Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
22 juillet 2011 5 22 /07 /juillet /2011 08:00

photoMarie3.jpg

Au fur et à mesure que maître de Candole lui contait la triste fin de l’ensemble de sa seule parentèle vivante Marie se mordait les lèvres pour réprimer un cataclysmique fou-rire qui montait en elle. Pour faire diversion, s’empêcher de rire, elle cherchait dans sa mémoire le nom de l’auteur du Roman d’un tricheur dans lequel un type assis à la terrasse d'un café racontait comment son destin fut définitivement scellé lorsque, à l'âge de douze ans, parce qu'il avait volé dans le tiroir-caisse de l'épicerie familiale pour s'acheter des billes, il fut privé de dîner. Le soir même, toute sa famille mourrait empoisonnée en mangeant un plat de champignons. Elle s’exclamait « Sacha Guitry !

- Plaît-il ?

- Rien maître, c’est nerveux...

- Je vous comprends mademoiselle c’est un tel drame !

Le drame pour Marie se situait ailleurs : pouvait-elle décemment aller danser avec son beau militaire alors que cinq gisants, ses seuls parents, se retrouvaient dans les tiroirs d’une chambre froide de l’hôpital Bellan ? Ses neurones crépitaient, elle s’entendait dire « je suis alitée », ce qui était vrai. « Vous êtes souffrante mademoiselle ?

- Oui c’est le cœur.

Le soupir du notaire en disait long sur sa crainte de se voir à la tête d’une succession sans héritier. Marie le rassurait « Ce n’est qu’un petit problème de surchauffe. Demain tout ira mieux. » Maître de Candolle en prenait bonne note avant de s’enquérir du moyen par lequel elle gagnerait Bordeaux. Cette question plongeait Marie dans un abime de perplexité. Même si ça peut paraître étrange elle ne savait pas comment on se rendait à Bordeaux, ni ailleurs, car, chaque fois qu’elle sortait de Paris, c’était en compagnie d’amis qui s’occupaient de tout et elle ne s’était jamais souciée de ce qu’était un billet de train ou d’avion. « Et si j’y allais avec mon vélo ? » À l’autre extrémité Me de Candolle du avaler son dentier car il y eut un blanc assez long. D’une voix qui se voulait assurée il déclarait enfin « Je m’occupe de tout mademoiselle de Saint-Drézéry. J’appelle de ce pas mon collègue Me Burin des pommiers qui vous fera chercher à votre domicile... » Sa réponse claquait, impérative.

- Demain !

- Bien sûr mademoiselle de Saint-Drézéry...

Partager cet article
Repost0
22 juillet 2011 5 22 /07 /juillet /2011 00:09

L’Aveyron ça sonne bien avec vigneron mais c’est un pays plus connu pour ses hautes terres, monts d’Aubrac et Grands Causses, pays d’élevage où sont nés des fromages renommés : le Roquefort et le Laguiole. Et pourtant les vignes se sont agrippées aux pentes modelées à la force des bras, murets de pierre sèche et escalier de géants en témoignent. Bien sûr, lorsqu’ils sont restés au pays les aveyronnais sont plus paysans et éleveurs que vignerons, mais comme ceux qui sont montés à la ville ce sont des entreprenants, âpres à la tâche, mais soucieux de leur pays, de leur terre. Ici la vigne se jardine. Comme elle n’est pas dominante elle s’accroche, s’insinue dans le paysage, voisine des sites remarquables : le château d’Estaing et l’Abbaye de Conques dont le cartulaire fait état dès le Ixe siècle des premières terres à vigne s’élevant sur les terrasses du Fel... Vignoble enclavé, tourné sur lui-même, méconnu ou même décrié, paradoxalement il fait parti de ceux dont l’avenir est bien plus assuré que celui de grande mer de vignes plus connues, plus renommées.

 

Pourquoi me direz-vous ? Tout bêtement parce que l’Aveyron est un pays vert, accueillant, où la table est fort bien garnie d’une cuisine simple, nature, de caractère et goûteuse. La recherche de l’authentique sans les fioritures de ceux qui le vendent au mètre, sur affiche ou papier glacé, conduisent ceux qui mettent leurs actes en harmonie avec leurs paroles à y venir d’un coup d’aile ou via le viaduc de Millau. Certes tout n’est pas parfait en Aveyron, mais sous l’impulsion d’hommes comme André Valadier et Christian Valette qui font leurs produits à la fois avec leur cœur mais aussi avec le souci de générer et de garder de la valeur au pays, la tendance productive pourra s’infléchir. Loin des batailles médiatiques qui servent plus le cursus politique de certains, celle-ci est plus modeste, moins spectaculaire, mais bien plus en phase avec une réelle demande sociale. Faire de bons produits, les faire apprécier in situ tout en les mettant à la portée des urbains comme l’a montré la mise en avant au restaurant du Ministère de l’Agriculture, rue Barbet de Jouy, des produits de la filière bleue, blanc, cœur. La bataille du mieux manger se gagnera de cette matière intelligente et pragmatique. J’y reviendrai dans une future chronique.

