte d’Or, producteur abondant, il abdique toute prétention : il en va autrement dans cette province. Lui apportant tout ce qu’il a de corps et de chaleur, il a fait avec elle un véritable mariage d’inclinaison. Union fut rarement plus féconde ni ne donna, au pays des vins, plus remarquable postérité. Comptez leurs beaux enfants : Moulin-à-Vent, Chénas, Brouilly, Morgon, Juliénas, Fleurie... 

Une bouteille de Fleurie est d’un commerce infiniment agréable. Et l’on a vu, tant il a l’éloquence entraînante, aux repas où il fut servi, les bonnets s’envoler sur les ailes de l’insidieux Moulin à Vent.
 

On entre dans le Beaujolais tout de suite au sortir de Mâcon par Solutré. On laisse, à gauche, le vieux château de Saint-Léger qui domine la route des Allemands – où le souvenir ne s’est pas perdu de ces mercenaires requis par les divers partis, au temps des guerres civiles, et pour lesquels <mâcon, afin de payer leur solde, dut engager sa vaisselle d’argent.

Solutré découpe à l’horizon, où il s’avance en promontoire, son rocher caractéristique. L’histoire lui doit moins peut-être que la préhistoire. Des civilisations successives y ont passé. Elles y ont laissé leur trace, non leur secret.

A quel âge du monde appartenaient les plus lointaines, et lequel de ces peuples y planta la vigne ?

Si Solutré a son cru, Pouilly, du même lieu, a le sien ; mais il a perdu son ancien château dans la querelle des ducs qui a fatigué si horriblement le pays. Pouilly, dont on répète le nom évocateur avec un si grand plaisir, ne serait plus qu’un souvenir a peu près effacé, sans la finesse de ses vins, d’une si franche couleur d’or, d’un fruit si agréable, qui ont été placés dans les premières classes des vins blancs.

C’est à Thorins-Romanèche qu’est le centre des vins fins du Beaujolais. Le vignoble commence au pied de l’antique village dont le nom, Romanèche, est un écho romain. Il s’étend sur les plus larges flancs des coteaux aux rampes adoucies. Au milieu, sur un plateau circulaire, se dresse un moulin. L’étudiant de Gustave Nadaud disait dans la « Lettre à l’étudiante » : « Cela tourne à mourir de rire, on n’a jamais bien su comment.

Celui-ci ne tourne plus. Un jour d’orage, il a même laissé emporter ses ailes inutiles.. Tout rond, drôlement coiffé, avec un cœur dont le tic tac est mort, il est resté planté sur son affleurement de roches granitiques. Il n’y est plus qu’une enseigne : c’est, pour le touriste, le moulin à vent du « Moulin à Vent ».

 

 

Texte de Georges Montorgueil et dessins d’Armand Vallée in Monseigneur le Vin livre Troisième. 1926Tom-7176.JPG

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14 mars 2010 7 14 /03 /mars /2010 00:03

Lorsqu’en 1976, Bernard Auberger, tout nouveau directeur à la Direction des Marchés et des Echange Extérieurs, Inspecteur des Finances, me recrutait pour mon premier emploi comme chargé de mission contractuel, pour selon son expression « insuffler de la réflexion économique » dans sa Direction plutôt plonplon, je le fus en tant que spécialiste des productions animales (ma thèse sur le cochon brassait quelques idées iconoclastes).  Je m’installai dans un minuscule bureau du 2d étage de la rue Barbet de Jouy à quelques pas de celui du directeur. Ma première découverte fut celle de l’importance du chef de bureau premier maillon de la chaîne qui menait jusqu'au Ministre. Tout ou presque lui tombait dessus, les gros et les petits dossiers, les interventions, les notes pour le cabinet, les réunions en tout genre : un vrai soutier. Yves Van Haecke, énarque de 32 ans occupait alors les fonctions de chef du bureau de la Viticulture.

7411.jpgVu mon tropisme pour les poules et les cochons à cette époque nous n’eûmes pas l’occasion de travailler ensemble. Nous nous retrouvâmes en 1983 alors que je venais de rejoindre le cabinet de Michel Rocard pour traiter plus particulièrement le dossier de la viticulture languedocienne dans le cadre des négociations d’élargissement de l’Europe à l’Espagne et au Portugal et que lui, après un détour par la Préfectorale, était revenu à ses premières amours en tant que sous-directeur des productions végétales. Yves, passionné, travailleur infatigable, créatif, m’alimentait à jet continue de notes et de réflexions souvent transcrites de son écriture fine et sinueuse. Nous n’étions pas du même bord politique mais notre collaboration fut toujours sans faille, loyale et franche. Depuis, dans les hauts et les bas de nos vies professionnelles, nous nous ne sommes jamais manqué. Estime et fidélité nous liaient et ce billet dominical je le lui dédie car une maladie foudroyante vient de l’emporter.

