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2 septembre 2011 5 02 /09 /septembre /2011 00:09

220.pngJe sais, j’ai dit «pique-pendre» mercredi dernier sur les foires au vins et voilà que ce matin, la gueule enfarinée, je déclare sans rougir que je suis « folle », non pas du chocolat Lanvin, mais des vins de la foire aux vins de mon copain de Monop !  Les filles d’aujourd’hui sont comme ça : excessive en tout mais, d’une seule pièce avec plein de petits morceaux autour, mais comme me le disait mon père, « c’est l’exception qui confirme la règle » et que voulez-vous j’y fasse du côté de l’enseigne, qui a vu mes premiers pas dans le commerce, c’est le cas : ils assurent top moumoute pour leur sélection foire aux vins ! Y font des efforts, y cherchent, y dénichent, y prennent des risques, y restent pas que dans le prout-prout ma chère. Rassurez-vous je ne vais pas vous asséner la liste des vins de la foire aux vins. Si vous voulez vous plonger dans ses profondeurs allez faire un tour sur le tout nouveau blog de mon petit camarade http://desvinsdesbulles.over-blog.com .C’est, contrairement à moi, du sérieux de chez sérieux tout en mettant pas l’enthousiasme sous le boisseau.

 

Mon petit chéri de Monoprix n’est pas du genre à  se pousser du col ni à tomber facilement dans l’autosatisfaction mais il m’a avoué que « son parcours du combattant de sélectionneur, fut, ô bonheur, un quasi chemin parsemé de pétales de roses et que ses papilles et ses neurones en furent stimulées et bonifiées... » Que du bonheur donc et de me citer Jules Renard « Il y a des moments dans la vie où tout vous réussit. Il ne faut pas s'effrayer : ça passe » Moi, vous savez, je suis tout sauf blasée, alors quand je vois de la passion, le goût de la belle ouvrage, la curiosité intellectuelle, une certaine forme de prise de risque de mon ex-collègue, je lui tire mon chapeau. Voilà un gars qui fait bien le boulot, alors chapeau !

 

Comme je suis dans le marigot de la place de Bordeaux, partie prenante donc, je n’en ai choisi aucun dans la sélection, pour ne vexer personne et prendre le risque de me voir accuser de collusion. Du côté de la Bourgogne je me suis abstenue car je dois vous avouer, vu mon jeune âge, ma totale ignorance de cette belle région. Rassurez-vous je vais m’y mettre mais comme je vous l’ai dit en préambule pour pallier mes manques, mes béances, il vous suffit d’aller sur le blog de mon petit camarade http://desvinsdesbulles.over-blog.com et vous serez éclairé.

 

Voilà ma sélection : des prix doux, très raisonnables qui ne déculottent pas les vignerons tout en proposant aux amateurs de beaux vins sans douleur pour le porte-monnaie. 10 rouges, 4 blancs, 1 rosé, un fort tropisme pour le sud mais aussi un bel amour pour le Muscadet et le Beaujolais : deux merveilles à moins de 10 euros ! Des chouchous oui, H&B et D&R, j’aime les jeunes gens qui décoiffent ! Coup de chapeau au pape du Gamay et clin d’œil au taulier !

                                    

Le Languedoc is fantastic et le Roussillon mythique

 

Hecht & Bannier « Bio » - Languedoc 2009 rouge – 11,90 € le magnum

Chaque millésime marque une progression dans cette cuvée « brut de fruit » des compères Greg & François, voulue à l’origine comme la réplique du Languedoc à la buvabilité extrême des meilleurs Beaujolais, que ces bons vivants connaissent bien. Synthèse aussi des Syrahs de l’arrière-pays languedociens et des Grenaches du Roussillon, cette sélection issue de l’agriculture biologique va de plus en plus au-delà, avec une plénitude de chair confondante. Or cette dernière ressort encore mieux sur le tirage en magnum ! Les arômes conjuguent la gourmandise (réglisse, chocolat noir, fruits rouges) et la fraîcheur (menthe, sauge, d’eucalyptus). Ajoutons-y une touche de mine de crayon qui répond à la précision des saveurs et de la texture d’une bouche toute en rondeurs, et nous avons le portrait-robot du magnum qui tue. En plus ce magnum est joli, il tient très bien en main et se vide tout seul. C’est qu’ici le contenant rend surtout justice à la vocation de la cuvée : la noblesse du vin de soif !  

 

Château L’Hospitalet - Coteaux du Languedoc La Clape 2008 rouge – 6,95 €

Un classique d’entre les classiques, et pourtant une belle surprise ! En effet si depuis sa reprise en 2002 par l’inarrétable Gérard Bertrand l’Hospitalet n’a jamais déçu, cette propriété phare du Languedoc ne nous avait encore jamais gratifié sur sa « petite » cuvée d’une telle pureté de fruit. Un véritable concentré de baies rouges que ce 2008, avec notamment de saisissantes notes de myrtilles, accompagnent tant le nez que la bouche. La fraîcheur de ce registre n’occulte pas l’expression du terroir singulier de l’Hospitalet, dont les parcelles perchées au cœur du superbe massif de La Clape s’épanouissent sur un sol on ne peut plus caillouteux : les arômes de garrigue embaument aussi sûrement que le fruit, et le côté ensoleillé de la bouche se double d’une pointe de minéralité. Très gourmand, se vin se pare ainsi d’une rare buvabilité.   

 

Hecht & Bannier Sélection - Côtes du Roussillon Villages 2008 rouge – 12,50 €

Gregory et François nous ont habitués à un joli Languedoc et à un exemplaire Minervois, et quelques rares amateurs connaissent la puissance de leur Faugères, mais le vin le plus séducteur de ces spécialistes du sud est justement le plus sudiste. En effet dans leur Roussillon le Grenache est privilégié, et poussé loin dans sa maturité. Très expressif dans ses notes de confiture de figue, de pruneau, de chocolat noir, de caramel et de réglisse, le nez se livre telle une gourmandise, comme un pain d’épices nappé de coulis de fruits. La bouche est à l’avenant, affirmant les notes de confiture avec une certaine sucrosité de la texture, relancée par des notes de Zan et une pointe de minéralité qui donnent leur équilibre à l’ensemble. Un équilibre qui tient toutefois à un fil : si on veut apprécier ce vin à sa juste mesure, le servir rafraîchi devient impératif.

 

Dauvergne – Ranvier – Parcé - Collioure 2009 rouge – 9,50 €

Déjà qu’on ne pouvait plus se passer d’eux sur leurs terres de la vallée du Rhône, voilà que Dauvergne & Ranvier poussent le vice jusqu’à faire preuve de leur vertu aux confins du Roussillon. Pour l’occasion ils s’associent à la famille Parcé, celle qui préside notamment aux destinées de La Rectorie, un des plus illustres domaines de Banyuls. Pour filer la métaphore cinéphilique, c’est un peu comme si Spielberg co-réalisait son nouveau projet avec Scorsese. Dès le nez cette cuvée affiche une fraîcheur étonnante, avec une expression discrète au départ, sur des parfums de maquis, se développant peu à peu sur l’eucalyptus puis la truffe. La bouche s’affirme avec beaucoup de naturel et d’élan sur une fine structure tannique, avec des saveurs de fruits noirs bien mûrs, et toujours cette fraîcheur qui se double d’une note iodée. Comme une bouffée d’embruns sur le port de Collioure qui a tant inspiré les peintres…

 

L’indomptable du Domaine Cigalus (Gérard Bertrand) - Sauvignon du Pays d’Oc – 14,50 €

A quelques encablures de l’Abbaye de Fontfroide, Cigalus est le Domaine où vit Gérard Bertrand. Jusqu’à présent seules deux cuvées d’assemblage y étaient produites : un rouge et un blanc, tous deux riches, onctueux et généreusement boisés. Le blanc, dominé par le Chardonnay, incluait du Viognier et du Sauvignon, or sur le millésime 2009 ce dernier posa problème : son expressivité et sa minéralité ne se mariaient pas dans l’assemblage. Aussi la cuve fut écartée. Destinée a priori à rejoindre des assemblages de négoce, le coup de cœur qu’elle suscita chez certains dégustateurs de passage convainc Gérard de la mettre en bouteille telle qu’elle : il la baptisa l’Indomptable. Un an après la mise, sa fougue n’est en effet guère domptée, débordant dès le premier nez de ses arômes de fruits exotiques : kumquat, grenadille, physalis et surtout fruit de la passion. Son caractère s’affirme sur des notes d’asperge sauvage et de fumé, une puissance minérale et une pointe de noisette. Le registre acidulé attendu en bouche est d’abord éclipsé par une intensité et un gras surprenants, allant sur la pêche blanche et le pomelo. Beaucoup d’énergie toutefois, une fraîcheur alliée à la puissance, et une finale délicatement saline. La cuisine asiatique et le poisson à la tahitienne n’ont qu’à bien se tenir. Merci Gérard.   

 

Clot de l’Oum Carignan Novo - Côtes du Roussillon Villages Caramany 2009 rouge – 13,90 €

Je suis fan du Clot de l’Oum. De son terroir original de schistes, de granit et de gneiss, perché en altitude, avec vue sur la mer et les premiers sommets des Pyrénées. De sa fondation par Eric et Leia, tombés amoureux du lieu pour renouer avec les racines catalanes d’Eric, et découvrant « par hasard » sa similitude avec les grands terroirs du Rhône septentrional dont ils sont si friands. De leur approche de la vigne dictée par leur passion de la nature, et de leur vision des vinifications influencée par leur plaisir de cuisiner. Et des nouvelles cuvées qui naissent, au gré des millésimes, tel ce Pur Carignan de Granit, voulu comme une expression sincère mais accessible de ce cépage qui ne laisse pas indifférent.

