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5 août 2011 5 05 /08 /août /2011 07:00

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Les plus gros courtiers et les grands négociants étaient furax de ne pas être invités au pince-fesses du « hérisson » et ils ruminaient leurs mesures de rétorsion. Quelques-uns, clients de Paul de Candolle, prirent contact avec lui discrètement en son nouveau cabinet pour tenter d’obtenir une invitation en prétextant, pour certains, qu’ils étaient aussi propriétaires de GCC. Ils reçurent pour toute réponse de celui-ci « Mes chéris notre Marie ne veut pas mélanger les torchons et les serviettes, vous êtes ses obligés. Il va falloir vous y faire et je vous suggère de l’inviter à la prochaine réunion de vos syndicats. Je puis vous assurer qu’elle ira... » Ça sentait à plein nez les éléments de langage, l’enfumage, les plus outrés se tournèrent sitôt vers Alain Juppé, le maire, pour qu’il veuille bien actionner son compère du Grand Emprunt, Michel Rocard, avec qui il venait même d’écrire un livre au titre très sexy : La politique telle qu’elle meure de ne pas être. Ils furent assez fraîchement accueillis. « Messieurs, revenez à la raison, mademoiselle de Saint-Drézéry, même si elle vous défrise un peu, est libre du choix de ses invités. Je n’ai pas envie de lire dans le Canard Enchaîné que le Ministre des Affaires Etrangères  a joué les messieurs bons offices par l’entremise de Michel Rocard auprès d’une péronnelle qui, vous en conviendrez, sous ses airs de grande nunuche, semble mener sa barque avec détermination et discernement. Et puis, de toute façon, en ce moment Rocard est injoignable, il fait le compte des populations de manchots empereur dans les terres australes... » Déconfits, outrés, ils se replièrent en bon ordre et décidèrent en bureau de leurs syndicats respectifs qu’il était urgent d’attendre. Le jour dit, sur les quais de Bordeaux et sur ceux du port de Blaye, la fine fleur des deux rives se pressait pour embarquer sur les bateaux affrétés par de Candolle pour le compte de Marie. Sur le premier, ils furent accueillis par un Eric Cantonna martial dans une tenue de Grand Amiral de la Flotte Impériale Russe. Lénine, le chat de Marie, se tenait à ses côtés dans un panier d’osier. Sur l’autre rive c’est François des Ligneris, vêtu comme un Cap-hornier, qui tint le rôle flanqué de Tintin au Congo qui débitait quelques jurons cultes du capitaine Haddock. La baronne G, très entourée eu égard à sa présence au fameux déjeuner de l’Envers du décor, racontait à ces messieurs abasourdis entretenir une correspondance régulière avec un certain Luc Charlier, néo-vigneron grand admirateur du Léon à barbichette. En retrait, les dames de ces messieurs soupiraient, s’éventaient, l’une d’elle se risquait même à dire : « j’ai bien peur que nous fuissions sur le Titanic... »  

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5 août 2011 5 05 /08 /août /2011 00:09

L1020150.JPGFallait l’oser : monter à Paris, et dans le cas présent c’était bien vrai puisqu’il s’agissait de se retrouver sur la butte Montmartre à la pétanque du Tertre 7 rue Becquerel. Bonne idée que de constituer des triplettes pour : 

Le tournoi de pétanque de 15h30 à 18h30

9 pistes de jeux et les équipes s’affrontent en triplette

A vos cochonnets !

La dégustation - de 15h30 à 18h30

Les blancs et les rosés de l’appellation sont servis sur chaque piste pour vous rafraîchir entre deux lancés de boules.

Et entre deux parties, dégustez à l’horizontal les rouges de l’appellation Vacqueyras sur les Millésimes à la vente.

Remise des Prix - à 19h00

Barbeuc’ et vieux flacons - à 20h00

Vieilles bouteilles et grands millésimes de l’appellation sont ouverts autour d’une rôtisserie.

Soirée guinguette et chansons françaises s’installent gaiement !

