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18 février 2018 7 18 /02 /février /2018 07:00
Sebastian Barry : « J’ai mis plus de cinquante ans à écrire Des jours sans fin » et moi quelques heures à le dévorer.

Ma critique de « Des jours sans fin » de Sebastian Barry se résume ainsi « lisez ce livre, vous n’en sortirai pas indemne… »

 

 

« Mon roman préféré de l’année reste le magnifique Des jours sans fin », a écrit dans The Guardian Kazuo Ishiguro, prix Nobel de littérature 2017.

 

« L’écrivain Sebastian Barry livre en effet une fresque puissante, une épopée au souffle terriblement romanesque où il n’épargne à ses héros ni la faim ni le froid ni l’horreur. Mais la voix de Thomas McNulty ne perd jamais de son humanité, ce qui rend si bouleversant ce récit qui lie épique et intime dans un style spontané et souvent poétique. »

 

« Une rencontre sous une haie. Les nuages noirs du Missouri se sont fendus pour déverser un déluge sur deux garçons qui se sont réfugiés sous le même bosquet. L’un et l’autre ont déjà fui bien pire que les colères mouillées des cieux. Lorsque la terre de son père a fini par s’épuiser, John Cole a quitté seul la Nouvelle-Angleterre pour filer vers l’ouest et ses promesses d’une vie meilleure. Thomas McNulty vient de beaucoup plus loin, de Sligo en Irlande où il a vu mourir toute sa famille pendant la disette de 1847. À 13 ans, il a embarqué à destination du Canada dans les cales d’un bateau où des Irlandais faméliques ont péri par centaines pendant la traversée. Dans le Nouveau Monde, sa vie n’a pas plus de valeur que dans l’Ancien. « Ça vous donne une idée de mon bonheur d’avoir croisé John Cole, explique Thomas McNulty. C’était la première fois que j’avais l’impression d’être à nouveau humain. » Ces deux fétus de paille ballottés par l’histoire deviennent tout l’un pour l’autre: ami, famille, amour. »

 

Corinne Renou-Nativel la Croix

 

« C’est à la fois le livre d’un père à son fils, mais aussi d’un petit-fils à son grand-père. »

 

  • Des jours sans fin s’appuie aussi sur une solide documentation, à propos des massacres des Indiens, puis de la guerre de Sécession. Comment avez-vous préparé ce roman ?
  •  

« Le matériau dont je me suis servi pour écrire ce livre fut un mélange de lectures et d’imagination. J’ai lu environ cent soixante ouvrages en un an, sans forcément prendre de notes, plutôt pour m’imprégner d’eux. Je suis allé aussi aux Etats-Unis, dans le Tennessee entre autres. Tout ça fut bien sûr nécessaire, mais ce n’est pas ce qui a donné vraiment naissance au roman. Dans mes lectures, c’était souvent les toutes petites choses qui me nourrissaient. »

 

  • Vous évoquez la voix de Thomas mais, justement, sa langue simple et candide, sa syntaxe sont particulières...
  •  

Quand on parvient à attraper la syntaxe et la manière de parler d’un personnage, c’est comme si l’on avait accès à son cœur et à son âme. J’ai passé trente ans à étudier la langue anglaise. Longtemps, les Irlandais ont été obligés de parler anglais. Je me suis donc interrogé sur l’évolution de cette langue au Royaume-Uni dans les années 1850, mais aussi sur ce qu’elle est devenue quand les Irlandais sont partis pour les Etats-Unis, avec les métissages qu’elle a connus. Ensuite, il faut faire confiance au personnage qui, un jour, se met à s’exprimer comme ça et pas autrement. Là, il faut l’écouter.

 

Lire ICI

 

 

« Au fond de nous, on savait que la mission, ça serait les Indiens. Les colons de Californie voulaient qu’on les en débarrasse. Il les voulaient plus en travers de leur chemin. Alors, bien sûr, les soldats avaient pas le droit aux primes, mais un haut gradé avait accepté de donner un coup de pouce. Deux dollars le scalp d’un civil, c’était quand même pas rien. Une façon amusante de gagner de l’argent pour le jouer aux cartes. Des volontaires partiraient en mission, tueraient pour environ soixante dollars et ramèneraient les corps ».

