Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
21 août 2015 5 21 /08 /août /2015 06:00
Le feuilleton de l’été du Taulier (10) Tu devais être ma Nafissatou Diallo pour rabattre le caquet de mon père ce DSK des chais…

Nous laissâmes la moto devant la Préfecture. Sur le trottoir, Émilia traçait la route à grands pas devant moi. Je peinais à la suivre mais je m’accrochais. Elle savait qu’il allait lui falloir s’expliquer. En dépit de mon air con et de ma vue basse je subodorais le fin mot de cette histoire. Pour ne rien vous cacher ça m’excitait.

 

Dans notre pérégrination nous croisâmes le maire,  Alain Juppé qui, cabas au bras, revenait de faire ses courses au Marché des Grands Hommes. Il s’arrêta pour présenter à Émilia ses civilités, demander des nouvelles de son père et s’inquiéter des ventes en primeurs de la propriété. J’en profitai pour le saluer et lui dire tout le bien que je pensais de sa candidature aux Primaires de l’UMP, pardon de Républicains. Nous devisâmes longuement pour le plus grand plaisir des passants.

 

Comme une faim d’ogre me tenaillait je fis part à Émilia de mon souhait d’expérimenter la nouvelle cantine de luxe de Bordeaux, La Petite Maison, que Bernard Maigret et Joël Reblochon venaient d’ouvrir, au 10 rue Labottière, dans un hôtel particulier, pur Napoléon III, contemporain du classement des vins de Bordeaux de 1855, une référence quasi absolue dans l’Histoire des 77 crus classés du Médoc, de Pessac et du Sauternais.

 

Oui, comme le notait cette vieille truffe de Nicolas de Ravaudy, là-bas au moins le foie gras de canard était issu de fermes où le gavage est contrôlé, c’est le moins qu’on puisse faire dans une grande maison qui, dit-on dans les gazettes gastro et sur le woueb, choit si bien sa brigade. Bref, je rêvais déjà de l’œuf de poule mollet et friand au caviar osciètre et saumon fumé, de la découpe en salle, sur guéridon, de la poularde en vessie, de sa délicate cuisson sur sarments de vigne, les flammes léchant le cœur des viandes d’où le goût profond…

 

Nous nous y rendions après qu’Émilia eut réservé, sans problème, une table.

 

Nous étions toujours aussi peu présentables mais c’est le privilège de la classe dirigeante de pouvoir se trimballer décontractée, avec des fringues de chiffonnier, dans les palaces.

 

L’heure était au champagne et aux mises au point. Je commandai du Horiot, Sève, très précisément mais le sommelier, hautain, me répliqua qu'il ne servait pas de champagne de paysan. Je lui claquai le bec en lui rétorquant que je ne supportais pas les larbins habillés en croque-mort et que le meilleur service qu'il puisse nous rendre c'était de disparaître et d'aller faire la plonge pour justifier ses émoluments.

 

L'homme au taste-vin à la boutonnière repartait la queue entre les jambes.

 

Je commandai un Drappier sans soufre au premier serveur venu qui en fut tout estomaqué.

 

Face à moi Émilia conservait son petit air boudeur, ça lui allait bien ce petit air boudeur. D'ailleurs tout lui allait bien à cette belle fille. Je n'allais pas la brusquer, je savais qu'elle savait et qu’elle ne pouvait plus s’esquiver.

 

Nous commandâmes, l'effet sommelier devait avoir fait son effet, la reptation fut de mise.

 

Je levai ma coupe de champagne : « Émilia à notre belle rencontre !

 

Elle éclata en sanglots.

 

Décontenancé je ne savais que faire. Je posai ma main sur sa main, balbutiai des mots gentils où je l'assurais que quoi qu'il arrive je serais à ses côtés.

 

Elle sécha ses larmes avec le coin de sa serviette.

 

- Eugène je te dois la vérité. C’est moi qui t’ai recruté. Je misais sur ton talent de fouille-merde pour mettre au grand jour une situation qui m’était devenue intolérable. Le tout Bordeaux en parle. C’est un secret de Polichinelle. Je voulais, si je puis m’exprimer ainsi, le prendre la main dans le sac. En flagrant délit de cochonneries. Tu devais être ma Nafissatou Diallo pour rabattre le caquet de mon père ce DSK des chais… Mais le destin, et ton art de prendre tout le monde de court, se sont ingéniés à foutre parterre mon beau plan. Je n’ai aucun regret Eugène, tu viens de me faire vivre la plus belle séquence de ma vie. Foin des galipettes de mon cher père, je m’en tamponne maintenant la coquillette, ce qui compte maintenant pour moi c’est toi…

 

- Qu’entends-tu par là ?

 

- Rassures-toi mon cher Eugène ce que je te propose ce n’est pas le mariage, Dieu te préserve de moi, je suis impossible, mais une belle et fructueuse association…

 

- Pas pour aller cultiver la vigne et faire du vin aux antipodes j’espère. Je n’ai pas la main verte et j'ai une sainte horreur des travaux pratiques et de l’anglais et des mecs qui le parlent surtout s'ils sont Français…

 

- T’en fait pas mon Eugène, pour le pinard j’ai déjà donné. Ils me saoulent. Me gonflent. J’en ai ma claque. Adieu Bordeaux, bonjour Paris !

 

- Tu risques d’être un peu refroidi par le haut standing de mon bureau…

 

- Ne soit pas rabat-joie, l’heure est aux réseaux sociaux, plus besoin de bureau. Nous allons conjuguer nos talents mon grand…

 

- Tu me surestimes…

 

- Ne fait pas ton Tarpon, nous allons ce jour, ici même, chez Maigret&Reblochon, porter sur les fonds baptismaux notre agence de contage d’histoires en tout genre : Les drôles d’oiseaux…

 

- Si c’est toi qui le dis je te suis…

 

- J’appelle illico le Jacques Dupond, avec un grand D au début et un petit à la fin, du Poing pour lui annoncer en primeur la nouvelle…

 

Voilà enfin une histoire qui finit bien… Tous les personnages ici évoqués sont comme toujours sur la Toile des avatars et n’ont qu’un très lointain rapport avec la réalité.

 

Affaire et affaires à suivre… J'adore broder c'est mon côté couturière que je tiens de ma mère... Comme une idée de faire un vrai POLAR de cette histoire de corne-cul... Vous me dites...

Partager cet article
Repost0
20 août 2015 4 20 /08 /août /2015 06:00
Le feuilleton de l’été du Taulier (9) « Eugène et moi nous allons nous marier avant de partir cultiver la vigne et faire notre vin en Australie… »

Nous nous sommes présentés à la Préfecture un peu chiffonnés. L'huissier nous a demandé d'attendre dans un petit salon, on attend toujours chez les hauts représentants de notre République ils ont tant à faire. Nous n'attendîmes pas longtemps, preuve s'il en était que j'étais considéré comme une mouche à merde. Le Préfet nous attendait debout, plus Préfet que Préfet, tiré à quatre épingles, cheveux lustrés, petites lunettes cerclées et costume bleu marine croisé. 

 

Il était flanqué de l’intraitable et omniprésent président Marge. Nous nous serrâmes les pognes. La présence d’Émilia constituait pour moi un atout essentiel, ils allaient devoir marcher sur des œufs. Nous nous assîmes, à la demande du Préfet, autour d’une grande table ovale. Le Préfet s’enquit, avec onctuosité, auprès d’Émilia, de ses préférences : « thé ou café ? » Elle opta pour la première option. «Avec du lait ?» Là ce fut non. Pour nous les mâles ce fut un café. Pour moi sans sucre demandai-je avec un sourire le plus benêt que je puisse afficher.

