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18 octobre 2015 7 18 /10 /octobre /2015 07:00
CHAP.15 opération Chartrons, « Je ne protège personne mais il m'arrive d'avoir peur. Je n'ai pas envie d'apprendre à nager dans 20 centimètres d'eau comme Robert Boulin »

Alors que j’attendais, au premier étage de l’hôtel de Matignon, dans l’antichambre de mon ancien petit camarade devenu Premier Ministre, je ne pouvais m’empêcher, tout en feuilletant la presse du jour, de pester contre la géolocalisation. Sans contestation, c’est l’une des pires calamités du XXIe siècle, plus d’intimité, de petits secrets, de beaux mensonges, de tranquillité, vous êtes pisté comme un vulgaire malfrat en cavale. Bien sûr il vous reste toujours la possibilité de balancer à la Seine votre crapaud plein de puces – c’est con comme image, les crapauds n’ont pas de puces, me disais-je – mais, il y a toujours un ou plusieurs mais, qui vous scotchent à ce satané téléphone. Ne m’en déplaise je ne suis qu’un vulgaire phubbers. « Nous sommes tous des phubbers ». Pour les allergiques à l’intrusion d’un anglais de cuisine sur les réseaux sociaux et dans les échanges sms le « Phubbing » est une contraction de « phone » (téléphone) et « snubbing » (snober), donc en gros snober son interlocuteur en passant son temps à regarder l’écran de son téléphone alors qu'on lui parle. Agaçant, frustrant, grossier, pratique devenue très commune, on regarde en moyenne son smartphone 221 fois par jour, pour une utilisation quotidienne de 3h16.

 

« Le phubbing est un mal qui s'est insinué dans les diners, dans les apéros, dans les réunions, devant la télé et au cinéma, voire même au lit. Une récente étude de l'université Baylor au Texas (Etats-Unis) met en lumière plusieurs situations de plus en plus communes dans les couples :

 

Il/Elle sort son téléphone de sa poche durant un diner ;

 

Il/Elle positionne son portable de manière à pouvoir le voir ;

 

Il/Elle conserve son smartphone dans la main ;

 

En pleine conversation, il/elle se détourne après une sonnerie ou un bip ;

 

Il/Elle jette un regard à son téléphone tout en parlant ;

 

Au premier temps mort dans une conversation, il/elle saisit son portable.

 

Il y a aussi les phubbers jusqu'aux-boutistes qui ne lâchent pas leur téléphone, même pendant l'acte sexuel : 36% des Britanniques se disent prêts à répondre à un appel pendant l'amour, et une Européenne sur 5 affirme consulter son portable lors de l'accouplement. »

 

Si je vous dis ça c’est tout bêtement parce qu’en attendant Manuel je venais de lire dans l’Obs. une très sérieuse chronique « Le phubbing serait-il le mal du siècle ?» 

 

Consulter son téléphone en faisant l’amour, ça il fallait le faire. Je me déridais en tentant de m’imaginer le modus operandi de la manœuvre. Même que je pensais que l’un des mais, le plus important, qui m’empêchait de foutre mon smartphone à la poubelle c’était elle, une belle qui ensorcelle. À nouveau, en dépit de l’érection de défenses soi-disant inexpugnables, je venais de tomber.

 

Tomber !

 

Il y a sous ce verbe une fatalité bien commode dont je m’accommodais pour mieux planquer ma faiblesse côté coeur.

 

À cet instant précis j’aurais dû prendre mes cliques et mes claques et me tirer de ce cloaque où, j’en étais certain vu mes états de service, la main ferme du pouvoir voulait me précipiter. Chez Manuel, il y a du Clémenceau.

 

L’huissier m’introduisait dans son bureau. Tête à tête, mazette, ça devait chauffer. La poignée de mains énergique, l’œil bleu, le sourire un peu crispé, le café. Je souriais. Allais-je prendre une avoinée ou me voir flatté ? Pour ne rien vous cacher je n’en avais strictement rien à fiche, et Manuel, comme s’il lisait dans mes pensées, laissait de côté la carotte et le bâton, pour fendre l’armure. Se confier. Je l’écoutais sans l’interrompre tout en pensant à ce qu’écrivait Flaubert : « L’avenir nous tourmente, le passé nous retient, c’est pour cela que le présent nous échappe. » et insensiblement je m’évadais de la conversation.

 

Zoom arrière !

 

Nourri de la sève de mes précieux livres, adolescent ambitieux, ne doutant pas un seul un instant que ma vie serait belle, je rêvais d’enlever, aux premières lueurs de l’aurore, l’une des belles qui ensorcellent, tirée de son sommeil, au nez et à la barbe de son barbon de père, au grand désespoir de sa mal aimée de mère. Nous fuirions juchés à cru, sur un grand cheval alezan, vers des terres ignorées où nous fonderions une dynastie. Filer le parfait amour, l’amour fou, exigeaient de grands desseins et ne pouvaient se soumettre aux petits accommodements d’une geste étriquée.

 

De temps à autre j’opinais sans rompre le fil de mes pensées. Chacun de nous était dans l’intime et je me persuadais, en l’écoutant, que seule une telle radicalité – l’enlever – pourrait me sauver.

 

Me sauver de qui ?

 

Mais d’elle venue du diable vauvert troubler mon voyage en solitaire alors que je voguais en des eaux enfin apaisées. Stupéfait, sans défense, je contemplais mon absolue faiblesse ; sa jeunesse limpide m’émouvait, me troublait, m’embrasait.

 

Que m’arrivait-il ?

 

Je me raillais : « Tu es tel le bois mort d’un vieux chêne abattu, pas encore sec, mais prêt à être fendu, bardé d’échardes vives, qui luit en un dernier éclat, prêt à un embrasement soudain à la première étincelle avant de se consumer au cœur en une infinie lenteur. »

 

J’appelais Aragon à la rescousse « Il n’y a pas d’amour heureux »

 

Rien n’y faisait…

 

Alors je décidai de l’enlever et de l’embarquer dans mon roman.

 

Cette perspective me permettait d’atterrir en douceur dans le monologue de Manuel. Je lui tendais immédiatement une perche :

 

- Je suis ton homme, ne t’inquiète pas…

 

- Mais tu ne sais pas ce que je vais te demander…

 

- L’important pour moi n’est pas dans ce que tu vas me demander mais dans mon désir d’aller au bout de mon destin…

 

- Je ne comprends pas…

 

- C’est mieux ainsi car tu peux tout me demander.

 

- Sans contrepartie ?

 

- Aucune, sauf mon entière liberté d’action. Je ne rendrai compte qu’à toi.

 

- Je vais y réfléchir…

 

- C’est de suite ou jamais !

 

- Toujours le même, inflexible, je prends mais ne compte pas sur moi pour te couvrir…

 

- Ça va de soi.

 

Le ciel de la rue de Varenne charriait un flot de nuages moutonneux. En marchant je convoquais ma fine équipe pour le début d’après-midi.

 

Ils étaient tous content de me revoir. Pour reprendre le fil de notre mission je débutai mon speech en citant un Twitte de Michel ONFRAY ‏@michelonfray

 

Juppé. « C'est une catastrophe d'entendre ces intellectuels prédire l’effondrement de la civilisation occidentale ». La preuve? Sa candidature.

Haute élévation de l’esprit pour le nouveau chroniqueur qui fait la Une du magazine d'extrême droite « Eléments» 

 

C’est le « vieux » qui a déclenché les hostilités sur son blog du 10 octobre :

 

Faisons-nous confiance

 

Piquer une bonne colère est parfois salutaire. Et aujourd’hui les raisons d’être en colère ne manquent pas !

 

Contre l’abaissement du débat public, la course à la vulgarité, la recherche du bon mot, ou mieux encore du gros mot qui fera la une des médias … et en même temps nourrira la dérision quotidienne que ces mêmes médias entretiennent avec délectation au détriment des hommes politiques.

 

Contre le nouveau « politiquement correct » que nous serinent à longueur de bavardages télévisés les chantres du déclinisme, les nostalgiques d’un prétendu « âge d’or », les Cassandre qui annoncent l’effondrement de la civilisation occidentale.

 

Contre les partis qui jouent sur les peurs des Français et dessinent le visage d’une France ratatinée dans ses égoïsmes, frileuse devant le monde global, barricadée dans d’illusoires frontières nationales, prête à jeter aux orties l’union construite si patiemment avec nos voisins européens.

 

Contre les falsificateurs qui diffusent le mensonge sur les réseaux sociaux et profitent d’un lâche anonymat pour attiser les haines.

 

Contre la sottise qui inspire la caricature d’une France de race blanche et insulte du même coup les Français de Guadeloupe, les Français de Martinique, les Français de Guyane , la belle société multiraciale de la Réunion , je n’oublie pas les Polynésiens , les Calédoniens de toutes origines , nos compatriotes venus d’Asie , du Vietnam par exemple… pardon de ne pas citer tous les Français qui savent que la patrie française ne se définit pas par la couleur de la peau mais par le partage du bien commun que constituent les valeurs de la République, la déclaration des droits de l’homme et du citoyen , l’égalité entre les femmes et les hommes, le respect de la laïcité.

 

Contre l’arrogance des bien-pensants qui se réclament bruyamment des racines chrétiennes de la France sans y être vraiment fidèles. Certes notre pays a des racines chrétiennes, ce qui ne veut pas dire qu’elles soient exclusives ! J’ai été élevé dans la religion catholique et j’y demeure attaché. C’est pourquoi j’ai retenu des Evangiles, des Pères de l’Eglise, de l’enseignement des papes que les valeurs chrétiennes, c’est l’amour du prochain, l’accueil de l’étranger, le respect de l’autre, l’attention porté au plus petit, au plus faible, au plus pauvre.

 

Voilà, j’avais envie de vous dire tout cela. Naturellement, on se calme. J’ai une confiance inébranlable dans le bon sens des Français. Alors, ensemble, résistons aux vents mauvais. Faisons-nous confiance. »

 

Meeting commun, Sarko-Juppé, mercredi 14 octobre à Limoges en soutien à Virginie Calmels, candidate de la droite et du centre en Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes. Ils pensent à la primaire matin, midi et soir. Mais, officiellement, l’automne politique sera collectif.

 

L’ex dans son français approximatif a comme d’habitude surjoué :

 

« On n’a pas besoin de s’expliquer. Il sait ce que je pense. Je sais ce qu’il pense. Nous avons lui et moi une responsabilité sur les épaules, celle d’être unis sans faille pour assurer l’alternance »

 

Mais dans son discours, il n’a par contre fait aucune allusion à l’actualité politique de la journée. Dans un entretien à L’Obs. du jeudi 15 octobre, Jérôme Lavrilleux, ancien directeur de cabinet de Jean-François Copé, emploie des mots très durs à l’égard de l’ancien chef de l’Etat au sujet de l’affaire Bygmalion. 

 

« Je vais vous dire quelque chose que je n'ai jamais dit, et dont j'ai la certitude, conforté par la lecture du dossier aujourd'hui : les comptes de campagne de Nicolas Sarkozy en 2012 ont débordé de tous les côtés Et pas seulement le budget consacré aux meetings. Il ne faudrait plus appeler cette affaire « Bygmalion », mais celle des comptes de campagne de Nicolas Sarkozy. Rien n'a été contrôlé. (…) Il n'y a que Nicolas Sarkozy pour dire dans sa déposition que cette affaire ne concerne pas sa campagne... » 

 

C’est chaud. Ma petite troupe frétille, elle pressent que je vais de nouveau les remettre sur les sentiers de la guerre… Je cite Herriot avant de leur dresser leur feuille de route :

« La politique c'est comme l'andouillette, il faut que ça sente la merde mais pas trop»

 

Ils m’applaudissent. Dans ma poche mon smartphone frétille : et si c’était-elle ?

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11 octobre 2015 7 11 /10 /octobre /2015 07:00
CHAP.15 opération Chartrons, lutte des classes à Air France « on ne liquidera pas tous les patrons, surtout en France où il y a beaucoup de petites et moyennes entreprises, cela fait trop de monde. »

Le rhume surgit souvent par les pieds, les miens glacés m’ont transformé dimanche soir en une fontaine dégoulinante et aspergeante. Que faire ? Un rhume soigné dure 1 semaine et un rhume non soigné dure... 8 jours. Autrement dit : un rhume va toujours guérir spontanément dans les mêmes délais. En conséquence je me suis contenté de choyer l’intérieur de mon nez en lui appliquant une thérapie douce à base de fumigation à l’eucalyptus et de nettoyage au sérum physiologique. Bien sûr je suis resté cloitré à la maison et, la mort dans l’âme je ne suis pas allé déjeuner au Yard. Cela m’a sans doute évité une grosse déconvenue mais je déteste voir mes projets contrecarrés par une force majeure.

 

Le lien est-il totalement rompu ? Je ne sais, mais ce que je sais c’est que ce n’est pas de mon fait. J’attends. Je l’attends…

 

Mardi j’irai déjeuner à 13 h au Yard.

 

La boucle de la semaine sur les médias et les réseaux sociaux ce fut le spectacle du DRH d’Air France, la chemise en lambeaux, escaladant une clôture en grillage pour fuir une poignée de surexcités vociférant. Comment, dans le climat de tension qui règne dans cette entreprise, les deux parties, la direction et les syndicats, la CGT tout particulièrement, ont-ils, soit mésestimés les risques, soit joués à un jeu dangereux celui de la catharsis. Ma vieille expérience, et ma très bonne connaissance de l’intérieur de cette entreprise – aimer les femmes présente des avantages collatéraux trop souvent négligés – me font pencher pour la seconde branche de l’alternative. Mais à trop jouer avec le feu on se brûle.

 

Le très gauchiste journal les Echos, propriété de ce pauvre Bernard Arnault, a publié une interview d’un chercheur en sciences politiques et spécialiste des conflits sociaux et des syndicats, Jean-Marie Pernot : Air France : « On n’en arrive pas là sans que la direction ait aussi des responsabilités»

 

Comment expliquez-vous et jugez-vous les violences intervenues à Air France ?

 

Je suis avant tout surpris de tout l’engouement et du déchaînement médiatique autour de cette affaire. Il faut remettre les choses à leur juste proportion : c’est un conflit social qui dérape, comme il y en a déjà eu et comme il y en aura encore. Certains ont pété les plombs, c’est un incident d'une triste banalité mais il n’y a pas mort d’homme, il faut passer à autre chose et arrêter le défilé des bien-pensants.

 

Il est aussi facile de ne tourner les regards que vers les syndicats. On n’en arrive pas à de telles situations sans que le management ait aussi des responsabilités. La direction porte une part assez lourde dans la dégradation du climat social, notamment dans sa gestion des annonces, voire sur la versatilité de sa stratégie.

