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19 juin 2010 6 19 /06 /juin /2010 00:09

C’eut été du Mumm « Cordon Vert » ! Gag ? Non voir l’image ci-dessous. Le 12 juillet 1998 restera le jour de notre unique étoile. Aimé Jacquet, contre vents et marées, tirait parti des forces et faiblesses de ses joueurs, des egos des uns et de l’altruisme d’autres, pour constituer une équipe. Le football est un sport collectif et, même si la victoire fut belle, les matches de qualification ne furent pas tous, loin s’en faut, des emblèmes de beau jeu.  Genou-6799.JPG

Le collectif, un mot un peu abimé par le collectivisme niveleur, est une force lorsque la somme des individualités est supérieure à leur stricte addition. Dans un collectif soudé l’individualité talentueuse s’épanouit plus encore au contact du joueur de devoir et le joueur ordinaire se transcende. Au-delà des tactiques, des consignes, du tableau noir, dans cette alchimie le rôle de l’entraineur est bien de transfuser à ses individualités cet altruisme qui mène aux plus belles victoires.

 

Dans le football français dans les années 60 qui suivirent la fameuse Coupe du Monde de 1958 où la France de Kopa et de Fontaine se classa 3ième un drôle de bonhomme chauve, discret, un émigré espagnol, José Arribas, tira le FC Nantes de la 2de Division en 62-63 pour conquérir en 64-65 le titre de « champion de France » avec une équipe « sans vedettes » selon des principes nouveaux.  Genou-8027.JPG

« Faire confiance aux hommes, provoquer une crise de conscience chez tous ceux qui ont accepté de le suivre, telle est la ligne de conduite de José Arribas. Pour lui, l’esprit collectif prime tout. Il n’admet pas qu’un joueur puisse profiter du travail des autres, à son seul avantage.

José est bien placé pour savoir qu’un être isolé éprouve des difficultés à survivre. L’expérience des Halles de Bordeaux est constamment présente à sa mémoire : sans le soutien des « forts », il n’aurait pu franchir la plus noire période de son histoire.

Parce qu’il a vu la force l’emporter sur la loi, dans son propre pays* il exige le strict respect des règlements sur le terrain. Arribas est l’ennemi de la brutalité, du football purement physique. Le mouvement doit se fonder sur l’intelligence. »

François Cavil dans L’Évènement  mensuel d’Emmanuel d’Astier N°2 1966

 

  • José Arribas est né à Bilbao en janvier 1921. Le père de José prend les armes contre les franquistes. Après la défaite sa famille émigre dans le Sud-Ouest. À 16 ans il travaille aux Halles de Bordeaux et ce sont les « forts » qui lui apprennent le français. Lorsque les allemands occupent la France il devient un clandestin. Honnête footballeur il joue dans des petits clubs puis devient »entraîneur-joueur : « contremaître » du football à Noyen-sur-Sarthe 2000 habitants. Il conduit cette modeste équipe jusqu’à la Division d’Honneur. Il postule pour le FC Nantes. Les dirigeants le choisissent. En 3 ans avec un savant dosage de jeunes et de vieux briscards : André Strappe, Pancho Gonzales et André Guillot il hisse le club en 1ière Division. La belle aventure du FC Nantes commençait.  Nantes.jpg

Je l’ai suivi avec amour et passion. Je n’ai jamais eu l’âme d’un supporter, j’aime le jeu, l’intelligence du jeu, la joie de la victoire, l’acceptation sportive de la défaite. Gondet, Budzinsky, Simon, Suaudeau n’étaient pas des stars mais d’excellents joueurs au service d’un collectif. Reste le grand Max Bossis : si vous avez un peu de temps je vous conseille de lire la chronique que je lui avais consacrée en novembre 2005 « Le Grand Max » http://www.berthomeau.com/article-1154159.html Elle est courte et elle a le mérite d’aborder le sujet du jour.

 

Je n’ai pas regardé, hormis un beau match de l’Allemagne, les « prestations » de l’équipe de France. Je n’ai guère de sympathie pour Raymond Domenech mais dans cette affaire il n’est que l’expression la plus affirmée d’une absence d’ambition collective de ses joueurs et des dirigeants du football français. Pour ces derniers, les traiter de petits boutiquiers ce serait insulter le petite commerce. Ils ne sont qu’insignifiance et vacuité. Quand aux joueurs le qualificatif de « lopettes » me semblent le plus approprié. Jouer semble étranger à leur vocabulaire. Pour le Raymond, tirer sur un corbillard n’est pas dans ma culture alors, puisque la retraite est à l’ordre du jour, je lui en souhaite une pleine de regrets éternels et plein de petits Ribéry...

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16 juin 2010 3 16 /06 /juin /2010 00:09

Pour un tout petit blasphème j’ai failli, tel la Jeanne de Domremy, finir sur un bûcher. La Sainte Inquisition d’Aragon&Castille me clouait au pilori pour que l’honneur du Grenache et de l’English réunis soit sauf. À peine avais-je eu le temps de reprendre mes esprits, de faire résipiscence, que je lisais sous la plume du natif d’un des 3 évêchés de l’Est au temps du Saint Empire Germanique un outrage d’une toute autre portée : les Châteauneuf-du-Pape goûtés par lui, hormis le Rayas, ne seraient que des « vins de chasseurs ». De plus, l’homme à la barbe fleurie, emporté par sa provocation osait compresser cette illustre appellation en un CNDP fleurant bon un quelconque comité. J’en fus, vous le comprendrez, totalement bouleversifié.  tartarin_de_tarascon02.jpg

Certains m’objecteront que cette qualification n’a rien d’outrageante, les chasseurs étant, en règle générale, des gens forts honorables. Bien sûr il y a des viandards, des je tire sur tout ce qui bouge, mais sans aller jusqu’à la caricature type Tartarin de Tarascon je ne suis pas certain que dans la bouche de François le Débonnaire cette appellation non contrôlée générique puisse être assimilée à un compliment. Mais alors, qu’est-ce donc un vin de chasseurs ? N’étant moi-même ni chasseur, ni très intéressé à la chose cynégétique je vous confesse ma totale incompétence pour amener des éléments de réponse à cette angoissante question. Reste à ce que vous, vous vous y colliez pour nous éclairer. Dans le lot de mes lecteurs y doit bien y avoir quelques chasseurs. Attention, mon appel n’est pas le signal de l’ouverture de la chasse au François. Ici, seul le ball-trap est admis, vous pouvez lui voler dans les plumes mais avec courtoisie.

 

Je pourrais en rester-là sur les « chasseurs » chers à François le Débonnaire mais ce serait de ma part pure hypocrisie car en effet, dans ma vie professionnelle, par deux fois j’ai eu à l’occasion de « croiser » des chasseurs d’en haut. Ceux du bas, je les ai aussi fréquentés lorsque je chalutais du côté du Marais Vernier mais je ne suis pas sûr qu’ils fussent de grands amateurs de CNDP lui préférant le petit jaune avec des glaçons.

 

Au 78 rue de Varenne, avec l’ONF, nous gérions des « chasses » à Chambord, Rambouillet et Auberive en Haute-Marne. Les ministres y invitaient de fines gâchettes ou de supposées telles. La chasse étant, en l’occurrence, un haut lieu de ce que l’on qualifie « d’influence ». Mon Ministre se tamponnait des chasses, je devais donc opérer en ses lieux et place le choix des invités. Hormis quelques habitués : Charasse, Souchon, Guy Ligier j’avais tout le loisir de puiser dans le vivier de nos obligés qui se bousculaient au portillon. Dans le lot un beau paquet de gens du vin, des Bordelais entre autres François mais, même sous la torture, je ne parlerai pas. De vrais chasseurs, des fines gueules et des grands amateurs : alors vin de chasseurs ?

