Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
15 mai 2016 7 15 /05 /mai /2016 08:00
CHAP.16 code acratopège, quand on voit Aurore on a le bâton de berger, j'ai envie de te faire une Baupin…

Sans un grain de folie, la vie manque de sel.

 

J’en suis toujours là et je ne m’en plains pas. Ma romancière sarde préférée, Milena Agus, viens de publier Sens dessus dessous, je suis aux anges.

 

« Avant de connaître la dame du dessous et le monsieur du dessus, la vieillesse ne m’intéressait pas. Vieux, mes parents n’ont pas eu le temps de le devenir, mon père s’est tué bien trop tôt et ma mère est retombée en enfance. Je ne vois jamais mes grands-parents, et c’est une jeune femme qui prend soin de ma mère.

 

Quoi qu’il en soit, il est clair qu’aucun vieux n’aurait pu exciter mon imagination. Aucun, excepté la dame du dessous et le monsieur du dessus. Désormais, la vieillesse ne m’apparaît plus comme une ombre mais comme un éclat de lumière, le dernier, peut-être. »

 

Oui un éclat de lumière, le temps est enfin venu, elle le sait. À elle de choisir entre une petite vie bien tranquille et mon grain de folie. En attendant je prépare mon voyage dans le canton de Zoug.

 

« Les visiteurs qui roulent le long des berges idylliques du lac de Zoug, avec leurs fermes et leurs prairies, peuvent être légèrement surpris par un panneau visible à l’entrée de la ville de Zoug, chef-lieu du canton éponyme. Celui-ci vous accueille en arabe dans la ville «avec ses habitants en provenance de 128 nations différentes».

 

Ce nombre est doublement étonnant: d’une part si l’on considère qu’il y a 193 Etats membres des Nations Unies et d’autre part si l’on songe que ce bout de terre d’environ 129 km² ne compte guère plus de 114'000 habitants. Environ un quart des habitants du canton ne sont pas suisses; 88% de ces étrangers proviennent d’Europe, principalement d’Allemagne.

 

Selon l’Office fédéral de la santé publique, 92% des personnes vivant à Zoug se considèrent comme heureuses. «Le standard de vie à Zoug est à nul autre pareil, déclare David Court, le patron canadien d’un pub très prisé situé près de la gare. Ces dernières années, la ville s’est vraiment transformée en un lieu offrant tout ce que l’on peut demander. Je vais probablement prendre ma retraite ici.»

 

David Court déclare avoir vu la ville grandir à un rythme incroyable au cours des 15 dernières années. De 3900 entreprises offrant 35'000 emplois en 1975, Zoug est passé aujourd’hui à une dizaine de milliers de firmes pour un total de plus de 83'000 emplois, selon le Bureau cantonal de la promotion économique.

 

Approximativement 45% de ces employeurs comptent moins de deux employés à temps plein. Plus significatif encore est le nombre d’entreprises enregistrées – qui peut englober de simples entreprises boîte aux lettres – qui atteignait environ 30'000 à la fin 2010, selon le Registre du commerce. »

 

« Au 19e siècle, Zoug, canton presque exclusivement agricole, était l’une des régions les plus pauvres de Suisse. En 1960 encore, le canton présentait la dette par tête la plus élevée du pays et un rendement bien en dessous de la moyenne nationale.

 

C’est grâce à l’initiative d’entrepreneurs que Zoug a progressivement relevé la tête. En 1834, Wolfgang Henggeler construit la première fabrique du canton, une filature de coton à Unteraegeri, et en 1866, l’Américain George Ham Page implante à Cham la première usine de lait condensé en Europe. A la même époque Zoug est relié au réseau de chemins de fer, permettant au canton de se développer.

 

C’est cependant à partir des années 1950 que la région commence véritablement à prendre son envol. En 1956, dix ans après l’adoption d’une nouvelle loi fiscale, l’opérateur financier Philipp Brothers s’installe à Zoug. Un établissement qui est le premier d’une longue série; un taux d’imposition favorable ainsi que la proximité de l’aéroport de Zurich transforment alors Zoug en un centre financier et de courtage.

 

De nos jours, Zoug est le canton le plus riche de Suisse avec un taux de chômage d’à peine 1,9% et un produit intérieur brut que l’institut de recherches conjoncturelles BAK estimait à 117'000 francs par tête à la fin 2010.

 

Situé à 30 minutes du centre des affaires de Zurich et du pôle touristique que représente Lucerne, Zoug est depuis de nombreuses années stable, tant au niveau économique que politique, social et financier. Ses habitants ont en moyenne moins de 40 ans et plus de 10% sont au bénéfice d’un titre universitaire, un record suisse selon l’Office fédéral de la statistique.

 

«La ville de Zoug est belle et elle est plus sure que n’importe quel autre endroit, se félicite Natalie Steyger, une femme au foyer dont le mari travaille pour une marque internationale d’habillement sportif. Après avoir vécu au Cap et à Sydney, résider dans un lieu aussi calme, proche des lacs et des montagnes, qui offre des possibilités de faire du sport en plein air est pour nous comme un rêve devenu réalité.»

 

Notre immense Sarkozy qui ignore ce qu’est Le Bon Coin cher au populo excelle dans la taille des costards. Il refait toute sa garde-robe. Suivi par la journaliste du Point Anna Cabana, l'ancien président de la République avait manifestement envie de dire du mal de tout le monde, sauf de lui-même.

 

« Et il s'est littéralement surpassé en évoquant le cas du ministre de l'Economie Emmanuel Macron qui se dit ni de gauche ni de droite. « Que voulez-vous que j'en pense? Il est cynique. Un peu homme, un peu femme, c'est la mode du moment. Androgyne. Ce qui vous plait chez Macron, c'est que vous aimez toujours ceux qui ne vous obligent pas à choisir », affirme Nicolas Sarkozy au sujet de celui qui a l'outrecuidance d'être plus populaire que lui chez les électeurs de droite. »

 

« Tout le monde à droite, et même dans l'entourage proche de Nicolas Sarkozy, en prend pour son grade. Sélection.

 

Alain Juppé, son principal rival à la primaire? « Juppé c'est Chirac. Il ne fera rien. Il est traumatisé par 1995. Il veut être aimé, Alain. Quand on veut être aimé, on ne fait pas de politique ».

 

Nathalie Kosciusko-Morizet, son ex-porte-parole partie en solo? « C'est un gâchis, Nathalie, et quel gâchis! Elle fait n'importe quoi. C'est un naufrage ».

 

François Fillon, son ancien premier ministre devenu son premier détracteur? «Fillon, lui ne récris pas [ses discours]. Il n'a pas d'idée, pas d'originalité. Juppé non plus ».

 

François Baroin, son allié à qui Matignon semble promis? « Il a du talent. Pour quelqu'un qui ne travaille pas, il fait une belle carrière ».

 

Dans ce portrait-confession, la seule personne qui trouve grâce à ses yeux se nomme Donald Trump. A en croire Nicolas Sarkozy, le futur candidat des Républicains réputé pour ses dérapages sexistes et racistes a visiblement tout compris: « Les électeurs veulent de l'épicé, des idées fortes. Ce Monsieur Trump réussit parce qu'il ne se refuse aucune outrance ».

 

De l’autre côté de l’échiquier, sous l’œil goguenard de la grosse dinde de la droite extrême, flanquée de son ex-chevènementiste et de son concubin, nous avons la chance de bénéficier d’un digne héritier de Vladimir Ilitch Oulianov Влади́мир Ильи́ч Улья́нов, dit Lénine Ленин.

 

Nous sommes gâtés !

 

Le Mélenchon qui se vante d’avoir du tarin, de bien savoir prendre le vent qui se lève, sent monter une situation prérévolutionnaire en France. Ce vieux pays sous le joug débonnaire du dénommé Flamby serait sur le point d’atteindre son « point d’ébullition ». En bon léniniste de cuisine en chambre il ne manque pour lui qu'un simple «évènement fortuit» pour embraser la situation et déclencher la révolution citoyenne qu'il appelle de ses vœux. Le rejeton préféré de Tonton, le père de la gauche révolutionnaire depuis Épinay, ragoût toujours mijoté de l’axe Deferre-Chevènement, celui qui a abjuré le PS pour tenter de ce Pacser avec les derniers avatars de la Place du Colonel Fabien, grands défenseurs de nos libertés au temps du socialisme réel de part de là le rideau de fer, hume, tel Butane&Degaz, le fumet prérévolutionnaire qui est «le moment où plus aucune autorité n'est crue ni supportée: responsables politiques, juges, journalistes, policiers et ainsi de suite. Tout le lien de l'ordre établi semble crouler sous le poids du même opprobre».

 

Mais l’oracle plutôt rouge que mort, cher à ses frères s’opposant aux SS20 bénis par Mitterrand s’interroge : «Quand se produit l'effondrement?»

 

«L'expérience montre qu'un événement fortuit le provoque. Un événement imprévisible, parfois dérisoire par rapport aux enjeux. L'esprit public connaît ce mécanisme sous le nom ‘d'effet papillon', où une cause minime déclenche un événement sans rapport à une échelle disproportionnée». Depuis le début des manifestations contre la loi Travail, les autorités cherchent à tout prix à éviter un incident grave, similaire au décès de Rémi Fraisse ou de Malik Oussekine. »

 

Mélenchon utilise une longue métaphore: «Imaginons un petit tas de sable sur un petit plateau suspendu. Il recevrait une lente coulée de sable supplémentaire grain par grain. Au bout d'un certain temps, imprévisible, se produit une avalanche sur le flanc du tas de sable. (...) Le grain de sable qui va déclencher l'avalanche peut-être minuscule et de toute façon sans rapport avec l'état relatif du tas et la position de son point d'atterrissage. Tel est l'événement fortuit. Il n'est pas la cause absolue de l'avalanche contrairement aux apparences. C'est l'état du tas de sable qui fait l'avalanche»

 

La gauche de la gauche et l’extrême-gauche se complait dans l’analyse, elle n’a jamais su, pu ou voulu aller au bout du bout de ses velléités « révolutionnaires ». Elle aime la rue, les défilés et, tout au fond d’elle-même, n’aime rien tant qu’un bon retour d’une vraie droite dure aux manettes. Les sociaux-démocrates mous la confortent dans ce désir. Le vieux slogan : « Au secours la droite revient » est aujourd’hui transcrit en «Vivement la droite ! »

 

Et elle revient la droite en un festival de programme de « libération de l’économie française ». C’est à qui virera le plus de fonctionnaires, allongera des milliards d’économie, sus aux 35 heures, à bas l’ISF… Bref, un ex-Président, deux ex-Premier Ministre, une flopée de louveteaux aux ratiches acérées type gendre idéal à la Le Maire, s’escriment à nous faire croire qu’enfin demain ils vont à la hussarde bousculer la vieille France vent debout pour une loi El Khomery qui n’est qu’un amuse-bouche. Le degré de crédibilité de tout ce beau monde est bien mince même si le duo de tête dans le cœur de ces râleurs de Français sont le vieux Juppé, « le meilleur d’entre nous » et le bizuth Macron qui surfe sur une étrange vague de popularité alors qu’il est le père des mesures les plus contestées de la loi Travail désapprouvée par 70% d’entre-eux.

 

Jérôme Fourquet : «Les Français ne sont pas devenus de parfaits libéraux»

 

Le sondeur Jérôme Fourquet relativise l’adhésion des Français aux propositions économiques et sociales de Juppé, dont le succès tient moins à ce qu’il dit qu’à ce qu’il représente, entre un FN fort et une gauche déboussolée.

 

  • Est-il contradictoire que les Français rejettent nettement la loi El Khomri tout en plébiscitant Juppé, qui vient de dévoiler son programme libéral : 100 milliards d’euros de dépenses et 250 000 fonctionnaires en moins, suppression de l’ISF et des 35 heures, retraite à 65 ans, etc.?

Précisons d’abord que tant pour la loi El Khomri que pour le projet de Juppé, pas grand monde, au-delà des cercles les plus informés, ne sait précisément de quoi on parle. Il y a toujours un grand flou sur le contenu précis de la loi travail et encore une méconnaissance sur les intentions de Juppé. Mais ce que les Français ont bien compris et rejettent nettement, c’est la plus grande facilité donnée aux entreprises pour licencier. Avec 600 000 chômeurs de plus depuis 2012 et un chômage à 10 %, c’est le genre de choses qu’il est difficile de vendre à l’opinion et pas seulement à gauche.

 

Les Français (y compris une majorité d’électeurs PS) ont globalement intégré l’idée qu’il fallait restaurer les marges des entreprises car ils ont le sentiment que notre économie décroche. Mais ils ne sont pas pour autant devenus de parfaits libéraux. Avec la loi El Khomri, le bouchon a été poussé trop loin : le texte est apparu comme fragilisant en premier lieu les salariés.

 

  • En 2011, Hollande, qui n’a pas été le plus à gauche des candidats à la primaire, avait notamment fait campagne sur le renforcement de notre souveraineté par la restauration des comptes publics. Cinq ans plus tard, la primaire de la droite est une surenchère libérale assez éloignée du bilan de Sarkozy. Est-ce le signe d’une droitisation économique généralisée ?

Attention au mot libéral : pour beaucoup de Français le terme est d’abord associé au mot liberté et n’est donc pas spontanément rejeté. Concernant les propositions des Juppé, Fillon, Le Maire ou Sarkozy, n’oublions pas qu’ils s’adressent en premier lieu aux électeurs de la primaire, un concentré au sens culinaire du terme des électeurs de droite, à la fois sur les questions économiques et identitaires. Et chacun à droite part du principe que le vainqueur l’emportera au second tour face à Le Pen, alors que la gauche est au plus mal. Un contexte inédit où il ne s’agira pas de rassembler loin au centre pour battre la gauche et qui permet de «lâcher les chevaux» pour mobiliser le cœur des électeurs de la primaire, plus âgés et mieux lotis. Mais Sarkozy et Fillon, qui ont été aux responsabilités sans faire la moitié de ce qu’ils promettent, ont un problème de crédibilité. Cela confère à Juppé un net avantage : il est à la fois l’antithèse de Hollande - quelqu’un qui devait nous rassurer et qui nous a inquiétés parce qu’il a semblé ne pas savoir où il allait - et celle de Sarkozy - quelqu’un qui s’est beaucoup agité pour pas grand-chose à l’arrivée. Juppé arrive aussi à apparaître (un peu) moins radical que Fillon et son credo à la Thatcher.

 

  • Les électeurs de gauche qui seraient tentés par Juppé ne vont-ils pas se détourner à mesure qu’il va préciser ses intentions ?

C’est ce que Hollande espère : que la surenchère des candidats à droite l’aide à apparaître davantage de gauche, même relativement. Maintenant, si des électeurs de gauche votent Juppé à la primaire, ce n’est pas parce qu’ils sont tous devenus ultralibéraux mais parce qu’ils préfèrent participer à la primaire adverse, quitte à se boucher un peu le nez, plutôt que de subir un duel Sarkozy-Le Pen. Ce mouvement pourrait se renforcer si Hollande n’inverse pas la courbe du chômage, mais surtout celle des sondages d’ici l’automne. Avant d’être un engouement pour Juppé, ce phénomène est d’abord le fruit d’un contexte. Mais quand il s’agira, pour Juppé ou un autre, une fois élu, de supprimer concrètement 250 000 fonctionnaires dans le pays ou de réduire la dépense publique de 100 milliards, ce sera une autre histoire. On retrouvera dans la rue tous ceux qui y sont aujourd’hui et sûrement beaucoup d’autres.

 

A droite, on a le sentiment que la bataille se jouera moins sur les questions économiques que sur celles dites identitaires…

 

Le centre de gravité de la droite sur ces questions penche nettement du côté de la droite dite «décomplexée». Si Juppé est en tête dans son camp, ce n’est ni pour ses propositions libérales, semblables à celles de ses concurrents, ni donc pour son «identité heureuse», mais d’abord, au-delà de ce qu’il dit, pour ce qu’il est : un point d’équilibre et un gage de sérieux, éléments qui font mouche auprès d’un électorat aujourd’hui inquiet.

 

Autopsie du cas Emmanuel Macron, météorite pour l’instant creux de la politique française

 

« Quels sont les atouts d’Emmanuel Macron, ses qualités les plus évidentes pour que tant d’électeurs paraissent les avoir perçus, et qui expliquent son succès? D’abord, c’est net, son positionnement, ni droite ni gauche, qui souligne le sentiment d’artificialité que ressentent depuis longtemps les électeurs. Il en découle une forme de pragmatisme qui séduit une partie importante de la population, lassée de toutes les expériences idéologiques qu’elle s’est infligée à elle-même depuis 1981. En ce sens, Emmanuel Macron renouvelle l’offre politique. Sa seule présence est une promesse, et cela représente un atout extraordinaire s’il entend lutter vraiment contre les appareils et les partis qui, en France comme ailleurs, s’assurent l’exclusivité de l’offre politique.

 

Dans le cas spécifique d’Emmanuel Macron, une autre caractéristique doit être mentionnée, qui valorise et bonifie ce qui précède. Il s’agit de ce qui est rarement nommé et qui est pourtant essentiel: la séduction qu’il dégage, la confiance qu’il suscite sur sa seule mine, sa seule attitude, sa seule manière d’être.

 

Le ministre des finances est jeune, mince, vif, élégant. Dans un monde politique où l’expérience est valorisée, et l’ancienneté son corolaire, cheveux rares et ventre rond, sa prestance tranche et le démarque de la masse. D’une certaine manière, elle correspond à une recherche informulée de la psychologie française: l’espoir de la nouveauté, l’envie du renouveau.

 

C’est ici qu’il faut situer l’extraordinaire tolérance dont fait preuve l’opinion publique à l’égard d’Emmanuel Macron. Sans rien savoir de ses idées, elle l’encourage dans ses projets. Etonnant, et pourtant réel. »

 

Éloge du 49.3

 

« Coup de force », « putsch parlementaire », « déni de démocratie », voilà quelques-unes des expressions entendues pour dénoncer le recours à cet article constitutionnel, expressions reprises dans la presse et auxquelles il convient de faire un sort car, en vérité, l’utilisation du 49-3 renforce la démocratie plutôt qu’elle ne l’affaiblit.

 

L’article 49-3 a été inventé par les rédacteurs de la Constitution de la V° République, adoptée par référendum en septembre 1958, pour surmonter un éventuel blocage parlementaire. Imaginons un gouvernement qui souhaite faire voter une loi au parlement et qui, pour des raisons diverses, parfois peu avouables, ne trouve pas une majorité de députés pour l’adopter. Le gouvernement, alors, engage sa responsabilité et le projet de loi est réputé adopté, s’il ne s’est pas constitué contre lui une majorité pour voter une motion de censure.

 

Pourquoi cette mesure a-t-elle été inventée par les constituants de 1958? Ceux là étaient d’aussi grands démocrates que nous le sommes. Seulement, instruits par le fonctionnement de la calamiteuse Constitution de la IV° République, adoptée en 1946, où les gouvernements valsaient environ tous les dix mois, ils ont voulu créer un mécanisme susceptible de donner un peu de durée et de stabilité à une équipe gouvernementale. »

 

Enfin le "beau" cas Baupin

 

  • Une journaliste se souvient de nombreux moments de sexisme « d’une banalité navrante »

« Axelle Labbé, journaliste à France Bleu Béarn, a apporté son propre témoignage dans une chronique, le mercredi 11 mai. « Si j’osais », diffusé tous les jours vers 7 h 40, est un billet d’humeur ouvert à tous les journalistes de la rédaction, mais Axelle Labbé en rédige rarement. « J’ai demandé à le faire hier, parce que cette affaire Baupin m’a fait remonter 10 000 souvenirs », explique-t-elle au Monde.

 

Le résultat tient en une minute trente de gestes et remarques déplacés, petites chroniques du sexisme ordinaire dans le quotidien d’une journaliste avec qui « les hommes se prennent pour George Clooney parce qu’ils ont une once de pouvoir ».

 

Il y a ce commissaire de police qui la fait entrer dans son bureau « parce qu’avec votre joli sourire, on ne peut rien vous refuser », ou cet élu qui parle d’elle comme d’une « jolie femme » et à qui, scotchée, elle ne trouve rien à répondre. Un récit proche de celui d’Aurore Bergé, élue Les Républicains des Yvelines, à qui l’on disait lundi soir : « Quand je te vois, Aurore, j’ai envie de te faire une Baupin » et qui, sidérée, n’a pas su trouver les mots pour clouer le bec de l’auteur de cette « plaisanterie ».

 

« Le succès de cette chronique me surprend »

 

Des hommes comme Denis Baupin donneraient l’impression que seuls les très puissants se permettent cela, mais non. Le récit s’achève sur l’idée que « ça n’arrive pas qu’à Paris ». Le sexisme se retrouve partout où il y a du pouvoir, ou même seulement le sentiment d’en avoir.

 

Axelle Labbé, qui a sillonné la France pour les rédactions locales et nationales de Radio France, en sait quelque chose :

 

« C’est pareil partout, n’importe quel élu local, à n’importe quel niveau, peut avoir un comportement inapproprié. »

 

Un phénomène généralisé, qu’Axelle Labbé a choisi de regrouper en quelques histoires, « mais il y aurait de quoi faire quatre chroniques sur le sujet », précise-t-elle.

 

Ce billet d’humeur a été largement relayé en ligne, et commenté par les auditeurs de France Bleu. « Ce que je raconte est d’une banalité navrante, explique la journaliste. Le succès de cette chronique me surprend. Mais nous l’avons toutes vécu, et je pense que les femmes se retrouvent là-dedans. » Une amie lui glisse :

 

« Oui, c’est banal, mais ça fait quand même du bien de l’entendre. »

 

De l’entendre et de le dire. Car certaines images vous marquent. L’une des anecdotes, particulièrement glaçante, met en scène cette élue d’opposition d’une commune béarnaise qui farfouille par terre, lors d’un conseil municipal :

 

« Eh bien, vous passez sous le bureau ? », demande le maire.

« Je cherche mon stylo, Monsieur le maire », répond-elle.

« Oui, oui, enfin. Votre vie privée ne nous regarde pas », poursuit le maire.

