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28 janvier 2014 2 28 /01 /janvier /2014 09:18

 

Chanteur engagé, l’appellation peut faire sourire certains pour qui l’engagement citoyen n’a plus aucune valeur, surtout lorsqu’il est celui de ceux que l’on nomme avec une pointe de dérision, malheureusement souvent justifiée, des « peoples ».


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Pete Seeger at the Beacon Sloop Club in Beacon, N.Y., in 2010. Andrew Sullivan for The New York Times

 

Pete Seeger, lui, en était un, un vrai. « Né en 1919, ce New-Yorkais, porte-parole, avec et après Woodie Guthrie (1912-1967), de la contestation folk, joue du banjo tout en proférant des menaces de révolution à la face des capitalistes, des fascistes et des conformistes. »


C’est tout un pan de ma jeunesse qui disparaît avec son décès à l'âge de 94 ans de mort naturelle dans un hôpital de New York lundi, précise le New York Times link  en citant le petit-fils du musicien.


« We Shall Overcome » l'hymne du mouvement pour l'égalité des droits inspiré des spirituals afro-américains. « Avec son groupe les Weavers et en solo, Pete Seeger a diffusé au grand public le répertoire traditionnel, tout en s'engageant pour les droits civiques et contre la guerre du Vietnam »


Il fut, pour Bob Dylan puis Bruce Springsteen un véritable héros. Ce dernier, en 2006, enregistre We Shall Overcome: The Seeger Sessions, disque qui rend hommage à Pete Seeger en treize reprises.

 

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27 janvier 2014 1 27 /01 /janvier /2014 09:52

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Samedi je suis allé au Stade de France, dans le Neuf3, voir l’équipe réserve de Toulouse prendre une raclée : 5 à 25 face au Ciel&Blanc du Racing qui a déserté Paris pour se réfugier dans le Neuf2.


En bon Parigot sautant le périf j’avais mis mon écharpe rouge bien sûr.


À la mi-temps je me serais bien fait un capucin mais y’en avait pas.


J’aurais bien liché un communard mais y’en avait pas, tolérance zéro dans l’enceinte des stades. Explication en fin de chronique.


C’est quoi un capucin me direz-vous ?


Une galette de froment et farine de sarrasin inventée par Michel Bras le chef aveyronnais.


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© Véronique Haudebourg / France 3 Midi-Pyrénées

 

Celui-ci, associé au Toulousain Étienne Hilaire, propriétaire de l’Hôtel Albert 1er, a inauguré jeudi dernier son premier Fast cook au cœur de Toulouse à côté du marché Victor Hugo. L’offre existait déjà à l’espace gourmand de l’Aire du Viaduc de Millau. « Parmi les 21 capucins à la carte, la majorité affiche un prix inférieur à 10 €. Décoré par l’architecte Jean Charrière, le restaurant a une surface de 198 m2, sur deux niveaux, et offre près de 60 places assises. »


« Nous voulons jouer la transparence, explique Michel Bras derrière son plan de travail complètement ouvert à la vue. Tous nos ingrédients sont glissés dans les capucins devant les clients : la dégustation commence là […] complicité avec les producteurs, évoquée à plusieurs reprises par le chef, est l’autre atout du restaurant rapide signé Bras. »


« Le petit plus : des cartes en papiers, glissées dans la galette conique, décrivent la recette, et donnent les adresses des producteurs concernés. En plus des 70 % de produits issus de l’Aveyron, le restaurant offre un clin d’œil à la Ville rose grâce à une offre des produits issus de l'agglomération. L’idée de base est d’apporter une offre pour chacun des trois moments de la journée:matin, midi et goûter. Pourtant, pas de croissants chez Bras. Le petit déjeuner sera plutôt à base de fouace chargée en sucre et beurre, pour continuer avec des soupes, des capucins et des desserts maison. »


« Une première franchise pourrait s’ouvrir à Paris, et d’autres sont également envisagées dans les grandes villes françaises. Le concept reste le même, mais le menu sera enrichi par des produits issus des nouvelles régions d’implantation. » Objectif News. link


Pour le communard, qui est le KIR de gauche, je vous conseille de vous rendre au Lieu du Vin chez Philippe Cuq link  pour vous procurer un nectar 100% Aveyronnais pour le mélanger à la crème de Cassis. Je signale aux culs bénis que l’utilisation d’un Bourgogne rouge pour cet apéritif lui confère la dénomination de cardinal.