 

Pour qui n’a jamais mis les pieds dans une entreprise, surtout une très grande avec un siège social pléthorique – ce qui est le cas d’AF qui a gardé ses bonnes vieilles habitudes de société nationale – la capacité de lecture des évènements est très limitée. De plus, dans une entreprise de transport, la classe reine, celle qui tient le manche à balais, les commandes du TGV : les roulants de la SNCF, le volant d’un 35 tonnes ou celui d’un bus ou du métro, possède une force de dissuasion quasi-nucléaire. Paralyser l’entreprise et le pays. Alors, on la flatte, on cogère avec elle et, de ce fait, les autres catégories du personnel accumulent des rancœurs. Les gros bras qui ont fait la chasse au DRH venaient de la maintenance, lieu privilégié du syndicalisme radical.

 

Mais ce qui m’a beaucoup plu sur les réseaux sociaux ce sont les postures des révolutionnaires en chaise longue qui, face à leur écran, en tapotant sur leur clavier, bonnes âmes, chantaient les louanges de la tournure radicale prise, selon eux, par la lutte des classes. Violence physique contre violence sociale, les arracheurs de chemise érigés en avant-garde de la classe ouvrière, aidés en cela par le Mélanchon qui aime la castagne lorsque ce sont les autres qui la mènent. Pauvres petits encore dans les jupes de leur mère qui pensent qu’un jean troué aux genoux est le plus grand symbole de leur piteuse révolte.

 

Alors je me suis souvenu de « la Gauche Prolétarienne dirigé par Benny Levy, alias Pierre Victor, le Raïs de la GP, faux clandestin reclus au fin fond de Normale Sup rue d’Ulm, petit brun affublé grosses lunettes d’intello qui donnaient, à son regard «gris et froid comme celui d’un héros de James Hadley Chase» (Claude Mauriac dans son journal Le Temps immobile vol 3 attribue cette description à Gilles Deleuze…), chef suprême d’un noyau dur pour qui la «guerre civile» ne pourrait être menée par la classe ouvrière sans que des flots de sang soient versés.

 

« Soit le patron d’une boîte moyenne, on peut établir la vérité des faits, à savoir qu’il a exploité les ouvriers abominablement, qu’il est responsable de pas mal d’accidents du travail, va-t-on l’exécuter ?

 

Supposons qu’on veuille rallier pour les besoins de la révolution cette bourgeoisie moyenne, qu’on dise qu’il ne faut exécuter que la toute petite poignée d’archi-criminels, en établissant pour cela des critères objectifs.

 

Cela peut constituer une politique tout à fait juste, comme par exemple pendant la révolution chinoise…

 

Je ne sais pas si cela se passera comme cela ici, je vais te donner un exemple fictif : il est vraisemblable qu’on ne liquidera pas tous les patrons, surtout dans un pays comme la France où il y a beaucoup de petites et moyennes entreprises, cela fait trop de monde. »

 

 

Souvenir d’une conversation avec mes hommes de la Grande Maison le 31 mars 2013 :

 

- Tu te rappelles de l’équipée de Benny Levy à Palente chez les Lip…

 

Le silence qui s’ensuivit marquait le triomphe du malingre. Il jouissait de son avantage car évoquer devant moi le souvenir du gourou de la Gauche Prolétarienne c’était, il le savait le bougre, me replonger dans un temps où le grand n’importe quoi régnait en maître.

 

- C’était le gros Geismar qui pilotait une vieille 4L vers Palente. Un peu avant l’usine, quelques camarades locaux les attendent. J’en suis car j’étais déjà des deux bords. Quand on s’aperçoit que le Benny est flanqué de Geismar ça gueule sec.

 

- Putain, tu te prends pour un touriste. Franchement si tu pointes ta tronche dans l’usine tout le monde va se dire que les maos viennent foutre la merde dans notre grève…

 

Le pépère Geismar il n’en revenait pas. Ni une, ni deux, il se retrouvait accroupi au fond d’une bagnole qui, deux précautions en valaient mieux qu’une, le déposait sur le quai de la gare de Dijon pour embarquer dans le premier train pour Paris. Pendant ce temps-là, tel un brave visiteur, « Pierre Victor » dont nul ne connaît le visage du côté de Palente, franchit les grilles de l’usine, accompagné de deux ouvriers de chez Renault, sans encombre. Même qu’il se fait cornaqué par un responsable de l’accueil. Tout lui est ouvert, même les AG, à la condition qu’il respecte la libre parole et bien sûr ne participa pas aux votes. Le gars qui les accueille c’est Jean Raguenès, OS chez Lip depuis 3 ans, dont Benny Levy, qui a son service de renseignement, sait que c’est un père dominicain détaché de son couvent qui fut, en mai 68, l’aumônier des étudiants en droit et qu’il a défendu les katangais de la Sorbonne…

 

Duruflé biche, tout le monde l’écoute. Il quête une approbation dans mon regard. Je relance gentiment :

 

- C’était le bon moment pour être présent ! 

 

- Ça c’est sûr, Benny « Pierre Victor » arrivait alors que tout se nouait. Je m’en souviens bien on était le 12 juin 1973 et Comité d’Entreprise devait se réunir pour prendre de lourdes décisions. Depuis que le PDG Saintesprit avait démissionné à la mi-avril, les actionnaires suisses d’Ebauches SA, à qui Fred Lip avait cédé un tiers de son capital, ne l’avaient pas remplacé. Tout le monde subodore qu’ils veulent résister aux japonais de Seiko ou Kelton et aux américains de Timex mais qu’ils n’en ont rien à traire des autres branches armement, machine-outil et mécanique…

 

- Ben dit-donc Duruflé y devrait t’embaucher pour les pages saumon du Figaro, ironisait Merchandeau

 

- Que veux-tu, nous, comme les Lip nous travaillions dans la précision, on en était, pas comme les branleurs de maintenant qui se la pète en baskets et en jeans et qu’on jamais vu la gueule d’un ouvrier…

 

- Entre 68 et l’arrivée de grand con de Giscard qu’est-ce qu’on s’est éclaté avec les barbouzes et les mecs des CDR… Une grande époque que nous ne retrouverons jamais. Nous sommes dans une ère de médiocres, de petites bites sans envergure… surenchérissait Contrucci.

 

- Y’a pas photos les mecs, même si je n’aime pas beaucoup mes curés, Piaget et Raguenès, qui ne pouvaient pas se piffer, c’étaient des couillus et même l’archevêque de Besançon, Marc Lallier, il n’envoyait pas dire ce qu’il avait envie de dire. Pas de la petite bière qui défile pépère de République à Nation, des gars qui sont capables de mettre la main sur le trésor de guerre de Lip. Opération commando à la nuit tombée qui investit la « chambre froide », là où sont stockés le disponible, vingt-cinq mille montres prêtes pour la vente, et qui met ce petit trésor en lieu sûr. Le « casse social » du siècle ! Le camarade Benny Levy à l’impression de vivre le scénario idéal, pur et dur en direct et il est partagé entre le malaise et la jubilation… L’illégalité des larges masses c’est le credo de la GP et ça le fait bander, si tant est qu’il bandât ; mais ce qui le trouble c’est que ce mouvement est entre les mains des révisionnistes modérés, Piaget CFDT et PSU est de ce type de catho dévoué qui n’est pas vraiment la tasse de thé de « Pierre Victor » qui haïssait les syndicalistes légaux.

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4 octobre 2015 7 04 /10 /octobre /2015 07:00
PUBLIÉ PAR GUILLAUME NÉEL http://neelguillaumeleviking.blogspot.fr/2010_10_01_archive.html

PUBLIÉ PAR GUILLAUME NÉEL http://neelguillaumeleviking.blogspot.fr/2010_10_01_archive.html

Ma sérénité m’attriste, je ne suis pas malheureux je suis hors tout.

 

La dernière fois, au débouché de la Villette, avant qu’elle ne me largue à sa manière, froide, sans mots inutiles mais avec une volonté farouche de se débarrasser d’un poids mort, d’un importun qui s’était subrepticement glissé dans sa vie, j’aurais dû lui dire :

 

« Finalement nous n’avons pas eu d’histoire, toi et moi. »

 

« A-t-on besoin d’être deux pour avoir une histoire ? « Courage. Jeter ses épaules en arrière, aller tout droit, recommencer. Elle trouvera un homme neuf. Peut-être. Il ne faut jamais s’habituer. C’est ainsi qu’on reste soi-même. Intact. Pas de pliage parallèle des corps qui s’accoutument, s’endorment l’un contre l’autre, moins attendrissants que les chaises empilées à la terrasse des cafés après la fermeture. Pas de main posée sur un corps familier, dernier paragraphe sur un constat de petite mort. Rien n’est définitif. Il faut éviter ces leurres qui persuadent qu’on n’est pas si seul et dont l’absence, quand ils nous sont ôtés, est insoutenable. Dire le désir sans le séduire. Impossible, les coups et les caresses usent. C’est pourquoi on interdit aux visiteurs, et même aux aveugles, dont la pulpe des doigts est si sensible, de toucher aux statues dans les musées. Avoir du tact envers soi-même, oublier les anciens numéros de téléphone dont on sait, même si on avait le courage, une dernière fois, de les composer, qu’ils n’ont plus d’abonné. Oublier le nom, l’adresse de personnes dont on avait attendu la réponse. Elle ne viendra pas. Nos feus aimés se taisent. À quoi bon les rappeler, leur écrire des lettres ? À charge ou à décharge, ils pourraient les garder. Qu’ils les jettent. Poubelle. Autant se parler à soi-même. Oui, toi là-bas, seule dans ton coin, tais-toi, corps et rêves à l’encan. Lave tes yeux, oublie son nom, celui des lieux où vous avez été. »

 

Pourquoi, ce matin, suis-je tombé sur ce texte de Marie-Odile Beauvais ? Pur enchaînement après une soirée sur le qui-vive, à me défendre des assauts de mes amis « mais où est-elle ? » J’ai résisté. J’ai refusé de poster ce sms qu’ils me demandaient. Mal à l’aise, taraudé par l’envie, j’ai esquivé mais la plaie, que je croyais cicatrisée, s’est ouverte, béante, profonde. La musique, le brouhaha, des conversations qui me traversaient sans me toucher, mes cigarettes roulées en solitaire sur le trottoir, l’absence, ce je ne sais quoi qui m’aidait à vivre. Plus de message pour lui dire « suis arrivé à bon port ». Plus de post-it « lundi midi au Yard… » Alors, comme mu par un force invisible ma main ce matin à extirpé ce livre de la masse, l’a ouvert et mes yeux sont tombés sur ce texte de femme. Ce ne sont pas mes mots mais certains d’entre-eux disent ce que je n’ai plus le courage de dire.

 

Alors comme la Toile est une mer sans limite j’y jette ma bouteille, lundi je virerai face au métro Philippe-Auguste, station chère à mon cœur, j’accrocherai mon vélo puis j’irai m’asseoir à la même place, la nôtre et puis… la vie continuera…sans elle.

 

Les poubelles de la République débordent, c’est à qui y déversera son tombereau d’ordures.

 

Le Vicomte d’abord, Philippe de Villiers, l’autre fou du Puy, toujours aussi féroce, hobereau hâbleur, has been en déshérence, assez minable dans sa vulgarité surjouée, racontant un déjeuner avec son « ami » Fillon, le cocker triste, alors 1er Ministre du Lapin sur piles, un homme « sans aspérités » dit-il qui a la culture du secret, se livre peu. Fielleux, il ajoute que le François a été élevé à Solesmes et qu’il en a gardé l'air onctueux. « Il est monocorde et pratique le silencieux »

 

« Je me souviens d’un déjeuner, le 9 octobre 2008, à Matignon. Ce jour-là j’ai découvert que, derrière l’homme placide et impeccablement peigné, avec sa raie de premier communiant, il y avait une nature fragile, éruptive, explosive. Nous déjeunions sur la pelouse, tout près du pavillon de musique. Dès l’apéritif, son portable s’est mis à vibrer. Le visage crispé, il s’abandonne un instant :

 

– C’est Sarko. Il attendra.

 

– Tu fais attendre le président ?

 

François, visiblement excédé, me répond :

 

– Il n’a qu’à me traiter autrement ! Chaque jour est une humiliation.

 

Le portable sonne de nouveau. Je suis stupéfait. Quelle ambiance ! Voyant ma surprise, il m’explique, fourchette en l’air, que Sarko ne respecte que les rapports de force. En souriant, je lui glisse :

 

– Tu es devenu méchant ?...

 

– Non, au contraire, je suis trop gentil. Si je lui faisais du mal, alors il me respecterait !

 

Je suis effaré par tant d’animosité entre les deux hommes. En partant, il me glisse à voix basse un précepte de son mentor Le Theule :

 

– Tu sais Philippe, en politique, pour nuire, il faut être proche…

 

Quelques mois plus tard, le 10 novembre 2009, il m’invite à déjeuner de nouveau sans autre raison apparente qu’amicale. Il s’en prend à ma naïveté en s’agaçant :

 

– Depuis que tu es dans le Comité de liaison de la majorité, je t’observe, tu as l’air tout coiffé de Sarko. Tu devrais faire attention. C’est un monteur de coups redoutable. Il va t’utiliser.

 

Alors il penche la tête, l’air désolé, avec son visage de jeune homme candide et offusqué. Il hésite un instant et, en frappant sur la table avec le manche de son couteau, il finit par me livrer cette confidence :

 

– Tu verras, Philippe, ça finira mal. C’est Sarko qui fera tomber Sarko. Il fait n’importe quoi et multiplie les imprudences. Je le lui dis pourtant, mais il ne m’écoute pas.

 

– Il y a des affaires embêtantes ?

 

– Sarko répète toujours à propos de Villepin : il finira pendu par moi à un croc de boucher. Eh bien, moi, je te dis, Philippe : si ça continue, c’est Sarko qui finira à un croc de boucher. Et c’est la Justice qui l’accrochera. Elle sait tout. »

 

Et puis y’a l’inconnu le Préfet Moisselin, membre du cabinet du Ministre de l’Intérieur Sarkozy que dirigeait Guéant, il vaut le détour : «L’argent n’est pas notre mobile quand on arrive dans un ministère, on prend l’argent quand il arrive, on ne dit rien quand ça s’arrête. L’argent vient ou pas, on fait avec.»

 

« Il s’est surpassé vendredi, toujours à la barre, narrant sa première remise en cash, en mains propres (!), de Claude Guéant. «Il m’a tendu une enveloppe. En la recevant, je n’avais pas l’impression d’entrer en clandestinité : c’était une pratique ancestrale, coutumière, certainement archaïque. J’aurais pu, d’un geste noble, renvoyer l’enveloppe à la figure de Guéant en criant : Arrière, Satan !» Il ne l’a pas fait, quitte à vendre son âme au diable. «Je ne l’ai pas déclarée aux impôts, je le reconnais. J’ai eu tort, ce n’est pas très glorieux, mais je savais que des policiers en recevaient autant.»