 

Vu le temps de cochon que nous connaissons ce mois de juillet ce n’était pas gagné mais, sans doute la magie du vin, vers midi le temps s’est éclairci et le soleil a enfin pointé le bout de son nez. Moi qui ne suis pas un journaliste patenté ou un caviste désœuvré ou un sommelier qui ’a rien à glander ou un retraité je me trouvais à l’heure dites au siège de Danone produits frais du côté de Saint-Ouen pour m’occuper de mes vaches à lait. Quand j’ai pointé mon nez au bas d’la Butte vers 19 heures, comme disent les chefs de gare, je me suis contenté de faire des photos car ça sentait la fin de la journée les vignerons c’étaient un peu égaillés. Atmosphère bon enfant, pas beaucoup de têtes connues de moi, sauf mon pote Nicolas qui pétanquait avec Miss Vicky Wine, et Daniel Berger très élégant et imberbe. Pour faire court, ça vous changera :

Organisatrices : mention TB

Vignerons : mention Passable je ne sais pas où ils étaient passés.

La pétanque, je dois l’avouer, ne fait pas partie de ma culture, moi je suis boule en bois de Vendée. La pétanque est à Paris un produit d’importation sudiste qui fleure bon le pastis et l’esbroufe marseillaise. Tout le contraire des taiseux de mes bocains vendéens, pour autant la pétanque fait partie de la culture du populo. Souvenir de mes Cégétistes du Comité d’Entreprise de la SVF grands adeptes du petit jaune et de la boule qui pète. Moi je les charriais car à longueur de temps ils pestaient contre notre actionnaire : Pernod-Ricard alors qu’ils se tassaient du Ricard ou du 51 produits fort profitables du groupe. Bref, la pétanque c’est un Georges Brassens, forçant sur l’accent marseillais, sur une java de guinguette, jupe fendue, main du Julot sur la fesse de sa cavalière. Temps englouti jamais retrouvé alors si un peu de nostalgie ne nuit jamais il ne faut pas en abuser.

 

Ma boule en bois à moi, plus grosse que la marseillaise mais plus petite que la lyonnaise se joue dans un lieu dédié : le roué. Celui-ci est une aire de jeu en terre battue, avec des bandes, de 20 mètres de long sur 2,50 mètres de large, dont le fond est matérialisé par une grosse poutre de bois. La boule est pourvue d’un trou non percé, le côté faible, et comme elle ne se joue que roulée, l’art de la main, car le côté fort incurvera le court de la boule, est essentiel. Ajouté à cela la possibilité de jouer avec les bandes donne à ce jeu une gestuelle aux antipodes de la pétanque. La partie se joue en 15 pts, entre deux équipes de deux. Le cochonnet doit se situer au-delà  de la moitié du roué et à plus de 1,50 mètres du fond. Toute boule qui touche le fond, sans avoir effleuré le cochonnet, est éliminée. Dans ma Vendée des années 50-60 le Pastis était une denrée inconnue et seul le vin de la cave ou les « fillettes » de Gros du bistrot avaient droit de cité.

 

Bon je ne vais pas faire le mauvais joueur puisque je n’ai pas joué et puis comme ça été un des rares jours de juillet où le soleil a daigné se montrer je ne vais pas chipoter. Si les journalistes, les cavistes, les restaurateurs et les vignerons sont contents, que demande de plus le peuple ? Et puis comme tu n’es pas resté au barbecue tu n’as pu goûter aux vieux millésimes alors camembert Berthomeau ! Certes, certes, et pourtant c’était la St Jacques et même avec la magie du lieu je n’ai pas connecté, comme une impression d’entre-soi, de fête un peu plaquée là. Peut-être qu’après mon départ la fête a battu son plein... De toute façon les organisatrices m’ont envoyés un message pour me dire à l’année prochaine. Qui vivra, verra... et si Dieu le veut !

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4 août 2011 4 04 /08 /août /2011 07:00

20110126114317.jpgPaul de Candolle avait sauté à pied joint sur la proposition de Marie, laissant à son premier clerc la gestion de l’étude il fit un aller-retour éclair à Londres pour renouveler sa garde-robe de fond en comble chez Vivienne Westwood. En rentrant il annonça à Marie-Charlotte son épouse son intention de faire part de son un coming-out dès le lendemain dans Sud-Ouest. L’enseigne de sa nouvelle agence : Paul&John permis d’identifier très vite l’heureux élu, un rejeton des Chartrons qui fumait la moquette tout en dilapidant la fortune accumulée par son grand-père. La nouvelle se répandit comme une traînée de poudre dans Bordeaux et sur les deux rives, dans les châteaux l’angoisse était à son comble, tout ça c’était d’après eux l’effet « hérisson ». Le surnom de Marie était descendu de Paris jusqu’à Bordeaux via l’acheteur vins de Monoprix qui l’a connaissait car elle l’avait un jour dépanné pour une animation de foire aux vins. Tous les propriétaires des GCC avaient reçu le carton d’invitation du « hérisson » au « Bal des Vampires » sur le refuge de l’île de Patiras au coeur de l’Estuaire de la Gironde au pied du phare link. L’illustration du carton était de Christophe Blain le co-auteur avec Abel Lanzac de la bande dessinée culte Quai d’Orsay : chroniques diplomatiques mettant en scène le grand agité dont Jacques Chirac avait fait un Premier Ministre. En en tête une citation d’Héraclite « La sagesse : dire le vrai et agir selon la nature » puis les réjouissances :


