Vin & Cie, en bonne compagnie et en toute liberté ...
Extension du domaine du vin ...
Chaque jour, avec votre petit déjeuner, sur cet espace de liberté, une plume libre s'essaie à la pertinence et à l'impertinence pour créer ou recréer des liens entre ceux qui pensent que c'est autour de la Table où l'on partage le pain, le vin et le reste pour " un peu de douceur, de convivialité, de plaisir partagé, dans ce monde de brutes ... "
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Bonne journée à tous, ceux qui ne font que passer comme ceux qui me lisent depuis l'origine de ce blog.
Si je suis revenu me remettre les mains dans le cambouis de la « politique » en 1988 pour retravailler avec Michel Rocard, alors que j’étais Directeur à la SVF alors filiale du groupe Pernod-Ricard, c’est sur l’insistance de Jean Pinchon.
Au téléphone il me dit « Ne jouez pas au con, votre place est au 78 rue de Varenne… »
La suite de la conversation d’ordre privé touchait à une question d’importance : n’étant pas fonctionnaire, qui allait me rémunérer.
Si j’évoque Jean Pinchon c’est que dans son panthéon personnel Jacques Poly y occupait une place de choix, même la première sans doute.
Dans ses Mémoires d’un paysan (1925-2009) Jean Pinchon raconte alors qu’il vient d’être nommé Directeur du cabinet d’Edgar Faure Ministre de l’Agriculture :
« … dès que le Ministre prend ses fonctions, je m’installe avec lui rue de Varenne et, dans une atmosphère sympathique, je l’aide à constituer un cabinet qui durant longtemps, passera pour un modèle de solidité et d’efficacité. Spontanément, je m’entoure d’anciens camarades de l’Agro qui m’ont marqué par leur intelligence leur indépendance d’esprit, leur rigueur.
Je sollicite d’abord Jacques Poly, le major d’entrée et de sortie de ma promotion, généticien de grande valeur et futur président de l’INRA qui lisait L’Humanité quand nous étions étudiants et qui est resté un homme de gauche.
Quand je l’appelle, il réagit vivement : « Mais enfin, Jean, qu’est-ce que tu veux que j’aille faire dans un gouvernement de droite ? » J’insiste : « Jacques, il ne s’agit pas de droite ou de gauche ; il s’agit de se battre pour aider l’agriculture française à se moderniser à l’heure du Marché Commun. J’ai besoin de toi ; sans toi je ne peux mener mon travail à bien. Tu viens, sinon je ne peux pas rester ! »
Le site de l’INRA vient de mettre en ligne :
Dans mes fonctions j’ai bien sûr côtoyé Jacques Poly, l’homme était simple, sympathique, d’abord facile, jouant de son côté bourru pour faire passer des convictions qu’il avait bien ancré. Il aimait par-dessus tout relever les défis d’une vraie controverse.
Figure emblématique et homme de conviction, le premier président-directeur général de l’Inra a fait entrer l’agriculture française dans l’ère de la modernité et de l’efficacité.
« Il ne fait jamais avoir raison trop tôt... ni tout seul. »
Ce qui n’était qu’un trait d’esprit pour divertir ses collaborateurs résume parfaitement la carrière et la philosophie de Jacques Poly.
Né le 23 mars 1927 à Chapelle-Voland (39), ce Jurassien gardera de sa jeunesse rurale l’amour de la nature et de la forêt, mais aussi le sens concret des réalités agricoles. Jacques Poly entre à 19 ans à l’Institut national agronomique à Paris (INA, aujourd’hui AgroParisTech) et en sort major de sa promotion en 1948. Alors que toutes les prestigieuses carrières administratives lui sont ouvertes, comme le génie rural ou les eaux et forêts, il choisit la voie incertaine et peu rémunératrice de la recherche agronomique à l’Institut national de la recherche agronomique (Inra), qui vient tout juste d’être créé.
Confirmant son caractère audacieux, Jacques Poly opte, à la fin de son année de spécialisation, pour la discipline naissante de la génétique animale. En 1949, lors d’un congrès à Copenhague, Jacques Poly découvre le testage des taureaux d’insémination artificielle pour l’amélioration des bovins laitiers, d’une manière inédite et résolument scientifique. Commence alors sa croisade pour faire évoluer les pratiques de sélection en France, jusqu’alors dominées par des pratiques subjectives, les ventes de taureaux s’apparentant plus à des concours de beauté qu’à des choix rationnels sur les performances objectives des animaux.
De l’Inra au ministère de l’Agriculture…
De scientifique, sa carrière prend un tour plus politique en 1965 lorsqu’il est appelé au cabinet d’Edgar Faure (ministre de l’Agriculture) comme chercheur délégué pour préparer et faire aboutir une loi qui doit permettre à l’élevage français de rattraper son retard par rapport à ses partenaires européens. La moyenne de production des vaches contrôlées s’élevait alors à 2 600 kilogrammes en France, contre 4 000 aux Pays-Bas. La loi sur l’élevage du 31 décembre 1966 prévoit les structures nécessaires pour faire progresser rapidement le niveau génétique du cheptel français. Le choix des reproducteurs ne sera plus fondé sur leur apparence mais sur une évaluation objective des animaux. Se met en place une organisation de la sélection animale unique au monde : tout ce qui est pesé, mesuré, quantifié sur les animaux domestiques est centralisé à l’Inra pour une interprétation au service des éleveurs.
Cette période ministérielle passée, celui qui aimait bien citer Paul Valéry et son fameux « n’entrons pas dans l’avenir à reculons » reprend en 1971 du service en génétique animale à l’Inra. Il veillera entre autres à l’application de la loi sur l’élevage en matière d’identification des cheptels, à l’instrumentation informatique du traitement des données, ou encore à l’impulsion de l’exportation des reproducteurs des races françaises, désormais parvenues au meilleur niveau.
Figure paternaliste, Jacques Poly prend aussi le temps de connaître intimement cette désormais grande maison, tant ses hommes (plus de 6 000 personnes en 1972) que ses recherches, à lire des milliers de pages de dossiers de chercheurs lors des concours de promotion, à visiter tous les sites d’implantation de l’Inra.
De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace
Visionnaire et engagé, Jacques Poly publie en juillet 1978 un rapport fameux intitulé « Pour une agriculture plus économe et plus autonome », qu’il ouvre avec ces mots : « Notre agriculture se révèle quelque peu essoufflée à la suite d’une longue course à la productivité […]. La société est de plus en plus vigilante vis-à-vis des problèmes de pollution ou de nuisances […]. Les pratiques agricoles de demain auront certes à se préoccuper davantage de la préservation de nos ressources naturelles et d’un environnement rural agréable et harmonieux. »
L’audace paiera une fois de plus. Quelques jours après la publication de son rapport, Jacques Poly est nommé directeur général de l’Inra puis, en 1980, premier président-directeur général de l’institut. Il le restera jusqu’en 1988. Sous son influence, l’Inra investit le créneau des biotechnologies et devient l’un des tout premiers centres de recherche agronomique au monde.
Celui qui était fier d’avoir visité plus de 2 000 exploitations agricoles décède à Paris le 20 novembre 1997 des suites d’une longue maladie.
Témoignage Sept flashs sur Jacques Poly et une époque de certitude… (De 1950 à 1995).
Figure emblématique et homme de conviction, le premier président-directeur général de l'Inra a fait entrer l'agriculture française dans l'ère de la modernité et de l'efficacité. " Il ne fau...
Je ne lisais plus Charlie-Hebdo même si j’appréciais certaines de ses plumes et crayons.
Auditeur de France Inter j’y avais découvert Bernard Maris, un non économiste, plein d’humour, de culture, un rêveur diront certains, une voix singulière qui dérangeait, ça donnait de l’air dans un univers économique bien convenu.
Si ça vous dit de découvrir sa conception de l’économie lisez : Bernard Maris expliqué à ceux qui ne comprennent rien à l’économie de Gilles Raveaud éditions les Échappés.
De ce livre je ne vous livrerai rien sauf cette citation tiré du chapitre : Le rose, ça trompe énormément.
« Maris considère qu’être socialiste c’est d’abord s’inscrire dans l’histoire, celle de la guerre d’Espagne, si proche de sa région natale (ndlr. Muret), et de la Résistance, à laquelle son père a activement participé (…) Mais l’adhésion au socialisme crée un « grand malentendu » chez le jeune Bernard, qu’il exprime ainsi : « Je croyais être du côté des socialistes et j’étais éternellement du côté des vaincus, des victimes, des faibles, des persécutés, des humiliés, des battus qui s’étaient bien battus. » donc, il s’agit là, selon lui, d’une erreur considérable. Tout d’abord parce que, ce faisant, on confond un système social et une position compassionnelle. Or rien de plus partagé que la compassion, « avec la méchanceté, la gourmandise et le mal de dos ». De plus, « il s’agit d’aider les pauvres, alors les socialistes ont perdu. Car rien de tel que le capitalisme pour enrichir les pauvres ». C’est même d’ailleurs sa seule promesse : l’enrichissement.
Il y a un second malentendu : si Maris fut socialiste, c’est d’abord parce qu’il était « farouchement anticommuniste ». C’est d’ailleurs ce qu’on lui avait appris à la section SFIO de Muret, qui recelait nombre de républicains espagnols, socialistes, poumistes, anarchistes, et pour qui les pires ennemis de socialistes étaient les communistes. Maris reproche en effet aux communistes « Cronstadt, Makhno (les anars liquidés), Katyn (les officiers polonais liquidés), Barcelone (Andres Nin et le Poum liquidés), Budapest, Prague, Mai 68, l’invasion de la Tchécoslovaquie, de l’Afghanistan, le Goulag… »
Je n’ai pas la même origine, ni le même parcours que Bernard Maris, mais sur tous ces points nous étions en accord même si j’estimais que le bon oncle, fin analyste, restait bien peu prolixe lorsqu’il s’agissait d’énoncer des solutions.
Mais l’heure n’est plus aujourd’hui au débat mais à la mémoire et j’ai découvert dans les pages du Monde du 04.01.2016 un texte d’Ariane Chemin qui répond parfaitement à cette exigence :
« Charlie Hebdo » : le chemin des larmes d’un sous-préfet
Je le reproduis intégralement car vous n’êtes pas tous abonnés au Monde.
Les 15 et 16 janvier 2015, en moins de 48 heures, Michel Bernard, le sous-préfet de la Marne, a prononcé l’éloge funèbre de son ami Bernard Maris, et organisé les obsèques nocturnes de l’assassin de ce dernier, Saïd Kouachi.
