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23 juillet 2016 6 23 /07 /juillet /2016 06:00
Amadeo Modigliani aimait l’osso bucco et le barolo de Rosalie mais aussi son collègue Maurice Utrillo dit Litrio…

Lors de l’une des nombreuses et somptueuses cérémonies qui ont marqué mon anniversaire, au bar Hemingway du Ritz, Judith, je crois, évoqua les riches heures du Montparnasse des artistes et dans ma tête un peu embuée par les vapeurs de nos buvaisons je me souvins d’une chronique pondue sur ce thème.

 

Grâce au petit moteur de recherche je l’ai retrouvée.

 

C’est une histoire vraie comme on n’en vit plus dans notre vie bien propre et bien sage disais-je le 16 juin 2008.

 

Rosalie Tobia, une romaine, qui au temps de la splendeur de ses appâts fut le modèle favori du maître des pompiers, le peintre Bouguereau, l’âge venant, s’épaississant, avait acquis pour 45 francs* une petite crèmerie, au 3 rue Campagne Première, où elle installa 4 tables et ce qu’il faut de tabourets.

 

Tout normalement elle baptisa sa crèmerie-restaurant Chez Rosalie.

 

La Rosalie, dure au labeur, a du cœur, n’aime pas les snobs et leur dit, s’emporte facilement pour redescendre aussitôt, prend parti et a un faible pour Amadeo Modigliani.

 

Entre eux deux c’est toujours la commedia qui vire souvent à la tragedia.

 

Bref, son Osso Bucco, sa lasagne al forno, ses tagliatelles et ses vins : barolo, valpolicella, frascati, lambrusco, chianti, le tout à petits prix, sont connus dans le monde entier. Rosalie est la madone des artistes dans la dèche et, Dieu sait, qu’ils sont légion dans cet état car comme le lui dit Modigliani :

 

« Un artiste ne peut gagner sa vie. Il peint… Le reste ? Pfutt ! Est-ce qu’on sait ? Vois !» en lui présentant une superbe étude de nu : Commediente l’Amadeo

 

Mais revenons à notre histoire.

 

Un jour comme tous les autres jours, un jeune type barbu aux joues creuses, déjà bien éméché, pousse la porte de Rosalie. Il s’enfile trois verres de vin rouge, les paye, puis demande qu’on aille lui acheter des « caramels de couleur » * chez le marchand de couleur voisin.

 

On s’exécute. Il les mets dans sa bouche et quand ils sont à point, bien mous, il se met à peindre directement sur le mur des esquisses de Montmartre. L’artiste c’est Maurice Utrillo surnommé par les poulbots de Montmartre pour son goût immodéré de la boutanche : Litrio.

 

Sur les entrefaites, Modigliani entre chez Rosalie. L’estime des deux peintres est réciproque : ils tombent dans les bras l’un de l’autre et entament des libations vineuses. Les bouteilles descendent sans que les deux larrons daignent mettre la main à la poche.

 

Rosalie s’inquiète, demande son dû et de guerre lasse les prie d’aller cuver leur vin ailleurs. Litrio balbutie pour se dédouaner :

 

« Regardez ce que je viens de vous peindre sur votre mur » et reçoit en retour une volée de bois vert « Je ne vais pas découper le mur pour payer mon vin » éructe-t-elle.

 

Rosalie se déchaine en exploitant toute la palette du vocabulaire d’une matrone du Transtevere. Pendant ce temps les deux maîtres se font assaut de compliments : « Le plus grand peintre c’est toi » « Non, c’est toi » pour en venir aux mains et tout casser dans la crémerie de Rosalie.

 

Les pandores en pèlerine, alertés par le souk des deux compères, ramènent leur gros tarin et les menacent de les embarquer au commissariat de la rue Delambre. Litrio, en dépit de sa vinosité avancée, trouve la force de bredouiller le sésame des artistes en perdition : « Lé-on Za-ma-ron » Les hirondelles se font alors clémentes.

 

Mais, me direz-vous, qui est ce Léon Zamaron ?

 

Si vous voulez le savoir rendez vous ICI 

 

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19 juillet 2016 2 19 /07 /juillet /2016 06:00
L’art de penser : se distraire à en mourir « aucun média n’est excessivement dangereux si ses utilisateurs en connaissent les dangers. »

Mon ami Philippe a écrit hier en commentaire de ma chronique Nous ne sommes pas à la hauteur : seule la mobilisation de la société française peut détruire le défi djihadiste 

 

« Merci Jacques, de penser. »

 

J’essaie Philippe, avec mes moyens, le legs de mon père passionné de la chose publique, préoccupé qu’il était du bien commun, sans avoir la prétention d’être un intellectuel je crois, et j’ai toujours cru dans la force de l’intelligence, pas la mienne, celle des sages, pas les maîtres penseurs du prêt à penser en kit, ceux qui traversant l’Histoire nous donnent des repères nous permettant de surmonter nos malheurs, les horreurs, sans pour autant nous dédouaner de notre part de responsabilité.

 

J’ai toujours aimé lire, enfant dans le grenier du Bourg Pailler je me nourrissais de tout ce qui me tombait sous la main.

 

En octobre 2011 j’écrivais :

 

Orwell craignait ceux qui interdiraient les livres. Huxley redoutait qu’il n’y ait même plus besoin d’interdire les livres car plus personne n’aurait envie d’en lire. Orwell craignaient ceux qui nous priveraient de l’information. Huxley redoutait qu’on ne nous en abreuve au point que nous en soyons réduits à la passivité et à l’égoïsme. Orwell craignait qu’on ne nous cache la vérité. Huxley redoutait que le vérité ne soit noyée dans un océan d’insignifiances. Orwell craignait que notre culture ne soit prisonnière. Huxley redoutait que notre culture ne devienne triviale, seulement préoccupée de fadaises. Car comme le faisait remarquer Huxley dans Brave New World Revisited, les défenseurs des libertés et de la raison, qui sont toujours en alerte pour s’opposer à la tyrannie, « ne tiennent pas compte de cet appétit insatiable de l’homme pour les distractions ». Dans 1984, ajoutait Huxley, le contrôle sur les gens s’exerce en leur infligeant des punitions ; dans le Meilleur des Monde, il s’exerce en leur infligeant du plaisir. En bref, Orwell craignait que ce que nous haïssons ne nous détruise ; Huxley, redoutait que cette destruction ne nous vienne plutôt de ce que nous aimons. »

 

Que des vieilleries tout ça, Orwell et Huxley, des concurrents de Maxwell qualité filtre et de Max Mosley l’ancien président de la Fédération du Sport Automobile ? Du même tonneau que Zadig&Voltaire sur votre table de nuit ! Pire, cette citation est tirée d’un bouquin paru en 1985 aux USA « Se distraire à en mourir ». Pensez-donc, la préhistoire, un temps sans tweet, sans Face de Bouc, sans sms, donc un temps de vieux, de vieux ronchons, de vieux cons quoi ? Lire, pourquoi faire, L’important c’est de capter l’instant, de se marrer, de faire du second degré. Tout commence avec nous, les bouquins ça se couvrent de poussière, nous préférons la neige de nos petits écrans.

 

La prise du pouvoir par les médias de masse avec comme projet exclusif le divertissement, l’entertainment, alors la langue s’est appauvrie, a perdu ses nuances et sa complexité, et l’effort nécessaire ou acquérir une culture ou un savoir tend à disparaître.

 

« J’ai toujours été navré – je l’ai beaucoup dit et écrit – de l’étrange guérilla à laquelle se livrent politiques et journalistes. Il est assez évident, pour tout observateur de bonne foi, que la télévision casse le travail des politiques.

 

Amplification de l’effet d’annonce, absence totale de toute mesure de résultat, présentation de toute intention de changement comme un conflit, annonce de toute décision dans sa sécheresse brutale sans rappel ou à peine des raisons et du contexte, transformation de tout débat en conflit, de tout conflit en crise et de toute crise en sécession ou éclatement, disparition du temps long, abolition de la complexité, tout cela est bien connu, répété tous les jours… »

 

Ces lignes de la préface du livre « Se distraire à en mourir » écrit en 1985 par un universitaire américain est de la plume de Michel Rocard qui s’exclamait : Enfin !

 

Certains me reprocheront sans doute de « profiter » des mannes d’un homme que nous venons d’enterrer en le couvrant de brassées fleurs et de regrets.

 

Qu’importe !

 

Lire, tenter de comprendre, de nourrir son action avec autre chose que de l’émotion, de réactions immédiates, à chaud, sans recul.

 

Que dit Neil Postman ?