- accueil des invités : coupe de Cerdon Bartucci ou de Mont Blanc du domaine Belluard

- les petites annonces de la patronne

- souper fin (costume de ville et pas de chichi pour les dames)

- un pot pourri des Rita Mitsouko par Catherine Ringer

- la pochette-surprise sur le bateau du retour

 

Des deux rives, et Marie l’avait manuscrit de sa main, partiraient des bateaux afin que cette soirée sur cette île, atypique et mystérieuse mais hospitalière, marque un réel trait d’union et devienne le symbole du renouveau de Bordeaux. Que faire ? Ne pas y aller équivalait à une déclaration de guerre. Y aller c’était passer sous les fourches caudines de cette gourgandine. Les partisans du boycott furent vite mis en minorité lors de la réunion de l’UGCC. L’affaire fut pliée dès que l’on sut que Bernard Arnault y enverrait sa fille, François Pinault son fils et que Christian Moueix s’y rendrait en personne.

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4 août 2011 4 04 /08 /août /2011 00:09

photoStChi.jpgLes « Tintin reporter » de Télérama « explorent cinq régions de France » pendant l’été. C’est le Languedoc-Roussillon du vin qui ouvre le bal. Qu’un grand média national s’intéresse au vin j’applaudis des deux mains mais sans tirer à boulets rouges sur « Un rouge se rebelle » (c’est le titre du reportage) je trouve que nous resservir encore une fois l’histoire du Midi Rouge (80% de l’article) dessert cette belle région. C’est le boulet qu’elle traîne alors que la chaîne a été sectionnée depuis bien des années. Notre reporter, Stéphane Jarno, est un reporter en chambre, il a pu écrire son article à Paris sans se taper le voyage dans le terroir. Ma remarque ne met pas en cause la qualité des sources où l’ami Jean Clavel tient une bonne et juste place. Mais que diable ça manque de chair tout ça. Où sont les femmes et les hommes d’aujourd’hui qui font le Languedoc et le Roussillon ? Au rayon des grands absents, et l’entame de l’article est digne d’un copié-collé des papiers des divers services de presse des nombreuses interprofessions de South of France, avec une mention spéciale pour celui des Vins de Pays d’Oc. Je cite.

 

« Ils sont partout. Sur les meilleures tables new-yorkaises comme dans les supermarchés chinois, servis au verre dans les bars de Tokyo ou vendus par caisses entières chez les cavistes canadiens : les vins du Languedoc-Roussillon sont partis à la conquête du monde. Dans le nord de l’Europe, où la consommation de vin gagne petit à petit sur celle de la bière, ils se taillent la part du lion. Et les compagnies aériennes ne sont pas en reste qui, sur leurs plateaux-repas, sont nombreuses à avoir troqué les sempiternels petits bordeaux contre des crus du pays d’Oc. Même Air France s’y est converti. Evidemment, cette marche triomphale cache une réalité contrastée ; tous n’est pas rose au pays des corbières et du banyuls, où chaque année bien des viticulteurs mettent la clé sous la porte. Mais le chemin accompli par ces vins en à peine un quart de siècle n’en reste pas moins remarquable. »

 

Fermez le ban, le reporter passe à l’histoire, ça plaît aux lecteurs de Télérama le je me cultive un peu pendant les vacances et ça permet de rester dans le sanitairement correct. Dans le sous titre l’allusion à la guerre mondiale du vin est de rigueur mais du côté de la réalité de la vie d’aujourd’hui de nos vignerons pas le début d’une vraie approche de reporter. Tout ça est loin, tout ça ce sont des sujets qui emmerderaient les lectrices et les lecteurs de Télérama. Paris et le désert français titrait un bouquin de JF Gravier paru en 1947 : c’est toujours une réalité dans la tête des rédactions parisiennes qui ne prennent pas la peine, lorsqu’elles envoient un journaliste en reportage, de lui demander de sortir des sentiers battus, d’aller au contact de la vie des gens de nos belles provinces. Le fossé élitiste est bien toujours présent, ça me fâche et je l’écris. La photo qui illustre la chronique, très artistique : bravo Guillaume Rivière, va très bien avec l’introduction de l’article : ça doit plaire au bobo l’Upper East Side ou aux nouveaux riches de Shanghai cette France forcément houellbecquienne...