 

Sorti des ors de la République un jour je fus chassé par un cabinet de chasseurs de têtes de la rue de la Paix pour le compte d’un « gros machin » (sans rapport avec le secteur du Vin sauf à l’occasion de la vinification) Je consultai donc le profil du poste et, à ma grande stupéfaction, je découvris que parmi les compétences requises pour le poste y figurait : la chasse. Ces messieurs avaient omis bien sûr la capacité à bien se tenir à de grandes tables tant pour le solide que pour le liquide. N’ayant pas donné suite je ne puis me prononcer sur les qualités de ces messieurs à la chasse comme à la table : alors vin de chasseurs ?

 

Pour que tu en prennes bonne note, cher François, sache que le domaine de l’ami Alain Jaume c’est « Le Grand Veneur » sans doute pour être vraiment pile poils dans ton cœur de cible.   les-20origines_1.jpg

Enfin, j’ose espérer que sur le bord du lac de Garde, à la Villa d’Este, une grande dégustation  de « Vins de Pêcheurs à la Mouche » sera organisée par nos amis vignerons suisses ?

 

J’oubliais, comme j’ai un faible pour une « chasseresse » je puis témoigner de son inclinaison, non pour le CNDP, mais pour le Banyuls, le Porto et autres douceurs dois-je en conclure que sont des « Vins de Chasseresses »

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14 juin 2010 1 14 /06 /juin /2010 00:09

Oui j'ose ! L'amour du vin et l'amour tout court s'enlacent en des lieux mystérieux, insolites et merveilleux. Ça ne s’invente pas, à deux pas de la rue des Martyrs, en notre ville capitale, est sis l’Hôtel Amour. Comme le note Stéphanie Dreuillet dans son opus « Hôtels Insolites » chez Jonglez : « l’hôtel Amour est devenu le lieu de rendez-vous du quartier. Ne cherchez pas le comptoir de la réception de l’hôtel, le concierge ou le bagagiste, il n’y en a pas. Il n’y a d’ailleurs pas non plus d’entrée pour l’hôtel : il faut passer par le restaurant, et un escalier caché derrière une porte permet de monter dans les chambres... » L’auteur, au détour d’une phrase, lâche que les chambres peuvent aussi être louées pour quelques heures ce que, souligne-t-elle, « certains habitants du quartier trouvent évidemment très utile... » Et pourquoi nos ami(e)s provinciaux, grands œnophiles qui montent à Paris n’y trouveraient-ils pas, eux-aussi, une grande utilité ? » www.hotelamourparis.fr.

Rien là de très insolite, rien qu’une modernisation du 5 à 7 me feront remarquer, du bout des lèvres, ceux qui disent qu’ils ne pratiquent pas. N’étant pas riverain je n’ai pas testé le lieu et je dois avouer que c’est plutôt lorsque mes pas me portent jusqu’au fond de nos beaux terroirs que tous mes sens s’éveillent et réclament de l’extraordinaire. Alors, comme je ne prise guère l’oenotourisme, je vais lancer quelques idées pour allier l’amour et le vin, en des lieux qui vous rapprochent du 7ième Ciel.

Au temps où je sévissais au 78 rue de Varenne, pour faire bisquer mes très chers collègues du Génie Rural, grands érecteurs de ces « magnifiques » châteaux d’eau qui obstruent nos paysages bucoliques tels des champignons bubons de béton, je leur présentais une supplique : « et si vous m’aménagiez une chambre tout au sommet ce serait faire la preuve de leur utilité... » Prendre de la hauteur, « dormir » dans les arbres – c’est devenu aujourd’hui presqu’aussi commun que de dormir dans Formule 1 – faire chambre à part, goûter l’ivresse de lieux à nul autres pareils, se dire que la nuit est aussi faite pour dormir, relève de la seule hygiène de vie qui vaille.

Alors, pour vous plaire, donner des idées à mes amis vignerons : une belle bouteille en cadeau d’accueil dans la chambre, j’extrais du livre précédemment cité les 3 lieux qui ont inspiré mon titre.

 

Le Phare de Kerbel www.pharedekerbel.com   photo-633305958333906250-1.jpg

« C’est en lisant la rubrique des ventes aux enchères de Ouest-France que Daniel eut la curiosité de visiter le phare de Kerbel. En arrivant à son sommet, il est tombé amoureux de la vue, et l’a acheté.

Contrairement à la plupart des phares traditionnels, ici, on ne dort pas en bas, dans la maison du gardien, mais à 25 mètres de haut, après avoir gravi 123 marches. La vue à 360°, grâce à de grandes baies vitrées, est extraordinaire et donne sur Groix, Lorient, la Baie de Quiberon. »

 

La Villa Cheminée www.uncoinchezsoi.com  Genou-7978.JPG

« La Villa cheminée est un extraordinaire projet artistique réalisé par le japonais Tatzu Nishi pour la manifestation Estuaire 2009 Nantes-Saint-Nazaire. L’œuvre d’art est finalement restée pérenne et il est possible d’y dormir...

L’artiste a ainsi installé un pavillon typique des années 70 en haut de ce qui ressemble nettement à une cheminée d’usine (il s’est inspiré du château de Fer, la plus grande centrale thermique à flammes de France).

Située sur la pointe de l’Ile de la Nation, la villa a une vue imprenable sur l’estuaire de la Loire et le Sillon de Bretagne.

Le pavillon comprend au rez-de-chaussée une cuisine équipée ainsi qu’une salle de bains. À l’étage, une chambre avec un lit double.

Un étonnant petit jardin prend place autour de la maison. »

 

Demeure de la Vignole www.demeure-vignole.com  Genou-7973.JPG

« Installée dans un ancien village troglodytique du XIIe siècle, la Demeure de Vignole (XVIIIe siècle) possède une très belle chambre troglodytique à deux étages entièrement creusée dans la roche mais aussi et surtout (c’est moins fréquent) une remarquable piscine chauffée totalement troglodytique : creusée dans la roche, elle est illuminée par une lumière douce dont la couleur change grâce à un jeu d’éclairage judicieux.

À côté de la piscine, une ancienne salle d’extraction de la pierre de tuffeau qui servit ensuite de salle de pressoir du raisin a été transformée en salle de fitness. »

 

Le bonus : Le Chai de la Paleine www.paleine.fr « Ambiance viticole et conviviale dans ce petit hôtel installé dans une belle propriété. L’intérêt principal du lieu est de prendre son petit-déjeuner dans les foudres »

 

Voilà très chers lecteurs alors il ne vous reste plus que 2 choses à faire :

 

1° acheter le livre de Stéphanie Dreuillet  « Hôtels Insolites » chez Jonglez 15,90€ c’est une mine ;

2° mettre de belles bouteilles dans les chambres insolites ! Allez les gars et les filles de la Loire, et d’ailleurs : du Muscadet à la Touraine en passant par l’Anjou et tout et tout allez au devant des amoureux. Contribuez à leur élévation jusqu’au 7ième Ciel...

 

 

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13 juin 2010 7 13 /06 /juin /2010 00:09

Cher monsieur Perrin,

 

Alors que les mots volaient – je me garderai bien d’oser écrire à quelle hauteur – votre lettre pleine d’humour et d’élégance m’a empli du même plaisir que si j’eus partagé avec vous, autour d’une table nappée de blanc, un de ces Grands Grenache que vous avez célébrés sans pour autant les canoniser.

Permettez-moi de vous citer. « Cher monsieur Berthomeau : vous ne vous êtes pas rendu à la messe, et ce n’est pas faute d’y avoir été convoqué (on l’aura compris !) Et si vous nous parliez un peu du grenache que vous aimez, de la volupté, des transes qu’il procure, surtout dans la compagnie de « gentes damoiselles papillonnant autour de beaux verres emplis du nectar du cépage susdit. » ?