 

« Le problème, en tout cas, ne réside pas dans ce que les gens regardent. Le problème réside dans le fait que nous regardions ? »

 

« C’est assez poignant quand on pense que nous utilisons si souvent, et avec un tel enthousiasme, des expressions comme « l’âge de l’information », « l’explosion de l’information » et « la société de l’information ». Il semble que nous ayons compris qu’un changement dans les formes, le volume, la vitesse et le contexte de l’information signifiait quelque chose mais nous en sommes restés là »

 

Oui nous en sommes resté là et, tels des Tesla, nous surfons à grande vitesse sur le Net, fonçons sur les autoroutes de l’information à tombeau ouvert, nous likons sur Face de Bouc sans prendre la peine de lire, nous commentons sans comprendre, ironisons, prenons des positions irréfléchies, condamnons, approuvons le meilleur et trop souvent le pire.

 

Et pourtant comme le note Postman « aucun média n’est excessivement dangereux si ses utilisateurs en connaissent les dangers. »

 

Toujours se poser des questions mais « poser la question c’est rompre le charme ».

 

« L’accumulation massive des données et leur traitement à la vitesse de la lumière aura été très utile pour les grandes organisations mais aura pour la plupart des gens résolu peu de choses vraiment importantes. »

 

La solution que suggère Postman « est la même que celle que suggérait Huxley » Il concède qu’il ne peut faire mieux que celui car « il pensait, comme H.-G. Wells, que se jouait une course entre l’éducation et le désastre. »

 

Dans Le Meilleur des mondes « il essayait de nous dire que la plus grande cause d’affliction des gens n’était pas de rire au lieu de penser mais de ne pas savoir pourquoi ils riaient et pourquoi ils avaient arrêté de penser. »

 

 

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17 juillet 2016 7 17 /07 /juillet /2016 06:00
Nous ne sommes pas à la hauteur : seule la mobilisation de la société française peut détruire le défi  djihadiste

J’écris nous, nous tous, même si nos dirigeants politiques, de par leurs fonctions, sont bien sûr en première ligne. Cependant, nous contenter de les vilipender pour nullité ce serait nous exonérer de notre part de responsabilité. Ils sont à notre image, ils se sont modelés sur nos attentes pour nous plaire, nous rassurer, nous envelopper de belles promesses, nous endormir, faire de nous des consommateurs de tout, passifs, cul sur canapé, yeux rivés sur nos écrans d'ordinateurs, oreilles scotchées à nos smartphones. Ils sont le reflet de nos contradictions, de nos craintes, de nos comportements frileux, de nos renoncements, de nos abandons, de notre immaturité citoyenne.

 

À juste raison Gilles Kepel dénonce une « classe politicienne nulle face aux changements du monde. »

 

« Débat minable, pas du tout à la hauteur du défi. Notre classe politicienne est nulle face à cela, elle donne le sentiment de courir derrière l'événement, d'être intéressée surtout par ses chamailleries »

 

Même Juppé s’est vautré dans un « « si tous les moyens avaient été pris, le drame n’aurait pas eu lieu »

 

La palme de l’outrance revenant à Henri Guaino. « On doit pouvoir stopper un camion qui ne répond pas aux sommations. (…) Il suffit de mettre à l’entrée de la promenade des Anglais un militaire avec un lance-roquettes et il arrêtera le camion »

 

Jacques Myard, le souverainiste à lui prôné, parmi huit propositions, « d’expulser tous les binationaux en voie de radicalisation » et « d’appliquer partout sur le territoire national l’interdiction du voile ». Il recommande également de « renouer des relations diplomatiques avec Damas pour obtenir des renseignements » dans la lutte contre l’EI, implantée en Syrie et en Irak.

 

En les entendant, en les lisant j’ai eu honte pour eux mais aussi pour nous. Pour ne pas m’exonérer à bon compte j’ai cité Chateaubriand sur mon mur de Face de Bouc :

 

« Il faut dépenser le mépris avec une grande parcimonie à cause du grand nombre de nécessiteux. »

 

La boue des réseaux sociaux charrie la haine ordinaire des éradicateurs, des partisans du rond-up sociétal, du repli sur soi, de l’illusoire protection d’une ligne Maginot sécuritaire, le toujours plus qui nous ferait accroire que tout peut redevenir comme avant. Un simple camion frigorifique, un petit malfrat ordinaire et toutes les caméras de Nice comptent pour du beurre.

 

Moi qui circule à vélo dans Paris, de jour comme de nuit, il m’arrive de penser à la facilité qu’il y a de pratiquer le terrorisme low-cost.

 

En face des partisans d’une nouvelle bataille d’Alger se drapent les héritiers de l’esprit de Munich, concéder, espérer que les petits accommodements nous ferons retrouver notre confort douillet d’avant. Illusion de l’autruche, déni de la réalité, postures commodes adossées à des idéologies usées mais si rassurantes.

 

Si le problème était aussi simple à régler qu’une équation du second degré ça se saurait. Même la classe politicienne, aussi nulle et décrédibilisée fut-elle, a des excuses car elle est confrontée à une opinion publique anesthésiée par un demi-siècle de paix, et qui serait devenue en grande partie toute aussi immature ?

 

L'opinion publique française a-t-elle les politiques qu'elle mérite?

 

La question mérite d’être posée. Et vite.

 

Kepel a raison c’est d’abord un problème de changement de logiciel :

 

D’une part, en ce qu’ils ne comprennent pas l’ennemi et son fonctionnement, pourtant transparent: « le logiciel de ce terrorisme-là n'a toujours pas été compris par le pouvoir politique, quel qu'il soit (...) On est dans une autre dimension, il ne s'agit pas de dire qu'on va faire appel à la réserve, tout le monde sait que les forces de l'armée et de la police sont épuisées ».

 

D’autre part, en ce qu’ils n’en discernent l’objectif, présent en toutes lettres dans « les textes mis en ligne depuis 2005 par ce djihadisme de troisième génération: il faut épuiser les forces de l'ordre et il faut faire en sorte que la société, qui est totalement déboussolée, se prépare à une logique de guerre civile entre enclaves de confessions différentes ».

 

Face à ce danger, le gouvernement, chaque fois dans l’urgence, procède à des annonces qui ont pour objet de rassurer, autant que faire se peut, l’opinion. A chaque tragédie, le curseur du déploiement des forces policières et militaires monte d’un cran. Après Nice, c’est la Réserve qui est convoquée. Et l’état d’urgence maintenu pour trois mois encore. Le gouvernement pouvait-il faire autrement, dans les heures qui suivent un acte de la nature de celui commis à Nice? Non. Il fallait envoyer des signaux de rassurance l’opinion inquiète. Mais cette même opinion inquiète, en demande d’actes immédiats, sait aussi que ce qui a eu lieu à Nice relève de la menace auscultée par Gilles Kepel. Des sentinelles déployées ici et là ne suffisent pas à empêcher un individu déterminé à passer l’acte.

 

Partenaire du gouvernement, ses oppositions de droite, d’extrême droite et d’extrême gauche paraissent aussi éprouver de la peine à se hisser à la hauteur du rendez-vous de l’histoire. On ne sait pas encore tout du scénario de la tragédie de Nice que certains sont déjà affairés à dénoncer le pouvoir en place, à l’accuser les uns à dénoncer le manque de précautions et les failles sécuritaires. »

 

Lire 10 juillet 2015 « Génération radicale » de Boutih : au placard « le rapport de droite » ? 

 

«Génération radicale», l'étude fumeuse de Malek Boutih sur le jihad

 

Face à la nécessité de ce changement de paradigme, le fait que les extrémistes ont toujours un tour d’avance, ce qui le propre de la stratégie, il est capital, face à leur niveau d’intelligence, aussi monstrueuse soit-elle, de se soumettre à une analyse non biaisée, cesser de les considérer comme des fous, des abrutis, et surtout se mettre dans la tête que ce ne sera pas en quelques mois que nous rattraperons ce tour d’avance.

 

Pour les comprendre, non pour les excuser, mais pour mieux les combattre avec efficacité il nous faut se mettre dans leur peau, se fondre dans leur écosystème, le pervertir, le faire s’autodétruire.

 

Ils combattent notre modernité mais ils ont mieux compris que nous les failles de nos démocraties représentatives, au pouvoir centralisé, bureaucratisé, lourd, alors qu’eux fonctionnent en réseau diffus. L’Internet dupliqué au niveau de la société. « Ils déplacent, ils transforment l’utilisation de nos outils, de nos moyens de vie, vers d’autres finalités : un avion, une voiture… On a tout dichotomisé : objet de confort, transport, armes. » Comme me l’écrit l’un de mes lecteurs.