 

Réaction ? « Toute la salle se marre », raconte la journaliste, témoin de ce moment « surréaliste ». « Cette scène au conseil municipal me trottait dans la tête depuis longtemps, confie-t-elle au Monde. Je ne l’avais pas racontée au moment où c’est arrivé, et je suis contente de l’avoir fait. »

 

  • On me rapporte cette phrase, d'un élu LR à une élue LR qui portait un pantalon en cuir : "je te l'arracherai bien avec les dents !"

« C'est simplement une "scène de la vie politique ordinaire", selon Aurore Bergé. Cette élue Les Républicains des Yvelines, proche de Valérie Pécresse et soutien d'Alain Juppé, a relaté lundi soir sur son compte Twitter le conseil d'agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines auquel elle venait de participer. Quelques heures après les accusations portées à l'encontre du député écologiste Denis Baupin pour harcèlement et agression sexuel, elle a rapporté des remarques sexistes qui lui ont été adressées. "Pendant les dépouillements, je pars échanger avec certains élus. Je suis accueillie par un 'quand je te vois, j'ai envie de te faire une Baupin'", écrit-elle.

 

"Un autre élu enchaîne avec un 'quand on voit Aurore, on a le bâton de Berger'. C'est gras, c'est vulgaire, c'est grossier. C'est pathétique. Il a l'âge d'être mon père (ils en ont un peu tous l'âge)", dit encore la conseillère municipale de Magny-les-Hameaux âgée de 29 ans, qui racontait en 2014 dans le JDD sa première campagne électorale. L'élue reconnait s'être trouvée "navrante dans [son] incapacité à réagir". "Quand ça t'arrive, tu ne sais pas comment réagir. Tu es sidérée. Bloquée. Tu lui fous une claque? Tout le monde te regarderait. Tu ne ris pas? Tu n'es décidément pas faite pour la politique. Et puis, c'est drôle, non? C'est un bon mot, après tout", explique-t-elle, précisant avoir ri "par réflexe" après s'être interrogée sur le choix de son chemisier, "comme si c'était toi la coupable".

 

"Mais aujourd'hui n'est pas une journée ordinaire. Elles ont parlé", affirme Aurore Bergé, en évoquant les élus écologistes qui ont mis en cause Denis Baupin pour ces faits plus graves. "S'il y a des différences de degrés dans le harcèlement, je ne crois pas qu'il y ait de différence de nature", explique l'élue Les Républicains. "Car on a le droit de ne pas avoir envie de ces remarques graveleuses, de ces gestes déplacés, sans pour autant être cataloguée en pisse vinaigre ou mal baisée. Je mesure le courage qu'il a fallu à ces femmes pour prendre la parole. Ils ne changeront peut-être pas, mais nous oui. On parlera", conclut-elle.

 

La mise à mort de Denis Baupin

 

Le député est condamné par la vox populi, sans vérification des faits, sans débat contradictoire. De par leur gravité, les témoignages qui l'accusent mériteraient pourtant d’être traités comme il se doit dans un pays démocratique. Le point de vue de David Le Bailly.

 

La suite ICI 

 

Quelques scènes de la vie ordinaire du peuple :

 

« S'il y a le moindre souci, tu es tout seul » : livreur à vélo, un job à cheval entre liberté et précarité 

 

Des travailleurs américains forcés de porter une couche pour éviter les pauses-toilettes 

 

« Quelque chose de – vraiment – pourri dans le royaume de France» 

 

La comédie humaine des rémunérations patronales 

Partager cet article
Repost0
8 mai 2016 7 08 /05 /mai /2016 09:05
CHAP.16 code acratopège, Julie Gayet plaisante : « François, on n'a qu'à se marier, on fera vendre les journaux! »

Le mois de mai né dans le gris et la sinistrose, basculait avec une soudaineté désinvolte, plaquait un soleil dru sur un ciel pur. Coincé entre le 1er et le 8 mai, deux dimanches, l’Ascension sauvait les adeptes des Ponts qui fuyaient la ville et la livrait à ceux qui l’aimaient. J’étais de ces derniers. Allais-je enfin lever le voile, la découvrir, lui faire jeter au fossé ses dernières défenses, la mettre à nu ? Le soleil allait-il être mon allié ? Je me laissais aller à l’espérer.

 

J’ouvrais mon écran et j’y lisais : Triste nouvelle: la moitié des amitiés est à sens unique, selon une étude publiée dans la revue PlosOne et repérée par le New Yorg Mag. Je m’en fichais, me foutais des études sur tout et rien, nous étions bien plus que des amis et ce qui m’importait c’est que nous entrions ensemble dans la vraie vie. Que nous nous aimions, si loin, si proches ; que plus rien ne pourrait nous séparer.

 

J’attendais. Je l’attendais.

 

« Une bourrasque soudaine secoue les branches des arbres dispersant un tourbillon de feuilles qui chatoient étrangement dans la vive lumière filtrée. Des feuilles comme des voyelles, des chuchotements de mots comme un souffle de mousseline. Les feuilles sont des voyelles. Je les balaye dans l’espoir de trouver les combinaisons que je cherche. La langue des dieux secondaires. Mais Dieu lui-même ? Quelle est sa langue ? Se mêle-t-il aux vers de Wordsworth, aux phrases musicales de Mendelssohn, fait-il l’expérience de la nature telle que le génie la conçoit ? Lever de rideau. L’opéra humain se déploie. Et dans la loge réservée aux rois, plus un trône qu’une simple loge, siège le Tout-Puissant.

 

Il est salué par les tuniques tournoyantes des novices qui chantent ses louanges en récitant le Masnavi. Son propre fils est présenté sous les traits du berger dans Chants d’innocence. Dans La Bohème de Puccini, Colline, le miséreux philosophe, résigner à déposer au mont-de-piété son unique manteau, chante l’humble aria « Vecchia Zimarra ». Il dit adieu à son manteau adoré bien qu’usé, qu’il imagine gravissant la pieuse montagne, tandis que lui reste derrière, à parcourir la terre amère. Le Tout-Puissant ferme les yeux. Il boit au puits de l’humanité, étanche une soif que nul ne pourrait comprendre. »

Sur l’écran de mon IPhone un message s’affichait « t’as vu Huchon, c’est vraiment le pompon ! »

 

Copinage ?

 

« Manuel Valls lui a promis la présidence de l’Autorité de régulation des activités ferroviaires et routières (Arafer). Un poste qu'il pourrait occuper dès le 20 juin, date à laquelle le mandat de l'actuel patron de l'Arafer, Pierre Cardo, prendra fin.

 

Une retraite dorée en somme pour l'ancien président de la région Ile-de-France, qui avait accepté de ne pas briguer un quatrième mandat lors des dernières élections régionales pour laisser le champ libre à Claude Bartolone, le candidat de... Manuel Valls.

 

Il fallait bien recaser Jean-Paul Huchon, contraint et vexé d'avoir abandonné son siège à la région à son rival - avec le succès que l'on sait. Mais pas d'inquiétude, la présidence de l'Arafer, avec une rémunération de 148.000 euros bruts annuels pendant six ans, n'a rien d'un placard poussiéreux et misérable. »

 

Je tapote sur mon écran : « Huchon a toujours aimé le pognon, les gros nichons et les moches dondons… »

 

Ironie de l’histoire : s’il succède à M. Cardo, ex-maire (UMP) de Chanteloup-les-Vignes (Yvelines), à la présidence de l’Arafer, Huchon prendrait la suite de celui qui fut le tombeur de Michel Rocard, dans son fief des Yvelines, aux législatives de 1993. M. Cardo avait aussi battu M. Huchon, candidat à son tour dans la circonscription, d’une courte tête, en 1997.

 

Triste fin, à 70 balais on dégage d’un paysage où Huchon a croisé, dit-il, « tellement de traîtres, de médiocres et de connards ». Sans doute ne se souvient-il plus de la manière si élégante dont il a trahi Rocard pour un plat de lentilles.

 

L'éternelle "doublure" se libère progressivement de ses figures tutélaires : il rompt avec Michel Rocard en 1998, lors de la campagne des élections régionales, en déclarant dans Le Parisien que "sa candidature serait paradoxale. Où serait le renouvellement qu'illustre Lionel Jospin ?" et acquiert une image de traître chez certains caciques du PS.

 

Dominique Strauss-Kahn, ministre de l'Economie et porte-parole de la campagne, après un long suspense sur sa propre candidature, finit par l'introniser comme "le meilleur pour l'Ile-de-France". La tête de liste PS a pour adversaire à droite Edouard Balladur qui un jour, lui avait dit "votre réputation n'est pas parvenue jusqu'à mes oreilles". Le 24 mars 1998, Jean-Paul Huchon devient le premier président de gauche de l'Ile-de-France.

 

A la tête de la « gauche plurielle », il dispose d'une majorité relative face à la droite et au Front national. Fin tacticien, Jean-Paul Huchon déploie des trésors de diplomatie, élabore de subtils compromis, fait preuve de pragmatisme. Lui qui se définit comme "libéral-social en économie et libertaire sur les mœurs", dont les rondeurs lui valent les surnoms de Big Cat, l'Edredon ou le Polochon, sera réélu par deux fois. La liste PS-Europe-Ecologie-Front de gauche bat largement la liste de droite menée par Valérie Pécresse en 2010.

 

Jean-Paul Huchon connaît aussi des difficultés judiciaires. En 2008, il est condamné pour prise illégale d'intérêts pour avoir poussé le conseil régional à contracter avec trois sociétés de communication où émargeait son épouse, intermittente du spectacle. Mais la cour d'appel annule la peine d'inéligibilité prononcée en première instance, car il n'y a ni préjudice pour la région ni enrichissement personnel. »

 

Tourner la page, je l’ai fait.

 

Elle m’interroge sur Macron ?

 

Emmanuel Macron ou l’art de brouiller les lignes par Françoise Fressoz

 

« Emmanuel Macron s’apprête à présider la traditionnelle cérémonie des fêtes en l’honneur de Jeanne d’Arc, dimanche 8 mai à Orléans, à l’invitation du maire Les Républicains de la ville, Olivier Carré. L’occasion pour lui de développer sa vision de la République, quelques jours après que François Hollande a explicité sa vision de la gauche.

 

Emmanuel Macron, c’est d’abord un âge (38 ans), une tête bien faite (DEA de philosophie, ENA), un parcours atypique (jamais élu, ex-banquier d’affaires), une ingénuité politique revendiquée : « Je suis dans la bienveillance, je n’ai jamais dit une phrase négative contre tel ou tel, je ne veux pas être embarqué dans la comédie humaine », jure-t-il tout en flirtant allègrement avec la ligne jaune. En réalité, une sorte de flibustier qui « casse le verrou de cette profession réglementée qu’est devenue la politique », dixit son ami Laurent Bigorgne, directeur de l’Institut Montaigne. Mais Emmanuel Macron, c’est aussi une offre politique atypique qui prétend enjamber le traditionnel clivage gauche-droite pour construire une majorité en 2017. Macron ou l’art de brouiller les lignes avec quelques idées bien arrêtées.

 

Le mot « idée » est fondamental chez ce novice qui, avant même de faire une entrée fracassante en politique, a revendiqué l’importance de l’idéologie pour soigner un pays dépressif. Il l’a fait en marge du Parti socialiste qui, depuis l’échec de 2002, a le plus grand mal à se définir, et au côté du président de la République, qui n’a jamais voulu conceptualiser ses propres évolutions. « On a créé un pragmatisme au quotidien. Il manque quelque chose », a diagnostiqué Emmanuel Macron dès le début du quinquennat en fustigeant « une gauche postmoderne qui a renoncé aux grandes histoires pour régler de petits désaccords locaux ». Pour lui, pas de politique sans récit ni de récit sans idéal.

 

Dans un long article publié en juillet 2015 dans la Revue des deux mondes, il préconise de réinvestir « les trois rêves » qui fondent, selon lui, l’identité française : « le rêve de l’égalité, le rêve d’Europe, le rêve industriel ». Mais quand on lui demande aujourd’hui de dire ce qu’est le « macronisme », il botte en touche : « Je suis incapable de le définir, je crois dans mon pays, son énergie, ses valeurs, sa capacité à réussir dans la mondialisation, je crois au progrès », se contente-t-il de répondre. Macron ou la confiance retrouvée. Un peu court.

 

« Tony Blair jeune »

 

Le jeune ministre de l’économie avait cependant le sourire lorsque, à la mi-avril, le journaliste de la BBC Andrew Marr l’a comparé à « Tony Blair jeune ». Blair, le héraut de la troisième voie, l’homme qui, dans les années 1990, avait porté l’estocade au travaillisme britannique. Depuis, non seulement la troisième voie a perdu le pouvoir, mais elle a été rangée au rayon des accessoires par l’opposition britannique. « Macron, c’est un Tony Blair mais adapté à son temps », corrige l’essayiste libéral Mathieu Laine, fondateur de la société de conseil Altermind, qui s’enthousiasme : « Personne dans le monde politique français n’a aussi bien compris les opportunités qu’offre la nouvelle économie. »

 

«Liberté » est le mot dominant dans le vocabulaire d’Emmanuel Macron. « Liberté » qui rime avec « individu », « opportunité », « prise de risque », « optimisme », « progrès ». Gilles Finchelstein, directeur général de la Fondation Jean-Jaurès, constate : « Il entre dans tous les sujets par le prisme de la liberté, c’est un vrai libéral. » Cela explique sans doute l’accusation récurrente qu’une partie de la gauche lui fait : trahir son camp. Pourtant, nuance l’historien Alain Bergounioux, membre du secrétariat national du PS : « Il existe à gauche une famille libérale, de tendance libertaire, c’est un héritage de mai 1968. »

 

Démocrate protéiforme

 

Rien ne dit cependant que Macron, qui se revendique « de gauche », soit un libéral-libertaire. Sur les sujets de société, on ne l’a guère entendu, sauf lors du débat sur la déchéance de la nationalité où sa contestation était d’ordre philosophique. « Je ne pense pas qu’on puisse traiter le mal en l’expulsant de la communauté nationale, la responsabilité des gouvernants est de prévenir et de punir implacablement les actes terroristes », avait-il déclaré en se démarquant fortement de François Hollande et de Manuel Valls, qui menaient à l’époque un combat constitutionnel pour priver de la nationalité française ceux qui avaient été condamnés pour actes terroristes.

 

Les proches d’Emmanuel Macron brouillent à loisir les pistes en rappelant qu’étudiant, il a fait un bout de chemin avec Jean-Pierre Chevènement avant de fréquenter, sous l’impulsion du philosophe Paul Ricœur, l’équipe de la revue Esprit, en pointe dans la réhabilitation du libéralisme politique. « Macron a le sens de l’Etat un peu raide », souligne un de ses amis. « J’accepte la verticalité du pouvoir », plaide l’intéressé. Et même plus si l’on en croit cette interview surprenante accordée à l’hebdomadaire Le 1, en juillet 2015. Interrogé sur le malaise démocratique, Macron répond : « Je pense fondamentalement que le peuple français n’a pas voulu la mort du roi. La terreur a creusé un vide émotionnel, imaginaire, collectif : le roi n’est plus là, la démocratie ne remplit pas l’espace… »

 

Un troisième ami le décrit pourtant comme un « vrai démocrate » tendance girondin, comme Rocard, accordant « une grande place à la responsabilité individuelle » et à « la délibération publique ». Il le situe dans la continuité d’Emmanuel Mounier, le fondateur de la revue Esprit, initiateur du personnalisme, ce courant spirituel qui cherchait une troisième voie entre le capitalisme libéral et le marxisme.

 

Jacques Delors, un modèle critique

 

Dans l’histoire compliquée de la gauche, un autre homme, mal-aimé par le parti socialiste, s’est nourri de personnalisme : Jacques Delors, chrétien engagé, convaincu que chacun, dans la société, doit prendre sa part de responsabilité. A cinquante-deux ans de distance, les deux hommes se ressemblent. Non seulement à cause de leur foi en l’Europe et de leur combat revendiqué pour une zone euro plus intégrée, mais aussi par leur approche des problèmes nationaux. Lorsque Emmanuel Macron se fait fort de « déplier les problèmes pour lutter contre l’opacité, mettre à jour les rentes, attaquer les privilèges », il marche dans les pas du Jacques Delors des années 1960 qui, au côté de Jacques Chaban-Delmas, avait tenté d’accoucher « la nouvelle société » en débusquant les jeux de rôle du patronat et des syndicats.

 

Toutefois, comme rien n’est simple, Jacques Delors se déclare aujourd’hui « déçu » par Macron à cause de cette tirade prononcée en janvier 2015 depuis les Etats-Unis : « Il faut des jeunes Français qui aient envie de devenir milliardaires. » L’ancien ministre sous François Mitterrand y voit comme le signe d’une déviance, révélatrice de l’époque : « Le rôle excessif de l’argent est néfaste. On s’en sert même pour encourager l’individualisme », s’est-il indigné devant la journaliste Cécile Amar, qui le rapporte dans son livre L’Homme qui ne voulait pas être roi (Grasset, 234 p., 18 euros).

 

Mais, sur l’autre rive politique, un observateur bienveillant applaudit : Alain Madelin, le seul à avoir osé, sous la Ve République, se présenter à l’élection présidentielle sous l’étiquette libérale. C’était en 2002. Il avait obtenu 3,91 % des suffrages exprimés. « Macron a le bon discours, il est avec nous », se réjouit l’ancien président de Démocratie libérale, reconverti dans la finance mais toujours en alerte.

 

Au lendemain des attentats de janvier 2015, M. Madelin était sorti de son silence pour appeler à un « projet rassembleur », axé sur la relance de la croissance. Il y voyait l’ultime chance pour les politiques de sauver la mise. C’est à cette aune qu’il juge les propositions de Macron : « Ouvrir à la concurrence pour casser les rentes, très bien ; agir sur la fiscalité du patrimoine pour favoriser le capital productif, indispensable. » Mais il ajoute : « Je lui dénie la possibilité d’entraîner la gauche parce qu’il n’a pas l’épaisseur de gauche, il lui manque un discours d’empathie sociale. »

 

Nouvelle école keynésienne

 

Qu’y a-t-il de social dans la pensée d’Emmanuel Macron ? Question cruciale pour cet adepte de la politique de l’offre qui ose dénoncer « la préférence française pour la hausse des salaires et des dividendes », quitte à être accusé par une partie de la gauche de faire la politique du Medef. Son message le plus explicite concerne le marché du travail qu’il décrit comme dual : d’un côté les « insiders », bénéficiaires d’un contrat stable, de l’autre les « outsiders », travailleurs précaires ou chômeurs, tenus à l’écart. Des jeunes, pour la plupart, qui ne parviennent pas à se faire une place dans la société.

 

« L’ambition est de prendre des risques par rapport à notre clientèle électorale, de tenir un discours sur la capacité de la gauche à ouvrir des droits réels en partant du réel ... »

 

Dans cette vision, inspirée par la nouvelle école keynésienne, les acquis sociaux s’apparentent à des rentes injustes et inefficaces qui élèvent une barrière entre les uns et les autres. Pour la faire sauter, une seule solution : flexibiliser le marché du travail, encourager les entrées comme les sorties. La représentation a le mérite d’être claire, mais elle heurte de plein fouet la tradition de la gauche française. L’intéressé en est conscient. « L’ambition est de prendre des risques par rapport à notre clientèle électorale, de tenir un discours sur la capacité de la gauche à ouvrir des droits réels en partant du réel », plaide-t-il.

 

Avant lui, Dominique Strauss-Kahn avait joué les défricheurs à l’intérieur même du PS. C’était il y a douze ans, en 2004, dans une note publiée par la Fondation Jean-Jaurès, l’ancien ministre de Lionel Jospin remettait prudemment en question la logique de la répartition en plaidant pour « un socialisme de l’émancipation », davantage tourné vers la promotion individuelle. L’idée n’était plus de corriger les inégalités a posteriori par la redistribution, mais d’empêcher qu’elles se forment en amont. Nul ne sait cependant combien ce « socialisme de l’égalité réelle » pesait au sein du PS, car Dominique Strauss-Kahn n’a jamais pris le risque de se compter. Aujourd’hui, Luc Rouban, chercheur au Centre de recherches politiques de Sciences Po, évalue à 6 % à peine la proportion d’électeurs qui pourraient se retrouver dans le social-libéralisme. « D’une manière plus générale, la proportion de libéraux ne dépasse pas le tiers de l’électorat », ajoute-t-il en recensant les différentes familles libérales de gauche et de droite.

 

Mais un tiers de l’électorat, c’est beaucoup dans une élection présidentielle qui, en raison du poids pris par le Front national, se joue de plus en plus au premier tour. Le mouvement En marche ! a été conçu pour cela : tenter d’agréger cette masse d’électeurs, par-delà le clivage gauche-droite, en jouant sur toutes les craquelures du système. »

 

Ce que cache l'hommage de Macron à Jeanne d'Arc

 

« Le propos est signé Emmanuel Macron: « La République est un point de départ, je veux parler de Jeanne d’Arc pour en revenir à un récit national ». Cette sentence a été prononcée ce mardi, devant ses proches, par le ministre de l’Economie, en marge de la visite d'une usine Areva du Creusot. Emmanuel Macron expliquait ainsi le but de son déplacement à Orléans, le 8 mai prochain, afin d’y rendre une sorte d’hommage à Jeanne d’Arc. En clair, le dessein que nourrit le favori des sondages, s’il fait ce qu’il dit, n’a pas fini de faire jaser.

 

De fait, s’il se saisit de cet hommage à Jeanne d’Arc pour se livrer à un exercice de célébration du récit national, avec à la clé une mise en cause du fonctionnement d’une Europe qui a été "impensée" depuis la chute du mur de Berlin et l’écroulement du bloc soviétique, Emmanuel Macron sortira pour la première fois de son domaine de compétence. Evoquer Jeanne d’Arc, trianguler cette figure révérée par l’extrême-droite, pour la réinjecter dans un « récit national » transcendant tous les clivages, c’est s’aventurer sur un champ politique qui relève par nature, en Ve République, du Chef de l’Etat. »

 

La suite ICI

 

Michel Serres : « La seule autorité possible est fondée sur la compétence »

 

On parle partout de la "crise de l'autorité". Tout le monde cherche l'autorité perdue. Mais de quoi parle-t-on ? Il ne s'agit plus de l'autorité "coup de bâton". Cette autorité-là n'est que le décalque des conduites animales, celle du mâle dominant chez les éléphants de mer ou les chimpanzés. C'est pourquoi, quand je vois un patron avec son staff autour, plein de courbettes, je ne peux m'empêcher de penser aux ruts des wapitis dans les forêts de Californie du Nord. Cette autorité-là fait marcher les sociétés humaines comme des sociétés animales.