 

« Puis la mission a pris fin on entendait plus que les pleurs des survivants et les terribles gémissements des blessés. La fumée s’est dissipée, et on a enfin pu voir notre champ de bataille. Mon cœur s’est tapi dans le nid formé par mes côtes. Il y avait là uniquement des femmes et des enfants. Pas un seul brave. On était tombés sur la cachette des squaws, le refuge qu’elles avaient trouvé pour échapper à l’incendie et à la tuerie. J’étais épouvanté et étrangement outré, surtout envers moi-même, car j’avais ressenti un étrange plaisir dans cet assaut ».

 

« L’aide-soignant, qui était tout ce dont on disposait à l’époque comme médecin, faisait ce qu’il pouvait, mais à part éponger, y avait pas grand-chose à faire. Tous les tuyaux dans le ventre du sergent étaient foutus, la merde lui sortait parfois par la bouche comme si elle avait perdu le sens de l’orientation dans les plaines de son corps ».

 

« On a pas envie que ça arrive. On refuse qu’une histoire de défaite remonte jusqu’au Nord. Voilà le genre de petites choses auxquelles on pense. Il y a aussi cette étrange terreur qui nous fait mal au ventre. Qu’on a rempli de porc salé et de biscuits. Certains doivent déféquer, mais les latrines sont trop loin derrière. Quand vous rotez, la nourriture remonte dans votre gosier comme si elle voulait à nouveau saluer le monde. Vous pissez dans votre froc, aussi. La vie de soldat, c’est ça. Maintenant, on bien les troupes des Fédérés, la bannière de chaque régiment, eux aussi ont une cavalerie qui approche lentement. Il déploient leurs forces, on imagine  les colonels tenter de maintenir tout ça en ordre. Le cousin de l’ordre, c’est le chaos…Chaos et ordre, ça fait partie de la même famille. On sent presque le sol trembler sous nos pieds. Pendant qu’il s’assure que les hommes sont en position, ce pauvre Starling Carlton vomit son porc à grands jets. Il perd pas une seconde pour autant, et il se moque qu’on le voie. Il essuie sa bouche sale et lâche rien. La terreur est la cousine du courage, aussi. »

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16 février 2018 5 16 /02 /février /2018 07:00
Cultures et nature : « La terre entre les plants était une surface uniforme, désherbée : la steppe après le passage de la cavalerie gengiskhanide. »
  • Vous portez sur les paysages un regard plutôt scientifique, de botaniste, de naturaliste, de géologue…

 

  • J’ai une formation de géographe, et j’aime beaucoup Vidal de La Blache quand il explique que nous croyons être les régents de l’histoire, alors que nous sommes d’abord les disciples du sol. Le fait de marcher à travers cette extraordinaire mosaïque climatique, géologique, écosystémique de la France, m’a confirmé dans cette idée. Je ne crois pas qu’on soit tout à fait le même quand on vit dans le calcaire que lorsque l’on vit dans le granit.

 

« Le monde devint mauve. Un plateau de lavande, Valensole? Non, une place d'armes ! Les rangs étaient alignés, militaires. Les plantations intensives d'hévéas en pleine Malaisie procuraient le même sentiment de mise en ordre. Ici, le pinceau paysan avait produit une toile parfaitement lissée, brossée de longs à-plats acryliques où naissait la perspective de la rentabilité. La terre était cimentée, lavée de produits chimiques, domestiquée pour les besoins de la parfumerie et de la production de miel. La lutte contre les insectes avait été remportée. On y avait gagné un silence de parking. Il n'y avait pas un vrombissement dans l'air.

 

Et moi je divaguais dans ces rainures bleutées avec des pensées de Parisien stupide, admiratif des insectes. Elles auraient fait ricaner les producteurs qui craignaient, malgré des décennies de napalm, les attaques des cicadelles sur les plants.»

 

[...]

 

« Au pied de la colline du Cheval Long apparurent les premières vignes sulfatées, industrielles. La terre entre les plants était une surface uniforme, désherbée : la steppe après le passage de la cavalerie gengiskhanide. Les grappes étaient lourdes de grains identiques, dopées de chimie. Ces vignes-là étaient parfois lardées de parcelles où des herbes folles poussaient entre des pieds moins conformes : celles-là étaient des vignes d’appellation biologique, sans traitement chimique. Elles offraient du vin qui rendait les matinées moins douloureuses au buveur. Un vin à faire boire sans crainte aux petits enfants. »

 

Sylvain Tesson

Sur les chemins noirs

 

 

  • L’homme qui arrive dans le Cotentin est différent de celui parti du Mercantour ?