 

Et les vins dans tout cela ? On pourrait me rétorquer que cette belle mosaïque de plateaux entaillées par de multiples cours d’eau, avec de terribles dénivellations, où les parcelles sont forcément petites, à hauteur d’home, sans jamais écraser le paysage, n’est pas forcément synonyme de bons vins. J’en conviens mais cette poignée d’hectares 20 pour le VDQS d’Entraygues et de Fel, 19 pour le VDQS d’Estaing, 57 pour les Côtes de Millau, 200 pour l’AOC Marcillac et quelques arpents pour les anciens vins de pays de l’Aveyron, a de l’avenir et si, les droits de plantation de la vigne venaient à ouvrir un peu plus la porte, non pas à la libéralisation – sacrilège absolu pour tous les libéraux de la vigne – à une gestion plus intelligente de l’adaptation de l’offre à une réelle demande marchande, ces ont de l’avenir par leur bonne adéquation avec l’image de leur pays. Bien sûr ce ne sont pas des grands vins mais des vins qui seront bus et qui rendront joyeux et heureux ceux qui les auront bus. Le vin n’est pas qu’un produit d’admiration, d’adulation pour grands amateurs c’est, ou ça devrait être avant tout un produit de partage et de convivialité.

 

Alors, comme ce n’est pas profession, je mets au défi les dégustateurs patentés d’aller trainer leur longs nez dans les chais aveyronnais. Pour ce faire je leur joins, les cartes et la liste des vignerons. Paris-Rodez est desservi par Air France la virée peut se faire en deux ou trois jours. Pas un très gros investissement pour nos revues spécialisées, faisable non ! Pour ma part j’ai chroniqué sur un humble vin de pays celui de Patrick Rols link et si certains audacieux veulent se risquer jusqu’en Aveyron je peux leur servir de GO, le service étant compris bien sûr. Au plaisir de vous lire chers confrères.

img299.jpg

img301.jpg 

img300img302-copie-1.jpg

Partager cet article
Repost0
21 juillet 2011 4 21 /07 /juillet /2011 08:00

photoMarie2.jpg

Le matin du 14 juillet, sous un petit soleil, Marie se levait de fort belle humeur. Avant de chausser ses tongs orange elle entreprit de peindre ses ongles de pied en bleu turquoise. La veille au soir sa tentative de reproduire le drapeau tricolore sur l’index, le majeur et l’annulaire de ses deux pieds avait viré au fiasco car le gros orteil gâchait l’effet qu’elle en espérait. Ce soudain esprit patriotique lui venait de la rencontre qu’elle venait de faire, rue du Bac, avec un kanak balaise habillé en militaire du Génie. Marie qui circulait sur son vieux Mercier « Raymond Poulidor » n’avait pu éviter le bougre d’homme qui surgissait de derrière une jeep stationnée dans le couloir de bus. Par bonheur elle circulait à une vitesse d’escargot car elle pensait à la paire de Doc Martens rose fluo qu’elle avait aperçu en vitrine du côté de Montorgueil. Sa bécane valdinguait et elle se retrouvait dans les bras puissants d’un sosie de Christian Karembeu. Marie pensait « Merde chui pas Adriana ». Et pourtant, le beau légionnaire qui n’en était pas un, avant de la redéposer sur le macadam sollicitait son nom, prénom, pas sa qualité mais son numéro de téléphone portable. Ils iraient donc ensemble au bal du 14 juillet. Toute ragaillardie par cette soudaine irruption dans sa vie Marie filait jusqu’à la rue du Cherche-Midi où, chez Cotélac, elle faisait l’acquisition d’une gentille robe à pois rouge en crêpe georgette. Donc, allongée sur sa couette, en contemplant les poupées de coton qu’elle avait glissées entre ses doigts de pied, elle se disait que ça allait être vraiment une chouette journée. C’est à ce moment là que son téléphone portable a grelotté et, sans même réfléchir, Marie a appuyé sur répondre ce que d’ordinaire elle ne faisait jamais. Bien sûr elle espérait que ce fut son beau militaire qui, si matinalement, de sa jeep, venait s’inquiéter de son bon éveil. Douche froide, c’était Me de Candolle le notaire de la famille. D’une voix d’outre-tombe, sitôt ses civilités débitées, il lui annonçait « Ils sont tous morts. »

Partager cet article
Repost0
21 juillet 2011 4 21 /07 /juillet /2011 00:09

Chez moi tout arrive. Sur cet espace de liberté un jour est tombé le PV d’une réunion du Conseil Municipal de Losse-en-Gelaisse. J’en extrais un bout :

 

Le secrétaire de Mairie de Losse-en-Gelaisse le 8 décembre 2010 jour de la fête des Saints-Innocents.