Je signale que le nectar de l'Aveyron du sieur Cuq peut se boire nature 

 

 

Les photos et le reportage de France 3 Midi-Pyrénées ICI link

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27 janvier 2014 1 27 /01 /janvier /2014 00:09

Ces derniers jours j’ai lu, je ne sais où, un lamento pleurnichard sur le déclin du nombre des blogs de vin francophones. Pourquoi s’en étonner, c’était inscrit dans leur ligne éditoriale initiale : des gens du vin  ne s’adressant qu’aux gens du vin. Comme toujours après la prolifération vient la désillusion. Cible restreinte, modèle économique inexistant, répétition, marronniers, copié-collé, et très vite survient une forme de lassitude : tout passe, tout lasse, le blogueur tout comme le lecteur. Pour masquer ce désintérêt certains se sont abrités derrière les indices de flux qui ne sont que des indicateurs de l’art du blogueur de savoir manipuler les réseaux sociaux. Indice supplémentaire de ce déclin : la RVF découvre enfin les blogs de vin. Je plaisante bien  sûr.


Et pourtant, dans l’édition papier, que certains à tort jugeaient menacée, la ressource n’a jamais été aussi riche. Il suffit d’écumer les librairies, de lire, de s’intéresser à autre chose qu’aux jeux insignifiants de Face de Bouc, de cesser de se mettre en scène avec des twitters assassins qui se noient dans le flux incessant de cette bande passante.

 

Bien sûr, lire devient un exploit, on survole, on reste à la surface des choses, l’instantanéité conduit au vide de la pensée. « Se distraire à en mourir » écrivait de façon prophétique en 1985 Neil Postman. Michel Rocard dans la préface de la réédition de ce livre le citait : « Orwell craignait ceux qui interdisaient les livres. Huxley redoutait qu’il n’y ait même plus besoin d’interdire les livres car plus personne n’aurait envie d’en lire… Orwell craignait qu’on nous cache la vérité. Huxley redoutait que la vérité ne soit noyée dans un océan d’insignifiances. »


Pour Postman il est clair qu’Huxley avait vu plus juste qu’Orwell.


Entendez-moi bien, je ne suis pas en train d’écrire que l’art de la critique du vin sur le net, via des blogs, ne présente aucun intérêt, bien au contraire, mais je me permets de souligner que tout comme la critique littéraire, cinématographique, musicale… elle n’a de justification que si elle donne envie d’acheter des vins, tout comme celles citées incitent des gens à acheter des livres, à se rendre au cinéma, au théâtre, à l’opéra ou au concert. Ne ferraillant pas dans cette catégorie je ne porte aucun jugement de valeur loin s’en faut. Il existe d’excellents blogs critiques de vin qui participent à leur manière à l’extension du domaine du vin.


Pour ma part, j’ai toujours pensé, et je le pense encore, qu’il fallait élargir la focale, ouvrir grandes les fenêtres, se mélanger, se confronter à des domaines voisins, créer des liens avec ceux, les plus nombreux, pour qui le vin n’est après tout qu’une boisson parmi d’autres. Pour désarmer l’indifférence, voire même l’hostilité, produire de l’intelligence ne saurait nuire à l’extension du domaine du vin.


Dans ma razzia de livres post mou du genou j’ai découvert un exemple saisissant de ce que je viens d’écrire :


NOURRITURES Les carnets du paysage n°25 un mariage entre Actes Sud et l’Ecole Nationale du Paysage 26 €


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Un bel ouvrage, riche, passionnant,  une profusion d’angles nouveaux, tel celui de l’article de Gilles Fumey « Paysages à boire et à manger »

 

Abstract


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Extraits

 

« La table pour manger et boire donne souvent à boire et à manger des paysages. Sur la signalétique des bouteilles de vins figurent des représentations stylisées de vignobles, de murs d’enclos, de portes en fer forgé, avec la silhouette d’un clocher, d’une demeure bourgeoise ou d’un château. Sur les emballages de fromage, de chocolat, de jambon, sur les bouteilles d’huile d’olive, sur mille enveloppes de gâteaux et confiseries, sur les publicités, dépliants d’information de produits appelés « locaux « , le paysage est instrumentalisé ; il sert un discours communicationnel entre celui qui a conçu l’aliment et celui qui le mange. Ces images de paysages ou  de compositions paysagères existant en divers lieux du monde, telles qu’on peut les voir, sont censées exprimer un message de « connivence ». Parce que le paysage est le produit du regard de certaines sociétés ont d’elles-mêmes […]


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Rizières, district de Yuanyang, province du Yunnan, Chine

 

« Les paysages des champs de thé et de vignobles partagent des similitudes. De la forêt originelle qu’est le champ de thé – l’arbre pouvant monter jusqu’à vingt mètres – au défrichement pour cultiver la plante caucasienne qu’est la vigne (Vitis vinifera), il y a une parenté dans la conception des champs : ils sont pensés en fonction de la taille humaine ; la « table de cueillette » s’obtient en réduisant les arbres à hauteur de nains, pour être travaillés à la main. Les arbres à thé sont appréciés pour leur capacité à supporter la pente et l’altitude (jusqu’à 2500 mètres) et leur résistance aux déclivités dans le monde humide, chaud et topographiquement  accidenté en Asie orientale. Lors de la récolte manuelle, les paysannes plongent entièrement dans l’élément. La poésie et l’art exploitent cette relation quasi charnelle avec le thé issu d’une forêt totalement domestiquée.