Je suis donc fan de cette cuvée, mais il faut aller au-delà de la première impression donnée par la réduction, avec ses notes typiques de cuir, voire de « rat pourri » (expression du beaucoup moins fan et volontiers provocateur David Cobbold), qui prennent ici pour moi des accents de Durian (fruit exotique vénéré en Asie et incompris ici, avis aux amateurs !). Au-delà c’est donc le santal, la gentiane, la réglisse, le poivron confit, le graphite et tout ce qui peut évoquer le caillou. Et en bouche cela surprend aussi par sa riche acidité, portée par le citron confit, la cerise, des saveurs de bouquet garni. Les tanins sont en finesse et s’allient à la salinité pour amener très loin cette énergie salivante et saisissante, que l’on a envie de qualifier de tellurique.    

Si on donne à cette cuvée suffisamment de temps, en bouteille ou en carafe, elle aura sûrement moins de détracteurs. Mais elle aura toujours ses fans de la première heure, qui se reconnaîtront dans ces mots du vigneron : « une poussière de Granit que nous portons ensemble ».

 

Beaujolais&Muscadet pas la même couleur mais même combat !

 

Château des Jacques (Jadot) - Morgon 2009 rouge – 9,95 €

C’est LA bombe atomique de cette Foire aux Vins. Le Château des Jacques est certes plus connu pour son Moulin à Vent, et ses cuvées parcellaires capables d’éclipser certaines des plus belles étoiles du firmament bourguignon. Il n’en possède pas moins de superbes terroirs sur Morgon, et une dégustation au domaine permet de remettre quelques idées en place. Ainsi Guillaume de Castelnau, le maître des lieux, fait déguster d’abord le Moulin à Vent, qui malgré sa puissance est défini comme « Féminin, dans l’accueil », plus séduisant dès sa jeunesse, puis le Morgon « Masculin, plus incisif, qui vous bouscule », plus franc mais ayant besoin de temps pour dompter sa fougue et se révéler charmant. Un enfant certes turbulent que ce Morgon « historique » par son millésime, mais déjà attachant par son caractère racé. Il captive ainsi par ses arômes de cerise burlat, de coulis de cassis, de cacao grand cru, d’orange sanguine et de rose pourpre. La concentration en bouche est déroutante, reprenant les notes olfactives, avec une touche de zan et surtout une minéralité qui la structurent. La sensation d’énergie qui se dégage est l’illustration du savoir-faire Jadot : plus qu’une technique du vin, une éthique du terroir, une philosophie de la vie ;

 

Château La Preuille Tête de Cuvée – Muscadet SM sur lie 1995 - 9,90 €

Christian Dumortier est un vigneron attachant qui donne l’impression de plaisanter en permanence. Ça ne doit pourtant pas rigoler tous les jours au Château de la Preuille pour dompter les éléments et produire avec une telle régularité des Muscadets aussi exigeants, dans un marché aussi peu ouvert à une vraie expression de terroir. Pour révéler cette expression, rien de tel que la garde. Et là encore, le cépage Melon révèle d’autres facettes, qui évoquent sa généalogie bourguignonne. Sous la robe or pâle se pressent en effet des arômes de sous-bois (fougère, mousse, morille, couloumelle) avec des notes de beurre et d’amande grillée. La bouche déroule sur une variante fondue, presque caramélisé de ce joli beurré, avec une pointe réglissée et une persistance étonnante. Clin d’œil à  Raymond Devos, disons que La Preuille défraie l’anachronique

 

Un méli Mellot fort à propos !

 

Alphonse Mellot Les Pénitents - Coteaux Charitois Pinot Noir 2009 rouge – 13,90 €

La famille Mellot est une véritable institution du Sancerre, ayant plus que toute autre participé à la notoriété du cru, avec des cuvées régulièrement distinguées parmi les meilleurs vins du monde dans la presse spécialisée. Aujourd’hui c’est la dix-neuvième génération d’Alphonse Mellot qui est aux commandes, et qui s’est lancée dans l’aventure des Coteaux Charitois en 2003. C’est un ami tonnelier qui leur fait découvrir ces coteaux abrupts oubliés, cernés par une forêt de grands chênes mérandiers, « saveurs de barriques en attente du précieux liquide », à 35 kilomètres de leur Domaine de la Moussière. Si Alphonse Mellot rappelle malicieusement que les terres furent données aux moines de Bourras par Etienne Comte de Sancerre, il s’agit moins d’un retour aux sources que d’un vrai challenge vigneron, pour ces aficionados du Pinot qui ont trouvé là un terroir à la géologie qui leur évoque Morey-Saint-Denis. De fait cette cuvée en 2009 se montre « très Côte de Nuits », avec son nez juteux et fumé, aux douces notes florales de rose et de glycine. La bouche conjugue la sève et la minéralité, avec une structure encore un peu tannique mais amadouée par un bel élevage. Qualifié à l’aveugle de « vin chic » par Thierry Desseauve, une jolie pépite pour les amateurs de Pinot Noir épuré.

 

Alphonse Mellot Les Pénitents – Coteaux Charitois Chardonnay 2008 blanc – 8,90 €

Si le rouge de cette cuvée de la famille Mellot fait penser à la Bourgogne, le blanc est à nul autre pareil ! Le nez est avant tout axé sur le floral, avec de captivants parfums de tilleul et de jasmin. Il se distingue également par des notes de fruits exotiques (papaye, fruit du jacquier), avant qu’apparaissent à l’aération des notes de beurre et d’orgeat. L’attaque est plus vive que ne le laissait présager ce nez tout en douceur, puis s’équilibre sur le sirop de jasmin et l’amande. La finale offre un beau retour sur la tisane, tout en gardant de l’énergie : un vin de caractère tout en étant très accessible.

 

Le vin de mes amis : le duo magique !

 

Dauvergne & Ranvier Vin Rare - Hermitage 2009 rouge – 29,90 €

Très rare cuvée en effet que ce tirage d’Hermitage réalisé par les amis Dauvergne & Ranvier. Ils nous offrent pour le coup une remarquable interprétation de la « Montagne Sacrée » qui domine le Rhône Nord, en affirmant toute la classe et la puissance de ce cru d’exception. Le nez décline une vaste palette aromatique, grenade, tapenade, feuilles de laurier, figue, nuances de suie et d’eucalyptus se voyant couronnées par le plus fin des champignons : l’Amanite des Césars. La bouche, énergique, épouse parfaitement ce registre, le déclinant sur des notes de jus de viande, de cassis frais, d’épices et surtout de thym. Fine et juteuse en juste expression de la Syrah, mais aussi carrée et solaire dans l’esprit du terroir, c’est une bouche qui en impose aujourd’hui, et promet surtout beaucoup pour demain…et après-demain. Un énorme coup de cœur qui montre l’étendue du registre maîtrisé par le duo. 

 

Rien que pour embêter : no sulfites et biodynamie

 

« Le vin sans souffre, c’est comme le sexe sans préservatif, c’est plus dangereux, mais qu’est ce que c’est meilleur ! » se plait à répéter Henry Marionnet, avec cet air malicieux qui quitte rarement son regard.

 

Henry Marionnet Première Vendange – Touraine Gamay 2010 rouge – 8,90 €

Voilà plus de 20 ans qu’Henry Marionnet, désormais accompagné de son fils Jean-Sébastien, tout aussi dévoué à la cause, s’est lancé dans la production de cette cuvée. Il a sélectionné à cet effet de vieilles vignes, dont la richesse des jus contribue à l’équilibre atypique du vin. Une Première Vendange qui a donc prouvé de longue date une étonnante capacité non seulement à la conservation mais encore à la garde. La régularité d’une bouteille à l’autre n’empêche pas, loin s’en faut, une expression différente de chaque millésime. Le 2010, moins suave et séducteur que son devancier, offre ainsi un caractère sauvage, et allie des arômes végétaux à des notes de baies très mûres, et se révèle à la fois frais et chaleureux. Les amateurs de vins nature apprécieront. Les autres préfèreront sur ce millésime la cuvée plus simple du domaine !

 

Le Zind du Domaine Zind Humbrecht - Vin de Table Alsace 2007 blanc – 14,95 €

Parmi les domaines mythiques de l’Alsace, qui vendent l’essentiel de leur production à l’export et dans la grande restauration, celui-ci est de plus devenu, sous la houlette d’Olivier Humbrecht, 1er français diplômé du prestigieux Master of Wine britannique, une figure de proue de la Biodynamie. Après avoir révélé le Clos Windsbuhl comme un des plus grands terroirs alsaciens, la famille Humbrecht y a planté du Chardonnay qui, avec un complément d’Auxerois, était censé lui permettre de produire son premier Crémant d’Alsace. L’équilibre atteint par le vin, et leur obsession à maîtriser chacune de leurs cuvées, les ont conduit à écarter ce « Zind » de la champagnisation pour le commercialiser en vin tranquille. C’est donc à cause du Chardonnay que cette cuvée est affublée du titre de « Vin de Table ». A l’aveugle, le Jury Gourmet évoquait plutôt un « Grand Cru » ! De fait, la complexité et la race sont littéralement éblouissantes. Le vin offre un festival d’arômes exotiques, allant de l’ananas frais au fruit du jacquier, en passant par la fleur de frangipanier. Il passe également par des notes muscatées où se rejoignent le floral et le raisin, en évoluant progressivement sur le coing, sans se départir tout du long d’une profonde minéralité, qui se distingue par une touche saline en fin de bouche. Cette dernière est tenue par un équilibre œcuménique  entre la vivacité et la sucrosité, une énergie magique laissant la bouche fraîche et… en demande d’une nouvelle gorgée.

