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2 juillet 2011 6 02 /07 /juillet /2011 00:08

Provocateur JB Doumeng l’était. Face à une flatterie indécente ou un propos maladroit ou un comportement minable il était capable des pires extravagances qui trahissaient « ses rancœurs et défis de gosse frustré, sinon méprisé ». Ainsi à un apparatchik fat, Ministre hongrois du commerce extérieur, qui à la fin de son discours osait placer cette aumône : « À présent, cher ami français, s’il vous manque quelque chose dites-le moi... » il rétorquait

- Oui, monsieur le Ministre, une belle peau d’ours.

- Simple détail, et facile à trouver. Pour un manteau, je suppose.

- Pas du tout... L’hiver, ma femme et moi adorons faire l’amour, nus, sur une peau de bête, devant un feu de bois... Ça amuse les enfants... La civilisation capitaliste, trop sophistiquée, nous a coupés de la nature. »

 

Parfois il poussait le bouchon très loin, trop loin comme ce qui suit qui n’est pas du meilleur goût. Âmes sensibles s’abstenir !

photo-Tardi.jpg

 illustration tirée de la BD de Tardi-Pennac La Débauche chez Gallimard

 

« À Vichy, l’assemblée générale de la Mutualité Agricole lui avait offert un soir, l’occasion d’inviter à dîner l’épouse du ministre de l’Agriculture, Edgard Pisani, et deux de ses amies. Il les entraînait ensuite sabler le Laurent Perrier Grand-Siècle au cabaret du Casino. Comme il fanfaronnait un tantinet, il s’était attiré cette remarque de Mme Pisani :

«  Si je comprends bien, M. Doumeng, avec votre notoriété et votre fortune, vous pouvez tout vous permettre.

- Exactement, chère madame... Aussi bien péter chez Rothschild, que pisser contre le mur de ce cabaret.

- Oh ! Vous n’oseriez pas ! » gloussa l’une de ces dames, ignorante qu’il ne fallait jamais défier Jean Doumeng.

 

Et il s’en fut, sans hésiter, uriner dans un coin de la salle, sous les regards sidérés du voisinage. La réprobation le disputait à la surprise, et un murmure le raccompagnait à sa table, où il y alla de sa petite plaidoirie : « Je sais que je vous écœure, mais vous n’osez rien dire parce que j’ai du pognon. Lorsque je tirais la langue, gosse, et que, premier de la classe, j’ai demandé une bourse pour la poursuite de mes études, on me l’a refusée. Pardonnez-moi donc, si je n’ai pas d’éducation. Ce n’est pas tout à fait de ma faute, si je traîne toujours un peu de merde de bouseux... On me l’avait bien dit et répété, gamin, quand tout m’était interdit, qu’avec du pognon, tout me serait permis. Et il me plaît parfois de le vérifier, comme aujourd’hui. À présent que j’ai réussi, certains, notamment des journalistes à l’affût qui apprécient ma table et mon champagne, trouvent géniales mes conneries. Il en va ainsi dans la vie. Mais sachez que, s’il m’arrive de jouer au con, c’est plus fort que moi, et ça ne m’amuse pas. »

 

In Jean-Baptiste Doumeng, Le grand absent de René Mauriès chez Milan

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1 juillet 2011 5 01 /07 /juillet /2011 00:09

En ce moment, pour les politiques ce n’est pas le pied, surtout pour les mâles, bas les pattes, les gauloiseries ne sont plus de saison. Pour avoir fréquenté les allées du pouvoir, où nous les hommes restons majoritaires, je puis témoigner que « le cul et la bouffe » sont bien dans l’ADN de nos élus mais à peu près au même niveau que dans les entreprises. Sans m’aventurer plus avant dans les alcôves et les bureaux je soulignerai seulement que ce qui est en jeu c’est le rapport du faible au fort doublé, surtout dans la classe politique, d’un sentiment d’impunité. Je m’en tiendrai donc à la bouffe qui, pour nos élus, se nomme gastronomie.

 

Dans un livre récent : Dans les cuisines de la République chez Flammarion Pascale Tournier et Stéphane Reynaud écrivent dans leur prologue « La gastronomie, telle est pratiquée par nos sénateurs, députés et ministres, a le verbe haut. Définissons-là comme un ensemble de recettes élaborées, codifiées, mariées à des vins, et à un discours. La gastronomie s’associe à un message tantôt politique, tantôt diplomatique. Aux sonorités parfois identitaires » Notre Président de la République, au Salon de l’Agriculture 2008 a déclaré « Nous avons la meilleure gastronomie du monde ; enfin, de mon point de vue.»  Alors faut-il, comme la sémillante Isabelle Giordano sur France Inter, se poser la question la gastronomie est-elle de gauche ou de droite ou y a-t-il des plats de gauche et des plats de droite?