 

Bref, agir plutôt que réagir « J’ai toujours voulu que l’avenir ne soit plus ce qui va arriver mais ce que nous allons faire. »

Henri BERGSON

 

En ce domaine, comme dans beaucoup d’autres, je suis et je reste mendésiste, le parler vrai cher à Michel Rocard :

 

« Pour les dirigeants d’abord. Le premier devoir, c’est la franchise. Informer le pays, le renseigner, ne pas ruser, ne pas dissimuler ni la vérité ni les difficultés ; ne pas éluder ou ajourner les problèmes, car dans ce cas, ils s’aggravent ; les prendre de face et les exposer loyalement au pays, pour que le pays comprenne l’action du gouvernement ».

 

« Au final, la démocratie donne à voir principalement les conflits entre les hommes, pour le pouvoir d’abord (ceux que tout pouvoir autoritaire cherche à cacher) et pour le partage de la richesse évaluée en monnaie. Ce qui justement, dans les activités humaines, n’est déclencheur ni de bonheur ni d’enthousiasme, et laisse place souvent à la tentation de la violence et de l’immoralité. » Michel Rocard

Nous ne sommes pas à la hauteur : seule la mobilisation de la société française peut détruire le défi  djihadiste
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16 juillet 2016 6 16 /07 /juillet /2016 06:00
L’amitié dans l’ivresse, l’ivresse dans l’amitié, même combat, Antoine Blondin un Singe en Hiver, c’est l’amitié.

Un Singe en Hiver fut en 1959 cité comme grand favori pour le prix Goncourt mais ce fut un inconnu André Schwarz-Bart qui l’obtint pour Le dernier des Justes.

 

« Un Singe en Hiver, la cavalerie légère d’une amitié rêvée.

 

Le dernier des Justes, l’artillerie lourde d’une compilation laborieuse. »

 

« Schwarz-Bart, noyé dans ses fiches de documentation, avait fini par ne plus bien faire la différence entre les lignes sorties de sa plume et celles des autres. Une polémique naquit, s’amplifia, le cloua au pilori du plagiat. Il apparut qu’il était de bonne foi ; accablé, il en fit une dépression nerveuse. »

 

Blondin, étranger à ces persécutions, en fut marri. Sa seule saillie, sous forme de plaisanterie, à l’adresse de son rival heureux puis malheureux eut pour cadre un bar de nuit dans lequel il croisa Schwarz-Bart. Les deux écrivains portaient un pull à col roulé. Antoine Blondin pointa un doigt accusateur dans la direction de Schwarz-Bart en criant : « Plagiat ! » pour ensuite lui offrir un verre afin de le consoler. Comble d’infortune, le déprimé ne buvait que l’eau minérale, était-ce sans doute la cause de sa déprime fera remarquer un ami de Blondin.

 

La picole, Blondin adepte du lever de coude des bords de bar, se défendit d’avoir fait l’apologie de l’ivresse dans Un singe en hiver :

 

« Aucun de mes personnages ne boit pour se saouler mais plutôt pour changer les couleurs de la vie, tenter de la rendre plus acceptable, surtout lorsqu’ils se sentent seuls. Or, il se trouve que la boisson stimule un élan de compréhension pour autrui. Qu’il s’agisse de repeindre les choses ou de se donner des prochains, l’ivresse n’est pas une passion, mais un état où des « clés » vous rendues. »

 

« Lorsqu’ils sont ivres, Quentin s’imagine en Chine et Fouquet en Espagne. Pourtant ils se rejoignent malgré la distance de leurs âges, de leurs expériences, de leurs nostalgies parce que le thème essentiel d’Un singe en hiver c’est l’amitié. »

 

Et pourtant, ce livre qui obtint le prix Interallié en compensation, Blondin eut bien du mal à l’accoucher. « Séquestré par son éditeur dans une chambre d’hôtel à Mayenne, Antoine au bout de deux mois reprend le train pour Paris, la tête basse, sans avoir écrit une ligne. C’est en débarquant à Montparnasse qu’il a enfin un sujet de roman dont le personnage serait son hôtelier de Mayenne :

 

« C’était un homme énigmatique dont l’énorme silhouette, planté à la réception, scintillait doucement par la grâce du nez plutôt bourgeonnant et violacé, qui semblait porter le souvenir de quelque aventure assoupie. Il offrait le profil de ces montagnes dont la majesté ne se manifestera qu’à l’instant de leur écroulement. »

 

Dans le livre ça donne ça :

 

« Le reste du temps, il présentait une ivresse impénétrable, l’œil tourné en veilleuse sur une épaisse rumination intérieure. Ses compatriotes prétendirent qu’il était saoul debout. »

 

Quentin Albert, hôtelier à Tigreville, sortait du néant.

 

En face de lui débarque de Paris un soir d’automne, un jeune homme un dénommé Fouquet dont Blondin pudiquement concède « Je ne tombe pas loin si j’avance que Fouquet, c’est vaguement moi, en un temps où j’avais tendance à aller dans les marges de la vie. »

 

C’est son côté extra-terrestre « qui détonne dans le panorama humain et réaliste du bourg et l’offusque. Seul Quentin « reconnaît » le jeune homme au sens où Jeanne d’Arc a pu « reconnaître » le Dauphin. »

 

« Une nuit sur deux, Quentin Albert descendait le Yang-tsé-kiang dans son lit-bateau… » Ainsi commence Un singe en hiver…

 

« Et la navigation reprenait son cours sur l’oreiller »

 

Henri Verneuil, bien avant l’attribution de l’Interallié, s’empressa d’aller placer le roman sous le nez de Jean Gabin qui tournait aux studios d’Épinay avec Jean Delannoy. « Je viens de le terminer, lis ce roman, tu vas être ravi… sans être vraiment convaincu que ce conseil allait être suivi. Gabin ne lisait que France-Soir et l’Équipe précise Verneuil en ajoutant, c’était de la paresse. »

 

L’a-t-il lu ? Nul ne le sait mais, à cette époque, dans les années 60, « la trilogie Verneuil-Audiard-Gabin formait une équipe soudée… par le succès. »

 

Les droits furent achetés mais les Américains de la MGM renâclaient : A monkey in winter, bof ! De plus le contenu du roman, un archange de l’alcoolisme qui débarque chez un ivrogne repenti, ne les emballait guère. C’était toujours No !

 

Verneuil s’obstine, déclare à la MGM que Gabin est enthousiaste et, avec la complicité d’Audiard il parvient à ses fins.

 

Deux mois de travail minutieux à Dourdan pour rester fidèle au roman. Audiard était devenu fou de Blondin. Verneuil avoue « Nous avons travaillé dans le calme dans la maison de Dourdan avec la conviction que nous traitions une matière d’une richesse rare… »

 

La suite ICI la réplique culte de Gabin « Il ne faut pas mélanger les grands-ducs et les bois-sans-soif. Oui monsieur, les princes de la cuite… » 

 

 

« Ses convictions de jeune homme, situées bien à droite, même à la droite de la droite, l’ont poussé à réagir vis-à-vis d’une littérature engagée dans la droite ligne de la mode stalinienne. Il parait évident qu’il possède un goût évident pour la provocation. Dans cette vision des choses, il fréquente des copains de route fabuleux et hors du commun : Roger Nimier, Jacques Laurent, Michel Déon et autres qui contestent haut et fort les engagements politiques de Louis Aragon et la philosophie de Jean-Paul Sartre. Bernard Franck, en 1953, les surnommera les Hussards. Blondin dira « ils nous font passer pour des écrivains de droite pour faire croire qu’il existe des écrivains de gauche ».