 « Ulysse Vergnes, jamais en reste de faire l’intéressant, après un long topo sur la notoriété, rien que pour emmerder le maire qui est aussi président de la coopé « L’Etoile », dite familièrement l’Etoile rouge vu les penchants politiques du président, a proposé d’inviter Robert Parker pour que celui-ci vienne noter les vins de sa propre coopé « La Moderne », dites aussi La Citerne, vu qu’ils vendent tout en vrac, qui fait, a-t-il ajouté les seuls rouges dignes de ce nom de toute l’appellation »

 

Question 3 (elle vaut 3 pts) : de quel cépage emblématique Ulysse Vergnes, propose-t-il d’organiser un Mondial à Losse-en-Gelaisse sous le patronage de Robert Parker. ?

Partager cet article
Repost0
20 juillet 2011 3 20 /07 /juillet /2011 08:00

photoMarie1.jpg

Marie de Saint-Drézéry, marquise de Bombon, vivait dans un grand loft de la place Fürstenberg, à quelques pas de Saint Germain-des-Prés, en compagnie de son chat dénommé Lénine, en souvenir du séjour de celui-ci, avec sa mère et sa sœur l'été 1909, dans le village briard de Bombon et de Tintin au Congo un mainate religieux qui jurait comme un charretier. Orpheline très jeune elle avait été élevée par un couple d’excentriques américains, grands amis du défunt marquis son père, amateurs d’art contemporain et de bonne chère. Pour être proche de la vérité Marie poussa telle une herbe folle, loin de l’école, baguenaudant dans le quartier où les habitués du Flore la laissaient picorer dans leur assiette et vider leur verre. Toute tachetée de son, le nez en trompette, de grands yeux vairons, des cheveux de foin, un long cou entre des épaules frêles et aucun goût pour se vêtir, lui avait valu le surnom de hérisson. De temps en temps elle faisait des extras au rayon charcuterie de Monoprix rien que pour le plaisir de voir passer les chalands et de s’empiffrer de Rosette de Lyon. Si ses clients avaient su que cet épouvantail à moineaux se trouvait être l’unique héritière de beaux châteaux à Bordeaux, rien que des Grands Crus Classés, sur que notre Marie aurait eu plus de succès. Elle s’en fichait d’avoir du succès. Jamais elle n’avait mis les pieds sur ce qui serait un jour ses propriétés car elle était allergique à tout ce que la campagne peut générer comme pollen ou autres trucs allergènes. Ses deux oncles et trois tantes, tous sans descendance, géraient dans une société en commandite simple son futur bien et lui versaient une rente qui suffisait à son bonheur.

Partager cet article
Repost0
20 juillet 2011 3 20 /07 /juillet /2011 00:09

Hé oui je vous bassine à longueur de lignes sur l’ardente obligation de créer des liens, de faire en sorte que la Toile anonyme se transforme en filet à mailles fines pour draguer dans un océan bleu très poissonneux. Se faire des amis, enjamber le virtuel pour se cogner au réel. Bref, puisque comme aux Galeries Lafayette de Perpignan il se passe toujours quelque chose chez Berthomeau, Denis Boireau, adhérent historique de l’Amicale du Bien-Vivre, dites des Bons Vivants, s’est jeté le premier à l’eau et a lancé une invitation au sieur Charlier et à moi-même pour que nous allions séjourner en juillet en sa maison de l’Ile d’Yeu chère à mon cœur. Mon agenda de futur Ministre des Commodités ne me permettant de distraire la plus petite parcelle de mon précieux temps pour prendre la mer seul notre vigneron cul(te) s’est lancé dans l’aventure.  Voici son récit d’une sortie en mer, sans digressions – même pas une sur le père Philippe qu’a séjourné dans le coin – où l’on sent poindre un style tout en retenue d’un auteur en devenir. Léon pourrait-être l’Ernest Pérochon du XXIe siècle. Les travailleurs de la mer  « O combien de marins, combien de capitaines - Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines, - Dans ce morne horizon se sont évanouis! - Combien ont disparu, dure et triste fortune! - Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune... » Bon laissons le père Victor et passons la plume à notre chroniqueur maritime.   Yeu-009.jpg

 

Où l’on transcende l’espace temps

 

 

« Quelques entrefilets – lisez « posts » - ont suffi à me rapprocher d’un illustre inconnu ; enfin, inconnu de moi en tout cas. Le bonhomme avait confirmé en quelques lignes ce que je pressentais : on ne voit pas comment la marée peut influencer physiquement du vin contenu dans une cuve en béton armé (donc rigide et pratiquement incompressible), remplie à ras bord (sans creux) et non percutée par les flots, même si celle-ci se trouve à proximité de l’océan. Il doit le savoir : l’est ingénieur, le type. Et même un ingénieur particulier, spécialiste des détecteurs de faisceaux laser : ces gens-là ne parlent qu’en nanomètres.