 

Gérard Moisselin est une caricature de haut fonctionnaire, passé par la préfectorale, notamment en Indre-et-Loire comme la plupart des prévenus. Comme un relent d’une «mafia orléanaise», doublée d’un passage préalable et obligé au cabinet de Charles Pasqua (1993-1995) avant de doubler la mise sous Nicolas Sarkozy (2002-2004). »

 

Pour le reste de notre pauvre et piteuse actualité nationale, nos soi-disant intellectuels, les innommés car ils le valent bien, saisis par la débauche des médias, s’épandent, se répandent, dévaluent le peu de valeur qui leur restait. Navrant ! Signe du temps, alors je tire la chasse sur eux avant 22 heures puisque je vais m’exiler en Suisse où il est illégal de tirer la chasse d'eau des toilettes ou de prendre une douche après 22 heures pour toute personne vivant dans un appartement. Quant à l’autre, qui fut Ministre de la République, c’est faire injure aux poissonnières que de l’assimiler à cette honorable corporation ; aucune appellation ne lui convient, elle n’a pas honte.

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27 septembre 2015 7 27 /09 /septembre /2015 08:00
CHAP.15 opération Chartrons« Ah, Carla ! Elle avait 16 ans, moi, la trentaine « Viens en haut, j’ai quelque chose à te montrer. »

Interdit de séjour ; interdit d’amour…

 

La relégation « peine complémentaire frappant les récidivistes par laquelle un condamné est obligé de résider (relégation individuelle) ou est interné (relégation collective) hors du territoire métropolitain. » a été supprimé en 1970.

 

Toujours applicable pour les vieux amoureux… ou presque…

 

Louis Bertignac de Téléphone raconte :

 

« Normalement, dans les groupes de rock, ça fait la queue dans les loges. Mais le fait qu’il y ait Corinne… Ce n’était pas le chien de garde, mais disons que ça freinait les ardeurs de certaines. Imagine pour un mec complexé comme moi : t’es dans un groupe de rock qui cartonne… Manque de pot, ta gonzesse est dedans ! »

 

Pourtant, au début des années 80, une très jolie nana qui s’appelait Carla Bruni lui a fondu dessus :

 

« Ah, Carla ! Elle avait 16 ans, moi, la trentaine. Mais bon, j’ai connu pire comme différence d’âge depuis. » Ce soir-là, Bertignac rentrait chez lui« dans le passage au Pré-Saint-Gervais » et il est alors tombé sur « deux loutes avec des grands cheveux raides, belles comme pas possible ». Sur le coup, il n’a pas compris qu’elles l’attendaient : « Bon, moi qui essuyais un nombre de râteaux invraisemblable, même avec des moches, je me suis dit : « Qu’est-ce qu’elles foutent là ? », persuadé que ce n’était pas pour moi. En réalité, si. Une minute après, elles sonnaient à la porte : « On a trouvé ton adresse et on aimerait bien boire un coup avec toi.»

 

« Inter­loqué, Louis Bertignac a accepté : « Et là, c’est comme dans un film : j’ai eu mes 20 secondes de courage, ces 20 secondes qui peuvent changer ta vie. Je les ai fait entrer, puis j’ai dit à Carla : « Viens en haut, j’ai quelque chose à te montrer. » Arrivés à l’étage, je l’ai embrassée. Elle n’était pas encore mannequin, mais je la trouvais merveilleuse. » Suivra une belle relation de deux ans, avant que leurs chemins ne se séparent.

 

Pourquoi Bertignac ?

 

Parce qu’il a retrouvé l’amour avec Laetitia qui a 34 ans de moins que lui.

 

J’ai tourné la page, marre de me voir reléguer au rang des interdits d’amour… Y’a pire, ce n’est pas Cayenne.

 

Reste pour moi à purger le cas Onfray l’idole des addicts à la philosophie pour tous. Je n’ai rien contre mais le coureur de plateaux m’exaspère, tout comme ses concurrents style Zemmour and Co. Je sature et qu'on me vienne pas me dire que je souhaite qu'on le baillonne ! Seulement qu'il sache se taire de temps en temps au lieu de bander comme un ado boutonneux face au désir de rattrapper le temps perdu à n'être que le philosophe de Caen. 

 

Acte 1 : le plaidoyer pro-domo de l’intéressé dans le Monde des Idées du 19.09. : Marine, si tu m’entends...

 

« Il y a un procédé psychologique bien connu dans les cours de récréation dont la formule est : « C’est celui qui le dit qui y est ». Qu’on me reproche d’être l’allié objectif de Marine Le Pen est aberrant ! Qu’elle le dise n’est pas étonnant dans sa course à la respectabilité, dans son envie d’avoir des noms d’éventuels compagnons de route, dans son besoin stratégique et tactique d’un point de vue électoral de remplir le vide intellectuel de son parti. » 

 

Acte 2 : En réponse à Michel Onfray par Laurent Joffrin, directeur de la publication de Libération 

 

« Dans une récente interview au «Figaro», le philosophe fait preuve d'un simplisme polémique inquiétant, un ralliement indirect aux obsédés de l’identité. Nous avons choisi de reproduire ses propos pour ensuite les commenter et les réfuter par des arguments rationnels. »

 

Acte 3 : Onfray, escroc intellectuel par Pierre Jourde, écrivain, professeur d'université et critique littéraire, se pose quelques questions (la pièce la plus intéressante)

 

« Les éditions de l’université populaire de Caen viennent de publier des Fragments de Diogène, traduits, édités et commentés par Adeline Baldacchino, préfacés par Michel Onfray. On sait l’intérêt que Michel Onfray porte au philosophe cynique, que quelques répliques bien senties ont rendu célèbre, notamment le fameux « Ôte-toi de mon soleil » adressé à Alexandre le Grand, qui demandait au sage de lui demander ce qu’il désirait.

 

Dans sa préface, Michel Onfray insiste sur deux points : premier point, la jeune femme qui a publié ces textes a fait là une véritable trouvaille. Elle a mis la main sur un « trésor philosophique » de textes disparus, « inédits ». Deuxième point, ce ne sont pas les universitaires qui seraient capables de faire une trouvaille pareille, étant donné que l’Etat les paie pour perpétuer un savoir mort, et qu’ils ne trouvent jamais rien. Curieusement, cette préface au recueil de textes de Diogène commence par des injures adressées à ces « fonctionnaires de la recherche (dite scientifique) grassement payés (…) pour conclure qu’il n’y a plus rien à trouver », publiant leur « thèse soporifique », des « livres lus par personne ». Leurs médailles, leurs carrières ? « Sex toys pour abstinents sexuels.» Leur travail ? Une « imposture ».

 

Acte 4 : Au nom de quel «peuple» prétendent-ils tous parler? par Eric Dupin 

 

« Michel Onfray, Jean-Luc Mélenchon, Podemos, Marine Le Pen: tous en appellent au «peuple»... mais pas forcément au même, ni nécessairement contre les mêmes adversaires.

 

C’est un tout qui a l’immense mérite de rassembler contre quelque chose. L'invocation du «peuple» dans les joutes politiques est fort ancienne. Elle permet de prendre le parti du plus grand nombre tout en isolant un adversaire à l’identité fort variable: «les élites», «la caste» ou encore «les étrangers», c’est selon. »

 

J’en ai fini. Là aussi je tourne la page, on ne m’y reprendra pas de sitôt. Choisir ! Ne plus me laisser aller à la compréhension : qui m’aime me suive !

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20 septembre 2015 7 20 /09 /septembre /2015 08:00
 CHAP.15 opération Chartrons, « 1 dîner de gens de droite abonnés à Figaro Magazine, à l’île de Ré, cela m’étonnerait qu’on m’y trouve » Fabrice Luchini

Je le confesse, j’ai toujours aimé le confessionnal, sa pénombre, l’odeur fade, être à genoux en attendant que le curé fasse coulisser le petit volet de séparation, il bossait en duo, à la chaîne notre curé-doyen, débiter le je confesse à Dieu, attendre avec gourmandise la question rituelle sur le plaisir seul ou avec d’autres, mentir alors que j’étais là pour laver mon linge sale de péchés véniels et mortels, bref il faudra qu’un jour je m’offre un petit tour à confesse, donc je le confesse sans honte autant le Onfray me gonfle, autant le Fabrice Luchini me réjouis le cœur. C’est un saltimbanque, de ceux, qu’au temps de Molière, auxquels on refusait les derniers sacrements et qu’on enterrait la nuit.

 

Lui, le gamin du XVIIIe, qui vient faire le garçon-coiffeur avenue Montaigne, lorsqu’il affirme que « la certitude de classe m’est insupportable » je le crois. En plus, il est drôle, ce qui n’est pas le cas de l’hédoniste constipé du bocage normand.

 

68

 

« Il y avait la gauche et la droite. La droite incarnée par le renouveau, le projet, l’ambition culturelle, le côté joyeux, l’espoir. Je suis très œcuménique, je prends tous les défauts pour la droite et toutes les qualités pour la gauche. Je pense que la mesquinerie, l’anxiété, la méfiance sont plutôt des réflexes de droite. Je sais que les choses sont plus nuancées que cela, mais je provoque. Cohn-Bendit étaient plutôt les premiers coiffeurs, les riches, ceux qui gagnaient beaucoup d’argent, mais qui pensaient à la Révolution merveilleuse. Ceux qui défendaient De Gaulle étaient les shampouineurs, ceux qui dépendaient du pourboire, les manucures, les pédicures. J’avais devant moi une lutte de classes. J’avais toutes les valeurs de la gauche, l’invention, l’espoir, la générosité et toutes les valeurs de la rétraction, ce qu’on appelle parfois les valeurs de la réaction. Maintenant, j’opte beaucoup plus pour le camp de la réaction. »

 

Il a changé le Fabrice.

 

« Oui, en 1968, j’y ai cru, j’allais vendre Lutte Ouvrière, j’ai été vaguement trotskiste, je n’ai pas très bien compris ce que voulait dire Léon et j’ai préféré lire Céline, mais en gros j’avais l’impression que 1968 allait balayer le passé, que le réel allait être vitalisé, qu’on allait en finir avec l’aliénation, j’adhérais à toutes les critiques d’Herbert Marcuse et Marx. J’étais persuadé qu’une chose nouvelle allait surgir. J’ai été militant quatre mois, j’ai dû aller débats marxistes auxquels participaient Daniel Bensaïd et Hugo Blanco l’Argentin, un marxiste révolutionnaire de 80 ans aujourd’hui. Après j’ai complètement quitté cette idée de progrès, de catéchisme. Comme dirait Céline : alors tous en bicyclette et pas de fausse note. En Pologne, lorsque j’ai joué j’étais devant les membres du parti communiste qui avaient des salles pour leurs films porno pendant que le peuple était dans la misère. C’est un catéchisme auquel je ne crois absolument plus. J’éprouve même une répulsion pour tout ce qui est progrès. Si Mélenchon passe, il n’y a pas d’histoire, je me barre, si Marine passe aussi. Je l’aime bien Mélenchon, nous avons dîné deux ou trois fois ensemble, mais je n’aime pas sa passion de l’égalitarisme. Tout mon parcours dit le contraire. »

 

Il dîne Fabrice.

 

« J’ai dîné cette semaine avec Emmanuel Macron, jusqu’à une heure du matin. « Je ne suis pas un industriel, me dit-il, je suis venu pour parler de Molière. » j’étais heureusement surpris, ce couple est divin, cela fait du bien de constater qu’un homme politique peut répondre à une réplique de Molière, à ton souci sur Rimbaud, qu’il a une connaissance et une admiration pour Flaubert. Cela fait du bien, Emmanuel Macron m’a impressionné. »

 

Et les clientes du salon !

 

« Je les séduisais, je regardais leur poitrine et cela me rendait hystérique de désir. J’ai quand même passé quatre ans à pratiquer la masturbation dans des proportions inquiétantes. Je n’avais que 9,8 de tension. Le toubib du coin avait dit « Vous voyez, ce sont les cadences infernales de la bourgeoisie. » toutes les coiffeuses se déshabillaient dans le vestiaire, elles avaient de petits soutiens-gorge merveilleux, elles mettaient en avant leurs petites pommes. Je passais les épingles pendant que Marlène Jobert se faisait faire le maillot avec l’épilation à la cire. Je voyais Sylvie Vartan en peignoir. Marlène Jobert en petite culotte. Tout ça me rendait dingue. Le toubib m’a dit qu’il fallait faire un procès au patron. On m’a donc mis dans un petit endroit où pendant un mois j’étais éloigné des soutiens-gorge, mais, à cette époque-là, j’ouvrais Jours de France et il y avait des pubs pour les soutifs. C’était trop. »

 

Mon rêve : comme il y a maintenant des journées sans « voiture », « tabac », une journée sans Onfray m’irait bien…

 

Je plaisante même si je n’ai guère le cœur à plaisanter avec le spectacle que nous donne certains politiques de ce pays qui me semble de plus en plus déboussolé, sans repère, frileux, comme tétanisée.

 

J’ai honte car ils n’ont pas de honte.

 

Piètre spectacle que celui de la droite française, dans la crise des migrants.

 

Maurice Szafran note avec pertinence que c’est « Comme si notre pays, dans l'esprit de ses chefs politiques, était à jamais sorti de la grande Histoire pour se racornir chaque jour davantage. Et à cet égard la gauche ne vaut guère mieux que la droite. »

 

Je suis atterré.

 

Mais où est passée la droite républicaine, humaniste, libérale, au sens de Tocqueville ?

 

Bien sûr Alain Juppé, Jean-Pierre Raffarin, Nathalie Kosciusko-Morizet, François Fillon et sans doute des sans-grades se sont exprimés en réaffirmant que « la France doit accueillir des réfugiés, qu'il est indispensable de mettre au point une politique nationale d'accueil ».

 

Causez toujours les bonnes âmes, l’heure n’est pas à l’humanité la plus basique mais à courir derrière Marine Le Pen, s’afficher plus anti-immigrés, plus xénophobe et plus replié sur nous-même que jamais est très tendance. La pêche aux voix est ouverte.

 

Le pompon dans ce concert minable doit être attribué sans contestation à Baroin.

 

À juste raison Maurice Szafran parle de « débandade éthique »

 

« Paradoxalement, François Baroin, sénateur-maire LR de Troyes, récent président de l'Association des Maires de France, la toute-puissante AMF, a donné le premier signal de cette débandade éthique en précisant d'emblée que sa ville restera fermée, close, aux migrants: « Tous nos centres d'accueil des demandeurs d'asile (CADA) sont remplis, nous sommes sursaturés. On ne peut pas avoir des Calais partout en France »! Des mots technocratiques, glaçants, sans chair ni âme, les remarques d'une comptable riquiqui de la politique incapable de prendre la mesure historique du drame. Baroin, le gaulliste! Baroin, le fils préféré de Chirac! Baroin, l'incarnation de la droite ouverte et modérée! Baroin rétréci et rabougri. Les réactionnaires et les ringards de LR n'allaient évidemment pas manquer cet d'occasion pour se laisser aller à toute une série de provocations et, parfois, de délire. »

 

Dans la même tonalité rabougrie, l’assureur Xavier Bertrand donne toute sa mesure : « Ma ville n'accueillera pas de nouveaux réfugiés. Je ne sais pas les accueillir, je ne sais pas les former, je ne sais pas les intégrer, je ne sais pas leur donner un emploi. Vous ne pouvez régler un problème avec des bons sentiments. Je demande un blocus au marge des côtes libyennes pour empêcher tous ces malheureux de partir et de mourir. Je refuse d'y voir un manque de générosité »

 

Pour ne pas être en reste le chef court derrière sa troupe de pleutres avec une position de compromis calamiteuse « Je souhaite qu'on soit généreux avec les Syriens et ferme avec les émigrés économiques. Il fait des contrôles drastiques aux frontières de l'Europe. Et créer des centres de rétention des réfugiés politiques dans les pays sources, en Afrique du Nord, en Serbie, en Bulgarie. Bref, trouver une réponse équilibrée ».