 

Quelques années plus tard, Antoine Blondin se lie d’amitié avec François Mitterrand. Il accompagnera ce dernier dans des réunions ou meetings politiques et poussera le paradoxe jusqu’à voter pour lui ! Mais, ce n’est pas pour autant qu’il passera à gauche avec armes et bagages. Parmi les œuvres d’Antoine Blondin on retient : Un singe en hiver, où il magnifie sa passion pour l’alcool, Les Enfants du Bon Dieu, l’Humeur vagabonde, Quatre Saisons, l’Europe Buissonnière, Monsieur Jadis, Certificat d’études et enfin, Ma vie entre les lignes. »

 

Source :  Alcools de Nuit chez Michel Lafon

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15 juillet 2016 5 15 /07 /juillet /2016 06:00
Les fleurs de comptoir, ça ne s’arrose pas trop, au « blanc de facteur » selon Jean Carmet

« Le monde appartient à ceux qui ont des ouvriers qui se lèvent tôt »

 

Ça c’est une brève de comptoir de Jean-Marie Gourio glanée dans les bistros « là où il y a comme un air d’abondance, une générosité ambiante. Les bars des jours de marché, avec des cabas qui débordent de salades et des odeurs de viande chaude… Un petit coup par-dessus et la parole se libère. Ça marche mieux en buvant, mais attention, pas n’importe quoi. Le « blanc de facteur », comme l’appelait Jean Carmet, ça va, la bière aussi, éventuellement le kir, la coupette de champerlot ou le doigt de porto, mais au–delà, la brève s’empâte. Plus l’alcool est fort, moins c’est bien. Les fleurs de comptoir, ça ne s’arrose pas trop. »

 

Jean Carmet nul besoin de le présenter :

 

« Les petits vins de mon pays, de mon pays de Bourgueil, ont eu longtemps ma préférence sinon mon exclusivité. Ces petits vins blancs légers qui travaillent sous le soleil inimitable des bords de Loire. On leur laisse rarement le temps de s’accomplir au-delà d’une année, ils meurent avant l’âge, mais en beauté… »

 

Mais, il concédait aussi que si son père était un saint-cyrien de la vigne et qu’il a suivi son enseignement, il avait longtemps été étouffé par son patriotisme régional. « Quand je suis arrivé à Paris j’ignorais totalement qu’il existait d’autres vins. Je soutenais mordicus que rien ne pouvait égaler un saint-nicolas-de-bourgueil. Et puis j’ai acheté une maison dans le Gard, à 12 km de Bagnols-sur-Cèze et j’ai découvert les côtes-du-rhône avec ravissement… »

 

Dans Je suis la badaud de moi-même - Ed. Plon

 

« Vider une bouteille avec quelqu'un, c'est une manière pudique de se dire l'amitié. Il faudrait que les bistrots aient un parfum d'éternité. »

 

« Pour briller j'ai besoin de m'entourer de gens moins intelligents que moi. J'ai du mal à en trouver. »

 

« L'expérience n'intervient que quand on n'a rien à dire. Le plaisir des mots, c'est aussi le secret des mots, le silence. »

 

« Je considère la vieillesse comme une insulte. Je vais finir dans le désordre. »

 

« Sans mes amis je ne serais rien, c'est eux qui m'ont inventé. »

 

« J'aime transmettre les histoires qu'on me raconte et enjoliver les miennes. Comme acteur, je me promène dans la vie des autres. Et dans la vie, je fais pareil. »

 

Son pays, ses amis, ses histoires…

 

En voilà une bien belle histoire à la Carmet:

 

« J’avais déjeuné chez Bernard Blier. Nous nous étions attardés à table, mêlant les agréments de la discussion à ceux de la sélection des vins. La nuit est venue quand nous nous quittons gaiement. Je hèle un taxi et… au lieu de lui indiquer : « À Sèvres ! » où je réside, je lui communique : « À Tours ! ».

 

Je ne saurais vous expliquer pourquoi. L’automédon ne manifeste aucune surprise. Je monte à bord et plonge presqu’aussitôt dans le bienheureux sommeil de l’oubli…

 

On me secoue, on me réveille, c’est le chauffeur :

 

« Nous sommes arrivés ! »

 

Nous sommes en effet, à Tours.

 

Pourquoi Tours ?

 

Comment, étant à Paris, peut-on avoir l’idée saugrenue de rallier Tours en taxi ?

 

Le chauffeur rigole : « Je vous ai tout de suite reconnu, monsieur Carmet. J’ai entendu des reportages, je sais que vous êtes de Tours ou des environs, alors c’est normal que vous ayez voulu venir ici ! »

 

« Nous étions au petit matin et au cœur de l’hiver. Je propose d’aller prendre un café près de la gare. Nous tombons sur toutes les épaves de la nuit, hantées par un unique objectif : se goinfrer un pied de cochon. Et j’ai offert une tournée générale de pieds de cochon. J’ai voulu téléphoner à Sonia, mon épouse, à Sèvres. Sans résultat. Je devais apprendre plus tard qu’elle était partie à ma recherche en oubliant de brancher le répondeur.

 

Que faire ?

 

Toujours flanqué de mon fidèle chauffeur je rends visite à des cousins tourangeaux. Il est maintenant 7 heures, ils s’étonnent :

 

- Que fais-tu là ?

 

- J’ai déjeuné avec Bernard Blier.

 

- Ah bon ! Il est de passage à Tours ?

 

- Mais non, chez lui à Neuilly !

 

« C’est la confusion totale. Je les sens sur le point d’alerter hypocritement un quelconque service psychiatrique, je disparais. En taxi toujours. Nous sommes tombés en panne du côté d’Orléans. Le chauffeur marchait au fuel qui avait gelé tellement il faisait froid. L’homme était de bonne compagnie et savait s’adapter, nous avons fait la java pendant toute la nuit. Puis je l’ai raccompagné chez lui. Son épouse a failli me lyncher. La mienne aussi, un petit peu plus tard, ce qui vous expliquera pourquoi je dois périodiquement changer de compagne. Je les comprends et je les absous, ce sont toutes des saintes. »

 

Extrait du livre Alcools de Nuit -Antoine Blondin

 

Pour finir si vous souhaitez briller en société quelques brèves de comptoir dites par Jean Carmet.

 

- On s'en fout pas mal que le poulet soit élevé au bon air, après tout on ne mange pas les poumons.

 

- Ça revient, la mode du cheval. On en a encore mangé ce midi.

 

- Les moutons sont cons c'est pour ça que leur cervelle n'ont pas de goût...

 

- Il faut pas trop parler le matin sinon l'après-midi on sait plus quoi dire.

 

- Pour une cuite on dit pas overdose, on dit ivre-mort, ça fait quand même moins peur.

 

- En ce moment je lis rien, je garde pour plus tard... toi aussi...tu fais bien, sinon t'arrives à la retraite avec plus rien à lire.

 

- Ce n'est pas parce que l'homme a soif d'amour qu'il doit se jeter sur la première gourde.

 

- Une frappe chirurgicale c'est quand tu fous une claque à ta femme et qu'elle ne casse rien en tombant

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14 juillet 2016 4 14 /07 /juillet /2016 06:00
C’est dur la culture : les Capezzoli di Venere ou tétons de Vénus de Salieri pour séduire Constance Mozart dans Amadeus de Milos Forman et 1 vin nu là-dessus!

Dans le film de Milos Forman, ces petites douceurs, les Capezzoli di Venere, que Salieri propose à Constance lorsqu'elle lui apporte les compositions de Mozart et qu'il appelle « Mamelons de Venus »

 

- Prenez-en un, c'est tout à fait étonnant…

 

… et dont il révèle la composition, m’ont inspiré cette chronique « imprégnée de culture » comme les tétons de vénus le sont de rhum

Salieri and Mozart, par Mikhail VRUBEL 1885.

 

La culture d’abord !

 

Salieri, assassin de Mozart ?

 

« La légende de l'assassinat de Mozart par Salieri relève de l'imagerie romantique, ayant été présentée pour la première fois dans Mozart et Salieri, pièce de théâtre de l'écrivain russe Alexandre Pouchkine, publiée en 1830. Très populaire en Russie, elle fut adaptée à l'opéra à la fin du XIX° siècle. Plus tard, en 1979, le Britannique Peter Schaffer s'inspira de l'ouvrage de Pouchkine pour composer la pièce de théâtre Amadeus, qui fut adaptée au cinéma par Milos Forman en 1984.

 

Dans ce film acclamé par la critique, qui reçut 40 récompenses dont huit Oscars, Salieri est présenté comme un compositeur talentueux, mais médiocre face au talent inégalé de Mozart, qu'il déteste et admire à la fois. Dans cette œuvre, c'est Salieri qui commande le fameux Requiem, que Mozart s'épuisa à composer. A la fin du film, le kapellmeister n'est donc pas directement responsable de la mort de son rival, mais en porte néanmoins une part de responsabilité.

 

Toutefois, il convient de préciser que la réalité est bien différente de cette légende noire. Si Salieri éprouva sans doute de la jalousie à l'égard du jeune prodige, suite à l'arrivée de ce dernier à Vienne, les deux hommes entretinrent des relations rivales mais néanmoins amicales.

 

En effet, Salieri conserva jusqu'à sa mort, en 1825, son poste de kapellmeister, restant pendant longtemps un personnage puissant à Vienne. Par ailleurs, si l'œuvre de Salieri est aujourd'hui largement méconnue du grand public, ce compositeur remporta de bien plus grands succès que son rival, jouant ses opéras dans les principales Cours d'Europe (Milan, Paris, Rome, Venise, Versailles, Vienne, etc.).