Cela à coup sûr nous divertirait, car d’avoir passé tout le week-end dans ces sphères célestes, en compagnie des hautes huiles, parlant plus que buvant, réfléchissant dans une langue étrangère, a peut-être modifié insidieusement notre perspective,  nous (toutes celles et ceux qui ont participé à ce conclave) éloignant de ces nobles » jouissances, entre amour et ironie légère, qu’on sait si bien cultiver dans « notre » douce France, en bonne compagnie. »

Vous comprendrez aisément, cher monsieur Perrin, que je me soumettrai de bonne grâce à votre demande de transcrire  la volupté, les transes que me procurera le goût d’un grand Grenache. Cependant vous devrez patienter car, pour ce faire, il faudra que je transporte mon irritante personne jusque Châteauneuf-du-Pape où je compte de nombreux amis, et sans doute aussi un paquet de détracteurs. Quand, comme moi, en ce beau village, on a fait le médiateur entre deux factions irréductibles, il est difficile de plaire à tout le monde. Ce transport se situera à la fin du présent mois et, si mes neurones veulent bien se connecter avec mes papilles je ne manquerai pas d’immortaliser mes transports.

Dans l’attente de la relation écrite de ce divertissement, permettez-moi cher monsieur Perrin de vous faire suivre un courrier que j’avais jeté, telle une bouteille à la mer, à « L'inoubliée et l'indomptée : Dominique Sanda et Mouglalis Anna » le 12 avril 2008. Je le fais dans le but avoué de me laver de « l’odieuse insinuation » de n’être qu’un homme à femmes alors que je m’honore d’être un homme qui les aime, qui aime leur compagnie pour cultiver avec elles l’art de la conversation, et plus si affinités. Goûter le vin, le boire, ne fait qu’ajouter en cette circonstance quelques degrés, à la volupté du plaisir partagé.

Au plaisir de vous revoir cher monsieur Perrin pour que vous contribuiez à mon éducation de goûteur et en vous remerciant encore de supporter la lecture de mes lignes. Avec mon meilleur souvenir.

Jacques Berthomeau  

 

Chère vous,



L'inoubliée et l'indomptée, l'une pourrait-être ma compagne et la seconde ma fille, mais la première vit en Patagonie avec l'homme de sa vie et vous, Anna, qui venez d'être mère, au a minuscule près, vous portez le même prénom que celui de la mère de mes petits enfants Martin et Zoé.

 

Vous faites toutes les deux les actrices. Dominique avoue : « j'ignorais mon souhait d'être actrice quand Robert Bresson m'a appelée pour être Une femme douce après m'avoir vu dans Vogue. » Ce que vous, « la trop belle » Anna, au dire de Brian de Palma, confirmez : « c'est le hasard qui vous mène dans ce métier ». 

 

Anne-Cécile, ma fille, elle aussi est tombée dans le cinéma par hasard, celui d'une rencontre, et la voilà avec son mari, productrice : Mille et Une Productions, avec comme fleuron le dérangeant Cauchemar de Darwin. Pour la petite histoire – la grande avec un grand H n'a pas de chair –  j'ai dîné, lors d'un festival d'Avoriaz, face à vous Dominique, alors que vous Anna je n'ai jamais eu le plaisir de vous croiser alors que vous chevauchiez votre scooter et moi, mon vélo.


Comme le cinéma « était une rupture avec sa famille » changer de nom, pour Dominique, était « naturel », alors « Sanda est venu tout de suite. Je voulais être DS, et avoir un nom doux, qui sonne comme une note de
musique. » Le votre, Anna, on se prend les pieds dedans facilement, et pourtant vous n'en avez point changé, ce qui ne m'étonne pas de votre part car, en dépit de votre sourire « à faire craquer un blindage de sept pouces »votre tempérament ne vous incline guère aux concessions, alors va pour Mouglalis et ceux que ça dérange n'auront qu'à prendre des cours de diction au Conservatoire. Très vite, l'une comme l'autre, la notoriété vous est tombée dessus très vite ; pour Dominique ce succès lui était « quasiment insupportable » alors que vous, « l'éperdue de beauté brute », acceptez de devenir l'égérie de Chanel et de vous faire couvrir de fleurs par l'envahissant Lagerfeld.



« Par définition, les actrices projettent des images qui ne sont pas elles... » se défend Dominique Sanda mais, pour vous deux, par delà votre jeu, hors de nos phantasmes masculins ou de notre imaginaire, ce qui m'émeut, me trouble, c'est qu'au-delà des personnages que vous incarnez sur l'écran vous me semblez, comme le dit si bien Dominique, n'aimer que les gens qui savent « exister en apesanteur » car vous-même êtes des éthers, impalpables, insaisissables, à la fois grisantes et froides. Assonances et dissonances, intellectuelles et charnelles, fiévreuses et tragiques, silencieuses et lointaines, pour moi vous vivez pleinement, sans trop de concessions, parce que «  la vie à cette saveur qui fait qu'on n'a pas envie de la perdre. »

 

 Entre la Dominique Sanda du Jardin des Fizzi Contini et l'Anna de Merci pour le chocolat se tisse le même lien d'éternelle jeunesse, privilège unique du cinéma. Entre l'inoubliée et l'indomptée, par-delà vos différences, se dresse la même solitude altière qui me plaît.


C'est le privilège de  mon âge que de pouvoir garder, et la fraîcheur de ses souvenirs, et la fougue d'un vieux jeune homme adepte de la diagonale du ouf, alchimie merveilleuse, loin des embûches de l'amour, de ses toujours, pure esthétique me permettant de vous écrire, en toute liberté, en toute sincérité ces quelques mots que, sans doute, jamais vous ne lirez chère Dominique, chère Anna.


En ces temps où tout s'achète et tout se vend, mon acte gratuit me donne le doux privilège de pouvoir vous embrasser avec volupté très chères vous, si proches et si lointaines.


Jacques

 

 

Réponse datée du 14 août 2008 :

« Jacques, ce que vous dites est très gentil et m'a intéressé, je dois pourtant par là même vous corriger une petite inexactitude. Là où vous dites "ces quelques mots que, sans doute, jamais vous ne lirez" vous auriez dû écrire: "que vous lirez peut-être". Surpris? D.S. »

 

Si ça vous dit vous pouvez lire aussi deux autres chroniques :

Cadeau de Noël : « Le Jardin des Finzi-Contini »

«Eperdue de beauté brute»

http://www.berthomeau.com/article-13760933.html http://www.berthomeau.com/article-6848881.html

 

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12 juin 2010 6 12 /06 /juin /2010 00:09

Selon une jurisprudence bien établie ici : je plaisante bien sûr. L’art de la Préface est un art difficile. Celle de Jean-Paul Kauffmann au livre de Maurice Constantin-Weyer : « L’âme du vin » - écrit en 1932 – est un modèle du genre car l’auteur répond à la question « le vin a-t-il une âme » avec la pertinence et le talent qu’on lui connaît (pour la lire ou relire http://www.berthomeau.com/article-30924388.html ). Que du bonheur ! Mais au regard de ce bijou, combien de préfaces besogneuses, pompeuses, où le préfacier n’a de cesse de se mettre en avant pour démontrer son apport inestimable en ces quelques lignes précédant l’ouvrage. Dans ma vie de nègre ministériel j’ai commis des préfaces qui, par bonheur, étaient signées par mon commanditaire.  

Alors pourquoi diable ce titre racoleur ? Tout simplement parce que les deux auteurs ont eu la bonne idée de frapper à la bonne porte pour faire préfacer leur ouvrage. Ils se sont adressés à Hugh Johnson, une référence. Alors, lorsqu’Éric Bernardin écrit sur son blog « à boire et à manger » que la réponse positive d’Hugh Johnson est « un grand bonheur qui vous fait oublier le reste » comme je le comprends. Je le comprends et je le remercie car il me tire une belle épine du pied. Rassurez-vous, à aucun moment les auteurs ne m’ont sollicité pour commettre une préface. En revanche, ça ne leur aurait pas fait déplaisir que je consacrasse une petite chronique à leur livre. Mon problème c’est que nos deux larrons au travers de leur blog : « Une aventure médocaine : le making off de Crus Classés du Médoc »  http://livremedoc.canalblog.com  asséchaient mon inspiration. Donc j’essorais vainement mes méninges en pure perte : je restais sec tel un Michel Onfray s’escrimant à pondre une Préface pour les œuvres complètes de Pierre Desproges.