 

Pour mon poteau Olivier Dauga : l’autre Dauga qui ne fait rien comme les autres !

 

Château Grand Boise Vieilles Vignes - Côtes de Provence Sainte-Victoire 2010 rosé – 8,50 €

L’année dernière je vous contais les moutons dans les vignes, la vue sur la montagne, le bleu d’un ciel si pur qu’il se reflète encore dans la robe de cette cuvée… Alors quoi de neuf ? Certes avec ce millésime 2010 il est encore meilleur, fruit d’une nature plus accommodante mais surtout d’une connaissance intime du terroir et d’expérimentations multiples accumulées par les équipes en place. Au nez d’agrumes, de gelée de framboise et de fraise des bois répond ainsi une bouche sur le pomelo, avec une finale vive sur la menthe poivrée, et tout cela est diablement gai et rafraîchissant. Et puis tiens, on a changé d’étiquette, en adoptant la version traditionnelle du Château. Un détail ? Révélateur alors. Car cette étiquette n’a de traditionnelle que le nom. Domaine viticole depuis 1610, Grand Boise arborait jusqu’à très récemment les armoiries de la famille propriétaire. A sa reprise en 2006 par Xavier Gervoson, l’étiquette évolue, et l’entrepreneur opte pour cette image du « ravi de la crèche ». Un choix que les aficionados du Château, dont je suis, ne comprennent pas forcément. Et puis cela m’est apparu d’un coup évident : le coup de foudre du nouveau propriétaire qui investi des sommes colossales dans le domaine et son vaste patrimoine de vignes éparpillées, de bois et de bastides, le sourire béat de tous ceux qui le visitent, l’enthousiasme de ceux qui œuvrent à créer et promouvoir les cuvées, et particulièrement celui d’Olivier Dauga, le « faiseur de vins » qui apparaît à ses amis encore plus fous que d’habitude sur ce projet… Ne serait-on pas quelques uns à être devenus fadas de Grand Boise ? Tant mieux, comme l’écrit Yvan Audouard, « le fada en Provençal, c’est celui qui est habité par les fées, un poète en somme ». Si Grand Boise nous rend tous un peu poètes alors… Reprenons-en encore un verre ! 

 

Le petit dernier en hommage au taulier

 

L’Impromptu de la Cave de Saint Verny - Côtes d’Auvergne 2009 – 4,90 €

Il me revient en mémoire une dégustation au long cours avec le Bon Vivant Jacques Berthomeau, passant en revue l’intégralité de la production de la Cave de Saint Verny, grosse structure qui défend presque à elle seule la petite appellation auvergnate. Des très nombreuses cuvées dégustées, c’est encore le petit Gamay qui s’en sortait le mieux. Bis repetita : frais, net et gouleyant, ce jus de fruits rouges se distingue par une forte saveur poivrée qui lui donne tout son caractère et semble signer son terroir. Le parfait p’tit vin léger des grillades et charcutailles.

Visite-Monop-Paris-IX gallerie

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1 septembre 2011 4 01 /09 /septembre /2011 00:09

rs philippe sollers

Philippe Sollers, né à Talence, en Gironde donc, le 28 novembre 1936. Sollers est, comme il l’explique dans Portrait d’un joueur, un pseudonyme tiré du latin sollus et ars « tout entier art ».  Son nom de naissance est Joyaux. Archétype de l’intellectuel germanopratin, fume cigarette, coupe de douille, séjours réguliers à Venise ou à l'île de Ré, directeur de collection chez de collection chez Gallimard, membre du comité de lecture, il fut ami de Jacques Lacan, de Louis Althusser et, surtout, de Roland Barthes, que l’on retrouve dans son roman Femmes (1983). Grand admirateur de la Chine de Mao, il défend les thèses de Maria-Antonietta Macciocchi au début des années 1970. Histrion, provocateur, auteur prolifique il agace aussi bien la Droite lorsqu’il dénonce, à la fin des années 1990, la « France moisie » que la gauche radicale qui le classe dans la fameuse « gauche caviar. »

 

Vous vous doutez donc que son approche du vin est du même tonneau. Je vous propose de lire un extrait de ses propos recueillis par Gilles Laffont et Philippe Perrot, sous le titre « je suis né dans le vin » publié dans l’ouvrage La Correspondance du Vin, essais, chez Guitardes. J’imagine que vous allez réagir.

 

« Cette question du vin est pour moi immédiatement biographique. Je suis né à Bordeaux, dans les vignes et, en apparaissant dans l’existence, je me suis trouvé pris dans cette histoire du vin. C’est donc une réalité physique très intense. Tout enfant, je passe mon temps dans les vignes, je me promène et m’assoie dans la terre très particulière de ce vignoble, j’y rêve et assiste aux vendanges. Mes toutes premières années sont indissolublement liées à ce paysage, à cette mythologie du vin : sa préparation, les soins apportés à la vigne, son mûrissement, les produits finis et leurs odeurs. J’ai vécu l’expérience comme alchimique de cette affaire. Tant et si bien que je n’exagère pas si je dis que je suis né dans le vin.

 

Evidemment, je vais faire une petite crise de régionalisme en disant qu’il n’existe de vrai vin qu’à Bordeaux. Je voudrais rendre sensible l’idée que le vin qui n’est pas de Bordeaux est un faux vin. D’abord je crois que la situation géographique de Bordeaux est tout à fait extraordinaire, unique au monde. Il s’agit d’une confluence entre deux fleuves, ce que l’on appelle »l’entre-deux-mers » ; deux fleuves d’eau douce en connexion avec l’océan. Il y a donc une confrontation entre l’océan et l’eau douce, avec des phénomènes de transformations réciproques des deux courants dans le mascaret. Par ailleurs, il y a le problème de l’étagement du sol, où l’on trouve une terre semi-argileuse mais qui n’est qu’une couche en rapport avec d’autres, composées de graviers et de sable. Si bien que nous avons une terre travaillée en profondeur par cette confrontation de deux climats liquides. Et, si vous regardez la situation topographique de Bordeaux, vous voyez qu’elle prend la forme d’une gorge, d’une bouche, d’un larynx qui rend possible un échange, une respiration, la marée étant essentielle à l’ensemble. A contrario, la Méditerranée, par son absence de marée, fait que tout ce qui pousse à sa périphérie, notamment la vigne, a tendance à s’huiler. Le privilège de Bordeaux, c’est donc précisément cette respiration et cette muqueuse qui engendrent ce produit comme issu d’un point magique.

 

J’ai l’impression qu’il n’y a pas de vin continental,  c’est-à-dire uniquement de terre. Bien sûr, il y a le bourgogne ! Mais celui-ci m’apparaît trop sanguin, il n’y a pas cette circulation en lui, cet espèce de tamisage des différents états de la matière que vous trouvez dans les vins de Bordeaux. Ce n’est pas par hasard que l’on dit « le bœuf bourguignon », le vin l’accompagnant étant de l’ordre de la sauce. Je sais que les Français aiment beaucoup ça, mais moi, je n’aime pas tellement les Français.

 

Inutile d’évoquer la lutte immémoriale des Armagnacs et des Bourguignons, c’est une réalité fondamentale de l’histoire de France. Il y a une France des ports et une France continentale, une France des marges et une France terrienne, une France des échanges et une France centrale, centrique, qui évoque pour moi les différents épisodes de la fermeture hexagonale – la reproduction sans cesse de l’esprit paysan de collaboration avec les puissances soit allemandes soit russes – dont la tragédie française est par excellence le pétainisme.

 

Si j’ai raison, c’est-à-dire si toutes les substances altérant l’identité, le vin de Bordeaux est celui qui réunit les conditions de légèreté et de profondeur les plus complexes et les plus variées, alors il est le langage immédiatement universel qui altère toutes les identités. Avec le vin  de Bordeaux, vin de côte, de transition entre deux réalités liquides et de terre, vous avez une substance qui n’est pas de l’ordre de la fermentation, mais de la radiographie des générations. Ce n’est pas non plus un hasard si à la périphérie de cet effet léger et raffiné, on trouve des choses plus lourdes comme par exemple le cognac. A ce propos, Céline disait dans sa grande prophétie de Rigodon : « Finalement il n’y aura plus de race blanche, elle sera éliminée. En fait, ils n’iront même pas plus loin que la Champagne. » C’est une métaphore intéressante parce qu’elle implique une vision du monde où l’alcool, cette matière altérante qui fait disparaître le sujet en bien ou en mal, c’est-à-dire dans l’ivresse positive ou négative, persiste malgré le flux de génération.

 

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31 août 2011 3 31 /08 /août /2011 09:23

220px-Foire_de_Champagne.jpgFaire la foire est plutôt de mon âge mais aller à la foire est de nos jours d’un autre âge même si on rebaptise certaines avec des mots chics comme salon ou grand machin chose ou Vinexpo, après tout le foirail : le lieu où se tient une foire, est un espace réservé pour que se rencontrent des vendeurs et des acheteurs. Avant l’irruption du cheval vapeur, au Moyen-Âge, le commerce international provenait des grands ports du Nord et de la Méditerranée. Ceux-ci irriguaient le continent européen tout entier et les commerçants devinrent de véritables hommes d’affaires qui se donnaient rendez-vous dans les foires qui furent l’âme du commerce médiéval. « Londres, Reims (illustration XIIe siècle) ci-dessus), Troyes, Cologne, Leipzig, Genève... Les foires duraient chacune six ou sept semaines selon un calendrier fixé afin que les foires puissent s'enchaîner chacune par rapport aux autres... » Aussi petite conne que je fus permettez-moi de rappeler qu’afin de ne pas se faire détrousser par des bandits de grands chemins, les marchands au lieu de transporter une grande quantité d’argent inventèrent la lettre de change, donc le crédit, détournant ainsi l’interdit de l’Eglise interdisant le prêt à intérêt. La bourgeoisie marchande et financière commençait de pousser les seigneurs dans le cul de basse fosse de l’Histoire.