 

Pour le présent notre reporter l’expédie en deux petits paragraphes aussi généraux qu’approximatifs « Certaines AOC ont retrouvé leur lustre d’antan (saint-chinian, picpoul-de-pinet), d’autres comme le pic-saint-loup ou le faugères ont fait une ascension fulgurante, et les grès-de-montpellier se révèlent très prometteurs. Le recrutement d’œnologues, la diversification des cépages, la recherche de nouveaux assemblages, bref l’amélioration globale de la vinification a porté ses fruits. Premier bénéficiaires : les vins de pays, qui représentent aujourd’hui la moitié de la production régionale. Réussite exemplaire, le label « pays d’Oc » et ses vins monocépages qui cartonnent à l’export. Même les Bordelais dit-on, en seraient jaloux !

La filière, surtout, suscite beaucoup de vocations chez les jeunes et crée de nouveaux emplois. Depuis une dizaine d’années, de nombreux domaines sont rachetés et transformés. Indépendants, peu enclins à se plier aux contraintes et à l’aventure collective de l’AOC, ces électrons libres produisent à leur manière et souvent « bio ». Grâce à eux le Languedoc-Roussillon est devenu un eldorado en la matière et le salon Millésime bio qui se tient tous les ans à Montpellier est la plus grande manifestation européenne du genre. »

 

Pour l’avenir la parole est donnée à l’ami Jean Clavel mais comme ce n’est pas un sujet spécifiquement languedocien il m’excusera de ne pas en parler.

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3 août 2011 3 03 /08 /août /2011 07:00

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Me de Candolle dressait pour Marie l’état de sa fortune. Le magot accumulé par les tantes et oncles, faisait d’elle, même une fois déduits les droits de succession, bien allégés par le locataire de l’Elysée, une des plus beau parti de ce pays. Lénine se plaisait dans les vignes alors que Tintin au Congo se familiarisait avec les jurons locaux. Il s’était pris d’amour pour la nouvelle cuisinière marocaine du château. L’heure était pour Marie aux grandes décisions : fixer le prix des primeurs du millésime 2010. Le commandant de gendarmerie lui avait confié, sous enveloppe cacheté, une page déchirée du calepin de son oncle Philémon sur laquelle il avait couché, de son écriture fine et pointue, les chiffres adoptés lors du tragique déjeuner. Pour mettre de l’ordre dans ses idées elle enfourcha son vélo, qu’elle avait fait venir de Paris par DHL, et s’en fut pédaler sur le plateau de Pomerol. 730 hectares, 180 châteaux reliés par des petites routes sinueuses. Marie s’asseyait sur une borne de Pétrus. Elle se souvenait d’une déclaration de Jean-Pierre Moueix qu’elle venait de lire dans un des tous premiers numéros de l’Amateur de Bordeaux « Croyez-moi, en ce temps-là (celui de son père), ça ne se vendait pas comme ça, d’une pichenette... Petrus, le plus cher du monde ? Fallait-il que certains grands crus aient quelques faiblesses pour que Petrus gagne sa place ! Non ! Ce qui fait son succès, je crois, c’est l’expérience et la qualité professionnelle de ceux qui le font, et c’est sans doute la marge que je laisse aux revendeurs. ». Tout près une grue tendait sa flèche au-dessus des murs du nouveau chai. Marie sortait son petit carnet de moleskine, recomptait, repensait à ce que lui disait souvent Eric « Quand les mouettes suivent un chalutier, c'est parce qu'elles pensent que des sardines seront jetées à la mer ». Indignez-vous clamait ce bon Stéphane Hessel mais était-ce suffisant ? Non Marie se sentait une âme entrepreneuriale : elle allait faire ! Bâtir un modèle économique qui retrouverait du sens. Faire des grands vins pour qu’ils soient bus par le plus grand nombre. Produire de la valeur certes pour la pérennité de sa boutique, mais respecter les grands équilibres. Elle appelait Me de Candolle « Paul ça vous dirait de devenir mon attaché de presse ? »  

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3 août 2011 3 03 /08 /août /2011 00:09

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Sur son blog « Du Morgon dans les Veines » Guillaume Nicolas-Brion écrit sous le titre :