 

 Il se peut que vous ne me suiviez pas sur le chemin tortueux que j’emprunte ce matin comme à mon ordinaire. Pourtant c’est lumineux : Hugh Johnson m’a sauvé d’une complète déréliction, d’un désastre honteux, en offrant une belle préface au livre d’Éric Bernardin et Pierre Le Hong. Ainsi, comme je suis un grand fainéant, je vais pouvoir vous vanter leur ouvrage par l’entremise d’une grande plume érudite. Et oui, vous m’avez compris, afin de vous épargner une chronique besogneuse voici le beau texte d’Hugh Johnson.  53853923_p.jpg  

« J'ai le sentiment d'avoir assisté à la naissance progressive de ce livre au fil des cinquante dernières années de ma vie.  

 

Peut-être connaissez-vous l'Atlas de la France vinicole, projet lancé durant la Seconde Guerre mondiale par Louis Larmat, un éditeur parisien consistant à cartographier les toutes nouvelles Appellations d'Origine Contrôlée. Il m'avait inspiré pour mon Atlas mondial du vin, écrit en 1970. J'y avais ajouté le dessin d'un chai en coupe (le cru bourgeois château Malescasse) pour expliquer aux lecteurs son organisation et son fonctionnement. À cette époque, je trouvais ce concept pour le moins révolutionnaire.

  

Dans les années 1970, l'auteur néerlandais Hubrecht Duijker produisit une série de livres illustrés avec les photos des domaines viticoles et de leurs propriétaires, complétées par des cartes. Petit à petit, l'idée d'associer dessins didactiques, cartes et photographies pour une présentation exhaustive d'un domaine a fait son chemin dans de nombreuses publications. Pour aboutir aujourd'hui à sa plus belle expression dans ce livre d'Éric Bernardin et Pierre Le Hong.

   

En combinant le récit de leurs recherches, les informations techniques fournies par les châteaux et les photographies des lieux et des personnes qui y travaillent, ils entraînent le lecteur dans une visite virtuelle de chaque domaine. Ils publient également – je pense pour la première fois – la localisation et la nature géologique précises de chaque parcelle contribuant à produire le vin d'un château. En d'autres termes, la définition physique de chaque terroir.

  

C'est quelque chose que j'ai tenté de faire il y a 40 ans pour mon Atlas des vins, mais j'avais rencontré alors une réticence des propriétaires à me livrer ces détails. Après des années de lutte avec les plans cadastraux dans les mairies médocaines, j'ai finalement abandonné l'idée de collecter ces informations. Ici, dans cet ouvrage remarquable, tout le monde peut enfin y avoir accès. En vérité, il est difficile de trouver des questions techniques qui ne sont pas abordées dans ce livre.

   

Dans un chapitre consacré à l'un des châteaux, les auteurs racontent la conversation téléphonique longue distance entre un journaliste étranger et le propriétaire, le premier lui posant sans cesse de nouvelles questions à propos du dernier millésime. Ce dernier, gagné par la lassitude, finit par lui répondre : « Vous êtes bienvenu au domaine pour venir le déguster par vous-même. » Ce qui est naturellement l'essentiel. Peut-être ce livre soulagera les propriétaires de ce genre de conversation jusqu'au milieu de la nuit. Car c'est la meilleure visite virtuelle du Médoc que vous ne pourrez jamais trouver. Laissant à la dive bouteille sa part de splendeur et – Dieu merci – de mystère.

 

Ce que vous devez comprendre du Médoc (et de Bordeaux en général), c'est que ses vins sont surtout des interprétations personnelles d'une certaine tradition (une recette, si vous voulez) ; ils le doivent peu à la nature. Un cru de la Côte d'Or peut être considéré comme une expression quasi prévisible d'un cépage en un lieu déterminé. Ce n'est pas le cas du Médoc. Les Crus Classés possèdent les meilleurs terroirs d'une région déjà privilégiée, dont ils font leur propre interprétation : les vins qui en résultent sont faciles à reconnaître, mais difficiles à décrire et encore plus à comprendre. Vous ne trouverez pas de meilleure tentative de réponse que ce livre qui est entre vos mains. » 

 

53854185_p.jpgAprès une telle lecture vous savez ce qui vous reste à faire pour avoir entre les mains le livre d'Éric Bernardin et de Pierre Le Hong « Crus Classés du Médoc » : l’acheter mais vous devrez patienter encore quelques mois (74 jours je crois) car nos auteurs font durer le suspens. Pour connaître le jour précis allez consulter la petite pendule, tout au bas de leur blog http://livremedoc.canalblog.com qui égrène « les days, les hours, minutes, seconds... » qui restent avant la parution. Voilà, j’en ai terminé de mon labeur matinal qui, je le concède à ceux qui « m’adorent », ne m’a trop coûté d’énergie neuronale mais, en l’espèce, mon seul but étant de vous donner envie de lire l’ouvrage préfacé je n’ai fait qu’appliquer ma nouvelle devise : « on n’est jamais mieux servi que par les autres » surtout en l’espèce où l’autre est Monsieur Hugh Johnson, une référence que j’aurais bien du mal à assumer de ma petite plume badine

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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11 juin 2010 5 11 /06 /juin /2010 00:09

Pourquoi des mots assemblés en des phrases qui, avec plus ou moins de bonheur, se parent d’une ironie légère, d’impertinence, de facilité, sont-ils reçus, par certains, en l’occurrence : un, comme des outrages me valant une cinglante réponse alignant comme des saucisses des mots relevant de la volonté de me renvoyer à ma face cachée, le côté obscur de la Force ? Écrire, comme je le fis vendredi dernier à propos de ma non-présence au 1ier Symposium du Grenache « Pourquoi n’y suis-je pas allé me direz-vous ? La réponse est simple : qu’irait faire un mécréant de mon espèce en ce Conclave de hautes huiles ? S’emmerder ! Oui, j’avoue mon incorrection totale : je préfère le samedi et le dimanche, surtout maintenant que le soleil est de retour, la compagnie de gentes damoiselles papillonnant autour de beaux verres emplis du nectar du cépage susdit. Bien évidemment, j’ai le plus grand respect pour les messes chantées avec surplis amidonnés mais que pourrais-je extraire des minutes de ce Symposium qui puisse vous passionner ? À mon avis rien car je n’y comprendrais goutte. » relevait-il de l’outrage aux organisateurs ou aux participants ?