Monsieur le sous-préfet de la Marne va chercher l’agenda à son secrétariat et l’ouvre à la semaine du 12 janvier 2015. Celle qui suit les tueries de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher. D’ordinaire, la mi-janvier sonne le temps des vœux pour la République : uniformes, visites aux corps constitués et tralala protocolaire. Dans ce journal de bord strictement professionnel, Michel Bernard ne consigne pas en principe ses activités personnelles. Mais en ce début d’année, l’ordonnancement des jours explose. Tout s’affole, tout s’emmêle. Dans la colonne du jeudi 15, à 11 h 30, il est noté : « Obsèques Bernard Maris ». Le vendredi 16 après-midi, en revanche, après les vœux au tribunal de commerce, aux prud’hommes, au tribunal de grande instance, le crayon à papier n’a pas signalé ce rendez-vous fixé in extremis à 14 h 30, à la sous-préfecture : une réunion pour préparer l’inhumation du Rémois Saïd Kouachi à la dérobée et à la nuit tombée. « Voyez, je ne me souvenais pas que c’était si rapproché, dit le sous-préfet en refermant le gros cahier, que tout s’était passé en moins de deux jours. »
Lunettes cerclées d’intello, crâne chauve et corps sec de cycliste chevronné, le haut fonctionnaire a hésité avant d’abandonner sa réserve pour raconter cette collision vertigineuse qui a fait saigner son cœur et sa République : la mort de son cher ami Bernard Maris, auquel il a rendu hommage en Haute-Garonne ; les obsèques de son assassin, qu’il a supervisées en personne à Reims. Metz, Saint-Dizier, Charleville-Mézières, Bar-le-Duc… Hormis quelques allers-retours parisiens, notamment pour préparer la loi de prévention de la délinquance au ministère de l’intérieur, en 2007, cet énarque diplômé de philosophie n’a jamais quitté longtemps les collines inspirées de l’est de la France, où il est né il y a cinquante-sept ans. Il se passionne depuis toujours pour les traces que la Grande Guerre a semées dans le paysage et l’imaginaire – Le Corps de la France, claque le titre de l’un de ses ouvrages. Ce mélomane raffole des chansons gaies et insouciantes de Charles Trenet mais son esprit n’oublie pas les champs de bataille et les ossuaires : sans doute ce qui lui permet de réfléchir si bien à ce qui s’est joué en moins de quarante-huit heures, les 15 et 16 janvier 2015.
Tout dans la somptueuse sous-préfecture respire le temps solennel de l’embaumement et de l’histoire. Ces phrases de la Déclaration universelle des droits de l’homme que Michel Bernard a fait dessiner sur le verre dépoli des isoloirs où sont reçus les candidats à la naturalisation française. Ce bureau aussi, face à la place Royale, « la chambre où a dormi le chancelier Adenauer le 7 juillet 1962 », à la veille de sa rencontre avec le général de Gaulle, pour sceller la réconciliation franco-allemande. Le 7 janvier 2015, le sous-préfet y travaille en écoutant France Musique, lorsqu’il apprend qu’il se passe « un truc grave » à Paris. « Tout s’est mêlé, la catastrophe politique, sociale, ce trou béant dans l’actualité, et les souvenirs de mon ami, avec un sentiment d’irréalité. Je me suis dit : c’est quand même incroyable que Bernard se fasse descendre alors qu’il était enfin content du titre de son prochain livre, Et si on aimait la France – sans point d’interrogation. Le soir, tout s’est mis en place, j’ai compris qu’il n’y avait pas de coïncidence. »
L’ombre tutélaire qui, de manière posthume, a forcé l’amitié entre les deux hommes, c’est Maurice Genevoix. Genevoix, le gardien des « poilus » de la « der des der » auquel le sous-préfet voue depuis toujours un culte. Genevoix, dont l’économiste avait épousé Sylvie, sa fille productrice, éditrice et écrivain – son grand chagrin, quand elle meurt en 2012. Un amour si grand que Maris avait embrassé l’aventure de la famille entière, consacrant un livre à l’académicien oublié, portant à son doigt la chevalière offerte au jeune normalien par son école à l’issue de la guerre… Il cherchait aussi, à l’approche du centenaire du premier conflit mondial, comment sortir son beau-père de l’oubli et du mépris : certains intellos ne voyaient en lui qu’un bourgeois et un « écrivain pour mulots ». En 2007, le sous-préfet publie à la Table ronde La Tranchée de Calonne, où Genevoix fut grièvement blessé en avril 1915. Le livre séduit le couple Genevoix-Maris, qui invite son auteur dans un petit restaurant parisien. « Ils étaient arrivés à scooter, raconte le sous-préfet, elle, de cette beauté indépassable des femmes qui sont à la fois belles et intelligentes, lui, dont, honte à moi, je n’avais jamais entendu parler. J’avais trouvé cet inconnu formidable. » L’un est un enfant de l’Est, l’autre du Sud-Ouest. Un croyant et un agnostique. Un homme de devoirs et un ex-soixante-huitard libertaire, mais deux « patriotes », amoureux de la province et somme toute des mêmes livres : « Dans Ceux de 14, ce sont les scènes d’intimité de Genevoix qui me bouleversent. Bernard, c’étaient les scènes de combat, par nostalgie de l’héroïsme : un trait de sa génération, il était né en 1946 et avait fait Mai 68. »
Ce 10 décembre 2014, lorsque les deux copains se retrouvent pour déjeuner à Reims, ils parlent chacun leur prochain ouvrage. Le sous-préfet doit publier le 8 janvier 2015 Les Forêts de Ravel, où il explique que « l’énorme concerto du front » de 1914 n’a jamais cessé de résonner pour le compositeur-ambulancier de Verdun. « Je le chroniquerai dans Charlie. Ce n’est pas du tout le genre de la maison, mais je m’en fous, ça les changera », rit comme à chaque fois Bernard Maris. Lui, de son côté, a du mal à terminer le sien. Il s’inquiète pour la France, dont les capacités d’intégration s’essoufflent, et du coup pour son livre, qui manque d’optimisme. « Tous les deux mois, je vois des gens en train de devenir français, tu peux pas savoir comme c’est réconfortant, c’est l’oxygène du pays », lui répète régulièrement son ami. C’est la raison du voyage de Bernard Maris à Reims.
Dès le café avalé, il accompagne le sous-préfet en uniforme dans la salle basse de la crypte du palais du Tau adossé à la cathédrale où se tient la cérémonie de remises des décrets de naturalisation. « Nous ne sommes pas dans la sous-préfecture, mais nous sommes dans un bâtiment de l’Etat, un palais prestigieux où après leur sacre les rois de France recevaient les vassaux qui leur prêtaient serment, explique le sous-préfet à l’assistance d’une soixantaine de personnes. C’était le signe de l’unité du roi et du royaume, c’est un peu ce qu’on fait à notre petite échelle : vous reconnaissez la France et la France vous reconnaît. » Sous la voûte à l’acoustique merveilleuse, Bernard Maris avait chanté La Marseillaise à l’unisson des familles. « Les tranchées, Genevoix… Ça sonnait pour lui mieux que pour personne », dit le sous-préfet. Au milieu des porte-drapeaux et des médaillés en tout genre, Légions d’honneur, ordre national du mérite, réquisitionnés pour l’ambiance, les selfies et les photos de groupe à envoyer au pays, il avait levé son verre. « Bernard était enchanté. Il en aurait fait une scène de son livre, peut-être même la dernière s’il avait eu le temps… »
Le temps a manqué. Le 7 janvier, deux Français, nés à Paris au début des années 1980 de parents algériens, lancent l’assaut contre Charlie Hebdo, ils arrosent la salle de rédaction de leurs fusils d’assaut. « Oncle Bernard » est parmi les victimes. Le 14 janvier à 16 h 45, c’est consigné dans le grand agenda, Michel Bernard atterrit à Toulouse pour assister aux obsèques de son ami, qui se tiennent le lendemain en la chapelle Notre-Dame de Roqueville, au bord du canal du Midi. « Tu n’avais pas imaginé que tu mourrais ainsi, tué par une arme de guerre et des fanatiques qui haïssent ce que tu incarnais, déclame Michel Bernard dans l’église. Tu n’aurais pas imaginé cette fin, celle d’un combattant désarmé. Tu pensais, à 68 ans, que la vertu du sacrifice en toi resterait inemployée, alors tu parlais de ton grand-père, ancien combattant de la Grande Guerre, tu parlais de ton père, résistant valeureux de 1940-1945. Tu es maintenant tout étonné d’être à côté d’eux, avec des blessures de guerre dans ton corps. »
C’est « vers midi » le lendemain 16 janvier, à son retour à Reims, qu’il reçoit le coup de fil de son supérieur, le préfet de la Marne : « Michel, il faut préparer l’inhumation de Kouachi. Bien, vite, discrètement. » Michel est « effaré ». Les deux frères djihadistes ont été abattus par le GIGN. Le permis d’inhumer a été délivré le mardi 13 janvier. L’aîné résidait dans le quartier de Croix-Rouge, au sud de la ville. Sa femme avait voulu, cinq ans plus tôt, se rapprocher de sa famille de Charleville-Mézières. « Le couple était logé par un bailleur social depuis 2012 », lorsque naît leur fils, raconte Me Antoine Flasaquier, commis d’office après les attentats, dont le récit prend ici opportunément le relais de celui du sous-préfet. Désormais veuve, Mme Kouachi a fait savoir qu’elle souhaitait que Saïd soit inhumé dans la ville.
A la radio, Arnaud Robinet, maire (Les Républicains) de Reims, a protesté : « Qu’ils aillent se faire inhumer là où ils voulaient tant partir ! » Il se reprend un peu plus tard pour expliquer que « l’Etat [l]’a rappelé à [s]es obligations ». Les édiles ne peuvent refuser un corps si le défunt habitait dans la ville, y est mort ou compte dans la cité un caveau familial. Reste à organiser l’enterrement. « En m’appelant, le préfet avait eu cette délicate attention : “Dites-moi si ça vous gêne”, raconte Michel Bernard. Je me dis : je vais faire mon travail. Je pourrais expliquer “parce qu’on est en France”, “parce que je suis chrétien”, mais non, je ne réfléchis pas à ça. Je sais seulement que Bernard m’aurait dit : bien sûr, il faut que tu fasses le boulot. On peut trouver beaucoup de critères pour distinguer le civilisé du barbare, cet enterrement en est un. J’ai eu le sentiment qu’agissait sur moi une éducation. »
Le haut fonctionnaire réunit dans une salle de la sous-préfecture les pompes funèbres musulmanes (celles qui, loin de Reims, et après plusieurs refus concurrents, ont fini par accepter la mission), avec les services de la mairie, la police et la gendarmerie, la sécurité intérieure et, enfin, l’ex-avocat de la veuve de Saïd Kouachi. Celle-ci a accepté de ne pas se rendre à l’inhumation, pour éviter que la tombe, repérée, ne devienne un lieu de pèlerinage. « Un moment délicat, commente sobrement le sous-préfet, dans lequel j’ai pris soin de ne mettre aucun affect. J’ai affaire au corps d’un homme qui est mon ennemi, il a tué un de mes meilleurs amis, mais c’est le corps d’un homme, il doit être traité dignement et il faut que ça se passe bien. » Il ne fera pas d’objection à l’observation des rites, comme le lavage du corps et la prière des morts, avant l’enterrement prévu après minuit.