Son auberge était ouverte aux gens sans feu ni lieu 

« Pour ceux qui vivraient sur une autre planète, je rappelle que depuis hier soir, Michel Moulherat et Giuseppe ont définitivement baissé le rideau de la Cave de l'Insolite, à Paris. La rue de la Folie-Méricourt n'aura plus le même parfum »

Suivent de nombreux témoignages attristés, plein de regrets, et je le comprends car disait ma mémé Marie « ce sont toujours les meilleurs qui partent en premier. »

Je n’étais pas comme eux un « habitué » de la Cave de l’Insolite mais à chaque fois que j’y suis passé l’accueil fut toujours plein d’empathie et de sincérité. Pour sûr c’était une bonne maison.

 

Mais, à mon âge on goûte de moins en moins les hommages posthumes, aussi sincères fussent-ils, car on se dit « quand viendra mon tour je ne serai plus là pour les entendre. »

Quand on me portera en terre ce que j’aimerais c’est qu’un Orphéon précède ma petite boîte et que sitôt la chose faites tout le monde aille descendre un canon à ma santé. Les regrets ne servent à rien, ce ne sont que des cendres qui s’envolent au premier coup de vent comme dans Big Lebowski. Vous savez, on peut rire aux larmes alors pourquoi ne pas sécher ses larmes en réfléchissant?

 

Dans cette affaire ce qui m’inquiète c’est pourquoi la Cave de l’Insolite ferme ses portes ?

En effet, dans mon boulot, j’affronte la cohorte des consommateurs urbains, du moins ceux qui se disent intéressés par le devenir des producteurs, qui dégainent facilement leur petit producteur. Alors je m’échine à expliquer qu’un petit producteur est un agent économique comme les autres qui, s’il fait des petits rendements, doit créer une valeur unitaire lui permettant de dégager un revenu pour vivre comme n’importe quel citoyen. C’est basique mais beaucoup de nos amis, qui sont des salariés, ont beaucoup de mal à appréhender un compte d’exploitation.

 

Je ne sais si la Cave de l’Insolite ferme pour des raisons économiques mais depuis que je sillonne à vélo les rues de Paris et que je vois éclore presque chaque jour de nouvelles enseignes de « petit caviste » la question récurrente que je me pose est toujours la même  « comment vit un petit caviste à Paris ? »

 

Sans affirmer que tout le monde s’en fout, j’ose écrire que ça mérite réflexion à la fois bien sûr pour les intéressés mais aussi pour une large catégorie de « petits vignerons ». Comment répondre à ma question ? En mettant cartes sur table et non en posant la question aux intéressés : en effet j’ai rarement vu qui que ce soit répondre à la sempiternelle question : « ça va ? » par « mal ». On biaise, on triche un peu, on espère des jours meilleurs, on s’accroche, on serre un cran à la ceinture.

 

Dans ce qui pourrait être une petite étude, tout à fait finançable, ne serait pris en compte que la vente de vins et non les activités annexes, beaucoup plus juteuses, telles que les cours dit d’œnologie ou mieux de dégustation, l’organisation d’évènements autour du vin... ou par des apports de revenus extérieurs. Sans affirmer qu’on puisse tirer de ce type d’approche un réel modèle économique – qui d’ailleurs ne me semble pas exister aussi pour les chaines de cavistes – viable ce qui serait intéressant c’est de permettre à la foultitude des petits vignerons d’avoir, bien plus que maintenant, un réel et durable accès au marché. Et ça passe par des cavistes costauds. Ce que je constate tous les jours autour de moi m’effare un peu mais qui puis-je ? Entre-nous pas grand chose.

 

Cependant, l’extension du domaine du vin qui passe par des prix consommateurs pas trop alourdis par le poids des marges, une bonne rémunération des vignerons qui dépend du niveau des prix et des conditions de paiement équitables, une distribution diversifiée des vins en fonction des zones de chalandise et du pouvoir d’achat des consommateurs, passent par une base minimale d’organisation. Réfléchir ensemble, bien plus que de mener des petites batailles de chapelles insignifiantes, ne nuirait à personne. Comme vous tous je déteste voir des gens sympathiques tirer définitivement leur rideau de fer mais j’aimerais qu’au-delà de la pure émotion, chacun à notre niveau portions une petite pierre à l’édifice commun. Nous ne sommes pas sur le Net que pour faire joli, exalter nos ego, mais aussi pour que ceux qui bossent dans leurs vignes vendent leurs belles petites boutanches et ça passe par un peu d’altruisme de notre part. Je sais ça fait très prêchi-prêcha mais je n’ai pas mieux en magasin.

