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11 août 2015 2 11 /08 /août /2015 06:00
Le feuilleton de l’été Taulier (1) : qui couche avec la baronne des Sables de Sainte Émilion ?

Agrafé tout de traviole sur la porte de mon 5e sans ascenseur de l’Impasse du marché aux chevaux, dans le 5e arrondissement, un bristol tout jauni indiquait sans équivoque à la chalandise ma raison sociale : Eugène Tarpon Jr, privé.

 

Faut avouer que le chaland ne se bousculait pas dans mon 10 m2 sur cour vu qu’en bas, sur la rue qu’est une impasse, y’avait pas la moindre plaque de cuivre à mon nom et profession, car le syndic de la copropriété, un gros véreux, me l’avait refusé pour un beau paquet de raisons, dont une m’avait scié à la base : « je n’avais pas la gueule de l’emploi. »

 

Et pourtant, « bon sang ne saurait mentir » pensais-je sur le coup, Eugène Tarpon mon père, Tarpon un nom de poisson, eut son heure de gloire dans la Série Noire de Gallimard avant de prendre la gueule de Jean-François Balmer au ciné. Pandore déchu pour avoir envoyé ad patres un plouc breton déversant son fumier sur la chaussée, poivrot invétéré, quand il était beurré à point comme un petit LU, sur le bord de mon lit, il marmonnait que j’étais le fils d’une mère maquerelle et que j’étais né un matin au 5 bis de la rue de la Grange aux Belles près du Canal Saint-Martin.

 

Délire d’ivrogne, ma mère infirmière-chef à l’hôpital Beaujon s’était tirée vite fait mal fait avec un jeune interne boutonneux qu’était parti s’installer comme toubib du côté de Bordeaux où sa famille possédait un château pissant du pinard, un GCC qu’y disaient les canards à pinard. Vu que ma génitrice me laissa tomber comme un baluchon de linge sale, il est vrai que je faisais alors encore pipi au lit, le pauvre hère qui me servait de père m’a lourdé. Destination immédiate : ma grand-mère paternelle, bretonne de son état, baignant dans l’eau bénite, empileuse de sardines à l’huile en usine à Saint-Guénolé.

 

Qu’est-ce que je me suis fait chier à Saint-Guénolé ! Même que j’ai été enfant de chœur pendant un paquet d’années. Mémé sentait l’huile d’arachide et ronflait comme un sonneur de biniou. J’étais tout boulot car la mémé me gavait comme une oie. Mon teint rougeaud avec des petits yeux de goret et des cheveux tout filasse, mes courtes pattes et mes doigts potelés, mes frusques miteuses, m’handicapaient grandement auprès des filles. Je me rattrapais en les faisant rigoler. Du bagout j’en avais, mémé disait que je tenais ça de ma salope de mère, ce qui me ravissait : pour une fois qu’elle m’avait donné quelque chose celle-là. Quand je poussais le bouchon trop loin mémé me calmait d’un beau revers de main. Des torgnoles j’en ai reçu, pas trop tout de même car je me rebiffais en menaçant la grand-mère de la dénoncer au curé.

 

J’ai toujours été un ramenard un peu flemmard. De mon père le seul truc que j’ai reçu en héritage c’est un goût très prononcé pour me foutre dans la merde et d’y patauger. Quand mémé a passé l’arme à gauche mon pater m’a flanqué en pension mais, comme y pouvait plus payer, les curés m’ont viré. C’est alors qu’au lieu de rentrer à Paris j’ai pris la route avec mon baluchon. La suite de ma courte histoire de routard ne présente guère d’intérêt, j’ai tout fait et j’ai rien fait, avant de me retrouver dans mon 5e sans ascenseur, Impasse du marché aux chevaux dans le 5e arrondissement. Ma seule passion c’était les livres. M’en goinfrait. J’en volais. Carburer à l’imprimé me permettait d’exister. Je bouffais de tout mais, quand ça me tombait sous la main, je bouffais bien.

 

Chez moi, la limite entre ce qu’on appelle la vie, celle que tu vis, et celle que je forniquais dans ma tête, a toujours été floue. Autour de moi, surtout mes employeurs car j’ai même eu peu de gonzesses dans ma vie, on disait que j’étais toujours à côté de mes pompes, alors que ce qui me trottait dans la tête depuis longtemps c’était de mettre mes grôles dans celles de mon père. Les jours de déprime, je me trouvais prétentieux et velléitaire, mon père, aussi pochard qu’il fut, avait su se glisser dans les lignes d’un héros romanesque. Alors pour remonter à la surface je me plongeais dans mes livres jusqu’à plus soif. Moral revenu au beau fixe je me lovais à nouveau dans la peau d’Eugène Tarpon qu’avait eu la bonne idée de me donner le même prénom que lui.

 

Et puis, un beau jour, tout a basculé sans que j’y sois pour grand-chose. Ça m’est tombé dessus. À l’époque je vivais en pavillon avec une veuve beaucoup plus âgée que moi tout en végétant comme vigile au Carrouf de Pontault-Combault. Tous les soirs je rentrais chez elle, la bicoque était à elle, comme un âne qui recule. La retrouver, son gros cul posé sur le canapé, face à sa télé, me déprimait. Y’avait jamais rien à bouffer. Par bonheur elle s’endormait devant sa télé ce qui me dispensait de la sauter. Le plus souvent je retardais l’échéance, au café des Sports, à coup de petits jaunes. La bande de bois-sans-soif avec qui j’étayais le zinc jouaient à tout ce qui pouvait se jouer. Moi pas car, comme la chance et moi ne faisions pas très bon ménage, je préférais m’abstenir. Et puis un vendredi soir, alors que j’en avais fini avec mes jaunes, suis allé pisser avant de m’en aller. Dans les chiottes, sur le dévidoir de PQ y’avait un formulaire de l’Euro-Millions. Il était rempli, un gars devait l’avoir oublié. Je l’ai glissé machinalement dans ma poche de veste. En tirant la chasse je me suis mis à gamberger, l’aspiration rauque du siphon me précipitait dans le vide de ma vie.

 

En me rebraguettant je gueulais « Putain de merde, ducon bouges-toi les fesses ! » Tous ces gros cons alignés en rang d’oignons face à la caisse pour jouer me renvoyaient ma sale image à la gueule. Foutu, t’es foutu mec. Je fulminais. Péter un câble me pendait au nez. Fallait que je fasse sauter la soupape ! C’est Simone, la femme du patron, qu’est bien roulée mais qu’a la tronche de travers, qui m’a dégoupillé en m’étalant un beau sourire. Ça m’a donné envie. Simone m’envoyait des pleins phares. J’ai triqué. J’ai joué. J’ai gagné.

 

Direction Paris, non pas pour mener la grande vie mais pour m’installer dans mon bureau miteux au 5e sans ascenseur, Impasse du marché aux chevaux dans le 5e arrondissement. Mon pognon je l’ai tout mis sur un compte non rémunéré à la Caisse d’Épargne. Pas question d’y toucher. Pour m’installer j’ai pioché dans mes maigres économies. C’était une question d’honneur vis-à-vis des mannes de mon vioque. J’allais relever le défi, le réhabiliter lui qui avait fini à l’hospice. Mes débuts furent calamiteux, un seul client qui me refila un chèque en bois. Têtu je m’accrochais en campant dans mon bureau, bouffant des sardines à l’huile, en souvenir de la grand-mère, et du camembert. Faut être aussi con que moi pour vivre comme un mendigot alors que j’avais un gros magot qui roupillait sur un compte.

 

La chance ne sourit pas qu’aux audacieux mais aussi aux merdouilleux dans mon genre. Pour faire mes filoches je m’étais acheté un vélo d’occasion, un Raymond Poulidor violet. Ça allait bien à mon état de looser. Je pédalais dans Paris, surtout la nuit. C’est ainsi que je me suis retrouvé un soir dans un bar, une cantine d’altitude tenue par des filles bien roulées. Elles m’ont déniaisé, mentalement j’entends. Au début, leurs vins qui puaient me ramenaient à la Bretagne et son lisier de gorets. Et puis je m’y suis fait. Ça m’a même guérit des petits jaunes. J’étais chez elles, dixit le gros Mao variqueux, comme un poisson dans l’eau. Reines d’la com qu’elles étaient, l’m’ont filé le virus : j’ai acheté un vieux Mac, un ordinateur quoi, et me suis torché un profil Face de Bouc aux petits oignons. Addiction radicale !

 

Le démarrage fut du genre diesel, poussif, besogneux, les amis ne se bousculaient pas au portillon. Scotché à mon écran je guettais le moindre frémissement. Rien, morne plaine, peine perdue, sur la Toile je n’existais pas. Alors je me suis mis à poster les photos des boutanches de vin nature, les vins à poils que j’éclusais, en dézinguant les Grands Crus Bordelais. Vengeance rance à l’égard du château Mandigot que ma très chère mère menait d’une main de fer car son époux avait d’autres chats à fouetter. Je retrouvais ma verve de gamin. Faut dire que dans le marigot de Bordeaux le matériau était de choix, un vrai bouillon de culture. Eugène Tarpon Jr, privé attira sur son mur la fine fleur des mouches à merde tourbillonnant autour des crus. J’en profitai pour aller mettre mon tarin dans tous les bons coups de la profession. Ma surface médiatique croissait.

 

Tout ça était bel et beau mais pour ce qui était des clients, Nada !

 

Au tout début août, étant à sec, je m’apprêtais à déclencher le Plan Orsec. L’idée me vint de solliciter un prêt auprès de ma Caisse d’Épargne. Ma conseillère financière, Mlle Durand, qui me harcelait avec constance pour que je place mon magot, me reçut illico. Ma proposition de solliciter un prêt la jeta dans une forme d’attrition ricanante. Elle bafouilla, me jeta des regards suppliants, m’implora. Je lui concédai l’ouverture d’un Livret A en échange d’un prêt de 1000 euros pour assurer mon mois. Son sourire désespéré, alors qu’elle remplissait la montagne de papiers pour le prêt, vainquit mes dernières résistances. Bandant ce qui me restait de courage, tout à trac, je lui déclarai :

 

- Je serais ravi que vous acceptiez de dîner avec moi pour que nous discutions de mes placements…

Elle rougit et me dit oui.