 

  • D’abord, je m’étais reconstruit physiquement par cette belle activité, très simple, très pure, et probablement fondatrice, qu’est la marche. Deuxièmement, j’avais porté un regard sur un pays que je ne connaissais pas, la France, et j’avais pu me rendre compte de la disparition d’une catégorie de population, les paysans, ceux-là même qui ont forgé le visage de la France. Ils nous lèguent quelque chose qui s’appelle le paysage, et ils ne seront plus jamais là pour nous l’expliquer. Troisième leçon, c’est qu’il est possible de traverser le pays en se glissant dans les interstices grâce à un outil très simple, la carte au 1/25000e, cette carte au trésor qui nous révèle les chemins de traverse. J’ai essayé de bâtir un texte autour de cette idée qu’il y avait une forme d’accomplissement intérieur de la pensée, de l’équilibre, du sentiment d’être à la verticale de soi-même, à condition de se tenir sur ces chemins où on est autonome, libre, environné par la beauté des paysages.
  •  

Il y a plus de virus dans les plantes cultivées que dans les végétaux "sauvages"

SCIENCES ET AVENIR  Par Loïc Chauveau le 10.02.2018 à 06h00

 

HYPOTHESES. Les virus se diffusent plus facilement quand ils sont en présence d'une population –animale, humaine ou végétale- ayant un même patrimoine génétique. C'est ce que confirme une étude que vient de publier la revue d'écologie microbienne ISME Journal. De plus, une hypothèse ancienne vient d'être validée : les maladies virales qui représentent 50% des maladies émergentes chez les plantes, sont plus fréquentes au sein des zones cultivées qu'au sein des zones non cultivées. "L'idée a été de comparer la biodiversité de virus présents dans des agrosystèmes où les plantes sauvages voisinent avec les cultures", explique Philippe Roumagnac, chercheur au Cirad et co-auteur de l'article.

 

Grâce à une bourse Marie-Curie de l'Union européenne, ce phytopathologiste a pu travailler deux ans en Afrique du sud dans la région floristique du Cap, une zone où la culture des céréales voisine avec le Fynbos un milieu naturel au fort taux d'endémisme. Les chercheurs ont défini dans la nature des points de collecte où les plantes les plus répandues ont été prélevées. Par analyse génétique, ils ont ensuite identifié les différentes familles de virus présentes sur les plantes sauvages et les céréales cultivées. Puis retour en France, où la même démarche de prélèvements et de séquençage génomique a été effectuée sur des plantes sauvages de Camargue voisinant avec les rizières intensives du delta du Rhône. Et les résultats ont été comparés.

 

La concentration d'êtres génétiquement proches favorise les épidémies

 

SAUVAGES. Premier enseignement : les plantes cultivées sont plus fréquemment infectées par des virus que les plantes sauvages. "En écologie virale, c'était une affirmation qui n'avait jamais été vérifiée", précise Philippe Roumagnac. La concentration dans un même endroit d'individus ayant le même patrimoine génétique favorise la diffusion d'agents pathogènes ou non. Les maladies humaines sont ainsi apparues au moment de l'apparition de l'agriculture qui a poussé les hommes à se regrouper dans des villages, favorisant ainsi les épidémies. "

 

Que ce soit en Afrique du Sud ou en France, nous constatons par ailleurs la présence d'au moins 19 familles de virus ainsi qu'une distribution similaire entre sauvages et cultivées", poursuit Philippe Roumagnac.

 

Le fait qu'il s'agit des mêmes familles, voire des mêmes espèces virales entre milieux naturel et cultivé démontre qu'il y a des échanges importants entre ces deux compartiments du paysage. "Or, contrairement aux espèces cultivées, les virus des espèces sauvages ont jusqu'ici été très peu étudiés et on aurait tout intérêt à s'intéresser à la grande quantité de virus présents dans les zones bordant les parcelles agricoles pour mieux comprendre l'émergence des maladies des plantes", assure le chercheur. L'étude montre en effet qu'en Afrique du Sud comme en Camargue, 80% des nouveaux virus révélés par les analyses génétiques proviennent des plantes sauvages.

