Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
28 mars 2012 3 28 /03 /mars /2012 00:09

C’est fou comme certains du côté des appellations dites roturières de Bordeaux m’adorent, tel Jean-Dominique Poncet du château Font-Vidal link qui me tance parce que j’ai osé faire une petite chronique sur Jazz à Palmer pour connecter les amoreux du jazz sur ce concert diffusé en direct. « Décidément monsieur Berthomeau quand vous parlez de Bordeaux il n'y en a que pour les Cru Classé, pour votre info il y a de nombreuses propriétés qui font ce genre de manifestation dans l'aire d'appellation Bordeaux mais ce ne sont pas obligatoirement des "Cru Classé", vous pouvez aussi en parler même si c'est moins flatteur pour votre ego... »

 

C’est vrai que je passe mon temps à me goberger dans les châteaux huppés des GCC en compagnie de ma copine Marie de Saint-Drézéry et que l’été dernier, elle et moi, nous nous taillés un franc succès avec la grande saga de l’été « L’Ouragan sur les Primeurs se prénomme Marie»  link J’invite ce cher monsieur Poncet à prendre le temps de lire cette petite pochade. Pour le reste, je n’ai nul besoin de me justifier car ce serait céder à un commentaire sans fondement et inutilement agressif. Comme le notait très justement Charles Maurice, prince de Talleyrand-Périgord , fin connaisseur de l’ego « Tout ce qui est excessif est insignifiant. »

Vincennes-016.JPG

Pour ma part j’assume la part d’ego consubstantielle à l’exercice de la chronique et pour soigner son éventuelle dérive ou plus exactement son enflure je vais vous parler de la chochotte du boulon.

 

Qui est donc la chochotte du boulon ?

 

Dans la galaxie des gens du vin elle est un petit confetti perdu du côté de Robion, c’est dans le Vaucluse  et le Boulon c’est le nom du ruisseau qui traverse ses vignes. C’est son mentor Yves mossé qui a baptisé Doris Mossé la chochotte. Son histoire je l’ai raconté ICI link. Je l’avais rencontré au Parc Floral de Vincennes. Doris, petit bout de femme sympathique n’a évidemment rien d’une chochotte mais comme c’est maintenant sa marque de fabrique elle signe ses vins ainsi. Dimanche dernier c’est chez elle que j’ai fait mon unique dégustation du salon. Car trois ans après Doris Mossé est toujours là, certes elle a un peu abaissé de la voilure car elle ne cultive plus que 5 ha de vignes qu’elle loue et continue de faire son vin chez les autres. Avec la chochotte du boulon me voilà donc bien loin des ors et des dorures des grands châteaux de Bordeaux qui enflent mon ego et c’est une thérapie radicale.

cascavel.jpg 

J’ai goûté ses vins et croyez-moi ils valent largement certains des nectars se raccrochant à des vignobles de bien plus grande notoriété. Bien sûr, je sens venir la flèche perfide : je suis allé chercher Doris Mossé à la rescousse pour me dédouaner de mes amours avec Palmer. Et alors, je ne vois pas au nom de quoi certains viendraient me reprocher d’aller chez qui bon me semble. En effet, je signale aux archers de service que 99% des vins dont je parle ici sur cet espace de liberté sont payés avec mon bon argent. Je suis donc un consommateur et mes choix ne regardent que moi. Les GCC étant hors  de portée de mes moyens mes petites chroniques s’alimentent donc au gré de mes pérégrinations de parisien. Même que l’autre jour, invité par le CIVB à l’Alcazar j’ai dit grand bien d’un Clairet link d’un certain Château Penin. Caramba je suis fait, ce n’était qu’un simple Bordeaux !

 

Trêve de raillerie, revenons à ma chochotte du boulon et à sa cuvée Le Bien Élevé, qui, je le signale au Forgeron de Dana, le feuilletoniste es-Carignan le plus prolifique du début du XXIe siècle, celui qui donne le la de ce cépage trop longtemps vilipendé, est une cuvée fondée sur essentiellement du Carignan bien élevé en cuve, le grenache et le mourvèdre étant eux élevé en barrique. Mais si dans son énième épisode de Carignan Story il veut bien se pencher un de ces dimanches prochains dans les 5 du Vin sur la cuvée Carignan de Doris Mossé ça fera un très beau papier de notre chapeauté. N’est-ce pas là le terrain de prédilection des blogueurs que d’aller dénicher et faire connaître des vins tels que ceux de Doris Mossé. Ce n’est pas faire la charité mais participer à la chaîne d’informations qui permettra aux dénicheurs de vin de faire leur emplette chez des vignerons, en l’occurrence ici une vigneronne, qui ne feront jamais la Une de nos chères revues dédiées aux amateurs de vin.

 

La morale de cette histoire, si tant est qu’il faille en tirer une, c’est que le Taulier n’a pas de leçon à  recevoir sur les choix de ses sujets, en général ils lui viennent au gré de ses pérégrinations, comme ça, sans à priori ni volonté de faire plaisir à X plutôt qu’à Y. Je ne cultive aucune prévention vis-à-vis du grand vignoble de Bordeaux, tout comme je ne privilégie en rien les GCC, et je reste toujours disponible, même mobilisé pour toutes les justes causes : y compris celles du CIVB link Dans ma longue carrière j’ai côtoyé Louis Marinier qui fut l’un des ardents défenseurs de la cause des Bordeaux et Bordeaux Supérieur et lorsque j’ai écrit ce que j’ai écrit en 2001 j’ai pris grand soin de ne pas mettre tous les vins de ces appellations dans le même panier. Il n’empêche que, si j’ai bien lu le Plan Bordeaux, avalisé par les professionnels, il me semble qu’il y a du ménage à faire pour qu’une partie des vignerons puissent retrouver des couleurs et croire en leur avenir.

 

LA CHOCHOTTE DU BOULON

Impasse de la Juiverie – 84440

ROBION

Tél. + 33 (0) 6.08.41.71.02

dorismosse@hotmail.fr

 

Affaire à suivre…

Vincennes-015.JPG 

Partager cet article
Repost0
27 mars 2012 2 27 /03 /mars /2012 16:00

Je baigne dans un océan de lait. Hier un producteur me demandait au téléphone qui va gérer nos quotas. Alors je me suis   dit dans ma petite Ford intérieure : Qui se souvient du temps où l’Europe comme on dit, a instauré des quotas laitiers pour juguler la marée de lait et les montagnes de beurre ? Pas grand monde sans doute, début 1984, nous venions de présider le Conseil Européen, et la mesure passait mal. Michel Rocard, tout nouveau Ministre de l’Agriculture, en bon petit soldat avait fait le sale boulot sous l’œil du conseiller du Président Henri Nallet. Ça chahutait sec dans les campagnes. Sortir sur le terrain relevait de la provocation. Moi je planchais sur l’autre bombe à retardement : l’élargissement à l’Espagne et au Portugal. Bref, puisque les quotas laitiers vont disparaître en 2015 et que je me débats dans un dossier de producteurs de lait je ne résiste pas à l’évocation de ce minuscule morceau d’histoire.