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2 août 2011 2 02 /08 /août /2011 07:00

photoB12.jpg« Chers vous tous,

 

Je ne sais pas faire grand-chose mais je vous assure que, même si je ne sais pas trop ce que je sais faire ici, ce que je vais faire ici je le ferai avec vous.

Un peu longuette mon petit Paul ta phrase

Le vin j’en bois depuis que je suis toute petite mais depuis que Michel Rocard, qu’est une fine gueule, s’est mis à me faire lichetroner du très bon, même si je n’ai pas le tarin affuté de Jacques Dupont, j’me défends. Ne comptez pas sur moi pour vous bassiner avec les petits fruits rouges. Le vin ce n’est pas de la confiture quoique pour certains on pourrait se tromper.

Oui Paul je brode un peu sur ton texte.

Pour la vigne, nada, vu que je n’ai pas souvent mis les pieds en dehors du macadam. Rassurez-vous j’me soigne : mes potes de Sève, le guide du Pous en tête m’ont offert le Roger Dion Histoire de la vigne et du vin des origines au XIXe et comme je dors peu je bouquine. Vous m’direz que ça ne va guère m’avancer du côté d’la culture. Quoique ! Mais de ce côté-là je compte beaucoup sur vous, moi je me contenterai de vous posez des questions à la con.

À part Cohn-Bendit et un chouïa le Bové, je trouve les Verts un peu cons-cons mais il n’empêche que puisque tout le monde n’a que le mot terroir à la bouche va falloir que nous nous en occupions, que nous le bichonnions. Z’en en avons les moyens, non ! À ce propos, sans verser dans la démago, comme on va s’faire le blot ensemble du côté du partage du gâteau le père Rocard et le frère convers Cantona ont des idées sur la question. Ils discuteront le bout de gras avec vous. L’avantage c’est que vous aurez du mal à en placer une avec Michel alors qu’Éric, en une poignée de mots, il vous donnera la pêche pour le boulot.

Donc, va falloir aller voir du côté des vers de terre, des abeilles et de la confusion sexuelle. Même des moutons ! Bon, j’vais pas faire l’intéressante mais je dois vous dire que je ne suis pas un fan de Monsieur Propre. Vive l’agriculture ! D’ailleurs j’ai vu que nous avions des chefs de culture, alors y’a pas photo nous allons en faire de la culture avec un petit et un grand C.

Comme moi j’ai grandi telle une herbe folle qui pousse dans les fentes des trottoirs, que chui pas le genre poulet aux hormones, moderato cantabile sur les engrais. Du côté maladie là je ne sais pas ce qui faut faire mais je m’en tiens à ce que je fais pour moi : quand je suis malade j’me soigne sans pour autant me bourrer de médocs. C’est basique mais j’ai entendu dire que pour faire du vin fallait récolter du raisin, et si possible qu’il soit mûr et sain.

Comme j’arrive à la vieille de la vendange vous allez m’avoir sur le dos. J’vous plains !

Reste le mystère du vin, ça j’ai hâte de voir et de sentir !

Que les maîtres de chai se rassurent je ne dirai ni ne ferai rien. Je suivrai leur vin à la trace jusqu’à l’assemblage. Moi ce que je souhaite c’est que nos vins épousent la personnalité de nos terroirs. Ce n’est pas de moi mais de mon grand ami Jean-Michel Deiss.

Voilà ce que voulais vous dire une grande sauterelle de la ville que vous appellerez Marie. Le boss ici c’est moi. C’est moi qui décide. Je ne suis pas sensible à la flatterie. Vous m’dites tout ce que vous pensez être bon pour qu’on fasse du bon boulot.

 Je lève mon verre à notre histoire commune...

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2 août 2011 2 02 /08 /août /2011 00:09

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Le Toine bricole à son établi, devant la fenêtre du magasin ; il remet des manches à ses pioches. D’un oeil, il regarde son travail, de l’autre, le Mont-Juillet, qui s’empanache de traînées d’un violet sombre. L’inquiétude le ronge : fin juillet, c’est la période la plus redoutable pour les orages, avec les environs du quinze août.

