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24 février 2012 5 24 /02 /février /2012 16:00

Hier à l’heure du déjeuner je me suis rendu rue Mazarine à l’Alcazar pour un déjeuner. J’ai pris le 39 jusqu’au bas de ce que je n’ose plus appeler le Boul’mich puis, empruntant la rue Saint-André-des-Arts j’ai gagné mon ancien quartier ou plus exactement le premier quartier où j’ai vécu en débarquant à Paris. Bien sûr j’y retourne régulièrement mais comme j’étais un peu en avance j’ai pris mon temps. Rien de nouveau bien sûr car le petit village qu’était le quartier Buci à la fin des années 70 a depuis longtemps été rayé de la carte pour laisser la place aux mangeoires à touristes et aux galeries dites d’art. Restent quelques enseignes : la Palette, le Balto, mais elles ne sont que des façades, exit le boulanger, la pâtissière, le bougnat de la rue Mazarine et l’énorme boucher croqué par Wolinski de la rue de Buci. Plus de marchand de légumes, subsiste le Nicolas, mais pas le quincailler ni le poissonnier tout est bien aseptisé, sans relief, la vraie vie a fui pour laisser la place au passage, au flux.

 

Sans doute penserez-vous que c’est l’âge, la nostalgie ou le fait que je sois un peu colère après ma charge contre votre indifférence…link Je suis tout prêt à l’admettre sauf que ça ressemble bigrement à ce qui se passe sous mes yeux sur cette Toile. Le flux, le paraître, le chacun pour soi, le malheur des autres seulement lorsqu’il fait du buzz pour soi, l’humour en peau de lapin, le nouveau prêt-à-penser, les nouveaux marronniers sous la forme des sujets bateaux qui fâchent le clan d’en face : nature, sans  sulfite ajouté, biodynamie, ça défile, ça glose puis ça passe à autre chose, agitation sans débouché, l’important c’est de tenter d’exister dans ce grand maelstrom d’apprentis prédateurs. Si je puis me permettre cette figure : mais où est passée la vie de quartier, le temps passé à discuter, à refaire le monde autour de canons ? Silence ils dégustent afin de délivrer leurs petits poulets ! Tout le monde s’indigne, s’émeut même, mais que diable tout en laissant aux autres le soin de remettre de l’ordre dans la foutue intendance de la vie que l’on vit.

 

Après ce que je viens d’écrire je veux bien être taxé de Vieux Con ça ne me dérange pas puisque ce ne sera que le pendant du Jeune Con que je fus lorsque sous les pavés nous trouvions la plage. Entre les deux, j’assume. Et maintenant je passe la main sans pour autant entonner le chant du c’était mieux avant. Non ce n’était pas mieux avant mais c’est comme le remembrement dans nos campagnes entre l’arasement imbécile et une meilleure gestion du parcellaire la voie est large pour que la modernité ne soit pas synonyme de destruction. Je ne fais pas parti du camp des préservateurs, de ceux qui veulent mettre les choses sous cloche, les muséifier mais pour autant rien n’interdit de respecter les équilibres naturels, de ne pas insulter l’avenir, de tenter à la mesure de ses possibilités de mettre ses actes en conformité avec ses discours, ses convictions. Que n’ai-je entendu sur le fait que depuis 30 ans je me déplace à Paris en vélo ? Aucun militantisme là-dessous mais seulement un truc qui allait bien avec ma façon de vivre. Même conception pour la nourriture : du frais, de la proximité, de l’huile de coude, loin du prêt-à-cuire, du vite fait mal fait, du bourré de sel… si tu veux des petits commerçants : va chez eux tout en exigeant d’eux qu’ils te proposent autre chose que le supermarché d’à côté. C’est de l’économie ménagère mère de toute économie.

 

Donc hier, rien que pour faire plaisir à ma jeune amie Marie de New-York City, toussotant comme un vieillard cacochyme, je me suis rendu à l’Alcazar sis rue Mazarine. L’ex grand navire de la nuit reconverti est en effet pour un temps le restaurant éphémère de Top Chef l’émission de M6 dont je confesse piteusement ne pas avoir visionné le moindre épisode. Les meilleurs candidats des trois saisons de Top Chef sont aux manettes : Ruben Sarfati, Pierre Augé et Gregory Cuilleron. Nos amis du CIVB, avec pertinence, ont jugé intéressant d’associer leurs vins à ces jeunes pousses dites bistronomiques. Fort bien c’est dans le métier de nos chères interprofessions.