 

Mal à l’aise, le Préfet, tout en joignant ses mains aux ongles manucurés, s’engagea dans un discours alambiqué sur la situation économique contrastée des vins de Bordeaux, la baisse inquiétante des exportations, la lutte contre la corruption en Chine, le désamour de Paris pour les petits Bordeaux, le bordeaux bashing des réseaux sociaux peuplés d'affreux naturistes sans foi ni loi, les difficultés de Vinexpo à retrouver un second souffle, le prix trop bas du tonneau de Bordeaux, les chicaïas insupportables de Miss Supportable, la mollesse de l'INAO, la chaptalisation des Sauternes et autres joyeusetés. J’opinais constamment du chef, avec une conviction béate, ce qui devait le renforcer dans sa conviction profonde que je n’étais qu’un petit con sans intérêt. Qu’il perdait son temps avec moi. Qu’il avait hâte que cette mauvaise plaisanterie se terminât. Le service commandé n’était pas son fort, il s’essoufflait.

 

Le Président Marge prit le relais en évoquant l'importance de l’implacable escadrille des équivalents Rafale, la perfidie sournoise et  fielleuse des prohibitionnistes, les embuches ineptes de la loi Évin qui faisait que Jacques Dupont venait lui casser les burnes dès le matin, alors qu'il était sur son tracteur pour l'interviewer sur une histoire foireuse de cavaliers, les casses-couilles d’écologistes, les couilles molles de socialos…

 

Là, le Préfet toussa, si par malheur je donnais écho à ces propos il risquait sa casquette. Charitable, je lui vins en aide en assurant le Président Marge de mon constant et indéfectible soutien à son combat. J’ajoutai, pour faire bon poids, que toutes ces années j’avais contribué bien plus que la plupart de mes concitoyens à freiner la chute de la consommation domestique. Moi je buvais au quotidien du rouge, boisson totem, chère au défunt Roland Barthes renversé par une camionnette de chez Nicolas. Là, je brodais pour faire dans le réalisme soviétique.

 

Ce discours roboratif prit de court mes deux interlocuteurs qui restèrent un moment sans voix. C’est à cet instant qu’intervint cette chère Émilia.

 

Elle conta par le menu ma lamentable histoire.

 

Du Dickens teinté d’Hector Malo revisité par le Gilbert Cesbron de Chien perdu sans collier. En fait, du pur jus Jean-Pierre Manchette, un Manchette qui eut une vision forcément arbitraire, certes élégante dans ses choix mais lucide quant à son projet.

 

Pour lui, affirmait-elle, le véritable roman noir, celui qu’il défend, est né outre-Atlantique dans les années vingt. Ce moment historique (1ère Guerre mondiale, révolution bolchevique, capitalisme triomphant) qui voit, dans une plantureuse cacophonie créative, l’irruption de toutes les avant-gardes rebelles du XXe siècle.

 

Elle reprenait son souffle et assénait à nos deux interlocuteurs ébahis :

 

« Des mouvements où la question du langage, et de son pouvoir à la fois créatif et corrosif, est centrale. C’est en effet aux alentours des années 20 que se croisent Dada et Joyce, le cubisme et Kafka, Dos Passos et les surréalistes, Eisenstein et les futuristes. La renaissance du roman noir va s’élaborer en contestation du classique policier à énigme, né dans la seconde moitié du XIXe siècle. Le genre doit faire sa mue et troquer ses mystères de chambre close, sa psychologie douillette et ses petits jeux logiques pour la violence des rapports sociaux, la lutte des classes et le récit « cinématographique ».

 

Elle concluait superbe :

 

« En un mot, il était temps de remettre le polar sur ses pieds. Et si Manchette fait de Dashiell Hammett l’un de ses principaux maîtres à écrire, il sait rendre discrètement hommage à ceux qui ont inventé, travaillé, peaufiné, le réalisme dit « objectif », « l’esthétique du rapport de police », le fameux style « à chaux et à sable » béhavioriste, et notamment Hemingway et Dos Passos. »

 

La messe était dite, leur attrition était complète. Détruits, laminés, pulvérisés comme dirait Monsanto…

 

Pour achever l’œuvre de ma compagne adorée, ingénu, je leur confiais «si ça peut vous rassurer je ne suis pas l’amant de la baronne des Sables de Sainte Émilion…»

 

De nouveau Émilia rosissait.

 

Elle buvait une petite gorgée de thé avant de confier à nos deux interlocuteurs pétrifiés : « Eugène et moi nous allons nous marier avant de partir cultiver la vigne et faire notre vin en Australie… »

 

Je blêmissais.

 

Le Préfet se répandait en félicitations. Le Président Marge, plus réaliste, me glissait un petit papier écrit à la hâte « Ne touchez pas à notre cloche »

Partager cet article
Repost0
19 août 2015 3 19 /08 /août /2015 06:00
Le feuilleton de l’été du Taulier (8) Luchini pour détendre l’atmosphère de l’AG du CIVB se proposa de lire du Paul Valéry

Je fis semblant de ne pas voir le léger trouble qui avait envahi ma nouvelle et belle amie.

 

Avant de faire route vers la Préfecture de la Gironde nous décidâmes de manger des sardines à l’huile arrosées d’un beau petit Clairet du château Mandigot. Je dis à Émilia : « Ça me fait penser à ma mémé de Saint-Guénolé… »

 

Mon âme allégée baignait dans la félicité. Pour la première fois de ma vie j’étais bêtement heureux.

 

Dans un accès de lyrisme je citai un chroniqueur occupant dans le monde du vin une surface médiatique enviée :

 

« J’aime les presqu’îles. Tout est dans le presque, comme l’épaisseur d’un petit trait d’union. Celle de Talmont sur Gironde, promontoire surplombant les eaux mêlées du plus grand estuaire d’Europe, offre au simple promeneur qui sait prendre le temps de s’attarder face à l’estuaire dans l’enclave qui ceint l’église romane, un sentiment de bout du monde qui le fait communier avec les éléments et atteindre le sublime. Alchimie régénératrice où la lumière sculpte la pierre, tire de la couleur compacte des eaux et de la matière déchiquetée de la falaise, un tableau sans pareil. Comme l’écrit Jean-Marc Soyez « En pays royannais, la Gironde n’est pas un fleuve impassible. La plus grande frayère d’Europe est un carrefour en perpétuelle turbulence, où se heurtent et se mêlent des eaux contraires. Deux fois par jour, l’Atlantique y renouvelle le mythe forcené de Sisyphe, repoussant en vain les eaux de Dordogne et de Gironde…

 

La renommée contemporaine de Talmont doit, dit-on, beaucoup aux chemins de fer et à Malraux. En effet, après 1955, une de ces affiches dont la SNCF avait le secret, exposait dans les gares et les wagons la superbe église romane dédiée à Ste Radegonde, reine de France, « morte en odeur de sainteté à Poitiers, en 587 ». Malraux, Ministre de la Culture, exigea qu’on l’apposât dans le passage donnant sur le Palais Royal. La montrant à des visiteurs il déclarait de sa voix au vibrato étrange

 

«Voyez ces pierres sublimes, indifférentes aux rumeurs des âges… »

 

Et de rappeler à Émilia l’immense SAGA de Marie de Saint-Drézéry, marquise de Bombon, jeune et riche héritière, improbable et déjantée, dans l’univers feutré des GCC, qui du 20 juillet au 20 août 2011, du 20 au 20 quoi, se révéla être l’équivalent de l’Ouragan sur la Caine.

 

Pompeux, je pontifiait :

 

- Démonstration que la légèreté permet souvent d’aller bien plus au fond des choses que les lourdes démonstrations. Faire dans le sérieux n’est pas forcément gage de pertinence.

 

J'ajoutais en rigolant :

 

- Bien évidemment tout ça n’était que pure fiction.

 

- Raconte-moi !

 

Marie de Saint-Drézéry, marquise de Bombon, vivait dans un grand loft de la place Fürstenberg, à quelques pas de Saint Germain-des-Prés, en compagnie de son chat dénommé Lénine, en souvenir du séjour de celui-ci, avec sa mère et sa sœur l'été 1909, dans le village briard de Bombon et de Tintin au Congo un mainate religieux qui jurait comme un charretier.