 

Mademoiselle Durand, comme son nom de l’indique pas, était une vietnamienne adoptée par un couple de postiers du Kremlin-Bicêtre. Sans le savoir je venais d’avancer un pion essentiel sur l’échiquier de mon job de privé. Guilleret je regagnais mon bureau. Faisait beau, je me sentais un homme nouveau. Décidais de changer de peau. M’achetais des fringues, des pompes, m’offrais une nouvelle coupe de cheveux, des lunettes de soleil. Bon, je n’étais pas un Apollon mais, comme avec mon régime alimentaire spartiate j’avais fondu comme de la Vache qui rit, je me trouvais assez potable et sortable.

 

Y’a des jours comme ça où tout va, et même si les vaches maigres occupaient encore mon pré, ce jour se révélait être d’un excellent millésime.

 

Au bureau, grande première, sur mon écran ouvert, à ma page Face de Bouc s’étalait une demande d’ami émanant d’un certain « c’est à bouar ou à laisser »

 

Je cliquai de suite sur « accepter »

 

Quelques secondes plus tard je recevais mon premier message, de lui bien sûr : « qui couche avec la baronne des Sables de Sainte Émilion ? »

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10 août 2015 1 10 /08 /août /2015 06:00
Le feuilleton de l’été du Taulier en 10 épisodes avec Eugène Tarpon, un nom de poisson, qui plonge dans l’Enfer de Saint-Émilion…

Comme vous le savez j’ai une addiction toute particulière pour l’AOC Saint-Émilion car, comme le disait le vétérinaire de mon père, c’est un beau cas. Elle a un petit côté Galeries Lafayette car il s’y passe toujours quelque chose.

 

J’y compte une poignée d’amis et une flopée de gens que j’insupporte car en effet je suis insupportable avec mon goût immodéré de ramener ma fraise à tout propos alors que nul ne me demande rien.

 

Comme le disait Niels Bohr prix Nobel de Physique « Un expert est une personne qui a fait toutes les erreurs qui peuvent être faites dans un domaine très étroit. »

 

J’ai tété le lait des grands polards américains, bouffé aussi du Frédéric Dard et fait du vocabulaire avec Audiard, un expert « Quand on parle pognon, à partir d’un certain chiffre, tout le monde écoute. »

 

Ancien 68 huitard j’ai découvert Jean-Patrick Manchette et son Eugène Tarpon

 

« Après avoir exploré sur deux années quelques intrigues offertes à l’auteur de roman noir, Manchette s’attaque à une figure du genre, le détective privé. Hommage à ses glorieux aînés d’outre-Atlantique ou même plus proches, Manchette, comme pour les intrigues précédentes, décide d’inscrire son personnage dans le présent.

 

En 1973 paraît le premier des deux romans narrant les aventures d’Eugène Tarpon. Il s’intitule Morgue pleine.

 

Tarpon est un ancien gendarme devenu enquêteur privé. Le décor est posé en quelques lignes, il vit dans un appartement qui lui sert également de bureau. Son lit, transformé en canapé dans la journée, est dans l’antichambre, son bureau juste à côté et une cuisine complètent le tout. Les WC sont sur le palier. Un lieu de vie simple, spartiate, Morgue pleine (Gallimard, 1973) qui est quand même parvenu à lui grignoter ses économies. Tarpon est au plus bas, financièrement, quand l’affaire commence… Nous sommes indiscutablement chez Manchette, les descriptions sont rapides et efficaces et l’intrigue est lancée immédiatement. »

 

Eugène Tarpon dans Morgue pleine :

 

« Il s'est levé avec un sourire de mépris, il a jeté sa cigarette sur la moquette et il l'a écrasée paisiblement avec son pied. J'ai voulu poser mon verre sur le coin du bureau et il a oscillé et dégringolé sans se casser, et j'ai fait deux pas vers le jeune mec que j'ai empoigné au col. Il a essayé de me repousser en me collant son poing dans les côtes et je l'ai frappé à l'estomac, très sec. Il s'est tout de suite plié en hoquetant. Il était léger. J'avais honte de moi. Je luttais de toutes mes forces contre la honte. Je ne savais pas comment nous en étions venus là. - Espèce de vieux con, sale flic ! Il a murmuré. Je l'ai redressé contre le mur. Mes lèvres étaient tout près de son visage. Il était très pâle, il avait un masque de Méduse, sous ses cheveux crépus. - Écoute, petit. Essaie pas de lutter. Fous le camp. Et je veux dire, pas seulement de chez moi. Barre-toi de ta boîte, barre-toi de toute cette merderie. Tu m'entends ? Il n'y a plus rien à faire. C'est fini. - Vous puez l'alcool, il a observé. Vous êtes complètement bourré. Lâchez-moi. Je l'ai lâché ». (p. 26-27)

 

La morne plaine parisienne d’août aidant j’ai donné un fils à Eugène Tarpon et je me suis lancé à l’aveugle, comme nos grands experts de la dégustation pour pondre une quinzaine de pages au fil de mon imagination.

 

À la manière du rosé piscine qui est très tendance je vous propose Le feuilleton de l’été du Taulier en 10 épisodes à consommer sans modération en tout lieu et à toute heure du jour et de la nuit.

 

Bonne lecture… et large soif !

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9 août 2015 7 09 /08 /août /2015 07:00
CHAP.15 opération Chartrons, Le Maire a gagné la primaire des quadras Au pouvoir, le papier prend le dessus sur la vie. En peu de temps on perd une certaine candeur, on se durcit, une part de soi se décolore.

Avec Aragon

 

Tes yeux sont si profonds qu’en me penchant pour boire

J’ai vu tous les soleils y venir se mirer

S’y jeter à mourir tous les désespérés

Tes yeux sont si profonds que j’y perds la mémoire...

 

Partir… Revenir…

 

Sur mon petit carnet j’ai noté : elle embarque à 19 :00 sur le PIANA le ferry le plus moderne de la Compagnie La Méridionale. Elle arrivera  06 :45.

JMG Le Clézio « Il y a un esprit des îles... Ce n’est pas facile de dire en quoi cela consiste, mais cela se sent... C’est d’abord et avant tout, un sentiment de l’étrangeté. Ou de l’étranger. Être insulaire, être né dans une civilisation d’îles, cela veut dire qu’on est séparé, éloigné, écarté des autres... On est, naturellement, et irrémédiablement, isolé... Leurs frontières c’est la mer, et la mer n’est pas une véritable frontière. »

 

La Corse «Une montagne dans la mer» qui scinde son territoire avec l’«en-deçà»(le versant oriental) et l’«au-delà des monts» qui traduit une césure sociale «la terre du commun» et «la terre des seigneurs».

 

Dès que l’on pénètre dans les terres, que l’on monte « au village » on comprend ce qu’est l’isolement de l’intérieur. Fut un temps, pas si éloigné, où la plupart des villages perchés, nids d’aigles suspendus à la falaise, étaient inaccessibles. « Deux communes adossées aux flancs de la même montagne, et seulement par un trajet de quelques heures, demeurent sans communication d’aucune sorte pendant plusieurs années »

 

Ici « le kilométrage théorique est moins utile que... le nombre de lacets de la route pour juger de la longueur du trajet. »

 

Malraux, dont on connaît l’art de la formule choc, écrivait « De Gaulle avait son mystère, comme nous avons la Corse » et il précisait « Il y avait en lui un domaine dont on savait qu’on ne l’éclairerait jamais. C’est cela que j’appelle la Corse »

 

Garder sa part de mystère, sa part d’ombre, c’est s’accepter homme, c’est accepter l’autre. La Corse irrite certains, elle me fascine car elle est singulière dans un monde qui se lisse. Oui, la Corse est unique, les insulaires le répètent à l’envi jusqu’à l’outrance.

 

Jean-Louis Andreani dans son remarquable livre « Comprendre la Corse » écrivait:

 

« La Corse existe, avec son histoire, sa mémoire, la fierté d’une île et d’une humanité très anciennes, qui n’oublient rien, marquées par la mort et le tragique ; la Corse existe avec ses archaïsmes, ses contradictions, ses rigidités, sa revendication d’identité et son envie de vivre comme le reste de la France, ses richesses humaines et ses petitesses, ses énergies et ses forces destructrices, sans conteste plus fortes qu’ailleurs. C’est un monde particulier, au bord du continent. Il ne sert à rien de le nier, ou de faire comme si on pouvait, justement, ne rien faire et laisser filer, pour ensuite s’insurger de la situation »

 

Bruno Le Maire je l’ai pratiqué, c’est de l’acier trempé, froid, intelligent, tranchant, mais aussi flexible, ondoyant, charmeur pour ceux qui servent ses intérêts immédiats, sans état d’âme lorsqu’il s’agit de grimper un degré supplémentaire du pouvoir. Sa candidature à la présidence de l’UMP, comme celle à la Primaire se situent dans une stratégie de prise de dividendes politiques qu’il entendra bien monnayer auprès du gagnant de la Primaire, le poste de Premier Ministre, sa préférence allant bien sûr à Sarkozy.

 

Bruno Le Maire a gagné la primaire des quadras à droite. Ce n'était pas gagné il y a encore un an, mais sa candidature à la présidence de l'UMP, son bon score, puis ses prises de position successives et son opportunisme politique ont fait de lui le quadra le mieux placé et même l'incarnation de la relève derrière les barons de la droite traditionnelle qui ont tous, pour ce qui est d'Alain Juppé, de François Fillon ou de Nicolas Sarkozy, plus de 60 ans.

 

J’ai lu Jours de Pouvoir.

 

Dans l'épilogue à ses Mémoires, Saint-Simon notait, à propos de ce genre littéraire, qu'« il n'y en peut avoir de bons que de parfaitement vrais, ni de vrais qu'écrits par qui a vu et manié lui-même les choses qu'il écrit, ou qui les tient de gens dignes de la plus grande foi, qui les ont vues et maniées ; et de plus, il faut que celui qui écrit aime la vérité jusqu'à lui sacrifier toutes choses ».