 

Dans une interpellation faussement naïve à la droite Mgr Di Falco, l'évêque de Gap, pas particulièrement un progressiste, pose le doigt sur la plaie, là où ça lui fait mal à cette droite égoïste : « Mais qu'est donc devenue la Manif pour tous? Si elle est pour tous, elle est également pour les migrants ».

 

J’avoue que j’espérais sur ce sujet l’esquisse d’une forme d’Union Nationale hormis bien sûr les xénophobes avoués ou masqués. François Fillon qui se souvient que son mentor était gaulliste plaide pour « la grandeur de la France » Atterré François Grosdidier, sénateur (LR) de la Moselle, prévient « Veillons à ce que la barbarie ne gagne pas la France, non pas par la migration comme le redoutent certains, mais par notre propre régression intellectuelle, morale et politique »

 

Reste les boutefeux, les va-t’en en guerre, avec à leur tête Bruno Le Maire qui double sur sa droite le petit Nicolas. Pour lui, et d’autres, il de prendre le problème par l'autre bout, en faisant intervenir des troupes terrestres pour éliminer Daesh en Syrie et en Irak. Il considère que l'éradication de cette organisation ferait disparaitre les causes de l'exil de ces millions de réfugiés dont l'écrasante majorité - 99,4%, selon le Haut-commissariat aux réfugiés de l'ONU - est installée dans les pays limitrophes de ceux qui sont en guerre.

 

Ce n’est pas faux. Charles de Gaulle expliquait dans Mémoires de guerre à propos de son départ pour l'armée du Levant en 1929 : « Vers l'Orient compliqué, je volais avec des idées simples. » Il ajoutait : « Je savais qu'au milieu de facteurs enchevêtrés une partie essentielle s'y jouait. Il fallait donc en être. » Depuis 85 ans, les choses ont-elles vraiment changé ? De ce point de vue, pas vraiment ! Alors de grâce, cessez vos coups de menton messieurs, expliquez-nous clairement comment notre pays peut s’engager dans une guerre terrestre ? Je suis preneur.

 

Reste à écouter Onfray qui bien sûr un avis tranché sur cette question.

 

Depuis plus d'un an, la coalition internationale intervient, mais Daesh continue à agrandir son territoire, principalement en Syrie. La France ne doit pas bombarder, dites-vous. Alors, que faire pour freiner l'avancée des djihadistes ?

 

  • Moi, je serais pour qu'on se désengage absolument de tous les conflits planétaires dans lesquels on s'en va bombarder des populations musulmanes.

Quitte à laisser avancer les islamistes ?

 

  • Mais, c'est leur problème ! Pourquoi on aurait le droit d'intervenir au Mali mais pas le droit d'intervenir à Cuba, le devoir d'intervenir en Libye mais pas en Corée du Nord... ? Qu'est-ce qui fait qu'on a des indignations sélectives ? On ne peut pas aller faire le gendarme sur la planète entière ! Donc on a des indignations sélectives parce qu'il faut penser en termes de géologie, de stratégie, de sous-sol. Faites une carte géologique et vous verrez que ce sont les endroits géostratégiques où ont lieu les guerres. Parce que là où il y a du pétrole, il y a toujours des militaires.

Une majorité de Français, si l'on en croit les sondages, ne voit pas d'un bon œil les arrivées de migrants. En Allemagne, on voit les gens accueillir les trains de réfugiés dans les gares, avec sourires et applaudissements. Comment expliquer la différence d'accueil ?

 

  • Je pense qu’il faut faire l’histoire. L’France, c’est le pays du nazisme.

Oui, mais, est-ce qu’on n’a pas une dette morale aussi en France ?

 

  • Ce n’est pas exactement la même chose… Je pense que c’est difficile d’être allemand quand on hérite de ce qu’a été le nazisme, parce que le nazisme, ce n’est pas seulement Adolf Hitler, c’est tout un peuple qui a fait confiance à cet homme. Donc, forcément, ça crée ensuite un pays particulier. C’est un grand peuple qui a le sens de l’ordre, au bon sens du terme, qui a le sens de la communauté, qui a aujourd’hui une tradition d’accueil qui s’est constituée et qu’il n’y a pas en France. Parce que la France ne s’aime pas, parce qu’on se déteste, qu’on est dans la haine de soi… On est en train de vivre, nous en France, une espèce d’effondrement de l’histoire de France avec des hommes politiques qui ne nous aident pas à faire que l’histoire de France se poursuive dans de belles lumières.
  •  

Selon vous, la réponse est politique en France face aux réfugiés. Au FN, le choix est clair, Marine Le Pen dit : « Nous ne devons pas accueillir de clandestins supplémentaires. » À droite, à gauche, on hésite…

 

  • Il faudrait déjà s’entendre sur cette idée de migrants, d’émigrants, d’immigrés. Vous avez vu qu’on n’utilise plus le mot immigrés, on ne parle plus d’immigration, on parle de migration, et puis maintenant on parle de réfugiés. De toute façon, en France, c’est interdit de penser cette question-là… Il faudrait déjà commencer par penser cette question des immigrations. Quand on dit : oui, mais, regardez, on a accueilli les Polonais, les Espagnols, les Portugais… Oui, mais c’était dans un même espace qu’était l’espace judéo-chrétien !

Mais, quand les boat people fuyaient le Vietnam, personne ne se demandait s’il fallait les accueillir ! Est-ce que vous ne pensez pas que les réticences d’une partie des Français sont dues à l’origine de ces migrants ? Parce qu’ils sont arabes, on les craint davantage ?

 

  • D'abord, il y a une méconnaissance des raisons qui font que ces gens arrivent chez nous. Parce qu'on vit dans une espèce de matraquage médiatique et politique qui nous explique que les guerres que nous faisons sont des guerres contre le terrorisme, donc, évidemment, on est pour ces guerres ! Il faudrait juste une explication, faire de la philosophie politique, et les Français sont assez capables de comprendre ça. Il faut leur expliquer d'où ça vient, comment ça fonctionne quand des gens arrivent ici ! Et on arrête de faire ces guerres à des populations qui ne nous ont rien fait, on arrête d'investir des milliards dans les budgets de l'armement... On n'a pas d'argent pour augmenter le smic, mais on en a toujours pour faire une guerre supplémentaire !

Onfray Président !

 

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13 septembre 2015 7 13 /09 /septembre /2015 08:00
CHAP.15 opération Chartrons, Nicolas le couillu lorgne sur les 2 Michel : Onfray et Houellebecq pour l’extension de sa surface médiatique.

Mettre de la distance, tenir la distance, une épreuve, je suis mis à l’épreuve et je résiste très bien sur mon île.

 

« Je possède, un orgueil indicible. L’approbation de mon propre cœur me suffit » Pascal Paoli

 

« Tout y était meilleur ; il n’était pas jusqu’à l’odeur du sol même ; elle lui eût suffi pour le deviner les yeux fermés ; il ne l’avait trouvé nulle part. Il s’y voyait dans ses premières années, à ses premières amours ; il s’y trouvait dans sa jeunesse, au milieu des précipices, franchissant les sommets élevés, les vallées profondes, les gorges étroites ; recevant les honneurs et les plaisirs de l’hospitalité » propos de Napoléon Bonaparte recueillis par Las Cases à Sainte-Hélène.

 

« Elle aime Petru au point de le tromper ? Les femmes ont une logique qui ne cessera jamais de m’étonner. »

« L’homme que Lisa dit aimer, pensai-je, est abusé par son ardeur. C’est moi qui allume ce feu dont elle jouit.

Je n’en eus pas de la jalousie, mais un étrange sentiment d’orgueil et de tristesse mêlés. »

« J’adorais ma souffrance. J’étais prêt à y sacrifier ma vie »

 

Marie Ferranti La chasse de nuit.

 

Peut-on dévier le corps du destin quand on est un mazzeru ?

 

Omniprésent, sur tous les fronts, sur tous les rings, Saint Michel Archange Onfray, champion toute catégories de « j’ai des avis sur tout et le contraire de tout », foudroie la pauvre Angot qui écrit avec ses sabots, traite BHL de con qui ose tout et, cerise sur le gâteau, Mélenchon de menteur. J’oubliais, tirant profit des mannes de son père métayer, il a bien sûr un avis sur la crise agricole, plus que cela il brigue le maroquin de la rue Varenne pour sauver vaches, cochons, couvée et la fermière Mylène Farmer.

 

Je bois du petit lait, c’est le foirail, même si l’injure, le populisme de bistro, la télé-réalité, à propos de BHL, tout ça sur le dos du petit mort gisant sur une plage turque, est lamentable, minable. Nous sommes loin, des intellectuels de renom qui, en1979, confrontés au drame des Boat-people fuyant le Vietnam communiste, avaient su mettre leurs divergences de côté et se rendre ensemble à l’Elysée pour convaincre Giscard d’Estaing, d’accueillir en France le plus possible de ces réfugiés. Sartre et Aron, que tout séparait, que tout opposait, ensemble, avaient accompli la même démarche. « En 1979, les intellectuels savaient se tenir ». Sartre avait répondu à André Glucksmann, venu le solliciter, qu’il se rendrait à la conférence de presse prévue au Lutetia pour y soutenir les boat people « même s’il y a Aron ». Et quand Aron avait revu Sartre, après trente ans de brouille sévère, il lui avait lancé « Bonjour mon petit camarade ». L’essentiel était de sauver des vies, pas de s’accuser de crimes que personne n’avait commis.

 

Les médias, les réseaux sociaux, les rendent fous, fous d’eux-mêmes bien sûr. Il y a chez Onfray une forme de frénésie, proche de la séance de rattrapage, le frustré, le comprimé se lâche. Freud n’est pas loin. Grand bien lui fasse surtout lorsque c’est sur la gueule de Mélenchon. Là, il y va au canon, aux lance-flammes :

 

« Le logiciel intellectuel et rhétorique de Mélenchon est celui de Georges Marchais ! L’insulte lui tient lieu de pensée. Il vocifère, il croît qu’il raisonne ; il éructe, il imagine qu’il a démontré ; il insulte, il se prend à croire qu’il a prouvé. Il est patent que ce monsieur est un sanguin et qu’un sanguin fait peu de la raison »

 

« Car qui est le traître sinon ce monsieur qui a voté oui à Maastricht en 1992 et parle toujours avec vénération de Mitterrand, « le Vieux », comme il dit, l’âme damnée de Maastricht, puis fait son fonds de commerce, depuis sa dénonciation de Maastricht qu’il vantait à l’époque ? Moi, en 1992, j’étais déjà contre… Qui est le menteur, sinon lui qui fut anticommuniste quand il était trotskyste, a changé d’avis quand il est devenu candidat à la présidence parce qu’il avait besoin des militants du PCF, avant de quitter maintenant ce partenaire d’un soir pour lorgner les Verts, pour un destin qu’il imagine national alors qu’il n’a jamais été élu autrement que comme apparatchik et en vertu des appareils ? Presque vingt ans sénateur, présenté par le PS, et député européen depuis 2009, présenté par le PG, et même pas capable d’emporter seul la mairie d’une ville… »

 

Que du lourd, que du vrai, tout ça à propos de Robespierre. Les règlements de comptes font les bons amis. Au passage, le petit Michel fait un petit détour dans la science politique, il ne s’interdit rien le gourou des retraités en déshérence, en définissant 3 gauches : « la gauche des barbelés », celle de Mélenchon, Chavez, Castro, Ahmadinejad, Poutine, de la Chine… de Sartre bien sûr ; « la gauche libérale » celle du PS bien sûr – raccourci saisissant pour un esprit si profond, mais bon ne lui en demandons pas trop, il donne tant ; et la sienne « la gauche libertaire » celle dit-il de Camus qu’il annexe avec aplomb, « les cons ça ose tout » disait Audiard.

 

Et puis, le dernier petit coup qui tue « Je souhaiterais rappeler, pour finir, que Robespierre a été le grand homme pour nombre de fascistes qui ont aimé les figures jacobines de 1793 : Drieu la rochelle, Valois, Déat, Béraud par exemple… Mélenchon, qui est l’ami de Patrick Buisson et qui s’en fut à la remise de sa Légion d’Honneur à l’Elysée, en 2007, sous Sarkozy donc, sait bien toutes ces choses-là. »

 

Fermez le ban !

 

À qui le tour ?

 

J’attends avec gourmandise les prochaines sucreries du Michel ; encore un Michel avec le Houellebecq ils ont une sacré surface médiatique que le petit Nicolas le couillu doit leur envier

.

« La posture de Nicolas Sarkozy est donc celle d’un homme à la virilité abrupte, qui joue les gros bras, prêt à en découdre, chargé en testostérone. D’abord inspiré par Charles Pasqua, qui fut responsable de la section départementale du parti gaulliste dans les Hauts-de-Seine, il reprit à son compte les stéréotypes de la virilité incarnés par ailleurs par Jean-Marie Le Pen ».

Signé David Simard, philosophe et psycho-sexologue (en voilà un bel et beau métier)

 

N’est pas Chirac qui veut*, alors N le petit, rame pour poser ses burnes sur le comptoir, alors pour montrer sa virilité donne des surnoms « testostéronés » à ses rivaux, affirme "Le Canard Enchaîné". Ainsi, François Fillon serait un « eunuque » et face au « papy Juppé », 70 ans, et au « bébé Bruno », 46 ans, Sarkozy, 60 ans, serait le seul à avoir « des couilles ». Un champ lexical apprécié des hommes hétérosexuels de droite et d'extrême droite.

 

*Février 1988, Chirac Premier ministre de Tonton, s’énerve devant les prétentions de Margaret Thatcher qui exige le remboursement d’une partie de la contribution du Royaume Uni au budget européen : « Mais qu’est-ce qu’elle veut, cette ménagère, mes couilles sur un plateau ? »

 

Autre saillie du grand Jacques pour exprimer sa totale indifférence : « Cela m’en touche une sans faire bouger l’autre »

 

La Baule sera donc tout à la fois, un harem, une maison de retraite et une nurserie tenue par un mec sévèrement burné, ça promet !