 

Mieux connaître les virus des plantes sauvages permettrait de mieux endiguer les maladies émergentes

 

AGRO-ECOLOGIE. Depuis un siècle et la découverte du tout premier virus, le virus de la mosaïque du tabac à la fin du XIXe siécle, la recherche s'est concentrée sur les virus des plantes cultivées pour connaître leurs effets pathogènes car 50% des maladies émergentes sont d'origine virales. Sur les 1400 espèces de virus des plantes répertoriées par le Comité international de taxonomie des virus, 10% seulement proviennent de plantes sauvages. "Notre connaissance du monde des virus des plantes reste donc extrêmement partielle en termes de diversité, mais aussi en termes de répartition à l'échelle de l'agroécosystème, souligne Denis Filloux, chercheur en virologie végétale au Cirad. Ce manque de connaissances représente un écueil dans la compréhension du fonctionnement global des agrosystèmes, et dans la définition et la quantification des facteurs de risque d'émergence de nouvelles maladies virales des plantes ou la définition de stratégies de lutte contre ces maladies".

 

Mieux connaître les espèces de virus, savoir quelles plantes-hôtes ils préfèrent, cartographier leurs aires de répartition, pourrait permettre à terme de gérer les paysages agricoles pour empêcher la survenue et la diffusion des maladies virales. " Une meilleure connaissance des virus donnerait ainsi à l'agroécologie un moyen supplémentaire de contenir les maladies en favorisant par exemple les mélanges variétaux ou la culture simultanée de diverses espèces végétales" conclut Philippe Roumagnac.

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28 janvier 2018 7 28 /01 /janvier /2018 07:00
Tanger, à l’entrée du plus grand bordel méditerranéen le Trou Ben Charki les femmes, appelaient le passant : «Un coup pour une pipe de kif ! Un coup pour une pipe de kif !»

« Les continents s’y frôlent, les eaux s’y rejoignent, les destins s’y côtoient. Candidats au départ, passeurs ou exilés se retrouvent à Tanger, dans une étrange proximité – tous ont rêvé, tous ont eu, ou ont encore, un ailleurs en tête. »

 

Clémence Boulouque

 

« Des côtes sud de l’Espagne, d’Algésiras, de Gibraltar, on aperçoit là-bas, sur l’autre rive de la mer, Tanger la Blanche.

 

Elle est tout près de notre Europe, cette première ville marocaine, posée comme une vedette sur la pointe la plus au nord de l’Afrique ; en trois ou quatre heures, des paquebots y conduisent et une grande quantité de touristes y viennent chaque hiver. Elle est très banalisée aujourd’hui, et le sultan du Maroc a pris le parti d’en faire demi-abandon aux visiteurs étrangers, d’en détourner ses regards comme d’une ville infidèle.

 

Vue du large, elle semble presque riante, avec ses villas alentour bâties à l’européenne dans des jardins ; un peu étrange encore cependant, et restée plus musulmane d’aspect que nos villes d’Algérie, avec ses murs d’une neigeuse blancheur, sa haute casbah crénelée, et ses minarets plaqués de vieilles faïences. »

 

Pierre Loti Au Maroc

 

«  J’aurais voulu m’embarquer pour Tanger. Les films et les romans ont fait de cette ville un lieu terrible, une sorte de tripot où les joueurs marchandent les plans secrets de toutes les armées du monde. De la côte espagnole, Tanger me paraissait une cité fabuleuse. Elle était le symbole même de la trahison. »

 

Jean Genet Journal d’un voleur © éditions Gallimard 1949

 

« Le débarquement est difficile, surtout par gros temps et c’est un spectacle fort divertissant que de voir les dames, effrayées par les lames, au bas de l’échelle de coupée, un pied dans le vide, attendre le moment de sauter dans une méchante vedette tandis que des indigènes leur tendent une main noire qu’elles hésitent à saisir. Sur le quai, des guides et des drogmans vêtus de gandouras et de chemises vert tendre, bleu pâle ou saumon, soutachées de broderies d’argent, s’emparent des touristes avec autorité. Leur tête rasée est coiffée d’un fez si rouge, leurs pieds sont chaussés de belles babouches qu’ils en profitent pour imposer leur compagnie aux plus indépendants. Il y a dix ans encore on ne visitait Tanger qu’à dos d’âne ou de mulet, aujourd’hui on grimpe en Ford jusqu’à quartier arabe. »