 

Ainsi, contrairement à ce que l'on pourrait penser, Salieri fit tout son possible pour faire connaître la musique de Mozart, à une époque où le public viennois avait une nette préférence pour les compositeurs italiens (c'est ainsi qu'il proposa Mozart pour la composition de La clémence de Titus, opéra à l'origine commandé à Salieri). Par ailleurs, il fit partie des cinq personnes présentes lors de l'enterrement de Mozart, et fut le professeur de musique du jeune Franz Xaver Wolfgang Mozart, dernier fils du défunt.

Enfin, il ne fut pas le commanditaire secret du fameux Requiem, ce dernier ayant été commandé par le fils du maire de Vienne de l'époque, pour le compte de Franz de Walsegg, un aristocrate autrichien. »

 

Origines :

 

« On appelle le rebondi de la madeleine « téton de Vénus ». A Commercy, lors d'une réception organisée par le duc de Lorraine, une simple soubrette nommée Madeleine avait préparé ce gâteau, le seul que sa famille lui ait appris. Le roi Stanislas enthousiaste, avait aussitôt rebaptisé cette pâtisserie du nom de la servante.

 

Source « les desserts oubliés de Nicole Thépaut »

 

« Vers 1830 donc, la Mère Brigousse, dans le quartier des Charpennes à Lyon, faisait table comble avec ses "tétons de Vénus", de grosses quenelles en forme de sein. »

 

Téton de Vénus est le nom d'une espèce de pêches, à cause de la forme pointue de l'extrémité.

 

 

La recette des Capezzoli di Venere

 

200g de marrons glacés

 

120g de chocolat au lait (chocolat noir dans la recette originale)

 

40g de crème liquide

 

1 cl de rhum

 

1/2 cc d'extrait de vanille

 

100g de chocolat blanc

 

10g de chocolat noir

 

 

Faites fondre au bain-marie le chocolat au lait avec la crème. Laissez refroidir.

 

Mixez les marrons glacés avec le rhum et l'extrait de vanille jusqu'à obtention d'une purée. Ajoutez le chocolat fondu et mixez à nouveau. Si nécessaire, terminez en mélangeant à la cuillère afin d'obtenir une pâte homogène. Placez au frais au moins 1h.

 

Formez des cônes arrondis d'environ 4cm de diamètre et placez-les sur une grille.

 

Faites fondre le chocolat blanc au bain-marie, versez-le sur chaque cône (ou trempez-les dedans à l'aide d'une fourchette à chocolat). Placez une quinzaine de minutes au frais.

 

Faites fondre le chocolat noir au bain-marie, disposez une pointe sur chaque cône et placez à nouveau au frais 15 minutes.

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11 juillet 2016 1 11 /07 /juillet /2016 06:00
« Il n’y a pas de viande heureuse » affirme L214 «le veganisme est un anthropocentrisme» répond Raphaël Enthoven on en trouve chez Yves-Marie Le Bourdonnec

« C’est une liste qui n’en finit pas de s’allonger. Pour la quatrième fois en huit mois, l’association L214 dévoile de nouveaux cas de maltraitance animale dans des abattoirs français. Deux établissements sont cette fois visés : ceux de Pézenas, dans l’Hérault, et du Mercantour, à Puget­-Théniers, dans les Alpes­-Maritimes. Filmées en caméra cachée entre novembre 2015 et fin mai, des vidéos insoutenables, auxquelles Le Monde a eu accès en exclusivité, montrent des sévices graves et des infractions manifestes perpétrés sur des bovins, des moutons, des cochons et des chevaux, lors d’abattages conventionnels et rituels. L214 devait déposer plainte, mercredi 29 juin, devant les tribunaux de grande instance de Béziers et de Nice pour maltraitance et actes de cruauté. »

 

« Il n’y a pas de viande heureuse »

 

« On a envie de croire que le problème, ce sont les cadences. Mais les petits abattoirs à l’approvisionnement local ne garantissent pas une meilleure protection des animaux, comparés à l’abattage industriel, assure Sébastien Arsac. Il n’y a pas de viande heureuse. » L’association lance cette fois une pétition pour la présence d’une alternative végétarienne ou vegan dans les restaurants scolaires et les collectivités.

 

Pour Jean Carmet dans une Brève de comptoir : « une viande tendre c'est une viande qui a été heureuse.»

 

 

 

J’ai connu au temps de mes culottes courtes la «tuerie particulière» de la Mothe-Achard. C’était dégueulasse dans toutes les acceptions de ce mot. Il fallait avoir le cœur bien accroché : souvenir du sang des gorets dégoulinant sur le sol, ruisselant dans une rigole vers une fosse à ciel ouvert où les charcutiers venaient puiser avec un seau ce qui servirait au jus de boudin. Ça cocotait dur. Seul le boudin de mémé Marie trouvait grâce à mes yeux.

 

Au Bourg-Pailler la mémé Marie « tuaient » la volaille et les lapins et une fois par an les hommes tuaient le cochon sans aucune maltraitance. L’animal était respecté.

 

Au nom de l’hygiène publique et de la rationalisation économique nos animaux sont abattus dans des abattoirs contrôlés par la puissance publique.

 

 

Qu’en est-il ?

 

Selon le ministère de l’Agriculture 259 abattoirs ont été contrôlés ces derniers mois en France et trois se sont vus retirer leur agrément.

 

« Dans le cadre de cet état des lieux, près de 70% des inspections auraient conclu à un niveau de maîtrise de la protection des animaux de satisfaisant à acceptable au moment du sacrifice. C’est satisfaisants dans 20% des cas et acceptable dans 49%. En revanche dans 31% des inspections, le niveau de maitrise de risques a été jugé insuffisant selon la synthèse remise au ministère. Les non conformités les plus graves concerneraient moins de 5% des chaînes inspectées, soit 19 lignes d’abattage qui ont été fermées.

 

Les détails des contrôles seront mis en ligne prochainement, selon le service de presse du ministère. En attendant, le ministre de l’Agriculture a déclaré le 1er juillet sur RTL que les militants de l’association L214, productrice de vidéos tournées clandestinement dans plusieurs abattoirs, « veulent faire disparaître ce qui a été l’agriculture. Ils ne veulent plus d’élevage, ils ne veulent plus qu’on mange de viande». Stéphane Le Foll a également déclaré que les dernières images mise en ligne par L214 « n‘ont pas été prises après les contrôles qu’on a fait mettre en place dans les abattoirs».

 

Quoiqu’il en soit, cette mise en cause du traitement des animaux de boucherie dans les abattoirs tombe au plus mal pour les éleveurs. Avec un prix du kilo de carcasse d’une vache de réforme de race mixte (normande par exemple) à la fin du mois de juin à 2,80€, c’est une baisse de 10% sur le prix payé un an plus tôt. Et il est probable que l’on n’a pas encore touché le fond car les producteurs laitiers européens augmentent désormais les abattages de vaches laitières de réforme en raison des difficultés financières qu’ils subissent avec la baisse du prix du lait de 20% sur deux ans et d’environ 10% sur la moyenne des prix payés en 2015.

 

Dans ce contexte, Dominique Langlois, président de l’interprofession Bétail et Viande vient d’écrire à Matthias Fekl, secrétaire d’Etat chargé du commerce extérieur afin que l’accord commercial que l’Europe doit ratifier avec le Canada et qui prévoit d’importants contingents d’importation de viande bovine de ce pays, soit rejeté par la France, si la Commission européenne tente de le faire passer sans le soumettre à l’approbation du Parlement dans chaque Etat membre de l’Union. Dominique Langlois note dans son courrier que le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, semble « souhaiter s’assoir sur l’avis des élus nationaux tout en sapant l’autorité des Etats membres pour faire passer en force cet accord particulièrement dangereux pour notre secteur ». Il demande au secrétaire d’Etat de tenir bon.

 

Reste à savoir où en sont le chef de l’Etat et le Premier ministre sur ce dossier. A l’occasion, ils émettent ponctuellement des réserves sur la procédure de négociation pour un accord du même type avec les Etats Unis. Mais ils sont étrangement silencieux concernant la ratification ou non de l’accord que la Commission a déjà négocié avec le Canada. »

 

Pour un rapport plus durable à la viande, un architecte réinvente les abattoirs urbains

 

Un architecte de 25 ans a conçu un projet d'abattoir en ville, basé sur l'exemple de Bruxelles. Inspirés de l'économie circulaire, il permettrait de valoriser ses propres déchets, afin d'alimenter la production de différents types d'aliments, vendus sur les marchés voisins.