 

L’intendance fait la force des armées, ça ne m’étonne pas que le général Alcazar se soit pris une pâté par le général Tapioca. Hier, 3/4 d’heure d’attente avant de voir arriver la première bouteille, que j’ai mal poliment réclamée à cor et à cris pour calmer ma pépie. 2 bouteilles de Clairet posées comme ça sur la table, glacées. Après nous avons eu droit à l’arrivée d’un blanc au verre qui n’était pas au programme toujours gelé. Bref, la Bérézina du service. Pour autant ce ne fut pas la catastrophe car le Haddock juste poché/mousseline de pois chiches/rouille d’oursin de Ruben Sarfati était une vraie petite merveille et que le duo de mini-religieuses chocolat et mandarine/ caramel et vanille du même chef absolument délicieux (je signale que j’ai mangé la part d’Isa qui avait dû nous quitter vu l’heure tardive). Ce jeune Sarfati a du talent. Bravo ! Du côté vin, une fois le méli-mélo dépassé et l’effet du réchauffement climatique passé, nous pûmes vraiment apprécier, et j’ai beaucoup aimé :

photoClairet.jpg 

-         Le Clairet Château Penin 2010 22€ vendu 4€ au verre

-         Le Pessac-Léognan blanc Château de Rouillac 2009 32 € vendu au verre 6€

-         Le Pomerol Château Les Grands Sillons 2009 32€ vendu au verre 6€

-         Le Cérons Château des 2 Moulins 2003 32€ vendu 6€ au verre

photochoux.jpg

photochoux2.jpgJe reviendrai dans une prochaine chronique sur le Clairet car je trouve que les Bordelais sont très poussifs sur ce beau produit et celui du château Penin a fait l’unanimité autour de la table. Je fus félicité par la tablée de mon acharnement à le voir servi comme apéritif.  Pour le Cérons aussi je m’y collerai. Celui-ci était tout plein de fraîcheur. Dernier point Marc Roisin link parle fort bien du vin.

 

En rentrant de ce déjeuner je suis passé à la librairie Compagnie rue des Ecoles pour m’acheter des bouquins. Dans le bus j’ai feuilleté celui de Donna Leon : Brunetti passe à table et je suis tombé page 17 sur ce texte « L’un des sujets de lamentation les plus constants des Vénitiens – comme partout ailleurs je suppose – est le refus de reconnaître que le présent  est aussi bien que le passé. À Venise, cette dégradation est évidente à de nombreux titres : trop de touristes, trop peu de Vénitiens, des loyers inabordables, des politiciens sans idées. Cette évolution est la conséquence de changements plus profonds dans les objectifs et la fonction de la ville. Il y a encore quelques décennies, Venise, comme la plupart des villes partout dans le monde, procurait de quoi vivre à  ses concitoyens et comptait parfois jusqu’à 150 000 habitants. Aujourd’hui, son premier objectif est d’être au service des touristes – 20 millions l’an dernier -, ce qui rend de plus en plus précaire l’avenir  des 50 000 Vénitiens restants. »

 

Sitôt rentré j’ai chroniqué cette chronique et je vous promets pour la semaine prochaine la suite de ce beau texte de Donna Leon…. La Strada Nuova de Venise… un vrai petit bijou… je vous laisse saliver…

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans les afterwork du taulier
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commentaires

Marie 25/02/2012 15:28


Pas rien que pour me faire plaisir quand même, pour le Clairet aussi ;) Vous en avez de la chance, c'est pas évident à trouver à New York...

clavel 24/02/2012 18:41


J'arrive du carnaval de Venise, ma femme adore cette ville, elle en parle la langue, depuis qu'une de nos filles s'y est mariée et qu'un des petits fils y est né. On y trouve encore quelques
restaurants traditionnels ou on mange pas mal, et ils disparaissent progressivement.  Mais il y a de nombreuses oenothéques qui servent des plats typiques et des vins au verre. Il
y avait sur la place Saint Marc une fontaine de vins tenue par le syndicat des vins du Vénéto, et l'inévitable Vino Brulé. La foule des touristes était énorme et certaines voies allant vers la
Plaza di Roma ou le Ferrocaril étaient bouchées par la masse allant et retournant, des policiers s'évertuaient à organiser ce passage sans beaucoup de succès. Les habitants traditionnels de
la ville partent vers Mestre ou les loyers sont plus abordables et ou on peut utiliser un véhicule pour se déplacer. Les problèmes économiques/ financiers de l'Italie posent un problème
particulier à Venise dont le patrimoine Historique et Artistique est considérable, et demande , pour son entretien des investissements colossaux.

Pierre Masson 24/02/2012 18:36


A propos de "canons" je vais presque tous les dimanche matin m'en enfiler un derrière la cravatte au "Baron Rouge"  jouxtant le Marché d'Aligre. Un troquet pur jus où
une provinciale de passage m'a chanté un midi Carmen "a capella" au grand plaisir de l'assistance.On s'y presse et on s'y serre. A l'extérieur les containers-poubelles servent de
tables. On s'y parle et on ne s'y prend pas au sérieux en sifflant au verre, au pot ou à la bouteille d'honnêtes crus de toute la France.


Quand à l'Alcazar, en lisant tes lignes je revoie Jean Marie Rivière et son inimitable talent d'animateur.


Pierre Masson

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