 

Mais de rubis en autres gemmes, invitation fut lancée à le rejoindre sur un îlot perdu en bordure de l’Atlantique, mi-vendéen, mi-breton, avec pour tout point de ralliement une adresse insulaire et la promesse d’échanger du vin des bords de l’Agly contre de la marée du Golfe de Gascogne. Vogue donc le catamaran – 34 nœuds quand même !- au départ de Fromentine, sur une mer étale, sans le moindre roulis. La « délicieuse » Christine – c’est lui qui le dit – deux bicyclettes et mézigue accostent sans encombre à Port Joinville et foulent ce sol proto-vendéen pour la première fois.

 

On enfourche les bécanes et zou, 5 km plus loin, voilà le hameau de La Croix, en bordure de la Baie des Vieilles. Commencent alors 48 heures de dépaysement : tentative avortée de ma part d’amadouer des amis du maître des lieux ; escapades cyclistes sous un ciel mitigé mais qui nous gardera au sec ; rencontre avec Catherine Breton et sa fille, devenues cavistes sur l’île le temps d’un été ; dégustation de nombreuses bouteilles hexagonales mais néanmoins exotiques ; déglutition d’hectolitres de muscadet – le sans façon, celui qui accompagne si bien les produits de la mer et fait se rengorger les snobs et les fats et,  clou indiscutable du séjour : la « pêche en mer ».

 

Pour faire court, on me chausse de sandales résistantes à l’eau de mer (« Car mon bateau prend l’eau et il faut écoper », sic), on me fait monter dans un frêle esquif d’environ 2,50 m de long (peut-être 3 m, je ne veux vexer personne), on me fait asseoir dos à la marche, les fesses en équilibre sur une tablette avec un bitogneau en métal vert-de-grisé qui me défonce l’anus et hop, le patron rame, direction la haute mer. Il rame bien, le bougre, en plus, malgré un vent d’Ouest tenace et un peu de houle (creux de 1,50 m à mon estimation). Il faut dire que Léon ignore totalement le mal de mer, il a eu l’occasion de s’en rendre compte dans de nombreux ferry-boats traversant la Manche et la Mer du Nord par gros temps. Il est neuf heures et la marée haute a un peu apaisé les creux. Le soleil encore rasant rend le repérage des bouées difficiles. Qu’importe : la première nasse livre quelques tourteaux et l’une ou l’autre petite étrille ; pas de ce homard bleu tant désiré. La deuxième se montre avare également.

Quant au filet, récupéré à bonne distance, ce sont des vieilles et des tacots qu’il nous offrira.

Vous avez déjà ramené une vieille en tacot ? Moi, quand j’étais petit, c’étaient les jeunes que je menais en bateau !

 

Ensuite, les rames plongèrent sans effort – pour moi, qui ne faisais que regarder – dans le roulis, faisant à peine crisser leur dames. En une heure de calme, de sérénité, de bonheur en fait, nous étions à nouveau sur le plancher des vaches. On avait parlé, un peu. On avait observé, beaucoup. On avait échangé, en silence ...

 

 Mille fois merci, Denis !

 

Luc Charlier

 

Yeu-040.jpg

Partager cet article
Repost0
19 juillet 2011 2 19 /07 /juillet /2011 08:00

photoMarie.jpg

Du vingt juillet au vingt août, du vin au vin quoi, chaque jour à 8 heures pétantes, un paragraphe du format d’une carte-postale vous fera vivre la saga bordelaise de l’été : l’irruption de Marie de Saint-Drézéry, marquise de Bombon, jeune et riche héritière, improbable et déjantée, dans l’univers feutré des GCC. Tous les secrets, les hypocrisies, les coups montés et fourrés, les complots, les croche-pieds et les chausse-trappes, les vilenies, les bassesses, les appétits féroces, les rumeurs les plus viles, vous seront livrés en direct, sans fard.

 

Roman codé certes mais qui, sous la légèreté des mots, mettra à nu les pratiques d’un monde impitoyable. Triomphe de la vulgarité sur le style, la droiture et l’élégance, cette saga border line ne fera que confirmer que l’élite de l’argent, qui se veut une élite de l’esprit, n’est que vanité. Les vrais aristocrates de la taille d’un Luchino Visconti ne sont plus ; l’origine, ce lien entre l’histoire et la terre, le maître en parlait ainsi « Mon père m’avait enseigné que je ne pouvais revendiquer ni droit ni privilège par ma naissance. Ma noblesse je ne l’ai jamais étalée, jamais. Je n’ai jamais été éduqué dans la perspective de devenir un crétin d’aristocrate engraissé et amolli sur l’héritage de la famille » Aucune morale à cette histoire bien sûr rien qu’une invitation à revenir sur le plancher des vaches où les veaux sont trop bien gardés.

 

Bonne lecture pour tous ceux qui voudront bien prendre le fil de cette histoire, pour les autres bonnes vacances ou bon travail...