 

Si l’on réduit le champ aux seuls politiques la réponse est bien évidemment, non. Nos deux auteurs le soulignent : « François Hollande embrasse Jacques Chirac qu’il croise dans un restaurant hors de prix situé près de l’Elysée. Olivier Besancenot, Dominique de Villepin et Martine Aubry goûtent aux mêmes raffinements italiens à Saint-Germain-des-Prés. À chacun ses caprices. Nicolas Sarkozy exige ses truffes, en macaronis, en soupe ou en sandwich. Xavier Bertrand se dit prêt à se prostituer pour un cassoulet. ». Nos élus sont du côté de l’élite et non du peuple. En revanche, sans faire de la sociologie bistronomique, il est clair que c’est le montant de l’addition qui constitue le bon indice de clivage et que, d’une manière générale, hormis la gauche dites caviar, les citoyens les plus aisés votent plutôt à droite et ce sont ceux qui constituent la chalandise des restaurants gastronomiques et qui par ailleurs achètent les vins les plus couteux.

 

Pour ma part, je l’ai écrit dans une chronique : Chère maman d’accord avec Yves Camdeborde : « enlevons le mot gastronomique » au repas à la française inscrit au Patrimoine Mondial de l’Unesco link ce débat me semble de peu d’intérêt. Ce qui compte vraiment pour moi c’est le « bien manger de tous les jours », celui du dimanche et des jours de fête, et, en ce domaine, le bon peuple et toute une tranche de cuisiniers assurent la perpétuation de notre bien vivre. Nous ne sommes pas dans le domaine du politique et de ses clivages mais dans celui de l’esthétique, de la conception de la vie, de choix de vie. La ligne de partage est beaucoup plus sinueuse car elle traverse alors nos affinités familiales, régionales, amicales, professionnelles, et assemble autour de la table des femmes et des hommes d’horizons divers. Autour de cette table on se parle, on échange, on se confronte, mais grâce au vin, lorsqu’il est servi et bu à bon escient, la conversation peut s’enhardir, créer des liens. Rocard a plaidé pour une démocratie apaisée où nos clivages politiques, tout en restant clairs, ne nous empêcheraient pas de nous retrouver sur des questions essentielles. Nous en sommes loin, très loin, et les élites économiques et politiques portent une lourde responsabilité dans le fossé qui se creuse toujours plus encore.

 

Notre cuisine, notre gastronomie, nos cuisines individuelles ou collectives : du restaurant d’entreprise à la table étoilée, sont un décalque parfait de l’état de notre société à la fois complexe, contradictoire, pleine de bonnes intentions et de choix plus ou moins bien assumés. Les restos du cœur de Coluche voisinent avec le luxe insolent des tables de Palace, le prix de certains grands crus bordelais font que le prix d’une de leur bouteille équivaut à un tonneau de Bordeaux, l’obésité est chez nous pays développés une maladie alors que la malnutrition touche plus d’1 milliard d’êtres humains. Le monde n’est certes pas qu’en noir et blanc mais les contrastes, les lignes de fractures, loin de se résorber se renforcent, s’élargissent et, j’avoue que je trouve vulgaire et indécent ce goût que cultivent certains de ne s’intéresser qu’à leurs menus plaisirs. Vivre certes, sans forcément se couvrir la tête de cendres ni jeûner, mais garder un peu de retenue, regarder au-delà de son assiette et de son verre...

 

Sans conclure, mes courtes réflexions ne le permettent pas, je propose à votre lecture un papier de Curnonsky en septembre 1955 Le fait du Prince : les partis en gastronomie qui vous permettra de mesurer qu’en 50 ans nous sommes passés pour nos politiques d’une France de notables à une France de professionnels  de la politique dont l’expérience de la vie de tous les jours, celle qu’affrontent leurs électeurs, est de plus en plus mince et réduite. Ceci écrit ce sont ces derniers qui les élisent, alors cherchez l’erreur...