 

Tout ça pour vous dire : à quoi ça rime d’organiser deux fois par an dans les affreux bubons qui bordent les entrées de nos villes et de nos villages, qui les défigurent et les souillent, des foires aux vins ? Nos grands épiciers y sont là toute l’année et du vin ils en vendent toute l’année, alors pourquoi diable tout ce ramdam ? Écouler les invendus en caisse bois de millésimes modestes d’étiquettes qui se disent prestigieuses ? Profiter de sa puissance commerciale pour faire pression sur ses fournisseurs afin de tirer les prix au plus bas pour le plus grand bénéfice d’amateurs en manque de bonnes affaires ? Présenter, à l’occasion de l’évènement de belles découvertes que l’on a déniché avec du nez ? Faire du bruit, attirer le chaland, travailler à l’extension du domaine du vin, éduquer les petits nouveaux et les petites nouvelles, que sais-je ? Faire du commerce quoi, bouffer un peu de la part de marché de l’enseigne d’en face, se faire de la notoriété à bon compte ? Pourquoi pas, et ce n’est pas moi qui vais cracher sur le commerce mais quand je vois que maintenant tout le monde s’y met, y compris le caviste du coin, j’avoue ne plus très bien comprendre. Merci de m’expliquer à quoi ça rime tout ça.

 

Moi je me mets dans la peau d’un acheteur lambda de vin et je me dis : ces gars-là, et quelques filles, y ne font pas leur boulot tout au long de l’année et je suis vénère et je n’achète qu’à ce moment-là mais encore faut-il disposer d’une cave et d’un petit capital ce qui n’est pas le cas de la majorité de nos acheteurs. Bien sûr, certains, tel le flamboyant Léon, objecteront qu’y ne faut pas mettre les pieds dans la GD mais moi, contrairement à lui, qui suis près du peuple des pousseurs de caddies, je ne puis me désintéresser de leur sort.  J’ai un petit côté Ralph Nader : le cochon de payant ! Comme je ne suis pas aussi mauvaise langue que certains le disent je ne vais pas vous faire un dessin sur les pratiques de certains acheteurs de la GD qui se font rincer, y’a pas de petits profits pour les petits prédateurs. Attention, je ne mets pas tout le monde dans le même sac : y’a de vrais amoureux du vin dans le monde de la GD, et honnêtes par-dessus le marché, mais quand même faudrait mettre un chouïa de moralité dans tout ce bousin ! Comme disait ce vieux renard de Poniatowski, au temps du déplumé de Chamalières, « les copains et les coquins. »

 

Un autre truc me chiffonne dans les foires au vin des grandes enseignes : le total conservatisme de l’offre. Ils ne prennent pas beaucoup de risques nos épiciers modernes : c’est Bordeaux-Bourgognes majoritaires et les miettes pour la piétaille ! Là je sens que je vais me reprendre un passing-shot de revers le long de la ligne car les grands experts vont me rétorquer qu’ils ne font que proposer ce que le consommateur buveur d’étiquette recherche. Moi je veux bien, nos épiciers en grand ne sont pas là pour faire la charité mais pour encaisser.  Mais, pour autant, alors que le modèle hypermarché s’essouffle, est-ce aussi sûr que ça et d’ailleurs, je remarque un léger glissement, chez les enseignes qui cherchent de nouveaux consommateurs, vers des vins d’auteur. Là encore, les défenseurs du petit commerce, me feront remarquer qu’en ne venant pas piétiner sur leurs plates-bandes les dépoteurs de vin ne troublent pas leur fonds de commerce. Objection que je pourrais retenir si la ligne de partage entre les deux formes de commerce  n’était pas de même nature que celles qui servaient de frontières aux Etats des Balkans. Pour moi, la justification première, je n’écris pas la seule, des foires aux vins devrait être : l’accès d’une offre attrayante au marché pour que de nouveaux consommateurs qui trainent leurs jeans dans les allées viennent y fourrer leur nez.

 

De ce côté-là de la force c’est tout simplement la Bérézina : mais ils sont où les prescripteurs ? Dans les rayons c’est morne plaine, empilement de caisses, murs froids, que dalle, tu te démerdes coco ! Là encore certains vont me taper sur les doigts en me faisant remarquer que les conseilleurs sont en amont. Ils ont fait le boulot de dégustation dans de grands hôtels parisiens, n’écoutant que leur courage ils s’y sont précipités, stakhanovistes de la gorgée crachée, pondeurs de notes au kilomètre, c’est le pain béni des news blogueurs et des plumitifs blanchis sous le harnois. Est-ce pour autant que ce petit monde soit vraiment prescripteur ? Oui, sans aucun doute pour une grosse poignée d’amateurs qui, levée tôt, nanti de ce précieux viatique, partent en chasse en des lieux qu’ils ne fréquentent pas ou quasiment tout au long de l’année. Ne pensez-vous pas qu’en un temps où plein de jeunes gens, filles et garçons, passionnés, bien formés, cherchent à se faire un peu de blé, il ne serait pas intelligent de leur proposer des petits CDD, pas à deux balles, pour qu’ils prennent par la main le peuple des ignares qui hantent vos magasins ? Je sais d’expérience, puisque j’ai fait vendeuse chez Monop, que certains pratiquent ce sport avec bonheur. Alors, messieurs de la GD, ça n’écornerait pas vraiment vos profits que de contribuer à la mise du pied à l’étrier d’une belle jeunesse pleine de promesses mais indemne de boulot.

 

Avec ce pia-pia-pia de donzelle je ne vais pas me faire beaucoup d’amis dans le landerneau du vin – désolé MEL je ne raille pas sur ta patrie – mais peu importe ce qui compte pour moi c’est deux choses simples : les deux bouts de la chaîne, ceux qui triment en bas – pas tous je le sais d’expérience - et ceux qui boivent nos vins où qu’ils soient. Entre les deux les intermédiaires qui, s’ils font leur boulot, sont les lubrifiants – pas de gros mots Dr Charlier – du système. Je suis sans doute trop naïve mais j’ai tout de même du mal à prendre des vessies pour des lanternes car, comme le disait l’énorme Francis Blanche, « on se brûle ». Moi ce que je souhaite c’est qu’on se cause, qu’on arrête de faire du vent, de faire accroire main sur le cœur qu’au diable les marchands – ceux du Temple bien sûr – tous et toutes nous travaillons pour la gloire du vin. Il faut bien que les hommes vivent et, le commerce est sans doute le plus vieux métier du monde même si les mâles n’en identifient qu’un. C’est sans doute pour cela que mon taulier glose ce jour sur les maquereaux.

 

Je suis preneuse de tout sur le sujet évoqué et, comme je ne suis pas une oie blanche, je comprendrai facilement que l’on me flagellât d’une volée de bois vert – calmos Léon avec la marquise que je suis – car l’important dans toute cette histoire de foire c’est que nous puissions, toujours et en tout lieu, la faire au nez et à la barbe des pisses-froids et des empêcheurs de boire bon.

 

Je vous embrasse.

 

Marie de Saint-Drézéry marquise de Bombon

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31 août 2011 3 31 /08 /août /2011 00:09

 

Dans le bestiaire du monde interlope du Pigalle disparu l’image du petit maquereau, costard rayé et chaussures croco, moustache balai de chiottes, galure sur l’oeil et celle de la mère maquerelle bien amortie, fardée à la truelle et popotin type porte d’Aix, occupent une place de choix grâce au cinéma d’avant la Nouvelle Vague. Plus le genre Marcel Dalio de Dédé d’Anvers d’Yves Allégret (1947) que le flamboyant Louis Jouvet d’Hôtel du Nord de Marcel Carné (1938). L’origine du mot a, comme le note le Robert, « excité l’ingéniosité des étymologistes anciens. » Pour ma part j’ai toujours trouvé, même si je ne voyais pas le rapport, que ce mot qualifiait à merveille ces mecs, ou ses matrones, vivant des charmes de leurs filles.

 

Plus étonnant pour moi les groseilles à maquereaux du jardin de pépé Louis. Mystère entier ! J’adorais les croquer à peine mures, l’acidité, ce vert qui agaçait mes dents. L’histoire dit que ce fruit était tout particulièrement apprécié dans les pays du Nord où sa rusticité et sa résistance au climat froid lui permettait de prospérer. On les cuisinait en sauce «aigre-douce» qui accompagnait les maquereaux d’où son nom actuel. Ce sont les peuples du Nord qui l’ont introduit sur le territoire français au Moyen-Âge expliquant son surnom de groseille d’outre-mer. Elle fut très populaire et au XVIIIème siècle, les Anglais lancèrent dans leur pays le concours de la plus belle groseille à maquereaux… Un siècle plus tard, Darwin produisait déjà près de 54 espèces de groseilles différentes.