Partager cet article
Repost0
19 juillet 2011 2 19 /07 /juillet /2011 00:09

photoSorin.jpg

Ce matin je brode avec du matériau de qualité, du pur Sorin. Raphaël Sorin, l’érecteur d’Houellebecq, plus de quarante ans d’édition au compteur, gros nounours bougon et cultivé, j’aime car il a du coffre. Il vient de publier chez finitude Les Terribles, un de ces opus dont je raffole car je les glisse dans mon sac Pan Am bien connu et je m’en nourris à chaque fois que mon appétit s’aiguise. Alors quand j’y retrouve Léo Mallet c’est la rue Watt qui m’envahit, du moins les images qui m’en restent car aujourd’hui elle n’est plus ce qu’elle était à mon arrivée à Paris. Longue de 500 mètres et large de 12 mètres, elle relie le quai Panhard-et-Levassor au carrefour des rues du Chevaleret et du Loiret dans le13e arrondissement. Créée en 1863, elle se situait sur la commune d'Ivry jusqu'à l'extension de Paris au-delà du mur des Fermiers généraux, décidée par Haussmann. Je l’ai hantée quand je cherchais l’inspiration. Par bonheur Jacques Tardi l'a représentée dans certaines de ses bandes dessinées, adaptant en particulier Brouillard au pont de Tolbiac de Léo Malet.

 

« Il pleut sur Reims quand je débarque. L’ambiance est morose à la Maison de la Culture. Des zombies tournent comme des poules dans une cage. Les fameux spécialistes déboulent.» c’est Sorin qui narre. « Que faire, en attendant vendredi soir l’hommage à Malet ? (...) Que glander ? Les heures coulent comme la Seine dans un film de Bresson. Le lecteur qui n’aime ni les polars, ni le champagne, ni les mondanités s’impatiente. »

« On nous invite à visiter les caves de la célèbre Veuve Clicquot-Ponsardin dont la devise mérite un coup de chapeau en passant « Une seule qualité : la toute première ». Léo Mallet est arrivé entre temps, en pleine forme, malgré ses 70 piges, sa pipe à tête de taureau au bec, bien couvert à cause du froid, un sac de toile sur l’épaule. Je me présente « Sébastien Moreno »*. Il m’en serre cinq : « Malet ». Admirable simplicité de l’immense écrivain que l’admiration de Dug n’entame pas. J’ai relu Brouillard au Pont de Tolbiac la veille, dans l’édition magnifique de son copain le libraire du XIIe. Ah, la rue Watt ! »

 

« Un petit groupe de curieux opte pour la visite des caves. On saute dans des automobiles et c’est parti. La Veuve, qu’elle légende ! Pouchkine a écrit pour elle. Napoléon a dormi sous son toit. L’empereur Alexandre a bu son vin. Comme ils disent : « Elle continue sa pétillante carrière dans le monde d’aujourd’hui »  (...) On nous offre à boire avant d’entrer dans les caves de la Veuve, qui, comme l’Enfer de Dante, enferment les damnés occupés à tourner des bouteilles, chacun trente mille dans la journée, et il y en a cinquante quatre millions. Bloch et Malet en tête, nous pénétrons dans les galeries où l’on nous explique tout : « Préoccupée par le désir d’obtenir les vins les plus clairs, nets et limpides, Madame Clicquot inventa et mit au point, avec beaucoup d’obstination, la méthode du remuage sur pupitre, procédé délicat de clarification qui fut ensuite adopté par l’ensemble des Maisons de Champagne ;

J’observe Bloch ; impavide, il passe entre les rangées de bouteilles sombres, dans les salles qui portent les noms d’ouvriers modèles qui, pendant quarante, cinquante ans, ont remué le champ ou enfoncé des bouchons. Malet sardoniquement offense la mémoire de ces braves prolétaires : « Quels cons ! ». Il se souvient d’avoir fait deux jours chez Citroën, pas plus, et insulte les malheureux qui se crèvent çà la chaîne. Nous avançons toujours dans les veines sombres de la Veuve, à vingt mètres sous terre, en plein calcaire, comme des taupes avides de savoir. Nous allons tout connaître, jusqu’à la sortie où enfin on nous libère. Malet lance, vengeur : « Et maintenant, chez Ricard ! »

 

Extraits signés Sébastien Moreno (alias Raphaël Sorin) Libération 22 mai 1979

 

Le pied-de-nez n’a pas eu lieu, Patrick Ricard, le fils de Paul, n’a pas acheté la Veuve mais s’est contenté d’acquérir Mumm et Perrier-Jouet lorsque JM Messier soi-même s’est débandé...