Jeudi dernier, à l’église Ste Jeanne d’Arc de Versailles, ce qui m’a frappé et réconforté, dès mon arrivée, c’est que quelques membres de ce que je qualifierais, dans un raccourci rapide, de Confrérie des anciens de la Viticulture, étaient présents : Dominique Defrance, Philippe Balny, Christian d'Ornellas qui furent eux aussi chef du bureau de la Viticulture, Robert Tinlot grande figure de la répression des Fraudes puis de l’OIV, PML l’homme de l’Office des Vins de Table, Jean-Marie Domergue de la DIAA, Jean Moulias chef du service de la Production... Sans vouloir idéaliser une époque révolue, sans entonner l’hymne des regrets du c’était mieux avant, force pourtant est de constater qu’au sein et autour de ce petit bureau de la viticulture de la rue Barbet de Jouy gravitaient des fonctionnaires qui s’impliquaient bien au-delà des dossiers, qui se sentaient partie prenante des problèmes, se colletaient aux hommes du vin, les appréciaient, les respectaient. Jérôme qui les a côtoyés pourrait en témoigner.

Par delà cette évocation de la mémoire d’Yves je voudrais au travers de son parcours rendre un hommage appuyé à tous ceux qui, comme lui, ont consacré leur vie au service de la chose publique. Loin de l’image du haut-fonctionnaire, hautain, lointain, déconnecté des réalités, Yves Van Haecke est toujours resté un type simple, souriant, affable, à l’écoute, ne ménageant pas sa peine, courageux. Ses mandats électifs en témoignent : maire d’Avallon (1995-2001), Conseiller Général de l’Yonne (1992-1998), député de la 2ième circonscription de l’Yonne (1992-97). En ce jour d’élections où certains, sous le fallacieux prétexte du désintérêt de la chose publique, vont s’abstenir, permettez-moi, sans donner de leçon à quiconque, de mettre en avant tout ce qui nous séparait Yves et moi et qui ne nous a jamais empêché de travailler ensemble, de nous apprécier, de nous comprendre et de lier une amitié simple et fidèle. Le bien-vivre ensemble par-delà les différences, les oppositions ou les prises de positions, passe aussi par une démocratie apaisée. Salut à toi Yves homme de bonne volonté.

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7 mars 2010 7 07 /03 /mars /2010 00:04

Ce dimanche matin je vais faire œuvre d’immodestie ce qui, j’en suis persuadé, n’étonnera guère ceux qui n’aimaient rien tant que de me voir moisir dans mon placard. Qui, en dehors du sérail politique, connaissait, avant qu’il fut nommé par le Président de la République 1ier Président de la Cour des Comptes, Didier Migaud ? Pas grand monde en effet avait suivi son impeccable parcours depuis son élection en 1988 comme député de la 4ième circonscription de l’Isère : rapporteur général du budget sous Jospin puis président de la commission des Finances dans la dernière législature. Le type est tout sauf bling-bling, mais sérieux, bosseur, rigoureux, compétent et, comme de le disent ses camarades socialistes qui adorent ce genre de saillies « terne et ennuyeux ».

didier-migaud-un-doigt-leve_1207928615.jpgAlors me direz-vous quel rapport avec moi ? Un seul, si je puis qualifier notre recruteur commun : Louis Mermaz. En effet, lorsque je rejoignais le cabinet du Président socialiste de l’Assemblée Nationale, au début juin 1981, Didier Migaud occupait le poste stratégique de directeur du cabinet du président du Conseil Général de l’Isère Louis Mermaz. Fils d’un notaire de Château-Chinon intime du François de Jarnac, ce jeune homme, il a 4 ans de moins que moi, cultivait la discrétion comme une plante en pot. Loin des ors de Lassay, De part mon goût prononcé pour le terrain je me colletais les dossiers des entreprises iséroises et j’étais souvent en contact avec lui. À l’hôtel de Lassay, mon directeur de cabinet, un énarque flamboyant, cultivait des ambitions électives en Isère et toisait ce pauvre Migaud, si terne, si modeste. L’Histoire a ainsi de ces volées de bois vert : l’autre n’a jamais été ni élu, ni aux cimes publiques et voila Migaud qui se retrouve lui à la tête d’une des plus prestigieuses institutions de la République.