 

Le localier du Courrier Picard plongeait sa plume dans une encre qui puisse plaire au Président si littéraire :  La Picardie était plongée dans la brume, depuis deux jours un crachin glacial noyait le voyage présidentiel. Nous sommes au tout début février 1985, flanqué de son Ministre de l’Agriculture Michel Rocard qui l’énerve avec son goût des chiffes et de son conseiller agricole Henri Nallet, dit le Sphinx, qui se verra un beau matin propulsé au 78 rue de Varenne pour remplacer au pied levé le père Rocard démissionnaire nuitamment sur une histoire de proportionnelle. Ne riez pas !

plantu_48.jpg

Septembre 1994 : Mitterrand et Vichy
Une jeunesse française", un livre de Pierre Péan, révèle les activités du président sous l'administration pétainiste. François Mitterrand s'en explique, sur un plateau télévisé, devant Jean-Pierre Elkabbach. Comme ce dernier est très difficile à dessiner, il m'apparaissait plus commode de le représenter basculant sous le bureau. J'ai éludé le problème.

 

Avec le  Président on prend le temps de manger : un banquet pour 180 convives a été prévu au réfectoire du lycée agricole. Dehors la FNSEA et les JA chauffent l’ambiance et déversent des tombereaux de fumier et bottes de paille. Les CRS veillent au grain. Bougon le matin, le vieil animal politique se sent stimulé par l’adversité.

 

Après le repas, Gérard de Caffarelli, grand notable que connaît bien Henri Nallet, attaque bille en tête sur les quotas laitiers. La France a accepté de réduire sa production de 2 %. « Une catastrophe ! », selon lui. Le chef de l’Etat soudain disert, presque badin, ne craint pas de « faire la leçon » aux professionnels du secteur : « Naturellement, ils m'en voudront, mais comme ils m'en veulent déjà, cela n'ajoutera pas grand-chose à la difficulté ».  Et de se lancer dans un long plaidoyer pro-quotas : « La catastrophe eut été pire si l'on avait continué à produire des excédents parce que l'Europe n'aurait plus accepté de les payer et donc de garantir les prix ». Puis il renvoie la balle dans le camp des organisations agricoles. « Si la profession s'était mise d'accord, en particulier sur les transferts pour l'administration de ces quotas, nous n'en serions pas là. Donnez-les nous, mais vous ne les donnez pas. Alors il ne faut pas inverser l'ordre des responsabilités. »

 

La « leçon » dure plus d'une heure. Durant laquelle le Président à l’ancienne plaide également pour l'adhésion de l'Espagne et du Portugal à l'Europe, défend l'enseignement agricole public ou tend l'oreille aux promesses d'un tout nouveau carburant, l'éthanol. De temps en temps, il digresse aussi : « Les statistiques, les pourcentages, ça veut dire quelque chose, mais ça ne veut rien dire dans la réalité. C'est-à-dire que dans la moyenne, il y a un riche, il y a un pauvre et le pauvre, naturellement, n'est pas content et le riche non plus. Et comme le riche a généralement plus de moyens de s'exprimer que le pauvre, c'est le riche que l'on entend le plus. Mais c'est une réflexion purement personnelle et qui n'a rien à voir avec le sujet que je traite »…

Partager cet article
Repost0
27 mars 2012 2 27 /03 /mars /2012 00:09

Tout d’abord j’expose la version 120 dites sans vin : « C’est l’histoire d’un mec facile, genre cœur d’artichaut, contemplateur des compas qui arpentent le globe terrestre en tous sens, lui donnant son équilibre et son harmonie, papillon aimanté par les flammes des feux de l’amour, pas un tombeur mais de l’espèce qui tombe amoureux à la première œillade captée, au premier sourire esquissé. Le voilà séduit, capturé, captivé, prisonnier dans les rets d’une belle qu’il n’a fait que croiser. Dès lors il n’a de cesse de la retrouver, de la revoir, de l’effleurer, de la posséder… »

Grololo-ffdd4.jpg

Ensuite je vous livre la version 20 donc avec vin : « C’est l’histoire d’un taulier facile, genre dragueur de bio gaies, au cœur de braise, toujours en quête de belles quilles, « rousinant » un samedi matin du côté de Montreuil-sous-Bois en un palais des Congrès emplis de vignerons&vigneronnes, qui commence son sacerdoce en se posant face à la petite table d’Isabelle et de Jo Pithon link où trônaient quelques belles bouteilles. Bel accueil, simple et chaleureux, une belle entame donc. Ce fut d’abord Mozaïk un Anjou 2010 fait à partir de l’assemblage de raisins venant des Coteaux de la Loire, du Cœur du Layon et du Saumurois. Moitié schistes et moitié calcaire. Barriques de 2 à 5ans et cuve tronconique bois. Un vin estampillée « bouteille à voile » marque de l’activité de négociant-éleveur de la maison Pithon-Paillé. Attaquer sa journée avec une telle belle fraîcheur, simple, au charme acidulé équivaut pour le taulier à un remake de la version 120.

grololo-008.JPG Venait ensuite, l’Anjou La Fresnaye 2010, issu d’une parcelle du domaine à St Aubin de Luigné, terroir de graviers et de galets. Belle et puissante complexité, en amour se contenter des choses simples c’est passer côté de ce qui fait le suc d’une ardente rencontre. Comme d’ordinaire le Taulier papotait gaiement lorsqu’il tomba en arrêt face à une photo des Grololo. Normal, me direz-vous, c’est inscrit dans son ADN. De suite il décréta « Je les veux ! » Jo répondit « Pas de Grololo ! » Berthomeau ne se le tenait pas pour dit « Où puis-je me saisir des Grololo ? » Réponse de Jo « Chez Paco ! » En écho Bertomo « Paco d’Ivry ? » Réponse « Oui ! ». Emballé c’est pesé le Taulier quittait Isabelle et Jo le cœur léger.

 AnjouFresBl2010-14e94.jpg

Paco fait partie de la confrérie rapprochée de mes lecteurs qui souvent lève le pouce sur Face de Bouc pour dire « J’aime ». Ivry-sur-Seine fait face au XIIIe qui est voisin de mon XIVe (St Jacques-Glaciaire). N’y tenant plus, dès que j’ai pu, je me suis embarqué dans le premier métro en partance, direction Mairie d’Ivry, terminus, puis quelques pas rue Marat et sur le pas de sa porte : Paco. Poignée de mains : « Jacques ! » « Paco ! » Je suis déjà à l’intérieur de la cave pour mettre la main sur les « Grololo » Rien ! J’angoisse ! Mon estomac se noue. Mon cœur bat la chamade. J’ose la question à Paco « où sont tes Grololo ? » À peine surpris Paco me répondit « Plus de Grololo ! » Au bord de la défaillance en l’absence de ce vin de France le Taulier fut saisi d’un immense sentiment de manque : frustration violente, intolérable, insupportable, proche de la castration.