 

- « Pardi ! hier, c’était la Madeleine ; elle a pas fait sa fête ; des fois que nous, on pourrait ben, malgré nous, la faire aujourd’hui ! On a bougrement raison de dire :

 

« La Madeleine

 

Ne passe pas sans son étrenne ! »

 

Hélas ! Elle pourrait donc pas les garder pour elle, ses lugubres cadeaux ? Maudite pécheresse ! Elle sème à tous les vents le malheur de sa honte ; elle fait dégouliner, tout au long du ciel, ses larmes grosses comme des œufs ; un courant d’air, venu on ne sait d’où, les glace, et voici l’étrange couvée de grêlons qui s’abat sur le vignoble, pour le ravager.

 

(...) Il n’a pas le temps d’achever, qu’une espèce de queue rouge, attachée à une boule de feu, fouette tout du long la brume jaune ; ave ça, un craquement, oh ! mais, un de ces craquements ! Comme une charpente qui s’effondre.

 

-« Le tonnerre est tombé à Mercœur ! souffle l’Ugène à mi-voix. Un coup tout seul, comme ça, c’est le signal de ce qu’on sait que trop.

 

- Oui, répond le Toine. Misère de Dieu ! Tout est foutu. Ecoute !... »

 

On entend comme le roulement d’un train lancé à toute vapeur.

 

- « C’est ce que je disais ; c’est plus de la pluie ; v’là la grêle.

 

Les visages se figent ; sur celui de l’Ugène, se creusent les sillons des larmes silencieuses, prélude de la révolte qui gronde intérieurement.

 

Ça a duré au plus dix minutes, une éternité pour les deux hommes. Le bruit s’assourdit, s’estompe, s’éloigne. Le brouillard s’enlève, comme une toile de tente, pour ne rester attaché que d’un côté, là-bas, vers Rosey.

 

A la lumière retrouvée, l’Ugène bondit vers les ceps les plus proches. Le Toine le suit en reniflant et, machinalement, enlève son chapeau, comme on fait devant un mort.

 

-« Regardez-moi ça, hurle l’Ugène, si c’est pas une pitié ! Toutes les grappes par terre, les feuilles aussi ! Hein ! Travaillez donc ! A quoi ça sert ? Vous vous échinez toute une année, et au moment où ça commence à promettre, en cinq minutes, crac ! plus rien ! Ça fait déjà quatre fois que je vois ça, et j’ai guère que trente ans ! Nom de Dieu ! Vous voulez vivre avec ça, vous Toine ?

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1 août 2011 1 01 /08 /août /2011 07:00

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Champetier des Rib l’expert-comptable l’attendait dans le salon du château. À la grande surprise de Marie c’était un trentenaire bronzé, fringué en Armani, costar noir sur chemise blanche ouverte, qui arborait des petites lunettes cerclées d’écaille Tom Ford. Des Tod’s gold à picots aux pieds, mais une affreuse pochette bordeaux brisait son look étudié de dandy. Le bellâtre lui tendait une main manucurée ornée d’une chevalière blasonnée à l’annulaire :

- Hubert Champetier des Rib pour vous servir mademoiselle de Saint-Drézéry...

- Paulo, sauf à avoir trop forcé sur le Vray Croix de Gay d’la baronne G j’avais noté que les comptes de la commandite étaient entre les mains de François Champetier...

- Mon père ! Il est souffrant vous voudrez bien l’excuser mais rassurez-vous c’est moi qui tenait votre dossier...

- Fort bien mon beau ! Célibataire, je suppose !

-... oui mademoiselle de Saint-Drézéry...

- Bon plan mon petit Hubert, meilleure santé à votre père mais dites-lui que la godiche ne cherche pas chaussure à son pied...

- Vous vous méprenez... nous... je...

- Epargnez-moi votre petite musique Hubert. Planquez-moi cette pochette de douille et parlons chiffres. Paul nous voyions bien tout le personnel à 17 heures ?

- Oui chère Marie. Ils vous attendent avec impatience.

- Comme il fait beau nous ferons cela dehors. Vous avez pensé au champagne ?

- Est-ce bien convenable Marie vous êtes en deuil.

- Moi oui, pas eux ! À ce propos mon p’tit Hubert filez-moi la masse salariale pour que je pèse toute la peine du petit peuple face à la perte de leurs tauliers...

- Vous exagérez mademoiselle nous appliquions à la lettre la convention collective...

- Ça devait leur faire une belle jambe... Comme toujours j’exagère ! Je suis très taquine. Faudra t’y faire dents blanches haleine fraîche. Maintenant file-moi le montant des honoraires de nos aimables œnologues consultants !