Associés au monde antique de la colonisation romaine et au Moyen Âge monastique, les premiers vignobles européens ont inspiré l’art occidental. Les figures de la consommation renvoyaient à des épisodes positifs de l’ivresse racontés dans la Bible, et Platon les a explorées dans le Banquet. Cet apport de la vigne à la connaissance d’un monde supérieur, affranchi des pesanteurs, menant au chant, à la poésie et à l’amitié, a rendu les lignes du paysage viticole très expressives. L’accord parfait entre la régularité des lignes emboîtées dans des parcelles de taille modeste, voire étroite, et la topographie qui fait plier les lignes droites fascine les artistes et donne une figure puissante de l’équilibre. »


Les défenseurs du vin, ceux qui plaident l’exception culturelle du vin pour le séparer de la piétaille des autres boissons alcoolisées, devraient dépoussiérer leur conception de la culture. La leur sent trop souvent la naphtaline, hors du temps, hors du champ de compréhension du commun de nos contemporains. Le paradoxe c’est que les sachants du vin l’intellectualisent, le couvrent de mots abscons, alors que la culture du vin, elle, s’efface, se dilue dans un passé qui n’est pas revisité. On sent trop le mercanti dans le discours en défense : respectez-nous car nous sommes forts alors que nous nous disons en capacité de faire rêver la terre entière...

 

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25 janvier 2014 6 25 /01 /janvier /2014 10:00

À Vino Bravo les 20 mn magistrales, à ne pas confondre avec un cours magistral, de Michel Maffesoli m’ont séduit.


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Que voulez-vous, un homme capable de nouer lui-même un nœud papillon, de passer des chaussettes rouges blotties dans des chaussures avec des lacets du même rouge, pour venir plancher, à Vino Bravo, à Bordeaux, ne saurait être totalement mauvais.


Qui plus est, pour moi, un professeur à la Sorbonne qui traite Minc, Attali, Plenel... « De  moralistes aux petits pieds » ça ne peut que me mettre en joie.


Dans son dernier livre «Les Nouveaux bien-pensants»* paru début janvier le sociologue Michel Maffesoli, fustige la pensée unique et ses représentants, qui sont bien loin des préoccupations de la vie quotidienne des citoyens.


* Michel Maffesoli et Hélène Strohl « Les Nouveaux bien-pensants » Edition du moment. 16,95€.


[...] J’ai voulu prendre quelques caricatures de ceux que j’appelle des donneurs de leçon, des moralistes aux petits pieds. De ce point de vue, j’ai repris ce que Durkheim appelle des figures emblématiques. Attali, qui répète, vole des idées et se les approprie. Minc qui est un économiste qui fait la même chose. Il a pignon sur rue, il a ses charentaises dans  ses émissions de télé pour dire ce qu’il a volé d’autres. J’ai pris d’un point de vue journalistique la figure de Plenel qui est un inquisiteur. Il continue dans le journalisme ce qu’il a commencé dans sa militance trotskiste, toujours vouloir, avec prétention, apporter la vérité aux autres, fusse d’une manière violente. On voit bien ce qu’il appelle le journalisme d’investigation est en fait une autre manière de jouer de l’inquisition [...]


Vino Bravo : Bacchus fédérateur ou l'apprentissage du boire par Michel Maffesoli

 

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25 janvier 2014 6 25 /01 /janvier /2014 00:09

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Ceci est une nouvelle rubrique à suivre chez le Taulier rat des villes qui fut un rat des champs…


Avant 1860, Paris était à la campagne… la ville sentait le crottin…


Depuis, qui ne rêve pas qu’ « Il faudrait construire les villes à la campagne, l'air y est plus sain » ? *


-         Vous êtes le vrai Parisien, vous ?


-         Tout à fait. Mère turque et père polonais. Enfance dans la Drôme puis la Mayenne. À huit ans je débarque au coin de la rue de Sèvres, au-dessus de la station Croix-Rouge qui est toujours fermée. Le métro fait trembler l’immeuble.


C’est signé Raphaël Sorin dans Parisiennes aux éditions Le Temps Qu’il Fait en 1992.


C'est en avril 2009 dans un « libre-propos d’un cycliste parisien buveur de vin… » que je citais ce dialogue.


Notez SVP Sur la photo de Mohror, Raphaël Sorin, Robert Doisneau et Robert Giraud sont assis aux Ministères, rue du Bac en 1983.