 

Orpheline très jeune elle avait été élevée par un couple d’excentriques américains, grands amis du défunt marquis son père, amateurs d’art contemporains et de bonne chère. Pour être proche de la vérité Marie poussa telle une herbe folle, loin de l’école, baguenaudant dans le quartier où les habitués du Flore la laissaient picorer dans leur assiette et vider leur verre. Toute tachetée de son, le nez en trompette, de grands yeux vairons, des cheveux de foin, un long cou entre des épaules frêles et aucun goût pour se vêtir, lui avait valu le surnom de hérisson.

 

De temps en temps elle faisait des extras au rayon charcuterie de Monoprix rien que pour le plaisir de voir passer les chalands et de s’empiffrer de Rosette de Lyon. Si ses clients avaient su que cet épouvantail à moineaux se trouvait être l’unique héritière de beaux châteaux à Bordeaux, rien que des Grands Crus Classés, sur que notre Marie aurait eu plus de succès. Elle s’en fichait d’avoir du succès. Jamais elle n’avait mis les pieds sur ce qui serait un jour ses propriétés car elle était allergique à tout ce que la campagne peut générer comme pollen ou autres trucs allergènes. Ses deux oncles et trois tantes, tous sans descendance, géraient dans une société en commandite simple son futur bien et lui versaient une rente qui suffisait à son bonheur.

 

 

Mon petit coeur il faut que nous y allions, l’intégrale de cette œuvre feuilletonnesque sans équivalent emplie de phrases cultes telle que celle-ci « Luchini pour détendre l’atmosphère de l’AG du CIVB se proposa de lire du Paul Valéry » C'est du LOURD très chère et c'est : ICI

 

Trêve de souvenirs il nous fallait filer grand train jusqu’au blockhaus de Mériadeck.

 

Partager cet article
Repost0
18 août 2015 2 18 /08 /août /2015 06:00
Le feuilleton de l’été du Taulier (7) : Eugène Tarpon, mon arsouille de père, se murgeait au Castelvin rouge 13°

Les protestations des rois de la vinification s’enlisèrent dans les sables infinis de mon indifférence. Pour les achever je leur assénai « Eugène Tarpon, mon arsouille de père, se murgeait au Castelvin rouge 13°, sur la fin en briques car c’était plus pratique. Un vrai mécène pour Pierre Castel mon paternel… Faudrait lui ériger une stèle ! »

 

Ils s'esclafèrent de concert. J'aurais pu leur montrer mon cul je suis persuadé qu'ils auraient affirmés avec une belle unanimité qu'il était beau.

 

Je fis mon Denisot en leur plaçant une histoire de blonde qui consulte son médecin :

 

- Docteur j'ai mal partout 

 

 

et, joignant le geste à la parole, elle posa son doigt d'abord sur son cou.

 

-  Aïe !

 

Puis sur sa poitrine.

 

- Aïe !

 

Puis sur son ventre.

 

- Aïe !

 

Puis sur sa cuisse.

 

- Aïe !

 

Et le praticien de lui dire :


- Vous êtes une vraie blonde et vous avez le doigt cassé...


Désolé !

 

 

Rires gras et commentaires gratinés.

 

Aussi bizarre que ça puisse paraître, moi, le couche-tôt, je tenais une pêche d’enfer. Je fis une proposition indécente à mes admirateurs-vinificateurs « Je suis preneur d’une horizontale d’un grand millésime de la crème des GCC de Saint-Émilion. »

 

Ce fut le plus beau flop de ma misérable carrière, seul un branleur dont j’ignorais le nom ironisa « demandez à Jean-Marc Quatrain il adore bourrer le moût des ignorants. C’est son fonds de commerce… »

 

Je me retins de lui rétorquer « et le droit bouchon ça existe aussi pour les cons ? »

 

À ce stade de la nuit, très proche du lever du jour, j’avais une folle envie de me retrouver dans un rade pourri pour siroter un expresso acide et m’empiffrer d’un croissant graisseux, marre de ce binz de faux-culs et de faux-semblants. Mais Bordeaux n’est pas Paris, la nuit on y dort. Après avoir récupéré et endossé des combinaisons au club d’Émilia nous partîmes à moto, à fond les ballons, au long de l’estuaire, par la rive droite, pour rejoindre l’une de ces petites cabanes montées sur pilotis d’où l’on descend les carrelets dans l’eau, située à Port-Vitrezay.

 

Port-Vitrezay, petit port de pêche charentais, se situe en retrait de Saint-Bonnet-sur-Gironde, au lieu-dit « Terres à Raimond », à l'ouest du marais Duchâtel, près du hameau de Vitrezay. Autrefois c’était aussi un petit port de commerce où transitaient vins, céréales et farine. Comme la plupart des ports estuariens des environs : Port des Callonges, Port-Conac, Port-Maubert, Port des Monards… il est de taille modeste et se déploie en bordure d'un chenal, qui forme l'extrémité du canal de la Comtesse, et vient se jeter dans l'estuaire de la Gironde.

 

La cabane était sans confort mais pourvue de tout ce qu’il fallait pour se restaurer. Nous avions acheté des croissants et du pain en passant à Blaye. Émilia nous prépara, sur le réchaud à gaz, un café filtre bien serré. Dans cette bogue posée, haut perchée, au-dessus des eaux de l’estuaire nous nous sentions coupés de tout, libres de nous laisser aller à déballer nos vies. Ce moment rare fut à nous, rien qu’à nous, ce nous dont j’ignorais à peu près tout. C’était la première fois que je trouvais face à moi une belle personne, je tentais de rattraper goulument le temps perdu.

 

Soudain sur la table le Smartphone d’Émilia s’ébrouait. Numéro inconnu, elle hésitait à répondre. Un étrange pressentiment me poussait à lui dire qu’il le fallait. Bonne pioche, c’était le Préfet. Elle me le passait. Ce cher homme couronné de feuilles de chêne voulait me voir de toute urgence. Il me demandait de me rendre à son bureau en fin de matinée, pour 12 heures 30 très précisément. J’acceptais en y mettant une seule condition non négociable : qu’Émilia se joigne à moi. Quoique surpris, face à ma fermeté, le représentant de l’État accepta.

 

Face à nos bols, dans cette cabane du bout du monde, loin du bal des vanités des 2 Rives, nous éclatâmes de rire.

 

Quel cataclysme avais-je donc déclenché pour que le Préfet en personne me convoque de vive voix à venir m’expliquer ?

 

Tout ce petit monde devait penser qu’il y avait anguille sous roche et que la venue d’un petit fouille-merde de mon acabit, fils d’un père vaguement gauchiste, risquait de mettre à jour des secrets enfouis…

 

Ça me trouait. Je soupirais d’un ton goguenard :

 

« Et si je me contentais de demander à ce cher Préfet de m’aider à identifier qui couche avec la baronne des Sables de Sainte Émilion ? »

 

Pour la première les joues d’Émilia se teintèrent de rose…

Partager cet article
Repost0
17 août 2015 1 17 /08 /août /2015 06:00
Le feuilleton de l’été du Taulier (6) : Je vous présente mon fiancé Eugène Tarpon, le privé pouilleux qui enquête sous les jupons de Saint-Émilion

Après avoir pris congé, de la manière que vous savez, Émilia et moi avons filé jusque Bordeaux pour rejoindre une fête. Nous l’avons fait sur son gros cube, une Ducati Diavel Titanium, bicylindres en L, 1198,4cc, 106 CV, un beau monstre en série limitée 500 exemplaires. Comme nous n’étions pas équipés de combinaisons Émilia ne poussa pas la bête fauve dans ses derniers retranchements mais je dois avouer que ce fut grisant de filer sur l’asphalte en l’enserrant fort par la taille. Comme la chevauchée de moto ne favorise guère la conversation, avant de nous joindre à la fête, nous en avons grillé une sur le quai des Chartrons afin de mieux faire connaissance.

 

Émilia me bluffa. C’était un oiseau rare.

 

Je me sentais gros et laid. Je le lui avouai.

 

Elle me répondit qu’elle s’en foutait.