Ce soir-là, Michel Bernard n’a pas manqué de penser aux milliers de dépouilles allemandes, celles qu’après 1918 les familles voyaient arriver d’un mauvais œil dans les cimetières, « mais devenus aujourd’hui un trait d’union entre les pays, ce que ne sera jamais la tombe de Kouachi », observe le représentant de l’Etat. Les pompes funèbres choisissent de creuser la tombe sans pelleteuse, pour ne pas alerter le voisinage, prolongeant les obsèques jusqu’à 3 heures du matin tant le sol a gelé dans le carré du cimetière que le sous-préfet ne citera jamais : « C’est facile à trouver, je ne veux plus savoir, je ne veux pas le dire », lance-t-il. C’est le seul moment où un haut-le-cœur, vite maîtrisé, crispe son visage et secoue son récit républicain. Comme les « poilus », il n’a mis aucun lyrisme inutile dans le récit objectif de son chemin de larmes. Dans ce précipité contemporain où l’amitié dévastée bouscule la rigueur de l’Etat, le préfet-philosophe ne décèle aucun hasard. « Bernard avait une longue fréquentation d’Homère et une densité rare. Le meurtre a fait de sa vie une tragédie pure, lui donnant un sens qu’il n’attendait pas. »
Entre la Noël et le Gui l’an neuf le champagne coule à flots au sens propre comme sur les pages des médias généraux ou spécialisés, chacun y va de son couplet y compris le bas-bourguignon Dupont qui y plonge son nez affuté.
Et pendant ce temps-là le manant italien Prosecco fait un carton à l’exportation en détrônant le champagne en Grande-Bretagne et en Allemagne.
Et pendant ce temps-là Pour la première fois en un siècle : La France veut étendre le terroir de Champagne lire ICI
Et pendant ce temps-là les maisons de champagne plantent des vignes dans le sud de l’Angleterre Les champagnes Taittinger plantent leurs ceps en Angleterre.
Bousculée par la concurrence et le réchauffement climatique, la maison rémoise explore de nouvelles latitudes pour produire des vins effervescents.
Et pendant ce temps-là les autres AOC effervescentes et les crémants français souffrent d’un déficit d’image et se voient concurrencer par le rouleau compresseur d’OC.
Mais revenons à l’histoire de l’aristocratie champenoise, en notant que certains grands noms ont disparu ou presque : les Vogüé, grand famille française, n’occupent plus la vaste place qui était la leur lorsqu’ils étaient encore administrateurs de Saint-Gobain et propriétaires de Moët et Chandon.
Le petit Bernard est passé par là.
Les comtes de Pracontal, eux aussi, ont vu passer le vorace petit Bernard mais c’était dans le cognac pour accoucher de Moët&Hennessy.
Laissons de côté les scories du passé pour nous intéresser aux Roederer qui font la une de l’actualité : 100% du vignoble Roederer a été cultivé en bio en 2017
« Great achievement by our vineyard team for #harvest17 : 100 % of our vineyards have been organically farmed ! Congrats – JBL »
Voici un post du 31 août publié sur Twitter. Traduction : « Bel accomplissement de nos équipes de vignerons pour la vendange 2017 : 100 % de notre vignoble a été cultivé de façon biologique ! Félicitations », signé Jean-Baptiste Lécaillon, chef de cave et directeur adjoint de Louis-Roederer. »
En 2013, la surface du vignoble Louis Roederer s’étend sur 240 ha composés de 410 parcelles.
« Roederer, la plus ancienne maison du cru, est aussi l’une des plus fortunées. En 1833, Louis Roederer hérite de son oncle. En 1872, sous la direction de son fils, Louis Roederer II, le cap des 2,5 millions de bouteilles vendues est franchi (dont 666 000 en Russie et 390 000 aux USA).
À sa mort, sa sœur Léonie et son beau-frère Jacques Orly prennent la succession. L’affaire fait face à la guerre de 14-18, à la Révolution russe, à la Prohibition américaine, à la crise de 1929. C’est donc une maison très affaiblie que reprend, en 1932, Camille Orly-Roederer, leur fille. Pendant 40 ans, elle s’emploie à la redresser et à la développer. Son petit-fils, Jean-Claude Rouzaud, prend sa suite en 1979. « Œnologue respecté, il met en œuvre une politique de château qui, échappant aux sirènes du marketing, privilégie la qualité sur la quantité. »
Parallèlement, il s’emploie à rassembler autour de la maison de champagne – stratégie que son fils Frédéric poursuit – une constellation de propriétés : de la Californie au champagne Deutz en passant par la maison Delas dans la vallée du Rhône et Ramos Pinto et ses vignobles du Douro au Portugal. Ou encore Domaines Ott en Provence. Châteaux de Pez et de Haut-Beauséjour à Saint-Estèphe et encore, plus récemment Pichon-Longueville comtesse de Lalande à Pauillac et Bernadotte dans le Haut-Médoc. La fortune de la famille qui détient 71% des actions de la société, est évaluée à 450 millions d’euros. »
Extrait / les dynasties du pouvoir de l’argentGabriel Milesi.
108ème du classement Challenges des plus grandes fortunes de France en 2017.
Roederer, une cuvée très design par Jacques Dupont en décembre 2014
« La »nouveauté chez Roederer est signée Philippe Starck. Un désigner de plus pour vendre un flacon traditionnel bien cher ? Pas vraiment. Philippe Starck ne s'est pas contenté de dessiner, il a aussi exigé de participer.
Jean-Baptiste Lecaillon, le chef de cave, nous a raconté comment l'idée de cette cuvée leur est venue : « En 2003, on a isolé sur Cumières des parcelles de pinot noir sur argile froide qui mûrissent extrêmement tard et cette année-là, celle de la canicule, on a eu une réaction à part, un comportement atypique. On a suivi en 2004 et 2005 pour voir comment les vins réagissaient. En 2006, autre année très chaude, réaction identique, particulière, une belle personnalité. » Dans la foulée, Frédéric Rouzaud, le big boss, et Philippe Starck se rencontrent. « Je suis allé le voir car j'aimais bien ce qu'il faisait, surtout sur le plan architectural. Tout de suite, il m'a dit : « Attention ! Je ne veux pas faire une étiquette et basta, si je fais quelque chose, je veux participer à tout... » Quelques années et des dizaines d'essais plus tard, les pinots noirs 2006 de Cumières se sont vu adjoindre un tiers de chardonnay pour conférer à la cuvée un côté plus souriant, avec un soupçon de meunier pour le fruit. « Tout a été vendangé le même jour, assemblé sur un pressoir traditionnel. On a procédé à cinq ou six heures de débourbage, vinification sous bois, élevé longuement en fût et en cuve Inox et on a moins de 5 kilos de pression pour préserver les saveurs [le champagne généralement est à 6 kilos de pression]... »
Un brut nature 2006, que Frédéric Rouzaud définit ainsi : « Vérité, terroir, élégance, abstraction... »
Côté habillage, Philippe Starck a opté pour le dépouillement et la discrétion : capsule brute, sans peinture, et coiffe en étain grise « exempte de toute inscription ». L'étiquette, au papier « d'inspiration japonaise, qui résiste à l'eau », blanche et minimaliste, résume ainsi cette histoire : « C'est un champagne brut nature millésimé élaboré en 2006 par Louis Roederer et Philippe Starck à Reims, en France. »
Roederer es notes duponiennes 2017 :
Dégustation en compagnie de Jean-Baptiste Lécaillon, chef de cave.
16 - Brut nature 2009. Réalisé avec Philippe Starck. 25 % meunier 55 % pinot noir, 20 % chardonnay. Un vin provenant d'une croupe argileuse assez profonde et qui donne son maximum les années solaires : "On presse tout ensemble et c'est vendangé le même jour sur une dizaine d'hectares travaillés en biodynamie. La seule chose que je touche, c'est la quantité de vins élevés en bois. Là, c'est un tiers de foudres (tonneaux) et le reste en Inox." Nez minéral, citronné, bouche dense, tendue, crémeuse, séveux, très pur, marin, long, pour amateur de champagne en pureté. 70 €
16 - Brut premier. Base 2013, 25 à 30 % de vins de réserve. 20 % meunier 40 % chardonnay, 40 % pinot noir. Nez citronné, entre apéro et table, floral, baies noires, bouche vive et ronde à la fois, assez gourmande, dense, long. 41€
16 - Rosé 2012. "Un millésime velouté, une année pinot noir. Il vient de Cumières (62 %) et les chardonnays (38 %) de Chouilly côté nord. Pour le pinot, on fait une macération à froid de sept à dix jours, on cherche les arômes de jus de pinot et non pas de vin rouge. Ensuite, je fais mon assemblage avec le chardonnay qui vient abaisser la couleur. Le chardonnay protège les arômes du pinot." Nez pur de petite cerise, pêche de vigne, pomelo, arômes de fruits acidulés, finale orange sanguine. 72 €
17 - Brut millésime 2009. 75 % pinot nordiste de Verzy et Verzenay et 25 % chardonnay de Chouilly sur sol calcaire. Nez solaire avec des touches de pain d'épice, cake, boîte à cigares, grillé, bouche dense, longue, gourmande, séveux, herbe aromatique, frais et savoureux. 70€
16,5/17 - Blanc de blancs 2010. Chardonnay d'Avize et une parcelle sur Oger : "Sur des craies très compactes. On cherche un vin assez moderne, boule de fruit." Nez moisson, bouche gourmande, note d'abricot, fruits jaunes, rappelle un peu les chassagne-Montrachet. 80€
18 - Cristal 2009. 60 % pinot noir, 40 % chardonnay. Nez riche et bien mûr, crayeux, assez solaire, crémeux, gourmand, fruits confits, abricot sec, minéralité en finale, il revient vers son sol, finale pierre, silex, épicé. Salé, amertume du pamplemousse. Assemblage de 35 parcelles. 195€
18,5 - Cristal 2008. Il sera mis en marché en mai 2018. "Même assemblage, mais 37 parcelles. Il est resté neuf ans sur lie, c'est la première fois que Cristal sort avec autant de temps sur lie." Nez floral, chardonnay, crayeux, très pur, floral, clémentine, bouche dense, très pur, cristallin, la roche à l'état pur, tonique, énergisant, un vin à ressort, très long, aérien.