 

La hiérarchie est animale, il n'y a pas de doute là-dessus. Dès que vous exercez une contrainte, vous redevenez la "bête humaine". Le nazisme est le symbole de cette autorité, représentée - ce n'est pas un hasard - par un animal. L'autoritarisme a toujours été une tentation des sociétés humaines, ce danger qui nous guette de basculer très facilement dans le règne animal. En France, une femme meurt tous les jours sous les coups de son compagnon, mari ou amant. Est-ce cela, l'autorité masculine ? L'autorité perdue que l'on essaie de récupérer peut vite conduire au retour de l'autorité "coup de bâton".

 

La véritable autorité, celle qui grandit l'autre

 

Heureusement, la culture humaine a remplacé le schéma animal. Dans la langue française, le mot "autorité" vient du latin auctoritas, dont la racine se rattache au même groupe que augere, qui signifie "augmenter". La morale humaine augmente la valeur de l'autorité. Celui qui a autorité sur moi doit augmenter mes connaissances, mon bonheur, mon travail, ma sécurité, il a une fonction de croissance. La véritable autorité est celle qui grandit l'autre. Le mot "auteur" dérive de cette autorité-là. En tant qu'auteur, je me porte garant de ce que je dis, j'en suis responsable. Et si mon livre est bon, il vous augmente. Un bon auteur augmente son lecteur. »

 

La suite ICI 

Partager cet article
Repost0
1 mai 2016 7 01 /05 /mai /2016 08:00
CHAP.16 code acratopège, Raffarin à propos de Macron le Coluche de Hollande « Ça faisait longtemps que je n'avais pas rencontré de jeune Giscardien »

Avec horreur je découvre la gelée noire, de mon enfance je me souvenais de la gelée blanche qui, au cours de la nuit, alors que la température s'abaisse plus ou moins régulièrement, en moyenne de un degré par heure, survient au passage à 0°C, dit « température du point de rosée », sous forme de rosée prise en glace. Avec la gelée noire c’est brutal, la température peut s'abaisser de plusieurs degrés en quelques minutes par la convection d'une masse d'air froid à température négative.

 

« Les gelées noires sont causées par un refroidissement de l'atmosphère au réveil de la végétation » (Brunet, Matériel. vinicole, 1925, p. 202.

 

Beaucoup de mes amis de la vigne sont de nouveau à la peine mes mots de réconfort sont bien petits.

 

Le tohu-bohu des politiques m’apparaît encore plus vain.

 

Dans ces circonstances je fais le hérisson, en boule et qui s’y frotte si pique. Pas bon à prendre avec des pincettes, dans ma bulle je lis.

 

D’abord je relis Bove, le minimaliste. Je suis bovien.

 

Le plus beau texte de Bove, pour moi, est la nouvelle Bécon-les-Bruyères dont je possède l'édition originale.

 

« De même qu’il n’existe plus de bons enfants rue des Bons Enfants, ni de lilas à la Closerie, ni de calvaire place du Calvaire, de même il ne fleurit plus de bruyères à Bécon-les-Bruyères. Ceux qui ne sont pas morts, des personnages officiels qui, en 181, inaugurèrent la gare et des premiers joueurs de foot-ball dont les culottes courtes tombaient jusqu’aux genoux, se rappellent peut-être les terrains incultes où elles poussaient, les quelques cheminées d’usines perdues au milieu d’espaces libres, et les baraques de planches qui n’avaient pas encore les inclinaisons découvertes pendant la guerre. En retournant aujourd’hui en ces lieux, ils chercheraient vainement les drapeaux et les lampions, ou le vestiaire et les buts de leurs souvenirs. Bien qu’ils fussent alors adultes, les rues leur sembleraient plus petites, Bécon-les-Bruyères a grandi sans eux. La ville a eu du mal, comme le boute-en-train assagi, à se faire prendre au sérieux. Les témoins de son passé la gênent. Aussi les accueille-t-elle avec froideur, dans une gare semblable aux autres gares.

 

[…]

 

« Bécon-les-Bruyères existe à peine. La gare qui porte pourtant son nom printanier prévient le voyageur, dès le quai, qu’en sortant à droite il se trouvera côté-Asnières, à gauche, côté-Courbevoie. »

 

[…]

 

« En écrivant, je ne peux m’empêcher de songer à ce village encore plus irréel que Bécon, dont le nom teinté de vulgarité est frère de celui-ci, à ce village qui a été le sujet de tant de plaisanteries si peu drôles qu’il est un peu désagréable de le citer, à Fouilly-les-Oies. Pendant vingt ans, il n’est pas un des conscrits des cinq plus grandes villes de France qui n’ait prononcé ce nom. Ainsi que les mots rapportés de la guerre, il a été répété par les femmes et les parents. Mais il n’évoque déjà plus le fouillis et les oies d’un hameau perdu. Le même oubli est tombé sur lui, qui n’existe pas que sur Bécon. Car Bécon-les-Bruyères, comme Montélimar et Carpentras ont failli le faire, a connu la célébrité d’un mot d’esprit. Il fut un temps où les collégiens, les commis voyageurs, les gendarmes et les étrangers, comparaient tous les villages incommodes et malpropres à Bécon. C'était le temps où les grandes personnes savaient, elles aussi, combien de millions d'habitants avaient les capitales et la Russie ; le temps paisible où les statistiques allaient en montant, où l'on s'intéressait à la façon dont chaque peuple exécutait ses condamnés à mort, où la géographie avait pris une importance telle que, dans les atlas, chaque pays avait une carte différente pour ses villes, pour ses cours d'eau, pour ses montagnes, pour ses produits, pour ses races, pour ses départements, où seul l'almanach suisse Pestalozzi citait avec exactitude la progression des exportations, le chiffre de la population de son pays fier de l'altitude de ses montagnes et confiant à la pensée qu'elles seraient toujours les plus hautes d'Europe. Les enfants s'imaginaient qu'un jour les campagnes n'existeraient plus à cause de l'extension des villes. »

 

Les amateurs de Bove se recrutent dans un éventail assez large pour preuve cette lettre adressée au surréaliste Philippe Soupault :

 

Cher Monsieur,

 

J'espère que vous ne m'en voudrez pas de l'indiscrétion qui consiste à vous écrire sans vous connaître et qui est d'autant plus coupable qu'il s'agit de renseignements à vous demander. J'ai été intéressé récemment par la lecture de l'oeuvre d'Emmanuel Bove, qui a aujourd'hui complètement disparu, non seulement de la devanture mais de l'arrière-fond des librairies. J'imagine que vous avez eu l'occasion de le rencontrer, puisque l'essentiel de son oeuvre se situe à une époque où vous animiez les mouvements littéraires contemporains. Ce serait pour moi un grand privilège si vous pouviez me donner quelques renseignements à son endroit. Qui était-il ? Quelle était sa manière d'être ? Quelles traces a-t-il laissées ? J'ai appris que madame Bove vivait encore à l'heure actuelle. Avez-vous eu l'occasion de savoir où on peut la joindre ? Vous serez surpris de cette curiosité qui n'entre pas dans l'exercice normal de mes fonctions, mais s'il est interdit au ministre des Finances d'avoir un coeur, du moins selon la réputation, il ne lui est pas interdit de s'intéresser à la littérature.

 

Valéry Giscard d'Estaing en 1972

 

Bove encore :

« Dans le calme de la matinée, on n’imagine aucune femme encore couchée avec son amant, aucun collectionneur comptant ses timbres, aucune maîtresse de maison préparant une réception, aucune amoureuse faisant sa toilette, aucun pauvre recevant une lettre lui annonçant sa fortune. Les moments heureux de la vie sont absents. »

 

Et puis je me replonge dans mon monstre américain, La femme qui avait perdu son âme. Bob Shacochis, 789 pages, typographie serrée, une difficile immersion dans le marigot des agences et officines US en Haïti. Tordu, les méandres de l’impérialisme américain, le brave manipulé, la fille du sous-Secrétaire, je m’accroche. Il y a même une pincée de sexe. C’est bien fabriqué, trop…

 

« Mais il aurait dû se douter que ça n’était pas terminé, que Jackie avait le chic pour refaire surface. Un peu avant l’aube, elle essaya de glisser son corps nu et moite sur l’étroit matelas, près du sien, également nu et couvert de sueur et il fit le mort – il n’y avait pas de place pour elle dans ce lit, de toute façon – et avant même qu’il ait pu s’en rendre compte, elle était à genoux au-dessus de lui, à califourchon sur ses hanches, et elle se mit à tirer sur son pénis obtenant une érection docile et automatique, et il grogna contre sa présence, s’étonnant lui-même par la spontanéité de son rejet. Mais qu’est-ce-que vous fichez là. Laissez-moi, et elle répondit, Oh allez Burnette, baisez-moi, qu’on ait cette histoire de sexe derrière nous, d’accord. Faites-le. Sa bite était raide comme le mât d’un drapeau, bien droite dans la main de Jacquie et aille commença à s’abaisser sur lui, mais il la repoussa sur le côté, contre le mur et il roula sur lui-même pour sortir du lit, avançant à quatre pattes pour trouver son sac de couchage et son matelas mousse, une sensation de malaise lui nouant l’estomac d’un spasme nauséeux. Il passa le reste de la nuit-là, sur le sol, avec l’impression d’être une boulette cuite à la vapeur, la chaleur trop lourde, l’air trop confiné, le sac remonté jusque sur le visage, écoutant la respiration sifflante et les ronflements assourdis de Jackie, allongée sur le lit, au-dessus de lui, et qui s’était rendormie quelques minutes à peine après leur non-accouplement, qu’il ne serait jamais capable de s’expliquer, faute de véritable principe pouvant justifier cette soudaine attitude pudibonde et lâche. »

 

Je ne sors de ma bogue qu’à la nuit tombée, ma chérie après sa journée de labeur trouve encore une ardente énergie pour m’organiser des dîners. Elle adore ! Je jette mes derniers feux pour lui plaire…

 

Par bonheur il y a Macron, la Nuit debout, oh ! hé la gauche, et bien sûr notre cher Président…

 

Un peu d’huile sur le feu ne nuit jamais pour animer une conversation languissante :

 

Mardi 19 avril. L’ancien ministre des Finances grec Yanis Varoufakis affirme dans l’Opinion que «François Hollande mérite un zéro pointé», et loue au contraire Emmanuel Macron, qu’il «aime beaucoup personnellement». «Nous avons travaillé ensemble, c’était le seul ministre français qui semblait comprendre ce qui était en jeu au sein de la zone euro […] Nous partageons la même vision des profonds défauts de la zone euro, de la différence entre productivité et compétitivité», poursuit Varoufakis, ovationné un peu plus tôt à Nuit debout.

 

Plus sérieusement, Jacques Julliard, le survivant de la Deuxième Gauche égaré à Marianne délivre un texte sur lequel on se doit de méditer :

 

 

La faute à Hollande

 

« De Dunkerque à Perpignan, de Neuilly à la place de la République, de Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon, ce n'est qu'un cri : la France est mal gouvernée ! Et à cause de ce malgoverno, comme disent les Italiens, nous sommes très malheureux !

 

Ce long gémissement qui parcourt comme un frisson la France entière est en train de devenir, dans un pays qui chaque jour part en sucette, la dernière forme du lien social : c'est lui, et lui seul, qui réunit les paysans et les fonctionnaires, les professeurs et les parents d'élèves, les juges et les avocats, les notaires et les descendants d'esclaves, les motards et les intellectuels. Je ne vois guère que les ouvriers, manœuvres, OS, comme on disait jadis, à ne pas se plaindre quotidiennement de leur sort. Il faut croire que l'on a fait beaucoup, beaucoup pour eux, plus en tout cas que pour ces tristes patrons, plus que pour ces malheureux banquiers qui sont au premier rang des éplorés dans cette vallée de larmes...

 

Quand la France de la "diversité" (pour ça, oui) se refait un semblant d'unité sur le dos de son président, quand les chiffres publiés dans les médias ressemblent plus à un lynchage qu'à un sondage, il faut s'interroger : en piétinant Hollande, qu'est-ce donc au-delà de Hollande que les Français sont en train de se cacher à eux-mêmes ?

 

Quoi ! L'Ancien Régime a trouvé des défenseurs sous la Révolution, et la Révolution sous la Restauration ; la République a fait de même sous la monarchie et la monarchie sous la République ; de Gaulle a eu ses partisans sous Pétain, et Pétain en a conservé sous de Gaulle, et il n'y aurait personne, absolument personne aujourd'hui pour prendre la défense de Hollande ? Je dis que cette unanimité est louche, qu'elle est une étape nouvelle, et fort inquiétante, de ce long processus par lequel les Français ont entrepris, depuis la mort de De Gaulle, de se cacher la vérité à eux-mêmes.

 

Que signifie cette litanie qui a pour nom "la faute à Hollande", sinon que nous sommes tous innocents, tous victimes ? Que sans l'incompétence, voire la "trahison", du guide suprême nous serions tous heureux dans un pays qui baigne dans l'opulence, qui vit dans l'optimisme et déborde d'énergie ? Seulement voilà, il y a Hollande ! Un seul être nous manque et tout est détraqué ! Et nous mordons à de pareilles craques ! Et nous feignons de croire qu'une bonne primaire va nous dénicher le bon candidat, qui fera enfin la bonne politique ! On rêve. Je dis que la «bouc-émissarisation» de François Hollande constitue une rechute volontaire dans l'infantilisme national le plus désolant.

 

Entendons-nous bien : je ne suis pas en train de m'attendrir sur l'épreuve personnelle d'un homme. Quiconque fait acte de candidature à la présidence doit savoir qu'il existe, inscrite à l'encre sympathique sur la façade de l'Elysée, une devise qui est celle-là même de l'enfer dans le poème de Dante : «Vous qui entrez ici, quittez toute espérance !»

 

Je ne lui cherche même pas d'excuses, tant les exemples d'opérations lamentablement ratées se précipitent sous la plume. Ainsi, comment donner, pendant toute une campagne, à une fiscalité punitive de 75 % sur les hauts revenus la valeur d'un symbole et capituler à la première anicroche juridique ? Comment escamoter piteusement, devant la mobilisation des Bretons, une écotaxe votée à l'unanimité ? Comment annoncer à son de trompe la fin du département et finir par un simple regroupement des régions ? Comment, de la réforme des rythmes scolaires, qui devait renforcer les fondamentaux de l'éducation, accoucher du développement du macramé et du tir à l'arc ? Comment faire de la déchéance de nationalité pour les terroristes - j'en reste partisan - un symbole de la détermination de la France et la retirer précipitamment sous les huées ?

 

Non, ce n'est pas possible. Une seule question tout de même : êtes-vous sûrs que les Français eux-mêmes n'ont rien à se reprocher dans tous les cas que je viens de citer ? Mais il y a encore plus fort. Comment ne remarque-t-on pas que les grandes lignes de la politique du président le plus impopulaire de la Ve République sont massivement approuvées par les Français ?

 

Non, je ne fais pas du paradoxe de comptoir. Je tiens ici le pari que le futur président - soit Hollande ou Valls à gauche, voire Montebourg ; Juppé ou Sarkozy à droite, voire Le Maire ; Macron ou Bayrou au centre, voire Hulot - reprendra pour l'essentiel la même politique dans tous les grands domaines : libéralisation poussée de l'économie, réindustrialisation, réduction de la dette, allègement de la fiscalité, maintien du système social français, guerre contre Daech, alliance privilégiée avec l'Allemagne.

 

Et pourquoi cela, s'il vous plaît ? Parce que, sur chacun de ces points, la politique poursuivie par Hollande est majoritaire dans l'opinion, chacun des sondages qui paraît le prouve, autant que son abyssale impopularité ! Je conclus provisoirement, car il faudra y revenir, il y a dans l'hallali contre Hollande quelque chose qui me déplaît, car l'homme manifeste dans une telle épreuve un courage remarquable. Il y a ces trop nombreux journalistes qui ne connaissent à l'égard du pouvoir que deux attitudes : le prosternement ou le lynchage.

 

Mais il y a pis : il y a le risque, en cette année préélectorale, de voir la chasse à l'homme se substituer à la quête des solutions. Il y a ce trouble dans l'âme française, dont le Hollande bashing, comme on dit en français, n'est que le misérable symptôme. Il y a surtout que je ne voudrais pas que nous nous fassions les dupes de nos propres subterfuges. C'est essentiel, si nous voulons réinventer un avenir pour ce pays. «Dixi, et salvavi animam meam» («Ce disant, j'ai libéré ma conscience»), in Critique du programme de Gotha, de Karl Marx. »

 

Plus léger, plus parisien, avec le vibrion Attali :

 

Macron, le « Coluche utile » de Hollande

 

Pour autant, François Hollande, qui est dit-on un éternel optimiste et qui, à force de dire que "la France va mieux", pourrait bien avoir enfin raison (voyez la baisse du chômage et la vente des sous-marins), n’a pas tort non plus quand il compare le phénomène Macron avec le phénomène Coluche de 1980.

 

Il suffit de se souvenir qu’au tout début, la candidature de l’humoriste était apparue comme un geste purement contestataire, tout comme les velléités de Macron à se présenter en 2017.

 

Se disant "pas satisfait par la gauche", désireux de pratiquer "la politique autrement" au-delà des clivages traditionnels, ce dernier a donné un magistral coup de pied dans la fourmilière de toute la classe politique.

 

Alors, certes, on ne l’a pas vu avec une plume enfoncée dans les fesses, ce n’est évidemment pas son style, mais il ne fallait pas s’y méprendre : à Amiens, derrière son côté lisse, ses sourires et sa politesse, il y avait dans sa façon d’annoncer la création de son mouvement "En marche" quelque chose de contestataire, voire de révolutionnaire, un peu à la "Nuit debout".

 

Une comparaison osée, certes, entre les jeunes manifestants de la place de la République et le ministre des Finances mais après tout, ce n’est pas moi qui ai commencé : si l’on poursuit la pensée de François Hollande, Emmanuel Macron pourrait bien, de provocations en provocations, se révéler être son "Coluche utile".

 

Des points communs entre les 2 hommes

 

Il y a en effet plus de points communs qu’il n’y paraît entre les deux hommes. Un rien de dilettantisme d’abord, une légèreté rafraîchissante aussi. Au début, il s’agissait pour l’un comme pour l’autre de prendre la température, lancer un ballon d’essai au milieu des nuages noirs de la crise politique qui couvait.

 

Et puis, il y a eu les sondages qui ont montré que leur apparition dans le paysage politique était bien accueillie par les Français et qui ont poussé les deux vrais-faux candidats à la candidature à se prendre au sérieux.

 

Coluche s’est retrouvé avec 16% d’intentions de votes, en quatrième position derrière Giscard, Mitterrand et Marchais, tout comme Macron s’est révélé le candidat préféré de la gauche (48%) loin devant Aubry, Valls et Hollande.

 

Aussitôt, l’amuseur professionnel comme le ministre en rupture de ban sont devenus la principale attraction des médias en recherche permanente de nouveauté à se mettre sous la dent.

 

Jacques Attali, le trait d'union

 

Un personnage à la fois mystérieux et ambigu joue au-delà du temps le trait d’union entre Coluche et Macron : il s’agit de Jacques Attali, l’homme qui parlait et parle toujours à l’oreille des présidents, qu’il s’agisse de François Mitterrand ou de François Hollande.

 

Il faut relire "C’était François Mitterrand", le livre de Jacques Attali paru en 2005 et dans lequel il affirme avec sérieux que, même si le grand public ignore tout de ses manœuvres, c’est lui et lui seul qui aurait piloté la candidature de Coluche pour le compte du candidat Mitterrand.

 

On ne s’étendra pas sur le caractère sans doute un peu mégalo de l’affirmation, mais il se pourrait bien cependant qu’il y ait une part de vérité. Ce qui est sûr, c’est qu’après avoir subi de multiples pressions de droite comme de gauche, Coluche a fini par choisir son camp et appeler à voter, très clairement, pour François Mitterrand.

 

On peut imaginer qu'Emmanuel Macron, qui sait ce qu’il doit au chef de l’État, qui mesure aussi sans doute jusqu’où il peut aller trop loin à la faveur des coups de gueule à peine voilés du président, n’aura aucune peine à soutenir le futur candidat Hollande pour sa réélection.

 

Et là encore, Jacques Attali pourra se vanter d’y être pour quelque chose. »

 

Mais pour qu’un dîner soit réussi il faut aussi savoir changer de pied, mettre les pieds dans le plat, déranger les bonnes consciences.

 

Jacques, esclave pendant trente ans

 

Un matelas en mousse moisie. Un toit en tôle. Des murs et un sol en planches. Une ampoule au plafond. Et un tas graisseux de haillons pour seule garde-robe. C’est dans ce taudis de 3 mètres sur 3, sans eau ni chauffage, que Jacques passait ses nuits. Il avait 42 ans quand il s’est pour la première fois couché sur ce grabat humide ; il y a dormi jusqu’à ses 71 ans, sans draps, sans rien, avec pour seul compagnon un vieux réveille-matin, détail sordide, quand on sait que Jacques vivait ici, sur le terrain de la famille André, pour travailler chaque jour de l’année, du matin au soir. Il ne s’agissait donc pas de traînailler au lit… Quand il est parti d’ici, après trente ans de labeur, le dos de Jacques formait presque une équerre. Son compte en banque, lui, affichait une platitude totale : 1,48 euro d’économies. Le reste avait disparu dans la poche du couple André.