 

Moi pas, je lui rétorquai-je en lui disant que je faisais mienne l’interrogation de Houellebecq, dans Extension du domaine de la lutte : « Au métro Sèvres-Babylone, j'ai vu un graffiti étrange : «Dieu a voulu des inégalités pas des injustices» disait l'inscription. Je me suis demandé qui était cette personne si bien informée des desseins de Dieu. ».

 

Oui Émilia son Tisserand c’était moi Tarpon Eugène de la seconde génération, un type « dont le problème – le fondement de sa personnalité, en fait – c'est qu'il est très laid. Tellement laid que son aspect rebute les femmes, et qu'il ne réussit pas à coucher avec elles. Il essaie de toutes ses forces, ça ne marche pas. Simplement elles ne veulent pas de lui… »

 

- Que sera sera… ce qui doit arriver arrivera me répondit-elle en m’entraînant par la main vers l’hôtel particulier où se tenait le pince-fesses.

 

Je dois avouer que, pour la première fois de ma putain de vie, je me sentais à l'aise prêt à affronter les zozos du marigot du beau Bordeaux des châteaux.

 

Là encore, dans cette volière de luxe, je pus mesurer le pouvoir d’attraction d’Émilia sur la faune des héritiers.

 

Ils bourdonnaient lourdement.

 

Elle les ignorait superbement.

 

Nous n’étions pas là pour des plans culs mais pour chaluter les ragots dans le marigot. Le Sonar d’Émilia nous dirigea sans hésitation vers le lieu le plus poissonneux où siégeait la nouvelle compagne de Michel Roncevaux, l’homme des plus beaux tonneaux de Bordeaux, monsieur 100/100. Je ne fus pas déçu du voyage, la pêche fut miraculeuse sans pour autant me donner le moindre indice sur qui pouvait bien coucher avec la baronne des Sables de Saint-Émilion.

 

Pour m’aérer les neurones je fis un raid en direction d’un splendide balcon donnant sur le fleuve. Des fumeurs y tiraient diverses fumées aux arômes pas toujours catholiques. Dans un coin, une grappe de winemakers échangeaient autour de Stéphane Detoutautourdelacour et, à ma grande surprise, j’étais leur sujet de conversation.

 

Plutôt que de disserter sur les raisins mûrs et sains ils se perdaient en conjectures sur mon intrusion dans le fleuve si tranquille de Saint-Émilion.

 

Étais-je là pour enquêter sur les dessous affriolants du nouveau classement ?

 

Quel était mon commanditaire ?

 

Pourquoi m’étais-je rendu à l’invitation du maître du Logis de la Caserne ?

 

Ce privé minable ne pouvait que nager en eaux troubles ?

 

Mais pourquoi était-il accompagné de la belle Émilia ?

 

Quelqu’un affirma que, selon le Nicolas qui ne dit jamais rien pour rien, il y avait là la main de la perfide et redoutable Supportable.

 

Un murmure de désapprobation courru à la seule évocation de ce nom honni de la Bordeaux Connection.

 

Émilia, qui m’avait rejoint discrètement, me tirait par le bras jusqu’à la brochette des rois de la vinification :

 

- Je vous présente mon fiancé Eugène Tarpon, le privé pouilleux qui enquête sous les jupons de Saint-Émilion…

 

Les princes de l'oxygène manquaient d'air, je les achevai en leur balançant : « Oui, Eugène Tarpon, un nom de poisson...

Partager cet article
Repost0
16 août 2015 7 16 /08 /août /2015 07:00
CHAP.15 opération Chartrons, Sarko sirote 1 jus de tomate, Carla passe et repasse, entre bain de mer et plongeon dans sa piscine, sont extatiques les gars de Valeurs Actuelles

Qui n’a pas envie d’écrire sur une belle page vierge les premières lignes d’une aventure, de conjuguer séduction et plaisir ?

 

J'avoue un besoin irrépressible de cette légèreté qui «touche aux choses sans y toucher», de cette attirance chaque jour renouvelée qui m’émeut, me touche au plus profond. Diable qu’y-a-t-il de plus excitant que d’enflammer son imagination, faire fondre une à une les dernières résistances, de s’égarer, d’avancer les yeux bandés vers le danger. Être séduit bien plus que séduire, être conquis plutôt que conquérir, je ne sais, je ne puis, le John Malkovich-Valmont qui sommeille en moi, brouille les pistes, joue à colin-maillard, se souvient de Madame de Tourvel, les beaux yeux implorants de Michèle Pfeiffer dans Les Liaisons dangereuses de Stephen Frears, elle résiste certes, avec l’énergie du désespoir, aux avances de Valmont, mais quand elle cède, elle cède, c’est fini, elle ne négocie pas sa reddition, elle se donne tout entière à lui, généreusement, à corps perdu. L’Enfer n’est jamais loin du Paradis.

 

Magie de l’écriture, dans la solitude, l’aridité de la page blanche j’accepte d’être surpris, séduit. On ne peut aimer que si l’on accepte d’être séduit, que si l'on prend le risque de se perdre. Passé le surgissement imprévu de l’amour, c’est la braise vive de l’admiration, étonnement renouvelé, ravissement étonné, qui lui donne sa force, l’insinue dans la vie que je vis. Qu’importe si je ne suis qu’un passager clandestin dans sa vie à elle, celui qui sera débarqué sans ménagement à la première escale, l’important, l’essentiel, le sel de cette dernière tranche de ma vie, c’est elle.

 

Qu’importe, tout m’importe, j’écris. Les mots, que je couche dans l’indifférence de la nuit, sont la dernière digue que j’érige pour durer. Tel Hans Bricker, le petit garçon de Haarlem, qui pose son doigt sur la petite brèche de la digue, je retiens le flux du temps sans pour autant le stopper.

 

Qui pourrait m’interdire d’aimer ?

 

La mort, bien sûr, qui me tombera dessus sans préavis sauf à la programmer. Pourquoi pas, ce serait mon ultime liberté, mon dernier péché d’orgueil. Il m’arrive d’y songer lorsque mon corps donne des signes de faiblesse. Alors je me lève de ma table de travail, dans le silence de la cuisine verse de la farine dans une grande écuelle de verre, ajoute un à un les ingrédients, sans peser, au jugé, pétrir, sentir, mettre la main à la pâte, la maîtriser. Résister ! Aimer ! L’aimer !

 

Le jour va se pointer. Le premier métro va passer sous mes fenêtres. Je suis nu-pieds. Ma tarte aux mirabelles, encore tiède, gît sur son plat. Le chat s’étire. Ma bulle de silence se déchire. Là-bas, elle dort encore. « Je suis une petite nature… dit-elle. Magie de l’écriture, j’anticipe. Le café est un peu amer. Dans la presse, le marronnier du jour est la fuite des riches. Je souris, songe à l’amour en fuite, me prépare, avec mon goût immodéré de la lenteur, à partir. Pour l’heure je lis « À nos enfants » de Bruno Le Maire.

 

Bruno Le Maire, surnommé « Bac + 18 » par Nicolas Sarkozy, qui s'échine selon lui à écrire des «livres en allemand que personne ne lit». «Le pauvre, il écrit des livres que personne ne lit. Ah si, il y en a un que j'ai lu, c'est celui où il se masturbe!», aurait ironisé Nicolas Sarkozy.

 

« Un techno atypique qui a le profil brillant du haut fonctionnaire doublé d'un bon vivant qui n'est pas le dernier à raconter des conneries » selon le Juppéiste Benoît Apparu. Politique, amoureux des lettres, surtout de celles de Proust, à qui il a consacré une maîtrise, un DEA et une thèse et du dramaturge autrichien Thomas Bernhard, il manie la plume avec aisance et talent. Il peut se targuer d’être l’un des rares hommes politiques à être édités sous l'élégante couverture de la collection blanche de Gallimard, dédiée à la littérature et à la critique.

 

« Écrire est une question de liberté, Je ne la négocie pas. Je veux me ménager la liberté intellectuelle la plus forte possible. Je la trouve dans les livres et dans les mots. »

 

La politique et la littérature sont indissociables de la vie de Bruno Le Maire : « J’ai toujours beaucoup écrit et toujours beaucoup lu, c’est ma vie, confie-t-il « Tous ceux qui ont réussi à mêler politique et culture m’inspirent ».