Je laisse, à chacun sur cet « Espace de liberté » le soin de se forger une opinion et non de prendre parti pour ou contre, de délivrer une sentence. Pour ma part, je trouve que je ne faisais qu’exprimer non une opinion sur le fond du Symposium, ni sur son utilité, sa pertinence, mais mon peu de goût personnel d’aller consacrer du temps à ce type de manifestation. Nulle volonté de nuire de ma part, simple expression de ma manière d’être qui, je le concède, ne peut que déplaire à certains. Oui, je le confesse, je ne suis pas 100% vin, ma vie n’est pas dédiée qu’au vin. J’y consacre beaucoup de temps et comme je l’ai déjà dit et écrit : je mène une double vie. Que de « grands vignerons et de grands journalistes anglo-saxons mais aussi de toute l'Europe ou des pays émergeants...» le fassent, y trouvent leur miel, je n’ai strictement rien à redire. Bien au contraire je trouve ça bien puisque l’objectif en était de promouvoir un cépage pour qu’il ne soit pas kidnappé par « les Rhône rangers ou les hospices du Rhône en Californie »

Qu’on me traitât de tous les noms ne me dérange pas, je n’ai pas l’épiderme fragile mais ce que je ne peux admettre c’est le procédé « stalinien » qui consiste à faire accroire que ma bêtise crasse m’avait conduit à écrire « si c'est en anglais, j'y vais pas » Jamais au grand jamais je n’ai proféré une telle insanité. Qu’écrivais-je ? « Que dans les actes du commerce la langue véhicule fut l’anglais je l’admets mais là, dans une concélébration en terre Avignonnaise, j’aurais apprécié que le programme fusse au moins rédigé dans notre belle langue » Point c’est tout mais c’était trop car « on n’attrape pas les mouches avec du vinaigre ». J’en conviens. Pour mieux préciser ma nébuleuse pensée je commets lundi un papier où j’écris « La langue des colloques : pour moi celle qui doit être utilisée est celle dans laquelle les intervenants conceptualisent le mieux, rien n’est plus désagréable que d’entendre un sabir mal maîtrisé, du baragouinage besogneux ou pire la lecture d’un papier avec un accent à faire frémir le plus bienveillant des bienveillants. Je suis profondément admiratif à l’égard de certains de nos amis étrangers qui pratiquent un français de haute tenue. Chapeau bas ! Pour le questionnement même jurisprudence, ça évite bien des incompréhensions et l’utilisation de faux-amis. ». Je n’ai donc, à aucun moment, plaidé pour l’usage exclusif du français. Alors, pour moi tout ça relève de l’incapacité à assumer une lecture approximative et surtout à la volonté de se poser en victime d’un gougnafier sans foi, ni loi et bien sûr sans éthique professionnelle.

Je suis toujours prêt à reconnaître mes torts, mes outrances, et même tout à fait disposé à présenter des excuses si j’ai froissé les organisateurs mais, en juriste que je suis, je demande le parallélisme des formes. En effet, lorsque je suis accusé de  « manipulation de l'information en citant un bout de texte sorti du contexte » à propos de l’introduction en français de Michel Bettane alors que j’ai cité celle-ci dans son intégralité, dans le contexte : c’est-à-dire tel qu’elle était présentée sur le site, je trouve que ce type de procédé date d’une autre époque.

Pour terminer cette chronique, sans me justifier, car je n’ai pas à le faire, lorsque j’écris « que je suis un homme qui aime les femmes », que j’adore leur compagnie c’est pour plein de raisons qui n’ont rien à voir ni avec leurs petites culottes, ni leur côté de soi-disant « ravissante idiote » (je faisais bien sûr allusion à ma pomme lorsque j’écrivais lundi « C’est très agréable d’être idiot en référence à une « Ravissante idiote » bien sûr). S’ériger en défenseur du QI des femmes afin de les préserver de mes désirs de prédateur me fait sourire. Nous conversons de tout, nous papotons sur tout et rien, nous rions pour des riens, nous buvons aussi, et je dois avouer qu’elles présentent un énorme avantage sur la gente masculine : rares sont celles qui se prennent au sérieux et elles n’envoient pas dire ce qu’elles ont envie de dire. C’est bon pour tout : l’ego, les chevilles, la susceptibilité...

Mes mots n’ont rien d’assassins ou de meurtriers, je les assume, et je permet de dire à ceux qui s’offusquent de la vivacité du débat, qui se disent navrés, que, même si je préfère les échanges à fleuret moucheté, un échange au ton vif vaut toujours mieux que pas d’échange du tout. Reste à ne pas puiser ses arguments dans une lecture fantasmée. La rancune : connais pas ! Pour preuve reportez-vous à la colonne de droite de ce blog, consultez les LIENS, le premier et vous pourrez ainsi constater que je joins le geste à la parole... À la bonne vôtre : « le bon vin m’endort, l’amour me réveille encore... »

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8 juin 2010 2 08 /06 /juin /2010 00:06

« Ce qui fait la richesse de notre langue. Ces papilles qui vivent comme des filles de pape dans un palais bordé d’ivoire, sont liées à notre cerveau qui fabrique la gourmandise et la gastronomie. Le vocabulaire gastronomique et alimentaire est d’une grande richesse comparé à la pauvreté relative des capteurs du goût, nettement inférieurs en nombre à ceux de la vue ou de l’odorat [...] La gastronomie occupe une place primordiale dans la vie humaine. Ne passe-t-on pas à table deux ou trois fois par jour, trois cent soixante-cinq jours de l’année, pendant toute une vie ? Serions-nous capables de faire l’amour trois fois par jour toute l’année et toute une vie ? »   Genou-7946.JPG

Claude Gudin, auteur de ces lignes, extraites d’ « Une histoire Naturelle des Sens » (voir chronique « Et si le 6ième sens était celui de l’humour » http://www.berthomeau.com/article-et-si-le-6ieme-sens-etait-celui-de-l-humour-mm-les-degustateurs-de-vin-devorez-une-histoire-naturelle-des-sens-49426553.html )démontre que l’on peut être savant et léger et que les culs pincés, dont je tairais le nom, seraient bien inspirés de mettre un soupçon de légèreté dans leur sérieux par trop pesant. Je lui redonne la parole afin d’assurer la transition « Il peut paraître surprenant que le goût, avec si peu de terminaisons nerveuses, ait pu conquérir un si grand champ sémantique de la perception des saveurs, des préférences et des aversions alimentaires étendu au désir en général (« avoir du goût pour »), aux inclinaisons alimentaires et amoureuses, aux préférences et aux jugements esthétiques. L’agueusie (absence de goût) est moins invalidante que la cécité et la surdité, et pourtant ce sens est d’une importance capitale, peut-être à cause de la fréquence de sa mise en jeu. Il y a dans le système nerveux central des liens étroits entre la gustation et le système de régulation de l’humeur (par l’intermédiaire du système ventral hypothalamo-limbique). Ainsi, le goût est un sans fortement imprégné d’affectivité et d’émotion. Un sens qui a force de loi et qui débouche sur une réponse affective, comportementale, d’acceptation ou de refus. On peut presque dire que le jugement gustatif annonce le jugement moral. »

 

Beau sujet de symposium ne trouvez-vous pas ? Mais tel n’est pas mon propos du jour, je reviendrai sur ce sujet dans une prochaine chronique à propos d’un groupe de vrais amateurs qui, autour d’Anne-Claude Leflaive, se sont efforcés de « désapprendre la dégustation ». Comme vous vous en doutez mon passage par la langue organe n’avait d’autre but que d’en venir à la langue, le langage véhicule de l’échange entre les hommes. Pour organiser des symposiums ou tout autre rassemblement d’humains pour débattre, échanger, manger et boire repose sur l’exigence minimale de s’appuyer sur un socle de compréhension commun : soit la langue « majoritaire », soit les langues des invités accompagnées de traduction simultanée. Avant d’en venir à la fonctionnalité du langage et surtout à son utilité, une citation d’Alain Rey dans le Dictionnaire Culturel de la langue française « LE ROBERT » : « Le discours philosophique séculaire n’a cessé de jouer sur les ambigüités et les contradictions de ce concept, le « langage » voué à se mordre la queue puisqu’on ne peut le « définir » qu’en employant ses propres pouvoirs. Le langage, faculté, aptitude, virtualité, est inobservable, ce qui le rend apte aux mythes et aux théologies ; il ne peut être appréhendé qu’à travers d’autres notions, de plus en plus perceptibles. La première est celle de « langue », que certains idiomes distinguent du « langage », d’autres non (anglais language), et que beaucoup affublent du nom de l’organe charnu et mobile qui se trouve dans la bouche (l’anglais lui-même a mother tongue, « langue maternelle »). Mais « la langue » est encore une abstraction, construite à partir d’un flux qu’on peut appeler discours soit vocal (parole, palabra, parola, speech), soit graphique (écriture, writing...)