 

Vous pouvez lire aussi une ancienne chronique « On procède au dosage, c’est-à-dire qu’on croise le vin, qu’on le détend avec toutes sortes de trucs » Barbe Nicole Ponsardin Veuve Clicquot link

41sPHmya-cL__SL500_AA300_.jpg

Partager cet article
Repost0
18 juillet 2011 1 18 /07 /juillet /2011 00:09

« Associer le vin et la musique est un geste sans fondement, un parcours guidé par aucune étoile polaire... » voilà une fraîche honnêteté qui laisse bien augurer du projet de ces « dégustateurs de vinyles » et « écouteurs de bulles», ces iconoclastes, ces provocateurs : un DJ gastrophile musical et « un buveur qui écrit pour se payer le vice et se bat pour un développement buvable » deux italiens Donpasta né dans le talon de la botte le Salento dans les Pouilles, adepte du farniente « les montagnes il les contemple de loin, et ça le fatigue déjà... » Candide, « napolitain dans l’âme et gitan par choix, raconte être né sur la terrasse d’un café, où se trouvent ses seules racines et où il veut mourir. » Des phrases appelées à devenir culte telle que « Et surtout, le verre doit être troué, il se vide tout seul ! » Je partage avec eux la même philosophie sur le vin « il faut le boire. Rien ne sert d’en parler, et encore moins d’écrire dessus. » et la « même envie d’extraire le vin de la mise en scène théâtrale dans laquelle il est souvent enfermé. »


 41WwzdX4y7L._.jpg

 

 

Wine Sound System publié par autrement 17 euros est un opus joyeux et jubilatoire qui invite à jouer avec le vin en se laissant guider par ses sensations, à l’écouter en le partageant. Parler du vin en musique en débouchant une bouteille, en ne s’adressant qu’au cœur et à l’âme, en magnifiant le dolce farniente, c’est un vrai projet de vie où la légèreté, ce doux zéphyr qui élève, donne de la hauteur, prend la valeur d’une philosophie. Ce livre est tout sauf un guide, « nous ‘avons choisi que trente bouteilles », des coups foudre, choix fondé « sur l’amour et, parfois, l’émotion qu’a suscitée en nous la rencontre avec quelques producteurs et leurs vins. » Ces vins sont majoritairement compris dans la fourchette de 10 à 20 euros, parfois même moins de 10. Détail d’importance pour les chauvins que nous sommes « la présence d’un nombre important de bouteilles françaises. » Vous l’avez compris ce bouquin sans règles du jeu me botte – j’suis 100% italien en ce moment – « on peut s’y adonner avec n’importe qui et n’importe quel genre de musique ; à chacun de trouver le son qui s’accorde bien le vin. Alors... à vous de jouer ! »

 

Cet accord, et musical, et amical : les trois vignerons choisis sont des amis, me plonge dans une volupté abyssale. Francis, Olivier, Patrick qu’il est bon de nous connaître, « un peu de douceur dans ce monde de brutes... », nos liens par le vin, par cette amitié confiante et sereine, c’est une parcelle d’humanité, le bien le plus précieux : «  à la vôtre, à la nôtre et à tous les autres qui voudront bien partager avec nous notre goût immodéré de la convivialité... » Santé !

 

Champagne millésimé 1988 (Raymond Boulard)


« Qu’y  a-t-il de plus poignant qu’un vieux champagne ? Francis Boulard, compagnon de quelques aventures, nous a fait cadeau d’une bouteille de sa réserve familiale. Les bulles sont encore vives, mais l’effervescence a perdu a perdu de son ampleur. Nous reconnaissons le pain d’épices caractéristique. Le moelleux est équilibré par le coing et l’abricot. Les notes tertiaires sont les plus difficiles à décrire, comme il est difficile de dire la mélancolie qui accompagne nos journées les plus heureuses. Comme si la joie ne voulait pas oublier ses humbles origines, la fatigue dans les vignes et la douleur qui l’a fait naître. Une note de truffe blanche retrouvée devient, une fois que le verre est vide, le fil de mille pensées. »

Nina Simone


« J’ai vu Nina Simone en concert lorsque j’avais 14 ans, par une chaude journée d’août, sur la place de Lecce. La chaleur qui unit le corps et le monde. Adolescent encore imprégné des cris perçants du punk, j’ai vu la douleur se transformer en fierté et en sourire, pieds déchaussés et dos redressé, danse du bassin et regard de femme. 

Nina Simone m’a appris la limite entre la rage et le refus. Entre la violence et l’art. À travers le son des mots. Ceux qui font le plus mal. En cette nuit d’été, elle m’a offert le cœur que j’avais enfoui pour laisser la place à mes coups de poing colériques et à mes cris aphones. Pour elle, la révolte consistait à moduler sa voix pour parler le langage des bébés qui viennent de naître, lorsqu’ils sont tous égaux. Ne rien coupe. Je conseille tout de Nina Simone. Sinnerman et Srange Fruit sont mes préférés.

 

Amy Winehouse


« Mais pour une fois, je vais t’épargner le plaisir mélancolique de l’association vin rouge et chanson triste existentielle que j’aime tant, et je vais laisser la reine, Amy Winehouse, accompagner mon chablis. D’ailleurs, avec un nom pareil, elle doit s’y connaître »

« Miracle. Il existe encore des disques qui, certes, sont fait pour être vendus, mais qui savent aussi être incroyablement beaux. On avait un peu perdu leur trace, en raison de la stupidité des producteurs qui pensent que les gens sont complètement formatés.