 

La suite ICI 

 

Je mange de la viande et je respecte ceux qui n’en mangent pas tout comme j’aime les animaux de la ferme : lorsqu’on a gardé les vaches et vécu dans la cour d’une ferme le respect est gravé dans mon ADN.

 

NOTE DE LECTURE : « ÉTHIQUE DES RELATIONS HOMME/ANIMAL. POUR UNE JUSTE MESURE ». ICI 

 

 

UNE VIE DE COCHON, VRAIMENT PAS ROSE (ENTRETIEN ORIGINAL)

AVEC JOCELYNE PORCHER, SOCIOLOGUE, CHARGÉE DE RECHERCHE À L’INRA ICI

 

Petit conte d’une recherche d’une viande heureuse

 

 

C’était un mardi matin pédaleur infatigable en dépit d’un temps incertain j’avais décidé de me transporter dans les beaux quartiers. En selle donc, en longeant le cimetière Montparnasse le ciel se gâte, il pleuviote, je persiste mais le vent se mettant de la partie avec la pluie je décide d’accrocher ma monture et de prendre le métro à Pasteur.

 

Changement à Trocadéro pour prendre la ligne 9. Drôle de ligne qui part duNeuf3, Mairie de Montreuil, Robespierre&Jacques Duclos, passe par Charonne, Voltaire, Léon Blum pour aller se jeter dans les bras des beaux quartiers. Pensez donc Rue de la Pompe, La Muette, Ranelagh, Jasmin, Michel-Ange-Auteuil, Michel-Ange-Molitor, Exelmans la fine fleur du 16e avec terminus Billancourt qu’il n’est plus possible de désespérer depuis que l’île Seguin chère à Sartre n’est plus qu’une friche industrielle.

 

Je sortais à l’air libre rue de la Pompe, je longeais la masse imposante du lycée Janson de Sailly, je suis en terre connue car j’ai occupé le 174 avenue Victor Hugo pendant quelques année au temps où je présidais aux destinées de la SIDO, je humais l’atmosphère si particulière de ce quartier si bling-bling.

 

Où allais-je de ce pas ?

 

À la boucherie d’Yves-Marie Le Bourdonnec qui est la voisine de mes ex-bureaux occupés maintenant par une société d’avocats.

 

Pourquoi vais-je si loin de ma base ?

 

Tout simplement parce qu’en exclusivité, Yves-Marie nous proposait la mise en vente de la carcasse d'un Boeuf Armoricain de 36 mois, nourri à l'herbe, issu de l'exploitation de Jackie et Masayo Malardé située en Centre Bretagne. 

 

 

Une armoricaine Marquise et son veau femelle Urtica né en 2003 qui est une génisse de Martano , taureau d' insémination né en 1956. Dose congelée en 1964.( Botlan Tremargat 22) ( voir la généalogie de cette souche) La ferme de Botlan de Jackie et Masayo Malardé

 

S'inspirant de l'esprit de notre école MOTTAINAI, notre élève japonais Kohei Kusumoto sera votre conseiller et préparateur privilégié.

 

Une occasion unique de vous procurer une viande d’exception, offrant à la découpe un aspect naturel persillé. »

 

Clarisse Prévost a lancé en partenariat avec le célèbre boucher Yves-Marie Le Bourdonnec une école de formation originale et dédiée à la boucherie fine, pour mieux accompagner tous les « entrepreneurs de la viande de qualité ».

 

Comment vous est venue l’idée de créer cette école d’un autre genre ?

 

Réunis par nos valeurs, forts de nos expériences respectives, nous avons voulu créer une entreprise commune qui soutient la culture de l’excellence de l’artisanat boucher, et qui réunit enfin tous les acteurs qui veulent bâtir une filière viande durable et de qualité. Aux éleveurs et aux candidats au métier de boucher (de plus en plus nombreux) qui cherchent une alternative à l’élevage et à la formation classique, nous voulons proposer une autre voie, à partir de la filière « Qualité Le Bourdonnec » reconnue aujourd’hui en France et à l’étranger.

 

Quelle est la philosophie de votre école ?

 

« Mottai-naï », littéralement « non au gaspillage ! » est une expression japonaise marquant une respectueuse reconnaissance à l’égard des aliments issus de la nature, ainsi qu’envers les personnes qui les produisent et les pourvoient. Les valeurs de l’entreprise Le Bourdonnec se retrouvent pleinement dans cette philosophie. « Cultivons la viande que nous aimons » est notre slogan et nous déclinons dans un Manifeste notre approche et ce qui fait sens pour nous et nos partenaires. Nous avons ainsi décidé d’accompagner toutes celles et ceux qui ont fait le choix d’une autre viande et d’un commerce vertueux : de l’éleveur au consommateur, en passant par le commerçant, le Chef en cuisine…

 

Quelles sont vos ambitions à long terme ?

 

Notre programme de formation propose de former des « bouchers entrepreneurs », en intégrant tous les maillons de la chaîne (culture de la production, approche pratique, théorique et culturelle). Beaucoup sont en reconversion professionnelle, ils sont exigeants et soucieux du sens de leur démarche. Ils accompagneront la vision d’Yves-Marie Le Bourdonnec (défendre les races mixtes, le « vrai » bœuf, l’élevage à l’herbe etc.) et porteront sa filière en pleine expansion internationale. Du côté des autres acteurs (éleveurs, réseaux de commercialisation, restaurants, ateliers de dégustation etc.) notre ambition est aussi de « faire école » et de proposer un accompagnement stratégique et logistique. Oui, on peut encore manger de la viande en 2015 et dans les années à venir, en respectant l’animal, en comprenant notre culture gastronomique, et en respectant notre environnement. Oui, on peut se lancer dans l’élevage ou la boucherie en trouvant des débouchés et des consommateurs !

 

Qui est donc Yves-Marie Le Bourdonnec ?

 

Lire ICI

 

L’Yves-Marie il ne plaît pas à tout le monde, j’aime ça.

 

Vers 11 heures je suis à pied d’œuvre, c’est jour de livraison des carcasses alors c’est la ruche. et je vous livre mes premières photos.

« Il n’y a pas de viande heureuse » affirme L214 «le veganisme est un anthropocentrisme» répond Raphaël Enthoven on en trouve chez Yves-Marie Le Bourdonnec
« Il n’y a pas de viande heureuse » affirme L214 «le veganisme est un anthropocentrisme» répond Raphaël Enthoven on en trouve chez Yves-Marie Le Bourdonnec
« Il n’y a pas de viande heureuse » affirme L214 «le veganisme est un anthropocentrisme» répond Raphaël Enthoven on en trouve chez Yves-Marie Le Bourdonnec
« Il n’y a pas de viande heureuse » affirme L214 «le veganisme est un anthropocentrisme» répond Raphaël Enthoven on en trouve chez Yves-Marie Le Bourdonnec
« Il n’y a pas de viande heureuse » affirme L214 «le veganisme est un anthropocentrisme» répond Raphaël Enthoven on en trouve chez Yves-Marie Le Bourdonnec
« Il n’y a pas de viande heureuse » affirme L214 «le veganisme est un anthropocentrisme» répond Raphaël Enthoven on en trouve chez Yves-Marie Le Bourdonnec
« Il n’y a pas de viande heureuse » affirme L214 «le veganisme est un anthropocentrisme» répond Raphaël Enthoven on en trouve chez Yves-Marie Le Bourdonnec
« Il n’y a pas de viande heureuse » affirme L214 «le veganisme est un anthropocentrisme» répond Raphaël Enthoven on en trouve chez Yves-Marie Le Bourdonnec
« Il n’y a pas de viande heureuse » affirme L214 «le veganisme est un anthropocentrisme» répond Raphaël Enthoven on en trouve chez Yves-Marie Le Bourdonnec
« Il n’y a pas de viande heureuse » affirme L214 «le veganisme est un anthropocentrisme» répond Raphaël Enthoven on en trouve chez Yves-Marie Le Bourdonnec
« Il n’y a pas de viande heureuse » affirme L214 «le veganisme est un anthropocentrisme» répond Raphaël Enthoven on en trouve chez Yves-Marie Le Bourdonnec
« Il n’y a pas de viande heureuse » affirme L214 «le veganisme est un anthropocentrisme» répond Raphaël Enthoven on en trouve chez Yves-Marie Le Bourdonnec
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« Il n’y a pas de viande heureuse » affirme L214 «le veganisme est un anthropocentrisme» répond Raphaël Enthoven on en trouve chez Yves-Marie Le Bourdonnec
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6 juillet 2016 3 06 /07 /juillet /2016 06:00
Le tri sélectif selon SIQOCERT ou l’art de la sanction et de l’exclusion en mode bourguignon…

Au temps d’un Ministre de l’Agriculture aujourd’hui candidat à la Primaire de la Droite, le président de l’INAO, Michel Prugue m’avait sollicité pour que je participe à un audit interne du système d’habilitation des vins d’AOC mis en place par la réforme.

