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10 avril 2008 4 10 /04 /avril /2008 00:04
 
Comme vous le savez, ma petite liberté de ton, mon impertinence acidulée, mon goût immodéré de n’être jamais là où certains voudraient me cantonner pour m’étiqueter, ma légèreté blâmable, ma coquetterie, mon côté je ramène ma science sur tout, ma façon de me vêtir, de me comporter, d’écrire, d’aimer les femmes, ma manière d’être en général, mon inoxydable capacité de croire au triomphe de l’intelligence, mon statut d’ex-soixante-huitard « non révisé » qui dit assumer ses contradictions, mon long passage dans les lieux de pouvoir, mon fichu rapport qui n’en finit pas d’exister, et toute une cotriade d’autres travers, exaspèrent un panel très hétéroclite de gens. Qui puis-je ? Rien ! À mon âge on ne se change pas mais, comme je n’en tire aucune gloriole et que je ne cultive pas ma différence, ce matin, permettez-moi de vous confier le pourquoi de cette insoutenable façon d’être.
 
Je vous fais grâce des traditionnelles explications puisées dans les molles sciences que sont la psychologie et la sociologie et, bien sûr je ne m’aventurerai pas dans l’univers impitoyable des cliniciens. Pour moi, c’est tout simple, le seul et unique responsable de mon état : c’est mon vélo ! D’où la répartie immédiate de ceux que j’exaspère : « On vous l’avait bien dit, ce type à un petit vélo dans la tête » dont j'aurais pu m’emparer derechef pour en faire le titre de cette chronique. Et pourtant, ce que je vais écrire à propos de mon vélo et sur son rôle éminent dans ma façon d’être est frappé au coin du bon sens, et surtout, riche d’enseignements pour tout ceux qui croient qu’il faut défendre notre art de vivre, alors qu’il suffit tout bêtement de vivre.
 
À mon arrivée à Paris, deux évidences s’imposèrent à moi : vivre dans Paris, c’est-à-dire y habiter, et m’insérer dans les plis de cette ville, en clair aller et venir en toute liberté. Très vite, pour vivre ma ville, bien la connaître, la découvrir, la sentir, il me fallait l’investir à l’air libre, donc marcher – la mode des rollers dans les années 70 n’avait pas encore touché les urbains – ou pédaler. J’ai commencé par marcher : un petit matin d’un samedi de printemps j’ai même plongé dans l’étrange saignée de la Petite Ceinture. Et puis un jour, lorsque j’en ai eu les moyens, j’ai fait l’acquisition d’un vélo de ville : un grand tout noir hollandais, un Royal Batavus, trois vitesses au moyeu, freinage par rétropédalage, chaîne carénée, selle Brooks, le nec plus ultra, indestructible : pour preuve il est toujours là, fringant, vaillant, admiré de tous. Choix de vie, autonomie et liberté, ce fut fondateur.
 













À vélo, dans la ville, hormis que pour y survivre face à la horde motorisée – qui ces dernières années avec le boom des scooters est devenue quasi-sauvage – et l’indiscipline des piétons, on apprend la civilité et le calcul de la bonne trajectoire en partant du principe que pour les maîtres de la chaussée, les impérieux à moteur, le cycliste est un importun. Comme me le faisait remarquer finement, lors d’un déjeuner en ville, le gros Gérondeau, passé de la Sécurité Routière au tout pour la bagnole – c’est plus juteux – « le vélo n’a pas sa place à Paris… » L’est vert le Gérondeau avec le succès du Vélib mais ça ne l’empêche pas de vociférer contre l’arrogance des néo-cyclistes qui, entre nous soit dit, sont assez cons pour mettre leur vie en danger et, en plus, de faire réélire Delanoë. Même Bernard Arnault s'y met, chez Louis Vuitton les abonnements à Vélib (29 euros/an) sont pris en charge par la maison.
 
Dans la ville les « sauvageons » en col blanc sont légions : sus aux feux rouges, pas de rémission, la rue est aux astucieux insoucieux des règles du code de la route et de la bienséance, insultes, bras d’honneur, même ces dames s’y mettent. Mon drame c’est que ce sont eux qui donnent le la : le néo-cycliste est trop souvent un automobiliste à vélo. Les gardiens de l’ordre, eux, majoritairement automobilistes dans l’âme, sont beaucoup plus préoccupés par la fluidité du trafic, la verbalisation aveugle mais juteuse, le rodéo hurlant, que par la protection des usagers les plus faibles. La rue c’est la jungle, le vert en moins, les gaz d’échappement en sus ! Reste, les derniers aristos du vélo, dont je suis, soucieux de leur vie et de celle des autres, qui survivent dans cet univers impitoyable.
 
Alors, certains d’entre vous m’objecteront qu’il faut être fou pour persister dans cet exercice où l’on risque de finir sa vie sous les roues d’un Cayenne rutilant. J’en conviens mais ranger définitivement mon fier destrier dans sa sombre écurie ce serait pour moi déjà mourir un peu. Pour moi faire du vélo de ville en ville – les dératés en VTT et combinaison moule-bite ne font pas du vélo, ils pédalent – est un exercice vital. En effet, enfourcher ma monture c’est brûler mon stress, être ponctuel, admirer le lever du soleil en traversant le pont Royal, réfléchir, décanter ma pensée, repérer les nouveautés des vitrines, mater les filles, sourire aux jolis femmes, indiquer leur chemin à des américains, s’arrêter boire un verre à une terrasse, faire ses courses, narguer la maréchaussée en train de débiter des PV, bronzer, chanter, bavarder aux feux tricolores avec d’autres vélocipédistes, flâner, garder la ligne, être border line au resto avec le picolo mais pas trop, porter une brassée de fleurs sans me prendre pour le roi de la pédale, faire un saut chez le boucher sans râler, découvrir des rues inconnues et des inconnues tout court, écrire une chronique sur son blog, bref concilier l’utile à l’agréable.
 
Vivre quoi !
Bateaux-et-Sexe-020.jpg Vélo Bling Bling by Chanel 8900 euros pièce. Philippe c'est ça le luxe des nouveaux riches...
   

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Aredius 25/01/2014 10:03


Rien n'est dit sur le casque. Pourtant le casque est à la mode. Il faudrait alors up2dater le papier.


Je me suis mis au casque. Depuis qu'au rond-point de Paris à Nantes, j'ai vu un type au volant de son char, l'ordi sur les genoux, le téléphone à l'oreille, taper sur le clavier tout en changeant
de direction en poussant le volant avec son bidon. Oui oui !


N'ayant pas trouvé de surcasque pour protéger mon crane dégarni, j'ai finalement (au final) trouvé un casque Abus (homologué aussi pour le ski), avec ouies fermables, ne laissant pas passer la
pluie.


La selle en cuir me fait envie. Ce sera mon prochain geste égoîste.


 


 

Yo Man 10/04/2008 09:04

Blig bling, ca sonne Sarko ou UMP ?Sarko fait des émules à l'UMP, ou un élu parisien s'adresse à Delanoe EN ALEXANDRINS notamment à propos du vélo à Paris :http://delanoe-illusionniste.hautetfort.com/

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