 

La question de la vérité, celle aussi de l'impartialité, Bruno Le Maire ne manque pas de se les poser, dès le préambule de Jours de pouvoir, journal tenu au quotidien de sa participation au troisième gouvernement de François Fillon (14 novembre 2010-10 mai 2012) :

 

« Qui parle ici ? Pas un témoin, mais bien un acteur [...]. Le témoin ne prend pas de risque. Or on ne peut pas dire la vérité du pouvoir sans prendre de risque, faire un pas de plus. Et ce pas est un saut : on bascule dans une autre vie, avec son anxiété, sa violence. Si la vérité du pouvoir est dans son exercice, alors elle est aussi dans les tripes et dans la rage de ceux qui le détiennent. »

 

« Sur mon bureau se sont ­accumulés des parapheurs par dizaines [...]. Au pouvoir, le papier prend le dessus sur la vie. Les rencontres humaines sont plus rares, moins franches et moins disponibles, on pare au plus pressé. Les notes remplacent les discussions, les ­arbitrages se rendent dans la solitude. En peu de temps on perd une certaine candeur, on se durcit, une part de soi se décolore... »

 

« Dans le sillage d'un Sarkozy auquel plus personne ne croit, pas même ses alliés, Le Maire a perçu la menace. « A mesure que le pouvoir lui échappait, et donc que le mien se réduisait, le moment est venu où tout allait finir dans le silence. Rien ne serait conservé », a-t-il compris. Le voilà qui note cette montée vers la défaite, les regards cruels et les meetings de la dernière chance. Ce halo de désenchantement s'insinuant sous les dorures de l'Elysée est la matière première de son récit. Car autour du président, c'est presque une veillée funèbre. Une assemblée de sceptiques, au mieux, de croque-morts, au pire, qui décrivent entre eux, à l'avance, la disparition de leur champion. Ils ne mentent pas, cependant, devant Sarkozy. Une armée d'élus, de présidents d'association, de syndicalistes défile pour lui dire les ratés de sa politique. Face à eux, ils trouvent un monstre de déni. « Je vais te dire, mon Bruno, ça va plutôt pas mal ! », répète le malade, conscient que, s'il cède au défaitisme ambiant, tout s'effondrera. »

 

Un jour, dans l'un des livres du Prix Nobel de littérature Imre Kertész, Bruno Le Maire lit ceci : « Quoi que vous croyiez, si un jour vous prenez le pouvoir, vous aurez à décider de la vie et de la mort ; et quoi que vous ayez cru, vous vouliez prendre le pouvoir pour pouvoir décider de la vie et de la mort. » Face à lui, dans l'avion présidentiel, Sarkozy lance l'intervention française en Libye.

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2 août 2015 7 02 /08 /août /2015 07:00
CHAP.15 opération Chartrons, la petite bergerie de Nico en Corse à 34 200 euros la semaine, son pote « Jacques Séguéla est-il un con ? »

Paris au mois d’août, faire face à une épreuve redoutée : son absence. Je ne sais sur quel pied danser entre profiter de ce moment de solitude pour m’immerger dans l’écriture ou partir, tracer la route pour éviter le manque d’elle. J’ai décidé de ne rien décider, de me laisser porter par les circonstances en inscrivant, en grand au-dessus de mon écran, « L'absence ni le temps ne sont rien quand on aime. » Et, comme je l’aime tendrement, cette petite poignée de jours, ce gros paquet de kilomètres, ne pourront faire écran entre nous. Ce qui est formidable avec elle c’est qu’à chaque fois qu’elle lève pour moi le voile d’une parcelle de sa vie d’avant, ce balcon londonien, cet espace de tendresse, ce beau moment, beau souvenir, mon amour pour elle enfle tel une voile sous le vent. C’est extraordinaire, les mots pour le dire sont trop intimes, si puissants, que je ne peux les déflorer, ce serait trahir, alors je les garde en moi pour les savourer, les chérir, en apprécier le suc. Le pays de son corps, sa peau douce, la chute de ses reins, la gorge de ses seins, sa nudité… le contempler ce pays… l’effleurer du regard… l’imaginer aussi lorsque monte la houle du plaisir. Apaisé, serein, ma quête d’elle n’est pas possession mais contemplation. « Le contemplateur verse de l’eau sur le sable sans espoir d’y créer une flaque, juste pour la voir scintiller avant de disparaître. » Existe-t-il une plus belle preuve d’amour que cet extrême besoin d’elle dépourvu des grilles, des griffes de la possession? S’abandonner…

 

Si tout désir n'est pas amour, tout amour est bien désir… L'amour écrit Platon, « aime ce dont il manque, et qu'il ne possède pas ». Le manque est son essence ; la passion amoureuse, son sommet. Un manque satisfait disparaît en tant que manque : la passion ne saurait survivre longtemps au bonheur, ni le bonheur, sans doute à la passion. « Aime-moi tant que tu le désires, mon amour ; mais ne nous oublie pas. »

 

Et si je m’embarquais sur un cargo-mixte en partance pour DjiboutiAden ArabiePaul NizanJules Supervielle et ses palmiers de zinc…

 

Il fait à Djibouti si chaud,

Si métallique, âpre, inhumain,

Qu’on planta des palmiers de zinc

Les autres mourant aussitôt.

 

Quand on s’assied sous la ferraille

Crissante au souffle du désert,

Il vous tombe de la limaille,

Bientôt vous en êtes couvert.

 

Mais vous possédez l’avantage,

Sous la palme au fracas de train,

D’imaginer d’autres voyages

Qui vous mènent beaucoup plus loin.

 

Extrait de Débarcadères, 1922

 

Je lis le mot de Jean-Claude Guillebaud dans Le 1 :

 

« À Djibouti, j’aime par-dessus tout le port de Tadjourah. J’y retourne depuis 1973 ! Or ce sultanat de légende a changé. L’ancien exotisme qui en était la marque s’est comme évanoui dans l’histoire. Aujourd’hui, la réalité offre moins de prise aux clichés. Tadjourah – goutte de silence et de paix à deux pas des carnages de l’Érythrée – invite aux réajustements du regard. Les réfugiés y affluent, mais aussi la modernité. Cette petite fille qui surveille les chèvres à l’ombre d’un épineux est-elle encore une image « immémoriale » ? Plus vraiment. Dans ses écouteurs passe Michaël Jackson au format MP3. Quant aux caravanes de dromadaires qui partent toujours pour l’Abyssinie, comme il y a mille ans, elles transportent sous leurs chiffons et leur marmaille les produits dernier cri de l’électronique japonaise ou coréenne. Même à Djibouti, le vieux monde s’éloigne. »

 

Et pendant ce temps-là notre Sarkozy offre à Carla pour les vacances « un petit coin de paradis », dans une résidence de 2500 hectares entre Sartène et Bonifacio, en Corse pour la coquette somme de 34 200 euros pour la première semaine du mois d'août. C’est le Canard Enchaîné qui l’écrit. Mais lui « a raconté à ses proches que le proprio allait lui faire un prix d’ami : il n’est plus habitué à payer les villégiatures qu’il veut bien honorer de sa présence. »

 

Le poprio, Paul Canarelli, est un pote à lui. Notre ex n’y croisera pas un ex-habitué du lieu : Richard Casanova, pilier du gang de la brise de mer et ami de Canarelli, tombé sous les balles ennemies le 23 avril 2008. Ce brave Paulo est par ailleurs, dans le collimateur des gendarmes et du ministère de l'Environnement. Encore une vengeance de la Ségo qui n’a toujours pas digéré leur débat télé de mai 2007. En cause: un permis de construire d'une de ses bergeries comme le révélait Le Monde en 2011, des plages rendues inaccessibles, mais pas seulement. Les inspecteurs de l'Environnement souhaitent vérifier que ce dernier ne puise pas trop dans les réserves d'eau pour « entretenir le green de son golf »,

 

À lire absolument : Les bergeries de la Sarkozie 

Le Monde | 26.08.2011

 

:"Je en regrette pas de l'avoir dit, mais surtout je voulais dire que la vie est un rêve, qu’il faut rêver de tout. La Rolex est un symbole et j’aurais pu dire une Ferrari, j'aurais pu dire un stylo Bic, peu importe, un objet culte dont on a envie. Il n’y a pas de raison de dire aux gens : 'Vous êtes condamnés à ne jamais vous faire le plaisir de votre vie.' Même si on est clochard, on peut arriver à mettre de côté 1 500 € ! On a le droit de rêver, nom de Dieu !" 

 

« Jacques Séguéla est-il un con ? » se demandait déjà Pierre Desproges en 1982

La question posée et développée un 25 octobre 1982, n'a pas pris une ride : « De deux choses l’une, ou bien Jacques Séguéla est un con, et ça m’étonnerait tout de même un peu, ou bien Jacques Séguéla n’est pas un con, et ça m’étonnerait quand même beaucoup. » Et l'humoriste disparu de conclure : « Merci majesté Séguéla, roi incontesté et solitaire de la réclame, merci à toi qui, seul de tous tes confrères, a réussi à nous convaincre, une fois pour toute, qu'une société sans publicité c'est aussi inconcevable qu'un poisson sans bicyclette. »

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26 juillet 2015 7 26 /07 /juillet /2015 07:00
Portrait de Charles Baudelaire par Franz Kupka

Portrait de Charles Baudelaire par Franz Kupka

À mon éveil, entre limbes et réalité, je n’avais nulle envie de la quitter, elle qui avait occupé ma tête toute la nuit, peuplé mes rêves, mis en images mes rêves les plus fous. Sauvé par la matinale de France Inter, par Antoine Compagnon, professeur au Collège de France, qui parlait de Charles Baudelaire avec des mots justes, des mots qui me touchaient. Baudelaire homme de tous les paradoxes, moderne et antimoderne, dandy et original, anarchiste de gauche et de droite, le poète du spleen, de la mélancolie, mais aussi du rire et du vin avec du Vin et du hachisch 

 

« Baudelaire résistait à la modernité, tout en étant son meilleur et tout premier observateur »

 

«Nous irons, à travers les ruines herbues de notre civilisation, chercher notre pâture, un fusil à la main.»

 

Mais surtout un Baudelaire chantant les femmes, l’amour, un Baudelaire, qu’en ce matin empli du bonheur de l’avoir effleuré en rêve, se faisait mon interprète, par la voix de Gainsbourg, pour lui dire mon amour.

Que j'aime voir chère indolente,

De ton corps si beau,

Comme une étoffe vacillante,

Miroiter la peau !