 

En dépit de mon peu de goût pour ce genre d’exercice j’acceptai.

 

Lors du premier entretien avec les responsables de l’INAO je posai la question : pourquoi toute cette machinerie complexe et coûteuse ? Pour rassurer nos clients sur la qualité de nos vins ?

 

Leurs réponses me laissèrent pantois : toute cette tuyauterie résultait d’un enchevêtrement de motivations strictement administratives sans réelle portée économique et commerciale.

 

Et maintenant la machine à éliminer les déchets tourne à plein sur elle-même, dans des conditions qui diffèrent d’une région à l’autre.

 

La bureaucratie comme toujours se nourrit de sa propre substance, il y va de sa survie. Nous avons l’art de nous lester de boulets aux pieds pour mieux rouscailler contre la prolifération des contraintes.

 

Le paradoxe c’est que le système mis en place l’est avec la caution des dirigeants professionnels et que son fonctionnement reçoit une approbation sans faille de leur part.

 

La mécanique est infernale car elle permet à l’ensemble des géniteurs du système le Ministère, l’INAO, le CAC, les ODG… de se retrancher derrière un ponce-pilatisme bien commode.

 

C’est la faute du système chante le chœur sauf qu’ils sont qu nous sommes tous le système.

 

L’exemple de l’usine à gaz expédiée aux vignerons par SIQOCERT : 2 schémas qui résument 3 pages de laïus expliquant comment fonctionne le contrôle avec au cas où le vigneron n’aurait pu comprendre, par ce que ce n’est pas compréhensible, il y a 5 liens http:// www. pour les infos et les éclaircissements complémentaires.

 

Reprenez votre respiration : l’adage de Boileau ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément n’est pas inscrit au frontispice de SIQOCERT.

 

La mise en schéma du texte pour éclairer le lecteur produit l’effet contraire 18 flèches et 2 accolades pour la dégustation, 9 flèches et 4 accolades pour l’inscription, est la démonstration de la complexité du système.

 

Laissons de côté l’orthographe des rédacteurs du texte, elle n’est qu’un signe supplémentaire de la désinvolture de ceux qui se considèrent comme le bras armé de la vertu.

 

En effet, toute cette bouillie pour chats débouche écrit en rouge sur 1 SANCTION.

 

Au piquet, punition, bonnet d’âne, encre rouge dans la marge, mais nous ne sommes pas à l’école mais dans la vraie vie et la sanction peut déboucher sur une exécution pure et simple, une mort économique.

 

Le rouge c’est le sang.

 

- Peine ou récompense en relation avec une interdiction ou une injonction, liée à un mérite ou un défaut.

 

Selon Rousseau « la seule sanction qui ait un sens pédagogique est le résultat nécessaire d'un acte, elle en est comme la suite naturelle » (Éduc.1979).

 

- Toute peine ou tout avantage, soit établi par les hommes ou par Dieu, soit résultant du cours naturel des choses et qui sont provoqués par une certaine manière d'agir

 

« Ce ne sont pas sans doute les idées politiques de M. Herriot et de ses collègues radicaux qui nous ont perdus. Mais la morale sans obligation ni sanction qui était la leur » Camus, 1945.

 

Flagellation, autoflagellation, le religieux est toujours sous-jacent dans nos comportements : couvrons certaines têtes de cendres pour bien prouver qu’ils sont les pécheurs exclus de la pureté et la sainteté de notre Grande Église.

 

Je vous laisse à la lecture de l’œuvre de SIQOCERT.

 

À vous de juger, d’apprécier et éventuellement de comprendre.

 

Clicquez sur les images pour une meilleure lisibilité...

Le tri sélectif selon SIQOCERT ou l’art de la sanction et de l’exclusion en mode bourguignon…
Le tri sélectif selon SIQOCERT ou l’art de la sanction et de l’exclusion en mode bourguignon…
Le tri sélectif selon SIQOCERT ou l’art de la sanction et de l’exclusion en mode bourguignon…
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Le tri sélectif selon SIQOCERT ou l’art de la sanction et de l’exclusion en mode bourguignon…
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5 juillet 2016 2 05 /07 /juillet /2016 06:00
Clos Bourguignon ça n’est pas du Isabelle Saporta ça navigue plutôt entre Gala et Capital…

Imaginez l’Isabelle Saporta invitée au salon Livres en Vignes pendant lequel se déroule « Le chapitre de l’équinoxe, de la plume et du vin » se terminant par un dîner fastueux et festif organisé par la Confrérie des Chevaliers du Tastevin où « Frairies, esbatements et réjouissances » se succèdent dans un joyeux tumulte.

 

Assise à la table d’honneur au milieu de messieurs en smokings désuets et de dames permanentées en robe de soirée, elle se fait passer une avoinée, disons par un Louis-Fabrice Latour ou par son successeur à la tête du négoce bourguignon le sémillant Frédéric Drouhin, « Votre article est un tissu de mensonges et d’approximations madame S. Il ne vous vient jamais à l’idée de vérifier vos informations…»

 

Suit une passe d’armes vinaigrée… et la donzelle de répliquer avec une certaine emphase :

 

- Si mon article vous a déplu, vous m’en voyez navrée… Mais la liberté d’expression est le dernier pré carré de l’indépendance de la presse.

 

Railleur, l’outragé lance un dernier scud :

 

- Liberté d’expression ? C’est une blague ? Il suffit d’acheter une pleine page de pub dans votre torchon pour changer un pamphlet en dithyrambe !

 

La madame lui balance une leçon de morale :

 

- Vous pensez que votre argent vous immunise contre la vérité, c’est ça votre problème !

 

Et notre grand négociant de se lever et de se retirer de la salle de réception de l’ancienne abbaye de Cîteaux à la manière d’un quelconque politicien en pétard se tirant d’un plateau de télévision « Ce que je pense ne regarde que moi et votre vérité ne vaut pas la salive que j’use à poursuivre cette conversation ! Je vous souhaite à tous une excellente fin de soirée ! »

 

STOP !

 

NON CRÉDIBLE

 

Où est-ce qu’il a vu jouer cela ce cher Corbeyran ?

 

Scénario absolument invraisemblable en l’establishment bourguignon : le dénommé Jean-Michel Froideval héritier de la puissante maison de négoce Froideval n’est pas raccord avec qui que ce soit de connu.

 

De plus, jamais au grand jamais, un grand négociant bourguignon ne se commettrait ainsi à interpeler une journaliste et, même s’il pensait tout au fond de lui-même qu’une bonne page de pub chez Butane&Degaz ou chez le père Denis dont la belle-mère ne boit que du Bordeaux pourrait lui valoir un beau papier de De Ruines ou d’un pigiste de la vieille dame permanentée, il offrirait à l’impertinente dame, au mieux une belle dose de silence teintée de mépris, au pire une touche d’ironie.

 

Quant à la Géraldine Leroy-Barreyre (ces noms à tiret me font toujours penser à Roux&Combaluzier), copie people de la journaliste d’investigation « au palais désastreux et à la langue de vipère, dont l’incompétence n’a d’égale que son étroitesse d’esprit » je n’ai aucun souvenir d’en avoir croisé une dans le magasin des journalistes du vin. Afin de ne pas m’attirer les foudres des féministes je ne ferai aucun commentaire sur la profondeur de son décolleté, ni sur le beau dénudé de son dos à la Mireille Darc.

 

Bref, la BD de Corbeyran Clos de Bourgogne Le Monopole part sur des bases bien incertaines mais, comme je suis respectueux de la créativité de l’auteur, je ne vais pas m’en tenir là.

 

 

L’intrigue est bien ficelée : « Paul Bernodet décide de vendre son domaine, le Clos du Pré, et demande à la jeune journaliste d’élucider la mort de Hélène Janson, une amie disparue trente ans plus tôt dans un accident de voiture. Froideval et Bernodet étaient tous les deux amis et proches de la jeune femme. Depuis ils se détestent et en sous-main Froideval tente de racheter les vignes de Bernodet. Mais qu’est ce qui pousse Bernodet à vendre ? Géraldine a en fait deux affaires à résoudre. »

 

Le trait de Ruitzge est net et précis.