Marie chaussait ses lunettes, épluchait fiche par fiche, soupirait, soulignait avec un stabilo jaune, notait des chiffres sur son petit calepin en moleskine acheté à l’Écume de Pages. « Putain, ils se goinfrent un max les chancres... je vais montrer tout ça à Éric pour qu’il me tire une situation au cordeau... » Tintin au Congo entonna « Canto, Cantona... » ce qui plongea le fringant Hubert dans un état proche de l’attrition face à un Lénine qui marquait joyeusement et consciencieusement son territoire par des petits jets de semence fraîche.

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1 août 2011 1 01 /08 /août /2011 00:09

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De mon temps, comme disaient les vieux dans ma Vendée crottée lorsqu’ils voulaient stigmatiser l’irruption du progrès, les mogettes, mojhette ou mojette, se cantonnaient dans le frichti du populo. Cuites dans un pot en terre posé sur un trépied au milieu de l’âtre, elles accompagnaient chaudes une tranche de lard ou de jambon sec. Pour le petit déjeuner elles se mangeaient tièdes ou froides sur une belle tartine de pain embeurrée. L’important bien sûr pour l’arome des mogettes : l’ail ! La mogette de mon temps était un haricot blanc sec de l’espèce Phaseolus vulgaris, également appelé « lingot ». L’autre variété, le coco, rendue célèbre par l’AOC Coco ce Paimpol, était aussi cultivée. La mogette de Vendée a obtenu le 9 octobre 2010 le label européen IGP link Comme vous le savez je ne suis pas très fan de ce grand fourre-tout de tout mais « on fait ce qu’on peut avec ce qu’on a ».

 

La mogette n’était pas qu’un aliment dans mon bocage, elle remplissait une fonction sociale à l’occasion des veillées. Dans mon enfance la télévision n’avait pas pointé sa face lisse dans les métairies alors au cours des longues soirées d’hiver, après le souper, les gens se rassemblaient pour la veillée. Pour s’occuper soit ils jouaient aux cartes avec un petit tas de mogettes pour chaque joueur qui, à chaque fois qu’il perdait, haricotait c’est-à-dire concédait un haricot à celui qui le lui avait fait perdre (ne me demandez pas la règle précise du jeu je n’en ai plus souvenir mais ça se jouait avec un jeu de 54 cartes), soit ils triaient les mogettes en se racontant des histoires. On se contentait de peu en ce temps-là. Reste un sujet totalement incorrect la force et la fragrance du vent de mogettes : violente et pestilente, une horreur absolue !

 

Souvenir, souvenir, quand tu nous tiens mais que voulez-vous la mogette de basse extraction est maintenant dans le vent – désolé ! – elle accède au Saint des Saints des tables de la Haute Cuisine. C’est le plus souvent un coco, sans doute pour l’esthétique car les chefs raffolent de présentations très élaborées en assiette mais aussi pour sa texture plus fine, moins farineuse. La mogette donc est utilisée comme support d’entrées plutôt que comme accompagnement de plat de résistance. Normal beaucoup de grands chefs, tout à leurs chichis de présentation, semblent avoir pris en grippe l’accompagnement, le bon lest qui fait que l’on quitte la table sans la sensation de faim. Au poids des sauces s’est substitué le poids de l’addition inversement proportionnel à la légèreté des mets. Bref, telle la madeleine de Marcel Proust, la mogette revisitée me ravit.

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Pour preuve les superbes mogettes à la Poutargue que j’ai apprécié au 21 de Paul Minchelli le soir de mes 63 balais. « Le meilleur restaurant de poissons de Paris selon mon ami Bruno Verjus » Il fait simple, le créateur du Duc,  mais Dieu que c’est bon !  Un seul et grand reproche : sa carte de vins, courtaude et pas à la hauteur de l’excellence de la nourriture. Alors je risque un conseil à ceux d’entre vous qui faites de beaux, de petits et de grands vins : allez donc voir Didier, le sympathique chef de salle du 21 pour lui proposer d’enrichir un peu sa carte de vins. Pour motiver plus encore Paul Minchelli, qui n’est pas un homme facile : de ma part c’est un compliment, risquez-vous aussi à me dire ce que vous boiriez avec ses merveilleuses « mogettes à la Poutargue ».   

 

21, au 21, rue Mazarine, Paris VIe. Tél. : 01 46 33 76 90

Fermé dimanche et lundi, ouvert du mardi au samedi de 12 heures à 14 heures et de 19 h 30 à 22 h 30.

 

Pour la Poutargue se reporter à la chronique

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