 

Paco face à une telle désolation a ouvert au chroniqueur dépité « le petit journal de Rapatel », l’a même carafé s’il vous plaît, la température est montée : 15° bien tassés, le Taulier s’en est trouvé rasséréné. Il a rempli son panier de quelques boutanches susceptibles de figurer à la Une de son  espace de liberté. Paco, bon prince, a glissé au milieu d’elles «un « tombé du ciel » de Rivaton puis a entrepris de mettre en boîte le dit Taulier. Pas simple, même si certains l’accusent d’être un chouïa poseur, le chroniqueur n’est pas chaud pour prendre la pause. Mais comme Paco est vraiment un garçon avenant et vraiment très sympathique – pendant tout le temps que j’ai baguenaudé dans sa boutique j’ai pu constater que la simplicité, la convivialité, servait d’enseigne à sa maison – le Taulier s’est fendu d’un sourire qui en disait plus long qu’un long discours.

Grololo-ffdd4 

Je suis donc rentré à Paris sans mes « Grololo » chéris mais avec le grand plaisir d’avoir croisé un caviste comme je les aime. Merci Paco, ta maison est une bonne maison, y’a que du bon à commencer par le patron. ICI  link. Enfin, afin d’éviter des frustrations chez les amateurs de « Grololo » je signale qu’il s’agit d’un vin maintenant IGP du Val de Loire issu du cépage Groslot. Comme l’écrivent Isabelle et Jo Pithon-Paillé « un vin de copains, un vin de bistrot, un vin  de soif… » Tout ce qu’il faut pour plaire à Berthomeau qui n’a plus qu’à attendre le prochain millésime pour étancher sa soif de Grololo

533614_267598766654817_156160344465327_581201_62543674_n.jpg

 

Partager cet article
Repost0
26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 00:09

Une Somme est « un recueil qui résume toutes les connaissances relatives à une science, à un sujet » la plus connue est La Somme théologique de Saint Thomas d’Aquin. «Vin de bourgogne Le parcours de la qualité 1er siècle-XIXe siècle» de Louis Latour aux éditions de L’Armançon 50€ entre, à mon sens, bien dans cette définition  même si l’auteur qualifie modestement son ouvrage d’essai d’œnologie historique. Bien évidemment, en dépit de ma boulimie de lecture, la somme de Louis Latour m’est arrivé par le courrier la semaine passée, je n’ai pas eu le temps de lire 835 pages mais, comme je le fais dès qu’un livre entre ma possession je l’ausculte avec soin, lisant au gré de mon feuilletage des passages, notant sur l’un de mes petits carnets des chapitres que je vais lire en premier sans souci de la chronologie. Ce matin je vais donc vous proposer de déguster de « Belles feuilles », forme d’ampélographie littéraire, « la variation des couleurs est une tradition bourguignonne »

grololo-001.JPG

Je n’aurai pas l’outrecuidance de vous présenter Louis Latour  MATHIEU GARCON du journal Les Echos le fait de belle façon au travers de la maison Latour.

Photo-Louis-LATOUR.gif

« La plus ancienne des maisons bourguignonnes ne garde pas seulement dans ses caves quelques flacons de pinot noir et de chardonnay (les seuls cépages de la Bourgogne), mais également une tradition bien tenace. Depuis 1797, date de sa création, les dirigeants s'appellent tous Louis. « C'est une règle chez nous. Une génération sur deux se prénomme Louis. Les autres ont un prénom composé. Mon fils aîné, Louis sera, normalement, le prochain président quand j'aurai passé le flambeau », explique Louis-Fabrice Latour, l'actuel président de la maison Latour.

 

Chez les Latour, on ne se pose pas de question inutile quant à la succession. Aucun risque que l'entreprise soit démantelée. L'histoire familiale s'écrit avec l'encrier des anciens. De cette logique implacable, le poids des responsabilités n'en est que plus grand. Les héritiers sont les dépositaires de plus de deux cents ans d'histoire. Chaque génération se doit d'apporter sa pierre, celle qui consolide l'édifice. Déjà, le père de Louis-Fabrice avait commencé à investir en dehors de la terre natale. Dès les années 70, il s'intéresse à l'Ardèche et crée un vin, le grand-Ardèche, issu d'un vignoble de 350 hectares de chardonnay, persuadé qu'il était de tenir un beau terroir et d'être capable d'en tirer un vin de qualité à un prix stable. C'est le cas. Pour étendre l'aventure du pinot noir, il plantera 100 hectares dans le Var. Louis-Fabrice, dans le droit fil de son père, est allé chercher à Chablis des occasions nouvelles d'asseoir la maison Latour et sa notoriété. Ce sera Chablis avec le rachat de la maison Simonnet-Febvre et le Beaujolais avec Henry Fessy (70 hectares). Cette diversification permet de garantir encore mieux la pérennisation de l'entreprise. Un vrai devoir chez les Latour. »

 

Grand Merci à Louis-Fabrice Latour de cet envoi promis et attendu. Mes respects à son père Louis Latour pour cette somme, œuvre d’une vie d’homme de la Bourgogne, à la langue dense et précise, au style limpide, élégant, riche de références et d’érudition, livre de référence, de chevet qui étanchera ma soif de connaissances et comblera mes énormes lacunes concernant l’histoire du vin…

 

« La variation des couleurs est une tradition bourguignonne »

 

«Au prix de quelques aménagements mineurs (choix de variétés colorés, arrachage  des plants de pinot blanc, option en faveur du beurot presque translucide), la production de la Côte a toujours oscillé entre trois pôles, dont les modifications à travers le temps ont été d’une extrême lenteur et ne peuvent être appréciées que sur la « longue durée » entre le XIIIe siècle, date de l’apparition du vin vermeil, et le XVIIIe siècle qui vit l’accentuation de la couleur et la réapparition du vin blanc, comme composant de l’arc-en-ciel bourguignon d’où il avait été évincé depuis la vinification « en rouge ».

 

L’activité viticole des diverses « paroisses » de la Côte, dotées si tôt d’un vignoble fin, par la faveur de quelques puissances établies : l’hôpital de Beaune, le chapitre de la cathédrale d’Autun à Rully et Aloxe, l’abbaye clunisienne de Saint-Vivant à Vosne, l’abbaye de Bèze à Gevrey, le Clos des Ducs à Chenôve, Germolles ou Volnay, de l’abbaye de Mezières à Blagny, etc. des Cisterciens enfin à Vougeot, Meursault, ou Aloxe, toutes ont eu comme dénominateur commun l’élaboration de vins vermeils « typés », selon les directives des cellériers. La diffusion de leur œnologie au-delà des cuveries et des murs d’enceinte des clos, s’est faite progressivement par une contagion facile à comprendre dans le principe, mais évidemment impossible à connaître dans le détail. La continuité œnologique est en ce cas notre seul guide. Elle décrit une sinusoïde difficile à retracer, parfois incompréhensible, autour du thème central qu’est depuis les XIIe-XIIIe siècles l’apparition d’une vinification nouvelle, celle du vin vermeil. Cette évolution fut étalée sur plusieurs siècles. Rappelons par exemple que le vin de Pommard, autrefois décrit comme rosé à l’égal de Volnay, est aujourd’hui considéré comme un vin coloré et tannique. Or cette observation ponctuelle résulte de documents très récents du XVIIIe siècle. Comment pourrions-nous remonter plus loin dans le passé et connaître avec certitude le genre de vins produits dans ce canton viticole trois ou quatre siècles auparavant ?