Et que « La Commission Pléniaire de Protection de la Santé Publique de France (CPPSPF) a obtenu, en référé, du Tribunal d'Instance de Paris, que les verres et la bouteille de vin soient, à l'aide de Photoshop, supprimés du cliché. Seule la cigarette de Raphaël Sorin a échappé à la censure car le préposé à la surveillance de la Toile de la CPPSPF ne l'avait pas décelée lors du pré-visionnage des blogs traitant du vin (nouvelle loi de protection de la Santé Publique) »


J’écrivais donc en ce temps reculé :


« Dans le langage «provincialement correct» se voir qualifier «de vrai Parisien» est une forme moderne de l’infamie, marque au fer rouge indélébile comme les putains.


J’exagère, à peine. Certains me diront : vous l’avez bien cherché «les Parisiens » avec vos BHL, Sollers, Gluksmann, Beigbeder&Co, tous ces intellos piliers du Flore ou de la Closerie des Lilas, tous ces ex-soixante-huitards boboïsés, ces fils de pub et de la télé… J’en passe et des meilleurs… Les PPDA, Ségala, Ferrari, Arthur, Ardisson …


Nous voilà donc tous enfournés dans le même sac avec eux, comme les paysans dans le sac de patates de Marx&Engels.


Un peu court ne croyez-vous pas ? »


Si vous souhaitez tout savoir sur le CV du Taulier allez donc consulter la suite ICI link

 

Parigot de raccroc mais pourquoi cet amour immodéré pour le vélo ?


La réponse est ICI link 


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Vous saurez tout sur mon fier destrier noir que j’ai chevauché pendant  des années sur le macadam et les pavés de la ville capitale.


Avant de me mettre en selle, une Brooks évidemment, d’enfourcher ma nouvelle flèche d’argent, je vais vous livrer une bonne nouvelle :


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Rue Volta à Paris, dans le 3e arrondissement Marin Karmitz et son fils Nathanaël Karmitz (MK2) vont ouvrir un cinéma créé par l'architecte milanais Andrea Branzi qui « s'inscrit dans un nouveau quartier très branché financé par un discret millionnaire. La «jeune rue» est un concept unique au monde, où 35 designers vont concevoir tous les commerces de bouche (boulangerie, poissonnerie, fromagerie, restaurants...), le tout géré par les meilleurs agriculteurs de France, en lien direct avec les consommateurs.


Sur les 35 commerces prévus (fromagerie, bar à huîtres, glacier, meunerie, boucherie...), cinq ouvriront entre avril et mai dans cette même rue. »


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le n° 3 de la rue Volta

 

* Phrase attribuée à tort à Alphonse Allais mais qui serait le fruit d’un certain Jean Louis Auguste Commerson, dit Commerson, Pensées d'un emballeur.

 

à suivre...  

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23 janvier 2014 4 23 /01 /janvier /2014 00:09

« Adieu coquelicots » ou le dossier de l'agriculture, une émission du 3 mars 1970 à la télé nationale, encore en noir et blanc, dans un décor spartiate, cristallisait le malaise identitaire des gaullistes et des dirigeants paysans. Elle était signée et présentée par François-Henri de Virieu chroniqueur au journal Le Monde.


Voici 2 petits extraits du texte puisé dans mon roman du dimanche.


« Oser mettre en avant que l’avenir était ce GAEC de l’Isère avec son étable de 1000 vaches laitières, ses deux éleveurs, dont l’un d’eux était prof de maths constituait un crime de lèse-agriculture familiale. La France éternelle des champs se voyait ravaler par des technos, tel René Groussard, au rang d’un secteur comme les autres à moderniser à marche forcée. Ironiquement je soulignais, face au bel Albin médusé, et à un Préfet au bord de la défaillance, que le mémorandum Mansholt publié à la fin de 1968 et le Rapport Vedel affirmaient sans détour qu’une partie de la paysannerie était condamnée à terme et qu’elle devait se reconvertir. Pour Sicco Mansholt 80% des exploitations sont trop petites. La pilule est amère même pour les modernistes, tel Michel Debatisse car le diagnostic des «technocrates» mettait à nu les ambigüités de leur propre pensée.

 

En effet, martelais-je, comment pourraient-ils concilier leur stratégie économique de modernisation qui jetait sur le bord du chemin beaucoup de paysans et le mythe de l’unité paysanne chère à la FNSEA. Faisant étalage de mes lectures je citais une tribune de Maurice Papon  publiée dans le Monde le 8 avril 1969 « Mansholt et Malthus », ou il usait de sa rhétorique pour stigmatiser ce plan qui  pour lui « est une erreur à l’échelle de l’histoire » car il risque « d’amplifier le risque de massification urbaine sur lequel la société urbaine sera sans doute obligée de revenir pour survivre ». Un grand visionnaire le Maurice ! »


« … Moi le fils de paysan vendéen je ne pouvais rester indifférent à cette fameuse « Révolution Silencieuse » de Debatisse qui allait broyer beaucoup des miens. Du petit cartable qui m’accompagnait toujours je tirai une coupure des débats à l’Assemblée Nationale où Michel Cointat se livrait à un grand moment de démagogie qui devrait figurer dans une anthologie de la pensée agrarienne. ... « … À la suite d’affirmations technocratiques hâtives, les agriculteurs n’ont plus osé croire en l’ordre éternel des champs»

 

Je vous invite fortement à visionner les 10 premières minutes de l’émission sur une vidéo de l’INA.