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30 juin 2011 4 30 /06 /juin /2011 00:09

photoVB.jpgEn notre beau pays, qui se veut aussi celui du vin, la place de Bordeaux concentre sur sa manière d’être, une somme d’allergies provoquant des prurits violents. Et pourtant, avec leur mise au château, même si parfois ceux-ci ne sont qu’en carton pâte, ils ont su flatter, brosser dans le sens du poil, le populo. Pour preuve une publicité récente du CIVB qui déclarait « Offrez-vous un château pour une petite pincée d’euros ». La populace a applaudi lorsque la Terreur a raccourci Louis le Seizième et sa Marie-Antoinette mais chez nous il est de bon ton de parler de pouvoirs régaliens, d’adorer la pompe et l’apparat hérités de la royauté, de révérer les particules : Giscard dit d’Estaing, de rêver de souper chez la baronne ou la comtesse, d’acheter un Baron de Lestac et, bien sûr, de s’extasier devant la télé lorsque les acheteurs de GCC font péter les milliers d’euros bien mieux que les fayots.

 

Tout ça c’est vieux comme la France ! Pour preuve les écrits de notre Emile Zola : d’un côté la Gervaise la blanchisseuse de l’Assommoir, qui gage sa robe au mont de piété pour inviter ses voisins à fêter son anniversaire. Elle leur fait péter la sous-ventrière mais, quand arrive le « vin cacheté », le grand-frère des mises à la propriété, les ouvriers qui cassent du bourgeois et de l’aristo se lèvent pour porter un toast, sacrifiant, avec dignité et politesse, au rituel de leurs ennemis de classes (1). De l’autre, Nana, la dévergondée, la poule de luxe, la courtisane, qui organise une soirée pour fêter son succès au théâtre et sert des grands vins pour impressionner ses invités (2).

 

Le vin est symbole de classe sociale. C’est un marqueur et tous ceux qui poussent des cris d’orfraies à propos des Primeurs de Bordeaux sont a-historique. La qualité du vin, au sens ancien du mot, et la manière de le servir, de le déguster, symbolise, aussi bien pour les nantis que le populo, le luxe, la richesse, le prestige, le gaspillage, la débauche. Toutes les belles phrases ampoulées, emphatiques, les cris d’amour pour le vin n’y changeront rien, il faut impressionner la galerie, en jeter un maximum, faire comme si...

 

(1) « Et le vin donc, mes enfants, ça coulait autour de la table comme coule à la Seine. Un vrai ruisseau, lorsqu’il a plu et que la terre a soif. Coupeau versait de haut, pour voir le jet rouge écumer ; et quand un litre était vide, il faisait la blague de retourner le goulot et de le presser du geste familier aux femmes qui traient les vaches. Encore une négresse qui avait la gueule cassée ! Dans un coin de la boutique, le tas des négresses mortes grandissait, un cimetière de bouteilles sur lequel on poussait les ordures de la nappe.

[...] Mais brusquement, Gervaise se souvint des six bouteilles de vin cacheté ; elle avait oublié de les servir avec l’oie ; elle les apporta, on emplit les verres. Alors, Poisson se souleva et dit, son verre à la main :

- Je bois à la santé de la patronne.

Toute la société, avec un fracas de chaises remuées, se mit debout ; les bras se tendirent, les verres se choquèrent, au milieu d’une clameur »

 

(2) « Purée d’asperges comtesse, consommé à la Deslignac murmuraient les garçons, en promenant des assiettes pleines derrière les convives.

[...] On se serra encore, Fourcamont et Louise obtinrent pour eux deux un petit bout de table ; mais l’ami dut rester à distance de son couvert ; il mangeait, les bras allongés entre les épaules de ses voisins. Les garçons enlevaient les assiettes à potage, des crépinettes de lapereaux aux truffes et des gnocchis au parmesan circulaient.

[...] On servait les relevés, une carpe du Rhin à la Chambord et une selle de chevreuil à l’anglaise.

[...] Un grand mouvement avait lieu autour de la table. Les garçons s’empressaient. Après les relevés, les entrées venaient de paraître : des poulardes à la maréchale, des filets de sole sauce ravigote et des escalopes de foie gras. Le maître d’hôtel, qui avait fait verser jusque là du Meursault, offrait du Chambertin et du Léoville. »

 

Kazum Ogoura souligne dans son livre La dégustation du vin à travers la littérature française :

«  Les trois vins qui apparaissent dans Nana ont plusieurs éléments communs : ce sont tous de bons crûs, mais ce ne sont pas des vins des plus prestigieux. Ceci signifie que l’on peut se procurer ses vins assez facilement dur le marché. Ainsi dans le roman, ces trois vins, de par leur qualité et leur facilité d’accès, symbolisent à la fois la qualité du festin que Nana organise et la banalité qui entoure de dîner.