BEST OF 2017: Le 2e dessin le plus partagé cette année sur le site http://chappatte.com
« Il n’est pas si simple de caricaturer une caricature… » fait remarquer Patrick Chappatte à propos de Donald Trump qui fut pour lui sa cible de l’année 2017.
Forcer le trait, trouver le détail qui tranche, croquer un personnage public ou madame et monsieur tout le monde n’est pas à la portée du premier venu. Le dessin de presse est un art difficile, il faut accrocher le lecteur au premier coup d’œil avec un minimum de texte, concision, précision, pour emporter l’adhésion ou la réprobation d’ailleurs.
J’ai toujours été fasciné, et le suis encore, par les Daumier, Reiser, Gotlib, Cabu, le Plantu des débuts, Wolinski, Wiaz, Chimulus, Lefred-Thouron, Pétillon, j’en oublie bien évidemment…
À la suite des carnages de Charlie-Hebdo et du Bataclan je me suis abonné sur Twitter à la fine fleur des caricaturistes et j’ai découvert l’immense talent de Patrick Chappatte.
Je ne suis pas très friand de l’appellation caricaturiste qui sous-entendrait une certaine forme d’outrance déformant la réalité, alors que bien au contraire, et c’est flagrant chez Chappatte, le caricaturiste est un journaliste à part entière et même pour moi l’extrême pointe de la liberté.
BEST OF 2017 (Suisse): Le dessin d'actualité suisse que vous avez le plus partagé en 2017 sur http://chappatte.com
Patrick Chappatte, un journaliste (presque) comme les autres le 3/01/2015 LE BLOG DE STEFAN.RENNA
« N’allez surtout pas le « traiter » d’artiste ! Patrick Chappatte revendique farouchement son statut de journaliste. Celui-ci a pourtant l’art de raconter des histoires, via le dessin, dont la puissance d’évocation dépasse parfois largement celle de l’écrit. Le BD-journalisme peut représenter selon lui le futur de cette profession, car les images ont le don d’universalisme et l’humour permet de traiter différemment des sujets sérieux. »
« Né en 1967 à Karachi, Pakistan, d’un père suisse et d’une mère libanaise, Patrick Chappatte est caricaturiste et bédéiste-reporter. Après des débuts dans la presse suisse, il s’installe quelques années à New York où il collabore au New York Times et Newsweek. Il vit et travaille entre Genève et Los Angeles.
Il signe chaque semaine des dessins à la Une du quotidien genevois Le Temps, dessine pour The International New York Times, Neue Zürcher Zeitung et contribue également à Yahoo! France. Ses dessins sont repris dans la presse internationale.
Chappatte réalise par ailleurs des reportages sous forme de bandes dessinées, notamment chez les rebelles de Côte d’Ivoire, à Gaza et dans les coulisses de l’Elysée.
En 2012, il devient le premier non-américain à recevoir le Prix Thomas Nast décerné par l’Overseas Press Club of America. Il a co-fondé avec Plantu la Fondation suisse Cartooning for Peace, qui décerne tous les deux ans un Prix international saluant le courage d’un(e) dessinateur/trice. »
BEST OF 2017 : Election d'Emmanuel Macron: c'est le 3e dessin le plus partagé en 2017 sur http://chappatte.com
Patrick Chappatte, un journaliste (presque) comme les autres le 3/01/2015 LE BLOG DE STEFAN.RENNA
« N’allez surtout pas le « traiter » d’artiste ! Patrick Chappatte revendique farouchement son statut de journaliste. Celui-ci a pourtant l’art de raconter des histoires, via le dessin, dont la puissance d’évocation dépasse parfois largement celle de l’écrit. Le BD-journalisme peut représenter selon lui le futur de cette profession, car les images ont le don d’universalisme et l’humour permet de traiter différemment des sujets sérieux.»
Il a répondu aux questions du Courrier international
Quel est le thème de l’année selon vous?
Alors, réfléchissons… Trump, Trump, mais aussi Trump! Je collabore notamment avec l’International New York Times, et même si j’ai bien sûr travaillé sur d’autres thèmes, Donald Trump a représenté la majeure partie de mon travail cette année. Il y a bien sûr eu l’apparition de nouvelles figures, mais que l’on parle de Kim Jong-un ou de Harvey Weinstein, on en revient toujours à Trump.
Ce président tonitruant, omniprésent, c’est une aubaine ou une malédiction pour un dessinateur?
Les deux en fait. On nous dit souvent : “Croquer un tel homme, c’est du gâteau.” C’est vrai sur le plan physique, il a des caractéristiques reconnaissables : sa chevelure évidemment, ses mains minuscules, sa grande cravate rouge.
Mais en fait il n’est pas si simple de caricaturer une caricature. D’une manière générale, les populistes ne sont pas des cibles faciles pour la satire, parce que ce sont des cibles mouvantes. Et Donald Trump répond parfaitement à cette définition : il bouge sans cesse, impose son rythme, et a toujours un coup d’avance sur l’indignation. Il nous prend de court, nous les dessinateurs, et tôt ou tard il finit par ressembler à la caricature que l’on en fait. Il est arrivé que je m’empare d’un sujet le matin, que j’imagine ce que le président pourrait faire pour aller plus loin, et que, au moment d’envoyer le dessin le soir, il soit déjà dépassé. C’est vertigineux! Un ouragan permanent, une catastrophe naturelle! Le job était beaucoup plus simple avec Obama.
Cette omniprésence a un autre effet beaucoup plus pernicieux à l’échelle de la politique américaine. Donald Trump, avec cette obsession permanente de faire parler de lui, occupe tout l’espace médiatique. Il pompe tout l’oxygène de l’actualité. Et il laisse le champ libre aux républicains, qui font passer des mesures inimaginables, dissimulées derrière l’agitation provoquée par le président.
Vous êtes en overdose?
En quelque sorte. Mais dessiner Trump est aussi irrésistible. Et les gens ont besoin de faire sens de ses absurdités. C’est justement parce que Donald Trump déforme tout, parce qu’il navigue dans une réalité “alternative” que nous avons un rôle à jouer. La qualité de la satire consiste à montrer les choses telles qu’elles sont. Et montrer Trump tel qu’il est fait du bien au dessinateur comme aux lecteurs.
Dans quelles situations préférez-vous le dépeindre?
Je suis toujours intéressé quand il rencontre les grands de ce monde : Poutine, Merkel, le pape… On peut alors le comparer à ses interlocuteurs et prendre la mesure de son arrogance. On voit alors apparaître un Trump pataud, un personnage ubuesque, fantasque, désorienté.
Y a-t-il une actualité que vous regrettez de n’avoir pas traitée cette année?
Les Rohingyas. J’ai fait plusieurs dessins, que j’ai proposés à la rédaction. Mais à chaque fois ils étaient en concurrence avec un dessin sur Trump, qui faisait encore une fois l’actualité. Et aucun n’a été retenu.
J’ai lu, La peau dure de Raymond Guérin, d’un seul trait ; j’y ai retrouvé, l’héroïsme du quotidien des filles que, dans mon village, on appelait « les bonnes », ces bonnes à tout faire au service des notables qui défilaient chaque matin au Bourg-Pailler pour chercher le lait de leurs patrons. De braves filles, serviables, pas gâtées par la vie. Certaines se faisaient engrosser – bien évidemment on ne savait par qui – et elles devenaient des filles-mères sur lesquelles les grenouilles de bénitier, qui fréquentaient aussi le Bourg-Pailler pour acheter le lait, jetaient l’opprobre.
De ce roman de Raymond Guérin, terminé d’écrire en juillet-août 1947, le Télégramme note avec justesse « Sorti en 1948, ce livre triptyque fait le portrait de trois sœurs, de retour d'Allemagne après avoir connu l'expérience du Service du travail obligatoire (STO). “Bonniche”, ouvrière, femme entretenue, elles éprouvent chacune diverses facettes de la vie amère des gens de peu, de la pauvreté ordinaire, enracinée dans une enfance malheureuse, et du désir désespéré d'en sortir. Si quelques rares moments de bonheur et de générosité y fleurissent, ce texte, sec comme un coup de trique, est un poignant témoignage sur la condition des femmes au milieu du XXe siècle. »
« La peau dure, c'est un roman à trois voix. Celles de trois sœurs : Clara, Jacquotte et Louison. Trois femmes fragiles, ballottées dans un monde trop grand pour elles, trop cruel aussi, un monde régi par les hommes.
La peau dure, c'est un roman extrêmement social, voire même ouvertement féministe. En cela, près de soixante-dix ans après sa première publication, il conserve une grande modernité, une résonance certaine avec notre société contemporaine.
La peau dure, c'est un véritable plaidoyer, âpre et cinglant, pour la cause des petits, des faibles, des laissés-pour-compte. »
« Clara la bonne est emprisonnée, parce qu’elle est soupçonnée d’avoir avorté ; Jacquotte la tuberculeuse subit la violence de son mari, épuisée par ses grossesses ; Louison, parvenue socialement, souffre des infidélités de son amant, du manque d’amour. »
En 2009 j’avais lu Du côté de chez Malaparte
« Parbleu ! Une fois dépassés les Faraglioni et la Monacone, soudain la côte de Matromania s’offrit à nous tout au long du sentier cimenté, aux courts escaliers de briques, courant comme un pâle serpent au flanc embaumé de la montagne. Et là, tout en bas, allongée sur l’abrupt rocher de la pointe de Massullo, solide comme une casemate, insolite comme une architecture de Chirico, avec son escalier-terrasse de trente-deux marches en forme de trapèze, montant vers le ciel, impressionnant comme un temple aztèque, et ce blanc solarium à figure d’épure dont l’audace mérita les éloges de Le Corbusier, avec des à-pics de soixante mètres au-dessus de la mer, jaillissant, libre et nue, des touffes d’euphorbes et de campanules, enfin nous apparut, solitaire et de bon augure, la casa « Come Me » : la maison « Comme moi » ! »
J’ai redécouvert Raymond Guérin en 2012 en lisant Représailles édité par Finitude (éditeur bordelais)« Mobilisé, Raymond Guérin quitte Bordeaux le 28 août 1939, pour n’y revenir que le 20 octobre 1944, « soixante-deux mois après, plus de cinq années s’étant écoulées, [le] revoici, à l’aube de la quarantaine ». Sur ces soixante-deux mois, l’écrivain en a passé quarante et un dans un stalag en Allemagne, sous les jougs de la Barbarie. C’est le Temps de la Sottise, ainsi qu’il le nomme dans les neuf cahiers qui constituent son journal de ces terribles années (…)
C’est un homme désabusé, brisé, persuadé que « nous entrons dans le siècle de la peur et des ténèbres », qui revient finalement à Bordeaux en octobre 1944, pour « boucler la boucle ».