Sur ta chevelure profonde

Aux âcres parfums,

Mer odorante et vagabonde

Aux flots bleus et bruns,

Comme un navire qui s'éveille

Au vent du matin,

Mon âme rêveuse appareille

Pour un ciel lointain

Tes yeux où rien ne se révèle

De doux ni d'amer,

Sont deux bijoux froids où se mêlent

L'or avec le fer

À te voir marcher en cadence

Belle d'abandon

On dirait un serpent qui danse

Au bout d'un bâton

Sous le fardeau de ta paresse

Ta tête d'enfant

Se balance avec la mollesse

D'un jeune éléphant

Et ton corps se penche et s'allonge

Comme un fin vaisseau

Qui roule bord sur bord et plonge

Ces vergues dans l'eau

Comme un flot grossi par la fonte

Des glaciers grondants

Quand l'eau de ta bouche remonte

Au bord de tes dents

Je crois boire un vin de Bohème,

Amer et vainqueur

Un ciel liquide qui parsème

D'étoiles mon cœur !

 

Ce matin-là j’aurais écrit sur le post-it collé au dos du livre de Camilleri « j’aime tes nouvelles Knickers et tes ongles carminés… »

 

Le soir sur la terrasse, elle préparerait nos Spritz frappés, avec amour… La contempler…

 

Grâce à elle, par elle, j’écris.

 

Ma maîtresse, l’écriture, s’incarne en elle, j’ai besoin d’elle, de sa présence, de sa distance, de sa résistance…

 

Dans l’océan de solitude où le mois d’août, qui pointe son nez, va me plonger, sur mon radeau sans elle, j’affronterai la page blanche. M’accrocherai.

 

Pour résister au spleen, cher à Baudelaire, j’ai choisi de m’immerger dans ce que je connais le mieux pour l’avoir vécu de l’intérieur : LE POUVOIR.

 

Les gens de pouvoir, soudain confrontés à la peopolisation dit-on, au flux ininterrompu des réseaux sociaux, au jeu du miroir dans lequel ils se mirent, s’admirent, tout en dénonçant hypocritement cette intrusion, comme le fait Longueurs&Pointes, la fumeuse de clopes en loucedé sur les quais, l’incomparable Nathalie Kosciusko-Morizet dans Closer, une référence en la matière.

 

« Je suis contre la peopolisation de la vie politique. Je suis pour le respect de la vie privée, d'autant que c'est aussi le respect de la vie privée du conjoint. C'est déjà dur pour lui d'être avec quelqu'un dans la lumière », explique celle qui évoque d'elle-même dès la deuxième question un SMS de son mari qu'elle vient de recevoir.

 

« Seules les informations porteuses de sens politique doivent être publiées", ajoute-t-elle juste après avoir confié que « le créneau 19h00-20h30 est une forteresse dédiée à (s)es enfants ». « Je repasse toujours chez moi pour qu'ils me racontent leur journée et les embrasser avant de ressortir », raconte aussi cette opposante féroce au « déballage intime ».

 

« Les politiques ne peuvent réclamer aucun privilège particulier. Je suis favorable à la publication de toute information qui éclaire le choix des citoyens. A contrario, je réprouve toute atteinte à la vie privée, ce qui a pourtant tendance à devenir la norme. A chaque fois, il faut se demander : cette information est-elle utile pour le choix des citoyens, fait-elle sens, dénonce-t-elle un mensonge, révèle-t-elle une vérité utile au choix démocratique ? ».

 

Mais face à NKM il y a la 5e internationale des socialistes qui est l’internationale des petits pères des peoples, de Montebourg à Varoufakis.

 

Celle-ci va s’assembler dans les prés verts de Frangy-en-Bresse le village le plus enclavé de France, auquel on accède par une petite route de campagne qui ne permet pas à deux voitures de se croiser de front sans une importante prise de risque. Initié en 1973 par Pierre Joxe, ce rendez-vous dans un village bourguignon de 600 âmes est l'occasion chaque année de mettre à l'honneur un nouvel invité. Yanis Varoufakis, le trublion grec, l’homme à la moto sera l’invité du tandem Montebourg/Filippetti.

 

Succès médiatique garanti « On y dira du mal, de l’Europe, du FMI, de la BCE, de Merkel, des Allemands, de Jean Quatremer et d’Arnaud Le Parmentier et surtout de François Hollande. Les propos de Montebourg et Varoufakis seront retransmis en direct sur toutes les chaines d’info. Et ainsi s’écrira un (petit) chapitre supplémentaire dans la saga des Monte-Cristo du hollandisme. »

 

« L’opposant people à François Hollande est ainsi fait. De la vengeance avant toute chose, tel est son credo. De ce point de vue, le cas d’Arnaud Montebourg est assez révélateur de cette révolution politique de l’époque. Un pied chez Habitat, un autre à Frangy, l’ancien ministre ne dispose aujourd’hui d’aucune force politique organisée qui serait de nature à le camper en aspirant à la candidature présidentielle d’ici 2022. Le décalage est immense entre la réalité politique Montebourg, et sa capacité à générer du bruit médiatique. »

 

L’essentiel de l’activité du couple d’enfer formé par Aurélie Filippetti et Arnaud Montebourg n’a qu’un seul but : fomenter « leur vengeance contre François Hollande»

 

Au fond, quel objectif vise l’opposant people ? La réponse tient en un mot : la vengeance.

 

L’opposant people sait jouer de la viralité de l’information à l’ère des réseaux sociaux.

 

« Quand Valérie Trierweiler reprend un tweet mettant en relief l’expression «sans-dents», entrée dans le vocabulaire grâce au succès de son livre, Merci pour ce moment, elle sait qu’elle suscitera nécessairement l’engouement de sites d’actualités qui ont pour spécialité le buzz, engouement déclenchant aussitôt celui des sites plus généralistes. »

 

La COUR, la basse-cour, la cour de récréation, offre son minable spectacle aux yeux d’un peuple nourri au lait d’un Dallas revu et corrigé par Secret story. Avec la complicité des journalistes…

 

Montebourg, l’homme des fidélités successives, Montebourg qui sait détruire, mais qui ne sait pas construire. « Tout ce qui relève du travail de longue haleine, qui exige ténacité et volonté l’ennuie aussitôt. Ce qui le tient encore aujourd’hui en politique, c’est la détestation de François Hollande, qu’il cultive depuis 2002 avec un soin tout particulier. En cela, l’ancien ministre du Redressement productif ressemble à l’ancienne « Première dame » du début du quinquennat. Toute son action publique se résume à la volonté de se venger de François Hollande, ni plus, ni moins. Convenons que dans le genre, il se montre plutôt doué. »

 

Sur le petit sac en papier kraft qui enveloppait le basilic que j’ai pilé pour notre Pesto de Genovese j’ai écrit au crayon de papier

 

« L'absence ni le temps ne sont rien quand on aime. »

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19 juillet 2015 7 19 /07 /juillet /2015 07:00
Jean Lacouture, en 1991, quai de l'Horloge, à Paris. (Photo Robert Doisneau. Gamma-Rapho)

Jean Lacouture, en 1991, quai de l'Horloge, à Paris. (Photo Robert Doisneau. Gamma-Rapho)

Ce dimanche, sur cette terrasse ensoleillée, à déjeuner, face à elle, si belle, tout comme Paul Nizan dans Aden Arabie … je ne laisserais personne dire que mes 20 ans furent le plus bel âge de ma vie… Celui-ci, sans préavis, m’est tombé dessus le jour où je l’ai vu gravir, de son pas léger, des marches… qui était-elle… mon cœur déjà prisonnier allait rendre sans combattre les armes… embrasement… ne serait-il que passager ? Allait-il durer et allais-je tenir le choc de ce grand bonheur impossible ? Pourquoi venait-elle si tard ? Lui dire je t’aime relevait du rêve inaccessible. Alors l’aimer au fil des jours, tout simplement. Bonheur à chaque fois renouvelé que de la voir arriver, s’asseoir face à moi et de me glisser avec un plaisir non dissimulé dans mes habits de profiteur de bonheur. Élixir d’éternelle jeunesse, ce temps que je n’espérais plus me ravive, me fait vivre, et si elle prénommait son fils Arsène ? Ou pourquoi pas Andrea ? Mon imagination sans limite se nourrit d’elle mais, comme j’ai appris la patience, en flirtant un temps avec la jalousie, je garde mes mots, je les freine, les refreine, c’est si neuf, si éblouissant. Prendre les choses comme elles viennent, laisser le temps suspendre son vol, goûter, savourer, se laisser transporter par la musique en ce cabaret sauvage où elle est une reine que j’aime. Et si, au-delà de mes rêves, j’érigeais au bord de la mer, tout au bout de la dune, une grande maison pleine de lumière, offerte aux embruns, avec sa longue plage de sable fin où elle irait courir le matin… La voir aller et venir, vivre, sans crainte, sans contraintes, simple témoin ravi, toujours ébloui, au milieu de mes livres. Je capterais sa lumière, m’en infuserais. J’écrirais sans crainte.

 

Un post-it sur la porte du réfrigérateur « je t’aime… »

 

« Je me rappelle, étudiant, lorsque je lisais Polyeucte, je me disais : c’est de l’histoire ancienne, l’acte insensé d’un délirant, d’un possédé, un écho lointain des temps obscurs. Des gestes aussi extrêmes seraient inconcevables aujourd’hui au XXe siècle. Nous vivons dans des temps éclairés et modernes. Autour de moi – j’étais encore jeune –, toutes les voix me le garantissaient. Nous sommes toujours assurés, quel que soit notre siècle, de ne pas « retomber dans les erreurs d’autrefois ». Dans les années 1950, après les abominations de la guerre, nous redessinions le monde, dont nous ne doutions pas qu’il serait meilleur.

 

Et mes illusions d’étudiant se sont enfuies, une après l’autre. J’ai vu tomber les tours de Manhattan. J’ai vu un cameraman se faire sauter, avec son complice, pour assassiner le commandant Massoud, en Afghanistan. J’ai vu des attentats à Madrid, à Paris, à Londres, à Boston, à Gaza, à Mumbai, à Bagdad, à Alep, à Jérusalem, à Damas, à Beyrouth, à Tunis, à Paris encore, la tragédie au coin de chaque rue. Je sais qu’on fabrique, ici et là, des bombes portatives pour attentats-suicides, et qu’on les attache, parfois, à la ceinture des enfants, qu’il est ainsi possible de faire sauter à distance.

 

Je sais aussi qu’on ouvre parfois la cuisse d’un adolescent pour y introduire un explosif, et qu’on l’envoie marcher, en boitant, vers sa mort promise.