 

L’œnologie  de consommation offre les mêmes incertitudes. Dans une étude sur le train de vie fastueux de Philippe la Hardi, un auteur nous montre le noble duc tournant dans son hanap, le vin de la nouvelle récolte, disponible dès la Noël, dont il admirait le chatoiement. Son choix était orienté, mais était-il en faveur du blanc eou du rouge ? Il suffirait à  ses zélés cellériers de limiter ou d’augmenter la durée de cuvaison, de réduire la part de raisins blancs, d’extraire plus ou moins de jus coloré au sortir des pressoirs, pour faire varier une intensité colorante qi dépendait aussi de la saison, de la date des vendanges etc. L’orchestration de la vinification du pinot noirien autour du thème de la couleur assimile la vinification à d’autres aspects du décor de la vie médiévale où le choix des élites jouait un rôle déterminant.

 

Le volontarisme œnologique se heurte en effet à des obstacles souvent insurmontables, car la recherche de nuances colorantes précises et parfaitement « typiques » est souvent décevante. Les experts en dégustation déplorent que leurs efforts soient constamment remis en question par le caprice des saisons. Le vin de Bourgogne, sommé à notre époque de présenter une intensité colorante, « normée », échappe souvent à toute contrainte et offre en revanché la séduction des reflets changeants du vin rouge, variables avec chaque millésime. Les canons d’excellence qu’on veut lui imposer sont souvent désaccordés de la réalité œnologique. Cette particularité explique la variété des différents genres, qui fractionnent les villages de la Côte. Dans les années précoces, la couleur est vive et parfois d’un rouge profond. Elle s’oppose souvent aux nuances moins accentuées de millésimes qui n’ont pas, comme on dit en Bourgogne, le « goût de mûr ».

 

Olivier de Serres insiste sur le volontarisme du vinificateur « Il faut que la couleur réponde au  désir » a-t-il écrit. Mais le désir est un souhait qui n’est pas toujours exaucé ! S’ensuivent toutes sortes de conséquences qui font les délices des spécialistes de la dégustation. Dans certains cas, la charge tannique oblige à un vieillissement de quelque durée, afin que les vins perdent leur caractère « rudastre » et trouvent le « droit point » d’une certaine harmonie. Mais les vins vermeils, en réalité des vins blancs, « qui auraient de la couleur », peuvent être appréciés sans délai par les amateurs. C’est donc dès les commencements de la carrière historique du vin vermeil, qu’apparaissent les catégories décrites par l’abbé Arnoux : vins de garde et vins de primeur dont en principe déduits se leur œnologie, manipulés par les vinificateurs de meilleurs crus, issus d’un terroir aux particularités bien connues et d’un stock végétal de pinot fin « immémorial », renouvelé très lentement, surveillé par des vignerons attentifs à la qualité, héritiers d’un savoir-faire millénaire… et surpris cependant à chaque vendange par une nouvelle facette offerte par l’infinie diversité du pinot.

 

On peut dire en tout cas que la limite fixée par ce qu’on peut appeler « l’éthique du vin vermeil », est celui qui sépare le vin fin du vin noir. Toute accentuation excessive de la couleur faisait croire en effet, que le vin vermeil d’une nuance trop accentuée était en réalité un vin commun issu des gouais à  la chair colorée qui poussaient au pied des coteaux. Pour les experts le risque de confusion éveillait immédiatement la suspicion. On comprend les raisons de cette défiance, en un temps où la couleur était déjà comme à notre époque le discriminant le plus facilement observable, mais non le seul, de la qualité d’un grand vin. L’infinie variation des couleurs et des genres est la traduction visuelle et gustative d’une très longue histoire œnologique, renouvelée lors de chaque millésime, qui à peu de chose à voir avec les conclusions hâtives, imprudemment tirées de l’étude de la composition de sols qui ne jouent qu’un rôle mineur parmi la multitude d’autres causes toutes aussi importantes. »

Partager cet article
Repost0
25 mars 2012 7 25 /03 /mars /2012 07:00

Nauséabond, les relents de ce qui nous venait en lourdes volutes de France au travers de la presse que nous achetions au kiosque près de l’embarcadère du vaporetto empestait des pires remugles de cet éternel bubon d’une droite extrême, bien enkystée, plus du tout honteuse, bien au contraire propre sur elle, vindicative, recouverte des oripeaux de l’honorabilité, vérolant toute une frange de conservateurs inquiets, meilleur attrape petites gens, petits blancs, délaissés, déclassés, rejetés pour les pêcheurs de voix en eau trouble. Gerber, même pas, la chasse d’eau pour cette fiente nauséabonde et arrogante, non les ignorer, les mépriser, laisser cette engeance médiocre à ses petits calculs électoraux. Rétrospectivement nos inscriptions outrancières sur les murs de 68 contre le vieux Général me faisaient honte car lui, avec sa certaine idée de la France, c’était la vieille bourgeoisie vichyssoise, rance, alliée à la nouvelle bourgeoisie affairiste, avide de fric vite gagné dans de juteuses opérations immobilières ou autres affaires véreuses, qui lui avait donné congé. Le mouvement depuis les temps héroïques s’était accéléré pour atteindre la catharsis. Nous étions dans la pure fascination pour le clinquant d’un veau en plaqué or, obscène, Jasmine et moi avions décidé de devenir des expatriés apatrides. Nous paierions nos impôts dans notre vieux pays mais nous ne voulions plus partager son destin. Nous allions élever nos enfants loin de ce peuple, le nôtre, qui semblait vouloir s’en remettre à la pire des pentes.

 

Pour bien nous convaincre de la justesse de notre aversion nous sommes revenus , Jasmine et moi, pour une semaine à Paris. La ville dans sa hautaine suffisance ne nous révélait aucun symptôme de fièvre. Elle charriait son lot de touristes et les restaurants débordaient  de convives dont les cartes bleues semblaient largement approvisionnées. Tout ce petit monde semblait camper dans l’illusion sans vraiment se préoccuper de la réalité des estropiés de la fameuse mondialisation. Les rues n’étaient plus que des kyrielles de boutiques de fringues couteuses, de luxe tapageur, de gens hors du temps ou plus exactement ne vivant que dans l’instant avec une frénésie sordide. Le vieux monde offrait ses beaux restes, comme une pute fatiguée encore affriolante, aux nouveaux arrivants qui les consommaient sans vergogne, avec un mépris non dissimulé, avant de s’offrir de la viande fraîche estampillée made in China. Jasmine remontée comme une pendule me faisait des revues de presse en soulignant au stabilo les horreurs proférées par tout ce petit monde vivant hors le monde. Comment voulez-vous qu’ils nous comprennent, qu’ils ressentent ce que nous ressentons, alors qu’ils ne mettent jamais les pieds là où nous vivons, dans les transports, dans le quotidien des contraventions alimentaires, des tracas d’une administration aveugle, des caddies, des prix, des gosses qu’il faut récupérer à l’école. Des gens simples, non ce sont des non-vivants, des gens qui se transportent dans des voitures aux vitres fumées, pour qui tout est du. Merci de descendre à la prochaine pour que nous puissions vous indiquer la marche à suivre.