 

Fillon déjà cramé après sa bataille de chiffonniers avec le roquet de Meaux, vêtu de la défroque néolibérale passe son temps à promettre du sang et des larmes, s'étonne, sondage après sondage, d'une cote de popularité en berne... le burné et le pré-retraite considèrent, à juste titre sans doute, qu'il est sorti du scénario présidentiel.

 

Reste le cas de Bruno Le Maire, les 2 vieux, comprennent mal son évolution, sa droitisation assez radicale.

 

En troisième position dans les études d'opinion, Le Maire, « si propre sur lui, si convenable, le genre premier de la classe, a jusque-là charmé une partie de la bourgeoisie modérée. Comment expliquer cette soudaine radicalité ? Ces prises de position sociétales à la... droite de Marine Le Pen et de Nicolas Sarkozy ? »

 

« Pour deux raisons, au moins : l'ancien ministre de l'Agriculture est persuadé que les Français persistent à se droitiser ; et il entrevoit, qu'à force d'affaires judiciaires, Sarkozy ne sera peut-être pas en mesure de se présenter. »

 

Que ces gens s’aiment !

 

Reste que pour que le tableau du barnum soit complet, il manquait la Nadine Médrano qui « veut montrer sa capacité de nuisance pour être considérée par Sarkozy » en se présentant aux Primaires.

 

« C’est une amoureuse éconduite. Sarkozy l’a sacrifiée pour en faire le symbole d’un changement d’époque. Comme elle incarne l’outrance, un manque de nuance et la mise en scène d’elle-même, il avait bien compris qu’elle était devenue l’image du sarkozysme dont les Français ne veulent plus ».

 

Vive CLOSER !

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6 septembre 2015 7 06 /09 /septembre /2015 07:00
CHAP.15 opération Chartrons, Onfray se pâme pour Mylène Farmer, Carla plaint la Trierweiler répudiée, Houellebecq  emmerde "le Monde"

« Quand je m'éveille, ma bouche est ouverte. Mes dents sont grasses : les brosser le soir serait mieux, mais je n'en ai jamais le courage. Des larmes ont séché aux coins de mes paupières. Mes épaules ne me font plus mal.

 

Des cheveux raides couvrent mon front. De mes doigts écartés je les rejette en arrière. C'est inutile : comme les pages d'un livre neuf, ils se dressent et retombent sur mes yeux.

 

En baissant la tête, je sens que ma barbe a poussé : elle pique mon cou. La nuque chauffée, je reste sur le dos, les yeux ouverts, les draps jusqu'au menton pour que le lit ne se refroidisse pas.

 

Le plafond est taché d'humidité : il est si près du toit. Par endroits, il y a de l'air sous le papier-tenture. Mes meubles ressemblent à ceux des brocanteurs, sur les trottoirs. Le tuyau de mon petit poêle est bandé avec un chiffon, comme un genou. En haut de la fenêtre, un store qui ne peut plus servir pend de travers. »

 

« Je n’avais pas l’intention de mourir, mais inspirer de la pitié m’a souvent plu. Dès qu’un passant s’approchait, je me cachais la figure dans les mains et reniflais comme quelqu’un qui a pleuré. Les gens, en s’éloignant, se tournaient.

 

La semaine dernière, il s’en était fallu de peu que je me fusse jeté à l’eau, pour paraître sincère

 

Ça c’est de l’Emmanuel Bove dans Mes Amis.

 

Et l’autre alors ?

 

« Comme romancier, on ne l’a pas vu venir. Qui l’annonçait ? Près de nous, je ne vois que Bove ou Perec ou l’un de ces romanciers sacarstico-glauques de l’après-guerre, créateurs de mondes gris et de personnages défaits d’avance. Il a lui-même cité Le Solitaire, l’unique roman d’Ionesco. Si l’on remonte un peu, on tomberait peut-être sur le Sartre de La Nausée ou le Camus de L’Étranger ou sur Beckett. Sur Céline ? Ce n’est pas vraiment le même monde. Plutôt, plus avant, sur le premier Huysmans, le naturaliste un peu sordide des Sœurs Vatard (dont Valéry écrit dans Variété : « On eût dit que le dégoûtant et l’horrible dans tous les genres le contraignissent à les observer, et que les abominations de toute espèce eussent pour effet d’engendrer un artiste spécialement fait pour les peindre dans un homme créé spécialement pour en souffrir. » ; et qu’il décrit par ailleurs fumant des cigarettes « à peine pincées par le milieu entre ses doigts minces » ! Et sur Zola, oui Zola, à cause de la crudité sexuelle et de l’acuité de l’analyse sociale, à cause aussi, bien sûr, puisqu’il est de toute façon l’ancêtre des plus grands – le Flaubert de L’Éducation sentimentale et de Bouvard et Pécuchet. »

 

C’est Dominique NOGUEZ sur Houellebecq juste après les Particules Élémentaires

 

« Savoir dans quel Monoprix je fais mes courses n’a pas une importance nationale » précise-t-il à propos des 6 papiers d’Ariane Chemin sur lui.

 

Nous vivons une époque formidable où le rien fait la une…

 

C’est alors qu’éclate la grande nouvelle via le compte Twitter de l’Onfray « qu'il a fait appel à l'interprète de Libertine pour les illustrations de ce conte philosophique L'Etoile Polaire, à paraître en novembre prochain »

 

Michel ONFRAY @michelonfray

 

Mylène Farmer illustre un conte philosophique de Michel Onfray. Parution en novembre.

16:01 - 24 Août 2015

 

Normal sur Radio Classique en avril dernier, le philosophe, qui boit, mange, se pâme aussi « Je trouve qu’il y a chez Mylène Farmer une voix extraordinaire, une sensualité, une volupté. Mylène Farmer c’est aussi un corps, une mise en scène, c’est aussi une façon d’être dans le système. Elle n’est pas du tout au-devant de la scène, elle est un peu secrète, discrète, on ne sait pas grand-chose. Et j'aime assez que les gens produisent leur art et soient sur scène puis disparaissent et n'exploitent pas le filon de leur vie privée. »

 

Et puis y’a la madame de l’ex, la Carla qui vole au secours de l’ex du Président, la Trierweiler. Elle a confié à Philippe Labi, qui écrit un énième livre sur la madame, à propos du livre de la répudiée

 

Ce livre m’a semblé une mise au point. Il répond d’abord à une humiliation. L’infidélité, c’est déjà quelque chose de douloureux. Alors lorsque cette infidélité est publique, ça double la peine en quelque sorte. On se sent humilié. Valérie Trierweiler est une femme de son temps qui a été placée dans un endroit sans y avoir été préparée. C’est une journaliste pas une personnalité publique. Elle ne connaissait pas ces vagues incessantes de médisances et de diffamations. Elle n’était pas en position de légitimité, n’étant ni mariée ni pacsée. Dans un endroit aussi protocolaire que l’Elysée c’est délicat. Elle s’est donc sentie extrêmement seule. Ses difficultés viennent de là, je crois. Ce n’est pas un endroit où l’on peut aller sans amour, plaide Carla. Voilà, à mon sens, ce que raconte son livre. Et quand, en prime, cette histoire est arrivée, elle a craqué. Elle a été dévastée. Aucune femme n’aurait tenu le choc »

 

Bonne nouvelle

 

Le poids des dépenses de retraites dans le produit intérieur brut (PIB) reculerait «fortement» d'ici à 2060, la France se trouvant ainsi en position plus favorable que ses voisins européens face au vieillissement de la population, prédit une étude de l'Insee publiée jeudi. Globalement stable jusqu'en 2025, le poids des dépenses de retraites s'allégerait surtout entre 2025 et 2060, pour représenter 11,2 % du PIB, contre 13,8 actuellement.

 

« Grâce aux réformes adoptées depuis plus de 20 ans », la part des dépenses de retraites dans le PIB devrait ainsi baisser de 2,6 points sur cette période, selon les projections de l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) et de la direction générale du Trésor. La France se trouverait ainsi « dans une position relativement favorable par rapport à ses partenaires européens pour faire face au vieillissement de sa population ».

 

La France mieux lotie que l'Allemagne

 

L'étude révèle ainsi que si l'on tient compte du « poids des pensions » (retraites mais aussi pensions d'invalidité), seule mesure permettant de comparer les différents pays européens, la France aurait la baisse la plus marquée (- 2,8 points de PIB) » par rapport aux principaux pays de la zone euro entre 2013 et 2060. À l'inverse, le poids des pensions de l'Allemagne augmenterait de (+ 2,7 points) et celui de la Belgique (+ 3,3 points).

 

Une bonne nouvelle pour les finances publiques françaises, mais pas forcément pour les retraités, avec le recul de l'âge de départ à la retraite et l'allongement de la durée de cotisation, décidés dans le cadre des récentes réformes. Les retraités pâtissent également d'une « baisse relative du montant de la pension moyenne par rapport aux revenus d'activité moyens », due notamment à l'indexation des pensions sur l'inflation, qui augmentent moins vite que les salaires.

 

En outre, de 2025 à 2040, « par rapport aux générations plus anciennes, les nouvelles générations auront eu des carrières plus fragmentées et ainsi acquis moins de droits à la retraite ».

 

Les projections au niveau européen diffèrent de celles réalisées par l'organisme servant de référence en France, le Conseil d'orientation des retraites (Cor). Fin 2014, il prédisait une baisse du poids des retraites deux fois moindre (- 1,3 point du PIB). Le scénario sur lequel s'appuie l'étude Insee prévoit à long terme un taux de chômage de 7,5 %, une croissance de 1,5 % et une population de 76 millions de personnes en France d'ici à 2016.

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1 septembre 2015 2 01 /09 /septembre /2015 06:00
France Gall Noirmoutier 1964 http://www.jean-marie-perier.net/france-gall.html

France Gall Noirmoutier 1964 http://www.jean-marie-perier.net/france-gall.html

Noirmoutier, son bois de la Chaise, et France Gall qui dans le n°59 de Melle Âge Tendre d’octobre 1969 confiait « Dès les premiers beaux jours je redevenais Babou et nous allions en vacances dans la maison que nous avions à Noirmoutier ». Toute seule sur cette plage pauvre petite fille riche, je me souviens même que Jack Troussicot, qui osait tout, s’est fait prendre en photo avec elle.

Le feuilleton de l’été Taulier (1) : qui couche avec la baronne des Sables de Saint-Émilion ?

Agrafé tout de traviole sur la porte de mon 5e sans ascenseur de l’Impasse du marché aux chevaux, dans le 5e arrondissement, un bristol tout jauni indiquait sans équivoque à la chalandise ma raison sociale : Eugène Tarpon Jr, privé.

 

 

Faut avouer que le chaland ne se bousculait pas dans mon 10 m2 sur cour vu qu’en bas, sur la rue qu’est une impasse, y’avait pas la moindre plaque de cuivre à mon nom et profession, car le syndic de la copropriété, un gros véreux, me l’avait refusé pour un beau paquet de raisons, dont une m’avait scié à la base : « je n’avais pas la gueule de l’emploi. »

 

 

Et pourtant, « bon sang ne saurait mentir » pensais-je sur le coup, Eugène Tarpon mon père, Tarpon un nom de poisson, eut son heure de gloire dans laSérie Noire de Gallimard avant de prendre la gueule de Jean-François Balmer au ciné. Pandore déchu pour avoir envoyé ad patres un plouc breton déversant son fumier sur la chaussée, poivrot invétéré, quand il était beurré à point comme un petit LU, sur le bord de mon lit, il marmonnait que j’étais le fils d’une mère maquerelle et que j’étais né un matin au 5 bis de la rue de la Grange aux Belles près du Canal Saint-Martin.

 

 

Délire d’ivrogne, ma mère infirmière-chef à l’hôpital Beaujon s’était tirée vite fait mal fait avec un jeune interne boutonneux qu’était parti s’installer comme toubib du côté de Bordeaux où sa famille possédait un château pissant du pinard, un GCC qu’y disaient les canards à pinard. Vu que ma génitrice me laissa tomber comme un baluchon de linge sale, il est vrai que je faisais alors encore pipi au lit, le pauvre hère qui me servait de père m’a lourdé. Destination immédiate : ma grand-mère paternelle, bretonne de son état, baignant dans l’eau bénite, empileuse de sardines à l’huile en usine à Saint-Guénolé.

 

 

Qu’est-ce que je me suis fait chier à Saint-Guénolé ! Même que j’ai été enfant de chœur pendant un paquet d’années. Mémé sentait l’huile d’arachide et ronflait comme un sonneur de biniou. J’étais tout boulot car la mémé me gavait comme une oie. Mon teint rougeaud avec des petits yeux de goret et des cheveux tout filasse, mes courtes pattes et mes doigts potelés, mes frusques miteuses, m’handicapaient grandement auprès des filles. Je me rattrapais en les faisant rigoler. Du bagout j’en avais, mémé disait que je tenais ça de ma salope de mère, ce qui me ravissait : pour une fois qu’elle m’avait donné quelque chose celle-là. Quand je poussais le bouchon trop loin mémé me calmait d’un beau revers de main. Des torgnoles j’en ai reçu, pas trop tout de même car je me rebiffais en menaçant la grand-mère de la dénoncer au curé.

 

 

J’ai toujours été un ramenard un peu flemmard. De mon père le seul truc que j’ai reçu en héritage c’est un goût très prononcé pour me foutre dans la merde et d’y patauger. Quand mémé a passé l’arme à gauche mon pater m’a flanqué en pension mais, comme y pouvait plus payer, les curés m’ont viré. C’est alors qu’au lieu de rentrer à Paris j’ai pris la route avec mon baluchon. La suite de ma courte histoire de routard ne présente guère d’intérêt, j’ai tout fait et j’ai rien fait, avant de me retrouver dans mon 5e sans ascenseur, Impasse du marché aux chevaux dans le 5e arrondissement. Ma seule passion c’était les livres. M’en goinfrait. J’en volais. Carburer à l’imprimé me permettait d’exister. Je bouffais de tout mais, quand ça me tombait sous la main, je bouffais bien.

 

 

Chez moi, la limite entre ce qu’on appelle la vie, celle que tu vis, et celle que je forniquais dans ma tête, a toujours été floue. Autour de moi, surtout mes employeurs car j’ai même eu peu de gonzesses dans ma vie, on disait que j’étais toujours à côté de mes pompes, alors que ce qui me trottait dans la tête depuis longtemps c’était de mettre mes grôles dans celles de mon père. Les jours de déprime, je me trouvais prétentieux et velléitaire, mon père, aussi pochard qu’il fut, avait su se glisser dans les lignes d’un héros romanesque. Alors pour remonter à la surface je me plongeais dans mes livres jusqu’à plus soif. Moral revenu au beau fixe je me lovais à nouveau dans la peau d’Eugène Tarpon qu’avait eu la bonne idée de me donner le même prénom que lui.