 

J’ai vu, l’année dernière encore, l’image de deux jeunes filles, dans l’État d’Uttar Pradesh, en Inde, pendues par une justice villageoise, parce qu’elles avaient été violées, ce qui les rendaient impures aux yeux ces indouistes intransigeants. Double et horrible peine.

 

Et d’autres abominations, un peu partout. Nous sommes toujours autrefois.

 

Et, quoi qu’on nous dise, qu’on nous parle de traditions millénaires, de relativité culturelle et de religions normatives, nous ne pouvons plus l’accepter. Ce n’est pas parce que les Aztèques pratiquaient les sacrifices humains que nous allons les remettre en faveur dans les environs de Mexico. »

 

Jean-Claude Carrière écrit, bien mieux que je puisse le faire, ce que furent mes espoirs de jeunesse et mon profond désappointement face à la pente de ce monde encore et toujours barbare. « À se demander si la violence – celle qui bâillonne, qui emprisonne et qui châtie, celle qui incendie (…) – n’est pas la preuve même de l’irréalité, de la fausseté d’un discours ; et même la seule preuve indiscutable (…). Nous pourrions dire avec certitude : celui qui, pour amener l’autre à sa croyance, à sa théorie, à sa vision des choses, utilise force et douleur est nécessairement dans l’erreur. Nous tenons là un critère qui ne souffre, peut-être dans l’histoire de notre monde, aucune exception. Il n’est pas possible d’imposer une vérité par la souffrance, à plus forte raison d’établir « la » vérité malgré elle. Aucune technique de cruauté n’y a réussi, n’y réussira. Pour la raison très simple que toute vérité qu’on impose, par le fait même qu’on l’impose, n’est pas, ne peut pas être une vérité. La raison du plus fort serait ainsi la pire. »

 

Glisser un signet dans son livre « tu es belle… »

 

Jean Lacouture est mort.

 

« Pour les journalistes, il était l’aîné de Gascogne. Il n’avait plus l’âge des cadets mais il en gardait la pétulance, le panache, le sens de l’amitié et une plume qui était comme la rapière de d’Artagnan, aussi rapide qu’acérée. Pour la gauche, il était une référence, dans ses convictions comme dans ses errements, qu’il rachetait par une sincérité pleine d’élégance. En tirant sa révérence vendredi, Jean Lacouture entraîne avec lui un pan de l’histoire de France, celle de la décolonisation, du gaullisme honni et respecté, du mitterrandisme ambigu, des grands hommes du XXe siècle et des journaux admirables de ces années-là, le Monde ou l’Obs, engagés et parfois pontifiants, boussoles faillibles mais aussi pièces d’orfèvre. »

 

« Avec De Gaulle, les Français « suivaient le grand druide dans la forêt pour aller couper le gui avec lui ». Avec Pompidou, « nous avons un conseil d’administration qui nous annonce le cours des valeurs mobilières »

.

« Son style d’écriture imagé, sensible à l’émotion et au détail, parfois emporté par son talent, exaspère les sobres. Ses scrupules humanistes énervent les tiers-mondistes. Son parti pris incommode les défenseurs de la neutralité, notion qu’il juge « absurde », car « toute enquête part d’un point de vue ». Pour autant, il a toujours nié être un journaliste militant et souligné que le reportage est par essence une menace « pour les idées qu’on s’était faites auparavant »…

 

Il confessera cependant avoir « à trois ou quatre reprises (…) tu certaines choses pour ne pas nuire à un certain camp », et notamment avoir minimisé les divergences au sein du FLN algérien, pour ne pas faire le jeu des adversaires de l’indépendance : « Une faute professionnelle », insistera-t-il. Sur la Révolution culturelle — imposée par Mao Zedong de 1966 à 1976 —, il fut banalement aveugle, déclarant : « Il me semble qu’à long terme, ce sera une action positive. » Cécité également très partagée à l’époque, il salue en 1975 l’arrivée au pouvoir des Khmers rouges cambodgiens, puis tarde à constater leur dérive génocidaire, pour lui inimaginable venant d’intellectuels qu’il avait côtoyés. Reconnaissant dès 1976 ses torts sur le sujet, il s’efforce de les réparer… »

 

« J’ai pratiqué une information sélective en dissimulant le caractère stalinien du régime nord-vietnamien. Je pensais que le conflit contre l’impérialisme américain était profondément juste et qu’il serait toujours temps, après la guerre, de s’interroger sur la nature véritable du régime. Au Cambodge, j’ai péché par ignorance et par naïveté. Je n’avais aucun moyen de contrôler mes informations. J’avais un peu connu certains dirigeants actuels des Khmers rouges, mais rien ne permettait de jeter une ombre sur leur avenir et leur programme. Ils se réclamaient du marxisme sans que j’aie pu déceler en eux les racines du totalitarisme. J’avoue que j’ai manqué de pénétration politique.» Difficile d’être plus sincère.

 

Et pendant ce temps-là nos petits médiocres s’épanchent, s’étalent sur les pages de nos journaux d’été « Les policiers qui me rejoignent en août s'entraînent en juillet. Sinon, même sportifs, ils auraient du mal à grimper. Et je ne les attendrais pas, ce n'est pas dans mon tempérament ! »

 

Qu’est-ce qui vous fait vibrer ?

 

« La souffrance, la compétition, la beauté. J’aime la montagne. A vélo, je ne fais pas de sorties en plaine. Je m’ennuie sur le plat, il faut que ça grimpe. Je monte assis sur ma selle, en force, alors que je préfère les coureurs qui grimpent en danseuse, comme Contador. Quand je suis en vacances dans le Haut-Var, tous les matins, je fais 60 kilomètres et je franchis deux ou trois cols. J’aime les paysages, mes vélos, le bruit du boyau sur la route. Mon fils Jean vient parfois avec moi. C’est le seul de mes enfants qui m’accompagne ; les autres trouvent qu’il est trop dur de me suivre ! »

 

« Hollande?

 

Bayrou le voit dépourvu de ces attributs moraux qui vous posent le grand chef d’Etat : « Sur l'Europe, c'est criminel de (sa) part cette absence complète de virilité ». Attention ! Bayrou ne fait pas dans le Zemmour. S’il dénonce le manque de virilité de Hollande, c’est à la fois pour jouer de l’image d’un président dont les soucis du corps privé ont fini par attenter au corps public et dénoncer le fait que chez Hollande, l’apparence d’un accord conclu sur la Grèce vaut plus que la réalité de l’accord lui-même.

 

Bayrou dénonce en Hollande l’homme des plasticités successives, ce coussin politique qui prend la forme des événements plutôt que de les inspirer. Hollande est l’homme des accommodations plus que des ambitions. En cela, il manque de virilité. Peut-on dire que c’est mal jugé?

 

Sarkozy ?

 

Bayrou lui reconnait de la virilité : « Nous appartenons tous les deux à la race des grandes fauves. Indécourageables ». Mais Bayrou démonte le Sarkozy acculturé, ce qui rend ces indécourageables irréconciliables : « J'ai lu dans la presse qu'il disait lire beaucoup de livres. J'ai aussi lu qu'il regardait beaucoup de films. Ce que je sais c'est qu'on ne peut pas faire les deux en même temps ».

 

Hollande manque de virilité. Sarkozy manque de culture. Et Alain Juppé dans tout cela?

 

Parce qu’après tout, voilà des mois que dans les déjeuners en ville on évoque le rapprochement que les deux hommes auraient opéré depuis de longs mois, soudés par la volonté d’évacuer Nicolas Sarkozy du paysage politique français. »

 

Un petit bristol glissé dans sa boîte aux lettres « … nous nous retrouvons le 25 juillet pour déjeuner… »

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12 juillet 2015 7 12 /07 /juillet /2015 07:00
CHAP.15 opération Chartrons, «Touche pas à mon église» entaille le papier avec autant de légèreté que le soc de la charrue sillonne la terre. On est dans le lourd, dans tous les sens du terme.

« Oublier Palerme… »

 

Au plus vite rendre les armes, confiné chez moi par la canicule je vivais, sans doute possible, l’une des semaines les plus noires de mon existence, forme concentrée d’annus horribilis, furieux contre moi-même, brassant des idées noires, laissant vagabonder, errer mon imagination, je fabriquais les pires images tout en guettant ses messages qui n’arrivaient jamais. Je suis injuste il y en eut, mais il me fallait recevoir d’elle une volée de bois vert. Elle vint. Libération, et puis, comme après l’une de mes affreuses migraines qui me clouaient sur place, le calme revint, un grand blanc, la plénitude, elle était là face à moi à Saint-Germain des Prés. Je me sentais penaud, vidé et heureux. La fureur de l’orage avait nettoyé notre ciel sans déchirer la trame de notre relation, bien au contraire celle-ci s’en trouvait renforcée et je pouvais m’embarquer, l’esprit libéré, dans ce que je savais mieux faire, aider à recoller les morceaux d’une vaisselle que les excités des deux bords s’étaient ingéniés à briser.

 

Je reçus un coup fil du château. Avec quelques précautions de langage, je n’ai pas que des amis dans la maison, mon correspondant me demandait de rappliquer dare à dare à un rendez-vous dans un petit rade du haut du boulevard Saint-Michel. Le café était exécrable, le type aussi. Je le laissai s’enfoncer dans sa suffisance et, alors que je me levais, tout bêtement pour aller pisser, il changeait soudain de registre. Du fiel au miel, ce qui ne m’empêchait pas d’aller vider ma vessie. Là-haut mon action en faveur du déplumé de Bordeaux déplaisait. J’en convenais aisément. Le type souriait jaune. Je l’enfonçai en lui assénant ma façon de penser sur la conduite du quinquennat. Mais, l’urgence aidant, je lui donnai mon accord pour monter dans l’heure sa petite affaire. Enlever une épine du pied de notre cher Président me plaisait à double titre, ça ne pouvait que faire chier l’ignoble Iznogoud et mettre du plomb dans l’aile de ce va-de-la-gueule de Mélanchon.