 

Le lire, c’est percer son armure, et surtout pouvoir par la suite mettre ses bonnes intentions à l’épreuve des faits.

 

« Bruno Le Maire est le seul lettré. C'est une dimension que les autres n'ont pas. Pour faire de la politique, il faut être un artiste. Churchill et De Gaulle l'étaient», souligne Frédéric Mitterrand. «Bruno Le Maire les rejoint dans ses origines sociales et sa pratique de l'État. Il est en train de blanchir sous le harnois: il est tout à fait capable d'exercer des fonctions très importantes, mais il va devoir patienter, comme Mitterrand avant lui. Attendre que Nicolas Sarkozy ait assassiné tous ses copains», ironise l'ancien ministre de la Culture dans l'hebdomadaire. Référence à François Mitterrand qui, engagé en politique à la toute fin de la seconde guerre mondiale, a attendu plus de trente ans et vu passer quatre élections présidentielles avant de pouvoir accéder à la plus haute fonction de l'État. »

 

 

« Les prétendus patriotes (ils ont sans cesse ce mot à la bouche) qui veulent fermer à double tour les frontières de la France, la replier sur elle, comme on plie bagages, oublient que notre nation a grandi aussi hors de ses frontières ; que ses conquêtes ont fait sa grandeur ; que son universalisme a pu agacer, mais aussi forcer le respect. La France ne retrouvera pas ses racines en se coupant du monde : elle les retrouvera au contraire en renouant avec son esprit de conquête, qui voit le monde comme il est, ou comme il devient, ne le redoute pas, mais le comprend, ne le fuit pas, mais se donne les armes pour l’affronter.

 

Les changements sont allés plus vite que prévu ? Certainement. Mais pourquoi renoncer ? Vous avez grandi en considérant la Chine comme une des grandes puissances du monde contemporain, à vos âges je connaissais à peine son existence, elle était une province immense, reculée, surpeuplée de paysans, dont il ne me serait jamais venu à l’idée d’apprendre la langue. À l’été 1976, prise d’une nouvelle frénésie de voyage, Isabelle projeta de se rendre en Chine. Nous rentrions tous les deux en voiture de Revel, elle me faisait part de son projet, qui me semblait aussi saugrenu que de partir en expédition pour le Kamchatka. Dans la montée qui conduit à Saint-Ferréol, à un tournant, nous croisâmes ma mère, qui nous faisait de grands signes de la main. Ma grand-mère gara la voiture sur le bas-côté et ouvrit sa fenêtre ; ma mère lui dit tout essoufflée : « Mao est mort ! » Ce jour-là je pris conscience de la Chine, et je compris qui était Mao. Votre rôle, dans les années qui viennent, ne sera pas de solder les atouts de la France, mais de les valoriser partout où ils sont présents et de les développer ailleurs. Nous devons faire en sorte que ce siècle nouveau, qui connaîtra en deux décennies plus de bouleversements technologiques, scientifiques ou humains que ce que vos grands-parents ont vécu en cinquante ans, profite à tous, et pas seulement à quelques-uns. Avec le monde ou contre le monde, solidaire ou isolée, voilà le choix devant lequel se trouve la France. Pour moi, la réponse est claire : la France a son rang dans le monde et doit le conserver. C’est une somme de progrès modestes qui nous fera avancer dans cette direction. Rue de Varenne, nous avons mis trois ans avec les producteurs de viande bovine pour structurer une filière d’exportation. Personne ne prétend que la viande bovine soit le fer de lance de nos exportations dans le monde, quoique la qualité de notre viande soit reconnue, et appréciée : mais en faisant ce choix, les producteurs rappelèrent que chacun a une responsabilité pour que la France reprenne sa place dans le monde, et lui permette de vivre mieux. Cette volonté de conquête, commerciale ou culturelle, politique ou scientifique, vous devez la garder en vous, quel que soit votre métier demain. Élargissez votre regard, ne méprisez jamais les nations qui ne sont pas la France, ne pensez pas un instant que qui que ce soit sur la planète suivra nos idées, si nous ne nous donnons pas les moyens économiques de les défendre. On noircit la mondialisation pour la discréditer : elle est un fait, pas une valeur. Et combien de continents naguère en proie à la misère ont amélioré le sort de leur population – pas toute, hélas, mais une partie seulement – en plongeant dans ce grand bain de la mondialisation ? Toutes les grandes nations d’Europe ont sauté le pas de la mondialisation, sauf la France. En souffrent-elles ? Quelle autre conquête offrir à nos enfants que celle des continents où la croissance se développe, où les idées naissent, où la richesse croît ? Quelle autre grande bataille à livrer que celle de la meilleure gouvernance de ce monde neuf ? Au 11, Downing Street, le ministre des Finances britannique est assis dans un canapé qui tourne le dos à une baie vitrée. Dehors, une bruine grisâtre enveloppe un jardin tarabiscoté, encastré entre des murs de brique. Il me sourit : « Je ne comprends pas pourquoi vous ne vous donnez pas les moyens de réussir comme les autres. Quand est-ce que vous ferez votre révolution mentale ? »

 

Un soir dans les années 80, un Président de la République déclara à la télévision : « La France est une puissance moyenne. » Sans doute voulait-il faire preuve de lucidité, on ne le lui reprochera pas, pourtant ces mots sonnaient faux, et continuent de sonner faux à mes oreilles. Enfoncé dans son fauteuil devant sa télévision, mon père eut ce jugement lapidaire : « On ne peut pas dire que la France soit vraiment une puissance, et elle ne sera jamais moyenne. » Pour la première et la dernière fois, je l’entendis critiquer ce Président qu’il tenait pourtant en très haute estime, pour son intelligence, et dont le départ, quoique maladroitement mis en scène par une chaise vide, le fit pleurer. Néanmoins mon père avait raison. Ne quittez pas cette France qui vous attend : en secret, elle reste grande. Ne quittez pas cette France qui a tous les moyens de réussir dans le monde comme il est. Opposez-vous à ces politiques qui depuis des années reculent devant les changements nécessaires et, proclamant leur volonté de résistance à la Chine, au Brésil, à tout ce qui devient grand et fort, proclament en fait leur impuissance. La vraie résistance est dans notre changement. La vraie résistance est dans la valorisation de nos atouts. La vraie résistance est dans la défense de notre place dans le monde. »

 

Et pendant ce temps-là, le petit Nico, profitant du creux du creux de l'été, confie à Valeurs Actuelles, toute la vacuité de sa pensée.

 

Maurice Szafran ironise :

 

« On ne peut tout de même s'empêcher de sourire en examinant de près la mise en scène à laquelle nos confrères de Valeurs Actuelles se sont prêtés : Sarkozy faussement détendu dans la maison de vacances de son épouse, Carla Bruni, sirotant un jus de tomate et dissertant sur les dizaines de kilomètres que, chaque jour, il "avale" sur son vélo - de course cela va de soi. Pendant ce temps, Mme. Bruni apparaît, passe et repasse, "entre un bain de mer et un plongeon dans la piscine", estiment utile de préciser les journalistes de Valeurs Actuelles, extatiques, quasiment en lévitation. »

 

Olivier Picard enfonce le clou :

 

C’est d’ailleurs assez drôle. On croit lire une parodie de « Voici » : « alors qu’un vent léger flotte sous les tentures » de la résidence d’été de Carla Bruni, en avant pour un entretien « sans tabou ». En « bras de chemises et lunettes de soleil », l’ex, avec « une barbe de trois jours » nous réserve – nous promet-on, « un entretien sans tabou » sur lequel veillera, Carla « entre un bain de mer et un plongeon dans la piscine, pieds nus et couverte d’un chapeau ».

 

Seulement d’un chapeau ?