 

link


Tout à la fin vous y découvrirez, les visages de Sicco Mansholt commissaire à l’Agriculture et de Jacques Duhamel, alors Ministre de l’agriculture. Puis autour d’une table, lors du congrès de la FNSEA de Lyon : Michel Debatisse, Bernard Lambert avec son éternelle clope et un Raymond Lacombe tout jeune. Enfin dans le début du reportage vous pourrez voir un cheval dans les vignes.  

 

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21 janvier 2014 2 21 /01 /janvier /2014 00:09

Rassurez-vous, ce matin je suis bien dans mon assiette mais je veux réparer une injustice.


En effet, nos jeunes agriculteurs, qui sont vieux à 35 ans (c’est statutaire) nous ont fait le coup « de la fourche à la fourchette » et un groupe de producteurs bio s’est baptisé « de la terre à l’assiette »link 


Du côté des fourches ça sentaient la jacquerie lorsque les paysans les sortaient ; quant à la fourchette, une petite fourche, de l'italien forchetto, je ne vais pas ramener ma fraise sur elle aujourd’hui.


Ce qui m’amène aujourd’hui à plaider c’est l’assiette qui « est un ustensile simple ou raffiné où le produit de la cueillette est servi avant de passer en bouche pour rêver ensemble, revenir sur nos pas, refaire le monde… Si elle est devenue aujourd’hui un symbole de nos inquiétudes alimentaires, ce n’est pas illégitime ; pouvoir choisir ce que l’on mange est bien l’un des plus beaux sens souverains de notre être au monde. » Sébastien Argant in Être à la table du paysage.


Cependant avant d’être un ustensile l’assiette désignait :


-         1260 en droit  le « fait d’assigner une rente sur un fond de terre »

-         1270-1285 « répartition des impôts »

-         1378 « place, rang occupé à table »

-         1630 « un point d’appui »

-         1809 « une position sociale »


Bref laissons cela de côté pour réhabiliter l’assiette face à l’impérialisme du verre.


J’avoue être totalement indifférent à la littérature des amateurs éclairés sur la nécessité de mettre son nez dans un verre estampillé par telle marque ou telle autre. Contrairement au camarade Pousson link je suis resté un fils de paysan qui  se contrefout des vapeurs et des extases de vieilles rombières de certains à propos des verres. Ça fait genre de clamer haut et fort une tendresse particulière pour une presque nouveauté de la vieille maison Lalique, le 100 points réceptacle de vins carillonnés.


J’ai pour balayer d'un revers les verres un argument canon emprunté à un amoureux du paysage Sébastien Argent : l’assiette géographique.


Je le cite (j’ai failli écrire site) :


« Après un éternuement il y a 4,6 milliards d’années, est né la Terre. Plus récemment, le Quaternaire a modelé les assiettes géographiques de nos paysages, base de ce que l’on nomme aujourd’hui terroirs, cultivés longuement et lentement, par l’esprit et les mains, pour la bouche… »


Vous ne trouvez pas c’est beau ?


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Napa-valley-ridge -1986-1997- by-wayne-thiebaud

 

« Pour tracer les contours de ces assiettes et les rendre visibles, il nous faut aller sur les crêtes, les rebords, là où l’on se retrouve sur le point de basculement, jusqu’à percevoir l’assiette du fond voisin. Sur ces points de vue, il est souvent question de panorama, de pays que l’on peut embrasser d’un seul coup d’œil, de paysage en somme. Dans le langage du géographe, l’assiette s’entend comme le bassin versant, là où l’eau de pluie s’écoule sur toutes les pentes, emportant avec elle un peu de terre jusqu’à son estuaire, où elle flocule dans l’expression mouvante de bouchon vaseux à la confluence de l’eau douce et saumâtre, là où la terre s’en va à la mer. Sur toute la variété de ces pentes, le chasseur-cueilleur résiduel que nous sommes sait encore glaner la diversité des plaisirs de la terre jusqu’en mer, de la noisette à la palourde. »

 

Dernière constatation importante  portée à votre réflexion « Nous sommes progressivement passés d’une récente carte communale de finage documentée de toponymies enracinés de connaissance, au plan d’urbanisme au visage bien lisse et au partage abrupt, un peu trop clair et oublieux de ses origines terreuses. »


Vous comprendrez sans doute mieux maintenant mon allergie pour les digressions, qui se veulent savantes, sur les verres et mon envie de défendre l’assiette mère nourricière de la terre…

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20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 00:09

« Ce genre de choses » chez Stock écrit par Jean Rochefort.