 

 

Et puis, un beau jour, tout a basculé sans que j’y sois pour grand-chose. Ça m’est tombé dessus. À l’époque je vivais en pavillon avec une veuve beaucoup plus âgée que moi tout en végétant comme vigile au Carrouf de Pontault-Combault. Tous les soirs je rentrais chez elle, la bicoque était à elle, comme un âne qui recule. La retrouver, son gros cul posé sur le canapé, face à sa télé, me déprimait. Y’avait jamais rien à bouffer. Par bonheur elle s’endormait devant sa télé ce qui me dispensait de la sauter. Le plus souvent je retardais l’échéance, au café des Sports, à coup de petits jaunes. La bande de bois-sans-soif avec qui j’étayais le zinc jouaient à tout ce qui pouvait se jouer. Moi pas car, comme la chance et moi ne faisions pas très bon ménage, je préférais m’abstenir. Et puis un vendredi soir, alors que j’en avais fini avec mes jaunes, suis allé pisser avant de m’en aller. Dans les chiottes, sur le dévidoir de PQ y’avait un formulaire de l’Euro-Millions. Il était rempli, un gars devait l’avoir oublié. Je l’ai glissé machinalement dans ma poche de veste. En tirant la chasse je me suis mis à gamberger, l’aspiration rauque du siphon me précipitait dans le vide de ma vie.

 

 

En me rebraguettant je gueulais « Putain de merde, ducon bouges-toi les fesses !» Tous ces gros cons alignés en rang d’oignons face à la caisse pour jouer me renvoyaient ma sale image à la gueule. Foutu, t’es foutu mec. Je fulminais. Péter un câble me pendait au nez. Fallait que je fasse sauter la soupape ! C’est Simone, la femme du patron, qu’est bien roulée mais qu’a la tronche de travers, qui m’a dégoupillé en m’étalant un beau sourire. Ça m’a donné envie. Simone m’envoyait des pleins phares. J’ai triqué. J’ai joué. J’ai gagné.

 

 

Direction Paris, non pas pour mener la grande vie mais pour m’installer dans mon bureau miteux au 5e sans ascenseur, Impasse du marché aux chevaux dans le 5e arrondissement. Mon pognon je l’ai tout mis sur un compte non rémunéré à la Caisse d’Épargne. Pas question d’y toucher. Pour m’installer j’ai pioché dans mes maigres économies. C’était une question d’honneur vis-à-vis des mannes de mon vioque. J’allais relever le défi, le réhabiliter lui qui avait fini à l’hospice. Mes débuts furent calamiteux, un seul client qui me refila un chèque en bois. Têtu je m’accrochais en campant dans mon bureau, bouffant des sardines à l’huile, en souvenir de la grand-mère, et du camembert. Faut être aussi con que moi pour vivre comme un mendigot alors que j’avais un gros magot qui roupillait sur un compte.

 

 

La chance ne sourit pas qu’aux audacieux mais aussi aux merdouilleux dans mon genre. Pour faire mes filoches je m’étais acheté un vélo d’occasion, un Raymond Poulidor violet. Ça allait bien à mon état de looser. Je pédalais dans Paris, surtout la nuit. C’est ainsi que je me suis retrouvé un soir dans un bar, une cantine d’altitude tenue par des filles bien roulées. Elles m’ont déniaisé, mentalement j’entends. Au début, leurs vins qui puaient me ramenaient à la Bretagne et son lisier de gorets. Et puis je m’y suis fait. Ça m’a même guérit des petits jaunes. J’étais chez elles, dixit le gros Mao variqueux, comme un poisson dans l’eau. Reines d’la com qu’elles étaient, l’m’ont filé le virus : j’ai acheté un vieux Mac, un ordinateur quoi, et me suis torché un profil Face de Bouc aux petits oignons. Addiction radicale !

 

 

Le démarrage fut du genre diesel, poussif, besogneux, les amis ne se bousculaient pas au portillon. Scotché à mon écran je guettais le moindre frémissement. Rien, morne plaine, peine perdue, sur la Toile je n’existais pas. Alors je me suis mis à poster les photos des boutanches de vin nature, les vins à poils que j’éclusais, en dézinguant les Grands Crus Bordelais. Vengeance rance à l’égard du château Mandigot que ma très chère mère menait d’une main de fer car son époux avait d’autres chats à fouetter. Je retrouvais ma verve de gamin. Faut dire que dans le marigot de Bordeaux le matériau était de choix, un vrai bouillon de culture. Eugène Tarpon Jr, privé attira sur son mur la fine fleur des mouches à merde tourbillonnant autour des crus. J’en profitai pour aller mettre mon tarin dans tous les bons coups de la profession. Ma surface médiatique croissait.

 

Tout ça était bel et beau mais pour ce qui était des clients, Nada !

 

 

Au tout début août, étant à sec, je m’apprêtais à déclencher le Plan Orsec. L’idée me vint de solliciter un prêt auprès de ma Caisse d’Épargne. Ma conseillère financière, Mlle Durand, qui me harcelait avec constance pour que je place mon magot, me reçut illico. Ma proposition de solliciter un prêt la jeta dans une forme d’attrition ricanante. Elle bafouilla, me jeta des regards suppliants, m’implora. Je lui concédai l’ouverture d’un Livret A en échange d’un prêt de 1000 euros pour assurer mon mois. Son sourire désespéré, alors qu’elle remplissait la montagne de papiers pour le prêt, vainquit mes dernières résistances. Bandant ce qui me restait de courage, tout à trac, je lui déclarai :

 

 

- Je serais ravi que vous acceptiez de dîner avec moi pour que nous discutions de mes placements…

 

Elle rougit et me dit oui.

 

 

Mademoiselle Durand, comme son nom de l’indique pas, était une vietnamienne adoptée par un couple de postiers du Kremlin-Bicêtre. Sans le savoir je venais d’avancer un pion essentiel sur l’échiquier de mon job de privé. Guilleret je regagnais mon bureau. Faisait beau, je me sentais un homme nouveau. Décidais de changer de peau. M’achetais des fringues, des pompes, m’offrais une nouvelle coupe de cheveux, des lunettes de soleil. Bon, je n’étais pas un Apollon mais, comme avec mon régime alimentaire spartiate j’avais fondu comme de la Vache qui rit, je me trouvais assez potable et sortable.

 

 

Y’a des jours comme ça où tout va, et même si les vaches maigres occupaient encore mon pré, ce jour se révélait être d’un excellent millésime.

 

 

Au bureau, grande première, sur mon écran ouvert, à ma page Face de Bouc s’étalait une demande d’ami émanant d’un certain « c’est à bouar ou à laisser»

 

Je cliquai de suite sur « accepter »

 

Quelques secondes plus tard je recevais mon premier message, de lui bien sûr : «qui couche avec la baronne des Sables de Sainte Émilion ? »

 

 

Le feuilleton de l’été du Taulier (2) : « c’est à bouar ou à laisser » voulait m’engager…

 

L’échange avec « c’est à bouar ou à laisser » fut intense et dense mais je ne réussis pas à lui tirer le moindre vers du nez. Mon interlocuteur était retord, vicieux, il voulait m’engager à moindre frais. Pour le déstabiliser je lui fis une proposition malhonnête qui lui coupa l’herbe sous le pied pendant de longues minutes : « j’acceptais sa proposition à la seule et unique condition de travailler gratos. »

 

 

- Pourquoi ?

 

-  Pour rien !

 

- Je ne comprends pas…

 

- Ne cherchez pas à comprendre mais topez de suite sinon je vous vire !

 

 

Nouveau silence radio, puis tombait un « c’est d’accord… »

 

 

- Très bien mais avant que je lance mon enquête vous devez me faire parvenir un dossier complet sur la baronne des Sables de Sainte Emilion…

 

- Je veux savoir comment vous allez procéder !

 

- Vous n’avez rien à vouloir, c’est mon affaire…

 

- Vous ne manquez pas d’air !

 

- Normal, Tarpon c’est un nom de poisson…

 

 

« C’est à bouar ou à laisser » capitula en rase campagne. Je passai mon après-midi à faire la sieste. Fallait que je sois en forme pour faire bonne impression à ma banquière. Nous dinâmes japonais, rue Sainte-Anne, et nous finîmes dans son lit, face à la Seine, elle créchait dans une tour du XVe, au 28e étage, où je me révélais au-dessous du niveau de la mer. Normal, Tarpon, un nom de poisson…

 

 

Le lendemain matin dans le TGV Paris-Libourne j’étais frais comme une limande de supermarché délaissée par les ménagères de plus de 50 ans, l’œil vitreux, la bouche pâteuse et de brutales envies de pisser. Au bar, où je me rinçais à l’eau minérale, une conversation, de deux greluches sapées court et moulé, captait mon attention. Il y était question du propriétaire du château la Cloche, plus précisément de sa nouvelle moitié, «d’une vulgarité à décoiffer les adeptes les plus chics du Ferret» (sic) je cite. S’en suivait une revue d’effectifs complète sur un phénomène qui semblait fort répandu sur le terroir d’exception où je me rendais : « la seconde épouse des propriétaires en retour d’âge ». Passionnant ! J’emmagasinais dans ma petite tête le fruit de ce name dropping ferroviaire émanant de deux nanas informées et connectées.

 

 

En découvrant la gare de Libourne mon seul qualificatif fut : minable ! En la matière je suis un grand expert. Aucun taxi à l’horizon, je restais un moment planté comme un cierge de Pâques sur le parking dans l’espoir d’en voir s’en pointer un. Comme une envie de foutre le camp, je hais la province, les routes départementales, les prés, les vaches, les veaux, les cochons et les couvées, j'ai un côté Jean Yanne très prononcé.

 

 

- Monsieur Tarpon vous attendez quelqu’un ?

 

 

La voix m’interpellant provenait d’un type, avec des Ray Ban sur le front, assis au volant d’un gros 4x4 teuton noir. Je m’approchai :

 

 

-  Bonjour monsieur, vous me connaissez ?

 

- Bien sûr que oui je vous suis sûr Face de Bouc. J’aime bien votre style…

 

- Merci !

 

Jean-Luc Boisduvin, garagiste… Qu’est-ce qui vous amène dans notre beau pays monsieur Tarpon ?

 

 

Le gus avait une bonne bouille sympa, des yeux rieurs, et une tenue décontractée, je n’avais aucune raison de jouer les mijaurées. Bien au contraire il me fallait saisir l’occasion. J’étalais ma science vineuse : « très heureux de faire la connaissance de l’érecteur du château Vadanleau… »

 

 

- Toujours le mot qui fait mouche monsieur Tarpon !

 

- Appelez-moi Eugène !

 

- Et vous Jean-Luc… Je rentre à Saint-Émilion, je peux vous poser à votre destination…

 

- C’est très aimable à vous mais, pour ne rien vous cacher, je ne sais pas très bien où aller…

 

- … et si nous allions discuter de tout cela autour d’un verre ?

 

- Avec plaisir mais je vous préviens, Jean-Luc, je n’ai pas un palais très raffiné…

 

- Faites comme-ci, jouez la comédie, ici c’est le bal des faux-culs…

 

 

Dans la bourgade pleine de belles pierres, de pavés, de hordes de retraités drivés par des nénettes bien gaulées, Jean-Luc s’arrêtait tous les 3 mètres pour serrer des pinces mâles locales et me présenter d’un «Eugène Tarpon, un nom de poisson… ». Poilant le Jean-Luc, mais comme arrivée discrète faudrait que je repasse, d’ici à ce soir j’allais faire l’objet des conversations du tout Saint-Émilion des châteaux.

 

 

Nous atterrîmes enfin à «L’Endroit du décor» chez l’aubergiste poèteFrançois Des Lices. Jovial, disert, accueillant, sous les charmilles, il déflora toute une floppée de belles quilles. Le téléphone arabe, aussi efficace que le télégraphe Chappe à Austerlitz, draina la fine fleur du cru. En moins de temps qu’il faut pour dire une messe basse je me retrouvais au centre d’une tablée des plus belles gorges profondes des GCC hauts perchés ; pas la piétaille. Tels des chiens truffiers ils avaient repéré le bon client. Nous dînames jusqu'à une heure fort avancée. Sans que j’eusse à lever le petit doigt je me retrouvais logé en un lieu prestigieux que je tiendrai secret. Sur les hauteurs, disons…

 

 

Ces messieurs ne se firent pas prier pour dévider la cotriade des vacheries les plus savoureuses et les plus croustillantes circulant à propos d’untel ou d’une telle. J’enrichissais mon vocabulaire. Bizarrement aucune allusion ne fut faite à la baronne des Sables de Sainte Émilion. Un peu parano, et surtout flottant dans des vapeurs alcoolisées, je commençais à me demander si je n’étais pas en train de tomber dans un coup fourré. Au dessert, en sirotant un Yquem de je ne sais quel vieux millésime, je lançais à la cantonade : « l’un d’entre vous pourrait-il me prêter une mobylette ? »

 

 

Loin de les désarçonner, ma demande incongrue trouva un écho favorable...

 

Le feuilleton de l’été du Taulier (3) : de gros engins épandaient sur les vignes des nuages aux fragrances acides

 

L’effet de surprise passé, et malgré l'heure tardive, mon vœu fut rapidement exhaussé par Pierre Luron. Un des ouvriers du chai du château Âne Blancpossédait une superbe mobylette bleue, siège biplace, moteur débridé, un petit bijou. Il se ferait un plaisir de me la prêter. 

 

 

Après une bonne nuit dans une superbe chambre d’un château mythique, et un petit déjeuner copieux, en forme olympique je pris la route sur ma mobylette bleue siège biplace, au petit bonheur la chance. Il faisait beau, de gros engins épandaient sur les vignes des nuages aux fragrances acides. Je nouais un large mouchoir sur le bas de mon visage. Les routes étaient étroites, je croisais deux mondes : celui de messieurs et madames tout le monde dans des voitures de monsieur et madame tout le monde et celui des grosses cylindrées des maîtres de la contrée et de ceux qui venaient les visiter.

 

 

Mon but inavoué : le château La Cloche pour y faire toc, toc, qui qu'est là à la porte , ce n'est pas la Charlotte et demander au maître de chai que l’on fasse carillonner, rien que pour moi, à l’heure de l’Angélus bien sûr, les deux gros bourdons et le carillon de 18 cloches.

 

 

Après avoir tournicoté, je me présenterais enfin au portail, nu-pieds, vêtu d’une simple robe de bure que m’avait prêté François Des Lices, comme un saint homme sur le chemin de Compostelle, et rappellerais que la prière de l’Angelus tire son nom des premiers mots de la prière en latin : Angelus Domini nuntiavit Mariae, «L’Ange du Seigneur annonça à Marie», coutume établie dans les monastères franciscains, encouragée par saint Antoine de Padoue, de réciter trois Ave Maria après l’office du soir et codifiée par un décret du roi Louis XI en 1472. Cette prière est récitée trois fois par jour, à l’aube, à midi et le soir, au son des cloches.

 

 

Mon beau plan dérapa sur une chargée de com junior circulant sur un scooter rose bonbon qui, après m’avoir doublé, cheveux au vent, donc sans casque, m’attendait au carrefour suivant. Maigre comme un coucou, montée sur des échasses Lauboutin, sourire carnassier, ongles carminés, slim déchiré aux genoux, elle n’y alla par 4 chemins « Tarpon tu as une table réservée pour dîner au Logis de la Caserne…

 

 

- Avec qui ?