 

Que ce vieux peuple en soit arrivé à ce point d’abrutissement me laissait à penser que notre endettement n’était qu’un symptôme de notre asservissement. Moi qui  avait brûlé ma vie pour ne pas avoir le sentiment de la vivre je me retrouvais dans sa dernière pente avec charge d’âmes. Ça me rendait enfin responsable. Je n’étais plus dans un théâtre en représentation, pour rien, je voulais assumer ce qu’avaient fait mes parents : transmettre. Le temps m’était compté mais je ne me soumettais pas à cette arithmétique, j’assumais. Nous les soixante-huitards avons tellement été vilipendés, stigmatisés comme des corrupteurs de nos propres enfants, alors que moi je n’en avais pas eu à l’âge où j’aurais dû en avoir, que je tenais ma revanche face à ces marionnettes incapables de mettre leur propre vie en phase avec leurs discours. L’acculture de ces petits valets serviles me donnait de l’urticaire. Comment pouvait-on confier le destin d’un pays à une telle valetaille dotée d’une sous-culture en placoplâtre, sonnant le vide, emplie de creux, se résumant à une agitation fébrile. Comment pourraient-ils nous protéger des tempêtes ces mauvais capitaines incapables de se guider eux-mêmes ? Leurs postures pourraient être risibles s’ils ne nous amenaient pas au trou. Notre choix était fait, si rien ne changeait, si les médiocres tenaient le haut du pavé, nous partirions vivre avec nos enfants en Sardaigne, dans la Sardaigne indemne des folies des corrupteurs de paysage,  des bâtisseurs de laideur.  

Partager cet article
Repost0
25 mars 2012 7 25 /03 /mars /2012 00:09

Enfant je fus doté par la nature d’une belle voix de soprane qui me valut de faire le soliste dans le chœur de ma chère école d’agriculture ND de la Forêt et, lors des mariages de monter sur un tabouret pour pousser la chansonnette. Même si ça peut surprendre ceux qui m’affublent d’un gros ego je détestais cette mise en avant. Je le faisais pour faire plaisir à ma sainte mère qui rêvait de me voir chanter la messe. Bref, mon répertoire fut aussi court que les idées de certains : en tout et pour tout deux chansons. Tout d’abord entre 5 et 7 ans à la volette puis ensuite jusqu’à ma mue qui me conféra une voix grave la complainte de mandrin. Ainsi se termina, à mon grand soulagement, ma carrière de chanteur de charme. Plus jamais je n’ai chanté en solo. mandrin-et-ses-ballots-de-tabacs.jpg  

Me prénommant Jacques, et comme dans le langage populaire une jacquerie désigne une révolte paysanne dans la période révolutionnaire la complainte de Mandrin, et ses paroles très explicites ne manquaient pas de sel dans une Vendée des années 50 encore dominée par le Clergé et la Noblesse terrienne. Je rappelle que l’origine de ce mot venait de la guerre des Jacques, dites Grande Jacquerie : soulèvement paysan survenu en 1358 dans les campagnes d'Île-de-France, de Picardie, de Champagne, d'Artois et de Normandie, lors de la Guerre de Cent Ans dans un contexte de crise politique, militaire et sociale. Ses deux causes principales : l'impopularité de la noblesse après la bataille de Poitiers (1356) et la misère des campagnes dévastées par les armées.

  

Bien des années après mon bref vedettariat de noces et de banquet j’ai entendu dans un bar du quai de la Fosse à Nantes link   un beuglant pour marins en goguette, Yves Montand chanter la complainte de Mandrin (c'était un disque bien sûr). Alors après une rude semaine de boulot, toujours mes histoires laitières, j’ai eu envie de vous faire partager, grâce à Montand, le seul tube de ma carrière de chanteur populaire, un poil révolutionnaire.

 

Encore un petit mot d’histoire sur Mandrin « Louis Mandrin, une sorte de robin des bois pour les uns, un bandit pour les autres qui, à la fin du XVIIIe siècle, organisait un réseau de contrebande au nez et à la barbe de la Ferme générale (collecteurs d'impôts indirects), l'institution la plus puissante et la plus impopulaire de l'Ancien régime. Véritable héros aux yeux du peuple, il lui permettait d'acquérir à bas prix des produits coûteux comme le sel ou le tabac, des marchandises rares ou prohibées. Pour les autorités, il était l'homme à abattre. Mais l'histoire de Mandrin est hautement plus passionnante encore...

 

Nous sommes en 1754. Louis Mandrin a 27 ans. Mandrin veut se venger des fermiers généraux qu'il tient pour responsables de sa ruine et de la pendaison de son frère Pierre. C'est à lui en tant que chef de famille, de laver ces affronts...

Mandrin identifie à ses propres intérêts les intérêts de ceux dont il est responsable. De même que sa faillite affecte tout le clan, la pendaison de Pierre, en jetant l'opprobre sur sa famille, l'atteint personnellement dans son honneur. Suivant cette logique, les « fautes » commises par quelques employés de la Ferme doivent être expiées par la compagnie toute entière. Au début de l'année 1754, Mandrin déclare la guerre à la puissante Ferme générale. La légende de Mandrin est en marche...

 

Plusieurs régiments royaux dont ceux de Fischer et de La Morlière furent mobilisés pour barrer la route à Mandrin, fin stratège et homme rusé qui échappa systématiquement à ses poursuivants. La suite ICI link

 

 Nous étions vingt ou trente

Brigands dans une bande,

Tous habillés de blanc

A la mode des, vous m'entendez,

Tous habillés de blanc

A la mode des marchands.

 

La première volerie

Que je fis dans ma vie,

C'est d'avoir goupillé

La bourse d'un, vous m'entendez,

C'est d'avoir goupillé

La bourse d'un curé.

 

J'entrai dedans sa chambre,

Mon Dieu, qu'elle était grande,

J'y trouvai mille écus,

Je mis la main, vous m'entendez,

J'y trouvai mille écus,

Je mis la main dessus.

 

J'entrai dedans une autre

Mon Dieu, qu'elle était haute,

De robes et de manteaux

J'en chargeai trois, vous m'entendez,

De robes et de manteaux

J'en chargeai trois chariots.