 

Les détails de l’opération sont bien évidemment à classer « secret d’État »

 

Seul le résultat compte, et il était là :

 

« Selon nos informations, des hauts fonctionnaires de la direction du Trésor et de la délégation française à Bruxelles ont planché discrètement aux côtés des négociateurs grecs, sous haute surveillance de l’Elysée. « Des fonctionnaires se sont mis à disposition de la Grèce pour donner un coup de main, dès le début de la phase aiguë de la crise, concède un conseiller ministériel. Ce sont les Grecs qui tiennent la plume, mais ils se servent de nous comme d’un sparring-partner. »

 

« L’idée n’est pas de dicter aux Grecs ce qu’ils doivent écrire, mais de leur donner des conseils pour faire des propositions de réformes qui soient acceptables par le Fonds monétaire international (FMI) et la Commission européenne, confirme un autre responsable proche du dossier. Cela revient à leur dire par exemple : attention, telle proposition sur la TVA ou les retraites ne pourra pas passer, telle autre oui. » Avec un objectif : que le plan présenté par M. Tsipras ne soit pas rejeté comme précédemment.

 

Si elle n’est pas endossée par l’Elysée, cette coopération est d’autant moins tenue secrète qu’elle constitue une pièce de plus dans le tableau que François Hollande entend brosser de lui depuis le début de cette crise grecque : celui d’un facilitateur prêt à tout pour rapprocher des protagonistes irréconciliables. « Le président a fait un choix stratégique : tout faire pour obtenir un accord, rappelle un de ses proches. Au-delà du travail de facilitation qui a permis à l’hypothèse d’un accord de redevenir envisageable, on a fait le choix d’agir en coulisse pour aboutir à des propositions crédibles et susceptibles d’être acceptées. On aide beaucoup à ne pas commettre d’impair symbolique. »

 

En clair : apporter une assistance technique aux négociateurs grecs pour les aider à progresser en terrain hostile face à Berlin et au FMI. Le rôle joué par la France est d’ailleurs un secret de Polichinelle à Bruxelles. Depuis le début des négociations en juin, des observateurs de la Commission ont constaté à plusieurs reprises que des documents présentés par Athènes lors de réunions de travail étaient en plusieurs points similaires à ceux présentés par Paris. »

 

Très bonne communication relevée par Le Monde

 

« Ce n’est pas de l’ingérence, c’est normal que la France aide la Grèce puisque la France ne veut pas que la Grèce sorte de la zone euro, explique une source française proche des négociations. C’est bien pour les Grecs parce que ça leur apporte une expertise qu’ils n’ont pas forcément, et c’est bien pour la France parce que cela montre qu’elle est au centre du jeu. »

 

L’obstination présidentielle en la matière semble d’ailleurs n’avoir plus de limites. M. Hollande ne s’occupe plus que de cela, il a encore eu M. Tsipras et Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, jeudi 9 juillet, au téléphone. « Il passe des heures avec les uns et les autres pour tisser des fils. Je n’ai jamais vu la France aussi impliquée dans un deal qu’à l’heure actuelle », glisse-t-on à l’Elysée, certain que « ce qui était devenu impossible, aujourd’hui redevient possible».

 

Sous les charmilles d’une terrasse proche de la place de la Réunion, en sirotant un Casanis avec Émilie, je savoure avec délectation le retournement de la situation. Mon âme de médiateur exulte et attise mon ironie à l’endroit de mes amis de la gauche de la Gauche qui marchent en rasant les murs, la queue entre les jambes. Pour rajouter une couche à leur désappointement je vais leur servir sur un plateau d’argent l’interview d’Emmanuel Macron, « L’imparfait en politique » à l’hebdomadaire N°1. Ils vont baver, éructer, me couvrir d’injures. C’est leur façon d’être, la vindicte plus que l’intelligence.

 

Comme l’écrit le graphomane BRP 

 

« … il y avait bien longtemps que l’on n'avait lu, avec intérêt et gourmandise, les propos d’un responsable politique de premier plan délivrant sa part d’intellectuel authentiquement français. Ni diatribe, ni slogan. Ni éléments de langage, ni communication. Dans Le 1, Emmanuel Macron délivre une vision de la France, des Français, du pouvoir et de la politique qui tranche avec les buzz qui nous sont infligés chaque jour. Macron, ce n’est pas du Morano ou du Wauquiez.

 

Lire Macron dans Le 1, on le dit ici parce qu’on le pense, c’est renouer avec la tradition de l’intellectuel engagé en politique, propre au socialisme français. Retour à la tradition de Jaurès, Blum, et Mitterrand.

 

Tel Mitterrand dans La Paille et le grain, Macron parle politique. Il pèse le tout au regard des processus qui règlent notre vie publique. Politique. Démocratique. Médiatique. Enfin, un politique donne le sentiment de penser ! Macron est certes moins intuitif et charnel que Mitterrand contemplant la France vue de la roche de Solutré, « D’ici, j’observe ce qui va, vient et surtout, ne bouge pas ». L’ancien président était un littéraire, Macron est un philosophe. Mais comme son prédécesseur, il s’efforce de comprendre la France, de savoir d’où elle vient, et où il convient de l’emmener.

 

« … Macron plaide implicitement pour le retour à l’homme politique auquel oblige la Ve République. Le De Gaulle ou le Mitterrand. Le souverain charnel et spirituel.

 

L’homme pensant et l’homme d’action. L’homme qui entend incarner la figure du roi qui, effectivement, fait défaut à la France quand celui qui la guide méprise ou ignore l’essence même de son pouvoir.

 

En creux, Macron accable Nicolas Sarkozy, premier président de la Ve République à rompre avec la figure du roi. Mais aussi son successeur, son propre président et ami, François Hollande, le président normal qui se mue désormais en Twittos aventureux et moderne. »

 

Je savoure.

 

Toujours avec ce foutu BRP je me délecte de l’appel « Touche pas à mon église » lancé dans Valeurs actuelles par Denis Tillinac. Une pétition qu’ont signés Charles Beigbeder, André Bercoff, Jeannette Bougrab, Alain Finkielkraut, Gilles-William Goldnadel, Basile de Koch, le Père Alain Maillard de La Morandais, Élisabeth Lévy, Sophie de Menthon, Jean Raspail, Ivan Rioufol, Nicolas Sarkozy, Jean Sévillia, Philippe de Villiers, Éric Zemmour. 

 

« Mais que diable Nicolas Sarkozy est-il allé faire dans cette galère identitaire ?

 

Il faut lire l’appel rédigé par Tillinac, qui entaille le papier avec autant de légèreté que le soc de la charrue sillonne la terre. On est dans le lourd, dans tous les sens du terme. Tillinac est à Barrès ce que Zemmour est à Déon. A droite, l’époque n’est plus au hussard, insolent et indolent, mais plutôt au vieux grenadier de la bien-pensance réactionnaire. C’est le règne des stylistes de sous-préfecture, à Causeur et Valeurs, de Camille Pascal à Elisabeth Lévy. Si on était de droite, c’est bien simple, on aurait honte de signer l’appel de Tillinac, traître à une certaine idée de la littérature à droite.

 

De grâce ! Rendez-nous Nimier et faites vite grandir Consigny. Communiez autant que vous voulez à la désespérance de Drieu mais par pitié, cessez de ranimer le style puceau vengeur de Brasillach. Méditez, encore et encore, Céline, qui disait : « C'est rare, un style. Ce qui m'intéresse, c'est le style. Moi, je suis lyrique... » et ajoutait : « La seule vraie inspiratrice, c’est la mort ».

 

François Hollande en coach politique

 

En quelques jours, Hollande est devenu une sorte de grand frère européen de Tsípras. Voire de coach politique. «Je le lui ai dit dès mardi qu’il ne fallait pas qu’il essaie de chercher une majorité au sein du conseil européen, mais un consensus», a confié Hollande à l’un de ses conseillers. Pour le Français, le Premier ministre grec aura commis au moins une lourde bévue : avoir méprisé les institutions européennes et notamment le président de la Commission Jean-Claude Juncker. La faute à «une certaine inexpérience», souffle un proche du chef de l’Etat.

 

Dès mercredi, Hollande comprend que la liste de réformes structurelles que Tsípras va devoir présenter sera «plus douloureuse» que celles contenues dans le texte de compromis présenté par Juncker une semaine auparavant.«Mais en défendant un plan à moyen terme, Tsípras a quand même la possibilité de parler de dette, d’investissement, et de financement, note-t-on à l’Elysée, et donc de donner un peu de lisibilité à son pays».

 

Grèce : Tsípras a-t-il vraiment capitulé ?

 

«Capitulation», «reddition»… : ce vendredi matin, le concert triomphaliste de tous ceux qui, avec une jubilation parfois suspecte, commentaient les dernières propositions grecques du Premier ministre Aléxis Tsípras, faisait parfois penser au fameux dicton : «Quand le sage montre la Lune, l’imbécile regarde le doigt.»

CHAP.15 opération Chartrons, «Touche pas à mon église» entaille le papier avec autant de légèreté que le soc de la charrue sillonne la terre. On est dans le lourd, dans tous les sens du terme.
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12 juillet 2015 7 12 /07 /juillet /2015 07:00
« Les paysans s’en foutent, les transports sont désorganisés, les fonctionnaires paresseux et incompétents… », Gorbatchev à Tchernenko le 21 juin 1984 devant Mitterrand

 

Je dédie d’un même mouvement cette chronique à nos chers communistes et à leurs fervents compagnons de route ainsi qu’aux petits génies de Face de Bouc qui refont la crise grecque au vue de leur incommensurable compétence.

 

« Si les gens savaient par quels petits hommes ils sont gouvernés, ils se révolteraient vite. » Talleyrand

 

C’était un expert : Louis-Philippe à son chevet l’entendit lui souffler

 

  • Sire, je souffre comme un damné.

  • Déjà !

Nous sommes gouvernés par ceux que, majoritairement nous avons élus, même si tel n’était pas l’orientation de notre vote, flanqués de leurs technocrates, et la somme de ces majorités souvent contradictoires dans l’Union Européenne devrait amener les redresseurs de torts français de tout poil, de toute obédience à être un peu plus modeste dans leur soi-disant analyse et à bannir l’invective qui souvent leur tient lieu d’argument. Mais il est plus simple d’instruire des procès simplistes que de rechercher un bon compromis.

 

Le tous pourris est le symptôme le plus grave et le plus pernicieux de l’état de déliquescence de notre système démocratique.

 

Nous avons les dirigeants que nous méritons. Ils sont à notre image.