Didier Migaud fut un fabiusien zélé et je suis content de sa référence, dans son interview au Monde où il justifie son acceptation, à Michel Rocard lorsque celui-ci dit que la République à intérêt à fonctionner dans un cadre plus apaisé. Bref, j’en reviens après ce long détour, au fond de mon propos dominical : la compétence. Dans l’imaginaire collectif, la compétence est à droite et le monopole du cœur à gauche. Comme me le faisait remarquer un ancien directeur de la FNSEA au dernier Salon de l’agriculture : « vous aviez deux fois plus à prouver... » En effet, le procès en incompétence fait parti intégrante du discours de ceux qui détiennent le pouvoir économique. Lorsque je dus affronter les charges de certains petits marquis contre le contenu de mon rapport j’eu droit au qualificatif de « haut-fonctionnaire parisien » avec le sous-entendu infâmant « de gauche ». Ça ne m’a jamais ému. Avec mon immodestie naturelle j’ai toujours tracé ma route sans me soucier de tous ceux qui n’avaient jamais mis les mains dans le cambouis. Pour autant suis-je compétent ? Ce n’est pas à moi d’en juger et je regrette que Thierry Jacquillat, l’ancien Directeur-Général du groupe Pernod-Ricard, qui nous a quitté tout récemment, ne puisse répondre à ma place. Fidèle lecteur de ce blog je salue sa mémoire d’Ardéchois discret et fidèle en amitié.entrees-le-21-08.jpg

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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 00:06

C’est un peu comme si le bel Alexandre Stavisky dit Sacha, le 7 janvier 1934, au lieu de se suicider « d’un coup de révolver qui lui a été tiré à bout portant » s’était contenté de changer de nom. Toujours en parodiant le Canard Enchaîné de l’époque qui ironisait « Stavisky s'est suicidé d'une balle tirée à 3 mètres. Voilà ce que c'est que d'avoir le bras long »  je souligne, avec une ironie non feinte, que nos bras longs à nous sont bien plus astucieux car, suite  à leur indigestion de « produits pourris », dont ils s’étaient goinfrés, qui nous a précipité dans une « belle » crise mondiale, eux savent laver leur linge sale dans le grand tambour de la communication institutionnelle : Calyon change de nom nous dit-on sur les écrans de télévision !

Mais qu’est-ce donc ce Calyon ? Ce n’est pas, en dépit de ses « vertus » laxatives, une marque de suppositoires contre la constipation. Calyon est née de la fusion des activités banques de financement et d’investissement du Crédit Agricole et du Crédit Lyonnais après le rachat de cette dernière en 2003. Pour ce dernier, nos banquiers agricoles nous ont déjà fait le coup en masquant la mauvaise réputation du Lyonnais sous 3 initiales LCL, le tout accompagné d’une lourde campagne de promotion du nouveau flacon à la télévision. Comme la posologie semble s’être révélée payante, nos gars du boulevard Pasteur repassent les plats : Calyon sera rebaptisé Crédit Agricole Corporate Investment Bank, ou Crédit Agricole CIB pour les intimes.

Pour lancer l’opération y s’offrent les services d’un vieil écossais - normal après la cigale c'est la fourmi - qui porte beau : l’ex James Bond Sean Connery. Sans changer la nature de la cérémonie, si je puis m’exprimer ainsi, ils habillent la nouvelle mariée d’une robe du plus bel effet :«Ce changement de marque, 18 mois après la mise en place de notre nouvelle stratégie au service des besoins de nos clients et de l’économie réelle, est une nouvelle étape importante dans notre développement. Il confirme l’ambition du groupe Crédit Agricole dans la banque de financement et d’investissement : celle d’un engagement partenarial aux côtés de nos clients - grandes entreprises et institutions financières - pour contribuer à la réalisation de leurs projets, en France comme à l’international» a déclaré Patrick Valroff, directeur général de Crédit Agricole Corporate and Investment Bank.
C’est’ y pas beau ça mes amis ! Un peu de paille dans les sabots avec l’agricole crédit plus une grosse couche qui sonne Wall Street : Corporate and Investment Bank, ça pose son homme vous ne trouvez pas ? Alors que le Salon de l'agriculture ouvre ses portes je trouve cela fort goûteux pour les agriculteurs.

Avant que les hommes du terroir de la rue de la Boétie se payent la Caisse Nationale,  au temps du couple Barsalou-Douroux, il était de bon ton, pour bien vanter l’enracinement du groupe Crédit Agricole dans son terroir, de vanner le pauvre Crédit Lyonnais en se gaussant de son patronyme le rattachant à la capitale des Gaules.
Sans ironiser plus que de raison la question pourrait aussi se poser pour la Banque Verte : agricole vous avez dit agricole ? Sa frilosité dans notre beau secteur m’a toujours étonné. Sans doute peut-on y voir les séquelles d’aventures passées pas très bien maîtrisées mais tout de même, en dehors de quelques bricoles dans le portefeuille de l’IDIA, ce n’est pas la joie et c’est vraiment petit bras. Trop risqué, manque de rentabilité, absence de stratégie, l’agricole crédit ne risque pas l’ivresse à notre endroit. Mais je suis sûr qu’avec Crédit Agricole Corporate Investment Bank tout va changer dans le style Beigbeder fait son blé en Ukraine ! Le Crédit Agricole ne serait-il plus qu'une marque déclinable à tout vent en fonction de l'air du temps ?

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