Il y a cependant un autre élément que le choix du vin qui se cache dans le roman ? Le symbolisme se dissimule dans le fait que les trois vins de première qualité sont choisis par le maître d’hôtel et qu’aucun convive (sauf Daguent qui fait un commentaire sur le poisson et le Léoville) ne semble avoir connaissance de la qualité du vin dégusté. »

 

L’adage populaire « Donner de la confiture à des cochons » est, ici et maintenant, le plus parlant mais ne dit-on pas aussi « cochons de payants ! »  Alors « vin cacheté » maintenant GCC la roue tourne mais rien n’a vraiment changé sauf le prix à payer qui maintenant plus corsé pour une flopée de gens de peu qualité mais fort argenté...

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29 juin 2011 3 29 /06 /juin /2011 00:09

« Pas grand-chose de ses dix doigts... » rétorqueront mes supporters les plus acharnés. Alors pour les insupporter un peu plus encore, profitant de l’envoi du bon à tirer annuel de ma notice biographique du Who’s Who 2012, je vous la balance. Précision : on n’entre pas dans le gros livre rouge parce qu’on le souhaite, on vous le demande. On peut refuser. Je ne l’ai pas fait, par pur orgueil bien sûr  mais aussi rien que pour faire bisquer les qui vous savez.

 

En plus quand Berthomeau est en vacances c'est aussi congés pour les lecteurs, il fait quasiment du copié-collé mais comme c'est un chieur il faut une loupe pour lire le texte. 3 vieilles chroniques pour affiner le portrait (les liens sont au-dessous de cette image).

 

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http://www.berthomeau.com/article-2174302.html CV sans photo

 

http://www.berthomeau.com/article-2186735.html Encore un bout de ma vie

 

http://www.berthomeau.com/article-2243514.html Le bras droit du Ministre

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26 juin 2011 7 26 /06 /juin /2011 00:09

Le rêve : « expédier sur les télescripteurs – mais ça n’existe plus les télescripteurs avec leur bruit de sabots sur les pavés – des clients de l’AFP une dépêche datée du 23 juin relatant le retour de Maxime Le Forestier à San Franscisco 30 ans après sa première traversée de la mer en 1970. Romain RAYNALDY est cet heureux privilégié qui raconte les souvenirs californiens du chanteur qui souligne tout de même qu’il faut « se méfier du passé, prendre garde à ne pas inventer une légende ».

 

Je cite donc Romain RAYNALDY « Il se remémore néanmoins cette parenthèse enchantée d'un mois dans la maison bleue -- dont un ami acteur lui avait donné l'adresse lors d'un concert en Belgique -- où il n'était retourné qu'une fois, au milieu des années 70. « C'était un mois particulier, c'était la première fois que j'allais en Amérique et que je traversais la mer », dit-il.

« En m'y replongeant, maintenant, je me souviens que je ne parlais pas un mot d'anglais, donc je n'ai rien compris à ce qui se passait. Du coup, c'était un autre monde. J'étais chez les Martiens ».

Dans cette communauté de hippies, où il séjourne avec sa sœur Catherine, il ne fait pas de musique mais en écoute beaucoup, découvre de nombreux artistes, et assiste à quelques épisodes « marquants »

« J'ai vu des choses très étranges », s'amuse-t-il. « Je me souviens d'avoir vu (la figure de la beat generation) Allen Ginsberg déguisé en femme, lisant des poèmes en s'accompagnant au violoncelle. Ça ma frappé ! ».

« Ce quartier était quand même particulier, car il y en avait des dizaines, des communautés comme la nôtre », ajoute-t-il. « On avait l'impression d'être dans une ville de jeunes. Et en France, au début des années 70, c'était impossible de ressentir ça ».

 

Mais où était donc cette maison bleue ? Lorsque ses amis l’interrogeaient Maxime Le Forestier répondait « adossée à la colline » car il ne se souvenait pas de l'adresse. « Mais pour les quarante ans de carrière de l'artiste, sa maison de disques Universal décide de retrouver la maison et de la faire repeindre. C'est le chanteur qui retrouvera finalement l'adresse, dans ses archives. Et l'on redécouvre alors une petite maison de style victorien, comme il en existe des milliers à San Francisco.