 

Mais revenons au sujet du jour le maquereau commun qui est un poisson au corps fuselé dont le dos est bleu-vert, zébré de raies noires, tandis que le ventre est d'un blanc argenté. Ses deux nageoires dorsales sont relativement espacées, il possède aussi des vestiges de nageoires, appelées pinules. Sa queue est très échancrée. Poisson migrateur qui vit en bancs et se nourrit essentiellement de zooplancton l'été dans des eaux froides avant de repartir vers des eaux plus chaudes en automne. Pendant sa période de reproduction, de mars à juillet, il devient prédateur et chasse les poissons de petite taille comme les sardines ou les anchois, ainsi que de mollusques et petits crustacés. Le maquereau est un poisson disponible presque toute l'année, abondant et bon marché. Sa chair est fragile, il faut le consommer rapidement après l'achat. Il fait partie des poissons gras, comme le thon, la sardine, le hareng ou le saumon.

 

Ceux que j’aime sont les petits maquereaux de ligne grillés sur des sarments de vigne. Afin d’éclairer mes deux pêcheurs d’occasion : Denis et Luc afin que leur futures pêches fussent miraculeuse je me permets de décrire ce qu’est ce type de pêche. De mai à octobre, des petits bateaux de pêcheurs artisans pratiquent la pêche du maquereau de ligne. Ils quittent le port avant la fin de la nuit pour se trouver sur les lieux de pêche avant le lever du jour. Après avoir localisé l’accore du banc le patron mouille son bateau en travers du courant en veillant qu’il se maintienne sur le sommet ou en aval du banc. Le bateau est maintenu en travers par un dispositif spécial de retenue de la fune au moyen d’une bosse dont la longueur est réglée en fonction des directions du courant et du vent. Aussitôt après le mouillage les pêcheurs amorcent avec la strouille prise dans les bailles posées sur les supports à hauteur du plat-bord et jetée à la main dans les remous qui se forment derrière la coque. L’amorçage se poursuit pendant toute la durée de la pêche. La strouille est un mélange de farine d’arachide et de broyats de maquereaux et de chinchards dilué à l’eau de mer et ayant la consistance d’une bouillie plus ou moins liquide. Les lignes sont de deux types différents :

1)     la ligne simple munie d’un seul hameçon appâté d’un gueulin de maquereau ;

2)     les « plumes » consistant en plusieurs hameçons (8 à 10) garnis de plumes de couleur montés sur le même bas de ligne par de courts avançons.

 

Pour le reste vous vous rendez sur le port lorsque les petits bateaux y rentrent le ventre chargé de petits maquereaux. Tout frais, tout luisant, vous les essuyez, vous les videz vos petits maquereaux ou non (deux écoles), vous préparez votre braise de sarments et puis attention ça grille vite ces petites bêtes. Avec une bonne ratatouille ça coule tout seul. Pour ce qui est du liquide j’évite de poser la question sinon je vais me faire avoiner (du premier jet j’ai écrit aviner) par le sieur MWS qui lui suce en général de la glace au court du repas.

 

Bon appétit !

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30 août 2011 2 30 /08 /août /2011 00:09

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À qui veut bien s’en donner la peine, l’exploration du manger et du boire d’un pays – dans toutes ses acceptions –, le « dis-moi ce que tu manges, je dirai ce que tu es » de Brillat-Savarin, permet de mieux connaître ceux qui y vivent. En Corse, où la tradition dite gastronomique reste supplantée par la table paysanne, « au commencement, il y avait (sans doute) le lait et ses dérivés – brocciu, fromage et beurre... » Pour le touriste, hormis l’omniprésent brocciu, c’est la charcuterie, la châtaigne : avec la bière Pietra, et chaque jour qui passe le vin... qui symbolisent la particularité corse. Plus grand monde ne se souvient – en dehors des vieux – qu’u capone, les merles, « qui dans leur chair savoureuse, ont pris toutes les saveurs du maquis – les cédrats et les arbouses. » Curnonsky et Austin de Croze fut un plat de choix pour les Corses. « Les Corses, chiches de leur poudre, ne s’attachent qu’à prendre ou à chasser les seuls merles, qui sont en effet très estimés et d’un manger exquis. » Fernand Dupuy (1776).

 

La Corse, pays de contrastes violents, reste marquée par le « village », communauté repliée sur elle-même, âpre et peu souriante. Dans son Histoire de l’Isle Corse, au milieu du XVIIIe,  Goury de Champgrand, dresse de la communauté paysanne un tableau peu amène : « Dans les campagnes, les maris ne mangent point avec leurs femmes ni leurs enfants ; ils dînent et soupent seuls à table avec un morceau de viande ou de lard, quelques légumes et du pain blanc lorsqu’ils sont en état d’en avoir ; la femme mange sur la porte de la maison ou en vaquant à ses fonctions ordinaires, du pain d’orge, de millet ou de châtaignes avec un morceau de fromage ou quelques oignons, gousse d’ail ou ciboules : il est rare de voir une femme de la campagne à table ni même assise quand elle prend ses repas. »

 

« Dans toute la France, il y a un proverbe qui dit « Faute de grives, on mange des merles » ; la Corse seule, après avoir lutté inutilement pour sa nationalité politique, a lutté avec plus de bonheur pour sa nationalité culinaire, et parmi nos départements, il est le seul qui continue à dire « quand on n’a pas de merles, on mange des grives ». C’est que les merles de Corse ont une saveur toute particulière qu’ils doivent aux baies de genévrier, de lierre, de myrte, de nerprun, aux graines de gui, aux fruits de l’alisier, de l’églantier.

Aussi la Corse ne se contente-t-elle pas de manger ses merles, elle en envoie à pleines terrines dans toutes les parties du monde ; il suffit pour les conserver de verser dans un vase de grès du saindoux fondu et de jeter dans ce saindoux des merles plumés dont ont a enlevé les gésiers ; le saindoux se prend sur eux, les enveloppe d’une couche de grasse que l’air essaie inutilement de percer, et qui les conserve pendant des années.

M. le cardinal Fesch donnait de fort bons dîners dont les merles de Corse faisaient le principal attrait gastronomiques.

Il est bon de tirer de cette graisse autant de merles qu’on en veut manger, de les passer à l’eau chaude pour leur enlever leur enduit huileux, après quoi on les assaisonne comme les ortolans, comme les becfigues, et enfin comme tous les petits pieds. Quant aux merles frais, ils subissent tous les modes de cuisson qui s’appliquent aux grives. »

 

Ainsi écrivait Alexandre Dumas père, au soir de sa vie, dans son Dictionnaire de cuisine publié en 1872, puis en 1882, et réédité en 1998. Toute ma science est tirée de l’excellent livre de Paul Silvani « Cuisine corse d’antan » chez Albania. Lire ses pages sur les merlaghi est pur délice. Si vous aimez la Corse achetez-le. Vous saurez tout, entre autres, tout sur l’azimu di meruli, littéralement la bouillabaisse de merles, et sur l’histoire des fameuses terrines truffées de Louis Guidon cuisinier-pâtissier rue Napoléon à Ajaccio qui la présentera, au milieu de 47 autres produits corses, à l’Exposition Universelle de Paris de 1855.

 

Il s’agissait d’une chasse au lacet qui déjà, entre les deux guerres, était de nature à émouvoir les bonnes âmes et elle fut interdite « sans pour autant empêcher l’activité des cappiaghjoli (les chasseurs de merles), des aubergistes et des fabricants de terrines. » C’est le Parlement européen qui en 1976 et 77 en interdit le commerce et, en 1985, la fabrication de terrines et de pâtés. Ainsi va la vie des hommes et des becfigues : les touristes se contenteront du pâté de sansonnet, autorisé lui, en laissant accroire qu’il fut aussi bon que celui de merle alors que le sansonnet n’est que le vulgaire étourneau.

 

Reste là-dessus à boire, soit pour oublier le temps des merlaghi, soit pour tout simplement accompagner le spuntinu – le casse-croûte – mais pour cela il vous faudra attendre ma prochaine chronique Ci voli in Corsica où je vous parlerai du vin Corse... à bientôt sur mes lignes...

 

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29 août 2011 1 29 /08 /août /2011 07:28

Mon cher Léon,

 

Je ne te ferai pas le coup de « j’aurai ta peau Léon » même si le lieu où je prélasse mon corps de rêve, qui te fait tant fantasmer, me le permettrait.

 

Mais puisque ton courroux m’y oblige je me vois dans l’obligation de révéler à la France entière et à la Wallonie réunie que nous nous sommes confrontés idéologiquement lors de ton séjour chez l’ami Boireau. Nos désaccords politiques sont profonds sur la notion de marche arrière qui te tient lieu de sésame ouvre-toi. Bien sûr, nous nous sommes retrouvés en plein accord lorsqu’il s’est agit de descendre les belles quilles de Denis. Ceci écrit, je te rappelle aussi que pour te faire plaisir nous avons demandé à Nicolas Hulot de rapatrier en hélicoptère dare-dare Michel Rocard, dit la Science économique mais pas un poil politique. Avec lui, je te le concède, ce fut grandiose. Pour sûr aussi que le grand Cantona qui passait par là, en un chalutier aménagé en loft, t’a fait le coup des sardines, et que nous t’avons refusé le fait que tu veuilles tester la capacité « buvatoire » d’Eva Joly.

Là, par bonheur, c’est Denis qui a fait barrage.

 

Bref, mon Léon adoré, moi qui pensais que mon couplet sur les gnomes de ta Caisse de Crédit Agricole de pétaouchnoc la rivière te mettrait bien aise, je me suis planté. Dieu que tu es susceptible pour un flamand. Et dire que j’ai invité rien que pour toi, pour la fête des vendanges ton ARNO préféré. C’est presque donner de la confiture à un cochon mon Léon si tu me permets cette triviale expression.