 

- Tu verras bien mon gros, du lourd bien sûr !

 

- J’espère que ton beau cendré viendra en bottes avec son petit sécateur… suis très sentimental…

 

- Très drôle !

 

- Envoie de suite un petit message à ton maître !

 

- Pour quoi faire ?

 

- Lui transmettre mes exigences !

 

- Et puis quoi encore !

 

- Ne discutes pas carpette !

 

- T’es grossier Tarpon !

 

- Ouais c’est ma marque de fabrique. Exécution !

 

 

Tu lui dit « Accord, mais en couple… »

 

 

- T’es louf Tarpon !

 

- Oui, j’attends sa réponse…

 

- C’est un homme très occupé…

 

- Remballe ton baratin ma poule je ne suis pas d’humeur à me faire enfumer.

 

- Tu cherches le baston Tarpon ?

 

- Ferme ton claque merde tu me gonfles !

 

 

Pincée, elle s’exécutait. La réponse ne se fit pas attendre.

 

 

C’était oui, un oui franc et massif !

 

 

La communicante étique en fut toute bouleversifiée. Bon Prince, afin d’atténuer ma grossièreté, je lui proposais d’aller sucer une glace au village. Surprise, retrouvant un semblant de sourire, elle acceptait. Pour ne rien vous cacher, sachant que ces petites communicantes Twittaient comme elles respiraient, je faisais du marketing viral. J’allais, grâce à elle, être géo-localisé, repéré sur Instagram, toute la place de Bordeaux allait bruir de mon insolite présence en ce village plein de bruits et de rumeurs.

 

 

Restait pour moi à me trouver une dame à la hauteur pour m’accompagner à ce dîner au Logis de la Caserne. Mon carnet d’adresses étant aussi mince que la taille de la communicante junior je commençais à baliser lorsqu’une idée, aussi sotte que grenue, se mit à tourner dans ma tête.

 

 

Gouverner, c'est choisir proclamait Mendès-France.

 

 

Illico ma décision fut prise :

 

 

« Et si je demandais à mon absentéiste de mère, épouse du propriétaire du château Mandigot ? »

 

 

Le feuilleton de l’été du Taulier (4) : « Tarpon tu as une table réservée pour dîner au Logis de la Caserne…

 

La manœuvre était à hauts risques mais comme j’étais le dos au mur il me fallait aller jusqu’au bout de ma provocation. Tout en contemplant la brindille anorexique suçant sa glace, à petits coups de langue vipérine, je composais le numéro du portable de ma mère que je n’avais jamais utilisé jusqu’ici.

 

 

Elle décrocha très vite. La voix était sèche :

 

« Allo, à qui ai-je l’honneur ?

 

- Eugène Tarpon le fruit chéri de ta chair…

 

 

Le blanc qui suivi me parut interminable. Un raclement de gorge l’interrompit, suivi d’une interrogation balbutiée « … Que veux-tu ?

 

 

- Que tu me rendes un service ?

 

- Tu es où ?

 

- À Saint-Émilion…

 

- Que fais-tu à Saint-Émilion ?

 

- Je mange une glace vanille-chocolat…

 

- Épargnes-moi ton humour de potache sinon je raccroche !

 

- Tu es coutumière de ce genre de fuite ma chère mère…

 

- Je te l’accorde. Que veux-tu ?

 

- Que tu m’accompagnes à dîner ce soir au Logis de la Caserne !

 

- C’est hors de question…

 

- Pourquoi ?

 

- Je ne mettrai jamais les pieds dans ce restaurant…

 

- Le propriétaire n’est pas dans tes petits papiers ?

 

- Oui c’est un cuistre et un arriviste…

 

- C’est un bon point pour toi mais il ne reste pas moins vrai que tu devrais faire un effort pour moi. Tu me dois bien ça.

 

- Je te l’accorde.

 

- Alors force-toi.

 

- Non, mais j’ai une proposition qui va te satisfaire : la fille de mon mari sera ravie de t’accompagner.

 

- Pourquoi ?

 

- Elle te lit tous les jours sur Face de Bouc…

 

- En voilà une bonne nouvelle. J’ignorais son existence.

 

- C’est Émilia.

 

- Beau prénom, elle a quel âge ?

 

- 35 ans, célibataire, une beauté !

 

- Je vais être intimidé.

 

- Ça m’étonnerait. J’ai à faire. Je la préviens et elle te rejoint pour 21 heures je suppose…

 

- Oui, merci beaucoup.

 

 

Elle avait raccroché. Tout à trac j’ai balancé sur un ton sans appel à ma communicante, déjà passablement éberluée par le bout de conversation qu’elle venait de capter, « Emmenez-moi à Bordeaux avec votre scooter, il faut que je m’achète un costard, une chemise et des pompes ! »

 

 

Bordeaux est une belle ville, le Alain s'est décarcassé.

 

 

Comme pour lui rendre hommage, en attendant de voter pour lui aux Primaires de l'ex-UMP pour faire la nique au petit ex, je me suis sapé à la manière d’unAlain Juppé post-moderne, une décontraction étudiée, sans ostentation, l’anti-bling bling. Dans mon costume gris souris de belle coupe, chemise blanche ouverte en coton égyptien, j’étais présentable, quoiqu’un peu engoncé, les grolles, des Richelieu black, me serraient un peu les pieds, mais ce n’étaient là que de tous petits désagréments au regard de l’angoisse qui m’étreignait en attendant Émilia.

 

 

Du côté fille, surtout les belles, j'étais très au-dessous du niveau de la mer - j'sais Tarpon, un nom de poisson - au degré zéro quoi. Jamais osé les trop belles pour moi, j'suis pas Depardieu moi pour m'attaquer à la face Nord de Carole Bouquet ! Mon expérience se résumait à la drague laborieuse de gros boudins de campagne dans des boîtes pourries. Je ruminais. Qu'allais-je lui dire ? Comment allais-je me présenter? T'es con, elle sait qui tu es ! Calme-toi sinon tu vas ressembler à une serpillière. Je me dandinais, avais une folle envie de me tirer. Fumer ! Non, t'as déjà l'air vulgaire alors n'en rajoute pas mon coco. Bouger. Je me mis à faire les cents pas d'un air le plus dégagé possible. 

 

 

Ponctuelle, elle arriva quelques secondes avant l’heure. Le doute n’était pas permis c’était bien elle cette haute et belle tige en ballerines noire vernies qui s’avançait vers moi d’un pas fluide, aérien, un léger sourire aux lèvres, vêtue d’une robe légère noire  à pois blancs qui laissait de l’ampleur à ses longs compas. Elle me tendit une main aux doigts fins et déliés avec de beaux ongles carminés, que je secouai avec conviction. J’étais au bord de l’asphyxie. Puis, d'une voix rieuse, elle me dit :  « Allez, faisons nous la bise, nous sommes un peu frère et soeur d'une certaine manière...

 

 

Elle me claquait deux bises. Avec l'énergie d'un quasi-noyé qui espère encore être sauvé j'en déposai gauchement qu'une sur sa joue droite. 

 

 

Cramoisi le Tarpon, incapable de la moindre initiative, figé comme une statue de sel, en attrition, mais Émilia le sauva : « Vous êtes sapé à la Alain Juppé, le pull sur les épaules en moins. Très bon point mon cher Eugène...

 

 

Elle me vouvoyait, ça me décoinçait. Je m'animais.

 

 

Émilia  glissa sa main sous mon bras et nous nous ébranlâmes. Elle me chuchota :

 

 

« Disons-leur que nous sommes fiancés ! »

 

Le feuilleton de l’été du Taulier (5) : Ce n’est pas parce que l’homme a soif d’amour qu’il doit se jeter sur la première gourde…

 

Décrire mon état avec Émilia à mon bras relèverait du même défi que de demander à un Henri Guaino de faire preuve, une seule seconde, d’une once de modestie. Je flottais dans les éthers puissants d’un monde où de petits vieux bedonnants trimballent à leurs côtés de jeunes beautés. Notre entrée dans la salle du restaurant ne passa pas inaperçue, le ton des conversations baissa, les fourchettes se suspendirent, les regards envieux des messieurs, et ceux moins charitables de ces dames, nous entourèrent. Crinière au vent notre hôte se propulsa vers nous, surpris, il marqua un temps d’arrêt face à Émilia, se ressaisit pour effectuer un baisemain emprunté avant de me serrer la louche « Très heureux de vous recevoir en si bonne compagnie cher monsieur Tarpon…

 

 

Les affaires sont les affaires, je ne suis pas très porté sur les mondanités…

 

 

Ma saillie ajouta au malaise de notre hôte qui s’attendait à tout sauf à voir arriver dans son petit jeu une locale de l’étape. Nous nous installâmes après les présentations croisées. De suite on nous servit du Krug millésimé. J’avais décidé de me réfugier dans un mutisme souriant. Ce que je fis avec une componction qui m'étonna. Je hochais la tête, me me contentant de lâcher que quelques vagues banalités ponctués  d'onomatopées. Notre hôte épandait le miel à  grandes louches mais s'épuisait face à mes minauderies. J'avais décidé de laisser la main à Émilia, qu'elle soit à la manœuvre. Ce qu’elle fit avec humour et brio. Nous ne nous étions pas concertés mais mon intuition me suggérait que c’était le parti le plus déstabilisateur pour notre homme aux mille facettes. Le pauvre ramait comme un galérien sans pouvoir se défaire des fers que nous venions de lui passer. Sa compagne ne comprenait rien au film et tentait d’amener Émilia sur des terrains futiles, en vain. Afin d’ajouter à la confusion je ne sortais de mon silence que pour elle. Je lui citais dans un désordre étudié : Onfray, Zemmour, BHL, Guaino, Lucchini… avant de placer, avec une fraîcheur d’enfant de chœur, ma belle proximité avec Isabelle Supportable

 

 

Un très long blanc suivi cette annonce cataclysmique, accompagné d’un rouge écrevisse flamboyant pour lui, de stupeur et tremblements pour elle, une séquence à la Woody Allen du genre « Quand j'écoute trop Wagner, j'ai envie d'envahir la Pologne. » Il me fallait pousser plus loin mon avantage, je plaçais alors plus qu’une banderille, une quasi-estocade « vous le savez mieux que moi, tout homme a son prix pour lequel il se vend

 

 

La tension était palpable, notre hôte ne pouvait que réfréner sa fureur intérieure, l’heure n’était pas aux esclandres. Émilia me lançait un clin d’œil pour me signifier qu’il me fallait revenir à plus d’urbanité. Ce que je fis en levant mon verre pour porter un toast. Jusqu’à cet instant je n’avais pas encore trempé mes lèvres dans le château La Cloche, dont j’ignorais le millésime puisqu’il nous avait été servi en carafe. Nous en étions au lièvre à la Royale façon Joël Reblochon.

 

 

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30 août 2015 7 30 /08 /août /2015 08:00
CHAP.15 opération Chartrons, «Hollande est tellement traumatisé qu’il ne veut plus entendre parler de « première dame »

Je suis colère car je suis un vieux con, un pauvre idiot !

 

« Casse-toi, vieux con ! » me dis-je.

 

Bienheureux ceux qui marchent sur la gueule des autres sans même s’excuser, ils sont les rois du monde.

 

Être soucieux des autres est la pire incongruité de notre époque, tout pour ma gueule, rien pour les pauvres idiots qui s’efforcent de privilégier le cœur, la sensibilité, une forme de poésie courtoise faite d’attention et de sincérité.

 

Exercer mon droit de retrait !

 

Gagner l’île de mon imaginaire, loin de tout ce qui me touche et me déglingue. Ne pas geindre, se plaindre, le corps se charge de vous rappeler que la vraie douleur se niche en lui.

 

Résister !

 

« … Se côtoyaient en lui toutes sortes de contradictions et d’anomalies, comme chacun de nous : mais il semblait courtiser les extrêmes de l’existence avec plus d’envergure que les autres. » Franck Harris dans La Bombe.

 

Le même : « La vue de son visage me coupa le souffle. C’était celui de mes rêves – même yeux sombres, même cheveux noirs, même sourcils ; le nez le plus fin, peut-être, les contours plus anguleux ; mais c’était bien la même expression volontaire et assurée ; et ses yeux d’un brun noisette étaient divins. »

 

« … ce jour-là, sa beauté provocante me parcourut les veines avec la chaleur du vin.»

 

Mais pourquoi diable les humains s’ingénient-ils à se faire du mal pour des petits riens?

 

Ma décision est irrévocable : je pars !

 

«Suzanne et le Pacifique » de Jean Giraudoux.

 

« C’était dimanche. Échangeant leurs dieux, équipages allaient entendre la messe dans les églises, et citadins aux paquebots. Je m’embarquais. Il y avait entre mon navire et le quai deux mètres d’océan incompressible et deux mètres de lumière entre l’extrême mer et l’horizon. Des voyageurs retour de Damas qui partaient pour l’Océanie regardaient avec émoi, symbole de la vie errante, des mouettes qui n’avaient jamais quitté Saint-Nazaire. Le soleil étincelait. Les flammèches et les pavillons doubles pour le jour saint battaient l’air, et de chaque élément, de chaque être aussi l’on sentait doublée l’épithète, la même épithète ; le navire était blanc, blanc ; la mer bleue, bleue. Seule, abandonnée dans le dock, parmi ses bagages, une jolie petite femme, au lieu d’être brune, brune, était brune, rose. Je lui proposai mon porteur, déchargé de ma grosse malle, et qui, de voir ces petits sacs, rapprochait déjà les bras comme un compas. »

 

Suis-je si vieux pour ne plus être aimé ?

 

Relégué dans un no man’s land antichambre de l’asile dernière case avant le retour à la terre.

 

Désolé je n’en suis pas, vous ne me piègerez pas avec vos faux-semblants, votre autisme du cœur, votre égoïsme maquillé sous vos bons sentiments, vos velléités, vos petits mecs étroits d’esprit, votre incapacité à aimer tout simplement…

 

Alors je me replie dans le silence puisque mes mots ne sont que des cendres que le vent disperse.

 

Vie privée, vie publique, la césure est une vue de l’esprit bien commode pour les puissants.

 

Nous vivons à l’étroit entre esprits étroits, le temps des grands récits qui jalonnèrent l'histoire humaine, d'Homère à Tolstoï et de Sophocle à Shakespeare, qui racontaient des mythes universels et qui transmettaient les leçons des générations passées, leçons de sagesse, fruit de l'expérience accumulée, est passé à la trappe pour croupir aux oubliettes.

 

Vive le storytelling qui parcourt le chemin en sens inverse, qui plaque sur la réalité des récits artificiels, bloque les échanges, sature l'espace symbolique de séries et de stories. Il ne raconte pas l'expérience passée, il trace les conduites et oriente les flux d'émotions. Loin des « parcours de la connaissance » que Paul Ricœur décryptait dans l'activité narrative, le storytelling met en place des engrenages narratifs, suivants lesquels les individus sont conduits à s'identifier à des modèles et à se conformer à des protocoles ».