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« C'est un ouvrage à son image : foutraque, touchant, excentrique, cocasse, drôle. Une anti-autobiographie sans ordre chronologique, sans enfance racontée par le menu, sans emphase ni litanie sur son impressionnante filmographie, sans bavardage superflu et avec une dose réjouissante d'autodérision. Ce genre de choses est un recueil de souvenirs truculents, d'anecdotes délicieusement contées, de réflexions délicatement nostalgiques, d'hommages véritablement sincères ; un pêle-mêle de vie dans lequel il est davantage question des autres que de lui. »


« Jean Rochefort, dandy cool » LE MONDE du 25.10.2013 par Sandrine Blanchard.


Bravo ! Chapeau ! Mes compliments, je vous ai tellement houspillé Sandrine Blanchard.link 


En 1990 Jean Rochefort, homme de spectacle et éleveur de chevaux – c’est ainsi qu’il signait ses chroniques lors des Jeux de Londres * – accepta à ma demande de présider la première journée nationale du Cheval qui se déroula pendant 2 jours, les 22 et 23 septembre, pour la première et dernière fois, dans les jardins des Tuileries. L’homme est délicieux, drôle, très nature, notre rencontre dans mon bureau du 78 rue de Varenne fut un de ces moments que je garde précieusement en mémoire.


Avec son petit sourire sous sa moustache « puis-je vous demander une faveur, monsieur le directeur (ironique) ?


-         Bien sûr…


-         Pourriez-vous me faire chercher et reconduire ?


Jean Rochefort habitait alors à Neauphle-le-Château (un chapitre de son livre est consacré à une audience qu’accorda, à Rufus et lui-même l’ayatollah Khomeiny qui séjourna en cette bourgade des Yvelines avant son retour à Téhéran le 1er février 1979.


La classe ! Ce fut notre seule contribution pour sa venue...


Quelques traits de Jean Rochefort relevé par SB qui me vont bien au teint.


« Quand je vois les femmes, je regrette d'être né en 1930 ! »


Le pull-over vert pomme, le pantalon violet, les baskets blanches ; c'est pour lutter contre « la crainte de l'érosion », résume-t-il. Avec le gris et le noir, «on sent la grande faucheuse qui rôde».


L’incroyable tournage du Crabe tambour (1977), de Schoendoerffer. « On ne jouait pas, on s'enivrait d'exister, la vie et le cinéma s'agrippaient l'un à l'autre. C'était unique. »


Mais Dieu que ces treize mois d'écriture furent difficiles ! , reconnaît-il. « Je vivais dans une insatisfaction permanente de relecture le matin de ce qui m'avait enthousiasmé la veille, ce qui me désespérait et me mettait dans un état dépressif fort. J'ai eu des moments de découragement. Je suis pathologiquement organisé comme cela ; j'ai toujours vécu dans le doute, dans le manque de confiance en moi. Aborder une nouvelle activité à 83 ans, c'est l'arthrose qui se réveille, le corps gueule et dit mais tu es fou, à quoi tu joues là !”


Le « Déjeunons à Nogent-le-Rotrou, ils ont du pouilly-fuissé et ils ont reçu des ormeaux » de mon titre c’est du Rochefort pur sucre (page 45-49). La MG TF 1500 « avec phares incorporés dans les ailes, noire, capote beige intérieur cuir vert. La voiture de mes rêves.


La même que lui, l’amant de la femme que j’aimais et dont j’étais l’amant »


La Triumph TR3 bleu ciel de Calder, « cent trente kilos, un mètre quatre-vingt-dix… comment fait-il pour entrer et sortir de cette petite automobile ? »

La Panhard et Levassor « imposante et sans soupapes, avec vases à l’arrière où l’on pouvait disposer des roses en petit nombre » de Jean-Pierre Marielle

 

« M. Ymonet, grand maître des carburateurs Paris-Banlieue » et sa clé de douze...


« Bruits somptueux des moteurs. La chienne de M. Ymonet, comme pour un au-revoir, assise sur le bord du trottoir, patte gauche dans le caniveau, à l’aide de sa patte droite se masturbe.


Avec tendresse M. Ymonet nous avertit : « Regardez, messieurs, elle part pour le grand voyage ! »


La manière incomparable de Jean Rochefort de conter son étrange relation « avec l’amant de la femme que j’aimais et dont j’étais l’amant »


Un bijou !