« Les gens sont parfois déçus de voir que c'est une maison de ville, dans une rue. Beaucoup se l'imaginent isolée sur une colline », dit-il.

 

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25 juin 2011 6 25 /06 /juin /2011 00:09

L1010574.JPGQue n’a-t-on entendu en son temps sur la raffinerie de Georges Pompidou ou sur l’offense faite au Louvre avec la pyramide de Pei imposée par François Mitterrand ! De Gustave Eiffel, et sa tour éponyme, à Renzo Piano forniqueur de laideur sur le plateau Beaubourg, longue est la cohorte de ceux qui exècrent l’irruption dans leur univers étroit, confortable, de la création. Des conservateurs, des E330 de l’architecture, des dont la vie s’est arrêtée à leur petite ligne d’horizon familière... Le beau et le laid, dans son « Histoire de la laideur » Umberto Eco démontre que cette distinction repose sur une vision simpliste selon laquelle les « goûts communs correspondent peu ou prou aux goûts artistiques de leur temps. » Le laid n’est en rien le contraire du beau, l’affaire est plus complexe et la laideur est rarement le revers de la médaille. Aversion épidermique à tout ce qui tranche sur l’ordinaire, mais comme Wittgenstein l’écrivait « Peut-être la chose la plus importante en ce qui touche l’esthétique est-elle ce qu’on appelle les réactions esthétiques, par exemple le mécontentement, le dégoût, la gêne. »  L1010579.JPG

Tout ça pour vous dire qu’entre le questionnement inconséquent « C’est beau ou c’est moche ou tout le monde s’en fout ? » de ceux qui se veulent profonds mais qui ne remontent jamais de leur abîme insondable et la charge féroce de l’ami Lalau qui, sur la vue de photos dites officielles, très papier glacé : je l’ai dit à Christian de Portzamparc, fait du chai de Cheval Blanc une insulte au paysage, je revendique un autre regard, j’affirme ma place. Je ne me sens ni courtisan, ni procureur, simple piéton en un lieu où je n’avais jamais mis les pieds. Dans les vignes de Saint-Emilion à la lisière de Pomerol, donc à la campagne, loin de mes paysages urbains familiers. Question : faut-il préserver la campagne de tout nouveau geste architectural ? Excellente question mais qui m’amène à répondre qu’avant de mettre le paysage sous cloche encore faudrait-il se préoccuper de la laideur ordinaire des lignes électriques par exemple ou de l’agression de ce que l’on nomme communément ouvrages d’art. De plus faut-il tout figer, momifier, décréter que tout s’est arrêté au XIXe siècle ? Je ne le crois pas et, loin de l’opposition frontale du beau et du laid, je vais tenter d’expliquer pourquoi en vous contant ma visite au nouveau chai de Cheval Blanc.

 

Ce samedi donc, invité par les maîtres du lieu, ayant dormi à quelques encablures, je suis arrivé dans ma petite Twingo noire avant tout le monde et, filant entre de belles hôtesses, j’ai pris possession du lieu, à mon pas, sans idées préconçues. Laissant de côté le côté ventre, là où se fera le vin, je me suis tout d’abord intéressé à l’impact du geste architectural de Portzamparc sur l’environnement. Un détail d’importance : aucun cep de vignes n’a été sacrifié à la construction. Armé de mon petit Leica, en ce petit matin frisquet, la lumière était idéale car en dépit de lourds nuages un fin soleil m’accompagnait. Je m’enfonçais donc dans l’océan de vignes afin de prendre le recul nécessaire pour que mon œil embrassât l’ensemble car c’est à hauteur d’homme, et non vue d’avion ou d’un piédestal, que l’on vit, que l’on voit les choses. M’imprégner, ouvrir l’angle, j’ai pris le temps. J’ai laissé s’installer en moi les images sans retouche et, dans ma solitude je n’ai nullement ressenti d’agression visuelle, bien au contraire, calme, effacement, sérénité, ce lieu nouveau m’est apparu comme un lien, un arc, le crayon de l’architecte s’est fait simple trace s’est inscrit dans l’esprit du lieu. L1010572.JPGQu’on puisse ne pas aimer, c’est le lot du jugement esthétique, je suis le premier à l’admettre mais ce que j’ai du mal à comprendre c’est que l’on puisse contester le fait de construire un chai à côté d’une bâtisse sans grand caractère. Est-ce ostentatoire parce que les deux propriétaires sont très fortunés ? La réponse est non. Je retrouve dans cette prévention la même allergie que celle développée à l’encontre des grands travaux du François de Jarnac (et Dieu sait que cet homme me hérissait). Folie des grandeurs, créations dispendieuses, manœuvres dilatoires d’un Balladur pour ne pas quitter le Louvre, et au bout du compte un enrichissement et une mise en valeur de notre patrimoine. Que Bernard Arnaud et le Baron Frère convoquent le génie d’un architecte, pour construire un nouveau chai s’inscrivant dans son siècle, c’est au-delà du pur investissement d’image, un acte que j’ose qualifier de mécénat. Si notre vieux pays s’enferme dans la pure conservation, la simple préservation, il laissera à d’autres le bénéfice de la vitalité née de la création. Je préfère 100 fois la création à la thésaurisation, au bas de laine ou à l’érection de bâtisses néo machin chose qui ne sont que des ersatz petits bourgeois plaisant au plus grand nombre.