Et puis, alors que je m’apprêtais à écrire l’une de mes chroniques dominicales sur La peau dure, en faisant des recherches sur la Toile je lis dans le Télégramme « Raymond Guérin (1905-1955), ami de Malaparte et de Henri Calet, à qui Jean-Paul Kaufmann avait consacré la belle biographie baptisée “31, allée Damour” mérite incontestablement que l'on revienne sur son œuvre rude et implacable, nourrie, entre autres, par son expérience des camps de prisonniers en Allemagne. »
Alors là, les bras m’en tombent, moi qui croyais avoir lu toute l’œuvre de JP Kauffmann j’ignorais l’existence de cette biographie.
Ni une, ni deux, comme en plus c’est la période des vœux, je fais un petit mot à JPK qui gentiment me répond illico qu’il me lit tous les jours et qu’il va me faire parvenir « 31, allées Damour : Raymond Guérin, 1905-1955 » avec un encouragement « Et surtout ne renoncez pas ! »
Entretien avec Jean-Paul Kauffmann. Propos recueillis par Nathalie Jungerman édition du 30 avril 2004
Pourquoi et comment vous êtes-vous intéressé à Raymond Guérin ?
Jean-Paul Kauffmann : Auteur noir, désespéré, violent, Raymond Guérin ne correspondait pas à mes goûts littéraires, mais il m’a « attrapé ». Je me suis épris de son oeuvre. L’Apprenti est le premier livre que j’ai lu, je crois que commencer par ce livre ou par Quand vient la fin est le bon itinéraire. J’en ai éprouvé un choc que je n’avais pas ressenti depuis longtemps. Je m’intéresse à la littérature depuis ma jeunesse et c’est en 1978 ou 1979 que j’ai entendu le nom de Raymond Guérin pour la première fois. Il est toujours mystérieux de s’apercevoir qu’un nom s’impose à vous, que c’est le livre ou l’oeuvre qui vous choisit. Des rapports mystérieux se créent et sont inexplicables. J’ai tenté de les élucider dans ce récit biographique, 31, allées Damour. Ecrire une biographie pose un problème puisqu’à priori, la trajectoire de l’écrivain importe peu et seule l’oeuvre compte. Mais lorsque je compose mon récit, j’adosse toujours cette trajectoire à l’oeuvre. Proust était dans la contradiction, il affirmait que la vie de l’écrivain n’avait pas à être connue et pourtant il manifestait une curiosité pour des détails biographiques concernant les auteurs qu’il aimait bien. Je suis également très friand des textes biographiques et j’accepte de vivre dans cette contradiction. La biographie engendre une illusion rétrospective qui lui est propre. Quand je l’ai commencée, j’avais totalement conscience des limites du genre, et c’est aussi pour cette raison que je l’ai faite. Son écriture est certes un peu bâtarde dans la mesure où j’interviens. En même temps, j’ai essayé de lui donner une rigueur, un sérieux en citant les sources qui sont pour une large part des archives ou des textes inédits.
Dès réception je vais lire cette biographie et je chroniquerai. De même j'attends avec impatience la sortie du nouveau livre de JPK dont je connais le thème...
Depuis le café parisien "Le Rostand" Olivier BARROT présente le livre ""31, allées Damour : Raymond Guérin, 1905 1955" de Jean Paul KAUFFMANN en compagnie de l'auteur. Photos du livre.
Le rajout de crème dans les spaghetti alla carbonara soulève, à juste raison, l’ire de nos voisins transalpins, alors pourquoi diable se foutre en plus sur le dos les écolos en osant aborder la question pour le ragoût de tortue à dos diamantin ?
Ma réponse est pleine d’ego : parce que j’ai des lettres mesdames-messieurs, je ne passe pas mon temps le nez dans mon verre tout en passant ma vie autour de sainte table étoilées ; je lis !
Si vous voulez tout savoir sur la Tortue à dos diamanté, Diamondback terrapin, Malaclemys terrapin allez voir ICI
En revanche si vous souhaitez savoir pourquoi je m’interroge sur l’ajout ou non de crème dans le ragoût de tortue à dos diamantin, lisez-moi ?
Ensuite, vous pourrez interroger François-Régis Gaudry l’équivalent gaulois deSheila Hibben, autorité incontestée en matière culinaire aux States, qui écrit dans l’Express, cause dans le poste à France-Inter le dimanche où il nous dit comment déguster.
Joseph Mitchell, lui, chroniquait dans le célèbre New Yorker
« Sur presque toutes les photographies où il apparaît, Joseph Mitchell porte un costume sombre, une cravate et un chapeau, qu’il coiffait même quand il descendait les poubelles. On le croirait sorti d’un film noir façon Robert Siodmak ou Howard Hawks. De 1938 à 1964, Mitchell (né en 1908) fut l’une des grandes plumes du New Yorker, pour lequel il rédigea de longs articles sur les dessous de la ville, ses lieux incongrus et ses figures improbables. Des articles si personnels, si singuliers, qu’ils furent bientôt encensés par toute la profession, et peu à peu considérés comme une véritable œuvre littéraire. Puis, durant les trente ans qui suivirent, Mitchell se rendit chaque matin à son bureau, s’affaira jusqu’au soir sur sa mythique Underwood, mais ne publia plus une seule ligne. La direction du magazine continua à lui verser son salaire comme si de rien n’était, espérant jusqu’au bout qu’il livre enfin ce grand texte qui ne vit jamais le jour. Presque autant que ses articles, ce blocage légendaire contribua à entretenir la légende du reporter. De Joseph Mitchell, pourtant considéré comme un maître par Paul Auster ou Martin Amis, on ne disposait jusque-là que de quelques traductions récemment publiées (1). La parution simultanée de laminutieuse biographie que lui a consacrée Thomas Kunkel et de son plus célèbre recueil, le Fond du port, permet de donner toute leur épaisseur au personnage et à son œuvre. »
« Plus étonnant encore, le magazine publia en 1939 pas moins de treize contributions sous sa signature, sans compter plusieurs textes parus dans la rubrique « The Talk of the Town ». Un de ceux-ci lui valut d’ailleurs de la part d’un ami de Ross (ndlr. le fondateur du New Yorker) qui collaborait aussi au New Yorker, H. L. Mencken, une « protestation » assez amusante. Dans un grand reportage sur un éleveur de tortues à dos diamantin, Mitchell avait en effet écrit que la recette typique du Maryland préconisait d’ajouter de la crème dans le ragoût préparé avec cet animal. Celui que l’on surnommait « Le Sage de Baltimore » fut atterré. « Dites à M. Mitchell que quelqu’un l’a amené à commettre une erreur insultante, écrivit Mencken à McKelway (ndlr. Le rédac-chef). Tout habitant du Maryland doté d’une cervelle à peine plus grosse qu’une secrétaire de la YMCA sait de façon innée et indiscutable que mettre de la crème dans un ragoût de tortue est aussi utile que pisser dans un violon. »
Mitchell répondit que Mencken avait bien évidemment le droit d’avoir son opinion sur la question, mais que Sheila Hibben, autorité incontestée en matière culinaire, s’était bel et bien prononcé en faveur de l’ajout de crème dans sa recette.
« Tous les experts de terrain que j’ai consultés font figurer la crème et le sherry parmi les ingrédients de leur recette de ragoût de tortue, écrivit-il à McKelway. Je ne voudrais pas ouvrir une polémique sur cette question ; des milliers d’hommes ont perdu la vie à la suite d’une polémique sur l’ajout de tomate dans la soupe de palourdes ou de crème dans le ragoût de tortue… » Mencken voulut bien admettre que l’argument était recevable. « Dites à M. Mitchell qu’il est pardonné, mais pas Mme Hibben. Elle aurait dû s’informer à de meilleures sources. »
Quant à la question que boire avec le ragoût de tortue à dos diamantin ? Prière de s’adresser au spécialiste qui officie dans « On va déguster » de François-Régis Gaudry. Votre humble serviteur n’est qu’un simple buveur qui préfère voir les tortues manger des feuilles de salade dans le jardin de ses petits enfants.
Rien ne me porte plus sur le système que de lire sur les réseaux sociaux que Desproges ou Coluche, ne pourraient dire le ¼ du 1/3 de ce qu’ils racontaient de leur vivant.
Ils sont morts, laissons-les là où ils sont, grâce à la Toile tout ce qu’ils ont dit est accessible et c’est tant mieux.
Pour le temps présent, le moins qu’on puisse constater c’est qu’ils n’ont pas été remplacé et que, dans les tuyaux des réseaux sociaux, tous les crétins de la terre peuvent baver tout leur saoul.
Bref, en Vieux Con que je suis, en ce début d’année 2018, je plonge dans les archives du Petit Rapporteur de Jacques Martin sur TF1.
C’était le 9 novembre 1975.
Desproges est le critique littéraire de l’émission, considérant que les émissions littéraires sont chiantes, il prend un air navré. Sans le savoir il créé un style.
Françoise Sagan sera sa toute première « victime ». C’est elle qui a épargné à Desproges d’être licencié de L’Aurore, alors que le directeur n’appréciait guère son humour dans « Bref ». Sagan avouait acheter le journal seulement pour lire la rubrique de Desproges.
En remerciement, il va la piéger, jouant un journaliste complètement lunaire. Il endosse ce rôle de sinistre bafouillant, qui s’ennuie et ne s’en cache pas, mais reste bon enfant.
« Je ne sais si elle a fait semblant de parler à un imbécile ou si elle a vraiment cru que j’en étais un, mais il y a eu une espèce de complicité surprenante.