 

Je les portai pour vendre

A la foire de Hollande

J'les vendis bon marché

Ils m'avaient rien, vous m'entendez,

J'les vendis bon marché

Ils m'avaient rien coûté.

 

Ces messieurs de Grenoble

Avec leurs longues robes

Et leurs bonnets carrés

M'eurent bientôt, vous m'entendez,

Et leurs bonnets carrés

M'eurent bientôt jugé.

 

Ils m'ont jugé à pendre,

Que c'est dur à entendre

A pendre et étrangler

Sur la place du, vous m'entendez,

à pendre et étrangler

Sur la place du marché.

 

Monté sur la potence

Je regardai la France

Je vis mes compagnons

A l'ombre d'un, vous m'entendez,

Je vis mes compagnons

A l'ombre d'un buisson.

 

Compagnons de misère

Allez dire à ma mère

Qu'elle ne m'reverra plus

J' suis un enfant, vous m'entendez,

Qu'elle ne m'reverra plus

J'suis un enfant perdu.

Partager cet article
Repost0
24 mars 2012 6 24 /03 /mars /2012 00:09

Comme me le soulignait à juste raison Jean-René le lecteur qui m’a fait parvenir ce texte de Lucien Rebatet tiré des Décombres « Ce n'est pas votre lecture favorite,  j'imagine  :-)

 

Et l'alcoolisme – même qualifié de mondain –  n'est pas . . . votre tasse de thé,  si j'ose dire ! »

 

Pour ceux d'entre vous qui ne savent pas Lucien Rebatet fut un journaliste collaborateur forcené, critique à « Je suis Partout» Voici un échantillon de ses écrits ignominieux « Je ne verrais aucun inconvénient, pour ma part, à ce qu’un grand virtuose musical du ghetto fût autorisé à venir jouer parmi les Aryens pour leur divertissement, comme les esclaves exotiques dans la vieille Rome. » Mais attention : « Si ce devait être le prétexte d’un empiètement, si minime fût-il, de cette abominable espèce sur nous, je fracasserais moi-même le premier des disques de Chopin et de Mozart par les merveilleux Horowitz et Menuhin. »

28116425.jpgDurant mes années de FAC je me suis coltiné les Décombres et, après avoir vu « Le Chagrin et la Pitié »  des tonnes de livres d’Histoire publiés chez Fayard sur cette période très sombre de notre Histoire. Si je vous propose ce texte c'est pour un tas de raisons sur lesquelles je reviendrai dans de prochaines chroniques.

 

« Monsieur Barnarat, lyonnais d'origine, offre un type superbe de citoyen démocratique. Son emploi du temps quotidien mérite une petite narration.

Levé sur le coup de neuf heures, M Banarat commence se traiter par deux ou trois chopines de vin blanc. Vers onze heures et demie, il consulte son horloge et proclame que l'instant des apéritifs sérieux a sonné. Homme de règles et de principes, il a sa marque de pernod, dont le choix a été le fruit d'une longue expérience, qu'il fait venir de loin, et qu'il est seul à boire dans Romans, où l'on fabrique une douzaine d'anis considérés. Il en étanche cinq a six verres jusqu'aux environs d'une heure et demie où il rompt le pain, en débouchant du Beaujolais. Le déjeuner ne va point, cela s'entend, sans une bonne demi-tasse de marc ou d'armagnac. M Barnarat s'autorise le petit verre avec la clientèle jusqu'au moment où il se rend à la partie de boules, qui occupe le principal de son après-midi. Avec les boules, le vin rouge du pays est obligatoire. Il ne m'a pas été donné d'estimer en personne par quel nombre de pots M Barnarat lui rend hommage, mais je lui fais confiance, d'autant que le jeu de boules est altérant. Je ne parle naturellement point des jours de championnat, où le gosier de notre héros défie toutes les statistiques.

 

Aux alentours de six heures M Barnarat regagne son café. Un cercle d'amis fidèles l'y attend pour célébrer le sommet de la journée, le grand, véritable et solennel apéritif. C'est le moment où, volontiers, M Barnarat entame le récit de sa dernière campagne, qu'il a faite en septembre en qualité de lieutenant de garde-voies entres Saint-Vallier et Saint-Rambert d'Albon. Il a été renvoyé à ses foyers au bout de trois semaines, et son amertume s'exhale chaque soir à neuf au quatrième verre de son pernod. Car je n'ai point besoin de dire que le pernod préside la séance. M Barnarat, je le jure, ne sera point quitte qu'il n'en ait vidé ses dix verres où l'eau tient la moindre part, et la tablée du compère lui tient tête vaillamment. Chacun a son cru de pernod favori, mais la purée d'absinthe est de même couleur dans tous les verres. Un seul des chevaliers n'y goute point. Tourmenté par ses viscères, il avait vu un docteur qui lui dit : « supprimez votre pernod ». Il s'est mis depuis au noir mandarin. Je dois dire pour l'histoire que de toute la compagnie, il est de loin le plus maltraité, la face lie de vin, bavant, la main tremblante, ouvrant péniblement un oeil strié et glaireux, d'un gâtisme accusé à moins de quarante-cinq ans.

 

Le ton s'échauffe et s'envenime. Bousculant l'homme au mandarin dont la salive file, les buveurs s'affrontent, se vouant mutuellement à la male mort. M Barnarat vitupère l'intolérance religieuse à la face du tailleur, qui lui réplique par une diatribe forcenée sur la quadrette victorieuse au concours de boules de Pâques 1925.

 

On boit la tournée de réconciliation vers neuf heures ou dix heures ! Il n'est point si rare que la cérémonie se prolonge jusqu'à minuit, et non plus qu'on atteigne le quinzième ou vingtième pernod. M Barnarat s'en va manger la soupe avec quelque morceau dûment arrosé de boudin ou de caillette. Enfin, avant de clore sa porte, il vide avec les derniers clients quelques couples de demis bien tirés, qu'il entremêle plaisamment d'un ou deux chasse-bière, à moins que les bouchons de champagne ne sautent en l'honneur d'une « Fanny » retentissante, d'une belote magistrale ou de quelque autre grand évènement.

 

Il me faut confesser que cet éminent éclectique a pu aborder la soixantaine avec la pupille alerte, le pied encore léger, la taille cavalière, le poil dru et brillant. On a pu voir toutefois qu'il est ménager de ses forces. Sa femme, levée à l'aube, debout quinze heures durant et qui ne boit que de l'eau minérale, porte sur son échine lasse et sa figure flétrie tous les stigmates des maux épargnés à son maître et seigneur. »

 

Partager cet article
Repost0
23 mars 2012 5 23 /03 /mars /2012 16:00

Se faire élire par ses concitoyens n’est pas chose aisée. Autrefois les candidats se contentaient des préaux d’école, de banquets, de quelques affiches, de poignées de mains dans les comices, de canons dans les estaminets. De nos jours ce qui compte c’est la mise en scène pour l’œil inquisiteur des caméras de télé. Alors ceux qui sollicitent nos suffrages remettent au goût du jour les vieilles recettes sauf que les hérauts discourent devant des parterres de supporters qui ne sont pas là pour écouter et comprendre mais faire la claque.