Pour en revenir, sans noms d’oiseaux ou outrances langagières, à la langue officielle du symposium sur le Grenache, je vais faire dans l’extrême simplicité en distinguant 3 usages de la langue où chacun pourra retrouver ses petits sans jouer les donneurs de leçons. 

1-     La langue à usage commercial : c’est forcément celle du client. Simplement je fais remarquer à HB (pas Human Bomber mais Hervé Bizeul) que lors d’une grande présentation de vins américains à l’ambassade des USA à Paris où les braves producteurs californiens et d'autres régions viticoles étasuniennes affichaient en anglais désirer un importateur freenchie et ne présentaient que des documents de présentation de leur gamme qu'en anglais. Je me réjouis donc comme HB que nos exportateurs parlassent, non la langue de Shakespeare, mais tout bêtement l’anglais lorsqu’ils s'en vont vendre leur vin dans des contrées lointaines où cette langue est pratiquée ou sert de langue véhicule.

2-    La langue des États : c’est la langue officielle et l'on imagine mal notre flamboyant de Villepin prononçant son discours à l’ONU en anglais sous prétexte qu’il se trouvait aux USA (certes dans une enclave internationale). Plus prosaïquement, dans les négociations européennes (j’ai pratiqué au temps de Miss Tatcher) chaque représentant utilise son idiome national et les traductions sont simultanées. Les documents officiels sont traduits par des juristes-linguistes dans toutes les langues de l’UE. J’ai écrit dans la chronique qui a attiré l’ire de HB « Je suis profondément européen, ce que ne sont pas la majorité de nos amis anglais – c’est leur droit – le Traité de Rome est un acte majeur que trop de baragouineurs semblent bien facilement passer par pertes et profits. Résultat : alors que la langue française est une langue officielle les grisouilloux de la Commission ne se donnent même plus la peine de publier leurs torchons en français. Ça me fâche. Je suis pour la stricte égalité de traitement. » Je persiste et je signe. Nos amis québécois dans un océan anglophone font exister leur langue, la nôtre. Deux anecdotes rapides : j’ai eu un Ministre : Michel Rocard pratiquant un anglais impeccable qui s’auto-traduisait, très commode ; ensuite j’ai beaucoup discuté avec mes homologues anglais, où qu’ils fussent:à Londres à Bruxelles, à Paris  ils étaient toujours monolingues : la leur. Depuis je me rattrappe face aux monologues qui ne font aucun effort.

3-    La langue des colloques : pour moi celle qui doit être utilisée est celle dans laquelle les intervenants conceptualisent le mieux, rien n’est plus désagréable que d’entendre un sabir mal maîtrisé, du baragouinage besogneux ou pire la lecture d’un papier avec un accent à faire frémir le plus bienveillant des bienveillants. Je suis profondément admiratif à l’égard de certains de nos amis étrangers qui pratiquent un français de haute tenue. Chapeau bas ! Pour le questionnement même jurisprudence, ça évite bien des incompréhensions et l’utilisation de faux-amis. Dans le cas d'espèce je rappelle que mon seul souhait était que le programme soit rédigé dans les deux langues. Le reste, c'est-à-dire les élucubrations de HB sur mon refus de venir pour cause d'anglais obligatoire tiennent à sa mauvaise humeur que je ne me sois pas déplacé pour recueillir ses augustes paroles. Je plaisante bien sûr !  IMG00133.jpg

Reste l’after Work, là c’est la convivialité qui prime et chacun se débrouille avec son bagage. Pour ma part, comme je suis incorrigible j’adore me voir flanquer d’une adorable traductrice qui remédie, comme dirait le souriant HB, à ma bêtise crasse. C’est très agréable d’être idiot en référence à une « Ravissante idiote » bien sûr. Sans conclure, je me permets tout de même de conseiller au pourfendeur de mes modestes et parfois trop ironiques écrits de les lire d’abord, de tenter de les comprendre ensuite avant d’enfourcher des haridelles fourbues qui ne mènent nulle part. 

 

Hier matin mon hébergeur Overblog n'a pas envoyé le message habituel pour vous prévenir de la mise en ligne de ma chronique. Certains de vous s'en sont émus je les remercie de leur fidélité. Si cela se renouvelle à l'avenir il vous suffit d'aller sur www.berthomeau.com et vous pourrez ainsi lire mon impérissable prose. Désolé que vous ayiez ensuite reçu dans la journée 2 messages puis une newsletter vous prévenant de l'incident déjà réglé je ne suis qu'un petit locataire et suis à la merci du bon vouloir de mon hébergeur.  

 

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7 juin 2010 1 07 /06 /juin /2010 00:09

Suite au torchon xénophobe publié par l’histrion de notre rédaction « Vont-ils canoniser en anglais le Grenache à Avignon le dimanche 7 juin ? » http://www.berthomeau.com/article-vont-ils-canoniser-en-anglais-le-grenache-a-avignon-le-dimanche-7-juin-51582338.html  , Hervé Bizeul, vigneron nous pris d’insérer :   Genou-3896.JPG

« Bravo, cher Jacques

Tu réussis en seul billet à exprimer tout ce qu'il y a de plus désagréable et d'énervant dans le Français : la haine instinctive de l'autre, la peur de ce que l'on ne connait pas, la critique d'un évênement auquel on a pas participé et l'appologie de l'appriori, le refus du partage de la connaissance, le choix du plaisir et de l'oisiveté au lieu du travail, la moquerie de la religion et des valeurs, la tentative de détruire l'innitiative privée et locale, le refus de l'internationalisation de notre monde, la manipulation de l'information en citant un bout de texte sortie du contexte, la bêtise crasse de celui qui dit "si c'est en anglais, j'y vais pas" (alors qu'il y avait traduction simultané pour tous et que parler la langue de ceux qu'on reçoit me semble la plus basique des courtoisies), vraiment, tu fais fort et tu te montres sous un jour, comment dire, étrange...

Sache que la conclusion, c'est que les producteurs de Grenache sont désormais un peu plus bienveilants les uns envers les autres, tout simplement parce qu'ils se connaissent un peu mieux et se sentent plus confrères que concurrents désormais.

Mais la bienveillance, hein...

P.S. : toi, on a effectivement pas remarqué ton absence. Mais ta "french attitude" d'un autre age, elle nous a pas manqué. »

 

Le comité d’éthique de « Vin&Cie » face à la gravité de la situation : 

 

-   Prie la Reine d’Angleterre, qui ne nous a pas déclaré la guerre depuis des lustres, d’agréer nos plus plates excuses en tant que souveraine constitutionnelle et chef de l’Eglise anglicane ;

-   Prie sa Sainteté le Pape Benoît XVI, qui est déjà bien à la peine, de ne pas excommunier notre rédacteur baptisé et confirmé au sein de l’Eglise apostolique et romaine ;

-    Prie tous ceux et celle qu’il aurait pu offenser par sa haine de l’autre, son apologie de l’à priori, son refus du partage de la connaissance, sa basse tentative de briser et détruire l’initiative privée et locale, son allergie à l’internationalisation du monde et son goût de la manipulation, de bien vouloir lui pardonner car il est atteint d’un mal incurable : la bêtise crasse. 