 

«Sarkozy était cohérent avec la mutation de l’Homo politicus, de Clinton aux Etats-Unis à Berlusconi en Italie. Il a été le premier à installer en France la figure de l’homme d’Etat qui ne puise pas sa légitimité dans ses actions, son programme ou ses alliances politiques, mais dans sa crédibilité personnelle. Le petit Louis, Cécilia qui fuit à New York avec Richard Attias et revient pour la campagne de Nicolas, le divorce à l’italienne. Disneyland en Ray-Ban, «avec Carla c’est du sérieux»… «On est passé de la mise en scène de l’image de l’homme politique à des engrenages narratifs où ce dernier n’incarne plus l’autorité et la souveraineté du pouvoir, mais doit se comporter comme un bon acteur pour faire de l’audience» c’est Christian Salmon décrypteur du storytelling qui l’écrit.

 

Dans le storytelling, le dernier épisode efface les précédents.

 

«L’électeur spectateur finit par se connecter émotionnellement avec un personnage dont il prédit et critique le comportement. Pour lui, seule compte l’issue, le dénouement.»

 

François Hollande pour les besoins de cette cause « a fini par opérer une synthèse entre Ségolène Royal et Julie Gayet. La mère de ses quatre enfants sur la scène officielle et l’actrice rive gauche au plan personnel. L’une est politique et publique et l’autre pudique et privée. Après des mois d’hystérie, les Français se sont accoutumés à la présence discrète de l’actrice à l’Elysée, révélée par des photos volées dans Voici. »

 

Ségolène Royal tient sa revanche, elle triomphe de la Trierweiler répudiée en «18 mots glaçants» via un communiqué «personnel» du chef de l’Etat à l’AFP, promue ministre de l’Ecologie en avril 2014 après l’éviction de sa rivale.

 

Au côté du Président, l’ex assure «symboliquement la fonction imaginaire de « première dame » et de « vice-présidente » sans que cela coûte un centime aux Français», analyse le psychanalyste Gérard Miller dans un récent article du New York Times. Ce que Royal dément mollement : «Je ne suis pas la reine de France même si mon nom est Royal !» C’est elle qui a accueilli le pape à Strasbourg en novembre, représenté la France en Israël lors des funérailles des victimes juives de l’attentat de l’Hyper Cacher en janvier, et se tenait au côté de Hollande sur le perron de l’Elysée lors de la visite du roi et de la reine d’Espagne en juin. »

 

« Des millions d’êtres se révoltent en silence contre leur sort. Nul ne sait combien de rébellion fermentent dans la masse de vie que les gens enterrent. On suppose que les femmes sont très calmes ; mais les femmes sentent de la même façon que les hommes. Elles ont autant que leurs frères besoin d’exercice pour leurs facultés et d’un terrain pour leurs efforts ; elles souffrent d’une contrainte par trop inflexible, d’une inactivité par trop absolue comme en souffriraient les hommes ; et c’est étroitesse d’esprit chez leurs semblables plus privilégiés, de dire qu’elles devraient se borner à faire des puddings et à tricoter des chaussettes, à jouer du piano et à broder des sacs.»

 

Une chambre à soi

Virginia Woolf

CHAP.15 opération Chartrons, «Hollande est tellement traumatisé qu’il ne veut plus entendre parler de « première dame »
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23 août 2015 7 23 /08 /août /2015 08:00
CHAP.15 opération Chartrons, pour Paul Canarelli le logeur de Sarkozy en bermuda jaune les ennuis, même au paradis corse, peuvent aussi voler en escadrille.
CHAP.15 opération Chartrons, pour Paul Canarelli le logeur de Sarkozy en bermuda jaune les ennuis, même au paradis corse, peuvent aussi voler en escadrille.

Chaque année, quand septembre pointe son nez, je pense à Gabrielle Russier.

 

Quel crime avait commis Gabrielle pour être jetée, pour 8 semaines, à la fin du printemps 69, dans une cellule sordide de la prison des Baumettes ?

 

Aimer un grand jeune homme, qui aurait pu être moi, c’est tout, alors qu’en ces temps gris, Papon fut, lui, le préfet de police de Paris, le Ministre du Budget de Pompidou, avec du sang sur ses belles mains d’administrateur impitoyable.

 

Crime suprême, leurs corps s’étaient mêlés, enflammés, Christian avait empli cette «vieille» femme de sa jeune sève. Ils avaient jouis. Condamnée, le 12 juillet – mon jour anniversaire – à 12 mois de prison avec sursis et 500 francs d’amende, le Parquet jugeait la condamnation trop faible et faisait appel a minima, et Gabrielle ouvrait le 1er septembre le robinet du gaz. Exit la femme de mauvaise vie, celle qui avait détourné l’innocence vers les infâmes plaisirs de la chair. Bouclé dans une maison de repos par les psychiatres de service, Christian, lui, grâce à la protection de ses parents, allait enfin voir s’ouvrir « une sacré belle vie ».

 

La suicidée par le gaz, avait trente-deux ans, Christian Strossi son élève en seconde au lycée Saint-Exupéry de Marseille, juste la moitié. Dans l’effervescence du mois de mai 68, ils se sont aimés et, les imprudents, devenus amants.

 

Gabrielle est divorcée, mère de deux enfants, promise à un bel avenir à l’université d’Aix, où la mère de Christian est titulaire d’une chaire, elle a craqué pour ce beau jeune homme bien plus mûr que les autres.

 

En ces temps obscurs, que tout le monde a oublié, pour être majeur il fallait passer le cap des 21 ans, les parents de Christian, de «gauche», libéraux, ont porté plainte pour détournement de mineur.

 

Qu’était-ce pays qui pouvait me faire conscrit à 18 ans, m’envoyer à la guerre – moi j’avais échappé au djebel, mon frère non – me laisser entrer à l’Université à l’âge de Christian et m’interdire d’aimer, de faire l’amour avec qui bon me semblait ?

 

Lorsque le 22 septembre, notre normalien de Président, questionné par Jean-Michel Royer, sur ce qu’il était maintenant de bon ton d’appeler « l’affaire Russier », allait convoquer Paul Eluard pour jeter un étrange voile sur Gabrielle, délivrer, une brève et ambiguë, oraison funèbre : « Comprenne qui voudra… » lanca-t-il.

 

En exergue de son poème, Eluard avait écrit : «En ce temps-là pour ne pas châtier les coupables, on maltraitait les filles. On allait jusqu’à les tondre

 

Pompidou était prévenu, du poème d’Eluard filtre une émotion poignante :

 

Comprenne qui voudra

Moi mon remords ce fut

La malheureuse qui resta

Sur le pavé

La victime raisonnable

A la robe déchirée

Au regard d’enfant perdue

Découronnée défigurée

Celle qui ressemble aux morts

Qui sont des morts pour être aimés

Une fille faite pour un bouquet

Et couverte

Du noir crachat des ténèbres

Une fille galante

Comme une aurore de premier mai

La plus aimable bête

Souillée et qui n’a pas compris

Qu’elle est souillée

Une bête prise au piège

Des amateurs de beauté

Et ma mère la femme

Voudrait bien dorloter

Cette image idéale

De son malheur sur terre.

 

Mourir d’aimer chanta Serge Reggiani

 

-Qui a tendu la main à Gabrielle


Lorsque les loups, se sont jetés sur elle ?


Pour la punir d’avoir aimé l’amour


En quel pays, vivons-nous aujourd’hui


Pour qu’une rose soit mêlée aux orties


Sans un regard, et sans un geste ami ?

 


 

 

« Quand Gabrielle est arrivée parmi nous, écrit celle qui partageait sa cellule, une jeune droguée, elle s’est trouvé plongée sans transition dans un monde impur régi par une discipline de fer, incapable pourtant de combattre la méchanceté, la jalousie et la vulgarité qui dominent le monde pénitentiaire. La première et la pire des humiliations imposées à Gabrielle, ce fut de se mettre entièrement nue devant les autres, pour qu’on fouille minutieusement ses vêtements et son linge. Jamais de toute sa vie Gabrielle n’avait ressenti une telle honte, mais personne n’en tenait compte. »

 

« Elle avait été affectée à la cellule N°13 que j’occupais au rez-de-chaussée du quartier des femmes. Quand la lourde porte s’est refermée sur elle, Gabrielle Russier avait perdu jusqu’à son nom. Elle n’était plus que le matricule 59.264. Quand elle est apparue, parmi les autres, dans la cour, pour la promenade quotidienne de 14 à 16 heures, personne ne connaissait encore les raisons de sa présence aux Baumettes. Comme elle avait les cheveux coupés très courts à la garçonne, les plus méchantes d’entre les détenues répandirent aussitôt le bruit qu’elle devait être lesbienne. Les commentaires les plus odieux fusèrent : Gabrielle, pâle comme une morte, devait les écouter sans rien dire. Elle ressemblait à une gamine apeurée face à la férocité des adultes. Chaque fois qu’on la prenait à partie dans le but de l’humilier encore plus, Gabrielle répondait avec douceur et intelligence. Ce qui rendait furieuses les gardiennes, c’est que jamais elle ne s’exprimait avec grossièreté. Pourtant, elle n’avait pu manquer d’apprendre le langage des prisons. Du matin au soir, elle était bien obligée d’entendre les obscénités les plus révoltantes que lui adressaient nos gardiennes. On raillait avec les mots les plus bas l’amour pur et profond qu’elle avait toujours, envers et contre, tout pour Christian. »

 

Je sais que ça fera sourire, moquer, mais je m’en fous, je pleure comme un gamin en pensant à Gabrielle Russier, son amour absolu m’a marqué au fer rouge, toute ma vie amoureuse en a été bouleversé. En écrivant cela j’ouvre une brèche, qu’importe tout le monde se fiche pas mal d’un amour absolu. C’est si hors du temps, si ridicule, si loin d’un monde où la profondeur des sentiments s’apparente à une sensiblerie dépassée.

 

Je suis toujours meurtri par l’indifférence, mourir d’aimer ça ferait vraiment rigoler mon petit monde…

 

 

Août s’étire, c’est la rentrée, concept typiquement français, Sarko va remballer son short jaune pétant, jouer sur son physique d’enfer, sa jeunesse rayonnante, pour faire la nique au vieux Juppé qui vient de passer le 70. Ils volent très haut nos dirigeants, nous prennent vraiment pour les cons que nous sommes.

 

Et pendant que Sarko roulait sa petite caisse bronzée au bras de sa grande mousmée à qui il rend 6 beaux centimètres, les indépendantistes corses déclaraient qu’ils veulent accéder au pouvoir. «La bataille menée depuis 40 ans a été gagnée», a lancé à la tribune des «Journées internationales» du parti Corsica Libera à Corte le dirigeant de Corsica Libera, Jean-Guy Talamoni.

 

«Nos idées sont devenues majoritaires au sein de la société corse et même de la classe politique insulaire».

 

Jean-Guy Talamoni a considéré que «la désobéissance civile à la loi française, au nom du droit corse, peut constituer une solution transitoire pour freiner la démarche de dépossession».

 

Pour la petite famille en congés à Murtoli c’est beau comme la fermette de Marie-Antoinette :

 

« … Un plaisir de chercheurs d’or en s’adonnant à la cueillette du basilic mentholé ou de la verveine odorante. Giulia était la plus enthousiaste. Les tomates ramas­sées par ses soins ont été l’occasion pour sa maman de cuisiner une sauce dont s’est délectée toute la famille, y compris l’ex-président qui n’en raffole d’habitude pas. La petite fille a adoré apercevoir les marcassins en liberté dans le maquis ou débusquer au matin devant la bergerie les traces lais­sées par les sangliers pendant la nuit (…) Entre deux sorties à deux-roues, le patron des Républicains, qui a l’habitude de lire les œuvres complètes de chaque auteur qu’il décide d’abor­der, s’est plongé dans Cent ans de soli­tude de Gabriel Garcia Marquez. A ses côtés, Carla se délectait dans le même temps de la correspondance de Virginia Woolf ou de Noces d’Albert Camus (…) »

 

 

 

Mais en Corse tout commence et tout fini par des histoires comme celle du domaine de Murtoli « En 2012, comme Le Point l'a déjà raconté, Claude Chossat, un repenti de la Brise de mer, assure aux policiers que le domaine de Murtoli est carrément la propriété du grand banditisme.

 

Devant les policiers, ce témoin, multi-mis en examen, (« une balance » pour certains), affirme « qu'une partie de la construction a été payée par Richard Casanova », un des chefs de la Brise de mer, et auteur supposé du casse du siècle, l'attaque de l'UBS de Genève en 1990, l'équivalent de 19 millions d'euros, jamais retrouvés. « Paul Canarelli lui était redevable, le domaine appartenait à Richard de fait », soutient Chossat, qui affirme aussi que la plus grande boîte de nuit de Corse, la Via Notte, à la sortie de Porto-Vecchio, créée par Paul Canarelli, est, elle aussi, dans le giron de la Brise de mer… Des accusations sans preuve, démenties farouchement par le principal intéressé. Un seul indice : dans la voiture de Casanova, criblé de balles à Porto-Vecchio en 2008, la police tombe sur une carte magnétique d'accès au domaine de Murtoli. « Normal », se défendra Paul Canarelli, sans renier son amitié avec l'ancien « parrain » de Corse, Richard Casanova était… parrain d'un de ses fils.

 

Depuis, les accusations de Chossat semblent avoir fait long feu. Mais une femme, Anne de Carbuccia, a déclaré la guerre à Canarelli. D'origine ajaccienne, comme l'a déjà rapporté le JDD, cette épouse d'un homme d'affaires italien rachète en 2008 une maison du domaine de Murtoli, la plus belle de toutes, celle au bord de la mer, à des propriétaires apeurés. Jusque-là, l'édifice avait été « annexé » au domaine Canarelli… Menacée, privée d'accès, Anne de Carbuccia ne baisse pas les bras. Il lui faudra pourtant plusieurs décisions de justice pour récupérer les lieux, et même une condamnation de l'État pour faute lourde, les gendarmes locaux refusant étrangement d'exécuter une décision de justice. Mais quand elle récupère la maison… elle hérite d'une ruine : un robinet d'eau est "malencontreusement" resté ouvert pendant des mois. Depuis, la propriétaire cherche un entrepreneur pour faire des travaux. En vain…

 

Fin du film?

 

Pas tout à fait. Après le classement sans suite en Corse de sa plainte pour « violation de domicile, tentative d'extorsion de bien, vol et dégradation volontaire », Anne de Carbuccia a saisi la Cour de cassation qui a finalement ordonné une enquête. Selon nos sources, un juge d'instruction de Paris vient de mettre Paul Canarelli en examen…

 

Les ennuis, même au paradis corse, peuvent aussi voler en escadrille. »

 

Duel au soleil « Comment dit-on sac de nœuds en corse ? » Le président du tribunal 

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