 

C’est chaud chez Sarko & Co. D’ailleurs, "sa décontraction trahit son état de vacancier". Le voilà démasqué. Carla est là, qui lui fait du teasing, mais, nous dit-on encore, c’est Madeleine que notre héros rêve de reconquérir. Et même « toutes les Madeleine de France », passées des bras de feu l’UMP à ceux du Front national. Quel homme !

 

Alors il fait du muscle : « Il avale des dizaines de kilomètres à vélo chaque jour ». Des « dizaines » on vous dit. Et chaque jour ! Comme sur le Tour. On met le grand braquet pour la grande révélation avec « un nouveau mantra » : « en disant la vérité, on crée de la confiance ». C’est beau. C’est nouveau. Mais dès les premières lignes, on s’aperçoit assez vite que l’ancien président de la république ne s’est pas converti à l’acte de contrition.

 

Reconnaître ses fautes ? Ce n’était clairement pas son truc. Le confessionnal a simplement été le cadre d’une énième opération d’auto-promo où l’enfumage dissimule la manipulation derrières les « tentures » estivales de la fausse sincérité, aussi toc qu’une babiole de vacances. Parfaitement inoffensives, les questions sont autant de sucettes chupa qui permettent au futur candidat de dérouler son argumentaire de candidat. »

 

Fermez le ban !

Partager cet article
Repost0
15 août 2015 6 15 /08 /août /2015 06:00
Le feuilleton de l’été du Taulier (5) : Ce n’est pas parce que l’homme a soif d’amour qu’il doit se jeter sur la première gourde…

Décrire mon état avec Émilia à mon bras relèverait du même défi que de demander à un Henri Guaino de faire preuve, une seule seconde, d’une once de modestie. Je flottais dans les éthers puissants d’un monde où de petits vieux bedonnants trimballent à leurs côtés de jeunes beautés. Notre entrée dans la salle du restaurant ne passa pas inaperçue, le ton des conversations baissa, les fourchettes se suspendirent, les regards envieux des messieurs, et ceux moins charitables de ces dames, nous entourèrent. Crinière au vent notre hôte se propulsa vers nous, surpris, il marqua un temps d’arrêt face à Émilia, se ressaisit pour effectuer un baisemain emprunté avant de me serrer la louche « Très heureux de vous recevoir en si bonne compagnie cher monsieur Tarpon…

 

- Les affaires sont les affaires, je ne suis pas très porté sur les mondanités…

 

Ma saillie ajouta au malaise de notre hôte qui s’attendait à tout sauf à voir arriver dans son petit jeu une locale de l’étape. Nous nous installâmes après les présentations croisées. De suite on nous servit du Krug millésimé. J’avais décidé de me réfugier dans un mutisme souriant. Ce que je fis avec une componction qui m'étonna. Je hochais la tête, me me contentant de lâcher que quelques vagues banalités ponctués  d'onomatopées. Notre hôte épandait le miel à  grandes louches mais s'épuisait face à mes minauderies. J'avais décidé de laisser la main à Émilia, qu'elle soit à la manœuvre. Ce qu’elle fit avec humour et brio. Nous ne nous étions pas concertés mais mon intuition me suggérait que c’était le parti le plus déstabilisateur pour notre homme aux mille facettes. Le pauvre ramait comme un galérien sans pouvoir se défaire des fers que nous venions de lui passer. Sa compagne ne comprenait rien au film et tentait d’amener Émilia sur des terrains futiles, en vain. Afin d’ajouter à la confusion je ne sortais de mon silence que pour elle. Je lui citais dans un désordre étudié : Onfray, Zemmour, BHL, Guaino, Lucchini… avant de placer, avec une fraîcheur d’enfant de chœur, ma belle proximité avec Isabelle Supportable

 

Un très long blanc suivi cette annonce cataclysmique, accompagné d’un rouge écrevisse flamboyant pour lui, de stupeur et tremblements pour elle, une séquence à la Woody Allen du genre « Quand j'écoute trop Wagner, j'ai envie d'envahir la Pologne. » Il me fallait pousser plus loin mon avantage, je plaçais alors plus qu’une banderille, une quasi-estocade « vous le savez mieux que moi, tout homme a son prix pour lequel il se vend

 

La tension était palpable, notre hôte ne pouvait que réfréner sa fureur intérieure, l’heure n’était pas aux esclandres. Émilia me lançait un clin d’œil pour me signifier qu’il me fallait revenir à plus d’urbanité. Ce que je fis en levant mon verre pour porter un toast. Jusqu’à cet instant je n’avais pas encore trempé mes lèvres dans le château La Cloche, dont j’ignorais le millésime puisqu’il nous avait été servi en carafe. Nous en étions au lièvre à la Royale façon Joël Reblochon.

 

En fait, plus qu’un toast, je me fendis d’un petit discours mezzo voce afin de me pas ameuter la clientèle  huppée :

 

« Ce n’est pas parce que l’homme a soif d’amour qu’il doit se jeter sur la première gourde… plaisantait à juste raison le regretté Pierre Desproges. Je reprends à mon compte cette image appliquée à la vérité. Les vérités devrais-je dire, je m'éclaircicait la voix avant de poursuivre :

 

Certes « toutes ne sont pas bonnes à dire » mais les autres, « en plus grand nombre, ne sont pas meilleures à entendre… »

 

Je me gardais bien de signaler que je paraphrasais là Léon Bloy. Mon chapelet de citations n’avait d’autres fonctions que d’embrouiller le poisson, de lui donner le tournis, de faire en sorte qu’il ne sache plus si c’était du lard ou du cochon, foi de Tarpon !

 

Émilia était aux anges, nos hôtes proches de l'Enfer...

 

Afin de parachever mon œuvre, pour la chute, je fis dans l’autodérision érudite en plaçant une vacherie de ce salonnard de Paul Morand « Les citations sont les béquilles des écrivains infirmes…»

 

Suite à cet acte de bravoure, certes sans queue ni tête mais avec beaucoup de corps comme le disent les grands amateurs de vin, je portais mon verre à mes lèvres, par la rondelle du pied, tel un calice, avec religiosité, bus à petites lampées, le nectar des stars. Simulant une forme d'épectase dégustative je déposais mon verre avec grâce et me rasseyais en levant les yeux au ciel.

 

Émilia en profita pour lancer la conversation sur la douloureuse retraite de Bob Parker, l'essor du consulting mondialisé, les affres du classement... Ainsi je pus me replonger dans mon abîme de silence que je déchirais de temps à autre, pour bien montrer à notre hôte toute l’étendue de ma perspicacité, en plaçant des scuds très affutés.

 

Pour ceux que la relation de ce dîner rendrait perplexes je me dois de leur avouer que, moi-même, je serais bien incapable de justifier ma méthode. En avais-je une d’ailleurs? Au risque de vous étonner la réponse est assurément oui. Quand on ignore le fond de la pensée de son interlocuteur on se contente de semer le doute en espérant qu’il produira des fruits.

 

Même le Roundup ne viendrait pas à bout des graines d’adventices que je venais de balancer !

 

Nous prîmes congés. Auparavant j'avais réclamé l'addition en dépit des protestations de notre hôte. Mon dernier scud le cloua au sol définitivement : « Il est hors de question que je laisse ce festin à votre charge, les conflits d'intérêts ne sont pas ma tasse  de thé. Je ne mélange jamais les genres, ici je ne suis pas votre obligé mais un privé sous contrat...»

 

Émilia contenait avec peine un fou-rire qu'elle laissa éclater sitôt que nous fûmes sortis.

Partager cet article
Repost0
14 août 2015 5 14 /08 /août /2015 06:00
Le feuilleton de l’été du Taulier (4) : « Tarpon tu as une table réservée pour dîner au Logis de la Caserne…

La manœuvre était à hauts risques mais comme j’étais le dos au mur il me fallait aller jusqu’au bout de ma provocation. Tout en contemplant la brindille anorexique suçant sa glace, à petits coups de langue vipérine, je composais le numéro du portable de ma mère que je n’avais jamais utilisé jusqu’ici.

 

Elle décrocha très vite. La voix était sèche :

« Allo, à qui ai-je l’honneur ?