-    Prie Nadine de Rothschild et tous les rédacteurs de manuels de « savoir-vivre » à la française de passer outre à ses remarques stupides sur l’usage de la langue anglaise. En effet, comme chacun sait, nos amis anglais lorsqu’ils nous invitent dans leur belle île adoptent notre idiome gaulois ;  

-    Prie Michel Bettane d’être indulgent face à la citation intégrale de son texte par notre rédacteur et d’excuser celui-ci d'en avoir ri. Comme disait ce cher Desproges « on peut rire de tout mais pas avec n’importe qui ». Cette remarque s’adressant bien évidemment au plaignant : le sieur Bizeul ;  

-   Prie les producteurs de Grenache du monde entier de comprendre que si le sieur Berthomeau ne s’est pas présenté au symposium c’est primo parce qu’il s’estimait au-dessous du niveau minimal requis, deuxio parce que son goût immodéré pour la compagnie de jeunes écervelées buvant du rosé le mettait dans l'obligation de sécher ; 

-   Prie l’organisatrice du « Chêne Bleu », que l'ami Michel Chapoutier lui avait présenté lors de Vinisud, de faire preuve de beaucoup de philosophie et de mansuétude : ce garçon est plus bête que méchant. De plus lorsqu'il dit s'ennuyer ou plus si on l'accompagne dans sa grossièreté, n'engage que lui et n'a pas pour conséquence de qualifier les exposés du même qualificatif ; 

-   En compensation du préjudice subi par le sieur Bizeul propose de lui décerner le Grand Prix de l’Humour Anglais ;  

-   Comprend parfaitement les participants du Symposium de ne pas s’être aperçu de l’absence de ce représentant de la « France croupie » exécré et exécrable, et bien évidemment comprend plus encore qu’il ne leur ait pas manqué « un seul être vous manque et tout est dépeuplé ;  

-   Indique que les commentaires publiés sur cette chronique sont de la stricte responsabilité de leurs auteurs ; 

-   Remercie François le Débonnaire de son attitude de « médiateur » dans ce conflit qui ne va pas bouleverser la planète vin ; 

-   Comprends aussi totalement le sieur Bizeul de ne pas s’inscrire comme sponsor du Grand Concours de l’été que notre rédacteur indigne de la France du Bien Vivre et du Savoir-vivre ose encore proposer à ses lecteurs...

Sans vouloir dédouaner ce mécréant, nous signalons qu’il fut qualifié par la « France croupie » d’anti-français pour avoir osé répondre en 2001, en faisant un parallèle osé avec la situation de notre viticulture, à la question « pourquoi avons-nous pris une raclée à Azincourt ? » par « ce sont nos certitudes et notre suffisance qui nous ont vaincu, bien plus que les archers anglais. »

- Signale aussi que ce gougniafié n'a fait aucune contre-publicité incitant à ne pas se rendre au symposium puisqu'il a publié sa chronique le matin de l'ouverture et que, vu le crédit dont il dispose, selon le sieur Bizeul, il eut, s'il avait agi de la sorte, purement et simplement pissé dans un violon ; 

 - S'interroge : devions-nous le censurer au nom de l'Entente Cordiale, du Concordat, de l'amitié entre les peuples, de la défense des cépages ?

- Nous attendons vos suggestions, critiques, noms d'oiseaux, costumes bien coupés... et par avance nous vous en remercions.

 

Notes en bas de page : 

 

·    l’utilisation de Achtung pour Attention dans le titre tient aussi du principe de précaution afin de préserver l’amitié franco-allemande ;  

·        « La France Moisie »® étant une AOP Philippe Sollers elle est pourvue des signes légaux.

·        Le rédacteur cloué au pilori par le sieur Bizeul a exercé son droit de réponse en vis-à-vis du commentaire de celui-ci

 

 

   

 

 

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4 juin 2010 5 04 /06 /juin /2010 00:09

Ils sont venus, ils sont tous là, des contrées les plus reculées de notre monde globalisé : « Australia, Austria, Brazil, China, Croatia, Egypt, Hong Kong, India, Ireland, Israel, Italy, France, Germany, Japan, Korea, Luxembourg, Norway, South Africa, Spain, Switzerland, United States, United Kingdom. » Dès demain 6 juin 200 Pères de l’Eglise, des moines, des chanoines, des nonnes, de mères supérieures, des frères convers, des évêques, des monsignores, des pasteurs de l’Eglise anglican (beaucoup) des garçons et des filles tendant vers des âges qui, sans être canoniques, n’en restent pas moins assez peu représentatifs des générations d’avenir, assemblés, au domaine de la Verrière, au Crestet,  en un chapitre baptisé : 1ier Symposium du Grenache.

 

Que du beau linge, pensez-donc même François le Débonnaire, avec sa barbe fleurie, quittant ses Rives bordelaises bénies, y posera ses malles de la Compagnie des Indes, pour concélébrer avec le Pape français du Vin, Michel Bettane, et Steven Spurrier, flanqués de la Grande Prêtresse anglaise Jancis Robinson, et une foultitude de noms connus : Michel Chapoutier, le couple Bourguignon, Hervé Bizeul, Philippe Faure-Brac, Vincent Avril, Pierre Perrin, Bernard Burtschy, la cérémonie de la béatification du Grenache. À dessein je ne vous cite que les patronymes des têtes françaises. Je m’en expliquerai un peu plus tard.

 

Afin qu’il n’y ai aucune ambigüité dans mes propos, je vous signale de suite que j’ai été invité nominativement, relancé à 3 reprises, pour aller poser mes « célèbres fesses » au Symposium afin que je puisse, de ma plume vive et insolente, vous narrez les actes de bravoure oratoires et gustatives des Pères de l’Eglise du Grenache. Pourquoi n’y suis-je pas allé me direz-vous ? La réponse est simple : qu’irait faire un mécréant de mon espèce en ce Conclave de hautes huiles ? S’emmerder ! Oui, j’avoue mon incorrection totale : je préfère le samedi et le dimanche, surtout maintenant que le soleil est de retour, la compagnie de gentes damoiselles papillonnant autour de beaux verres emplis du nectar du cépage susdit. Bien évidemment, j’ai le plus grand respect pour les messes chantées avec surplis amidonnés mais que pourrais-je extraire des minutes de ce Symposium qui puisse vous passionner ? À mon avis rien car je n’y comprendrais goutte.

 

Mais ce n’est là que la première raison que j’ai d’ailleurs plus poliment indiquée pour décliner l’invitation. La seconde est plus culturelle, liée à la fois à mes origines papistes et à mes racines paysannes. Je m’explique. Tout d’abord, un seul lieu s’imposait pour une telle béatification : le Palais des Papes à Avignon. Bien sûr, le domaine de la Verrière doit être plus bucolique mais les symboles sont toujours plus frappants que le simple confort. Ensuite, comme vous le savez, je suis anglophile mais dans le cas présent, j’estime que le calice a un goût par trop britannique. L’Eglise anglicane est « hérétique », je plaisante bien sûr, et je trouve assez discourtois que sous le prétexte, justifié, que ce colloque est d’amplitude internationale, seule la langue anglaise y soit pratiquée. Cette révérence me gonfle. Cette absence de fierté m’irrite. Que dans les actes du commerce la langue véhicule fut l’anglais je l’admets mais là, dans une concélébration en terre Avignonnaise, j’aurais apprécié que le programme fusse au moins rédigé dans notre belle langue www.grenachesymposium.com . Je suis profondément européen, ce que ne sont pas la majorité de nos amis anglais – c’est leur droit – le Traité de Rome est un acte majeur que trop de baragouineurs semblent bien facilement passer par pertes et profits. Résultat : alors que la langue française est une langue officielle les grisouilloux de la Commission ne se donnent même plus la peine de publier leurs torchons en français. Ça me fâche. Je suis pour la stricte égalité de traitement.

 

Voilà, pour moi la messe est dite. D’ailleurs, pourquoi le colloque n’a-t-il pas adopté le « latin de cuisine » comme langue officielle, c’eut été plus classieux, non ! Bon Symposium aux chanoines et chanoinesses, et avant de vous laissez à vos travaux de canonisation je ne résiste pas au plaisir de vous offrir le seul morceau de bravoure écrit en français sur le programme de présentation du Symposium. Il est signé de notre Pape Michel Bettane. J’avoue, comme je suis espiègle, qu’il m’a fait beaucoup rire. Vive la libre-circulation des Hommes, des Idées et des Cépages : Libérez nos cépages !