Françoise Sagan expliquera : « Le lendemain, il m’a téléphoné, il est passé me voir. Il m’a dit que c’était une blague, une facétie. Sur le coup, j’étais assez inquiète pour son avenir télévisuel. »
Pas rancunière, elle invitera Desproges à dîner au début du mois de janvier 1976 : Elle a fait quelque chose d’héroïque. Elle suivait un traitement sans alcool. Elle m’a invité chez elle en tête à tête, elle a ouvert un Mouton Rothschild 1947… S’il y a des connaisseurs. Elle a bu de l’eau. C’est extrêmement généreux.
« Il est comme nous, il est proche du peuple et il veut notre bien. Pas comme tous ces politiciens corrompus », confie un jeune homme de 22 ans. Enfant des bidonvilles de Monrovia, seul Ballon d’or africain et adulé dans son pays, « Mister George » incarne l’espoir de l’ascension pour des milliers de Libériens issus des couches sociales défavorisées. Samedi, le candidat, arrivé en tête du premier tour avec 38,4 % des voix, a réuni des dizaines de milliers de partisans dans le plus grand stade du pays.
À l’heure où le Liberia doit se choisir un nouveau président, retour sur une histoire contemporaine singulière et douloureuse. Singulière de par ses origines américano-africaines, et douloureuse de par les terribles épreuves qu’a traversé le pays durant deux guerres civiles sans vainqueurs. Un traumatisme, dont la mémoire hante encore une nation engagée dans un processus de reconstruction depuis 2003, porté depuis douze ans (deux mandats) par Ellen Johnson Sirleaf, la première femme présidente en Afrique. Une présidence aujourd’hui de nouveau vacante (deux mandats maximum) qui remet le Liberia, face à son histoire pour lui redessiner un avenir.
Le Liberia, ce pays d’Afrique de l’Ouest de 4,614 millions habitants (chiffres Banque mondiale 2016) va devoir choisir dans les urnes son nouveau président parmi une vingtaine de candidats de toutes provenances (homme d’affaire, footballeur célèbre, ancien chef de guerre, mannequin, acteur politique…). Une élection 100 % libérienne organisée et réalisée par les Libériens, pour la première fois depuis la fin de la guerre sans la surveillance des casques bleus de l’ONU comme ce fut le cas pour les deux précédents scrutins présidentiels. Une étape importante pour la reconstruction du pays encore en proie aux fantômes du passé.
Une histoire américano-africaine
Cette histoire commence en 1816 à Washington (USA) avec un Congrès où il est question de rapatrier d’ancien esclaves en Afrique. Sur cette initiative, une société philanthropique américaine, l’American Colonization Society, créée la même année, se porte acquéreur auprès d’un chef local d’un territoire à l’est du Cap Mesurado en Afrique de l’Ouest, en vue d’y installer des esclaves libérés qui souhaitent retourner sur leur continent d’origine. L’année suivante, une première tentative de retour échoue, mais en 1821, une trentaine de famille s’établissent sur ce nouveau territoire et créent une nouvelle colonie, officiellement fondée en 1822 sur un lieu baptisé Monrovia, en hommage au président américain Monroe.
L’immigration afro-américaine vers ce bout de terre d’Afrique se développe et près de 13 000 personnes s’y installent entre 1821 et 1867, divisant la population en deux catégories. D'un côté, ceux qui se font appeler les « freemen ». Ce sont ces anciens esclaves libérés venus d’Amérique, fortement christianisés par les missionnaires méthodistes. De l'autre, ceux qu’ils exploitent, constitués d’une population indigène qu’ils nomment les « bushmen » ou les « natifs ».
Les « freemen » propagent le même régime d’oppression sur les « natifs » que les Occidentaux sur d’autres territoires et font prospérer leur colonie qui sera déclarée définitivement indépendante le 26 juillet 1847. Le nouvel Etat dit du Liberia se dote alors d’un système de suffrage censitaire qui permet aux Américano-Libériens de conserver le pouvoir durant un siècle.
Le rapport Brazza, enfin publié après un siècle… Crimes coloniaux, secrets d’Etat.
Le 5 avril 1905, Pierre Savorgnan de Brazza embarque à Marseille pour sa dernière mission en Afrique. « Explorateur visionnaire » et « piètre administrateur » (1) du Congo français (Gabon, Moyen-Congo, Oubangui-Chari) jusqu’en 1897, remercié pour absence de souplesse face aux intérêts coloniaux privés par le ministre des Colonies, il a été rappelé par le gouvernement français pour mener une urgente mission d’inspection « extraordinaire » dans cette colonie qu’il connaît si bien.
Dans des « instructions strictement confidentielles » adressées à Brazza, le ministre des Colonies écrit qu’il y a certes « lieu de craindre que l’établissement de la domination française n’ait été marqué quelque fois par des excès ». Des « excès », c’est-à-dire des crimes coloniaux, que la presse métropolitaine vient du reste de révéler : c’est l’affaire « Gaud et Toqué », tout particulièrement, qui a motivé la décision d’envoyer l’honnête Brazza sur les lieux. Mais dans l’esprit de ceux qui l’ont désigné, il s’agira évidemment pour lui de « démontrer que le Congo français restait irréprochable », à l’inverse du Congo belge dont une campagne internationale vient de dénoncer avec fracas le régime de terreur abominable qu’il inflige aux indigènes.
C’est pour couper court à toute campagne de ce genre, dont les rivaux de la France s’empresseraient de profiter, que doit se faire cette inspection. Elle a tout pouvoir. Six mois durant, Brazza et son équipe travaillent d’arrache-pied, sillonnant en tous sens l’immense territoire largement « concédé » au compagnies privées, amassant témoignages et rapports en dépit de toutes les obstructions.
Sa mission terminée, Brazza, rentrant en métropole, meurt à l’escale de Dakar le 14 septembre 1905.
Osons le dire, cette disparition n’est sans doute pas une mauvaise nouvelle pour tout le monde. Y compris parmi ceux qui vont communier aux obsèques solennelles de ce héros national. Sa disparition facilite en effet ce qui doit advenir : l’étouffement pur et simple du « rapport Brazza » par le gouvernement français.
Que s’est-t-il passé à Thiaroye le 1er décembre 1944 et pourquoi existe-t-il tant de versions de l’événement ?
Le 1er décembre 1944, dans le camp militaire de Thiaroye, à proximité de Dakar au Sénégal, le haut commandement français fait ouvrir le feu sur des soldats africains. Ces soldats, que l’on nomme tirailleurs sénégalais, revenaient de plusieurs années en Europe où, suite à la débâcle de juin 1940 de l’armée française, ils avaient été fait prisonniers. Ils débarquent à Dakar le 21 novembre 1944 et, rapidement, alors qu’ils sont en voie de démobilisation et qu’ils doivent être acheminés vers les leurs colonies d’origine, ils réclament légitimement l’argent auquel ils ont droit. En plus de différents pécules et primes, le rappel de solde de captivité différent suivant les situations d’ancienneté ou de grade pour chaque soldat correspond aux sommes les plus importantes que chacun doit percevoir. Cet argent aurait changé le destin de la plupart de ces jeunes hommes, en majorité provenant de milieux ruraux et modestes. Quoi qu’il en soit, pour éviter les vols pendant la traversée, le ministère de la guerre en France a fait édicter une circulaire précisant que ces soldes doivent être payés un quart à l’embarquement en métropole et les trois quarts restants à l’arrivé à Dakar. Cela n’a pas été fait – incurie des autorités françaises présentes à Dakar, volonté délibérée de détourner cet argent ? Il manque ici des éléments pour trancher définitivement mais c’est ce refus de payer les tirailleurs qui explique les dramatiques événements qui vont suivre.
Liberia : l’ex-footballeur George Weah remporte largement le second tour de la présidentielle
L’ancien attaquant star de l’AS Monaco, du PSG et du Milan AC, Ballon d’or en 1995, succédera le 22 janvier à Ellen Johnson Sirleaf à la tête du pays.
Le Monde.fr avec AFP Le 28.12.2017
L’ex-star du football et sénateur George Weah a obtenu 61,5 % des voix au second tour de l’élection présidentielle au Liberia, contre 38,5 % pour son adversaire, le vice-président Joseph Boakai, a annoncé la Commission électorale nationale (NEC), jeudi 28 décembre, après le dépouillement de 98,1 % des bulletins.
« Mes chers concitoyens, je ressens profondément l’émotion de toute la nation. Je mesure l’importance et la responsabilité de l’immense mission que je commence aujourd’hui. Le changement arrive », a tweeté le nouveau président dans la soirée.
« Maintenant, le pouvoir va au peuple »
Attaquant star de l’AS Monaco, du PSG et du Milan AC dans les années 1990, George Weah succédera le 22 janvier à Ellen Johnson Sirleaf. Il s’agira de la première transition pacifique du pouvoir depuis soixante-dix ans dans ce pays anglophone d’Afrique de l’Ouest, qui n’a pas connu d’alternance démocratique depuis 1944. Le Liberia a notamment été marqué par une guerre civile particulièrement atroce – elle a fait 240 000 morts entre 1989 et 2003.
Dès la victoire de George Weah connue, des centaines de personnes massées aux abords de la NEC, dans le centre de la capitale, Monrovia, ont laissé éclater leur joie, chantant, dansant et scandant le nom de leur futur président.
« On a attendu pendant douze ans. Maintenant, le pouvoir va au peuple », exultait la vice-présidente de la Ligue de la jeunesse de la Coalition pour le changement démocratique (CDC), la formation de M. Weah, Josephine Davies.
Quelque 2,1 millions d’électeurs étaient inscrits pour le second tour et la participation a été de 56 %, a fait savoir le président de la NEC, Jerome Korkoya. Les derniers dépouillements devraient être achevés vendredi.
Le spectre de Charles Taylor
George Weah, 51 ans, était déjà sorti vainqueur du premier tour, le 10 octobre, avec plus de 38 % des voix. C’est une belle revanche pour le Ballon d’or 1995, qui avait été défait par Ellen Johnson Sirleaf lors de la présidentielle de 2005.
Sénateur depuis 2014 de la province la plus peuplée du Liberia, George Weah avait choisi comme colistière Jewel Howard-Taylor, ex-femme de l’ancien chef de guerre Charles Taylor. Mais tous deux disent ne pas entretenir de lien avec l’ancien président.
Le Liberia, qui peine à se remettre d’une épidémie d’Ebola, vit encore dans le souvenir de l’ancien dictateur (1997-2003), aujourd’hui âgé de 69 ans. Condamné par la justice internationale à cinquante ans de prison, il purge sa peine au Royaume-Uni pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre perpétrés dans la Sierra Leone voisine.
Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, et le chef des observateurs de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) – l’ancien président du Ghana, John Dramani Mahama – ont tous deux salué « la tenue pacifique » du scrutin, tout comme l’Union européenne.
Tout le monde connaît, ou presque Robert Capa« le plus grand photoreporter de guerre de l'histoire » mais sa compagne Gerda Taro, alors quesans l'intelligence de cette jeune femme, Robert Capa n'aurait probablement jamais été désigné comme « le plus grand photoreporter de guerre de l'histoire ».
Les réseaux sociaux, lorsqu’ils sont utilisés à bon escient, peuvent être magiques. Tel fut le cas sur face de Bouc lorsqu’Alice Olivier de Moor 22 décembre à 21:50 ont ajouté 3 photos de Gerda Taro.
Sonia-Lopez Calleja qui, comme son patronyme l’indique, s’intéresse de prêt à tout ce qui touche l’Espagne est aussi intervenue.
Doucement mes neurones fatigués se sont reconnectés et je suis allé piocher dans l’une de mes piles de livres achetés pour y retrouver L’ombre d’une photographe Gerda Taro de François Maspero.
Je l’ai lu « Ombre parmi les ombres Gerda Taro a subi le plus cruel destin que puisse connaître les ombres : celui de ne même pas être sa propre ombre, mais celle d’un autre. Pendant plus de soixante ans, quand on cherchait son nom, on le trouvait certes cité des centaines de fois. Mais toujours associé, en quelques lignes, en quelques pages, à l’homme dont elle a un temps partagé la vie. Rien de plus. Fugace passage dans la biographie d’un personnage célèbre, et dont il ne restait que des traces brouillées, confuses, souvent contradictoires, mensongères, parfois même absurdes. »
Le livre de François Maspero est remarquable, d’une grande honnêteté intellectuelle, à lire absolument.
« André et Gerta sont jeunes et beaux, ils sont l’indépendance même, ils aiment le jeu – y compris jouer avec leur vie, ils le prouveront l’un et l’autre –, ils séduisent naturellement tous ceux qu’ils rencontrent. Par beaucoup de points, ils se ressemblent. Je crois que tout homme qui lit la vie d’André –telle, il est vrai, que lui-même s’est plu à la raconter – devrait être pis d’une nostalgie irrésistible à l’idée qu’il n’est pas Robert Capa. Et que toute femme, pensant à celle de Gerta, devrait aussi ressentir l’envie, même infinitésimale, d’être Gerda Taro. Ou du moins aimerais-je – comme d’autres, je l’espère – que toute femme ait quelque chose d’elle. »
« … le 5 septembre, ils sont dans le village de Cerro Muriano où ils fixent les images des habitants terrorisés par un raid aérien.
C’est ce jour-là qu’est prise la photo la plus célèbre de Capa, avec celles qui ont pu être sauvées du débarquement de Normandie : le milicien montant à l’assaut et frappé de plein fouet par une balle. On a écrit des pages et des pages à son sujet. Pas seulement pour la comparer au « Guernica » de Picasso, mais pour en discuter à l’infini les circonstances. »
L’analyse de François Maspero tente de lever le voile et c’est Raymond Depardon qui parle d’expérience et de bon sens, faisant observer que rien n’obligeait le photographe à prendre l’image en contre-plongée, placé nettement au-dessous des pieds des pieds du milicien. Sauf si l’auteur se trouvait dans la position logique de quelqu’un qui se terre comme il peut dans son trou et doit lever son appareil pour ne pas se faire lui-même tirer comme un lapin.
Le photographe, l’auteur Capa ou Taro ?
Personne ne sait, et ne saura jamais…
Qu’importe !
Maspero a les mots justes « S’il fallait définir Gerda par un seul mot, ce serait celui qui manque cruellement sur le monument de Leipzig * : liberté. Un mot qui exclut justement la soumission à toute discipline de parti. Parce que sa vie, c’est cela : sa liberté de femme, sa liberté de corps, sa liberté d’esprit. »
*À Leipzig, son nom est donné à une rue, la plaque de « Tarostrasse » indique : Jeune communiste, cofondatrice des Brigades Internationales, tombée en 1937, en Espagne, dans le combat contre les fascisme.
« Le 1er août 1937, 10.000 personnes se pressent au cimetière du Père-Lachaise, à Paris, pour pleurer la mort tragique de Gerda Taro. Érigée en icône antifasciste par le parti communiste français, photographe de guerre à la courte carrière, la compagne et partenaire de Robert Capa aurait dû célébrer le jour même ses 27 ans. Louis Aragon prononce son éloge funèbre et le sculpteur Alberto Giacometti dessine sa tombe. Mais cette attention est de courte durée, tant le travail de la photoreporter tombe ensuite dans l'oubli. Et pourtant, sans l'intelligence de cette jeune femme, Robert Capa n'aurait probablement jamais été désigné comme « le plus grand photoreporter de guerre de l'histoire ».
Gerda, pygmalion
Née à Stuttgart, en Allemagne le 1er août 1910, Gerta Pohorylle, de son vrai nom, grandit dans une famille bourgeoise d'origine juive polonaise. Elle étudie l'art et la politique avant de quitter précipitamment l'Allemagne en 1933, dès l'arrivée d'Hitler au pouvoir. Comme de nombreux artistes et intellectuels menacés par le régime nazi, Gerta Pohorylle s'exile à Paris et tente de subvenir à ses besoins. Elle trouve quelques missions en tant que secrétaire mais passe la plupart de son temps à écumer les cafés de Montparnasse et de Saint-Michel comme Le Dôme ou la Capoulade. Mais c'est son poste d'assistante à l'agence Alliance-Photo qui va se charger de tracer son court destin de grande photographe.
Septembre 1934, Gerta Pohorylle rencontre un jeune photographe, un certain Endre Friedmann, juif hongrois, banni de son pays pour militantisme de gauche. « Peu après leur rencontre, ils sont déjà inséparables », raconte à TV5 Monde Cynthia Young, conservatrice des archives Robert Capa à New York. Intelligente, polyglotte, belle, avec une forte personnalité, Gerta Pohorylle avait « le sourire d'une jeunesse immortelle », selon le poète espagnol Rafael Alberti. Elle repère le talent naissant d'Endre Friedmann et décide de prendre sa carrière en main. Telle un pygmalion féminin, elle l'habille avec élégance, lui invente une nouvelle identité. Endre Friedmann devient alors Robert Capa, un photographe américain faisant ses premiers pas en Europe. La combine fonctionne et les clichés de Capa sont vendus aux prix forts.
Une femme de terrain
Comme un jeu de miroir, Gerta devient quant à elle Gerda Taro et assimile les techniques de photographie que lui enseigne le maître du noir et blanc. Leur relation fusionnelle et amoureuse est complémentaire, une véritable force qui les amènent tous les deux en Espagne en 1936, pour suivre les combats auprès des républicains. Gerda Taro est une femme de courage et de terrain, qui n'hésite pas à suivre les combattants au cœur de l'action, confirme Cynthia Young : « En aucun cas elle ne photographiait plutôt des enfants ou d'autres femmes. Elle était à fond dans les scènes de combat et les grandes opérations militaires, tout autant que lui ».
Elle était à fond dans les scènes de combat
Jane Rogoyska, auteur de Gerda Taro, Inventing Robert Capa ajoute à la BBC : « Taro s'est énormément impliquée dans la guerre civile espagnole... elle était tellement passionnée et concernée par la souffrance du peuple espagnol. » Estimée par les combattants républicains, qui la surnomment alors « pequeña rubita » (la « petite rousse »), Gerda Taro travaille pour la revue Ce soir, tandis que son compagnon rencontre un important succès international.
Le 26 juin 1937, après onze petits mois de carrière, l'intrépide aventurière meurt écrasée par un char républicain lors de la bataille de Brunete. Elle est la première femme photographe-reporter tuée dans l'exercice de ses fonctions. Robert Capa est profondément touché pour le décès tragique de sa compagne : « Jusqu'à la fin de ses jours, les très belles femmes qu'il photographie ont toutes quelque chose de Gerda : spirituelles, sportives, affirmées, un peu garçonnes. Sa mort a cassé quelque chose en lui. Il ne l'a jamais oubliée », affirme Cynthia Young.
Tombée dans l'oubli
Mais alors pourquoi une femme si estimée et talentueuse est-elle tombée dans l'oubli ? Selon Kate Brooks, photojournaliste américaine qui a elle aussi capturé des images de guerre en Afghanistan ou en Irak, c'est le contexte historique de la seconde Guerre mondiale qui explique cette part d'ombre : « Les membres de sa famille sont morts durant l'Holocauste, et après la mort de Capa, en 1954, il ne restait plus personne pour préserver la mémoire de son travail », affirme-t-elle à la BBC.
Robert Capa n'aurait pas non plus facilité la tâche, considérant les photos de Gerda Taro comme appartenant au couple, écrit l'historienne Irme Schaber, dans une biographie publiée en Allemagne en 1994 et traduite en français sous le titre Une photographe révolutionnaire dans la guerre d'Espagne : « Capa était habitué à considérer comme siennes les images de Gerda », a rapporté Le Monde. Le couple travaille ensemble sur certains clichés mais les sigantures sont aléatoires. Ils peuvent être accompagnés du simple nom de Capa, parfois leurs deux patronymes sont mentionnés et plus rarement, celui de Taro. Un oubli que le 21ème siècle a tenté de rattraper avec la publication de plusieurs livres retraçant le destin tragique de la photo-reporter, une exposition à l'International Center Of Photography de New York et même une chanson du groupe anglais alt-J, sobrement intitulée Taro.
L’OMBRE
par Madeleine Launay POLKARAMAENQUÊTE
26.07.2017
Les soldats républicains, qui avaient pris l’habitude d’apercevoir sa tête casquée de courts cheveux dorés à l’abord des lignes de front espagnoles, l’avaient baptisée la “pequeña rubia”, la “petite blonde”. Un visage mutin éclairé d’un éternel sourire, une frêle silhouette toujours élégamment apprêtée et de tout petits pieds (elle chaussait du 35) qui jamais ne l’empêchèrent d’enjamber les périls pour courir au-devant de l’Histoire.
