En hommage à Raphaël Sorin l’« inventeur » de Houellebecq je vais un peu squatter le Goncourt. Comme Sorin– lui avant moi car lui a lu le manuscrit qui sera publié par Maurice Nadeau – j’ai adoré de suite Extension du Domaine de la Lutte (lire « Dieu a voulu des inégalités pas des injustices » link ) alors je puis me permettre cette fantaisie. Depuis cette découverte j’ai « visité » Houellebecq par tous les bouts et, quand Sorin rappelle, dans une interview à GS by Technikart, que celui-ci était un fan des « chaînes d’hôtels un peu cheap genre Campanile ou les Citadine (...) je l’ai toujours imaginé ainsi. Ce type, « En fait, ne sait pas vivre, ne connaît rien à la bouffe, rien aux vins. Vous pouvez lui servir n’importe quoi à table, il sera content. Quand il venait dîner chez moi, j’avais beau faire le maximum, il bouffait comme s’il était chez McDo. » c’est toujours Raphaël Sorin qui parle mais c’eut pu être moi. Et puis, cerise sur le gâteau Houellebecq est « d’une avarice légendaire. En dix ans, il m’a invité une fois à déjeuner. Et encore, c’est parce que je l’ai quasiment obligé de payer. Je lui ai fait gagner des millions d’euros, mais il n’arrivait pas à payer une addition à 40 euros par tête de pipe. Pour mon anniversaire, il m’a offert une bouteille avec un bateau à l’intérieur, vous savez le souvenir pour touristes à dix euros... »
Donc, voici l'histoire de la bouteille de N°3 d'Embres&Castelmaure avec un bateau à l’intérieur...
« Patrick Hoÿm de Marien m’a souvent présenté le travail de Jed Pousson comme issu d’une froide réflexion sur l’état du monde, détachée, héritière des grands artistes conceptuels du siècle précédent. C’est dans un état de frénésie nerveuse qu’il avait acheté dès son retour de Barcelone, toutes les cartes Michelin qu’il put trouver – un peu plus de cent cinquante-trois. Très vite Jed Pousson se rendit compte que les plus intéressantes appartenaient aux séries « Michelin Régions », qui couvraient une grande partie de l’Europe, et surtout « Michelin Départements » limitée à la France. Tournant le dos à la photographie argentique, qu’il avait jusqu’ici exclusivement pratiquée, il fit l’acquisition d’un dos Betterlight 6000-HS, qui permettait la capture de fichiers 48 bits RGB dans un format 600x8000 pixels.
Pendant presque six mois Jed Pousson sortit très peu de chez lui sauf pour une promenade quotidienne qui le conduisait jusqu’à l’épicerie de Simone sur la place d’Embres&Castelmaure. Le matin du vernissage, Jed Pousson se rendit compte qu’il n’avait pas prononcé une parole depuis presque un mois, à part le « Non » qu’il répétait tous les jours à Simone qui lui demandait s’il avait un carnet de fidélité pour y coller les timbres SPAR. Pourtant, à l’heure dite, il se dirigea vers la coopérative où, à sa grande surprise, il y avait peut-être cent personnes, enfin il n’avait jamais su évaluer ce genre de chose, et il eut d’abord un mouvement d’inquiétude en constatant qu’il ne connaissait personne. Jed crut un instant s’être trompé de jour ou d’exposition mais son tirage photo était bien là accroché aux murs de la coopé. Bernard Pueyo lui servit un double « Antidépresseur » et il fit plusieurs fois le tour de la salle. En terminant son troisième parcours Jed Pousson remarqua une jeune femme qui fixait son tirage photo avec beaucoup d’attention. Il aurait été difficile de ne pas la remarquer : non seulement c’était de très loin la plus belle femme de la soirée, mais c’était sans doute la plus belle femme qu’il n’ait jamais vu. Les hommes la buvaient des yeux ; l’un d’entre eux avait la mâchoire à demi décrochée.
Lorsque Jed Pousson repassa la fois suivante devant son tirage photo, elle était de nouveau là, seule à présent. Il eut une seconde d’hésitation, puis prit la tangente et vint se planter à son tour devant l’image, qu’il considéra avec un hochement de tête.
Elle se tourna vers lui, le regarda pensivement pendant quelques secondes, avant de demander :
« Vous êtes l’artiste ?
- Oui... »
Elle le regarda de nouveau, plus attentivement, pendant au moins cinq secondes, avant de dire :
« Je trouve ça très beau. »
Pour l’exposition Jed Pousson avait choisi une partie de la carte Michelin de l’Aude, dans lequel figurait le village de sa grand-mère. Il avait utilisé un axe de prise de vue très incliné, à trente degrés de l’horizontale, tout en réglant la bascule au maximum afin d’obtenir une très grande profondeur de champ. C’est ensuite qu’il avait introduit le flou de distance et l’effet bleuté à l’horizon, en utilisant des calques Photoshop. »
Larges emprunts à La carte et le Territoire de Michel Houellebecq pages 62 à 65 éditions Flammarion.






Avec son sens aigu du bruit médiatique, volant la vedette au discret groupe Auchan 



Qu'Eric Rosaz me le pardonne cette chronique n'est pas un poisson d'avril mais du pur jus Berthomeau vinifié en cave particulière et commercialisé en vrac par le grand négoce prédateur. Sans doute va-t-il trouver le nectar un peu acide mais c'est le millésime 2010 qui veut ça et, Dieu sait qu'il était attendu ce millésime depuis que des gars, qui n'y connaissaient pas grand chose à la chose du vin, l'avait affublé, tel Cyrano d'un Cap. Beaucoup, sans doute pour me flatter, affirment que c'est un beau millésime de garde, qu'il vieillit bien, qu'il garde toute sa fraîcheur, sa puissance, son authenthicité. Qu'importe le jugement des experts ou des amateurs, ce qui compte c'est qu'il fut produit en alliant le meilleur de la tradition et tout ce que pouvait lui apporter la modernité. Nous en sommes fiers même si la cuvée resta somme toute confidentielle du fait que les maîtres du troupeau ne la trouvaient pas à leur goût. La poussière et les toiles d'araignée donnent aux dernières bouteilles ce cachet qu'aiment tant évoquer les nostalgiques des splendeurs du passé. J'aurais pu me contenter de savourer ce millésime avec mes bons amis et mes copines mais c'est alors que le sieur Lalau a dégainé.Dans une récente chronique
Qu’Hervé Briand me pardonne mais je n’ai pas pu m’empêcher de chroniquer à propos de la rencontre qu’il a eu, à l’automne 2006, avec Michael Steinberger l’auteur de « Au Revoir To All That » livre dont j’ai relaté la parution récente, dans sa traduction française, sous le titre un peu racoleur « La cuisine française, un chef d’œuvre en péril. » À cette époque il devait être Dr adjoint de l’INAO, maintenant il coule des jours, sans doute plus conformes à ses souhaits, comme délégué territorial Ouest de l’INAO. Je le suis reconnaissant sur la photo ci-dessus d'exhiber la mogette de Vendée qui vient d'obtenir la 13e IGP de la région ! (Photo © Ouest France)