 

Je suis allé au bout sans grand effort mais je ne partage pas l’opinion d’un critique pour qui « La Bourgogne et les caractéristiques de cette région viticole apparaissent en toile de fond dans ce récit bien ficelé qui explore le passé de Paul Bernodet. Se basant sur des faits qui pourraient être authentiques, Éric Corbeyran signe une histoire mêlant habilement drame, suspens et tensions. De quoi tenir en haleine les lecteurs. »

 

Non c’est une Bourgogne de carte-postale glamour qui nous est présentée, sans doute existe-t-elle mais elle n’est que le dessus d’un grand panier où la complexité des situations familiales et sociales sort de cette image d’Epinal.

 

Tout le monde ne peut avoir le génie d’un Pétillon pour saisir avec humour et férocité la réalité d’un pays.

 

Sur ce lien vous découvrirez quelques planches de la BD.

 

Cette histoire d’amour, de haine, de trahison, de transmission, touche par instant, surtout dans sa chute, à une réelle humanité, elle se feuillette facilement sans pour autant laisser un grand souvenir. C'est un peu court en bouche comme le diraient les grands dégustateurs patentés.

 

J’ai beaucoup apprécié le portrait du courtier Julien Merzereau, sa grosse berline allemande noire, son rôle pas très reluisant et, comme de bien entendu sa fonction de carpette sur laquelle l’impérieux Froideval s’essuie les pieds :

 

« Je m’en moque ! Débrouille-toi pour m’obtenir le domaine ! Si tu échoues je me passerai de tes services ! »

 

Dallas quoi, son univers impitoyable…

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4 juillet 2016 1 04 /07 /juillet /2016 06:00
Lettre de notre vigneronne Catherine Bernard héritière de Bernard Lambert le paysan-travailleur « la terre à ceux qui la travaillent »

Bernard Lambert fait partie de ceux qui ont compté dans ma « fabrication »

 

Le 25 juillet 2011 j’écrivais :

 

Je me souviens de Bernard Lambert, ce fils de métayer, sa Gitane maïs aux lèvres, son charisme échevelé et envahissant, son slogan «le Crédit Agricole paiera !», les poulets de mon frère Alain capté à sa SICA-SAVA de Challans, son bouquin au Seuil «Les Paysans dans la lutte des classes» 1970 préfacé par un certain Michel Rocard du PSU, c’était le temps de Secours Rouge, des réunions enfumées, de la vérité au fond des verres, la Vendée agricole qui basculait, se défigurait, prenait le seul chemin qu’on lui offrait...

 

Gordon Wright qui s’est penché sur l’histoire de la France contemporaine et écrit un livre majeur « La Révolution rurale en France » en 1964, décrit le contexte dans lequel Lambert s’est construit :

 

Teillé : tradition féodale et révolution paysanne

 

« Le village de Teillé se trouve dans les marges méridionales de la Bretagne, dans l’agréable région de pâtures voisine de Nantes. Le receveur des P.T.T, avec un rien de fierté, montre le chemin de la ferme de Bernard Lambert, un des plus jeunes députés du Parlement français.

 

C’est une région où la féodalité, bien qu’officiellement morte en 1789, a survécu en esprit et dans les mœurs jusqu’à nos jours. Une grande partie des terres était exploitée en métayage jusqu’en 1945 ; les propriétaires pouvaient venir faire un tour sans prévenir pour surveiller la moisson, regarder ce qui se préparait en cuisine, prendre dans la basse-cour un poulet pour l’emporter. Certains parmi les plus vieux paysans continuent à saluer en se courbant lors d’une telle visite et s’adressent au propriétaire en l’appelant « Monsieur notr’maître ». Bernard Lambert rapporte qu’en 1938 son père, un métayer, avait gagné une radio dans une tombola – la première qu’on eût vue à Teillé, qui l’admiration et l’enchantement de tout le village. Deux jours après, le propriétaire se présentait : « Lambert, vous me devez de l’argent ; pas de luxe chez vous tant que vous avez des dettes. Je vais prendre la radio et je la créditerai à votre compte. » « Un bon moyen de faires des communistes », fait sèchement remarquer le jeune Lambert.

 

La suite ICI 

 

 

Cher tous,

 

La cave achevée, moins un cyprès et un micocoulier, je vous ai cette année écrit un petit discours. Je vais vous le lire et vous l’enverrai avec le PV de l’AG.

 

J’ai trouvé que je vous le devais et qu’il était bien qu’il reste une trace écrite des choses. Et lorsque les choses sont le fondement de ce qui nous anime, elles méritent aussi de prendre corps et forme avec les mots.

 

Ce petit discours est une manière de vous remercier de votre confiance, de votre soutien, de votre engagement, et aussi de partager avec vous quelques idéaux bien que l’on n’ose plus les énoncer que du bout de la langue.

 

Un jour, Harry, l’un de nous qui n’est pas là aujourd’hui, m’a dit : « Mais pourquoi t’es-tu embêtée avec un truc aussi lourd, avec autant de paperasses, et beaucoup d’argent laissé à un système ? » D’autres, pas du GFA, m’ont aussi suggéré des voies, dirons-nous plus souples, du genre crowdfunding. Je résume : des tiers financent un investissement précis, en échange de quoi ils reçoivent du vin et une reconnaissance temporelle de la vigneronne, puis l’investissement réalisé, basta, chacun sa route.

 

Ce n’est pas ce que j’ai choisi. J’ai effectivement opté pour un vieil outil juridique, lourd, qui passe solennellement devant le notaire et le greffe du tribunal de commerce. Les GFA sont entrés dans le code rural en 1970 pour faciliter la transmission des exploitations familiales en favorisant la transmission de parts plutôt que du patrimoine. Dit autrement, c’est la parade que l’on a trouvée au tragique droit d’aînesse qui a fait des générations de « pas à leur place », « de mal dans leur peau », d’amers contrariés. C’était aussi l’une des tentatives de l’Etat pour favoriser l'investissement dans l'agriculture ainsi que d'éviter l'émiettement des exploitations. On notera qu’avec les pratiques culturales elles-mêmes, l’urbanisation et la financiarisation sont les principales menaces qui obstruent aujourd’hui le ciel de l’agriculture. Depuis, les GFA sont les piliers silencieux mais efficaces de l’agriculture. L’immense majorité sont familiaux car la terre est encore une histoire de sang.

 

Le plus grand, le plus célèbre, et peut-être le plus proche de l’idéal des GFA est celui du Larzac. Il a été constitué trois ans après leur inscription dans la loi, comme s’il avait été créé pour cette cause. Il s’agissait alors d’un acte de résistance face aux achats à l’amiable de l’armée ou à l’expropriation. Bernard Lambert, le fondateur des Paysans Travailleurs, eux-mêmes ancêtres de la Confédération paysanne - il se trouve être natif du pays nantais-, y voyait un « laboratoire du foncier ». Entre la propriété foncière individuelle et les kolkhozes et sovkhozes soviétiques, le GFA est la traduction philosophique d’une conciliation, en l’espèce de l’individuel et du collectif. Et, peut-être en héritière de Bernard Lambert et de l’anarcho-syndicalisme qui a éclos en Loire-Atlantique, cette conjugaison de l’individuel et du collectif, l’un n’existant pas à l’exclusion de l’autre mais au contraire s’aidant l’un l’autre, me convient philosophiquement. Je crois profondément que toute action est et doit être la traduction au plus juste de la pensée.

 

Je vais aller encore plus au cœur de la pensée, à ce qui nous réunit aujourd’hui. Vous savez tous que je ne suis pas venue dans les vignes pour faire du vin. Je suis venue dans les vignes pour les vignes, ou plus exactement pour la terre, et plus probablement encore pour accepter de me soumettre afin de vivre libre. Néanmoins, travaillant les vignes, il me fallut bien faire du vin. C’est alors que j’ai compris que le vin était ce que je devais aux vignes et que dès lors il devait être bon. Car la vigne et le vin, et c’est là que le GFA prend tout son sens, sont les témoins de notre inscription dans le temps qu’il fait, c’est-à-dire le présent, et le temps qui passe, c’est-à-dire le passé et l’avenir.

 

Je vais reprendre cette expression dont j’ai découvert très récemment qu’elle puisait son origine dans la Bible. Plus que n’importe quelle autre culture, parce qu’elle est pérenne et nous survit, la vigne nous donne des racines et le vin des ailes. Le GFA est pour moi une manière de partager et transmettre cette inscription dans le temps et dans l’espace, de vivre une aventure individuelle et collective. Et parce que ses parts sont transmissibles entre les générations, au moins dans le principe, il nous permet de faire notre part d’humanité sur terre et pour la terre. Au nom de quoi je veux bien m’encombrer et vous encombrer de paperasses. Le GFA Larzac perdure à ce jour. Je nous souhaite également longue vie.

 

Catherine Bernard

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