Comme votre taulier est bon prince, et qu’il a lu le Prince de Machiavel, il s’est dit qu’en ce temps de fièvre électorale il se devait d’alléger la peine de nos pauvres candidats qui s’échinent à nous séduire. Comment faire ? Tout simplement en retrouvant dans son tas de livre un petit opus « fièvre électorale à Pompéi »  car là-bas, juste avant la chute « toute la ville semblait obsédée par les élections ». Donc, je vais mettre en ligne les secrets du succès des campagnes électorales à Rome contenus dans « Commenentariolum petitionis » de Quintus Tullius Cicéron, sous la forme d’une lettre à son frère aîné, le célèbre orateur Marcus Tullius Cicéron. Celui-ci, dans sa campagne électorale en 64 av J.C. a dû les mettre à profit, car il fut élu en 63 av J.-C. consul romain.

photopompei.jpg

Les bons conseils à un futur gagnant ça ne se prend pas par-dessus la jambe.

 

« À Rome, la campagne électorale était un long chemin de pèlerinage avec de nombreuses stations : rogare, solliciter le soutien demander des voix aux électeurs, est le mot magique… il faut les solliciter tous avec soin.

 

Le pire de tout était l’arrogance. Donner aux gens l’impression de ne pas les prendre au sérieux, insister, au cours de la campagne électorale, sur la distance sociale entre le candidat distingué et l’électeur de base, et la bataille était perdue d’avance.

 

Il fallait avoir l’air sympathique, même quand on ne l’était pas. À la manière d’un Gaius Cotta, considéré comme un grand maître en matière électorale, le secret d’un bon acteur en campagne consistait à pratiquer la dissimulation pendant un temps à la veille des élections et pouvoir jouer le double jeu. Selon Cicéron, si cette attitude est contestable d’un point de vue moral, elle est indispensable. Pendant la campagne électorale, être à la fois un bonus vir « un homme honnête, irréprochable » et un bonus petitor « un bon acteur de campagne » était plutôt un handicap. Sans fard, il avoue honnêtement : « la première attitude est celle d’un homme bon, la deuxième, celle d’un bon candidat. »

 

Au fond, ce qui à cours, c’est l’opportuniste formule passe-partout permettant de « dire le maximum de oui et le minimum de non », en promettant tout à tous. C’était la technique de C. Cotta, le maître incontesté. Il était certain de pouvoir toujours trouver une raison ou un prétexte pour ne pas devoir honorer sa promesse.

 

Dans une campagne électorale axée sur la popularité et la proximité personnelle, ce n’est pas la vérité que l’on voulait entendre, car cela aurait cassé l’ambiance. « Tout le monde est ainsi : on aime mieux un mensonge qu’un refus. »

 

Avoir une ligne politique claire était beaucoup moins important que jouir d’une cote personnelle auprès des électeurs, tout en leur faisant croire qu’avec l’autorité, l’intégrité et l’intelligence qui vos caractérisaient « on travaillerait pour elurs intérêts. »

 

Chaque fois que tu apparais en public, conseille Quintus Cicéro à son frère, veille à avoir une garde rapprochée, composée d’hommes issus d toutes les familles en vue, de toutes les classes et de tous âges, cela produit une impression colossale sur la foule. 

 

La présence constante des candidats auprès des électeurs dans la campagne électorale, leur disponibilité permanente est exigée avec véhémence par Cicéron – autant que possible avec un abondant cortège qui les escorte lors de leurs apparitions publiques. Car c’est se tailler une grande réputation et s’assurer un grand prestige. »

Partager cet article
Repost0
23 mars 2012 5 23 /03 /mars /2012 00:09

J’ai rarement vu l’enseigne d’un débit de boissons afficher : bistrot de la Mairie ou des Tilleuls ou du Départ… comme l’écrit Robert Giraud, grand expert en cette matière, « hors dans les livres, il y a des mots qu’on ne lit jamais, bien que tout un chacun les emploie d’une façon régulière. Sous le néon et les ampoules électriques de certaines vitrines et devantures « Bistrot » n’apparaît pas remplacé par bon nombre d’appellations contrôlées qui toutes le désignent. » Le plus souvent pour le populo c’est le café, avec un petit frère plus fermé, parfois louche ou chic : le bar, qui lui désigne le comptoir lui-même appelé le zinc


C’est pour cela  que ce matin je propose à votre lecture des Gravures sur le Zinc de Jacques Prévert

Ronald-Searle-052.JPGOù les ai-je trouvées ? En chinant à la Foire Nationale à la brocante et aux jambons de Chatou.

Ronald-Searle-053.JPGChineur de livres je suis, un vrai,  pas un collectionneur de vieilles reliures, d’éditions rares, coûteuses - un livre en exposition est un gisant, mort, couvert de poussière –mais un dénicheur de petites merveilles, un jouisseur qui cherche sans ne rien chercher, dont l’œil vagabonde, fouille, baguenaudant, tombant en arrêt, dont la main se pose avec vivacité sur la couverture convoitée. Dimanche, à Chatou, sous un peu de soleil, elle était lie de vin la couverture et elle affichait sobrement Le POINT Revue Artistique et Littéraire BISTROTS

Ronald-Searle-076.JPG

Ce qui m’a frappé de suite c’est qu’au bas de la couverture était indiqué l’origine de cette revue Souillac (Lot) Mulhouse 55 rue Daguerre. La province donc, étonnant une revue artistique et littéraire originaire du terroir profond, une exception française, surtout en 1960 date de ce numéro 57 qui sera malheureusement l’antépénultième du Point fondé en 1936 par Pierre Betz avec son ami Pierre Braun, éditeur d’art et imprimeur à Mulhouse, afin de montrer que la province peut aussi être une terre d’art. Belle tentative de décentralisation artistique et littéraire qui voulait « rapprocher les hommes » à travers la culture...

                 Gravures sur le zinc

Au Diable Vert rue saint Merry, une clochard devant son premier verre en confidence lui dit : - Place toi là pour voir le défilé !

Mais sur le miroir du comptoir un petit écriteau ravive la mémoire de ce client trop empressé :

                            Surtout n’oubliez pas de payer

                                même

                          si vous buvez pour oublier.

Ailleurs dans la ville, sur la grisaille des murs, le socle des statues, les tables des cafés, le plâtre des WC d’autres sentences sont gravées ou titubantes dans les rues à haute voix proférées :

Mon lit c’est le ruisseau

mon trottoir l’oreiller

le flic c’est mon cauchemar

le vin mon rêve doré.          Debout les ivre-morts

                                  révérend-père Ricard

                                 le dernier verre du condamné

                                            beaucoup

                                   l’ont bu dans les tranchées.