 

A Saint-Florent-sur-Auzonnet, le village cévenol dans lequel cette histoire d’esclavage moderne s’est écrite durant toutes ces années, personne n’a réalisé que Jacques, un brave gars simple et sans malice, était exploité par Gérard André. «Ils étaient tout le temps ensemble, on les voyait passer sur le tracteur… Alors moi, je croyais qu’ils étaient frères», confesse un paroissien à la sortie de l’église. Près de lui, une femme confie : «Ces gens, les André, ils ne parlent pas, ils sont un peu sauvages. Et chez eux, avec tout ce débarras devant leur maison, c’est vraiment rustique…» Une autre intervient : «C’est vrai que ce monsieur, là, l’exploité, on ne le voyait jamais dans le village ni au marché.» Même son de cloche dans le quartier : «On le voyait toujours travailler, cet homme, peuchère ! Mais il ne parlait pas, ne se plaignait jamais. Il était habitué comme ça, sûrement, racontent Claude et Marie-Thé, qui résident près du couple André. On savait qu’il travaillait pour ces gens-là, mais on ne savait pas qu’il était si mal logé…»

 

La suite ICI

 

Ma belle Sophia adore Michel Bouquet, une interview remarquable de lui nous permet d’élever nos débats pour le plus grand plaisir de Sophia.

 

Michel Bouquet : « Une vie de malheur. On risque sa vie à chaque rôle »

 

« Je ne serais pas arrivé là si…

 

… Si une force mystérieuse n’avait pas poussé le petit apprenti pâtissier que j’étais à frapper un dimanche matin à la porte d’un grand professeur de théâtre. Je suis encore incapable d’expliquer ce qui m’a pris ce jour-là. Une étrange impulsion. Nous étions en 1943, en pleine Occupation. Je travaillais chez le pâtissier Bourbonneux, devant la gare Saint-Lazare à Paris, et j’habitais avec ma mère qui tenait un commerce de mode au 11, rue de la Boétie. Elle m’avait recommandé d’aller à la messe et j’avais pris sagement le chemin de l’église Saint-Augustin. Et puis voilà qu’au bout de la rue, j’ai bifurqué. Je me suis engagé sur le boulevard Malesherbes dans le sens opposé à l’église, suis parvenu à la Concorde et me suis engouffré sous les arcades de la rue de Rivoli jusqu’au numéro 190, une adresse, dénichée dans un bottin, que j’avais notée sur un petit bout de papier, dans ma poche depuis plusieurs jours. J’ai frappé chez le concierge et demandé M. Maurice Escande, le grand acteur de la Comédie-Française. « Il habite au dernier étage, vous ne pouvez pas vous tromper, il n’y a qu’un seul appartement. » J’ai sonné. Je n’avais pas encore 17 ans.

 

Lire ICI 

 

Nous retombons en fin de soirée dans l'actualité qui électrise tout le monde.

 

Terrorisme : le « J’accuse » d’un expert engagé

 

« Etrange défaite. Comment, le 13 novembre 2015, des petites frappes du djihad de quartier ont-elles pu faire vaciller notre pays, sa cohésion, ses valeurs et sa Constitution ? A cause de « la médiocrité » du gouvernement français, qui a notamment refusé de lancer une commission d’enquête nationale sur les attentats de janvier 2015, accuse François Heisbourg, conseiller spécial à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS).

 

Président du Centre de politique de sécurité de Genève, ce chercheur mesuré n’a pu s’empêcher de sortir de la réserve à laquelle il était habitué. Car c’est un « homme en colère » qui dresse le réquisitoire sévère des défaillances françaises. Pourtant, les services de renseignement avaient bien repéré les futurs auteurs des attentats, quasi tous fichés « S ». Preuve que la technique dite de « chasse au harpon » (ciblant des individus singuliers), choisie par les Français, est au moins aussi efficace que celle, prisée par les Américains, de la « pêche au chalut » (ratissant largement les données numérisées de l’ensemble de la population). Sans compter que la nouvelle loi sur le renseignement, assure-t-il, « renforce notablement la capacité de surveillance de nos services ».

Lire ICI 

 

Yves Michaud : « La politique des bons sentiments et de la compassion mène à l’aveuglement »

 

Pourquoi s’en prendre à la bienveillance, qui est considérée comme une qualité ?

 

La bienveillance est un sentiment social, nécessaire à la sphère privée. Pour les philosophes du XVIIIe siècle, c’est un facilitateur de relations sociales, rien de plus. Mais si on en tient compte pour gouverner la collectivité, elle devient dangereuse, car elle conduit à se montrer bienveillant avec tous les droits catégoriels. C’est le cas quand nous concédons des droits spécifiques aux communautés religieuses, ethniques ou aux groupes de pression.

 

La politique des bons sentiments et de la compassion mène alors à l’aveuglement. On ne voit pas que ces droits émiettés font reculer la liberté collective. Je pense aux lois mémorielles, qui selon moi devraient être supprimées, ou aux attaques de collectifs se revendiquant Noirs contre les travaux de l’historien Olivier Genouilleau sur la traite négrière. Légitimer les droits catégoriels, c’est faire monter les partis populistes, de Podemos au FN, qui capitalisent sur toutes ces plaintes hétérogènes.

 

Est-on trop bienveillant avec l’islamisme ?

 

Cela fait des années que des intellectuels et des artistes arabes, comme les écrivains algériens Boualem Sansal et Kamel Daoud, dont on imagine mal le courage, dénoncent une dérive fondamentaliste apparue chez eux, et qui gagne chez nous. Pour les écouter, il a fallu les attentats. Je donne souvent des conférences dans le Maghreb. Quand on ouvre les yeux, on est forcé de reconnaître que l’islam n’est pas compatible avec la démocratie.

 

Pour la plupart des musulmans, ne pas croire est un crime, la charia prime sur tout autre droit, et l’apostasie est absolument interdite. Les atteintes à la liberté d’expression ou l’inégalité entre les sexes viennent de ces dogmes, et je souligne que l’immense majorité des pays arabo-musulmans n’ont pas ratifié la Convention universelle des droits de l’homme de 1948. La bienveillance provoque des réflexes stupéfiants, comme refuser de voir la dimension culturelle des agressions sexuelles à Cologne lors de la nuit du Nouvel An.

 

Lire ICI 

 

 

 

« Nuit debout a attiré ceux qui pensent leurs intérêts particuliers comme universels, et a exclu les dominés »

 

« Quand un mouvement politique émerge, la position de l’intel­lectuel est toujours compliquée, surtout quand il souhaite que la mobilisation réussisse. Soutenir inconditionnellement, c’est se dissoudre comme intellectuel et ne pas assumer que la pensée puisse nourrir la pratique. Mais critiquer, c’est prendre le risque de nuire à la mobilisation ou d’être perçu comme un adversaire. Je conçois ce texte comme une discussion interne au mouvement social. Il partage la même ambition : la prolifération des contestations. Mais c’est au nom même de cette ambition que je crois nécessaire de proposer une réflexion sur Nuit debout et la conception de la politique dont elle est le produit. Je me demande si la relative stagnation de ce mouvement n’est pas due à sa constitution même. Ce qui doit nous inciter à interroger l’inconscient politique de ce mouvement et les catégories de la gauche critique et du mouvement social.

 

Nuit debout ne naît pas de nulle part. Il est le produit d’une histoire de la théorie et de la politique. Il s’appuie sur des cadres idéologiques précis et reprend des formes d’actions qui se sont stabilisées depuis au moins dix ans, notamment avec Occupy Wall Street et les « mouvements des places ». Ce mode de protestation rompt avec l’action traditionnelle. Il ne se déploie pas comme affirmation d’intérêts particuliers ou d’identités spécifiques – les ouvriers, les paysans, la Marche des fiertés LGBT, la Marche des Beurs, etc. Il se pense comme un mouvement général : par le rassemblement et l’occupation de l’espace public, les citoyens créent du commun, ils construisent un « nous » qui fait jouer une souveraineté populaire contre les institutions, les pouvoirs, l’oligarchie, etc.

 

Bien qu’ils soient nouveaux dans leur forme, les mouvements comme Occupy ou Nuit debout relèvent d’une conception traditionnelle de la politique. Ils s’articulent à un certain nombre de concepts hérités du contractualisme : « espace public », « citoyenneté », « rassemblement », « nous », « communauté ». Ils s’inscrivent ainsi dans une tradition bourgeoise contre laquelle s’est définie la critique sociale depuis Marx. De ce point de vue, Nuit debout pourrait bien être un effet de l’effacement de la pensée marxiste et sociologique. »

 

Lire ICI

 

 

 

L’inquiétante dérive des intellectuels médiatiques

 

Alors que l’un d’entre eux vient de mourir [André Glucksmann, voir Le Monde du 12 novembre 2015], les intellectuels envahissent plus que jamais l’espace public. Ils profitent de la prudence des chercheurs, qui, souvent, hésitent à livrer des diagnostics complexes dans un format réduit, et de celle des écrivains, qui préfèrent laisser la parole aux experts. Ceux-ci comme ceux-là ont retenu la leçon du philosophe Michel Foucault, qui invitait les intellectuels à se cantonner dans leur domaine de spécialisation plutôt que de parler à tort et à travers, sans pour autant renoncer à porter un regard critique sur la société à la manière de l’expert. Foucault opposait ce mode d’intervention de « l’intellectuel spécifique » à la figure sartrienne de « l’intellectuel total ».

 

Or, ce qui caractérise les intellectuels médiatiques, c’est précisément qu’ils sont capables de parler de tout sans être spécialistes de rien. Pénétrés de leur importance, ils donnent leur avis sur tous les sujets, par conviction sans doute, mais aussi et surtout pour conserver leur visibilité. Car la visibilité médiatique n’est pas donnée, elle se construit, elle s’entretient. Aussi sont-ils prompts à s’attaquer les uns les autres pour tenir en haleine les médias et le public, même si force est de constater qu’on est loin du panache d’un duel entre Mauriac et Camus.

 

La forme que prennent leurs interventions varie selon qu’ils sont plus ou moins établis, qu’ils occupent une position plus ou moins dominante : on peut ainsi distinguer les « notables » des « polémistes ». Forts de l’assurance des dominants, les « notables » parlent lentement, pèsent leurs mots, pour leur donner plus de poids, ils écrivent dans un style classique qui doit incarner les vertus de la langue française tout en touchant le plus de monde possible – car parallèlement aux apparitions publiques, il s’agit aussi de vendre des livres. Leur propos est moralisateur, ils prétendent incarner la conscience collective, même lorsqu’ils représentent des positions minoritaires. Les « polémistes » se caractérisent, quant à eux, par leur style pamphlétaire, ils parlent vite, pratiquent à l’oral comme à l’écrit l’invective et l’amalgame, assènent des jugements à l’emporte-pièce, avec des accents populistes. Ils sont coutumiers des revirements calculés qui sont autant de coups médiatiques.

 

Droitisation

 

Si les intellectuels médiatiques se recrutent dans toutes les tendances politiques, l’essentiel étant d’afficher sa différence, on n’en observe pas moins une droitisation de cette scène qui coïncide avec le phénomène identifié sous l’étiquette « néoréactionnaire ». Parmi les facteurs explicatifs de cette droitisation, il y a d’abord le vieillissement social, la scène en question ne s’étant pas beaucoup renouvelée depuis son émergence à la fin des années 1970 autour des « nouveaux philosophes ». On a vu ainsi d’anciens maos devenir des thuriféraires de la pensée néoconservatrice, des révolutionnaires d’hier appeler au retour à l’avant Mai 68, événement maudit dont découleraient tous les maux du présent. Jouent aussi les gratifications sociales, les réseaux de relations au sein du champ du pouvoir, les opportunités qui s’ouvrent dans des moments de reconfiguration des alliances politiques, comme ce fut le cas lors de la candidature de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République. Sa stratégie fut de tenter de rallier des intellectuels et des artistes identifiés à gauche, et elle rencontra un certain succès.

 

Aujourd’hui, c’est le Front national qui a entrepris de déployer une telle stratégie de séduction à l’égard des intellectuels et des artistes, en constituant entre autres un collectif Culture, libertés, création – excusez du peu ! Si pour l’heure, ce collectif n’a réussi à rassembler que d’illustres inconnu(e)s, qu’en sera-t-il demain ? La question se pose d’autant plus que l’afflux des migrants fuyant la guerre ou la pauvreté a suscité, à côté des manifestations d’empathie et de la mobilisation de larges fractions des populations européennes pour leur venir en aide, ou plus exactement contre elles, des réactions de xénophobie aiguë qui, pour être classiques, n’en sont pas moins inquiétantes. Nourries de l’islamophobie ambiante, ces réactions, dont le mouvement allemand Pegida [Européens patriotes contre l’islamisation de l’Occident] constitue l’expression la plus extrême et la plus organisée, révèlent des peurs profondes de nature diverse, qu’elles soient d’ordre « identitaire » ou économique.

 

Or ces craintes ont été largement attisées par nombre d’« intellectuels » médiatiques qui se sont érigés en gardiens de « l’identité » collective, qu’elle soit française ou européenne, contre les « barbares » à nos portes et parmi nous. Au lieu d’opérer les distinctions qu’impose une analyse lucide, ils pratiquent l’amalgame jusqu’à imputer des actes terroristes à une religion en tant que telle. Leur responsabilité dans la légitimation des réactions de peur et de haine, voire dans leur exacerbation, est grande. Or ce discours protectionniste, qui essentialise les identités et les cultures, n’est plus l’apanage de la droite conservatrice ou « néoréactionnaire », et c’est peut-être là que réside le point de bascule. Des intellectuels se disant de gauche ont dévoilé leurs réflexes de défense identitaire, ils ont mis en concurrence les populations démunies en fonction de leur origine géographique, iront-ils jusqu’à suggérer qu’il faudrait pratiquer ce que le FN appelle la « préférence nationale » ?

 

Drumont, Maurras

 

La présence de ce type de discours « néoconservateur » ou « néo-réactionnaire » dans l’espace public n’a rien de nouveau. La figure du polémiste d’extrême droite a des antécédents tristement célèbres en la personne d’un Drumont, d’un Maurras ou d’un Brasillach. A cette différence près que ceux-ci n’étaient pas des intellectuels médiatiques mais des journalistes dans une presse d’opinion où toutes les tendances étaient représentées. L’envahissement par ces « intellectuels » médiatiques d’une presse qui se veut d’information avant tout sature l’espace public de leur discours, donnant l’impression qu’ils sont les seuls survivants d’une espèce en voie de disparition : les intellectuels. Alors même que cette presse sait faire appel aux avis éclairés de chercheurs et d’universitaires sur des questions précises, leurs analyses se trouvent noyées dans le flot du discours omniprésent de quelques individus, toujours les mêmes, des hommes, blancs, qui ont dépassé la cinquantaine, et qui prétendent parler au nom de la collectivité, la « nation », le « peuple », l’« Europe ».

 

Les médias ont une responsabilité dans cette monopolisation de l’espace public. Même les tentatives de rééquilibrage ne font que renforcer le phénomène. Il faut y voir ce que Pierre Bourdieu appelle un « effet de champ » : la nécessité de se positionner les uns par rapport aux autres, de traiter des mêmes sujets. Le succès rencontré par les hebdomadaires qui consacraient des dossiers à ces intellectuels a entraîné dans son sillage la presse quotidienne. Les médias audiovisuels ont joué un rôle de premier plan. Car ces non spécialistes ont en commun une compétence qui fait défaut à la plupart des chercheurs et universitaires plus familiers de la chaire et des échanges entre pairs : ils maîtrisent fort bien les règles de ces hauts lieux de visibilité. Ils « passent » bien à la télévision ou à la radio. Cela contribue-t-il à expliquer ce qui n’en demeure pas moins un mystère, à savoir, pourquoi ils suscitent un tel intérêt auprès du public ? »

 

Gisèle Sapiro, sociologue, est directrice d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales. Auteure de « La Responsabilité de l’écrivain. Littérature, droit et morale en France (XIXe-XXe siècle) », Seuil, 2011. Elle a participé au livre dirigé par Pascal Durand et Sarah Sindaco « Le discours “ néo-réactionnaire”», CNRS éditions, 25 euros.

 

Partager cet article
Repost0
24 avril 2016 7 24 /04 /avril /2016 08:00
CHAP.16 code acratopège, Et l’autre con de chevelu, là ! Faux jeton de première classe ! Putain, il faudrait lui mettre une bouteille de Coca dans le cul et lui faire péter le sphincter !

C’est tout de même Charles Villeneuve, ancien journaliste à TF1 et ex-président du PSG, qui tient ces propos. Dans son édition du mercredi 20 avril, Le Canard Enchaîné dévoile des extraits d'écoutes téléphoniques opérées par l'Office central pour la répression de la grande délinquance (OCRGDF) dans le cadre de l'enquête sur les transferts douteux de l'Olympique de Marseille.

 

C’est du gratiné.

 

« Haro sur Vincent Labrune. Déjà, mis à mal par les déboires financiers et sportifs de l'OM cette saison, le "chevelu" président doit, semble-t-il, faire avec une ambiance délétère dans les couloirs de la Commanderie.

 

Le langage est fleuri et le casting de ces écoutes - qui concernent, entre autres, Bernard Tapie, Jean-Pierre Bernès, agent et ancien cadre sulfureux du club, ou le journaliste Charles Villeneuve - est savoureux.

 

Même Didier Deschamps, le sélectionneur des Bleus et ancien entraîneur marseillais, y perd son calme. »

 

C’est notre amuse-bouche avant dîner. Même si j’ai décroché de l’opération Chartrons je reste attentif à l’évolution du paysage politique. Avec ma nouvelle compagne, présentée comme étant Sophia, j’organise des dîners avec la fine fleur de ceux qui savent dans le Tout-Paris.

 

 

Avec les entrées le sujet c’est Mélenchon qui estime aujourd'hui sa candidature confortée tant par les frémissements de l'opinion que par les soubresauts de l'actualité. Sans dédaigner les sondages "suaves" qui le donnent à touche-touche avec François Hollande, le cofondateur du Parti de Gauche se dit convaincu que sa campagne présidentielle est aujourd'hui portée par la fronde anti-loi Travail ou par le mouvement « Nuit debout » et qu'elle peut bousculer le match annoncé de 2017. 

 

Je cadre du mieux que je peux la discussion :

 

« Étrange période, nous voguons vers mai, un mois qui semble à jamais marqué du fer de tous les dangers, en un entre-deux insaisissable, sur la place de la République la marmite bouillotte gentiment, le couvercle a de temps en temps des soubresauts, ça castagne, nos forces de l’ordre aime toujours autant la matraque et en face les « qui ne sont ni beaux, ni gentils, qui se tamponnent des commissions, des discours… » cherchent le contact. Leurs Cohn-Bendit, Sauvageot et autre Geismar, ont pour noms, Lordon, Ruffin avec tapis dans l’ombre l’opportuniste Mélenchon qui rêve de tirer les marrons du feu.

 

Nuit debout et le “refus du leader”: “Occuper une place ne suffit pas” 

 

« Le mouvement est très horizontaliste, très «basiste» et ne désire ni leader, ni organisation, ni hiérarchie. Il est rafraîchissant de voir ces jeunes qui se réveillent, mais j'ai néanmoins des réserves. Occuper une place ne suffit pas.

 

Si les manifestants veulent avoir un impact politique et être en mesure de transformer le réel, il va falloir qu'ils s'organisent d'une manière un peu plus verticale. A l'exception de quelques prises de position, par exemple de la part de François Ruffin ou de Frédéric Lordon, le mouvement est très spontané.

 

Nuit debout met en scène l'idée de l'«auto-organisation», inspirée notamment de Michael Hardt et Toni Negri [auteurs de «Multitude» et «Empire» et considérés dans les années 2000 comme les théoriciens de l'altermondialisme, NDLR]. Occupy Wall Street, que j'ai soutenu, nourrissait la même croyance romantique d'être en train d'inventer une nouvelle façon de faire de la politique. Il y avait l'idée que, dans l'occupation d'un lieu, toutes les demandes hétérogènes - les revendications des salariés, des femmes, des minorités ethniques, des écologistes… - convergent spontanément. Or ce n'est pas vrai. Pour qu'elles convergent, il faut construire un principe d'articulation. »

 

Et puis, une voix rageuse interrompt nos savants débats :

 

- Mélanchon c’est Guy Mollet aux premières tomates il se dégonflera comme une baudruche.

 

Et de rappeler :

 

Une « guerre imbécile et sans issue » avait déclaré Guy Mollet pendant la campagne électorale où le Front Républicain avait battu les estrades pour la paix en Algérie.

 

On attendait Mendès et ce fut Guy Mollet.

 

Patrick Rotman raconte :

 

En ce jour du 6 février 1956, je viens pour entendre et m’informer auprès de tous. À tous mes interlocuteurs, je parlerai sans détour d’homme à homme. J’attends d’eux la même franchise et la même loyauté. Ma première préoccupation est que le sang ne coule plus en Algérie. »

 

« Le cortège du Président du Conseil roule maintenant sur la route qui va de l’aéroport à Alger. De chaque côté de la chaussée, des milliers de soldats et de CRS forment une haie d’honneur. Les trottoirs sont déserts, les rideaux de fer des magasins sont baissés. Des affiches indiquent fermé pour cause de deuil. J’aperçois Guy Mollet assis à l’arrière de la voiture qui passe devant moi. Il semble bien pâle. »

 

« Le cortège est maintenant parvenu en bas des marches qui conduisent au monument aux morts. M. Guy Mollet sort de sa Delahaye, accompagné de Max Lejeune, le secrétaire d’État à la Guerre. La foule tente de déborder les rangées de CRS. Des cris fusent. »

 

Des hurlements avaient couverts la voix du reporter. On entendait distinctement des « mollet au poteau ! » « Catroux à la mer ! » qui s’échappaient de la radio.

 

Dans le poste, le journaliste s’égosillait pour tenter de couvrir la cacophonie de cris, de slogans, d’explosions de grenades.

 

« Le long du plateau des Glières, une foule énorme déborde le service d’ordre. Une pluie de projectiles s’abat sur M. Mollet, livide. Des légumes, des fruits, des œufs pourris tombent sur les personnalités officielles qui refluent vers les voitures. Max Lejeune a son manteau éclaboussé de rouge, sans doute une tomate. Le cortège de voitures protégées par les CRS démarre maintenant tandis que la foule envahit les escaliers. Les gerbes déposées un instant plus tôt sont piétinées. »

 

Mollet est pris en otage dans le Palais d’Été.

