Les plus gros courtiers et les grands négociants étaient furax de ne pas être invités au pince-fesses du « hérisson » et ils ruminaient leurs mesures de rétorsion. Quelques-uns, clients de Paul de Candolle, prirent contact avec lui discrètement en son nouveau cabinet pour tenter d’obtenir une invitation en prétextant, pour certains, qu’ils étaient aussi propriétaires de GCC. Ils reçurent pour toute réponse de celui-ci « Mes chéris notre Marie ne veut pas mélanger les torchons et les serviettes, vous êtes ses obligés. Il va falloir vous y faire et je vous suggère de l’inviter à la prochaine réunion de vos syndicats. Je puis vous assurer qu’elle ira... » Ça sentait à plein nez les éléments de langage, l’enfumage, les plus outrés se tournèrent sitôt vers Alain Juppé, le maire, pour qu’il veuille bien actionner son compère du Grand Emprunt, Michel Rocard, avec qui il venait même d’écrire un livre au titre très sexy : La politique telle qu’elle meure de ne pas être. Ils furent assez fraîchement accueillis. « Messieurs, revenez à la raison, mademoiselle de Saint-Drézéry, même si elle vous défrise un peu, est libre du choix de ses invités. Je n’ai pas envie de lire dans le Canard Enchaîné que le Ministre des Affaires Etrangères a joué les messieurs bons offices par l’entremise de Michel Rocard auprès d’une péronnelle qui, vous en conviendrez, sous ses airs de grande nunuche, semble mener sa barque avec détermination et discernement. Et puis, de toute façon, en ce moment Rocard est injoignable, il fait le compte des populations de manchots empereur dans les terres australes... » Déconfits, outrés, ils se replièrent en bon ordre et décidèrent en bureau de leurs syndicats respectifs qu’il était urgent d’attendre. Le jour dit, sur les quais de Bordeaux et sur ceux du port de Blaye, la fine fleur des deux rives se pressait pour embarquer sur les bateaux affrétés par de Candolle pour le compte de Marie. Sur le premier, ils furent accueillis par un Eric Cantonna martial dans une tenue de Grand Amiral de la Flotte Impériale Russe. Lénine, le chat de Marie, se tenait à ses côtés dans un panier d’osier. Sur l’autre rive c’est François des Ligneris, vêtu comme un Cap-hornier, qui tint le rôle flanqué de Tintin au Congo qui débitait quelques jurons cultes du capitaine Haddock. La baronne G, très entourée eu égard à sa présence au fameux déjeuner de l’Envers du décor, racontait à ces messieurs abasourdis entretenir une correspondance régulière avec un certain Luc Charlier, néo-vigneron grand admirateur du Léon à barbichette. En retrait, les dames de ces messieurs soupiraient, s’éventaient, l’une d’elle se risquait même à dire : « j’ai bien peur que nous fuissions sur le Titanic... »

Paul de Candolle avait sauté à pied joint sur la proposition de Marie, laissant à son premier clerc la gestion de l’étude il fit un aller-retour éclair à Londres pour renouveler sa garde-robe de fond en comble chez Vivienne Westwood. En rentrant il annonça à Marie-Charlotte son épouse son intention de faire part de son un coming-out dès le lendemain dans Sud-Ouest. L’enseigne de sa nouvelle agence : Paul&John permis d’identifier très vite l’heureux élu, un rejeton des Chartrons qui fumait la moquette tout en dilapidant la fortune accumulée par son grand-père. La nouvelle se répandit comme une traînée de poudre dans Bordeaux et sur les deux rives, dans les châteaux l’angoisse était à son comble, tout ça c’était d’après eux l’effet « hérisson ». Le surnom de Marie était descendu de Paris jusqu’à Bordeaux via l’acheteur vins de Monoprix qui l’a connaissait car elle l’avait un jour dépanné pour une animation de foire aux vins. Tous les propriétaires des GCC avaient reçu le carton d’invitation du « hérisson » au « Bal des Vampires » sur le refuge de l’île de Patiras au coeur de l’Estuaire de la Gironde au pied du phare
Les « Tintin reporter » de Télérama « explorent cinq régions de France » pendant l’été. C’est le Languedoc-Roussillon du vin qui ouvre le bal. Qu’un grand média national s’intéresse au vin j’applaudis des deux mains mais sans tirer à boulets rouges sur « Un rouge se rebelle » (c’est le titre du reportage) je trouve que nous resservir encore une fois l’histoire du Midi Rouge (80% de l’article) dessert cette belle région. C’est le boulet qu’elle traîne alors que la chaîne a été sectionnée depuis bien des années. Notre reporter, Stéphane Jarno, est un reporter en chambre, il a pu écrire son article à Paris sans se taper le voyage dans le terroir. Ma remarque ne met pas en cause la qualité des sources où l’ami Jean Clavel tient une bonne et juste place. Mais que diable ça manque de chair tout ça. Où sont les femmes et les hommes d’aujourd’hui qui font le Languedoc et le Roussillon ? Au rayon des grands absents, et l’entame de l’article est digne d’un copié-collé des papiers des divers services de presse des nombreuses interprofessions de South of France, avec une mention spéciale pour celui des Vins de Pays d’Oc. Je cite.
« Chers vous tous,