Et pour nos amis les chevaliers à la triste figure un  dernier petit coup pour la route :


« Ce cher Harold (ndlr Pinter), à la cravate inamovible, me prouvait son amitié en m’invitant avec Fresson à des mufflées historiques. Devant le café du Dôme, au lever de l’aube Fresson et moi, enroulés tels des boas constrictors autour d’un bec de gaz, là où pissent les chiens. Fresson tentant de lever la tête pour, dans son brouillard éthylique, admirer ce cher Harold toujours debout, négligeant même l’appui du bec de gaz, cravate en place, veste sortant de l’armoire, défiant le boulevard Raspail, l’horizon ce cher Harold ! Nelson sans tonneau, Nelson sans pitié pour notre Trafalgar. »


* Les juments impavides, par Jean Rochefort LE MONDE SPORT ET FORME | 04.08.2012


« Sachez ici qu'impavide est la jument quand l'étalon la pénètre, impavide et pourtant nous n'ignorons pas que la verge de l'étalon est digne d'estime lorsqu'elle sort de son fourreau. Les juments sont-elles insensibles à Eros ? « J'étais victime d'Eros ! Eros qui fait trembler même les petits oiseaux. »Coetzee, Prix Nobel de littérature.


Il me faut briller encore, amis : les juments n'ont pas les muscles faciaux qui nous permettraient de décrypter chez elles les tsunamis du plaisir, les vagues bouleversantes qui selon une confidence avaient fait hurler à une amie, qu'un de mes amis honorait : "C'est pas possible, ils sont plusieurs." Ah, le beau constat ! Oh la somptueuse mise en confiance. Mon ami bouleversé réussit ensuite tout ce qu'il entreprit, de la belote coinchée à la formule 1.


Darwin est au courant, il y a des manques, des erreurs, des oublis. C'est pourtant beau les partages, hélas les juments n'ont que leurs yeux pour nous transmettre un message. Tandis que l'étalon ivre de plaisir mord brutalement la crinière de l'honorée, celle-ci, au monde impénétrable, semble somnoler. Nos belles juments, les bais brunes, les alezanes au crin lavé, les rouannes et les isabelles sont donc à nos yeux surpris les Buster Keaton de l'étreinte.

 

 

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19 janvier 2014 7 19 /01 /janvier /2014 00:09

Vous auriez tort de zapper. Il est d’actualité ce copié-collé d’une scène se déroulant entre les murs du bureau privé de l’occupant précédant du « château ».


Marie-Célie Guillaume, était directrice du cabinet de Patrick Devedjian au Conseil  général des Hauts de Seine depuis 2007. Le titre ne biaise pas : Le Monarque, son œuvre, son fief, avec en sous-titre Hauts-de-Seine : chronique d’un règlement de comptes. Paru en librairie le 14 juin 2012, soit entre les deux tours des élections législatives, le livre rencontre le succès commercial et figure, plusieurs semaines consécutives, dans les meilleures ventes de sa catégorie.


Un chapitre de l’ouvrage a soulevé une émotion particulière. Intitulé Rocky et le monologue du périnée, ce chapitre met en scène une pulsion sexuelle de « Rocky », alias le « Monarque », demandant — et obtenant — une faveur sexuelle à l’élue d’une grande ville du Sud de la France venue solliciter du président de la République une subvention pour un nouveau musée de sa ville. « Au milieu du livre, elle assène le coup de grâce au Monarque. Dans son bureau, il reçoit une élue quand son souffle devient court : « Sois gentille... Tu vois bien que j'ai besoin de me détendre ! Allez, c'est pas grand-chose... » link

 

D’après l’enquête de certains journalistes, c’est ce récit qui aurait suscité la plus vive colère de Nicolas Sarkozy. « Sarkozy n'a pas digéré la scène du livre qui se passe dans son bureau. Il veut la peau de Devedjian », déclare au Monde un élu UMP« Il passe [notamment] une soufflante à la présidente du groupe UMP au conseil général des Hauts-de-Seine, Isabelle Caullery, qui, tétanisée, préfère démissionner »


Voilà ce que j’écrivais dans mon petit roman :


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Jean Sarkozy devant Patrick Devedjian et Marie-Célie Guillaume, le 31 mars 2011 à Nanterre (Christophe Morin/IP3 PRESS/MAXPPP)

 

« La bougresse écrit vivement et bien. C’est un  régal ! Les pseudos sont évidemment transparents : le Monarque, la Première Dame, la deuxième Première dame, le Préfet Tigellin, Maître Jourdain la plume du Monarque, le Conseiller aux Cultes, Langue de VIP, le Muet d’Orsay, Gazelle du Sénégal, Belle Amie, @fdebeauce, l’Arménien, le Dauphin, Don Léonard, les Thénardier… pour les principaux protagonistes.link 


Je ne résiste pas à vous lire à haute voix des pages frappées au coin de la pertinence et de l’impertinence. « Debout dans un coin, Préfet Tigellin, objet de toutes les curiosités, écoute l’air affable le célèbre philosophe mondain prodiguer ses conseils sur la paix en Orient tout en surveillant sans relâche les convives du coin de l’œil.