 

L’objection la plus recevable pour moi n’est pas celle émanant des néoconservateurs mais celle des partisans de l’audace toujours plus d’audace ! Pour eux le geste de Portzamparc n’a rien d’innovant, bien au contraire il s’inscrit dans le goût dominant de ce début de siècle. À ce stade se repose la question du respect de l’esprit du lieu ? Y en a-t-il un à Cheval Blanc à la lisière de Saint-Émilion ? Afin d’éviter des constructions intempestives, comme pour le lotissement du coin, faut-il un règlement d’urbanisme dans les vignes de Grand Cru ? Je vois très bien les nouvelles ODG se pencher sur le sujet : combien de tours au château, faut-il un pont-levis, faudra-t-il s’éclairer à la bougie ? Bref, à question idiote réponse idiote. Par le passé nul ne s’est soucié de l’architecture de Cos d’Estournel alors au XXIe siècle laissons éclore les cents fleurs seule l’épreuve du temps triera le bon grain de l’ivraie.

L1010580.JPGEt puis j’ai pris le grand escalier aux marches de bois qui se love au flanc du bâtiment pour m’amener sur le toit. La « colline inspirée » déclare Christian de Portzamparc, un jardin suspendu flottant au-dessus des vignes, un 360°, un grand angle sur le vignoble : la Conseillante, l’Evangile et tout autour de l’herbe et des bleuets, rien d’apprêté, manque que les ruches. Halte au feu me direz-vous, je verse dans le dithyrambe. Rassurez-vous tout ne pas enthousiasmé dans mon périple mais, face à tous ceux qui, sans être venus voir si ce chais respectait l’esprit du lieu je me dois d’écrire qu’à mon sens ils se trompent. Je les invite à venir le constater sauf à ce qu’ils estiment que ce chai n’a aucune raison d’être. Reste que le geste architectural est une chose un chai reste un chai : il se doit de remplir ses fonctions. Pierre Lurton et son équipe ont donc, si je puis m’exprimer ainsi, enserré Christian de Portzamparc dans leur réseau de contraintes techniques. Hormis les cuves, il n’y a pour l’heure rien d’autre, toute la chaîne qui mènera le raisin à son devenir n’était pas en ligne. Le décor est planté reste donc à ce que la vie l’irrigue pour que le premier millésime emplisse les 52 cuves qui sont à l’image des 52 parcelles du domaine Cheval Blanc.  L1010587.JPG

La suite sur mes lignes si je suis convié à Cheval Blanc pour voir comment tout ça fonctionne...  

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24 juin 2011 5 24 /06 /juin /2011 00:09

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Je pars 8 jours en Italie et je ne vais pas perdre mon temps avec un expert en presque rien. Je vous offre simplement une vieille chronique « Rin de Rin... » link 

Entre 2001 et 2004 le débat AOC/cépages a eu lieu sans que les choix soient ensuite faits.

 

La réponse a été donnée dans la nouvelle OCM vin. Ce n’est pas moi qui l’ai votée. « Tous ensemble, tous ensemble, tous ensemble vers le bas » Bravo les éternels érecteurs de ligne Maginot ! Si vous aviez bien voulu lire les 10 feuillets de Cap 2010 link signés par 6 vrais professionnels du Vin nous n'en serions pas là. Mais les poujadistes ont écrit Non à Cap 2010 sur les cuves des caves coopératives et une de mes lointaines parentes languedocienne Chantal Berthomeau m'a écrit récemment qu'elle avait failli se faire lyncher sur les salons parce qu'elle défendait nos idées.  