 

Mendès-France qui revient de l’Élysée où Coty a eu Guy Mollet au téléphone. On entendait dans le combiné les hurlements de la foule déchaînée et les bruits des explosions et des grenades. Coty lui a dit « j’ai Catroux à côté de moi. Il ne veut pas être la cause d’un bain de sang en Algérie. Il offre sa démission. »

 

Et Mollet l’a accepté !

 

Mauriac écrit « M. Guy Mollet n’a pas pris la foudre. Il a pris des tomates pourries, mais sur le nez. Et si ce n’était que sur le sien nous nous serions fait une raison. Mais c’est l’État qui a reçu cet outrage. »

 

« Il n’y aura plus de gouvernement possible dans ce pays, déclara Mendès avec une solennité grave. »

 

« Je suis de votre avis, insista Camus. À partir d’aujourd’hui le pouvoir ne sera plus à Paris mais à Alger. Là-bas, il n’y aura plus de libéraux. Ils vont tous suivre les ultras puisque les ultras, grâce à Mollet, ont gagné. Ils vont faire des ratonnades, du contre-terrorisme et ça finira par la sécession. »

 

Cette journée entrée dans l’Histoire sous le nom de la « journée des tomates » mettrait e mouvement la fatale dégringolade, où se perdrai les espoirs déçus.

 

Ce ne fut pas la pacification, 200 000 jeunes Français furent confrontés aux horreurs de la guerre, à l’escalade de la violence, au déchaînement du terrorisme, à la pratique généralisée de la torture. Les libertés fondamentales furent bafouées.

 

Le décret 56-269 sur les pouvoirs spéciaux confiait aux tribunaux militaires tous les crimes commis sur le territoire algérien. Il mettait en place une sorte d’état d’urgence hors légalité républicaine, qui permit lors de la bataille d’Alger tous les excès de la répression.

 

Mitterrand le signa.

 

253 condamnations à mort ont été prononcées depuis le 1er novembre 1954 contre les rebelles, dont 163 par contumace, 90 se trouvent dans les prisons d’Algérie. Les peines de 55 d’entre eux ont été confirmées par la Cour de Cassation.

 

Lejeune exige que la justice doit passer. Les sentences doivent être exécutées.

 

Gaston Deferre, Pierre Mendès-France, Alain Savary sont contre l’application de la peine de mort.

 

François Mitterrand était pour.

 

Vaille que vaille je ramène le sujet sur des bases plus actuelles en évoquant l’interview d’Emmanuel Todd par François Ruffin :

 

Fakir : C’est un petit truc, Nuit debout…

 

Emmanuel Todd : Il ne faut pas dire ça. D’abord, c’est peut-être une petite chose mais au milieu de rien. Et ça, le fait que les médias s’intéressent à cette petite chose, c’est aussi un signe du grand vide. Les journalistes, qui certes appartiennent à des grands groupes, liés à l’argent, qui certes ne remettront jamais en cause ni l’euro ni l’Europe ni le libre-échange, mais qui sont des gens diplômés, pas toujours bêtes, ils sentent ce grand vide. Ils savent qu’ils donnent la parole à des hommes politiques méprisables, inexistants, tellement creux. Eh bien, ce qui se dit, ce qui se passe place de la République, et sur les places de province, parce qu’il faut regarder l’ouest de la France, Rennes, Nantes, Toulouse, la jeunesse des villes universitaires, ce qui se dit sur ces places, pour aussi farfelus que ce soit, ça vaut toujours mieux que ce grand vide. Et il ne s’agit pas seulement de remplir des pages, de vendre du papier…

 

Fakir : Ça remplit l’âme ? C’est l’indice d’une crise métaphysique ?

 

E.T. : Presque ! Et puis, pour aussi petit que ce soit, c’est peut-être un signe avant-coureur. Regardez Occupy Wall Street. Quelques mois après, je regardais les sondages qui paraissaient aux Etats-Unis, les jeunes devenaient favorables à l’Etat, à du protectionnisme. Et aujourd’hui, certes Bernie Sanders a perdu contre Hillary Clinton, mais il s’est revendiqué du « socialisme » aux Etats-Unis, et ses thèmes font maintenant partie de la campagne.

 

Bien évidemment, le même, nous ramène à la conduite de Grenoble d’Alain Finkielkraut en citant mon pote Onfray qui voit toujours midi à sa porte.

 

 

« Je crois que je me souviendrai toute ma vie de ce crachat qui maculait le visage d'Alain Finkielkraut quand il a quitté la place dite de la République, contraint par les insultes qui fusaient non pas d'un individu isolé, mais d'une meute en furie que rien ne retenait plus. "Salaud", "facho", "dehors", "dégage ", le tout hurlé, vociféré, crié, beuglé dans le ton qui fut assez probablement celui des premiers révolutionnaires qui coupaient au couteau les têtes de ceux qui ne leur revenaient pas afin d'accélérer la venue de la fraternité. Quelque temps plus tard, le couteau de ceux-là était remplacé par le rasoir de la guillotine - c'était le temps venu de Robespierre. Il existe aujourd'hui des prétendants robespierristes à la relève.

 

On peut aborder la question avec la moraline, comme il est de coutume aujourd'hui : "C'est bien" - témoins, les jeunes communistes qui revendiquent de l'avoir "tej" [jeté]. "C'est pas bien" - tous les autres, FN en tête, bien sûr. Autre version du "C'est bien" : le journal de France Inter le dimanche à 14 heures, qui relate l'information en disant que le philosophe s'est fait "plus ou moins" chasser de la place de la République. J'aurais aimé savoir où était le plus et où était le moins dans cette affaire...

 

Ou bien, comme dans le journal de LCI le même jour, choisir les images dans ce qui a été filmé avec des téléphones portables et qui a circulé intégralement sur le net, puis monter à charge en ne montrant que peu d'images d'insultes des vociférants et autant d'images d'un Finkielkraut excédé par ce long épisode de haine contre lui qui finit par répondre par une insulte. Un point partout, semble dire le reportage... Sauf que, dans la foulée, on envoie un long sujet avec Marion Maréchal-Le Pen qui déplore les événements et prend le parti d'Alain Finkielkraut. Autrement dit, bien souligné au feutre rouge média : Marion Maréchal-Le Pen défend Alain Finkielkraut, c'est donc bien la preuve qu'il est l'un des siens. Donc un fasciste - comme Drieu, Rebatet, Brasillach...

 

Ordre moral

 

On peut aussi faire son travail de philosophe et refuser la logique de l'ordre moral qui est celle de la majorité des médias, lesquels criminalisent toute pensée n'allant pas dans leur sens, et préférer la généalogie nietzschéenne en demandant, comme avec les Le Pen à 30 % ou le terrorisme dans nos rues, d'où viennent ces catastrophes.

 

Les médias dominants nous invitent à vanter les mérites de l'Europe libérale, de l'école d'aujourd'hui, qui, avec ses machines à lire, s'avère plus performante que celle d'hier, de la réforme de l'orthographe qui brûle les dictionnaires et prend ses avis dans les commentaires de tweets, de la mise à mort du grec et du latin, du gouvernement socialiste qui a réenchanté la France, des flux migratoires qui garantissent un sang neuf dans une Europe décadente (pour le coup, on a le droit de parler de décadence sans être un fasciste...), de la location de l'utérus de femmes pauvres aux riches qui peuvent se la payer pour s'offrir une progéniture de leur sang (là aussi, on a le droit de revendiquer le droit du sang sans passer pour un nazi...), à justifier qu'on tue des civils dans l'État islamique sous prétexte que ça assécherait le marais terroriste européen. Etc. À défaut de souscrire à ce catéchisme du nouvel ordre moral, on est un fasciste...

 

D'où vient cette haine dont Alain Finkielkraut a fait l'objet place de la République ? D'une malveillance beaucoup plus ancienne qui, depuis des années, coule à flots continus dans certains journaux, certaines radios, certaines émissions de télévision, certains sites Internet où la chasse à ceux qui pensent librement est ouverte jour et nuit. D'une pétition de certains Immortels qui refusaient l'entrée du philosophe à l'Académie française, aussi. La meute se permet tout, y compris, à la une de journaux, ce que les noctambules de la République se sont contentés de répéter - vieux tropisme moutonnier. On ne peut appeler à faire couler symboliquement le sang et regretter un jour qu'il coule réellement. Les mots tuent en invitant à tuer ; d'aucuns qui ont pignon d'écriture sur rue semblent l'avoir oublié.

 

Le crachat sur le visage d'Alain Finkielkraut était visible, luisant dans la nuit comme une bave mortelle, lui balafrant le haut de la joue comme un coup de couteau qui aurait raté sa carotide. Ce geste a été longuement préparé avec des mots, longuement mûri avec des phrases, longuement organisé avec des vidéos taillées, montées et diffusées en boucle, longuement mitonné avec des phrases sorties de leur contexte. Les anonymes de la République ont craché tout haut sur le visage du philosophe ce que nombre de médias crachent tout bas depuis des années.

 

Faire son travail de philosophe

 

Les comiques ne sont pas en reste qui, incapables d'humour sur eux-mêmes, grassement payés pour être haineux, ont réussi à faire croire que la haine, quand elle est enveloppée d'un rire, le mépris, quand il est accompagné d'un sourire, la méchanceté, quand elle est emballée dans un gloussement, remplacent avantageusement une pensée qu'ils sont incapables d'avoir en dehors du catéchisme du moment. Ces faux clowns sont de vrais miliciens. Le droit à cracher sur une personne a donc aussi pour généalogie ces émissions dites comiques où seuls les animateurs rient, et toujours au détriment des mêmes. Dans un camp de concentration, le droit à l'humour se trouve toujours du même côté.

 

La vision du monde d'Alain Finkielkraut n'est pas la mienne ; ses propositions et ses solutions ne sont pas non plus les miennes. Et alors ? Il travaille, il écrit ses livres. Lui, il montre une fréquentation assidue des pensées d'autrui, sans les travestir pour mieux les salir, il sait ce qu'est le débat sans mépris. Est-ce là le portrait d'un fasciste ? D'un compagnon de route du Front national ? Soyons sérieux...

 

Place de la République, le philosophe n'est pas venu se faire voir, comme d'aucuns, mais voir. Il aurait pu, comme beaucoup, se contenter de l'idéologie, de la morale moralisatrice, de la moraline, du like ou du nique, de ce qu'un journal qui aurait été de son bord aurait pu dire sur ce sujet. Il a voulu voir, de ses yeux voir. Autrement dit : faire son travail de philosophe. Ce crachat porté sur sa joue, comme le tatouage porté sur l'avant-bras de ses parents, m'a fait honte, terriblement honte, plus que terriblement honte.

 

La haine qui, en régime de dictature du Veau d'or, fait vendre du papier, crée le buzz, assure la reconduction des animateurs dans les grilles des saisons suivantes, en même temps qu'une augmentation substantielle de leurs cachets déjà obscènes, est aussi ce qui, par-delà les mots, conduit un jour tel ou tel à grimper les marches de l'échafaud. Le vrai, celui-là. Ce crachat pourrait bien être le dernier avertissement avant la catastrophe. »

 

Tenace je relance la discussion en parlant de Frédéric Lordon.

 

« A demain dans la rue, et à la Nuit debout ! » Le 30 mars, veille du premier rassemblement sur la place de la ­République, à Paris, l’appel de Frédéric Lordon est accueilli par un tonnerre d’applaudissements dans l’amphi de l’université Paris-I-Tolbiac. L’universitaire a fait, depuis, de rares apparitions sur la place, toujours très applaudies. ­Notes griffonnées entre les mains, il se montre peu mais parle haut et enchaîne les répliques cinglantes.

 

Le 20 avril, à la Bourse du travail, il encourage les nuitdeboutistes à « faire dérailler le cours normal des choses » et prévient les médias choqués par l’altercation avec Alain Finkielkraut : « Nous n’apportons pas la paix. » Chercheur en philosophie au CNRS, économiste de formation, Frédéric ­Lordon est devenu l’une des figures intellectuelles de ce mouvement, après en avoir été l’un des initiateurs. Car c’est lui, avec François Ruffin, le réalisateur du film Merci patron !, qui a lancé l’idée de transformer le mouvement social contre la « loi travail » en occupation. Déjà connu pour sa critique de l’économie néolibérale, notamment via Le Monde diplomatique où il tient un blog, le chercheur refuse pourtant d’être considéré comme un « leader ». Il n’a pas souhaité répondre aux questions du Monde. » 

 

Belle soirée, Sophia est ravie. Elle me le dit en se serrant tout contre moi. «Baisez-moi ! »

Partager cet article
Repost0
17 avril 2016 7 17 /04 /avril /2016 08:00
CHAP.16 code acratopège, « Deux Debré au-dessous de zéro » Jean-Louis Debré a habillé pour l’hiver les frondeurs du PS iconoclastes inconscients flibustiers de carnaval…

Le soleil jouait à cache-cache, je forçais le pas. Qui pourrait penser que nous vivons sous l’état d’urgence ? Place de la République, les occupants de Nuit Debout naviguent entre Woodstock et fête à Neuneu. Les Macron s’exposent chez les kiosquiers. Dans ma hâte je m’engage dans le mauvais, très vite je bats en retraite. Elle m’attend. Elle m’étreint. Elle me trouble.

 

Étrange état que ce trouble, perturbateur de mon calme intérieur, il me rend perplexe, m’embarrasse, m’inquiète, altère mon jugement, je suis proche du dérèglement des sentiments, de l’émotion amoureuse, du désir charnel.

 

« Ta mère... comme elle était belle! (...) La nudité de son cou, de ses bras et de ses mains me troublait » François Mauriac, Nœud de vipères.

 

Ils traversaient l’estuaire en bac, elle prenait bien la lumière d’un ciel pur, une brise légère gonflait ses cheveux. Accoudée au bastingage elle lui semblait embarquée pour un périple qui les mènerait dans les plis de son désir. Effleurer la commissure de son cou, glisser ses doigts sous la gaze de son corsage, explorer le pays de son corps. Il retenait ses mains. Au loin, les hauts murs de la citadelle, il savait que c’était elle sa citadelle inexpugnable. Faire son siège, l’entendre respirer dans la chambre d’à côté dans ce château improbable, rêver de voir tomber ses derniers voiles à ses pieds. L’aimer.

 

Tout près de la frontière, aux confins de l’univers connu, il attendrait le jour où la vraie vie commencerait. Clone de Giovanni Drogo, ce jeune ambitieux pour qui « tous ces jours qui lui avaient parus odieux, étaient désormais finis pour toujours et formaient des mois et des années qui jamais plus ne reviendraient... ». Ce jour viendrait, il lui tomberait dessus, ce serait la possibilité d’une île, à nouveau elle se tiendrait à son côté, ils vogueraient dans le détroit de Messine, entre la Sicile et la Calabre, et lui, confiant et aimant, glisserait enfin la réalité dans ses rêves… Demain ils seraient à Syracuse, loin de tout et de tous, et leur fenêtre face à la mer s’ouvrirait sur un horizon infini.

 

Le temps m’est compté.

 

J’ai décidé de me mettre en congé de la République, écrire sous sa tendre protection…

 

Position en retrait, à la bonne distance, celle qui me permettra le moment venu de reprendre du service.

 

« Deux Debré au-dessous de zéro » Jean-Louis Debré, l’ancien président du Conseil Constitutionnel, se refait une santé sur le dos des « frondeurs » du PS. Succulent !

 

À huit-clos, devant les élus du groupe socialiste à l'Assemblée Nationale, sans prendre de gants, Jean Louis Debré a assaisonné de vinaigre les élus « frondeurs » qui, dans son esprit, ne sont que des « iconoclastes inconscients, des flibustiers de carnaval ». Il ne supporte pas que les « frondeurs » affaiblissent les institutions en harcelant le chef de l’Etat. Lui, le fils de Michel Debré qui rédigea la Constitution de la Ve République les a accusés de fragiliser l’autorité du pouvoir en menant « une guérilla infantile » contre François Hollande. «C’est scandaleux, leur a-t-il lancé d’avoir détruit par des jeux politiciens incompréhensibles ses efforts d’union autour de la déchéance nationale». «C’est scandaleux, a-t-il ajouté, de passer son temps à déstabiliser le gouvernement, et tout ça pour passer deux minutes dans des télés que personne ne regarde». « C’est scandaleux, leur a-t-il encore lancé de prétendre conditionner la réélection de François Hollande à des primaires alors que, président sortant, il bénéficie d’une légitimité incontestable». Bref, une sévère leçon institutionnelle et politique.

 

Rien que de coups d’épée dans l’eau

 

L'ex-ministre de l'Intérieur a averti solennellement les députés socialistes « qu’ils seraient balayés s’ils persistaient dans leur fractionnisme frondeur ». « En imaginant vous sauver tout seuls en flinguant votre camp, vous vous tirez une balle dans le pied, et même dans la tête, tout en faisant le jeu de l’extrême droite et des populistes », les a-t-il sermonnés. Avant de conclure sèchement : « Si vous êtes une équipe vous gagnerez ; si vous persistez à être divisés, vous pouvez déjà faire vos paquets ». Debré, autrefois honni par les élus de la gauche, qui le surnommaient bien à tort « deux Debré au-dessous de zéro » a si bien chauffé la salle qu’il a été applaudi à tout rompre par ces élus de gauche! A l'exception des « frondeurs », bien entendu.

 

Reste que les chouchous des médias et des réseaux sociaux sont Macron et les occupants de la Place de la République.

 

Entre Woodstock et fête à Neu-Neu, Nuit Debout vue par un «résident de la République» par Jérôme Godefroy 

 

« Je me couche quand ils sont encore debout. Je suis « résident de la République », comme le chantait Alain Bashung. J’habite sur la place de la République à Paris et c’est de mon balcon que j’observe depuis une douzaine de jours la kermesse euphorique de Nuit Debout.

 

Dans un premier temps, ce rassemblement foutraque suscite ma bienveillante curiosité. C’est bavard mais étonnamment paisible : on échange sans s’invectiver. Pas un papier ne traîne par terre. Ces hipsters barbichus, ces étudiantes conscientisées respectent l’environnement avec obsession. Dans les slogans placardés un peu partout, Manuel Valls en prend pour son grade mais on retrouve aussi toute la panoplie anticapitaliste, libertaire, écologique, pro immigration et féministe. Aucune faute d’orthographe. Tout ça respire le Bac+ 2 ou +3, minimum.

 

Cette jeunesse est atteinte de la maladie des cadres, la réunionite : assemblées générales, commissions, ateliers de réflexion. Il y a même un groupe qui élabore une nouvelle Constitution pour la France. Si j’ai bien compris, c’est plus proche de 1789 que de Michel Debré. Le dimanche, les bobos débarquent du Canal Saint-Martin avec poussettes et marmaille pour visiter pieusement ce laboratoire de démocratie citoyenne et solidaire. »

 

L’apéro chez Valls, la haine joyeuse venue de loin par Claude Askolovitch

 

« Au bout d’un moment, la Révolution est un peu essorée. En février 1651, les bourgeois de Paris en Fronde retiennent prisonniers en leur bonne ville le jeune roi Louis XIV, qui en concevra une inquiétude tenace et construira Versailles, cette forteresse à l’écart de la fournaise. En octobre 1789, des femmes en colère iront arracher à cette quiétude versaillaise «le boulanger, la boulangère et le petit mitron», et ce sera pour Louis XVI le début de la fin.

 

En avril 2016, des joyeux drilles d’un monde plus juste sont bloqués par la police à quelques mètres du domicile de Manuel Valls, Premier ministre de la République française, qu’ils voulaient assiéger, sinon envahir, certains d’eux-mêmes et de leur colère.

 

Le pouvoir est une cible

 

On baisse en intensité. Entre nos ancêtres coupeurs de tête et les zigotos de cet #aperochezvalls qui a réjoui les réseaux sociaux, il y a un monde, la différence entre les temps de meurtre et nos virtualités parodiques? Mais il s’agit du même tabou que l’on brise, d’un moment où l’on s’autorise à porter la main sur un dirigeant, quand le corps du roi n’est plus sacré, ni sa demeure. Ce n’est pas anodin. »

 

Nuit debout : comment dépasser l’expérience citoyenne dans un projet politique ? 

 

Culture de poireaux au Louvre pendant la guerre dédié aux jardiniers du dimanche de la Place de la République

 

« Délocaliser ou pas la cuisine de la cantine, telle est la question qui accapare une bonne vingtaine de minutes l’Assemblée générale de la quatrième Nuit debout, dimanche 3 avril, Place de la République. Pour des raisons d’hygiène, il serait préférable de préparer la nourriture dans de vraies cuisines équipées. Oui mais alors le cuisinier, à l’écart, ne pourrait plus participer aux discussions de la place. Le débat glisse ensuite vers une question plus profonde : est-il vraiment indispensable de faire débattre et voter, là maintenant, le millier de personnes présentes en AG sur la délocalisation de la cuisine ? Les membres de la "commission cantine" ne pourraient-ils pas, tout simplement, décider entre eux du lieu où ils veulent faire à manger ?

 

Savoir ce que l’on dit aux profiteurs qui se nourrissent tous les jours à l’œil à la cantine où le prix est libre est important. Décider ce que l’on fait des gens ivres sur la place aussi. « Mais il ne faut pas que tout ça nous fasse perdre le sens de ce que nous faisons ici. » Le recadrage émane de Frédéric Lordon, qui a demandé à prendre la parole au bout d’une heure de discussions logistiques. L’économiste, soutien depuis le début du mouvement, n’est pas là pour parler intendance. « Nous n’occupons pas pour occuper. Nous occupons pour atteindre des objectifs politiques. » Et de plaider d’une part pour la « convergence des luttes » avec les agriculteurs, les chauffeurs de taxi etc, et d’autre part pour l’écriture d’une « constitution de la république sociale pour nous libérer de la propriété privée du capital ».