(...) La production de l’album Back to Black d’Amy Winehouse est précieuse et soignée, mais en même temps roots et rétro, entre Motown et le hip hop des De la Soul (...) Back to Black est un album magnifique. Il faut espérer qu’il ne se fer pas écraser par le fantasme de l’artiste maudite, dont raffolent les maisons de disques et les journalistes, qui y trouvent le moyen de distraire les gens du caractère tragique du monde et de l’espoir d’un art plus pur. »

Chablis Bel Air et Chardy 2006 (De Moor)


(...) nous sommes entrés dans un bistrot pour acheter cette bouteille, comme c’est le cas le plus fréquent. La paresse se paie : il est un peu trop jeune, c’est la cuvée la moins minérale. Ce 2006 est très bon mais jeune, donc de caractère changeant. Il se présente en sourdine, timide, replié sur lui-même et protégé par sa réduction, mais en bouche, la trame est déjà magnifique, soyeuse. Il entre ensuite dans un état d’excitation et explose en un fruit de la passion charnu. Par excès de générosité, il perd son équilibre et fait de l’ombre à une belle veine minérale qui commence à se prononcer. Le peu qui a survécu à notre soif nous a séduits, quelques heures plus tard par sa finesse. De délicates notes de gingembre et de santal, la veine minérale et acide met de l’ordre et de la perspective. La timide et ténébreuse petite fille s’est transformée en une adolescente ébouriffée et extravertie, pour devenir, enfin, une magnifique bouteille de chablis. »  

Donpasta – Tu as déjà lu La danse immobile de Manuel Scorza ?

Candide ne l’a pas lu car il est allergique à la littérature sud-américaine. Moi non plus mais j’aime la littérature sud-américaine et l’anecdote contée par Donpasta est brûlante. Je ne la déflore pas mais ce corps à corps, cette valse d’union chantée par Léonard Cohen « je me déguiserai en fleuve, ma bouche sur la rosée de tes cuisses.. ». Ensuite il lui prépare un dîner d’amoureux où il dépense ce qu’il n’a pas dans ses poches. Nuit de bohème « un coteaux-du-layon accompagnait les crevettes à la papaye (...) Il ne repartit jamais. Elle, par contre, s’en alla. Légère. (...) Puis il écrivit La Danse immobile. » 

 

Coteaux-du-Layon SGN 1999 (Patrick Baudouin)


« C’est un vin imposant, qui a le caractère et la carrure de son producteur, Patrick Baudouin, dont il partage aussi le destin. Aimé ou détesté, profondément dans les deux cas. Il a l’air d’un vin monolithique avec ses cent dix grammes de sucres résiduels, mais il possède aussi des notes aromatiques intenses : des fruits secs (abricot) à la poire, en passant par la classique écorce d’orange. La première gorgée a le caractère direct et agressif d’un rouge, mais, après une entrée grandiose, la trame se déstructure et le monologue devient conversation. Des notes épicées, salines, citriques. L’acidité équilibre les sucres et la matière et réussit à imprimer au vin un second mouvement qui nous intrigue et finit par nous séduire, maintenant l’énergie du début, tout en devenant confidentiel, tendre. Ce geste initial presque agressif devient une caresse, une embrassade timide. »

 

Léonard Cohen


« Il a toujours dit qu’il faisait de la musique parce qu’on ne peut pas vivre de la poésie. Take This Walz est le résultat d’une plume heureuse, comme si dans la musique il avait continué à faire de la poésie. Sa première période est caractérisée par un folk raffiné aux influences dylaniennes incontestables. C’est de cette période que datent la plupart de ses chansons les plus connues : Suzanne, So Long, Marianne, entre autres. L’estime est partagée puisque Bob Dylan, à son tour, chante encore aujourd’hui Hallelujah de Léonard Cohen à chacun de ses concerts.

Dans les années 1980, Léonard Cohen a complètement changé de style et s’est laissé séduire par des sons électroniques. Je pense qu’il est, avec Gainsbourg, le seul artiste à avoir utilisé sans dommage les synthétiseurs de cette époque. Dans I’m Your Man par exemple, les rythmes lents et raides du son digital mettant vraiment en valeur sa voix de papier de verre et de bourbon. »

Vraiment un livre à boire sans aucune modération...