 

En ce moment je concocte sur la plage des « propositions indécentes » qui vont courir sous le manteau et, si tu es sage comme une image, c’est-à-dire si tu continues à bien décoconner sur le blog du taulier, je te les refilerai. Je profite aussi de cette missive pour signaler au sieur Bernard Pueyo, directeur d’Embres&Castelmaure, qu’il ferait bien de lire les fax que lui envoie la citoyenne Sylvie Cadio, dites ici mémé Cad, pour acquérir du jaja de la merveilleuse coopé du bout du monde.

 

Comme je ne suis pas chienne, surtout depuis que ma ménagerie c’est enrichie de Ribouldingue mon corniaud – je trouve que par certain côté il est un peu cabotin comme toi, il frétille beaucoup de la queue dès qu’il est ravi – je vais te faire cadeau de deux clichés qui te raviront mon Léon.

 

Allez, vendanges bien sous ton beau cagnard oriental, porte toujours aussi haut l’étendard de la révolution prolétarienne revisitée à l’aune du petit vigneron indépendant artisan commerçant. C’est si rafraichissant pour une néo-châtelaine comme moi qui ne fait rien de ses dix doigts.

Je t’adore !

Si tu n’existais pas il faudrait t’inventer mon beau Léon. Pour que ton pote le forgeron de Dana ne me fasse pas comme toi un coup de boulgour, je l’embrasse sous son chapeau de baroudeur grand-reporter des vins de France.

 

Bons baisers à toi mon Léon et comme disait mon père en sifflant son GCC « encore un que les boches n’auront pas ! » Comme tu vois j’suis vulgaire mais je crois que c’est comme ça que tu m’aimes.

 

Marie de Saint-Drézéry marquise de Bombon L1020179.JPGL1020190.JPG

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29 août 2011 1 29 /08 /août /2011 00:06

 

 

 

Ça décoiffe ! Ce n’est ni de la langue de bois ni de la langue de pute, à ce train là, pour sûr que B&D seront obligés d’en faire leur femme de l’année. Je ne vous présente pas Marie, elle est le fruit de mes entrailles, mais je rappelle à ceux qui ont négligé de se plonger dans sa merveilleuse histoire à cheval sur juillet et août qu’ils peuvent toujours se rattraper en allant lire link. La chute brutale de la saga de cette nouvelle héroïne des temps modernes qui n’était pas une fin en soi mais un baisser de rideau de circonstance a laissé certains lecteurs sur leur faim et, j’en suis conscient, a privé le monde du vin de ce qui peu se faire de mieux en matière de décoconnage profond. Alors, la maison ne repasse pas les plats, elle remet sur le métier l’ouvrage et, au fil de la vie de vigneronne de Marie de Saint-Drézéry, vous serez informés en direct live comme on dit dans les médias « maudernes »

 

1ière Question :

Alors Marie : trois petits tours et puis s’en vont, après avoir, si vous me permettez l’expression, flanqué un souk à nul autre pareil sur la place de Bordeaux, vous disparaissez sans laisser d’adresse. Est-ce bien raisonnable pour une vigneronne responsable ? Ne craignez vous pas de décevoir jusqu’à vos plus chauds supporters : les mauvaises langues rapportent que votre amie la baronne G était un chouia vénère ? Dites-nous où vous en êtes Marie ?

 

Réponse de Marie de Saint Drézéry :

(Rire) J’en suis au même stade qu’une petite fille de Français moyen, comme le chantait cette grosse bécasse de Sheila, de retour de vacances. Sans vouloir offusquer plus encore mes chers collègues des GCC, franchement notre contribution aux derniers jours de nos raisins – vous ne trouvez pas ça beau : les derniers jours... ça a un petit côté Pompéi de voir tomber le raisin – voisine la minceur du papier à cigarette, non ! Comme me l’a dit un de mes charmants voisins : pendant que nous sommes à Ferret, nos gens font le travail... Vous êtes-vous inquiété de ce qu’ils faisaient pendant mon absence ? Je comprends parfaitement que les médias se préoccupassent des vacances de mon ami Alain – j’adore son côté ice-cream – qui a fort à faire aux Affaires Etrangères ou de notre gueule d’amour de Bercy qui doit quitter les délices de la Creuse pour se pencher sur le chevet des marchés, mais de moi qui ne suis qu’une vendeuse de Monop reconvertie en châtelaine de GCC à succursales multiples, vous n’allez pas me dire que le choix de la couleur de mon vernis à ongles est une info qui va changer la face du monde. Permettez-moi de vous mettre les points sur les I : vous feriez mieux d’aller poser vos questions idiotes aux dirigeants du Crédit Agricole. Voilà des gars, y’a pas beaucoup de nénettes dans le Conseil, des paysans hors-sol qui, sous houlette de brillants managers : des gars montés avec retraite chapeau des Caisses Régionales, sont allés faire des petites emplettes en Grèce, Emporki Bank et un petit milliard d’euros de pertes, z’ont aussi prêtés à tire larigot au panier percé de l’Etat hellène, alors qu’ici c’est : « circulez, y’a rien à voir, nous manquons de visibilité dans les perspectives de développement de la filière viticole... » Je rêve ! Personne ne moufte, comme dans beaucoup d’ODG d’ailleurs, tu payes ta cotise puis tu fermes ta gueule ! Entre nous, que je sois à me faire dorer sur tranche outre-mer ou que je fusse à m’échiner sur le front ramollo des seigneurs de la place, qu’est-ce-que ça aurait changé ?

 

2ième Question :

Vous baissez donc les bras, Marie ? Vous refusez de vous impliquer dans les rouages mis en place par la réforme de l’INAO et par ce fait même vous désertez le terrain que vous avez, ces derniers temps, grandement occupé. Ne trouvez-vous pas qu’après avoir fait naître de réels espoirs vous vous deviez de continuer ? Les résistances sont elles si fortes pour que vous fassiez une reddition en rase campagne ? Détrompez-nous Marie !

 

Réponse de Marie de Saint Drézéry :

« Le pape combien de divisions ? » ironisait le bon petit père Joseph. Moi je ne suis pas en guerre, je sème. Comme le dit un vieil adage « il est difficile de faire boire un âne qui n’a pas soif... » À propos d’âne, vous ne connaissez pas la dernière ? Je suis sûre que le côté Voici de l’info va vous ravir. Voldemort, ayant eu vent de mon retour sur mes terres, vient de me faire porter un présent de bienvenue dans l’univers impitoyable des GCC. Voilà un homme qui sait ce que manœuvrer veut dire. Un stratège quoi, un admirateur de Clausewitz, pas un adepte de la ligne Maginot ou de la charge des cuirassiers à Reichshoffen. Bon sang ne saurait mentir, lui, il manœuvre dans la finesse, l’ombre, la main de fer dans un gant de velours. Bref, je prenais mon petit déjeuner au dehors en compagnie de Tintin au Congo et de Lénine, lorsque Paul tout dégoulinant de son jogging matinal s’est pointé en agitant au-dessus de sa tête aux cheveux peroxydés un petit paquet. « Voldemort, Voldemort... » criait-il. En effet, le papier enveloppant le petit paquet était frappé aux célèbres armes de Voldemort.  Toute excitée, moins cependant que Paul qui sautait autour de moi, tel un cabri en rut, avec beaucoup de soin, je libérai un petit livre « Le folklore vivant » cahier n°1 Paul Delarue éditions Elzévir 1946. Un signet aux armes de Voldemort marquait une page. J’ouvris et je lus :

« Juste après le déluge le plant de vigne s'étirait sans cesse, épuisant sa sève à nourrir des gourmands, sans bénéfice pour l'homme. Lorsque l'âne, en descendant de l'arche, pénétra dans l'enclos de Noé, il se précipita sur les tendres rejets pour les brouter avant que de se faire chasser par le gardien du lieu.

Le scénario se renouvela plusieurs fois au cours de l'hiver et au grand étonnement du vigneron, les ceps attaqués par l'animal poussèrent au printemps avec beaucoup plus de vigueur et se couvrirent de raisins à la différence de ceux qui avaient été épargnés par les dents de l'animal.

Voilà comment les hommes, instruits par l'exemple de l'âne, furent amenés à tailler la vigne. »

 

Très fort, non ! Mais ce n’était là que l’amuse-bouche car, à peine Paul m’informait-il que le petit paquet venait de lui être remis, avec promesse de me le donner en mains propres, par l’homme à tout faire de Voldemort qui l’attendait devant la grille de ce qui se dit être un château – bien informé notre cher collègue –, nous voyions arriver dans la cour un van tiré par une Land Rover version renard du désert. En sortait le fils de l’homme à tout faire de Voldemort. Charmant jeune homme d’ailleurs, discret et poli, qui ouvrait le pan incliné du van pour en faire descendre, avec un soin aussi grand que le tri du Merlot en gants blancs chez lui, dressé sur ses petites pattes d'allumettes, un charmant ânon.

Croyez-moi si vous voulez mais j’ai craqué ! Après avoir claqué deux bises sur les joues glabres du jeune homme bien comme il faut j’ai déclaré : « Nous l’appellerons Porcinet... »  anon.jpg

3ième Question :

Sans vouloir vous chercher des poux dans la tête chère Marie vous avez l’art et la manière de noyer le poisson avec votre histoire de petit cochon, pardon d’ânon. Vôtre mémorialiste, qui ne veut plus bosser gratis, nous a appâtés avec toute une batterie de questions (voir chronique ) et comprenez ses lecteurs : ce sont les réponses qui les intéressent ! Comment pensez-vous communiquer à l’avenir ? Allez-vous laisser tout un peuple de vignerons, qui a cru, en vous sur sa faim ? Ne dit-on pas que même BHL et Philippe Sollers, l’enfant du pays, et même l’ersatz de Mitterrand avec sa tête de congre, vous ont fait des avances ?