 

- Eugène Tarpon le fruit chéri de ta chair…

 

Le blanc qui suivi me parut interminable. Un raclement de gorge l’interrompit, suivi d’une interrogation balbutiée « … Que veux-tu ?

 

- Que tu me rendes un service ?

 

- Tu es où ?

 

- À Saint-Émilion…

 

- Que fais-tu à Saint-Émilion ?

 

- Je mange une glace vanille-chocolat…

 

- Épargnes-moi ton humour de potache sinon je raccroche !

 

- Tu es coutumière de ce genre de fuite ma chère mère…

 

- Je te l’accorde. Que veux-tu ?

 

- Que tu m’accompagnes à dîner ce soir au Logis de la Caserne !

 

- C’est hors de question…

 

- Pourquoi ?

 

- Je ne mettrai jamais les pieds dans ce restaurant…

 

- Le propriétaire n’est pas dans tes petits papiers ?

 

- Oui c’est un cuistre et un arriviste…

 

- C’est un bon point pour toi mais il ne reste pas moins vrai que tu devrais faire un effort pour moi. Tu me dois bien ça.

 

- Je te l’accorde.

 

- Alors force-toi.

 

- Non, mais j’ai une proposition qui va te satisfaire : la fille de mon mari sera ravie de t’accompagner.

 

- Pourquoi ?

 

- Elle te lit tous les jours sur Face de Bouc…

 

- En voilà une bonne nouvelle. J’ignorais son existence.

 

- C’est Émilia.

 

- Beau prénom, elle a quel âge ?

 

- 35 ans, célibataire, une beauté !

 

- Je vais être intimidé.

 

- Ça m’étonnerait. J’ai à faire. Je la préviens et elle te rejoint pour 21 heures je suppose…

 

- Oui, merci beaucoup.

 

Elle avait raccroché. Tout à trac j’ai balancé sur un ton sans appel à ma communicante, déjà passablement éberluée par le bout de conversation qu’elle venait de capter, « Emmenez-moi à Bordeaux avec votre scooter, il faut que je m’achète un costard, une chemise et des pompes ! »

 

Bordeaux est une belle ville, le Alain s'est décarcassé.

 

Comme pour lui rendre hommage, en attendant de voter pour lui aux Primaires de l'ex-UMP pour faire la nique au petit ex, je me suis sapé à la manière d’un Alain Juppé post-moderne, une décontraction étudiée, sans ostentation, l’anti-bling bling. Dans mon costume gris souris de belle coupe, chemise blanche ouverte en coton égyptien, j’étais présentable, quoiqu’un peu engoncé, les grolles, des Richelieu black, me serraient un peu les pieds, mais ce n’étaient là que de tous petits désagréments au regard de l’angoisse qui m’étreignait en attendant Émilia.

 

Du côté fille, surtout les belles, j'étais très au-dessous du niveau de la mer - j'sais Tarpon, un nom de poisson - au degré zéro quoi. Jamais osé les trop belles pour moi, j'suis pas Depardieu moi pour m'attaquer à la face Nord de Carole Bouquet ! Mon expérience se résumait à la drague laborieuse de gros boudins de campagne dans des boîtes pourries. Je ruminais. Qu'allais-je lui dire ? Comment allais-je me présenter? T'es con, elle sait qui tu es ! Calme-toi sinon tu vas ressembler à une serpillière. Je me dandinais, avais une folle envie de me tirer. Fumer ! Non, t'as déjà l'air vulgaire alors n'en rajoute pas mon coco. Bouger. Je me mis à faire les cents pas d'un air le plus dégagé possible. 

 

Ponctuelle, elle arriva quelques secondes avant l’heure. Le doute n’était pas permis c’était bien elle cette haute et belle tige en ballerines noire vernies qui s’avançait vers moi d’un pas fluide, aérien, un léger sourire aux lèvres, vêtue d’une robe légère noire  à pois blancs qui laissait de l’ampleur à ses longs compas. Elle me tendit une main aux doigts fins et déliés avec de beaux ongles carminés, que je secouai avec conviction. J’étais au bord de l’asphyxie. Puis, d'une voix rieuse, elle me dit :  « Allez, faisons nous la bise, nous sommes un peu frère et soeur d'une certaine manière...

 

Elle me claquait deux bises. Avec l'énergie d'un quasi-noyé qui espère encore être sauvé j'en déposai gauchement qu'une sur sa joue droite. 

 

Cramoisi le Tarpon, incapable de la moindre initiative, figé comme une statue de sel, en attrition, mais Émilia le sauva : « Vous êtes sapé à la Alain Juppé, le pull sur les épaules en moins. Très bon point mon cher Eugène...

 

Elle me vouvoyait, ça me décoinçait. Je m'animais.

 

Émilia  glissa sa main sous mon bras et nous nous ébranlâmes. Elle me chuchota :

 

« Disons-leur que nous sommes fiancés ! »

Partager cet article
Repost0
13 août 2015 4 13 /08 /août /2015 06:00
Le feuilleton de l’été du Taulier (3) : de gros engins épandaient sur les vignes des nuages aux fragrances acides

L’effet de surprise passé, et malgré l'heure tardive, mon vœu fut rapidement exhaussé par Pierre Luron. Un des ouvriers du chai du château Âne Blanc possédait une superbe mobylette bleue, siège biplace, moteur débridé, un petit bijou. Il se ferait un plaisir de me la prêter. 

 

Après une bonne nuit dans une superbe chambre d’un château mythique, et un petit déjeuner copieux, en forme olympique je pris la route sur ma mobylette bleue siège biplace, au petit bonheur la chance. Il faisait beau, de gros engins épandaient sur les vignes des nuages aux fragrances acides. Je nouais un large mouchoir sur le bas de mon visage. Les routes étaient étroites, je croisais deux mondes : celui de messieurs et madames tout le monde dans des voitures de monsieur et madame tout le monde et celui des grosses cylindrées des maîtres de la contrée et de ceux qui venaient les visiter.

 

Mon but inavoué : le château La Cloche pour y faire toc, toc, qui qu'est là à la porte , ce n'est pas la Charlotte et demander au maître de chai que l’on fasse carillonner, rien que pour moi, à l’heure de l’Angélus bien sûr, les deux gros bourdons et le carillon de 18 cloches.

 

Après avoir tournicoté, je me présenterais enfin au portail, nu-pieds, vêtu d’une simple robe de bure que m’avait prêté François Des Lices, comme un saint homme sur le chemin de Compostelle, et rappellerais que la prière de l’Angelus tire son nom des premiers mots de la prière en latin : Angelus Domini nuntiavit Mariae, «L’Ange du Seigneur annonça à Marie», coutume établie dans les monastères franciscains, encouragée par saint Antoine de Padoue, de réciter trois Ave Maria après l’office du soir et codifiée par un décret du roi Louis XI en 1472. Cette prière est récitée trois fois par jour, à l’aube, à midi et le soir, au son des cloches.

 

Mon beau plan dérapa sur une chargée de com junior circulant sur un scooter rose bonbon qui, après m’avoir doublé, cheveux au vent, donc sans casque, m’attendait au carrefour suivant. Maigre comme un coucou, montée sur des échasses Lauboutin, sourire carnassier, ongles carminés, slim déchiré aux genoux, elle n’y alla par 4 chemins « Tarpon tu as une table réservée pour dîner au Logis de la Caserne…

 

- Avec qui ?

 

- Tu verras bien mon gros, du lourd bien sûr !

 

- J’espère que ton beau cendré viendra en bottes avec son petit sécateur… suis très sentimental…

 

- Très drôle !

 

- Envoie de suite un petit message à ton maître !

 

- Pour quoi faire ?

 

- Lui transmettre mes exigences !

 

- Et puis quoi encore !

 

- Ne discutes pas carpette !

 

- T’es grossier Tarpon !

 

- Ouais c’est ma marque de fabrique. Exécution !

 

Tu lui dit « Accord, mais en couple… »

 

- T’es louf Tarpon !