 

Alors que le Rin de Rin la ferme à mon sujet, je n'ai aucune leçon à recevoir d'un ouvrier de la 25ième Heure pour moi ce type de ramenard il vaut mieux s’en tamponner la coquillette.

 

Insignifiant !

 

« Trop Tard ! »

 

signé Mac Arthur

 

Bons baisers à vous tous et sachez que la maison continue de publier les âneries du taulier même lorsque le taulier se promène en Italie...

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22 juin 2011 3 22 /06 /juin /2011 18:33

Y’avions point vu Michel Bettane sur le front de Vinexpo mais j’avions croisé Thierry Desseauve sur le stand des Côtes-du-rhône et bien évidemment j’avions entraperçu qui vous savez. De source bien informée il y aura un « chat » sur lemonde.fr demain jeudi à 11 heures, avec « le Bettane »...

faux débat à la française :

http://www.lemonde.fr/societe/chat/2011/06/22/cepage-ou-aoc-quel-avenir-pour-le-vin-francais_1539500_3224.html

Si vous voulez lui poser des questions, ne vous en privez pas ! Moi de retour de la Grande Foire Exposition de Bordeaux je n’aurais point le temps de « chatter » car faut que je m’occupe de « mes vaches, cochons, couvées... »

 

Alors les petits loups et les petites loutes de mon bel espace de liberté tous à vos mulots sur le coup de 11 heures et « faites chauffer la colle ! »

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21 juin 2011 2 21 /06 /juin /2011 00:00

Les vieux livres un peu jaunis, poussiéreux, extirpés – je n’écris pas exhumés car l’écrit ne meurt jamais – de l’oubli par le hasard d’une main qui cherche, trouve, feuillette, revivent sous notre regard. Ces textes retrouvés ne sont pas forcément des chefs d’œuvre mais tout simplement des marqueurs de leur temps, de simples tranches de vie. Si je vous les propose sur mon espace de liberté c’est pour poser un post-it dans votre mémoire afin qu’une époque, pas si lointaine, y laisse une trace pour que vous ne vous laissiez pas aller à la nostalgie, à ne retenir du passé que des images d’Épinal. La dureté des temps se renouvelle, perdure, change de visage, mais reste une constante de la vie des hommes.

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- Ça commença par de petites taches sur les feuilles, une gale comme des œufs de chenilles, presque rien quoi ! On se moquait bien alors des avertissements des messieurs de Dijon qui parlaient de maladie. On soignait la vigne, sans s’occuper de leurs fariboles. Là-dessus, la guerre arriva. Ceux qui tombèrent au sort sur la côte s’en allèrent se battre pour Paris, pendant que les bandes de Garibaldi venaient piller nos caves par ici.

« Mais quand on se remit aux vignes, ah ! mes enfants, quelle histoire ! Je revois encore ce matin de janvier où maître Bordet – il avait vingt-deux ans alors, – se releva, pâle, tirant à lui un pied de pinot, la racine pourrie, rongée, tombée en poudre comme un bois mort. Quel coup ça nous a donné ! On se jeta dans la vigne comme des fous. À chaque pas, des cris partaient. Avec les doigts, on écartait un peu de terre à la racine... et toujours ou presque ces sacrés champignons qui gonflaient cédant sous le doigt... si on creusait un peu, tout le cep venait avec la main.

« Ce jour-là, petiot, on a vu pleurer bien des gars sur la Côte. Et des rudes ! Pas de ces femmelettes d’aujourd’hui ! Moi je passais sur la route. Mais, comme tu penses, j’avais de tout de suite sauté le mur pour me rendre compte. Quand on a été tout en haut du clos, maître Bordet, tout blanc comme un qu’aurait perdu tout le sang de son corps, me dit : « Blaise, va falloir lutter dur. » – « J’lutterai ! » que je lui réponds. Il dit encore : « J’étais « point riche ; à c’t’heure, j’suis peut-être ruiné. »

- « Ça ne fait rien, que j’y dis, j’suis votre « homme ! » Et je suis resté !

« J’suis resté cinq ans, à Pommard, moi qu’ai jamais pu tenir en place ! Cinq ans à lutter, comme disait maître Bordet. Et on a travaillé dur. On a tout essayé. Chaque année, c’était à recommencer. Et la production baissait, baissait... Une année on crut que c’était la dernière fois qu’on pressait le vin en Bourgogne. Ceux de Pommard, de Volnay, de Monthélie tremblent encore en y pensant. On arrachait des hectares et des hectares de vigne. Puis on commença à replanter en plants américains.