 

Réponse de Marie de Saint Drézéry :

Ne dites pas de gros mots : communiquer, et pourquoi ne pas montrer mon cul pendant que vous y êtes. Comme je vous l’ai déjà dit : j’ai semé, reste à voir comment ça lève : monsieur Rapport me dit qu’à Bordeaux la germination oscille entre deux à cinq ans, alors soyez patients. En attendant, j’ai adhéré à Sève en espérant que, comme la Belle au Bois Dormant, ils trouvent leur Prince Charmant. Je les adore les Jean-Michel, les Patrick, les Marc et consorts mais bon en dehors de faire des AG sympa chez le Pape de Châteauneuf faudrait qu’ils profitent du printemps prochain, les mois de mai sont toujours propices aux élans dans notre beau pays, pour titiller ceux qui veulent devenir Président (pas le frometon bien sûr). Je sais, le lien au terroir c’est pas bien bandant mais ça vaut mieux que la sainte alliance contre les droits de plantation qui, comme d’hab est un beau piège à cons. En attendant le grand soir moi je me contenterai, ici, d’emmerder le monde avec deux ou trois bricoles du style Pomerol sur Dallas avec ses belles histoires de terroir à bourrins et de chais à roulettes. Et puis, rassurez-vous, si j’ai des choses à dire je n’enverrai personne les dire à ma place. Puisque vous aimez les scoops : sachez que je serai présente au marathon du Médoc le 10 septembre. Pas pour courir j’manque de souffle mais il se peut que mon Paul s’y aligne s’il met la pédale douce sur les Mojito et ses folles nuits. Mon hébergeur, le chroniqueur fou, envisage d’y tenir une session exceptionnelle de l’ABV pour fêter l’exemption de taxe du vin dans le plan du gouvernement. C’est beau comme une échéance cette affaire ! Comme vous le voyez je suis d’attaque : j’attends. Pour finir sur une belle histoire je vais vous narrer la dernière qui vient de me tomber dessus. Comme vous ne le savez peut-être pas les ânes n’aiment pas être seuls, ils aiment vivre avec un compagnon. Mes deux zèbres : Lénine et Tintin au Congo sont trop indépendants pour faire fonction de compagnons pour mon petit Porcinet. Mais comme j’ai le cul bordé de nouilles l’après-midi même de l'arrivée de Porcinet j’ai trouvé au bord de la Barbanne un charmant petit chiot ayant survécu à la noyade voulue par une main barbare. Il était beau comme un corniaud. J’ai appelé le grand Eric pour lui trouver un nom. Sans hésiter il m’a répondu de sa voix de stentor « Ribouldingue » et quand je lui ai demandé pourquoi il m’a rétorqué « va savoir, ça peut toujours servir... » Quand aux avances de col ouverte, mèche de douille et rongeur d'ongles, je ne suis sensible qu'aux avances sur recettes : pas de sentiments dans le buiseness, merde !

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28 août 2011 7 28 /08 /août /2011 00:09

Je suis né à la Mothe-Achard en Vendée. Combien de fois ai-je du décliner sur des paperasses inutiles cette origine géographique, je ne sais. Certains lecteurs rencontrés me parlent de l’évocation fréquente de mes racines dans mes chroniques. Certes j’ai raciné pendant mes vertes années dans la glaise du bas-bocage mais depuis je vis ailleurs sans me sentir déraciné. La Vendée c’est le premier bout de ma vie, mon élevage de sauvageon, mes premières expériences, tout ce à quoi je me réfère lorsque j’évoque mes origines. Pour autant je ne tire d’elles aucun sentiment identitaire. Toute l’idéologie récupératrice autour du conflit entre les Vendéens et la République me hérisse le poil. Pire ceux qui me qualifient de Chouan. Comme le rappelle Louis Chaigne « il est superflu de rappeler que les Vendéens ne sauraient être confondus avec les Chouans. Le Chouannerie est essentiellement bretonne et normande. » Quand à la Vendée contemporaine elle ne se réduit pas au Puy-du-Fou et je n’en dirai pas plus ici.

photoV2.jpg 

Je préfère évoquer ici les mots de mon enfance, ils ne manquent pas de pittoresque et de réalisme :

Brenuser : prendre plaisir à des petits riens ;

Faire zire et un zirous : être répugnant par sa saleté ;

Faire do symétries : faire des manières ;

Garocher : lancer une pierre ;

Écimoiser : enlever les toiles d’araignée ;

Petouner : murmurer en étant mécontent ;

Bredasser : bavarder ;

Subler : siffler ;

Égrafigner : égratigner ;

Écrapoutir : écraser ;

Un plat rimé : un plat brûlé ;

Rabater : faire du bruit avec un bâton ;

Buffer : souffler

Une tralée : une file de gens ;

Une rabinée : une demi-journée de travail...

 

Ce qui donne en deux phrases « Y’avait une tralée de bonnes femmes à la sortie d’la messe qui brenusaient en petounant et en bredassant sur la Léonie qui faisait do symétries alors que son bouhomme n’était qu’un grand zirou qui passe son temps à subler, à rabater dans les bouéssons, à écrapoutir do limaces toute la rabinée. La Léonie f’rait mieux d’écimoiser sa souillarde et d’faire d’la mogette pas rimée... »

 

Pour mettre une touche post-moderne à ce billet je vous offre l’œuvre impérissable MC Circulaire le chantre du rap rural vendéen évoqué par Emmanuel Giraud à propos de San-Erasmo. C’est lourd comme une plâtrée de mogettes rimées mais bon s’il y a des amateurs moi ça ne m’émeut pas.

 

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28 août 2011 7 28 /08 /août /2011 00:09

Hormis la création avec nos capitaux réunis de la Compagnie France-Andine avec un objet social aussi large qu’imprécis, l’idée de génie de Francesca fut de sortir de dessous sa mantille une idée de génie : l’Opus Dei. Ce mouvement créé en 1928 par le Escriva de Balaguer dans ses constitutions secrètes rédigées en 1950, l’article 191 précisait : « Que les membres numéraires et surnuméraires sachent bien qu’ils devront toujours observer un silence prudent quant aux noms des autres associés ; et qu’ils ne devront jamais révéler à quiconque qu’ils appartiennent eux-mêmes à l’Opus Dei. » Grâce à cette vieille maison nous allions pouvoir établir des liens avec d’autres mouvances tels Comunione e Liberazione, organisation italienne née dans les années 70 ; les Focolari, mouvement lancé en 1943 à Trente ; le Néocatéchuménat, fondé à Madrid en 1964 ; les Légionnaires du Christ, groupe ultrasecret constitué au Mexique dans les années 40. Tout ce petit monde jouissait d’appuis dans tous les échelons de la hiérarchie de l’Eglise Catholique et tout particulièrement dans les hauts prélats ultra-conservateurs de la Curie Romaine. Une véritable « mafia blanche » en connexion avec les milieux d’affaires où les banques blanchisseuses d’argent sale occupaient une place de choix. L’Opus pratique le secret, utilise des prête-noms et des sociétés écrans, sous prétexte d’« humilité collective » et d’« efficacité apostolique » ! Du pain béni pour nous immiscer dans les rouages des comploteurs transalpins pratiquant la « stratégie de la tension » afin d’empêcher Aldo Mauro et Berlinguer de conclure leur fameux « compromis historique » En France, le prince Poniatowski, l’âme damnée du déplumé de Chamalières, et quelques plus petites pointures politiques, étaient étiquetés membres ou sympathisants de l’« Œuvre de Dieu » mais, sans contestation, dont l’un des personnages les plus importants était le Professeur Jérôme Lejeune le futur fondateur du mouvement anti-avortement « Laissez-les vivre ». La revue catholique de gauche Golias écrira bien plus tard que« la fille et le gendre du professeur Lejeune sont à l’Opus Dei » Clara et Hervé Gaymard.

 

La « pieuse union » réunissait officiellement des laïcs au nom du principe de la sanctification de la vie quotidienne, alors que ce sont les prêtres qui détenaient le vrai pouvoir et occupaient tous les postes de commandement, était devenue, en 1947, le premier « institut séculier » de l’Eglise. Très clairement, sous la houlette de son fondateur, petit-bourgeois, ambitieux, coléreux et vaniteux, dont le charisme personnel subjuguait ses proches, le mouvement fut bien plus qu’un mouvement d’action catholique. Escriva de Balaguer, qui vécut la guerre civile espagnole comme une lutte sans merci entre catholiques et communistes, en qui il voyait l’incarnation du mal, le mouvement a des visées politiques. Tout comme Pie XII, il minimisa l’horreur du nazisme, et même la gravité de l’holocauste, y voyant un rempart « providentiel » contre le communisme. Dans le mouvement des Républicains Indépendants, beaucoup de hiérarques, au premier rang desquels ce cher Raymond Marcellin Ministre de l’Intérieur du Président Pompe, sur la base de ce combat contre la vermine rouge avaient été des pétainistes engagés, non pour la vieille baderne, mais pour la croisade contre les Soviets. Pour le père Escriva de Balaguer le christianisme avait été sauvé du communisme par la prise de pouvoir du général Franco avec l’appui du chancelier Hitler « Hitler contre les juifs, Hitler contre les slaves, c’était Hitler contre le communisme. ». Tout naturellement l’Opus s’engage dans le franquisme et lorsque Franco, pour sortir de la crise économique de 1956, cherche des experts économiques il s’entoure progressivement de ministres appartenant à l’Opus. De même, lorsqu’il songe à rétablir la monarchie, en la personne de Don Juan de Bourbon, pour lui succéder, l’Opus Dei mise sur son fils, Juan Carlos, qui est entre les mains d’un précepteur de l’Œuvre, Anael Lopez Amo. Résultat en 1969, Franco proclame Juan Carlos héritier de la Couronne. Quelques mois plus tard, le triomphe de l’Opus est complet : sur 19 ministres du neuvième gouvernement du général Franco, 12 sont membres de l’Opus Dei. Le tournant politique de l’Œuvre était  engagé.