                                         Tu m’as quitté

                                                      Beauté

                                                  A m’en rendre

                                                  malade

                                                 je bois à

                                                    ta santé

Buvez ceci est mon eau

signé Saint Galmier 

         quand

le chameau                                           

entre

       le bistrot est désert

L’alcool tue mais pas n’importe qui

Plus le verre est épais

plus le vin est cher et mauvais         

 

 Que de grands verres

 on pourrait remplir avec les

                         petits verres que les larmes ont fait verser

le mauvais buveur

vit sous l’Empire de la Boisson

le bon

dans sa révolution

     Méfiez-vous du Brandy corse

                 Buvez du rouge

            jamais de fine Napoléon

Bacchus ne disait pas que c’était

          son sang

il avait horreur des Appellations

                            Contrôlées

J.C chassa les marchands de

vin du Temple

Son père n’aimait pas la concurrence.

….. et tant d’autres encore choses lues

Et retenues, entendues racontées.

                      Jacques Prévert

 

Partager cet article
Repost0
22 mars 2012 4 22 /03 /mars /2012 00:09

 

 

Zazie-027.JPG

Le Parc des Buttes Chaumont à la nuit tombée, son île artificielle en contre-bas, son pont suspendu, sa folie en forme de temple gréco-romain, inspirée du Temple de la Sybille de Tivoli,  juchée sur un promontoire qui domine tout le Parc, les lumières de la ville à la lisière, l’air est frais mais doux, des gens courent sur le bitume – à Paris dans les parcs c’est la ronde des rats des villes brûlant leurs calories et leur stress –, c’est presque le silence sous un ciel pur, nous sommes au printemps, mon imagination vagabonde alors que je progresse vers le pavillon du Lac, Villa Triste à la Modiano. La nuit tout paraît possible, les lignes se floutent, l’arrière-fond se dissout, et de cette matrice surgissent des ludions, des elfes, des esprits de la nuit accrochés à des souvenirs. Mes peurs d’enfant, les grands peupliers dans la nuit, des géants qui tout au fond de ce pré bas me toisaient tels des lanciers d’une armée des ombres ; c’était le soir que parfois la frayeur me nouait les tripes, je prenais mes jambes à mou cou et je courrais à perdre haleine ; le matin, avant que le jour ne se lève, que l’aurore fasse pâlir le bout de la nuit, je les affrontais vaillamment sans doute parce que j’étais heureux de vivre un nouveau jour.

Zazie-013.JPG

Là, en cette soirée doucement printanière, mon cœur est à Toulouse, je n’ai pas l’âme légère et mon imaginaire se fracasse sur la dureté et l’ignominie. Annie m’a dit « viens y’aura Zazie… » et elle a ajouté « elle vient, comme ça, pour les vignerons, pas pour du pognon… » Alors, vous me connaissez, j’ai consenti à monter jusque dans le XIXe en métro, station Laumière pour aller voir le BB de Berticot et, bien sûr Zazie, pas celle du métro, mais une grand belle fille qui chante dans un micro. Avec Zazie je n’avais jusqu’ici que deux points communs : dans le léger le de Varenne, moi c’est comme vous le savez le 78 dans le VIIe tout près de la cantine de Passard ; dans le sérieux un combat qui lui tient à cœur, celui qu'elle mène contre le sida au sein de Sol En Si. À l'origine, une blessure intime : « J'ai perdu un ami d'enfance, Rémi Laurent, au début des années sida. J'ai vu l'état terrible dans lequel il a fini sa vie. Cela m'a traumatisée. C'est une des raisons pour lesquelles je me suis engagée dans Solidarité enfants sida. Et je m'y suis d'autant plus investie en devenant mère » Chez nous ce fut la mort d'un frère chéri qui motiva l’engagement d’Elisa à Aides.

Zazie-017.JPGBien sûr j’étais venu pour Berticot qui sonnait à mon oreille un peu comme en attendant Godot car je ne savais pas trop ce qu’était ce Berticot de Duras. Ben oui, le Berthomeau connaissait pas le Berticot qui, renseignement pris auprès d’Annie, se révélait être la marque de la coopérative de Berticot fondée par une poignée d’hommes en 1965. Pour plus de détails vous allez sur www.berticot.com. Les Côtes de Duras, pour autant, ne m’étaient pas inconnues puisque j’avais commis une chronique le 9 juillet 2008 Le bœuf de Bazas et le vin de Duras link Depuis cette date beaucoup d’eau est passée sous les ponts du Dropt et comme je vous l’ai avoué j’étais sec sur Berticot. Mais comme je suis un bon zig je capte vite et je sais maintenant que le « B.B » de Berticot sonne depuis 2009 avec Bio. Préserver l’environnement, faire des raisins dans des conditions optimales, la démarche a débuté en 2008 par l’intérêt de 3 producteurs pour le bio et qui se lancent sur 36 ha de leur vignoble. La première récolte certifiée AB sera donc 2011. Mais le mouvement ne s’arrête pas en si bon chemin, avant la vendange 2009 6 nouveaux producteurs rejoignent les pionniers portant la surface à 104 ha. Enfin, 8 nouveaux producteurs se sont ajoutés, dont 3 en AOP Bordeaux. Donc au premier septembre 2011 : 234,90 ha en bio dot 168 en Côtes de Duras.

Zazie-005.JPGLe Président de Berticot Jean-François Bruère monte sur une chaise pour nous faire le petit speech d’usage et nous dire quelques sur l’engagement de Zazie aux côtés de Berticot. Le hasard d’une séance de photos pour son dernier album « 7 » dans la région de Duras. Elle tombe amoureuse du sauvignon blanc, « bluffée ! »  dit-elle et c’est un aussi un coup de cœur pour l’équipe de Berticot qui propose des vins « qui ne se la pète pas, qui sont accessibles  et bons… le comble de l’élégance… » souligne Zazie. Vous me connaissez, je suis timide avec les jolies femmes alors je n’ai pas osé lui dire qu'hier au soir « nous rêvions tous d’être des sauvignons blancs… ». Je me suis contenté de faire des photos puis d’apprécier, verre à la main, comme elle, la fraîcheur, la vivacité, la densité, de ce sauvignon « BB de Berticot » Bravo Berticot ! Et moi, sur le retour, dans un parc des Buttes Chaumont sans âme qui vive, je pouvais me dire « sous les pavés la plage… et commencer à chroniquer dans ma tête de Taulier.

Zazie-012.JPGC’est fait et rien que pour le plaisir je vous offre du Zazie… Merci Zazie… Pour Annie, afin que les paroles pleines de sagesse du taulier l’accompagne, un duo Zazie&Thiefaine. Si après ça elle décoconne en mai à quoi bon que le taulier se décarcasse…

Zazie-025.JPGZazie-001.JPGZazie-002.JPGZazie-004.JPGZazie-024.JPG

 

 

 

Partager cet article
Repost0

  • : Le blog de JACQUES BERTHOMEAU
  • : Espace d'échanges sur le monde de la vigne et du vin
  • Contact

www.berthomeau.com

 

Vin & Co ...  en bonne compagnie et en toute Liberté pour l'extension du domaine du vin ... 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

Archives

Articles Récents