« Mais ça vous crevait le cœur d’arracher, de brûler tout ce bois tordu qui avait donné si longtemps de si bons vins. Et puis c’était pas tout ça : ces nouvelles vignes venues du tonnerre de Dieu, de « Californille », qu’on disait, est-ce que ça remplacerait jamais nos vieux pinots ? Quand on commença à vendanger l’américain, on avait une peur bleue ! Les anciens, des hommes plus durs que du buis, qui croyaient pourtant bien à leur terre, étaient venus au pressoir...

« Le vin bourru ne nous renseigna guère, comme bien tu penses ! Vint le premier soutirage. Ah ! vingt dieux ! Cette minute ! On était six ou huit autour de la cuve, plus émus qu’à la communion. Qu’allait-il sortir de cette garce-là ? Maître Bordet s’approcha, piqua la chantepleure, tendit la coupelle. Sa main lui tremblait comme un boumian qui vole des pommes. Le vin pissa, clair, dans la tasse en argent.

« Je peux vivre encore cent ans ; je ne pourrai jamais oublier le feu qui passa dans les yeux de maître Bordet, quand il eut retourné sur sa langue le vin nouveau.

« - Mes enfants, nous dit-il, mes enfants, c’est du Bourgogne ! C’est du Pommard comme l’autre... On fera encore du bon vin par chez nous...

« Ce vin-là, on y a mis un peu d’eau dedans, en pleurent, fils. C’est la première et unique fois que ça nous arrivait. »

 

Pierre Scize Aux vendanges de Bourgogne. « Choses vues » Les Œuvres libres Fayard 1945

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20 juin 2011 1 20 /06 /juin /2011 00:09

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Depuis ma tendre enfance j’ai toujours été attentif aux mains. Celle des filles d’abord mais je n’épiloguerai pas sur elles afin de ne pas aggraver mon cas même si les mains de ma mémé Marie, calleuses avec des ongles ébréchés, celles qui me préparaient mes tartines je les trouvais belles et tendres. Moi j’ai les mains et les doigts de mon pépé Louis dont son épouse, la mémé Marie, disait qu’il était orgueilleux car il prenait un soin tout particulier à sa toilette : aux deux sens du terme : son hygiène et ses vêtements. Rasé de près, moustache à la Foch impeccable, bien peigné et des mains soignées : le voir s’entretenir les ongles avec son couteau me fascinait. Il portait beau le Louis Berthomeau ! En ce temps là, je sais ça fait vieux con, la majorité de la population active travaillait de ses mains. Les temps ont bien changé mais de temps à autre je me captive à nouveau pour des mains. Ainsi celle que présentait l’ami Pousson, sur l’une de ses étiquettes cultes de la cuvée 2008 de l’Esprit du Vent d’Embres&Castelmaure éloge de la paresse. Une main de vigneron marquée par la vendange.

CastelmaureEdVParesse2008MagnumVectoCS2Les mains que je vous présente ce matin sont celles de René Pastissier pêcheur à la mouche vivante du côté de Laguiole en Aveyron. Elles m’ont fasciné car elles semblent lourdes, pataudes, malhabiles alors que leurs doigts tout abimés vont se saisir délicatement, à la sortie du piège à mouches, d’une mouche vivante pour l’embrocher entre les deux ailes sur l’hameçon (je sens que les défenseurs de bêtes vont soit défaillir, soit me haïr). Les mains de René Pastissier sont la démonstration vivante que ce que fait la main, son habileté, sa précision, sa concision, résulte du contrôle de la tête : notre René sa passion c’est la pêche à la mouche vivante alors toute son intelligence pratique est tendue vers l’excellence. Tout dans son génial piège à mouches est le fruit d’une observation méticuleuse des mouches. Il en veut beaucoup, car il lui en faut beaucoup, et vivantes bien sûr. Alors, il arrive à ses fins René et avec ses grosses mains il a l’habileté d’une brodeuse. Alors, gardons-nous des jugements hâtifs, le grossier n’est pas forcément celui qui en a les apparences alors celui qui se dit fin cache souvent sous son vernis son insignifiance. Belle leçon d’humilité et surtout mise à mal des apparences qui sont si prégnantes, si dominatrices dans nos sociétés du paraître.

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