 

Dans ma vie professionnelle j’ai eu l’occasion de travailler au contact de certains grands de ce monde accompagnés de leur suite souvent courtisane : ha les sherpas ! Attali, Lauvergeon… Ce ne sont que des humains avec leurs grandeurs et leurs faiblesses, n’en faisons pas des faiseurs de miracles, des gens qui ne sont pas comme nous.

 

Puisant dans le livre de Philip Short, un anglais, François Mitterrand le portrait d’un ambigu, je vous rapporte quelques anecdotes.

 

Mitterrand à Reagan Washington 22 mars 1984 (archives) à propos du complexe d’encerclement des Soviétiques

« Les paysans s’en foutent, les transports sont désorganisés, les fonctionnaires paresseux et incompétents… », Gorbatchev à Tchernenko le 21 juin 1984 devant Mitterrand

« Pour l’expliquer, il faut avoir recours à la psychanalyse. Celle-ci nous a enseigné que nous pouvons être marqués par ce qui est arrivé à notre mère à partir du troisième mois de la conception. Eh bien, eux continuent de vivre leur pays au travers de ses trois premières années […]

 

Permettez-moi de vous raconter une histoire : je sais que vous les appréciez.

 

Un homme fou croit qu’il est un grain de blé. Pour le guérir de cette grave affection, il faut l’hospitaliser et, après un long séjour et des soins intensifs, il est guéri. Il y a même une petite fête pour sa sortie. Tout le monde est très satisfait. Il sort et, à quelques distances de là, il rencontre une poule. Le fou, terrifié, recule et revient en courant à l’hôpital. « Mais enfin ; lui dit le médecin, vous êtes guéri. Vous savez bien que vous n’êtes pas un grain de blé ! » Et le fou de répondre : « Moi, je le sais bien, mais la poule, elle, est-elle au courant ? »

 

La blague de Reagan à la fin du même entretien

 

« Un jour, une femme russe va à la rencontre de Brejnev. Elle lui rappelle qu’ils ont autrefois couché ensemble, et, en souvenir de cet épisode, elle lui demande d’aider son fils à obtenir une place à l’Université. « Ah bon, je ne me rappelle pas, mais, au fond, peut-être. [Mais] dis-moi, où et quand avons-nous couché ensemble ? » « C’était au dernier congrès du Parti Communiste, répond-elle. Nous étions assis côte à côté, et pendant le discours d’un orateur, nous avons dormi ensemble. »

 

Entretien de Mitterrand avec Konstantin Tchernenko le 21 juin 1984 (Verbatim Attali Vol. I)

 

« Un communiste français qui faisait partie de la délégation fit remarquer que Tchernenko « avait l’air d’un cadavre ». Pour briser la glace Mitterrand demanda à Gorbatchev, qui venait d’arriver et était assis à la gauche de Tchernenko, pourquoi il n’avait pas fait partie de la délégation lors de la réunion plénière du matin. « Cela ne dépend pas de moi, Monsieur le Président », répond Gorbatchev. À la question de Tchernenko, qui demanda pourquoi il était en retard, il expliqua qu’il venait d’une réunion sur la production agricole. « Tout le monde dit toujours que [notre agriculture] va bien, continua-t-il, mais c’est faux, ça n’a jamais marché. » Déconcerté, Tchernenko lui demanda ce qu’il voulait dire. « Les paysans s’en foutent, les transports sont désorganisés, les fonctionnaires paresseux et incompétents… », commença Gorbatchev. « Depuis quand ? » l’interrompit Tchernenko. La réponse fusa : « Depuis 1917 » L’interprète russe, comprenant soudain l’énormité de ce qui venait de se dire, s’arrêta au milieu de la phrase. »

« Les paysans s’en foutent, les transports sont désorganisés, les fonctionnaires paresseux et incompétents… », Gorbatchev à Tchernenko le 21 juin 1984 devant Mitterrand

Le courtisan mitterrandien par Laure Adler, conseillère culturelle à l l’Élysée, l’Année des adieux 1995

 

« Le courtisan mitterrandien […] dit « Monsieur le Président » au moins une fois par phrase, […] s’exclame au moindre de ces mots en éclatant d’un rire hors de propos, précède ses désirs […]. François Mitterrand, parce que Président, vit à l’Élysée comme dans une bulle. […] le pouvoir, c’est d’abord et peut-être uniquement le pouvoir sur les hommes. François Mitterrand le sait, en use et quelquefois en abuse au palais. Il rend otages […] ceux qui l’entourent de l’affection qu’il leur prodigue. […] Pour combler cet espace entre une vie privée qu’il ne peut plus avoir […] et une vie officielle qui le corsète et l’empêche d’être naturel, il s’est créé ou il a créé une cour [qui] est pourtant, par essence, inégale. Lui seul peut demander. Généralement, il obtient et quand, par exception, il n’obtient pas, […] il ne comprend pas. »

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5 juillet 2015 7 05 /07 /juillet /2015 07:00
CHAP.15 opération Chartrons, « le SAC c’était le bon dieu sans les curés» Pasqua était vice-président. La Garantie Foncière refuge des rentiers de la France qui avait tant aimé le Maréchal

J’ai toujours détesté les préavis, les départs programmés, lorsque la routine pointe son nez je me casse, je me tire. Nul besoin de déballer les tenants et les aboutissants de mon départ, je n’aime pas les mouchoirs, seule l’urgence de me mettre à nouveau en danger primait. Nul regret, une mue radicale, le minimum syndical en baluchon, la tête libre, le cœur en fête, bientôt je serais accoudé au bastingage du ferry qui traverserait le détroit de Messine. Mettre de la distance avec les médiocres, écrire…

 

Pour autant je ne rompais pas toutes les amarres, ma fine équipe restait opérationnelle et, avec mes instructions, je leur laissais un mémento historique pour fortifier leur capacité à voir un peu plus loin que le bout de leur nez.

 

Qui se souvient de la tuerie d’Auriol ? 

 

1981, l’élection de Mitterrand est en passe de devenir une réalité, on annonce des communistes au gouvernement. Alors que la droite la plus radicale redoute de voir arriver les chars soviétiques, le SAC est aux abois et se prépare à une guerre civile. Aussi ridicules que puissent paraître ces craintes aujourd’hui, elles sont réelles à l’époque et expliquent la forte tension qui règne en France. Les membres de l'officine droitière font alors campagne contre Giscard, avec le raisonnement suivant, d'une piètre lucidité : si les socialo-communistes gagnent, ce sera le chaos et les gaullistes reviendront vite au pouvoir...

 

Le SAC (Service d’Action Civique) voit le jour le 4 janvier 1960, date de son enregistrement à la préfecture de Paris, son but officiel est d'apporter un soutien inconditionnel à la politique du général de Gaulle. Dirigée par Pierre Debizet, l’officine barbouzarde est au service de Jacques Foccart, l’homme de l’ombre de De Gaulle. « Les membres sont chargés d’assurer la sécurité des personnalités du RPF, mais également le service d’ordre des manifestations ou le collage des affiches. Très polyvalents, les membres du Sac sont occasionnellement briseurs de grève et assurent plus largement toutes les basses œuvres du régime gaulliste. Largement composé d’anciens résistants, on sait bien que ces héros de 1940 ne sont pas tous des saints, le SAC recrute parmi les militants gaullistes mais aussi dans le milieu, dans la police, la gendarmerie. Parmi ses fondateurs, on trouve Alexandre Sanguinetti, Charles Pasqua qui en devient vice-président, ainsi que son ami Étienne Leandri. Des criminels de l'époque ont possédé une carte du SAC, à l'instar de Jo Attia ou de Christian David (dit « Le Beau Serge ») ; certains éléments de la pègre avaient en effet conservé des liens avec le gaullisme en raison de leur passé de résistant ou de déporté durant la Seconde Guerre mondiale, on compte aussi des truands comme Georges Boucheseiche, anciennement membres de la Gestapo de la rue Lauriston, désirant être proche du pouvoir politique pour profiter de la protection de ce dernier. »

 

Et qui se souvient de la « Garantie Foncière » ?

 

Les fondateurs de la Garantie Foncière : Robert et Nicole Frenkel pour séduire les rentiers de la France profonde, celle qui avait tant aimé Vichy et le Maréchal, de façon caricaturale offrait un échantillon représentatif de cette France éternelle qui osait de nouveau affirmer son attachement aux valeurs du bon monsieur Guizot. Ces petits bourgeois, boutiquiers ou notaires, maquignons ou petits patrons, ralliés bon gré mal gré au grand escogriffe de Colombey, qui après tout, en dépit de son reniement algérien et de ses fantaisies d’indépendance nationale, avait ramené la stabilité et l’ordre, trouvaient en Pompidou un bon syndic de succession. Après la grande peur de mai l’heure était de nouveau au recyclage des bas de laine et des lessiveuses dans la pierre pour les accédants à la propriété.

 

Robert Frenkel, qui se présentait comme le simple directeur financier de la Garantie Foncière, animait des tables rondes, où certains journalistes stipendiés de la presse financière lui servaient la soupe moyennant bakchich. Face aux hésitants, le petit homme rondouillard ne lésinait pas sur le calibre des arguments choc « Nous avons parmi nos actionnaires un lauréat du Nobel. Nous avons en portefeuille des décisions de juges des tutelles qui ont autorisé le placement de biens de mineurs à la Garantie Foncière… ». Le Figaro, qui en ce temps-là honorait sa devise, leva le lièvre dès septembre 1969 : « S’il l’on en croyait certaines publicités tapageuses, il existerait, pour reprendre l’expression d’un analyste-financier, des sociétés-miracles. Elles permettraient des rendements nets si élevés – plus de 10% pour certaines d’entre elles – qu’on voit mal comment ils pourraient être effectivement obtenus. On le voit d’autant moins que la gérance prélève le plus souvent une partie des fonds versés par le souscripteur et une partie également des loyers versés par elle. Pour donner du 10%, cela supposerait une rentabilité des capitaux investis de l’ordre de 14 à 15%, bien peu probable, surtout pour des locaux commerciaux d’acquisition trop récente pour qu’une indexation ait pu déjà jouer ; quant aux locaux d’habitation, cela apparaît à peu près impossible. »

 

Le groin du Prince Poniatowski fouissait déjà la fange, où se vautraient quelques compagnons des gaullistes, pour le compte de son mentor Giscard tenu par la solidarité gouvernementale en tant que Ministre des Finances. En janvier, à la suite d’une lettre du jeune déplumé de Chamalières, le procureur général de Paris avait ouvert une information judiciaire contre X à l’encontre de la Garantie Foncière visant des délits d’ « abus de biens sociaux, abus de confiance et autres infractions à la législation ». Le grand public l’ignorait mais pas nous qui attendions notre heure pour précipiter le processus de décomposition et faire que l’explosion de la bulle éclabousse au maximum le régime. Quand j’écris ces lignes je ne peux m’empêcher de penser que l’adage populaire, selon lequel l’histoire est un éternel recommencement, s’applique toujours à merveille à celle des escrocs financiers. Plus c’est simple, plus c’est gros, plus ça passe comme une lettre à la poste.