 

Nuit debout : Mélenchon, avec l’eau du bain? 

 

« Il fallait que quelqu’un le dise, et c’est Fabienne Sintes, matinalière de France Info, qui s’y colle. Mélenchon est invité de la tranche matinale. Il pilonne classiquement la Société Générale, dont on vient d’apprendre - quelle surprise !- qu’elle batifolait encore dans l’offshore panaméen, en dépit de ses grandes protestations de vertu. Puis, on en vient à la Nuit debout. Mélenchon soutient le mouvement. Il est allé à la République, et «ça s’est bien passé». Qu’on discute constitution sur le pavé parisien le ravit, «conformément à ce que j’ai toujours annoncé». Mais plane tout de même un non-dit. Qui va oser ? A un moment, Fabienne Sintes, n’y tenant plus : «Monsieur Mélenchon, ils ne lâchent pas la politique, ces gens sur la place. Mais ils lâchent le système.» Mélenchon, à peine audible : «C’est clair.» Sintes : «Or vous êtes le système. Or Pierre Laurent est le système. Or tous les politiques sont le système. Alors comment vous faites pour vous raccrocher à ces gens ?»

 

Les amis de Macron et la présidentielle de… 1969!

 

Un vieux monde s'écroule

 

La référence en 2016 par les amis de Macron à ce scénario de 1969 éclaire leur vision de l’avenir.

 

1. Il n’est pas question que François Hollande démissionne - comme l’avait fait jadis le Général - mais ils n’excluent pas que François Hollande ne soit pas en mesure de se représenter. Et que toutes les cartes - à gauche comme à droite - soient alors redistribuée.

 

2. Comme cela a été le cas en 1969 pour la SFIO, les pro-Macron pensent que le PS ne se remettra pas de ses déchirements actuel et qu’en l’état, il est, à son tour, condamné. De même que la SFIO n’a pas survécu en 1969 à son implosion de la présidentielle, le PS de Jean-Christophe Cambadélis ne survivra pas, croient-ils, à ses errances actuelles.

 

3. Comme en 1969, ils estiment que l’heure d’une recomposition politique générale se profile donc. Ceux, d’où qu’ils viennent, qui sont pour une politique social-réformiste se regrouperaient. Ceux qui n’ont pas abandonné la vulgate marxiste feraient de même, mais ailleurs. En clair : les supporters du ministre de l’Economie croient que, derrière les impasses actuelles, un vieux monde s’écroule, et qu’un nouveau va surgir. CQFD.

 

Un ticket Macron - Hulot en 2017 ? "On a commencé à discuter", admet l'ancien présentateur de TF1

 

Hulot, Macron, même combat en vue de la présidentielle de 2017 ? Interrogé sur LCI, l'écologiste préféré des Français reconnait un rapprochement avec le ministre de l'Economie qui vient de lancer son mouvement "En marche" : « Il ne m'a pas échappé qu'on avait des convergences. Evidemment on a commencé à discuter mais il faut aller au-delà. Parce qu'il faut écouter la société civile, que la division gauche droite ne doit pas être une condition au dialogue. »

 

Peopolisé dans Paris Match, recadré par Hollande: Macron 2017, c'est fini!

 

 

« On attendait Macron, et on a Balladur. A la une de Paris Match. Du people à l’ancienne. De la communication des années 90. A ce point datée que le ministre de l’Economie "En marche" s’est senti obligé de faire demi-tour. Déjà. « C’est une bêtise, une bêtise qu’on a faite ensemble, non pas que ça ait beaucoup d’importance mais moi, ce qui m’importe le plus, au-delà de mon engagement, c’est mon couple » a-t-il déclaré à Londres, en marge d’une conférence sur l’avenir de l’Europe.

 

Et d’expliquer que ce le résultat produit dans les pages intérieures du magazine people est le résultat d’une erreur de son épouse, piégée par la presse manipulatrice: « Mon épouse, à laquelle je tiens beaucoup, a parlé à une journaliste de Paris Match. Mon épouse, elle ne connaît pas le système médiatique, elle le regrette d’ailleurs profondément ».

 

Hollande en marche 

 

« Quiconque voudra savoir ce qu’est la gourmandise lorsqu’elle confine à la jouissance devra désormais se reporter – pour le son et l’image – à ce moment du sommet franco-allemand de Metz, le 7 avril 2016, au cours duquel François Hollande a commenté la création par Emmanuel Macron, la veille à Amiens, d’un mouvement sortant des sentiers battus de la politique. Ce fut court mais intense. Étonnement feint, phrases à double détente, fausse retenue, jeux de regards amusés avec l’intéressé, le tout sous couvert d’une banalisation apparente de l’événement : dans le genre, on a rarement fait mieux et il y avait longtemps, en tous cas, qu’on n’avait pas vu le Président dans un pareil état.

 

Tout cela dit un tempérament et une manière de faire. François Hollande est joueur. Quand il lance la balle, il adore que d’autres viennent courir après elle, surtout si c’est pour la lui rapporter illico. Dans le langage des signes qui est celui de la politique, il voulait accréditer l’idée que sa candidature en 2017 est désormais une évidence. Comme celle-ci précisément ne l’est pas, il fallait que d’autres fassent le travail à sa place. De ce point de vue, Emmanuel Macron est un parfait complice.

 

«En marche !» montre que ça marche ou tout au moins, que ça peut marcher. Ceux qui, plus tard, écriront la chronique des dernières aventures présidentielles de François Hollande, noteront sans doute que tout cela a commencé avec le discours d’Amiens et le commentaire de Metz. Rien ne garantit que cette opération en deux temps ait l’effet escompté par ceux qui l’ont initiée. Au moins signale-t-elle une intention. Ce qui, dans le contexte, n’est pas rien ! »

Partager cet article
Repost0
10 avril 2016 7 10 /04 /avril /2016 08:00
CHAP.16 code acratopège, Alain Juppé est «un handicapé des rapports humains. C’est un être solitaire. » selon son fils Laurent

« L’amour, c’est comme les oreillons, plus on l’attrape tard, plus c’est grave. »

 

Affection, les deux sens, nous disons je suis tombé malade, il est tombé amoureux. Mon état est stationnaire, un entre-deux tendu, sans fièvre, jaloux, je baigne dans mon imaginaire, n'espère aucune rémission.

 

Elle peuple mes rêves, les hante, les illumine, les irradie, je suis fou d'elle à  perpète...

 

Plan séquence, elle est face à moi.

 

Nous déjeunons ensemble, à sa demande.

 

« Mon père […] me disait que voir ses propres mains dans un rêve était excessivement rare. J’étais sûre de pouvoir y arriver, à condition de me concentrer […] l’invasion de mes propres rêves figurait en bonne place sur ma liste des choses impossibles qu’il faut un jour accomplir. »

 

« … Il m’est alors apparu que, sans aucun doute, notre réalité éclipse parfois nos propres rêves. »

 

« - Mais vos paroles, d’où venaient-elles ?

 

- J’étais persuadée de les cueillir dans l’air ambiant. »

 

« Ce n’était pas facile d’écrire sur rien. »

 

« Ouais, je n’avais pas d’amoureux pour la saint-Valentin, donc le cow-boy avait sans doute raison. Quand on n’a pas de Valentin, n’importe qui l’est potentiellement. Notion que j’ai décidé de garder pour moi, de crainte d’être obligée de passer la journée à coller des cœurs de dentelle sur du papier à dessin rouge, à envoyer de par le vaste monde. »

 

« Puis il y a ces textes où l’auteur semble infuser une énergie vitale dans les mots tandis que le lecteur est secoué comme dans une machine à laver. , essoré et suspendu pour le séchage. »

 

« J’ai toujours détesté l’inachevé. Les phrases qui restent en suspens, les paquets que l’on ouvre pas ou un personnage qui, inexplicablement, disparaît, comme un drap solitaire sur un fil à linge avant l’orage, qui reste à clapoter dans le vent jusqu’à ce que le vent l’emporte et qu’il devienne la peau d’un fantôme ou la tente d’un enfant. »

 

Patti Smith

 

Comme un parfum mauriacien chez les Juppé

 

Laurent Juppé dévoile que son père est «un handicapé des rapports humains. C’est un être solitaire. Les amis, ce n’est pas important pour lui. La famille, si. Je lui ai présenté certains de mes amis mais il ne s’en souvient pas. Il ne se souvient déjà pas des siens».

 

Sa fille Marion évoque ses relations difficiles. «Il ne laisse pas de places aux autres, il n’écoute pas, même en famille. (…) J’ai l’impression de n’avoir reçu aucune affection de mon père dans l’enfance. L’impression d’avoir eu un père trop froid, trop absent, super-rigide, qui n’était pas intéressé par les enfants, même si je suis persuadée qu’il m’a aimée», a-t-elle confié dans l’ouvrage de Tchakaloff. Elle nuance ensuite : «Après réflexion, je peux dire qu’en fait, mon père a vraiment essayé d’être présent au cours de ma jeunesse, mais moi, j’étais dans l’opposition à l’autorité forte qu’il incarnait».

 

Stéphane Le Foll, contre vents et marasme

 

 

Ami d’un président discrédité, porte-parole d’un gouvernement enlisé, ministre d’une agriculture sinistrée… Avec un tel fardeau, d’autres auraient déjà quitté le navire. Lui tient bon et reste fidèle à François Hollande.

 

« Jusqu’à ce moment-là, il faut bien l’admettre, on était un peu déçu. La conversation roulait son flot tranquille et Stéphane Le Foll était aussi aimable et zen qu’un moine bouddhiste sous Tranxène. Loin de sa réputation de grognon ascendant éruptif. Naguère, lorsqu’il n’était que le zélé directeur de cabinet de François Hollande, qui n’était lui-même que le premier secrétaire du Parti socialiste, il était le préposé officiel aux soufflantes « droit dans les bronches » contre les journalistes ayant écrit un mot qui avait déplu. Il était aussi l’homme qui disait « non » quand Hollande disait « peut-être » à celui qui voulait une bonne place sur une liste électorale. Le type carré, doté de tous les angles droits qui manquaient à son patron pour faire le sale boulot. Rue de Solférino, on le surnommait alors « le pitbull ». Cela aurait pu être pire : au moins, il n’a jamais été considéré comme le toutou de son maître.

 

En bras de chemise, face aux agriculteurs en colère

 

Bref, c’est donc au bout d’une demi-heure d’échanges, alors qu’on lui a reparlé du 21 février quand une poignée de militants du syndicat des Jeunes agriculteurs sont venus faire la claque devant sa maison du Mans, un dimanche soir, vers 19 h 30. Stéphane Le Foll a immédiatement cessé de regarder le potager et les ruches du jardin du ministère de l’agriculture d’un air distrait. La machine à grogner s’est enfin remise en route, avec la vibrante puissance d’un tracteur, engin dont il a toute une série de répliques miniatures en plastique sur son bureau de ministre.

« Ces gars devant chez moi, je n’ai toujours pas digéré : ils viennent à mon domicile, entrent presque dans ma maison, accrochent un pendu, pour dire que je tue l’agriculture. Alors oui, je me suis fâché ! Je suis sorti, seul, et j’ai arraché le pendu. Après, on a parlé. » Il n’a pas encore dégluti, non plus, l’absence de solidarité des médias comme de ses collègues : « Les journalistes trouvent ça rigolo. Moi, ça ne me fait pas rire du tout. Un truc comme ça, ça peut déborder. Il n’y a pas un politique, non plus, qui a pris la peine de me soutenir. C’est comme ça. »

 

Emmanuel Macron monte une marche 

 

« C’est la plus forte transgression du quinquennat. Mercredi 6 avril, Emmanuel Macron a profité d’une rencontre citoyenne à Amiens, la ville qui l’a vu naître, pour annoncer le lancement d’un nouveau mouvement politique baptisé En marche ! Construit à partir d’un site Internet, dévoilé en direct sur la plate-forme Dailymotion, ce nouveau mouvement vise à fédérer le plus largement possible, au-delà du clivage gauche-droite.

 

En pratique, il sera possible d’adhérer à En marche !, tout en restant membre d’un parti républicain comme le PS ou LR. Objectif proclamé du ministre de l’économie, encore inconnu des Français il y a deux ans et qui joue à fond la carte de la rénovation : « Refonder par le bas, avoir des idées neuves et construire la majorité sur ces idées neuves pour le pays. » En bref, bâtir « quelque chose de nouveau ».

 

 

Macron a lancé le compte à rebours de la rupture avec Valls 

 

« Macron est en marche, mais vers quoi est-il en route? Sur sa route, il y aura du move, de l'aventure dans le movie, une vie de roots. D’autant qu’il se lance dans un périple qui repose d’abord et avant tout sur la bataille de l’opinion, rançon de l’aventure politique qui s’accomplit hors des sentiers battus de la politique traditionnelle.

 

Depuis qu’En Marche a été lancé, l’interrogation sur les pensées et arrières-pensées d’Emmanuel Macron est l’objet de toutes les supputations. Qu’En Marche soit un acte d’émancipation vis-à-vis de Manuel Valls, c’est acquis. Mais vis-à-vis de François Hollande? Macron le sert-il? Le dessert-il? Est-il Octave vengeant César ou Brutus s’apprêtant à la poignarder? Peu importe ces supputations en vérité. C’est la pratique des prochaines semaines qui dira la vérité Macron, et pour qui veut bien le voir, la stratégie Macron, elle, est assez limpide.

 

La question cruciale est la suivante: quand (et non pas faut-il) rompre avec Manuel Valls de manière nette, franche et définitive en quittant le gouvernement pour passer à autre chose? Ces derniers jours, dans le cœur décisionnaire de la Macronie, la question a été débattue, de telle manière qu’elle est passée du stade d’hypothèse à celle de certitude. Pour accomplir son destin, porter les espoirs qu’il lève, incarner le renouveau, le ministre devra accomplir un acte de violence qui le consacrera. Manuel Valls est le bouc émissaire girardien idéal, puisque désormais tout oppose les deux hommes. La culture. Le tempérament. La philosophie. Le spirituel. Le tellurique. Un proche du ministre est même capable de confier, sous le sceau du secret : « Macron va faire une Sarkozy à Valls ». Bien. Pourquoi pas? »

 

Ce que Hollande veut vraiment faire de Macron

 

« Quiconque voudra savoir ce qu'est la gourmandise lorsqu'elle confine à la jouissance devra désormais se reporter – pour le son et l'image – à ce moment du sommet franco-allemand de Metz, le 7 avril 2016, au cours duquel François Hollande a commenté la création par Emmanuel Macron, la veille à Amiens, d'un mouvement sortant des sentiers battus de la politique. Ce fut court mais intense. Étonnement feint, phrases à double détente, fausse retenue, jeux de regards amusés avec l'intéressé, le tout sous couvert d'une banalisation apparente de l'événement: dans le genre, on a rarement fait mieux et il y avait longtemps, en tous cas, qu'on n'avait pas vu le Président dans un pareil état.

 

Tout cela dit un tempérament et une manière de faire. François Hollande est joueur. Quand il lance la balle, il adore que d'autres viennent courir après elle, surtout si c'est pour la lui rapporter illico. Dans le langage des signes qui est celui de la politique, il voulait accréditer l'idée que sa candidature en 2017 est désormais une évidence. Comme celle-ci précisément ne l'est pas, il fallait que d'autres fassent le travail à sa place. De ce point de vue, Emmanuel Macron est un parfait complice.

 

«En marche!» montre que ça marche ou tout au moins, que ça peut marcher. Ceux qui, plus tard, écriront la chronique des dernières aventures présidentielles de François Hollande, noteront sans doute que tout cela a commencé avec le discours d'Amiens et le commentaire de Metz. Rien ne garantit que cette opération en deux temps ait l'effet escompté par ceux qui l'ont initiée. Au moins signale-t-elle une intention. Ce qui, dans le contexte, n'est pas rien! »

 

L’Elysée et Matignon préoccupés par la persistance des manifestations de jeunes 

 

« L’exécutif a-t-il pris l’exacte mesure de la protestation de la jeunesse, sous toutes ses formes ? Il n’est pas certain que la voie choisie, somme toute classique, et présentée comme celle de « l’écoute » et du « dialogue », suffise à apaiser celle-ci. Après que la mobilisation a semblé quelque peu décroître, mardi 5 avril, au regard des précédentes journées de manifestations, le gouvernement peut certes espérer une issue. Mais les tensions persistantes en marge des cortèges, et surtout le développement du mouvement Nuit debout, à Paris comme en province, sont vus comme de sérieuses menaces par le chef de l’Etat.

 

« On ne jauge la mobilisation pas au sens quantitatif du terme, explique-t-on à l’Elysée. Mais quand les jeunes se mobilisent et s’expriment, quel que soit leur nombre, on y prête toujours une oreille attentive, car la jeunesse est au cœur du quinquennat de François Hollande. On se dit qu’il faut toujours respecter, écouter, dialoguer. » Ce que se sont employés à faire les ministres de l’éducation nationale, de la jeunesse et du travail, Najat Vallaud-Belkacem, Patrick Kanner et Myriam El Khomri, en recevant tour à tour l’UNEF, la FAGE et les organisations lycéennes (SGL, UNL, FIDL) et de jeunesse (MRJC, JOC).

 

M. Hollande l’a rappelé, mercredi, lors du conseil des ministres : « Il faut que le gouvernement dialogue avec les jeunes et que les manifestations se passent bien, ce qui est le cas dans l’ensemble »

 

 

Nuit debout ou En Marche de Macron: quel avenir pour la gauche?

 

« Entre Nuit debout et En Marche, les gauches sont de plus en plus Lacan. Ce qu’elles disent la démasquent. D’un côté, le rassemblement initié et encadré par divers organisations des gauches de la gauche, qui occupe chaque soir la place de la République à Paris depuis le 31 mars dernier. De l’autre, Emmanuel Macron, ministre de l’Economie qui lance le mouvement En Marche, entamant ainsi un périple dont personne ne peut dire encore quel est le but. Hollande 2017? Macron 2017? Ou 2022? Nous verrons bien.

 

Le fait est que le naming des deux événements dit l’époque que traverse la gauche. Nuit debout et En Marche portent le clivage, pour ne pas dire l’opposition, entre deux visions du progrès et de l’idéal humaniste.

 

Un passage place de la République, après 19 heures, et quelques incursions sur Périscope suffisent à caractériser Nuit debout. « Il se passe quelque chose » diagnostiquent les observateurs bienveillants de l’affaire. Sauf qu’en vérité, il ne se passe pas grand-chose. Nuit debout, c’est la convocation immobile des idéaux de la gauche révoltée. Il faut voir les prises de parole des uns et des autres, place de la République, pour ce qu’elles sont : une madeleine de Proust des années 70.

 

Les intervenants dénoncent l’oligarchie, la banque, l’argent, les ventes d’armes, le mal-logement, les médias, la police, la pollution, les élus et les médias… Liste non-exhaustive. A entendre les uns et les autres, on se souvient des lectures du Libération ou de La Gueule ouverte des années Pompidou et Giscard. Le fil conducteur des interventions spontanées révèle cependant une défiance considérable envers la démocratie représentative, qui ne serait pas « la vraie » démocratie. Cette défiance étant parfois, pour ne pas dire souvent, alimenté par un sentiment complotiste partagé par bien des participants. Ce mercredi soir, par exemple, une oratrice s’interrogeait sur le silence qui entoure les ventes d’armes de la France dans le monde. « Pourquoi les médias n’en parlent-ils pas ? », lançait-elle aux quelques centaines personnes rassemblées là. »

Partager cet article
Repost0
3 avril 2016 7 03 /04 /avril /2016 08:00
CHAP.16 code acratopège, en 2007, les Français ont élu Saint-Tropez. Raté. En 2012, ils ont élu Tulle. Raté. En 2017, ils voudront quelqu’un qui a de l’allure

La vie de François Mitterrand : un roman !

 

Un homme à histoires c’est un roman de Patrick Rotman, grand arpenteur de la deuxième gauche gourmand d’un Mitterrand qui, au milieu des années 50, à la quarantaine aimante les femmes et collectionne les ennuis : l’affaires des fuites en 1954, le faux-attentat de l’Observatoire en 1959. 

CHAP.16 code acratopège, en 2007, les Français ont élu Saint-Tropez. Raté. En 2012, ils ont élu Tulle. Raté. En 2017, ils voudront quelqu’un qui a de l’allure

« Devant le miroir de la salle de bains, François Mitterrand refit son nœud de cravate et essuya à l’aide d’une serviette les traces de rouge à lèvres qui ourlaient son visage. Il dut frotter sous la mâchoire pour faire disparaître la traînée de carmin […]

 

… Mitterrand repassa dans la chambre. Des vêtements féminins étaient éparpillés sur la moquette. Un escarpin noir à talon aiguille avait atterri sur un fauteuil. Une jeune personne alanguie dormait dans le lit, tournée vers le mur. Le drap avait glissé, découvrant un dos large et bronzé zébré par les marques plus pâles des bretelles d’un soutien-gorge. Le député s’assit près du corps abandonné dans le sommeil après l’amour. Sa main glissa sur la peau douce entre les omoplates vers la déclivité des rien dont la douceur soyeuse lui rappela le velouté des feuilles de sauge de sa Saintonge natale […]

 

… les femmes s’abandonnaient au brun ténébreux sans qu’il ne levât l’index. Il se contentait de choisir sa partenaire d’un jour entre les innombrables sollicitations qui l’assaillaient […]

 

… La jeune femme quitta le canapé-lit défait dont les draps entortillés avaient reflués sur le parquet. Elle enjamba l’homme alangui à côté d’elle qui lui caressa le flanc au passage. Dans le cabinet de toilette exigu, elle enfila un peignoir, trop petit pour elle. Doué de parole, celui-ci aurait eu bien des corps à décrire. Elle s’approcha d’une glace fendillée sur le côté. Des traces de rimmel lézardaient ses pommettes proéminentes. Les pourtours de sa bouche, barbouillés de rouge à lèvres, ressemblaient à une framboise écrasée. Elle entreprit un ravalement de façade, avec la minutie nécessaire à une entreprise si délicate. Comme elle s’appliquait du mascara sur les cils qu’elle avait longs et recourbés, le visage de François Mitterrand apparut dans l’encadrement du miroir. Il s’était rhabillé de pied en cap et avait même pris soin de renouer sa cravate en soie bleu foncé. Il observa la femme qui lui présentait des hanches étroites avec la satisfaction d’un propriétaire heureux des services offerts […]

 

« Ce qui est admirable chez Mitterrand, c’est cette blessure en lui, si profonde, cette faiblesse intime qu’il dissimule avec tant d’obstination. Il a payé cher de s’être montré moins fort que ses adversaires. Moi, j’aile cette faille secrète. Elle témoigne qu’il appartient à une autre espèce que ceux qui ont tenté de la faire trébucher. »

François Mauriac à propos de la demande de lever l’immunité sénatoriale de Mitterrand suite à l’affaire de l’Observatoire.