 

Très vite j’allais découvrir, qu’alors qu’Escriva vitupérait contre une Église en pleine décomposition, ses amis mettaient patiemment et secrètement en place le réseau financier qui allait permettre à l’Œuvre de jongler avec des millions de dollars. La plus importante de ces institutions était la fondation Limmat qui venait d’être créée à Zurich en 1972. Elle était liée à des banques ou fondations en Espagne la Fundacion General Mediterranea, en Allemagne la Fondation Rhin-Danube et l’Institut Lidenthal, en Amérique latine la Fundacion General Latinoamericana au Venezuela. Bref, tout en soulignant auprès de ma douce Francesca que je n’avais pas le profil type d’un laïc ordinaire de l’Opus soumis à des « quasi-vœux » de pauvreté, chasteté et obéissance, je me réjouissais vraiment de plonger dans ce lac d’eau bénite empli de gros poissons.  Au-dessus du berceau de notre Compagnie France-Andine une fée supplémentaire, ma chère Marie-Charlotte de Tanguy du Coët, apportait en prime son réseau vendéen qui me permettrait de passer les barrières de l’Opus avec une plus grande facilité. Mon « nouveau clan de femmes » s’avérait d’une rare efficacité et je me trouvais bien aise de m’appuyer sur une aussi douce engeance. Afin de pouvoir pénétrer en douceur le réseau financier occulte de l’Opus nous créâmes une myriade de fonds d’investissement dans ce que l’on nomme maintenant les paradis fiscaux : San Marin, Lichtenstein, Luxembourg, Monaco, Jersey… et nous leur donnâmes des noms de saints : Jean Chrysostome, François d’Assises, Paul de Tarse, Jacques de Compostelle. La place bancaire parisienne, privée comme publique, nous fit un très bon accueil aussi discret qu’efficace. La multiplication des fonds présentait en outre l’énorme avantage de pouvoir proposer à un paquet d’hommes de paille, le plus souvent des anciens de l’administration fiscale ou de l’équipement, d’occuper des fonctions de mandataires sociaux où leurs carnets d’adresses et leur connaissance des failles du système permettaient de déverrouiller beaucoup de situations complexes

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27 août 2011 6 27 /08 /août /2011 00:09

Ma chronique d’hier était écrite lorsqu’Henry-Pierre m’a envoyé son recueil de Nouvelles accompagné d’un mot pas tapé machine comme me l’écrivait madame Chadozeau. link 

 

Henry-Pierre Troussicot, bien que né à Saint-Georges-de-Poitindoux, c’est un gars de la Mothe-Achard, un grand pour moi, par la taille et par l’âge, on ne s’est donc pas beaucoup connus. Ses frères, Gervais et Jack, même s’ils allaient à la laïque, furent mes copains, Gervais surtout avec Dominique Remaud l’aîné du boulanger P’tit  Louis. Nous nous sommes retrouvés par l’entremise de ce foutu blog et, de temps à autre, lorsque j’évoque le pays Henry-Pierre fait un commentaire. Mais le bougre n’a pas qu’une corde à son arc, certes il écrit et j’ai publié l’une de ses nouvelles link mais surtout il peint depuis plus de 40 ans : huile, aquarelle et gravure et il va exposer ses œuvres au Musée de la Roche s/Yon de novembre 2011 à janvier 2012. Un critique a écrit de lui « Troussicot peint ce que depuis toujours il a appris à voir ; choses insignifiantes qui se montrent à qui sait regarder… mais fuyant toujours le pittoresque exhibitionniste ou le lyrique bucolique. C’est le conquérant de l’ancien monde que l’on croit mort et inhabité, dans lequel ce qui ne change pas est oublié, ce qui demeure est dépassé et ce qui nous entoure est invisible… » FT. Vous pouvez aller voir sur un espace « gravures » voir ses estampes à l'eau-forte  http://www.alittlemarket.com/boutique/achpt

photo-Vendee.jpgJ’en reviens à l’écriture et vous proposer deux extraits ( vous aurez l’intégrale lorsque les nouvelles trouveront un éditeur) de la nouvelle d’Henry-Pierre « Fermage à Grambois » car elle rejoint ma chronique d’hier. Bonne lecture !

 

« Les terres sont bonnes sur ce plateau, au-dessus des méandres de la petite rivière de la Rochette.

Les 38 hectares de la métairie de Grambois sont entièrement sur ces terres, sauf quelques landes, à flanc du coteau, dans la partie la plus à l’ouest, en face de la Commanderie. Les genêts y sont nombreux, en buissons touffus et d’avril à juin, tout ce discret territoire est illuminé par l’or de leur floraison. C’est là qu’on y coupe de grandes ramées pour confectionner les balais de « peune » pour la souillarde ou les écuries. En septembre ou octobre, ceux « qui connaissent » y ramassent les coulemelles à larges ombrelles. Ce sont pour les gens de chez nous, qui les baptisent potirons, le nec plus ultra du champignon. Il faut dire que l’appétit de ces champignons pour le beurre ajoute, à leur suave parfum d’herbe et de bois, le bon goût de friture.

Ce sont, à tout casser, quatre hectares de cette friche où l’on fait paître le troupeau de moutons.

Le reste de la ferme se partage à peu près par tiers, en pâturages gras pour les vaches laitières et bestiaux d’engraissement, en terres cultivables de denrées pour les « pensions » pour l’hiver, choux, betteraves fourragères, colza, etc. la dernière partie est réservée aux céréales, blé, avoine et un peu de sarrasin. Ces affectations ne sont, bien sûr, pas immuables, le père Rigaudeau maintient le principe d’assolement qui lui vient des générations passées et qui lui convient parfaitement dans les faits et dans l’esprit.

Dans les années 20, on ne parle peut-être pas de « polyculture-élevage » et pourtant, on y est à plein et on s’en porte bien.

J’allais oublier les 40 ares de vignes produisant le vin de l’année ; du Gaillard rouge, un vin assez précoce d’une bonne tenue que les voisins apprécient, à ce qui se dit…

A vol d’oiseau, la mer est à moins de 10Kms de ce côté de a commune. Le vent de noroît qui ne trouve aucun obstacle sur son passage vous amène, par temps agité, toutes les senteurs marines de l’Atlantique. Les embruns iodés de Sauveterre ou de la Gachère ou les violents effluves de goémon des rochers de la corniche de Sin. Par temps chaud, ce sont des émanations de térébenthine qui se propagent depuis les pins et cupréssus de la forêt d’Olonne.

La proximité de l’océan fait que les gens d’ici sont ouverts aux autres et, en même temps d’une forte indépendance. Aux beaux  jours d’avril, entre labours de printemps et gros travaux de fenaisons et moissons, il arrive de voir la jument attelée au char à banc conduire la famille sur les grèves de la Sauzaie, à la pêche aux berniques, aux bigorneaux et aux balleraisses, ce qui peut se reproduire avant les vendanges, si à l’été de la St Michel a la bonne idée de perdurer.

Ces escapades sont un rare privilège, bénéfices utilitaires, certes, mais également, divertissement de grand air qui, sans le savoir, ne peut qu’ouvrir l’esprit et peut-être l’imagination vers d’autres horizons.

Horizons inconnus, à des populations aux regards limités, à longueur d’année, aux haies de leurs arpents.

                                                 ****************************

 

Malgré son handicap, Léon Rigaudeau exploite en métayage la ferme de Grambois, à la suite  de son père qui la tenait  de son propre père et, comme ça, depuis combien de générations ?

 

(…) Contrairement à l’ensemble des amenages de la commune de St Hilaire des Landes, possessions des aristocrates ruraux, de « monsieur de… », « Grambois est la propriété de monsieur Leroy, autant dire un roturier, malgré une assez conséquente fortune, qui demeure à Longeville, à plus de cinquante kilomètres de là. Léon Rigaudeau n’a jamais appelé monsieur Leroy « not’maître » ni accroché des Monsieur le marquis ou Madame la comtesse à son patronyme. C’est une forme de dignité qui lui  est accordée. Dans la commune, comme presque partout alentour, toutes les « exploitations », sans exception, grandes ou petites, sont sous le régime du métayage.

 

Je ne saurai dire pour qu’elles raisons, sans doute pratiques, dans le courant de l’année 1930, le propriétaire de Grambois propose à Léon Rigaudeau de passer de métayage à fermage. Avec cette forme de contrat, le paysan n’aurait plus à partager toute sa production de céréales, animale, beurre, œufs, volaille, exploitation de bois, etc. par moitié, une pour le propriétaire, l’autre pour lui, très ouvent sous l’œil soupçonneux d’un régisseur tatillon… Désormais, le fermage allait permettre de récolter les fruits de son travail, d’œuvrer pour soi près avoir payé la location fixée, une fois pour toute, par bail signé et enregistré. »

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