 

« Il connaissait tous les secrets de la République. Il n’en révéla aucun pour se défendre lorsqu’il fut attaqué. Question d’honneur, énonce Guaino des sanglots dans la voix. On l’accusait de “diplomatie parallèle” et d’être peu regardant sur les moyens. Il l’était, en effet, quand il s’agissait de sauver une vie ou de défendre l’honneur de la France. Mais personne ne l’a jamais vu accomplir un acte dont la France put avoir honte. » Puis il rappelle « l’écho des colères homériques et des immenses éclats de rire de Charles Pasqua et de Philippe Seguin résonnent encore dans les têtes de beaucoup d’entre nous. »

 

Derrière l’épouse et les petits-fils du défunt, des secrétaires et des collaborateurs étouffent un sanglot. Un chœur de voix d’hommes s’élève alors, chantant en corse le Dio vi salve Regina : « Voi dei nemici nostri/A noi date vittoria/E poi l’Eterna gloria/In Paradiso » (« Sur nos ennemis, donnez-nous la victoire et puis l’Eternelle gloire au Paradis… »).

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28 juin 2015 7 28 /06 /juin /2015 08:00
CHAP.15 opération Chartrons, pantouflage et magouillage sont les deux mamelles de la haute-fonction publique sous la Ve République… François Pérol l’Écureuil et les Populaires

« En souffrance » la dénomination me convenait bien car elle me permettrait de nommer et de compacter, en un lieu circonscrit et impénétrable, un recoin de mon ordinateur, tout ce qui venait de me tomber dessus en si peu de jours. Le risque d’un total effondrement me guettait, j’étais à deux pas d’être submergé, de perdre pied. Afin d’éviter l’effet de propagation j’appliquais la théorie des dominos à mes soucis. En priorité, confiner la jalousie qui me minait. Mes craintes se révélaient fondées. Comment pouvait-elle se laisser séduire par lui ? Lui ou un autre, je n'avais rien à dire même si pour moi elle méritait beaucoup mieux. Me taire. Fuir ce déjeuner. Mais elle était si belle, si rayonnante, si aérienne, et comme mon corps me lâchait ma lutte se portait sur un autre terrain. En fait, je réalisais que je n’étais pas jaloux au sens habituel du terme, mon désir ne puisait pas sa source dans la possession de son corps, bien sûr la sentir, l’embrasser, la déshabiller, lui faire l’amour, en d’autres temps m’aurait obsédé, mais dans mon souci de la voir aimée par quelqu’un à sa hauteur. Il n’y avait aucune trace d’amour-propre dans ma déception de la voir en compagnie de ce garçon mais une forme de rage, l’impuissance de la vieillesse. De l’orgueil sans doute, à croire que, si la donne du temps m’avait donné une chance, moi seul était capable de la rendre heureuse. C’était une certitude qui me rendait fort. L’important c’était elle, mon Emilie. Alors pour elle, il fallait que je me batte contre un ennemi intérieur, bien plus redoutable, dont je savais depuis des années qu’il guettait le bon moment pour se ruer sur mes défenses affaiblies et me terrasser. Du courage elle m’en infusait, loin des petits frelons sans importance je m’accrochais.

 

« Il n’y a d’amour éternel que contrarié… »

 

L’amour paisible est un leurre dont il faut se méfier, c’est quand c’est difficile, tout le temps difficile, que l’amour reste vivace, ne s’éteint pas. Le mien, si tardif, unique, entrait dans ce cercle restreint, alors pour m’aider à survivre j’allais le cultiver avec passion, avec soin, loin des petits prédateurs. La distance est mon seul talent.

 

« Anne était vive, intelligente, passionnée d’art. C’était une mince brunette pétillante aux yeux verts, très gaie et au sourire enchanteur. Elle le captivait. Il la charmait. « Il était intéressant, se souviendrait-elle. Il y a tant de gens qui ne sont pas intéressants. Vraiment pas ! Les gens supérieurs… vous multiplient la vie par leur savoir. »

 

« Mais Anne lui offrait ce renouveau – une « régénération », dira-t-elle – que peut connaître un homme plein de vigueur à l’approche de la cinquantaine quand son existence se trouve soudain bouleversée par une passion dévorante et réciproque pour une fille qui a la moitié de son âge. »

 

Le François de Jarnac avec qui je n’ai jamais eu d’affinités retrouvait au travers de cet amour romantique une épaisseur humaine, charnelle…

 

Quel champ me restait-il alors à couvrir entre ma bataille vitale et mon désir de la voir s’épanouir ?

 

En clair, devais-je abandonner toute activité ?

 

Les petits jeux intérieurs sont si minables, si misérables, si mesquins, alors que tout autour de nous, au plus près de nous, la barbarie, l’ignorance, la bêtise, s’étalaient, s’épandent, me désespèrent. Est-ce monde là que je vais quitter ? Est-ce monde là dans lequel ceux que j’aime vont vivre ? Je n’arrivais pas à m’y faire, à accepter l’impuissance, le renoncement. Alors, même si je n’en avais plus très envie, je m’accrochais aux manchons de la charrue et je suivais le sillon.

 

L’entrisme chez les Républicains s’imposait, je renouvelais ma carte au nouveau parti accompagné de l’ensemble de ma fine équipe. L’heure s’y prêtait car l’essentiel se jouait en interne.

 

« Janus aurait adoré la vie de Nicolas Sarkozy. Deux visages pour un même homme, l’un concentré sur le présent, l’autre tourné vers l’avenir. Un même corps, un même esprit, tendus vers deux horizons : la présidence du parti, un épisode qui n’est pas fait pour durer. Une sorte de présent imparfait. Le futur ? Une candidature à la primaire qui montre déjà son nez. Et pour l’heure un impossible choix puisque l’ex chef de l’Etat se doit d’être les deux. Président de tous et candidat d’une partie. Les vies de Nicolas Sarkozy ne sont décidément pas simples à conjuguer.

 

Certes la fonction de "big boss" des Républicains lui apporte pas mal d’avantages. C’est, en effet, à lui que revient la tâche d’organiser l’épreuve finale, lui qui en fixe les règles et les contours. Certes, les pressions sont fortes de la part de ses concurrents mais au final c’est bien lui qui tranche et part donc avec un léger avantage. Son job de président de parti lui donne aussi une surface médiatique bien supérieure à celle de ses concurrents. Le chef de l’opposition c’est lui. Rien que lui. Il est maitre des débats et du calendrier. En revanche, certains de ces avantages peuvent se révéler à double tranchant. »

 

Le maillon faible de la stratégie de Sarkozy c’est l’UDI, alors nous n’allions pas nous priver de faire feux de tout bois sur le plus con de la bande : Hervé Morin. Je rappelais à mes troupiers un petit épisode au temps où je m’étais infiltré dans les rangs de l’UMP.

 

 

« Alors, à la grande surprise de la pouponnière sarkozyste j’attaquais en rase campagne « Comment notre président a-t-il pu confier le portefeuille de la Défense à un Hervé Morin ? Moi qui suis un héritier de la pensée du Général, pensez-donc j’ai défilé sur les Champs en 68 pour protester contre la chienlit et renvoyer la racaille gauchiste à ses débats fumeux, je ne comprends pas ce choix. Les centristes sont des couilles molles et ce Morin un j’en foutre ! » Mes interlocuteurs étaient médusés et tétanisés. Que me répondre ? Aller dans mon sens c’était d’une certaine manière mettre en doute l’infaillibilité de Nicolas 1er. Nul n’osait s’aventurer sur ce terrain mouvant. Le mime agitait ses petites mains mais restait coi. Et c’est alors qu’une petite voix flutée s’élevait « Comme le dit mon père : Morin est aussi con que ses bourrins ! » J’approuvais bruyamment la petite blonde, car c’était elle qui venait de faire cette saillie, en qualifiant de plus le maire d’Epaignes de traître. Mes interlocuteurs approuvaient. L’agité-bis, stupéfait de la prise de parole de sa dulcinée, se dandinait d’une fesse sur l’autre, avant de proférer une grossièreté « Jeanne-Marie, ne t’en déplaise, ton père est aussi un sombre con... »

 

Pantouflage et magouillage sont les deux mamelles de la haute-fonction publique sous la Ve République…

 

« En cet hiver 2009, les pouvoirs publics désespèrent de trouver une solution au problème de gouvernance des Banques populaires et de l’Ecureuil. Les groupes, en très grande difficulté, vont fusionner, mais leurs patrons ne s’entendent pas sur un nom de dirigeant. Ces « chamailleries » exaspèrent les pouvoirs publics et le seul moyen d’y mettre un terme est de désigner une personne « neutre ». Encore faut-il la trouver. A Paris, les candidats disponibles ne sont pas légion. Quelques noms circulent, mais les banquiers buttent sur la solution. Or le temps presse. Et « c’est ce qui fait au final que le président de la République a demandé à François Pérol » de prendre la tête du futur groupe, explique Claude Guéant.

 

« Le président de la République lui-même a beaucoup hésité, poursuit-il. François Pérol était pour lui un collaborateur extrêmement précieux. Mais il fallait sauver les deux établissements bancaires. »

 

Le président du tribunal veut être certain d’avoir bien compris : « Donc c’était une idée du président de la République ? » « Oui », répond Claude Guéant.

 

A ce moment, il y a comme un flottement dans la salle. Non pas que Claude Guéant vienne de faire une révélation fracassante. A l’aune de ce que fut le quinquennat de Nicolas Sarkozy, en ces années d’hyperprésidence, ce « oui » n’étonne personne. Mais, au regard des débats de la 32e chambre du tribunal correctionnel de Paris, où M. Pérol comparaît pour « prise illégale d’intérêts », il prend en revanche une tout autre épaisseur. »

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