 

Tourner la page Juppé, l’opération Chartrons commencée dans l’indifférence, les quolibets et même l’hostilité est un réel succès ; reste à l’intéressé de tenir la route pour transformer l’essai à la Primaire.

 

« À partir de là, comment expliquer que la droite républicaine choisisse aujourd’hui d’abandonner ses traditions les plus avérées alors que, sur le papier, le contexte politique lui donne l’occasion d’une victoire naturelle dictée, au-delà du rejet de l’adversaire, par l’adhésion de l’opinion à ses valeurs constantes ? La réponse, c’est la primaire.

 

Celle-ci a un effet excitant. Elle nourrit la surenchère. Elle incite à la radicalité. Elle pousse la droite là où elle penche. Rien de plus normal : c’est une compétition interne. La gauche, dans cette exercice, en 2011, recherchait le candidat le mieux placé pour gagner. Le cœur de son électorat le voulait modéré. Ce fut Hollande. La droite, en 2016, cherche une martingale du même genre, sauf qu’elle attend, pour sa part, un champion qui soit décomplexé. C’est le problème de Juppé.

 

Si on y regarde d’un peu plus près, les programmes des différents candidats – ordre et sécurité, libéralisme économique et flexibilité sociale – ne sont pas fondamentalement différents. Ceux qui jouent gagnant cherchent des points d’équilibre. Ceux qui sont challengers cherchent des angles. Les uns et les autres ne n’avancent pas au même rythme. Ils se distinguent plus par des postures que par des idées. Tous, en revanche, sont dans la même épure qui est celle d’une droite qui affiche clairement la couleur avec à la certitude d’être à nouveau dans le sens de l’Histoire.

 

C’est dans ces conditions que s’est imposé le thème de la rupture dans la rupture. Il sert de marqueur. Il atteste de la détermination des candidats à remplir leurs promesses, le moment venu. L’enjeu n’est pas mince aux yeux d’une opinion qui doute. Dans la primaire de la droite, en effet, personne n’est vraiment vierge. Sarkozy, Fillon et, avant eux, Juppé, ont déjà exercé les responsabilités du pouvoir au plus haut niveau. Le Maire, NKM ou même Morano ont été ministres dans un passé récent.

 

À un titre ou un autre, ils sont donc tous comptables de l’inefficacité puis des échecs de leur camp. C’est d’ailleurs ce que leur reproche la fraction de leur électorat qui s’est laissé séduire par le Front national. Pour la convaincre que, cette fois-ci, le changement serait bien au rendez-vous, les candidats à la primaire, quel que soit leur statut, ont été contraints de donner des gages. Le peuple de droite, au sens large, attend des actes et non des mots. Quelle meilleure réponse que la mise en place, dès le lendemain de la présidentielle, de procédures garantissant, via le référendum ou les ordonnances, le changement annoncé ?

 

La chronique ICI

 

Pourquoi Hollande et Sarkozy n'ont pas encore perdu contre Juppé 

 

« Hollande c’est fini. Et Sarkozy aussi. Le Pen, c’est impossible. Les autres n’existent pas. Ce sera donc Juppé président en 2017. C’est ainsi. Sondage après sondage, le vainqueur de la prochaine élection présidentielle parait déjà élu. Fêté. Encensé. Alain Juppé ne dit rien, c’est qu’il écrit. Alain Juppé ne fait rien, c’est qu’il se prépare. Toute interprétation négative de la vie et l’œuvre d’Alain Juppé en ce début de printemps hollandais (il pleut) est impossible.

 

Alain Juppé n’est pas âgé, il est expérimenté. Il n’est pas vieux, il est sage. Il n’est pas rigide "droit dans ses bottes", il est déterminé. Il n’est pas l’homme de tous les échecs, il est opiniâtre. Il n’est pas le Premier ministre qui a précipité la France dans la rue en 1995, il est un visionnaire qui avait vingt ans d’avance. Il n’est pas un produit des années Mitterrand-Chirac, il est ancré dans l’histoire. Il n’est pas un vieux cheval de retour, il est le renouveau. Et tout le reste à l’avenant.

 

Tout argument qui devrait handicaper l’ancien (double) ministre de François Mitterrand et Premier ministre de Jacques Chirac se retourne désormais en sa faveur. Sans que cela paraisse pensé par d’habiles communicants politiques. Ce qui n’est pas le moindre des paradoxes. Quand on contemple l’émergence d’un phénomène Juppé, on a le sentiment de relire les premières notes de Jacques Pilhan et Gérard Colé consacrées à ce que devrait être la campagne 1981. La même dialectique est à l’œuvre, qui consiste à retourner les handicaps en qualités, peindre le plomb en or. C’en est même troublant.

 

Comme le dit un communicant historique qui se définit comme un ingénieur social : « En 2007, les Français ont élu Saint-Tropez. Raté. En 2012, ils ont élu Tulle. Raté. En 2017, ils voudront quelqu’un qui a de l’allure ». « De l’allure », c’est-à-dire qui sache incarner cette forme particulière fonction qui est celle de président de la Ve République, surtout dans un pays qui doute de ses élites (quand il ne les rejette pas) en mal de rassurance et de compétence. Juppé est fort de ce qu’il apparait le meilleur remède aux maux incarnés par les deux derniers présidents, Nicolas Sarkozy et François Hollande. Sa popularité nait de l’anti-sarkozysme et de l’anti-Hollandisme qui structurent aujourd’hui la vie publique. »

 

Sarkozy, chronique d’une désillusion 

 

« A quelques mois de la primaire des Républicains, alors que le monde médiatique bruisse de rumeurs sur la possible candidature de Nicolas Sarkozy, je ne peux m’empêcher des haussements d’épaules, partagé entre incrédulité et lassitude. Y songe-t-il seulement ? Pense-t-il que ce qui avait si bien marché en 2007 et échoué en 2012 pourrait soudain, dix ans après, reconquérir le coeur des Français ? Je ne pense pas. Ou plutôt, je n’y crois plus, au sens presque religieux du terme.

 

Engagé à l’UMP en 2011, j’ai fait partie, en modeste militant, des foules extatiques qui agitaient des drapeaux aux meetings de la Concorde, de Villepinte et du Trocadéro l’année suivante. Je vibrais au son des discours, tractais le matin devant le métro avant de partir en cours et faisais partie d’une cellule de réflexion au sein du bureau des Jeunes populaires chargée de préparer un programme pour les moins de 30 ans. Alors que tous les sondages prévoyaient un désastre électoral, je ne me résignais pas, honnêtement convaincu qu’il pouvait l’emporter. J’étais submergé par cette ivresse des campagnes, perdu dans le mirage de l’idéalisation d’un homme dont les contradicteurs étaient forcément des menteurs et les critiques forcément des billevesées. Le 6 mai au soir, à la Maison de la Mutualité, j’étais saisi par l’émotion, transi de voir apparaître sur les écrans le visage de François Hollande, forcément élu par défaut, forcément mauvais.

 

Quand je repense à cette période, je me demande si j’étais inconscient ou tout simplement naïf. Peut-être « puceau de l’horreur » comme disait Céline : c’est-à-dire incapable de me formuler l’existence d’un monde que je ne connaissais pas, que je n’entrevoyais qu’en surface et qui m’aura à force d’épreuves totalement meurtri tant il est violent. Car quatre ans après, je n’ai que mépris pour la personne que j’étais et avoue ma honte d’avoir sincèrement cru en cet homme. »

 

Présidentielle 2017 : « Les jeunes se positionnent nettement plus à droite qu’à gauche, aujourd’hui » 

 

« La spécificité d’un « vote jeune » tend à s’effacer. Cette classe d’âge suit désormais les fluctuations et les mouvements de l’ensemble du corps électoral. L’ancien tropisme de gauche est en voie de disparition. Les jeunes, aujourd’hui, se positionnent nettement plus à droite qu’à gauche. Si l’on additionne les intentions de vote des « primo-votants » en faveur des candidats du centre, de la droite et de l’extrême droite, on arrive à 66 % dans l’hypothèse d’une candidature de Nicolas Sarkozy et à 69 % si c’est Alain Juppé.

 

Au sein de la jeunesse, comme dans le reste de la population, les orientations politiques sont liées à des clivages socioculturels, notamment le niveau de diplôme. Les intentions de vote des jeunes étudiants restent par exemple moins favorables à Marine Le Pen que celles des jeunes actifs, avec ou sans emploi. A contrario, ils se tournent davantage vers les partis de gouvernement, LR et PS, qui font jeu égal, ainsi que vers les écologistes. La jeunesse non scolarisée, ou faiblement diplômée, est sensiblement plus abstentionniste. »

 

L’ascenseur social bloqué en Allemagne 

 

« Lettre de Berlin. Les absurdités qui découlent de la bureaucratie allemande sont parfois insondables. Prenons l’exemple de Klaus Leichsenring. Ce paisible sexagénaire de la Saxe est ce que l’on appelle un « Hartz IV ». Il vit comme environ sept millions d’Allemands des prestations sociales mises en place par le gouvernement Schröder en 2003, notamment pour les chômeurs de longue durée. Un système équivalent au RSA français qui permet à M. Leichsenring de ne payer qu’une partie de son loyer, l’autre partie étant prise en charge par les pouvoirs publics, selon des critères extrêmement précis.

 

Or, justement, dans le cadre d’un programme de rénovation, le bailleur de son immeuble a décidé d’ajouter un balcon à chacun des 24 appartements de la résidence pour un coût de 30 euros par mois. Mais contrairement à ses 23 voisins, M. Leichsenring estime la dépense trop élevée pour son maigre budget, et l’Etat n’entend pas augmenter sa participation. Résultat : le balcon a bel et bien été construit, mais pas la porte qui permet d’y accéder.

 

Supposée simplifier les dispositifs en vigueur et favoriser le retour à l’emploi, la quatrième loi Hartz (la fameuse Hartz IV) se révèle d’une complexité inouïe. En moyenne, chaque dossier comporte 650 pages, ce qui en dit long sur le degré d’intrusion des pouvoirs publics dans la vie privée des bénéficiaires. Par exemple, l’aide reçue pour votre consommation d’eau ne dépend pas seulement du nombre de personnes dans votre foyer, mais également de leur âge, voire de votre possession (ou non) d’une bouilloire électrique. Quant au système de remboursement des semelles orthopédiques, il semble davantage conçu pour inspirer les héritiers spirituels de Kafka ou Courteline que pour servir l’intérêt général. »

 

Michel Onfray tout ça c’est la faute de Jean XXIII

 

« J'ai vu les effets de Vatican II à la messe étant gamin, avant on avait les filles d'un côté, les garçons de l'autre et le prêtre de dos, les yeux tournés vers le soleil levant et cela faisait sens. On attendait la Lumière car le Christ était la Lumière.(...) Le prêtre s'adressait à Dieu et était l'intercesseur de ses ouailles qui étaient derrière lui mais tous tournés dans le même sens. Et d'un seul coup on a dit : on change tout ça, on installe l'autel au milieu du cœur et on tourne le dos à Dieu puisque le Tabernacle est derrière (...). Et puis, on dit que la musique n'a plus besoin d’être sacrée, d’où la guitare dans La vie est un long fleuve tranquille, on a le curé qui s'habille en jean. Maintenant, on tutoie Dieu et on ne parle plus en latin. L'Eglise a dit : « on n'a plus besoin de sacré, la transcendance est dans l’immanence », c'est-à-dire qu'elle avalise l'évidence de ce que la civilisation dit : nous avons perdu le sens du sacré judéo-chrétien. »

 

Acratopège

 

Définition du CNRTL « Sans qualités particulières, qui ne sort pas de l'ordinaire. »

 

4 synonymes banal, commun, ordinaire, plat.

 

13 antonymes bizarre, brillant, curieux, étonnant, étrange, extraordinaire, insolite, original, paradoxal, rare, remarquable, singulier, surprenant.

Partager cet article
Repost0
27 mars 2016 7 27 /03 /mars /2016 08:00
CHAP.15 opération Chartrons, « Le judéo-christianisme est une civilisation qui s’effondre, face à l’Islam, civilisation de grande santé qui s’approche. » Onfray

« Faut pas t’écouter mon petit gars… » me disait ma mémé Marie lorsqu’elle tamponnait de mercurochrome mes genoux écorchés… en traduction libre « serre les dents et pense à autre chose… » Pleurer ! Jamais ! Ce qui me valait une petite brioche toute chaude. Dur au mal, ne pas s’apitoyer sur soi-même, c’était la marque de fabrique de la maison. Pour autant la maisonnée n’était pas insensible à la douleur des autres, c’était même l’un des sujets de conversation favori du clan des femmes, de véritables litanies du malheur environnant.

 

Pourquoi je vous dis ça ?

 

Comme ça, je n’aime pas m’épancher sur mes petits malheurs…

 

Je continue de lire en écoutant de la musique.

 

« À Zagreb, ils partagèrent une chambre dans l’appartement lugubre de la tante de Stjepan, Mara, comme une chapelle privée imprégnée de chagrin, dans le coin nord-ouest de la place Jelacic – Mara, la sœur de ma mère, dont les tchetniks avaient fait une veuve, plus tôt dans la guerre. Pendant des mois, ils semblèrent ne rien faire de plus que se serrer les uns contre les autres dans cet appartement gelé et sans soleil, abrutis, ensorcelés par le crépitement de la radio et de son flot diabolique d’informations contradictoires, attendant la fin, ne quittant le sanctuaire de l’appartement que pour grimper péniblement jusqu’au marché de Dolac et ses étals vides, fouillant partout pour trouver un peu de pain, des navets et du charbon, ou pour assister à la messe dans la cathédrale, sur laquelle régnait le cousin de son père, l’archevêque, guide spirituel d’un pays qualifié, en 1519 par le pape Léon X d’Antemurale Christianitatis, les remparts les plus reculés de la chrétienté, une reconnaissance dérisoire et bien tardive d’une réalité supérieure à la géographie – l’Asie rencontre l’Europe non pas là où les mers séparent les continents, mais ici, dans les profondeurs sauvages et inhospitalières des Balkans, où les empires et les religions s’abrasent les uns contre les autres pour produire une quantité illimitée de fange sanglante qui s’écoule à l’est et à l’ouest dans les caniveaux de la civilisation. »

 

Bruno Le Maire aime les belles nippes, les petits dîners lucratifs et grimpe dans les sondages.

 

« Plus récent que François Fillon dans la vie politique, Bruno Le Maire rivalise avec l’ancien Premier Ministre sur le terrain des idées, mais aussi de l’esthétique. Classique dans sa mise, l’élu quarantenaire a, comme son aîné, une passion pour le vêtement. « J’adore ça, lâche-t-il sans hésiter dans un café proche de son siège de campagne. La mode, c’est ce qu’on ne voit pas. C’est la coupe avant tout, et ensuite la matière. C’est profondément français et très important ; » Quand il prend le train, Bruno Le Maire achète la presse du jour mais aussi les magazines féminins, de Elle à Grazia. Ça l’intéresse. Il est même intarissable : « La femme française n’est pas une femme comme les autres. Elle est au cœur de notre exception culturelle. Elle a une allure, un chic, une silhouette très singulière, à laquelle la mode contribue énormément. Il y a un tombé, un drapé, un plissé. C’est une expression même de la culture française. »

 

« Être en campagne, cela coûte cher, très cher. Bruno Le Maire est en train de s'en rendre compte. Du coup, le candidat à la primaire de la droite a apparemment trouvé une idée simple pour obtenir des fonds : donner de sa personne, en tout bien tout honneur. Ainsi, pour bénéficier de sa compagnie lors d'un petit dîner « entre amis », il faut prévoir 7 500 euros... si l'on est seul ! Pour un couple, parité oblige, comptez le double, soit 15 000 euros. Un budget dîner digne d'un repas d'anthologie dans un 3 étoiles et qui n'est certainement pas à la portée de toutes les bourses, mais qui correspond à l'euro près au maximum autorisé par les impôts en termes de don individuel à un parti ou à un groupement politique. Quand on veut avoir l'oreille d'un homme politique d'avenir, et faire passer un message, on ne compte pas... »

 

« M. Le Maire s’installe ainsi à la troisième place en creusant l’écart avec François Fillon, relégué loin derrière avec seulement 8 %. Surtout, il talonne désormais M. Sarkozy, en forte baisse. Jamais l’écart n’a été aussi réduit entre eux : 11 points séparent désormais l’ex-chef de l’Etat de son ex-ministre, alors qu’il était encore de 21 le mois dernier. Au-delà de ce seul sondage, plusieurs autres enquêtes d’opinion confirment cette tendance : Bruno Le Maire est porté par une dynamique positive depuis son entrée en campagne, fin février, et l’écart se resserre avec M. Sarkozy pour la seconde place, synonyme de qualification pour le second tour de la primaire.

 

L’ex-ministre de l’agriculture marque des points car le ressort de sa popularité s’appuie sur un sentiment puissant dans l’opinion : le rejet de la classe politique en place. L’ambitieux quadra, qui a préempté le thème du « renouveau », prospère en portant un message flirtant avec le populisme et ressemblant à celui de Jean-Luc Mélenchon. « Qu’ils s’en aillent tous ! », tonnait le leader du Front de gauche. « Vous butez contre les mêmes visages ? Nous allons vous en offrir de nouveaux », scande l’ex-directeur de cabinet de Dominique de Villepin. Son but ? Ringardiser Nicolas Sarkozy, Alain Juppé et François Fillon qu’il dépeint en « hommes du passé ». « Mon intuition, c’est qu’un vieux système meurt et que les Français veulent une nouvelle offre politique », explique-t-il au Monde. »

 

La politique française est verrouillée par le vote des seniors

 

« Les retraités pèsent de manière démesurée sur la définition de l'offre politique.

 

Un facteur majeur pèse sur la définition de l’offre politique de la prochaine élection présidentielle: le vote des retraités. Ses implications idéologiques et politiques touchent la droite comme la gauche. Sa part relative ne cesse de croître sous le double effet du vieillissement démographique et de la surparticipation électorale croissante des seniors.

 

En effet, si le taux de participation des électeurs de plus de 60 ans, s’est établi, selon l’institut Ipsos, à plus de 87% au second tour de l’élection présidentielle de 2012 (contre 80% sur l’ensemble de l’électorat), cette tendance s’est accrue lors des élections intermédiaires. Ces dernières ont été marquées par une abstention plus élevée et le poids relatif des seniors y atteint des surproportions remarquables, toujours selon le même institut: 76% de participation aux dernières municipales (contre 61% pour la moyenne des électeurs), 60% aux européennes (contre 43%), 64% aux départementales (contre 50%), 67% aux régionales (contre 50%).

 

Les premiers sondages relatifs au corps électoral des futurs votants à la primaire de la droite confirment que celle-ci sera avant tout l’expression des électeurs les plus âgés. Alors que les plus de 65 ans représentent 23% de la population française, ils pourraient représenter 43% des électeurs à la primaire; les retraités, qui comptent pour 33% de la population française, pourraient composer 50% des électeurs mobilisés. Les moins de 50 ans, qui constituent 51% de la population française, ne représenteraient que 30% de ses électeurs. En d’autres termes, la primaire de la droite, présentée comme une opération de modernisation politique, est en fait structurellement tournée vers le passé par sa démographie. »

 

La suite ICI 

 

« La légende dorée de la petite Belgique cache un racisme rampant » ICI 

 

« Rien n’est jamais tout à fait sérieux »

 

Sur cette société se greffe, en toute logique, un Etat faible. En Belgique, on cultive l’impuissance comme, ailleurs, on rêve au grand homme, avec ferveur. Ce n’est pas tant que la chose publique belge soit délaissée. Qui pourrait affirmer que la Belgique va à vau-l’eau par comparaison avec ses voisins ? Simplement, depuis toujours, la Belgique dilue le pouvoir : un roi quasi protocolaire, sept parlements, autant de gouvernements et des myriades d’organismes satellites de l’Etat gèrent tant bien que mal ce si petit pays. Le scrutin à la proportionnelle est de rigueur à tous les étages, ce qui ajoute à l’opacité de l’édifice hors de nos frontières.

 

Au centre, une capitale multiple (de l’Union européenne, de la Belgique, de la Fédération Wallonie-Bruxelles, de la Communauté flamande) éclatée en dix-neuf communes, officiellement bilingue mais effectivement multilingue, bigarrée, contrastée, à la fois ségréguée et intégrée. Dans cette société qui aime poster des chatons sur les réseaux sociaux les soirs d’interventions antiterroristes, rien n’est jamais tout à fait sérieux, ni tout à fait réel. La Belgique ne se rassure pas en s’illusionnant sur sa puissance mais en se riant de la situation.

 

«Même lorsqu'ils tuent, les djihadistes sont convaincus de faire le bien»

 

David Thomson est journaliste à RFI. En mars 2014, il publiait Les Français jihadistes, une vaste enquête–la seule à ce jour sur ce sujet– fondée sur une vingtaine d’entretiens avec des jeunes Français ayant décidé de partir combattre en Syrie. L'ouvrage vient d'être réédité dans une version augmentée.

ICI

 

Et le retour de la vache folle

 

Pourquoi le nouveau cas de vache folle en France ne doit pas vous inquiéter ICI 

 

Partager cet article
Repost0
20 mars 2016 7 20 /03 /mars /2016 08:00
CHAP.15 opération Chartrons, Bruno Retailleau, sénateur LR de Vendée « Ce n’est pas à Manuel Valls de défaire un cardinal, mais au Pape »

Je lis Comprendre le malheur français de Marcel Gauchet.