Telle était Gerda Taro, flamboyante figure des premières heures du photojournalisme moderne, disparue au cours de cette guerre d’Espagne qu’elle couvrait depuis une année. “Si tes photos ne sont pas bonnes, c’est que tu n’es pas assez près”, avait dû lui glisser Robert Capa en l’initiant à la technique photographique. Elle avait trop bien retenu la leçon: près, assurément, elle l’était ce 25 juillet 1937 à Brunete où, armée de son Leica, elle mitraillait la résistance farouche des républicains quand un char la faucha mortellement. Une foule éplorée l’enterra au Père-Lachaise le jour de ses 27 ans.
Pauvre comte Loïc Chiroussot de Bigault de Cazanove, dont la famille a été anoblie par Saint-Louis lui-même, pensez-donc la maison de champagne de ses aïeux, passée de mains en mains depuis les années 50, vient d’associer son nom à un symbole de stupre et de fornication, Clara Morgane star du X.
Dans le canard local, l’Union, il s’étrangle :
« Je suis véritablement choqué par cette association. C’est tout simplement scandaleux ! Comment peut-on associer le nom de mon illustre famille à celui de Clara Morgane ? C’est inconcevable », s’exaspère le comte, qui a décidé d’assigner en référé la SAS Charles de Cazanove, pour que le nom « de Cazanove » soit retiré de la cuvée Clara Morgane. « Je ne comprends pas. S’ils savaient, mes ancêtres se retourneraient dans leur tombe ! »
La réponse de la dite maison est très Clinton :
« La maison Charles de Cazanove assume avec fierté sa collaboration très appropriée avec Clara Morgane, pour la mise en avant de ce produit emblématique du terroir, de la tradition et de l'excellence française, qu'est le vin de Champagne »
«Une bouche fruitée, généreuse et puissante pour vous accompagner pendant les fêtes», annonçait l’ancienne actrice X en posant avec une bouteille de ce champagne rosé, conçu par la maison de Cazanove.
Lancée en grande pompe à un mois de Noël, dans une boîte de nuit parisienne, la cuvée Clara Morgane est vendue 50€. Voir les suites de l’affaire ICI
Dans les milieux bien informés d'Aÿ il se dit que Charles Philipponnat envisage d'engager pour sa cuvée du Nouvel An Brigitte Lahaie qui a déjà posé pour Pascal Simonutti star des vins nus. La photo du flacon est disponible sur la Toile : cherchez !
Pour mes braves lecteurs qui ignoreraient qui est Clara Morgane c’est ICI
Tempête dans un verre de champagne (c’est la tendance ni coupe, ni flute) comme je ne suis pas bégueule je me marre grave car moi je m’en fous comme de ma première liquette de ce champagne-là.
Je bois du champagne pas des fantasmes agités par des communicants en mal de booster les ventes du marque à la ramasse.
Mais, comme j’ai l’esprit d’escalier, et qu’il est mal tourné, je me suis interrogé sur la parution, en ce mois où il coule à flots, sur la parution dans le MONDE d’un article signé par une night-clubbeuse très connue des milieux de la nuitbaptisé :
Là aussi je kiffe grave mais je n’en dirai pas plus car je ne suis ni pincé du cul, ni adepte des boissons gazeuses pour trous du cul friqués.
En boîte de nuit, partout dans le monde, la bulle est dégustée avec élégance ou avec excès. Un enjeu de taille pour les marques.
La musique est forte mais ils aiment ça. Six hommes et femmes, la quarantaine, robes structurées, costumes cintrés, se serrent sur des tabourets joufflus et une banquette en cuir. Une flûte de champagne à la main. Petite pause avant de retourner danser. Les bagues cognent contre le cristal, les cheveux ne sont plus en place. Otez le champagne de cette table, remplacez-le par du whisky, du rhum, du rouge, de la bière, de la limonade, n’importe quoi, et l’élégance de ce groupe se craquelle. Le champagne a cette image statutaire.
Dans certains clubs branchés, il est même impossible d’obtenir une table sans prendre une bouteille à bulles. « C’est la condition sine qua non ! Sans champagne, notre métier n’existe pas », assène Jean-Roch, propriétaire des discothèques VIP Room, qui font danser les noctambules de capitales de la fête à Paris, Saint-Tropez, Dubaï ou Marrakech. « J’ai vu des clients boire du Petrus en club. Ils avaient les lèvres violettes et je sais que c’est l’excellence du bordeaux. Mais il y a dans le champagne une part de spectacle, de magie, d’éphémère comme l’est une fête. La fête, c’est aussi une notion de rareté, qui est intimement liée au champagne. »
Pas une boîte de nuit, de la plus inouïe à la plus banale, qui ne propose sa bouteille de champagne. On fait encore plus sauter le bouchon à la Saint-Sylvestre ou au cœur de l’été, mais en boîte, il y a des bulles tous les soirs. Pour la France, surtout là où les touristes affluent : à Paris donc, et sur la Côte d’Azur, même si nombre d’établissements y sont fermés durant la saison froide.
Orgies et stars
Ce qui chauffe, toute l’année, c’est le portefeuille. Dans les clubs français de Jean-Roch, le prix d’une bouteille oscille entre 250 et 500 euros – une fourchette valable pour la plupart des clubs de renom. Pas à la portée de toutes les bourses. « Si des moins de 30 ans boivent du champagne en boîte de nuit, c’est qu’ils ont des parents fortunés et qu’ils viennent des beaux quartiers », observe Jérémy, fêtard à la retraite depuis qu’il est papa. Ce dernier pointe un autre trait du vin à bulles : « En plus d’être cher, il enivre beaucoup moins que les alcools forts. Deux raisons qui font que ceux qui tiennent une coupe ont généralement plus de 35 ans… et sont souvent des femmes. » Jérémy évalue l’ambiance du lieu à sa relation au champagne : « Il y a les boîtes à orgie, où l’on commande les bouteilles par dix, dans des baignoires. Il y a des boîtes m’as-tu-vu, avec des petits minets qui gâchent – il est sabré, renversé, arrosé. Il y a des endroits plus raffinés, où il est assemblé dans des cocktails. »
POUR L’ANNIVERSAIRE DES CAVES DU ROY, DOM PÉRIGNON A CONÇU CINQ MATHUSALEMS À 50000 EUROS PIÈCE. ILS ONT TROUVÉ PRENEUR IMMÉDIATEMENT.
Les lieux orgiaques, on les trouve surtout dans le Sud. Une facture de champagne du milliardaire pakistanais Javed Fiyaz, au Gotha Club, à Cannes, qui s’élevait à 380 000 euros pour une soirée, a fait le tour des magazines people en 2014. Dans son escarcelle : 200 bouteilles de Dom Pérignon, six jéroboams (3 litres) et cinq mathusalems (6 litres) de « Cristal » de Roederer. L’hôtel Byblos et sa boîte de nuit, Les Caves du Roy, qui fait référence à Saint-Tropez, ont fêté leur 50e anniversaire le 27 mai. Pour l’occasion, la marque Dom Pérignon a conçu cinq mathusalems au design unique. Prix de vente : 50 000 euros pièce. Ils ont immédiatement trouvé preneur. Durant la même soirée, l’établissement a servi 350 magnums, toujours de Dom Pérignon.
Le plus impressionnant survient au milieu de la nuit, quand les stars médiatiques ou sportives, des capitaines d’industrie, des traders aussi se déchaînent lors des battles : des clients s’affrontent à coups de marques et font monter les enchères, tant par le prix que par la taille ou le nombre de bouteilles. « Je tiens à corriger ce qu’on dit ici ou là, nuance Stéphane Personeni, directeur des Caves du Roy. Chez nous, on boit le champagne, on ne s’arrose pas avec. On interdit les douches au champagne. On veut une fête élégante où tout le monde profite. » Ce qui signifie que ces pratiques existent ailleurs.
Si plusieurs centaines de bouteilles peuvent être débouchées en une soirée, reconnaît Stéphane Personeni, tout n’est pas une question de taille et de quantité. La musique n’empêche pas quelques clients de vouloir déguster. Ce sommelier de formation propose ainsi plus de 70 références dans la maison, d’un classique Moët à un vieux millésime (de 290 à 3 400 euros la bouteille) en passant par des cuvées plus confidentielles comme un « Célébris » de Gosset ou le sublime « Belemnita » de Gonet.
Gorgées de transgression
Mais les deux marques les plus vendues aux Caves du Roy, et même dans la plupart des boîtes de nuit renommées, sont Roederer (avec son « Cristal ») et Dom Pérignon « parce que ce sont deux magnifiques champagnes que tout le monde connaît, explique Stéphane Personeni. Ce sont des Ferrari, et sur la photo d’anniversaire ça marque les esprits ! »
Dans le très chic club Matignon des Champs-Elysées, à Paris, où le champagne représente la moitié des ventes de boissons, le directeur associé Olivier Breillat aime citer ses cuvées de prestige : « On a référencé un “Clos du Mesnil” de Krug. Un de nos clients nous l’a demandé. Et même s’il ne vient que deux fois par an, pour la Fashion Week, c’est important de faire plaisir. » Au VIP Room, on remarque que Dom Pérignon séduit beaucoup la clientèle européenne tandis que « Belle Epoque », de Perrier-Jouët, attire les Américains.
Du côté des marques, la nuit est un enjeu économique de taille. Un 31 décembre notamment. Les marques restent discrètes sur le phénomène. Ainsi, et alors que son « Belle Epoque » est souvent cité, Perrier-Jouët ne souhaite pas évoquer son succès nocturne. Chez Dom Pérignon, on est moins frileux. « Les personnes qui fêtent la nuit sont les mêmes qui vivent le jour, s’amuse le chef de cave Richard Geoffroy. L’homme est juste plus libéré. Tous ses sens sont en éveil. Mais la nuit de Dom Pérignon a du sens parce qu’il y a le jour. Le statut de la marque s’est fait le jour. Le jour a nourri la nuit et maintenant la nuit nourrit le jour, elle lui donne de la transgression. » Pour alimenter le dialogue, la célèbre marque a même créé des étiquettes phosphorescentes que l’on distingue entre toutes, même dans le noir.
Votre Taulier ne rechigne jamais, même pendant les mois d’été, à explorer les plis et les replis de la libido du buveur. Mais, comme il est aussi un fieffé ramier, il ne crache pas sur le recyclage de chroniques anciennes. Pour sa défense, celle que je...
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Sur la Toile faut s’attendre à tout lorsqu’on est comme moi un VB, vieux blogueur, un VC, vieux con, un VD, vieux débile qui crache sa bile comme dirait l’immense Mimi, mais un qui a aussi le bras très long, un influenceur de Première League, un gars...
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