Rien ne lui échappe. Les questions des journalistes, les jeux d’alliances d’un clan à l’autre, le numéro un peu surjoué de Maître Jourdain, le cinéma de Belle Amie, le frémissement d’impatience qui flotte dans l’air dans l’attente du Monarque et de son épouse. Il est la clé du dispositif, celui sur qui tout repose. Contraire et double du Monarque, il a minutieusement construit avec lui une proximité d’autant plus mystérieuse que tous les oppose. Les collaborateurs historiques supportent mal cette relation qu’ils ne comprennent pas. Ils ont vu arriver avec un mépris à peine dissimulé ce haut-fonctionnaire passe-muraille et discret, ne s’en sont pas méfiés. Mal leur en a pris ! En quelques années, Préfet Tigellin les a tous supplantés. Le Monarque a une confiance absolue en lui, il l’appelle à chaque instant, l’associe à tous ses rendez-vous et lui délègue tout, absolument tout, secrets d’Etat et affaires privées. »


Pour la bonne bouche, la réception par le Monarque, dans son bureau privé, de Madame de P, maire d’une agglomération de 265 000 habitants aux magnifiques remparts classés, parlementaire active et appréciée.


Tailleur pantalon strict, gros dossier sous le bras, elle est intimidée, cela ne lui ressemble pas. Le Monarque l’écoute à peine et il « s’est approché. Il est encore sous l’effet de l’euphorie de son combat de boxe imaginaire. Il savoure l’hystérie adorante de ses groupies, leurs cris de désir qui montent à lui, il ressent dans tout son corps la tension du duel et l’excitation de la victoire. Il a chaud, très chaud. « Regarde dans quel état je suis, tu  ne peux pas me laisser comme ça… » Son souffle est court, son visage se congestionne. « Monsieur le Monarque, enfin, contrôlez-vous ! »


-         Sois gentille… Comment je vais faire pour mon discours, là tout de suite ? Tu vois bien que j’ai besoin de me détendre ! Allez, c’est pas grand-chose… » supplie-t-il.


 Elle tourne la tête, ferme les yeux quelques instants. Les images affluent par flashs, souvenirs refoulés d’une autre vie. Un sourire imperceptible, un léger hochement des épaules. Tout cela a si peu d’importance, les hommes sont pitoyables. Cela ne dure que quelques instants. Le Monarque est pressé. Madame de P. compréhensive. Après tout se dit-elle, non sans humour, le Monarque a tellement de soucis, tellement de responsabilités, il faut bien qu’il les évacue. Si elle peut l’aider, c’est vrai que ce n’est vraiment pas grand-chose. Apaisé, souriant, le Monarque ajuste sa cravate et enfile sa veste. « Bon, faut que j’y aille. J’ai un discours. »

 

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18 janvier 2014 6 18 /01 /janvier /2014 08:18

« Reprendre des forces, tenter de voler à la rame de haricot un peu de son incroyable vigueur, de cette folle énergie qui la fait grimper au ciel, manger et boire. Respirer. Penser, aussi, car, plus encore qu'hébété, la mort rend idiot: on pleure l'injustice, alors que la règle du jeu de cette merveilleuse chienne qu'est la vie, on la connait. Il suffit d'un QI supérieur à celui d'une huître ou d'un supporter de football, pour savoir que le match, aussi disputé, aussi beau soit-il, a une fin. Que certaines absences sont tout aussi définitives qu'inéluctables, qu'il faut apprendre à vivre avec.


Oui, vivre. Vivre, créer, produire, s'émerveiller, aimer, avancer… Écrire, aussi. Mon père, fort d'amour et de livres, était mon premier lecteur. Je pense même qu'il y avait un peu de lui dans chacun de mes mots. C'est pourquoi je vous prie d'excuser le style un rien tremblotant de cette chronique dédiée au lecteur que j'ai perdu, il s'agit du premier texte que j'écris seul. En son absence. » link

 

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* Après la bataille

 

Mon père, ce héros au sourire si doux,

Suivi d’un seul housard qu’il aimait entre tous

Pour sa grande bravoure et pour sa haute taille,

Parcourait à cheval, le soir d’une bataille,

Le champ couvert de morts sur qui tombait la nuit.

Il lui sembla dans l’ombre entendre un faible bruit.

C’était un Espagnol de l’armée en déroute

Qui se traînait sanglant sur le bord de la route,

Râlant, brisé, livide, et mort plus qu’à moitié.

Et qui disait: « À boire!  À boire par pitié ! »

Mon père, ému, tendit à son housard fidèle

Une gourde de rhum qui pendait à sa selle,

Et dit: « Tiens, donne à boire à ce pauvre blessé. »

Tout à coup, au moment où le housard baissé

Se penchait vers lui, l’homme, une espèce de maure,

Saisit un pistolet qu’il étreignait encore,

Et vise au front mon père en criant: « Caramba ! »

Le coup passa si près que le chapeau tomba

Et que le cheval fit un écart en arrière.

« Donne-lui tout de même à boire », dit mon père.

 

Victor Hugo

 

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