 

Je m’y retrouve.

 

« Avec Mitterrand, on entre dans quelque chose de totalement différent : un pouvoir qui ment parce qu’il ne peut pas dire les choses qu’il fait. Si bien que les Français ont, d’un côté, le spectacle délétère d’une politique rabaissée aux combines et, de l’autre, des effets réels incompréhensibles : on leur dit que l’on va rattraper la croissance grâce à l’Europe, mais dans les faits c’est le chômage qui triomphe, la pauvreté qui réapparaît. S’ajoute une fracture sociale avec désormais deux catégories de population qui divergent dans leur rapport à la politique : il y a ceux qui comprennent et adhèrent aux nouvelles règles du jeu, et il y a ceux qui ne les comprennent pas et qui en sont les victimes. Ceux-ci, du point de vue collectif, sont rayés de la carte. Un partie importante, et croissante, de la population a ainsi le sentiment d’être laissée à l’abandon. C’est un sentiment entièrement nouveau dans la France du XXe siècle, qui évoque ce que probablement les prolétaires du XIXe ont dû vivre dans un autre contexte. »

 

« Hollande est élu sur le rejet de Sarkozy et non sur un programme, il est élu en prenant le contre-pied du style de gouvernement de son prédécesseur ; c’est la trouvaille du « président normal ». Argument auquel Sarkozy s’est montré, contre toute attente, incapable de répondre. Hollande est donc élu sur un non-programme qui nous ramène en fait exactement au « ni-ni » de Mitterrand en 1988. Il se coule dans le schéma mitterrandien et dans le projet européen qui va avec, et par ailleurs il n’a rigoureusement rien à proposer pour l’aménagement de ce cadre. Non seulement il n’a pas de cap mais, plus encore, le cap lui est dicté par les circonstances. »

 

« Mais qu’est-ce qu’un « président normal » ? Ce slogan de campagne, qui s’est révélé une trouvaille efficace, a ouvert involontairement une vraie question ; Il pointait deux failles chez le président sortant. D’abord une conception ultra-personnalisée de son rôle, sur le modèle star ou du people, peu conforme à la norme républicaine de distinction entre le public et le privé. Il pointait ensuite, appelons les choses par leur nom, le côté psychopathe du personnage, l’ « anormalité » de comportement témoignant d’une certaine anomalie dans le contrôle de soi. De ces point de vue, rien à reprocher à François Hollande. Il s’est conduit « normalement », même si sa vie sentimentale a défrayé la chronique sous un jour qui n’était pas à son avantage. Il n’empêche que cette normalité revendiquée s’est retournée contre lui. Est-ce dire que l’anormalité est requise pour la fonction, comme on a pu l’entendre ? Avons-nous besoin de psychopathes et de mafieux, de déséquilibrés et de transgresseurs pour faire le job ? La réponse est dans la question quand celle-ci est clairement formulée. Le problème n’est pas là. Il est que l’élection d’un président de la République n’est pas le tirage au sort d’un Français moyen à peu près équilibré et honnête. La normalité s’est confondue en la personne de Hollande avec une vision étriquée et routinière de l’action gouvernementale, en l’absence de perspectives nourries par une réflexion sérieuse sur la situation du pays et les défis qu’il affronte, cela à un moment ressenti comme critique par un grand nombre de citoyens. Je ne crois pas du tout que Hollande a dévalorisé le rôle présidentiel. La déception qu’il a provoquée montre au contraire que les attentes à l’égard de la fonction sont plus grandes que jamais. Ce qu’il a fait ressortir, hélas, c’est que nous n’avons pas sous la main de candidats potentiels à la hauteur de ces attentes. »

 

Primaire: Juppé accroît son avance sur Sarkozy, Le Maire dépasse Fillon 

 

Alors que la course à la primaire de la droite a connu une nette accélération depuis le début de l'année, Nicolas Sarkozy semble de plus en plus dominé par son rival Alain Juppé. Malgré le succès de son livre-confession et ses déplacements multiples pour renouer avec les Français, le président des Républicains ne cesse de perdre du terrain face au populaire maire de Bordeaux.

 

Selon un sondage Elabe pour BFMTV et L'Opinion diffusé ce mercredi, Alain Juppé accroît son avance sur Nicolas Sarkozy avec 41% d'intentions de vote au premier tour contre 23% à l'ancien chef de l'Etat. Dans l'hypothèse d'un second tour, Alain Juppé écraserait son adversaire avec 64% des voix des personnes qui se disent "certaines" de participer à cette consultation, contre 36% à Nicolas Sarkozy.

 

Le rapport de forces au premier tour est très proche auprès des sympathisants de la droite et du centre, avec 42% pour Alain Juppé et 26,5% pour Nicolas Sarkozy. L'écart se resserre en revanche auprès des seuls proches du parti Les Républicains, qui opteraient à 37% pour Alain Juppé et à 32% pour Nicolas Sarkozy.

 

10% des personnes interrogées se disent "certaines d'aller voter" à cette primaire en vue de la présidentielle de 2017, soit selon Elabe un nombre d'électeurs potentiels d'environ 4,4 millions au premier tour, le 20 novembre.

 

Le Cardinal Barbarin pris en flagrant délit de contradiction 

 

C’est quand il ne reste plus rien, quand la bataille de l’opinion est perdue, que l’on invoque toujours la présomption d’innocence. On retrouve les vertus d’un droit pénal protecteur des Droits de l’Homme et du citoyen. Mais ici, il est trop tard. Barbarin est pris au piège, comme peut l’être Karim Benzema. Le dossier médiatique et politique est en l’état suffisamment accablant pour que le verdict de l’opinion soit prononcé. C’est ainsi.

 

Ce n’est plus un débat sur la présomption d’innocence (qui doit être reconnue) du cardinal Barbarin, mais un débat sur sa présomption d’inconscience. Dans Le Parisien, on peut lire que confronté à la question cruciale touchant à la révélation du jour: « savait-il que ce prêtre avait été condamné pour agressions sexuelles avant de le promouvoir? », un proche du cardinal répond: «Il n'a pas envie de répondre à cette question». Dès lors, l’alternative est simple. Ou le cardinal savait, et il fait preuve d’inconscience. Ou il ne savait pas, et il a fait preuve de tout autant d’inconscience. Dans les deux cas, le cardinal est moralement coupable.

 

Notons qu’une fois encore, la hiérarchie de l’Eglise, autour de Barbarin, oppose le silence. De nouveau, l’institution se mure en elle-même, au motif que ses règles de fonctionnement ne dépendent que d’elle. L’argument a encore été brandi sur Europe 1 par Bruno Retailleau, sénateur LR de Vendée, qui ne cache pas son inclination pour un catholicisme conservateur. « Ce n’est pas à Manuel Valls de défaire un cardinal, mais au Pape », a proclamé l’élu, comme s’il s’agissait, encore et toujours, de considérer que l’Eglise catholique est hors la morale publique (la « common decency » comme disent les Anglo-saxons) dès lors que celle-ci s’exprime hors les murs de la morale catholique et de préserver coûte que coûte cette conception de l’Eglise hors les murs de la République. On ajoutera également que l’Eglise ne peut pas réclamer un droit (par ailleurs légitime et incontestable) à peser dans les débats de société, et refuser d’être inclue dans ces mêmes débats de société.

 

Hélas pour eux encore, l’invocation d’une Eglise du secret, société dans la société vivant selon des règles qui échappent à la morale commune se heurte à la même réalité que leur défense de la présomption d’innocence du cardinal. Dans une France contemporaine avide de clarté et de transparence, en quête de laïcité réaffirmée, la défense d’une Eglise hors République n’est plus audible. Surtout s’il est question de viols ou agressions sexuelles sur des mineurs ou des majeurs. Confronté à l’impérieuse exigence de vérité, le cardinal Barbarin ne peut plus faire dire par un proche « Il n’a pas envie de répondre à cette question », parce qu’il se condamne lui-même aux yeux de l’opinion.

 

Valérie Pécresse-Marisol Touraine: L'habit fait-il la politique? 

 

Carapace, décor ou mise en scène, le vêtement est tout sauf futile pour les politiques. Regards croisés sur la mode, entre la gauche et la droite, entre la présidente de la région Ile-de-France et une ministre de François Hollande.

 

Toutes les deux sont en robe. Une tenue habituelle pour Marisol Touraine, ministre de la Santé, qui porte très rarement des pantalons. Mais pour Valérie Pécresse, présidente de la région ­Ile-de-France et ex-ministre du Budget, c’est une exception. Pour la sortie du livre des journalistes Gaëtane Morin et Elizabeth Pineau, « Le vestiaire des politiques » (éd. Robert Laffont), elles ont accepté de prendre la pose au musée Galliera, au milieu des robes trésors de la comtesse Greffulhe qui servit de modèle à Proust. Et de se livrer sans langue de bois.

Partager cet article
Repost0
13 mars 2016 7 13 /03 /mars /2016 08:00
CHAP.15 opération Chartrons, Sarkozy en Lybie « voulait claironner ses succès dans la campagne aérienne, alors que nous avions détruit toutes les défenses antiaériennes » Obama

Très dure semaine, bloqué chez moi par je ne sais quoi, le corps qui se crispe avant de basculer dans une langueur abyssale. Jeûne obligé, remède de bonne femme, tenir, attendre un temps plus clément. Impression d’être sur une île déserte perdu dans un océan sans horizon. Le ciel en rajoute une couche, mou, pluvioteux, misérable. J’me rappelle Aznavour, bien macho, qui chantait à sa rombière « tu te laisses aller », ouais je me laisse aller.

 

Ah! Tu es belle à regarder

Tes bas tombant sur tes chaussures

Et ton vieux peignoir mal fermé

Et tes bigoudis qu'elle allure

Je me demande chaque jour

Comment as-tu fait pour me plaire

Comment ai' j pu te faire la cour

Et l'aliéner ma vie entière

Comm'ça tu ressembles à ta mère

 

J’erre dans ma carré, pas douché, un peu crade, envie de rien…

 

Je mange des pommes cuites.

 

 

Jeannette et Maurice, qui se souvient de Maurice Thorez ?

 

Le Pas-de-Calais des mineurs de fond.

 

« Chaque ville, possède sa Bourse du Travail, chaque bourgade sa Maison du Peuple, chaque rue sa coopérative, chaque corps de métier son syndicat. L’esprit de groupement est chez nous une vieille tradition. L’homme isolé n’existe pas. On appartient à une chorale, une harmonie, une société de tireurs à l’arc ou à l’arbalète, de couloneux, de coqueleux… Ce sens du collectif, élevé au niveau supérieur, a permis aux ouvriers de créer des syndicats puissants (…) L’association n’est pas seulement une arme pour la défense des salariés. Grâce à elle, on voyage, on visite des villes, des monuments anciens, des cathédrales, des musées… Ainsi, moi, gamin, je m’étais inscrit à la fanfare locale où je soufflais dans un piston. Un beau jour, nous sommes allés jouer dans un port… Pour la première fois, j’ai vu la mer. »

 

Confidences de Maurice Thorez à Jean Fréville en 1946.

 

« Quelle différence entre ces terres fertiles de Picardie que traverse la Somme et les collines granitiques de la Creuse ! Sur les deux bords de la rivière, surtout aux environs d’Amiens, s’étendaient de petites îles, les « hortillons ». Les maraîchers circulaient dans leurs longs bateaux chargés à ras bord de légumes de toutes sortes. La terre était grasse, plantureuse, il semblait que les habitants d’une région aussi prospère dussent être tous riches. Je fus vite détrompé. Je retrouvais ici la même misère qu’ailleurs. À côté de la culture maraîchère, dont le damier multicolore s’étalait tout au long de la rivière, existaient les industries florissantes de la toile, du coton, du jute et du velours. Mais les fortunes insolentes des patrons s’édifiaient sur la pire exploitation humaine. Toute la population laborieuse de la vallée de la Somme (Ailly, Picquigny, Moulin-Bleu, Longpré, Pont-Remy, Abbeville et, plus au nord, Flixé, Saint-Ouen, Beauval) s’exténuait à des tâches ingrates, malsaines, parquée entre les murs d’ateliers étouffants. On trouvait encore, dans la banlieue d’Amiens, beaucoup de femmes « coupant » le velours à domicile. Les salaires ne dépassaient pas 40 à 50 sous par jour… À côté de ce dénuement, la vie pourtant si pénible des mineurs du Nord et des paysans de la Creuse me paraissait digne d’envie. »

 

Fils du peuple.

 

Je n’ai jamais été communiste, beaucoup de mes amis l’ont été, car c’était pour moi une nouvelle Église où régnait le dogme, l’infaillibilité du Parti. Les militants étaient admirables de dévouement, de courage et d’abnégation. Un temps, celui des combats contre les conflits coloniaux, j’ai fait partie du Secours Rouge et je les ai côtoyés. Jamais il ne me serait venu à l’idée d’aller m’engager dans la vieille SFIO de Guy Mollet, repaire de laïcards obtus, de fonctionnaires poussiéreux. C’était pourtant la Gauche, celle qui aujourd’hui implose, se délite sous le poids de ses contradictions longtemps masquées. J’ose l’écrire : c’est heureux !

 

Dieu que soudain Juppé me paraît soudain vieux !

 

Abondance de biens nuit à droite face au désert de la gauche capable de se mettre les mains dans le cambouis.

 

« Quelle stratégie permettrait à François Hollande de remporter l'élection présidentielle de 2017 ? Gérald Darmanin a sa petite idée. Le vice-président Les Républicains de la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie estime en effet que la meilleure chance du président de la République passe par une démission. "Si j'étais François Hollande, je démissionnerais en expliquant qu'on m'empêche de réformer. Et je me représenterais dans la foulée, explique l'ex-député estimant que c'est sa seule chance, car il diviserait la droite et tuerait la primaire".

 

Grâce à cette stratégie, François Hollande accentuerait encore plus les divisions entre tous les candidats à la primaire de la droite et du centre. Ils se déchireraient pour savoir qui serait le meilleur pour la représenter. Du côté de la gauche, François Hollande aurait toutes les cartes en main. Il maîtriserait parfaitement la primaire, qui ne pourrait pas avoir lieu, faute de temps. »

 

Déluge de candidats sur la primaire de la droite

 

 « En ce printemps perturbé par un orage social à gauche, la droite traverse une zone d’averse très active. Sur les plateaux des « 20 heures » ou sur les scènes de meeting, un déluge de candidats s’abat sur la primaire. Un œil sur la météo médiatique, chacun a choisi sa fenêtre de tir. Si François Fillon et Alain Juppé se sont révélés précocement (en mai 2013 et août 2014), Nadine Morano, Hervé Mariton et Jean-Frédéric Poisson se sont, eux, lancés en août et en septembre 2015. Et, depuis le début de l’année, Frédéric Lefebvre, Jean-François Copé, Bruno Le Maire et Nathalie Kosciusko-Morizet ont rejoint la cohorte des ambitieux. Pour le moment, ils sont neuf. En attendant la suite…

 

Car Michèle Alliot-Marie y réfléchit, Henri Guaino se tâte. Et les adhérents de l’UDI votent la semaine prochaine pour faire participer l’un des leurs. De son bureau de la rue de Vaugirard, Nicolas Sarkozy observe cette agitation, notamment celle de ses anciens proches qui ont largué les amarres, et évoque ces « candidats à la candidature ». Il relativise en déclarant : « Que je ne sois pas candidat libère un certain nombre d’énergies, et je préfère les mouvements politiques où il y a de l’énergie à ceux où il n’y en a pas. »

 

Quand je vois le couple Mailly-Martinez flanqué du nouvel avatar de l’UNEF, dire que de mon temps il y avait une UNEF-idées ! Bergeron revient, y’a du grain à moudre !

 

Et puis il y a l’ignoble Barbarin, ce Prélat, grand défenseur de la famille et des enfants lors de la grande Manif, qui ne trouve rien à redire lorsqu’un curé plonge ses sales paluches dans le calbar d’un scout. Ah, oui, il prie. Son Dieu doit être heureux !

 

Il y a 5 ans Fukushima.

 

Estier le compagnon de route de Mitterrand vient de passer l’arme à gauche.

 

Aucune lueur à l’horizon

 

« Les moins de vingt ans ont sans doute oublié – et on les comprend ! – qu’à la fin du siècle dernier, à une époque où la réélection de François Mitterrand ouvrait, à gauche, la voie de la relève, le Nouvel Observateur, sous la plume de l’auteur de ces lignes, avait publié un article qui, pendant quelques jours, avait fait quelque bruit dans le Landerneau socialiste. Son titre : «La fusée Delebarre». On y décrivait par le menu – et avec un brin d’innocence – les ambitions et la stratégie d’un quadragénaire de talent, élevé sous l’aile protectrice de Pierre Mauroy, d’abord à la mairie de Lille puis à Matignon, et à qui la rumeur promettait ce qu’on appelait alors «un destin national».

 

Emmanuel Macron, comme Michel Delebarre et tant d’autres d’une moindre notoriété que l’Histoire a oublié depuis bien longtemps, appartiennent à la catégorie de ce que la presse appelait autrefois des «rénovateurs». C’est à dire, des responsables politiques dotés d’un parcours atypique, nouveaux dans le système en raison de leur âge mais ayant su profiter de leur rapide intégration dans les cercles les plus élevés du pouvoir pour développer un discours suffisamment hétérodoxe pour être perçu à la fois comme novateur, crédible et mobilisateur.

 

Le rénovateur est la figure inversée du frondeur. Son obsession n’est pas la fidélité à une tradition ou à des textes sacrés. C’est parce qu’il est différent, qu’il s’estime original. C’est parce qu’il se juge original qu’il croit être moderne. Enfin, c’est parce que souvent, en effet, il est original et moderne qu’il trouve dans le soutien de l’opinion, le carburant d’une popularité à laquelle ses aînés ne peuvent plus prétendre […]

 

Le ministre de l’Économie ne campe plus désormais aux portes de la politique traditionnelle. Il tenait à l’évidence à ce que cela se sache. Ce faisant, il saute à pieds joints dans ce qui en constitue le cœur battant – ou tout au moins, ce qui l’en reste –, c’est à dire la présidentielle et, avant elle, la primaire qui s’imposera à gauche, dés que François Hollande aura rendu les armes.

 

C’est d’ailleurs l’hypothèse désormais crédible du renoncement de l’actuel Président qui, en créant un vide, vient d’installer, par voie d’aspiration, Emmanuel Macron dans un nouveau rôle qui lui fait perdre tout ce qui, jusque-là, faisait son originalité et, partant, sa force de séduction auprès de larges secteurs de l’opinion. Dans pareil processus, il n’est pas le premier à abandonner, du jour au lendemain, les attributs réels de la rénovation tels qu’il les avait lui-même établis. Et après tout, pourquoi pas.

 

Emmanuel Macron vient de défroquer. Peut-être a-t-il bien fait, vu ce que l’on sait désormais de ses faibles capacités de résistance face aux lois du désir. La patience n’était manifestement pas sa qualité première. Comme Bruno Le Maire, son frère jumeau de la droite, il a «envie, très envie». Le voilà engagé sur un chemin dont il rêvait sans doute de longue date. En politique aussi, l’occasion fait le larron. L’occasion était là. Il l’a saisi au passage. Ce mouvement est trop brusque, trop net, trop en contradiction avec la posture qui avait été la sienne depuis quelques années, pour être susceptible, en tous cas, du moindre retour en arrière.

 

Lire ICI Macron ordinaire 

 

Au secours Onfray revient !

 

« La maladie de la demande d’amour est la marque de l’époque. Et Michel Onfray n’y échappe pas, qui manifeste la même incapacité sentimentale que Cyril Hanouna à supporter les attaques des ennemis. On peut être célèbre, riche, écouté, chacun dans son genre, qu’il s’agisse de philosophie ou de télévision, et souffrir au point de se poser en réincarnation du martyr de Saint Sébastien.

 

Le paradoxe est total. Onfray passe son temps à dénoncer le fonctionnement d’une machine médiatique gangrenée par l’argent, la complaisance, la connivence, la haine, le buzz, sans paraître intégrer l’idée qu’il se retrouve lui-même en vedette à la Une du Point pour les mêmes raisons qu’il vilipende.

 

Le buzz Onfray, qui repose sur la haine et la passion, c’est aussi une cash machine médiatique, d’où la complaisance objective à l’ériger en héros des temps modernes. Oui, n’en déplaise à l’intéressé, c’est bien le phénomène Onfray est mis en abyme de lui-même à la Une du Point. Et le lecteur qui s’empresse de lire en quête de bashing n’est pas déçu.

 

Quand on sort de la lecture de cette interview, empreinte d’une détresse émotionnelle à la limite du supportable, on pense à Maurice Pialat, Palme d’or sifflée du festival de Cannes 1986: « Vous n’aimez pas? Sachez que je ne vous aime pas non plus ».

 

Lire ICI 

 

« Je viens d'enlever mon alliance » NKM

 

L'actuelle présidente du groupe Les Républicains au Conseil de Paris annonce dans les colonnes du magazine Elle son divorce avec son désor­mais ex-mari Jean-Pierre Philippe.  D'une simple formule, « je viens d'enlever mon alliance », elle entend couper court aux rumeurs qui pour­raient la toucher dans ces moments durs. La phrase semble également tirer un trait sur 12 ans de mariage, 19 ans de vie commune avec son mari, également « conseiller de l'ombre », avec lequel la femme poli­tique a tout vécu ou presque.

 

Jean-Pierre Philippe explique ce qui le fascine chez celle qui est alors encore son épouse: « Elle fait de la peinture à l’huile, de la tapisserie, joue du violoncelle, elle a tous les talents, je n’en ai aucun ».

 

Enfin un éclair de lucidité de ce cher JPP…

Partager cet article
Repost0

  • : Le blog de JACQUES BERTHOMEAU
  • : Espace d'échanges sur le monde de la vigne et du vin
  • Contact

www.berthomeau.com

 

Vin & Co ...  en bonne compagnie et en toute Liberté pour l'extension du domaine du vin ... 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

Archives

Articles Récents