 

- Oui, j’attends sa réponse…

 

- C’est un homme très occupé…

 

- Remballe ton baratin ma poule je ne suis pas d’humeur à me faire enfumer.

 

- Tu cherches le baston Tarpon ?

 

- Ferme ton claque merde tu me gonfles !

 

Pincée, elle s’exécutait. La réponse ne se fit pas attendre.

 

C’était oui, un oui franc et massif !

 

La communicante étique en fut toute bouleversifiée. Bon Prince, afin d’atténuer ma grossièreté, je lui proposais d’aller sucer une glace au village. Surprise, retrouvant un semblant de sourire, elle acceptait. Pour ne rien vous cacher, sachant que ces petites communicantes Twittaient comme elles respiraient, je faisais du marketing viral. J’allais, grâce à elle, être géo-localisé, repéré sur Instagram, toute la place de Bordeaux allait bruir de mon insolite présence en ce village plein de bruits et de rumeurs.

 

Restait pour moi à me trouver une dame à la hauteur pour m’accompagner à ce dîner au Logis de la Caserne. Mon carnet d’adresses étant aussi mince que la taille de la communicante junior je commençais à baliser lorsqu’une idée, aussi sotte que grenue, se mit à tourner dans ma tête.

 

Gouverner, c'est choisir proclamait Mendès-France.

 

Illico ma décision fut prise :

 

« Et si je demandais à mon absentéiste de mère, épouse du propriétaire du château Mandigot ? »

Partager cet article
Repost0
12 août 2015 3 12 /08 /août /2015 06:00
Le feuilleton de l’été du Taulier (2) : « c’est à bouar ou à laisser » voulait m’engager…

L’échange avec « c’est à bouar ou à laisser » fut intense et dense mais je ne réussis pas à lui tirer le moindre vers du nez. Mon interlocuteur était retord, vicieux, il voulait m’engager à moindre frais. Pour le déstabiliser je lui fis une proposition malhonnête qui lui coupa l’herbe sous le pied pendant de longues minutes : « j’acceptais sa proposition à la seule et unique condition de travailler gratos. »

 

- Pourquoi ?

 

-  Pour rien !

 

- Je ne comprends pas…

 

- Ne cherchez pas à comprendre mais topez de suite sinon je vous vire !

 

Nouveau silence radio, puis tombait un « c’est d’accord… »

 

- Très bien mais avant que je lance mon enquête vous devez me faire parvenir un dossier complet sur la baronne des Sables de Sainte Emilion…

 

- Je veux savoir comment vous allez procéder !

 

- Vous n’avez rien à vouloir, c’est mon affaire…

 

- Vous ne manquez pas d’air !

 

- Normal, Tarpon c’est un nom de poisson…

 

« C’est à bouar ou à laisser » capitula en rase campagne. Je passai mon après-midi à faire la sieste. Fallait que je sois en forme pour faire bonne impression à ma banquière. Nous dinâmes japonais, rue Sainte-Anne, et nous finîmes dans son lit, face à la Seine, elle créchait dans une tour du XVe, au 28e étage, où je me révélais au-dessous du niveau de la mer. Normal, Tarpon, un nom de poisson…

 

Le lendemain matin dans le TGV Paris-Libourne j’étais frais comme une limande de supermarché délaissée par les ménagères de plus de 50 ans, l’œil vitreux, la bouche pâteuse et de brutales envies de pisser. Au bar, où je me rinçais à l’eau minérale, une conversation, de deux greluches sapées court et moulé, captait mon attention. Il y était question du propriétaire du château la Cloche, plus précisément de sa nouvelle moitié, «d’une vulgarité à décoiffer les adeptes les plus chics du Ferret» (sic) je cite. S’en suivait une revue d’effectifs complète sur un phénomène qui semblait fort répandu sur le terroir d’exception où je me rendais : « la seconde épouse des propriétaires en retour d’âge ». Passionnant ! J’emmagasinais dans ma petite tête le fruit de ce name dropping ferroviaire émanant de deux nanas informées et connectées.

 

En découvrant la gare de Libourne mon seul qualificatif fut : minable ! En la matière je suis un grand expert. Aucun taxi à l’horizon, je restais un moment planté comme un cierge de Pâques sur le parking dans l’espoir d’en voir s’en pointer un. Comme une envie de foutre le camp, je hais la province, les routes départementales, les prés, les vaches, les veaux, les cochons et les couvées, j'ai un côté Jean Yanne très prononcé.

 

- Monsieur Tarpon vous attendez quelqu’un ?

 

La voix m’interpellant provenait d’un type, avec des Ray Ban sur le front, assis au volant d’un gros 4x4 teuton noir. Je m’approchai :

 

-  Bonjour monsieur, vous me connaissez ?

 

- Bien sûr que oui je vous suis sûr Face de Bouc. J’aime bien votre style…

 

- Merci !

 

- Jean-Luc Boisduvin, garagiste… Qu’est-ce qui vous amène dans notre beau pays monsieur Tarpon ?

 

Le gus avait une bonne bouille sympa, des yeux rieurs, et une tenue décontractée, je n’avais aucune raison de jouer les mijaurées. Bien au contraire il me fallait saisir l’occasion. J’étalais ma science vineuse : « très heureux de faire la connaissance de l’érecteur du château Vadanleau… »

 

- Toujours le mot qui fait mouche monsieur Tarpon !

 

- Appelez-moi Eugène !

 

- Et vous Jean-Luc… Je rentre à Saint-Émilion, je peux vous poser à votre destination…

 

- C’est très aimable à vous mais, pour ne rien vous cacher, je ne sais pas très bien où aller…

 

- … et si nous allions discuter de tout cela autour d’un verre ?

 

- Avec plaisir mais je vous préviens, Jean-Luc, je n’ai pas un palais très raffiné…

 

- Faites comme-ci, jouez la comédie, ici c’est le bal des faux-culs…

 

Dans la bourgade pleine de belles pierres, de pavés, de hordes de retraités drivés par des nénettes bien gaulées, Jean-Luc s’arrêtait tous les 3 mètres pour serrer des pinces mâles locales et me présenter d’un «Eugène Tarpon, un nom de poisson… ». Poilant le Jean-Luc, mais comme arrivée discrète faudrait que je repasse, d’ici à ce soir j’allais faire l’objet des conversations du tout Saint-Émilion des châteaux.

 

Nous atterrîmes enfin à «L’Endroit du décor» chez l’aubergiste poète François Des Lices. Jovial, disert, accueillant, sous les charmilles, il déflora toute une floppée de belles quilles. Le téléphone arabe, aussi efficace que le télégraphe Chappe à Austerlitz, draina la fine fleur du cru. En moins de temps qu’il faut pour dire une messe basse je me retrouvais au centre d’une tablée des plus belles gorges profondes des GCC hauts perchés ; pas la piétaille. Tels des chiens truffiers ils avaient repéré le bon client. Nous dînames jusqu'à une heure fort avancée. Sans que j’eusse à lever le petit doigt je me retrouvais logé en un lieu prestigieux que je tiendrai secret. Sur les hauteurs, disons…

 

Ces messieurs ne se firent pas prier pour dévider la cotriade des vacheries les plus savoureuses et les plus croustillantes circulant à propos d’untel ou d’une telle. J’enrichissais mon vocabulaire. Bizarrement aucune allusion ne fut faite à la baronne des Sables de Sainte Émilion. Un peu parano, et surtout flottant dans des vapeurs alcoolisées, je commençais à me demander si je n’étais pas en train de tomber dans un coup fourré. Au dessert, en sirotant un Yquem de je ne sais quel vieux millésime, je lançais à la cantonade : « l’un d’entre vous pourrait-il me prêter une mobylette ? »

 

Loin de les désarçonner, ma demande incongrue trouva un écho favorable...

Partager cet article
Repost0

  • : Le blog de JACQUES BERTHOMEAU
  • : Espace d'échanges sur le monde de la vigne et du vin
  • Contact

www.berthomeau.com

 

Vin & Co ...  en bonne compagnie et en toute Liberté pour l'extension du domaine du vin ... 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

Archives

Articles Récents