Partager cet article
Repost0
17 juillet 2011 7 17 /07 /juillet /2011 02:00

Nous logions dans un petit appartement du sestiere de Dorsoduro, tout près du Palais Venier Dai Leoni qui abrite la fondation Peggy Guggenheim. J’aime beaucoup cette langue dure et pointue, plein sud, avec le long et large quai des Zattere qui relie la pointe de la Salute à la gare maritime où, au premier crépuscule comme à l’aurore j’aime marcher. En face, à l’extrémité ouest de la Giudecca, la vue du grand moulin Stucky maintenant transformé en Hilton, avec son architecture de style néo-gothique, construit au tournant du siècle dernier par un minotier mégalomane, Giovanni Stucky, qui fut assassiné en 1910 par l’un de ses ouvriers, par sa masse, sa hauteur, ses tourelles pointues, me fait toujours frissonner. Ici, où que l’on se place, tout est beau, même cet ancien bâtiment industriel, altier, pur, et je me rêve marchand, affréteur de navires pour faire le commerce des épices et des bois exotiques. Nous flânions, nous nous égarions sans jamais nous perdre. Loin des lieux infestés de touristes nous explorions la Venise secrète. Ainsi, derrière le Rialto, j’évoquais, alors que nous passions sur le pont delle Tette pour nous rendre au restaurant Antiche Carampane, dont la traduction littérale signifie « vieilles putes » les courtisanes qui s’y exhibaient les seins nus, pour attirer le client, au temps de la splendeur de la Sérénissime qui préférait encourager ses citoyens à commettre des péchés mineurs et lutter ainsi contre un péché majeur : l’homosexualité considérée comme « un péché contre nature ». Face à sa recrudescence, en 1511, les prostituées firent parvenir au patriarche Contarini une requête pour qu’il prenne des mesures.

 

Dès le premier jour j’étais allé m’immerger dans la salle des Pollock à la fondation Peggy Guggenheim. Jasmine m’accompagnait. Alchemy, qui fut l’un de ses premiers tableaux réalisé avec la technique révolutionnaire du dripping, l’impressionna. Dans le jardin, pour mieux répondre à ses questions, je sortis de ma poche un texte, tiré de la biographie du peintre écrite par Steven Naifeh et Gregory White Smith, que j’avais photocopié.

« C’était un geste simple. Il avait dans une main un pot de peinture diluée jusqu’à prendre la consistance du miel. Dans l’autre, un bâton – sans doute celui dont il venait de se servir pour la mélanger à la térébenthine. Se mettant à genoux, il le plongeait dans le pot, puis l’agitait au-dessus d’une toile posée sur le sol, en faisant tomber une mince ligne qui s’abattait sur le tissu puis, à mesure qu’elle s’épuisait, se réduisait à quelques gouttes. Ensuite, il recommençait. A chaque fois, il apprenait quelque chose : s’il allait plus lentement, elle formait une flaque ; plus vite, elle s’effilait ; plus près de la toile, elle s’écoulait plus régulièrement ; plus loin, de manière plus saccadée. Geste après geste, les torons commençaient à se chevaucher et à s’enchevêtrer ; un mouvement du bras permettait d’obtenir un cercle, une torsion du poignet une ellipse extravagante. Avec plus de diluant, il pouvait projeter la peinture plus loin encore. Les outils eux-mêmes avaient leurs secrets : une brosse raidie la gardait mieux qu’un bâton, mais menaçait d’empâter la ligne ; qu’il la secoue et le flot devenait pluie. Ce qu’il pouvait, là encore, contrôler en ajoutant de la térébenthine ou en tenait la brosse plus haut au-dessus de la toile. Le bâton exigeait davantage de « recharges » mais donnait une ligne plus fine, plus cohérente voire, avec beaucoup de diluant, une aspersion semblable à une rosée. Chaque découverte se voyait aussitôt intégrée à une toile d’araignée toujours plus dense. »

 

Jasmine me demandait « Mais alors comment Jackson Pollock en vint-il aux drippings ? »

- Un jour qu’il était encore plus bourré que d’ordinaire. Pollock était un grand pisseur debout dehors. Il était toujours en train d’ouvrir sa braguette pour pisser, même lorsqu’il était dans un bar, au lieu d’aller aux toilettes, il sortait et pissait devant la porte. « Je suis de l’Ouest, et là-bas on va toujours pisser dans la cour » Avec ses frères Pollock avait fait des concours à qui pisserait le plus loin mais je crois que c’était un grand enfant qui a affirmé sa tardive virilité au travers de sa toile comme il avait vu faire son père. Celui-ci, lorsqu’il pissait sur un rocher plat, dessinait des motifs sur la pierre. Pollock se disait je ferai la même chose quand je serai grand. Bien sûr ça semble très primate mais je crois que sa position verticale, les pieds sur sa toile, était celle du paysan foulant sa terre. Pollock le lourdaud, le pataud, en dépit de ses problèmes d’impuissance et d’énurésie, dans son atelier « contrôlait le jet ». Ses courbes lentes ou ses boucles tendues, l’opulence de la couleur, la profondeur de sa matière, ont fait de son geste le plus gracieux de l’histoire de l’art. Tu vois Jasmine, peindre ainsi n’est pas facile, gratuit, à la portée de n’importe qui. Dans ses toiles Pollock imprimait tout ce qui dans sa vie réelle le fuyait. Un jour à une femme qui lui demanda « Quand savez-vous qu’une toile est terminée ? » il répondit « Quand savez-vous que vous avez fini de faire l’amour ? »

 

Partager cet article
Repost0

  • : Le blog de JACQUES BERTHOMEAU
  • : Espace d'échanges sur le monde de la vigne et du vin
  • Contact

www.berthomeau.com

 

Vin & Co ...  en bonne compagnie et en toute Liberté pour l'extension du domaine du vin ... 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

Archives

Articles Récents