 Bettane_introFR.jpg

« Du temps où les cépages circulaient librement, sans être prisonniers de régions viticoles xénophobes, le grenache a su faire son chemin de Compostelle à l’envers et arriver au cœur de la Provence, où il s’est mis au service, de façon peut être encore plus spectaculaire que dans son Espagne natale, de terroirs parfaitement adaptés à lui.

 

Il est juste qu’en remerciement, la Provence accueille un symposium international  qui s’annonce passionnant sur le plus étonnant des cépages du sud de l’Europe et  d’autres vignobles de soleil de la planète. Je souhaite vivement qu’il contribue à montrer l’étonnante qualité et diversité de ses expressions, du rosé puissant de table aux vins rouges somptueux qu’il produit au cœur de l’Australie, de la Californie, dignes de se mesurer aux grands crus de Catalogne, du Rhône et des îles de Méditerranée, sans oublier les vins fortifiés si étonnants du Roussillon. »

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31 mai 2010 1 31 /05 /mai /2010 00:09

Cher Michel,

 michel maxi

Ce matin je fête les 5 ans de mon Espace de Liberté : Vin&Cie

5 années déjà !

Je l’ai créé pour reprendre le flambeau des ambitions de la note stratégique Cap 2010 et, avec l’accord des cosignataires, je prenais à mon compte le vœu qu’ils émettaient page 9 : « Le groupe de pilotage se propose, dans ce cadre, de faire part aux intéressés de son approche du sujet, voire même de proposer sur la base de Vin&Co le noyau, souple et modeste, permettant d’animer en réseau ce collectif naissant en mobilisant les acteurs de terrain... »

Beaucoup nous avaient enterrés sans fleurs ni couronnes.

Tu n’étais pas de ceux-là. Dès l’origine tu m’as témoigné publiquement, dans le respect de nos différences et de la nature de nos responsabilités, amitié et soutien.

Ta récente interview à Vitisphère a, bien sûr, retenu toute mon attention.

J’avoue, sans fausse honte, que tes prises de position sur beaucoup de sujets : l’opposition stérile entre vin artisanal et vin industriel, l’AOC perçue comme un droit acquis, la dévalorisation du vin de table, le lien au terroir, la dérive orchestrée par les « petits génies » de l’UE de la définition du vin bio, le « passez en IGP » pour certaines AOP volumiques, me confortent dans le bien fondé du choix du chemin que j’ai pris en solitaire voici 5 années.

Dans ton interview tu abordes un sujet, sur lequel je travaille activement depuis plusieurs mois dans le cadre de la mission confiée par Bruno Le Maire à Catherine Vautrin députée de la Marne, celui de la fin des droits de plantation sur l’ensemble des vignobles de l’UE. Depuis l’adoption de la nouvelle OCM nous vivons sous un régime transitoire se terminant en 2015, avec possibilité de prorogation, par certains Etats, du régime jusqu’en 2018. Bien évidemment, tu comprendras aisément que je m’en tienne à la réserve que mon statut exige. Cependant, si je fais référence à ce dossier d’une importance capitale c’est qu’il me permet de faire le lien avec le leader charismatique que tu appelles de tes vœux dans ton interview.

Rassures-toi, et surtout rassures ceux qui m’ont tellement taillés de costars par le passé, je ne suis pas candidat à ce poste. D’ailleurs, je le souligne, je n’ai jamais été candidat à rien sauf à aider à formuler les choix et à accoucher des décisions.

René Renou, homme charismatique, occupa tant qu’il fut en vie ce rôle, mais comme il n’était pas vraiment issu du sérail, sans réels points d’appuis, il dut composer, s’épuiser, faire avec les forces d’inertie. Je n’en appelle pas à ses mannes, et nul ne peut aujourd’hui totalement se prévaloir de son héritage.

Par culture, je ne suis guère porté sur les hommes providentiels mais plutôt adepte d’un vrai collectif. Cependant, le collectif à toujours besoin d’un capitaine, d’un meneur d’hommes, d’un facilitateur, d’un démineur pour que les questions en suspens soient traitées et débouchent sur des choix clairs. J'ai joué ce rôle, avec passion et abnégation, mais ce temps est passé, à vous de susciter des vocations.

Tu dis, à juste raison, Michel que le monde du vin manque de confiance en lui. Qu’il lui faut retrouver de la crédibilité, de l’écoute, pour que les consommateurs d'ici et d'ailleurs, les pouvoirs publics, nos citoyens puissent entendre et comprendre ce qu’est le produit et ce que sont ceux qui le font.

Lorsque nous avons créé « Sans Interdit » lire la chronique du 12 janvier 2006 « Les Vingt » http://www.berthomeau.com/article-1582091.html , les VIF en étaient, tout comme SEVE de Patrick Beaudouin et de Marc Parcé. Le credo : privilégions ce qui nous uni à ce qui nous divise. Ces 20 membres fondateurs étaient là à titre personnel, et j’écrivais qu’ils s’exposaient, s’impliquaient, hors du champ syndical « par-delà  leurs différences, avec le respect et l'écoute des opinions des autres, ici et dans le monde. »

 

Je reste persuadé, même si « Sans Interdit » hiberne, qu’il faut créer des liens, des adhérences, que les hommes se parlent, se confrontent, apprennent à se connaître, par delà les nécessaires positions professionnelles, pour que les gens du vin avant de vouloir se faire comprendre des autres acceptent d’abord de se comprendre entre eux. Comme tu le dis clairement, à propos des droits de plantation, il est nécessaire que les professionnels du vin prennent leur destin en charge pour que leur rôle essentiel dans la vitalité et l’équilibre de nos territoires, dans la création de valeur, dans la préservation de l’environnement, dans le maintien d’entreprises familiales, soient reconnus et surtout pris en compte par leurs concitoyens.

 

Alors, cher Michel Issaly, chacun à notre place, sans souci hégémonique - ma modeste entreprise peut rassurer tout le monde - de leadership, comment allons-nous traduire en actes concrets le  «J’ai toujours voulu que l’avenir ne soit plus ce qui va arriver mais ce que nous allons faire» d’Henri BERGSON que nous avions placé en exergue de Cap 2010.

 

Je n’ai pas de réponse clé en mains, mais la certitude bien chevillée au corps et au cœur que notre « modèle » de viticulture peut, sans renier ses valeurs, retrouver un nouvel élan s’il cesse de s’enliser dans le déni de réalité. La globalisation du monde, l’irruption du Village mondial, ne tuent, et ne tueront, ni « ce que sait la main » la culture de l’artisanat*, ni le village : les Embres&Castelmaure et Sainte Cécile d’Avès. La force de l’authenticité, sa modernité, c’est sa capacité à traverser le temps en l’épousant, mais encore faut-il que ceux qui s’en réclament mettent leurs actes en accord avec leurs professions de foi. N’était-ce pas là le credo des pères fondateurs des Appellations ?

 

Voici, cher Michel Issaly, j’en ai terminé pour ce matin. Je te remercie de ta fidélité de lecteur et de ton amitié. Sur cet Espace de Liberté, ouvert, hors les chapelles, les diktats, les interdits, je m’efforcerai de continuer, non un combat car je ne suis pas un guerrier, mais le sillon ouvert voici maintenant 5 années...

 

Bien à toi.

 

Jacques Berthomeau,

dont le seul mandat est celui de Secrétaire-Perpétuel autoproclamé de l’Amicale du Bien Vivre dites des Bons Vivants (Michel en est membre)

 

* « Ce que sait la main » La Culture de L’Artisanat est le 1ier tome d’une somme de Richard Sennett professeur de sociologie à la New-York University et à la London School of Economics. Sennett s’inscrit dans la vieille tradition du pragmatisme américain qui  se caractérise par son intérêt pour les problèmes philosophiques du quotidien. Ça nous change des Onfray&consorts... 

Date de création : 30/05/2005
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