 

Paul Morand Méditerranée, mer des surprises, in Voyages © éditions du Rocher 1991

 

PAUL BOWLES & PATTI SMITH EN 1997

 

« Le climat était à la fois rude et langoureux. Au mois d’août, le vent sifflait dans les palmiers, faisait frémir mes eucalyptus et bruire les jonchaies qui bordaient les rues. Tanger n’était pas encore entrée dans l’ère automobile. Il y avait toutefois quelques taxis qui stationnaient à côté des calèches dans le grand Socco, et Aaron et moi en prenions un tous les soirs pour regagner la maison après le dîner. L’absence de circulation permettait de s’installer à une terrasse de café sur la place de France, avec pour tout bruit de fond, le chant des cigales dans les arbres. De même, la radio n’était pas encore arrivée au Maroc, on pouvait s’asseoir dans un café en plein centre de la médina et n’entendre  que le bruit de centaines de voix humaines. »

 

Paul Bowles  Mémoires d’un nomade © Quai Voltaire 1989

 

« Une Européenne pas jeune, fardée, sale, qui a le goût maniaque de ce qui pendouille, s’effiloche, cheveux, nattes, manteaux, sacs et jupes à franges, traverse le petit Socco. La Toute-Pendouillante est une « magicienne soviétique » (me déclare sans ciller un garçon).

[…]

« Le mioche de cinq ans, en petit pantalon, chapeau tape sur une porte – crache – se touche le sexe. »

[…]

« Au petit Socco, en juillet, la terrasse est pleine de monde. Vient s’asseoir un groupe de hippies, dont un couple ; le mari est un gros blondasse nu sous une salopette d’ouvrier, la femme est en longue chemise de nuit wagnérienne ; elle tient à la main une petite fille blanche et molle ; elle la fait chier sur le trottoir, entre les jambes de ses compagnons qui ne s’en émeuvent pas. »

 

Roland Barthes Incidents © éditions du Seuil 1987

 

« Le Ciné-Américano était à l’entrée du plus grand bordel méditerranéen le Trou Ben Charki. Tout le pâté de maisons, une bonne dizaine de ruelles, était entièrement occupé par des prostituées. Il y avait des filles partout dans les rues. À l’entrée des escaliers, juste après le cinéma, se tenaient parfois, quand des bateaux de guerre mouillaient dans la baie, deux soldats noirs, des marines US, ceinturon et guêtres blanches, qui montaient la garde à la porte du quartier. Après les escaliers quand on était passé sous la porte andalouse, on tombait dans un décor à la Satyricon. Les hommes et les femmes s’embrassaient dans les rues, ils buvaient fumaient du kif dans de longues pipes, ils draguaient et couraient dans tous les sens. Il y avait des scènes d’amour dans l’encadrement des portes. Devant chaque maison, les femmes, habillées à la marocaine, appelaient le passant : « Un coup pour une pipe de kif ! Un coup pour une pipe de kif ! »

 

Daniel Rondeau Tanger et autres Maroc © Nil éditions 1987

 

 

Tanger ? C’est à deux jours de Marseille, en bateau ; charmante traversée, qui vous fait longer la côte d’Espagne. Et il s’agit pour vous échapper à vous-même, alors pas d’hésitations, venez ici. Couronné de collines, tourné face à la mer, ce promontoire haut et blanc, qui semble se faire une traîne de toute la côte africaine, est une ville internationale au climat excellent, huit mois sur douze ; en gros, de mars à novembre. Des plages magnifiques ; des étendues vraiment peu ordinaires de sable doux comme du sucre en poudre, et de brisants. Et – si vous avez du goût pour ce genre de choses – la vie nocturne, bien que ni particulièrement innocente ni spécialement variée, dure du crépuscule à l’aube. Ce qui, lorsqu’on réfléchit que la plupart des gens font la sieste tout l’après-midi, n’est pas trop anormal. Pour le reste, presque tout, à Tanger, est anormal et avant de partir, il vous faudra veiller à trois choses : vous faire vacciner contre la typhoïde, retirer toutes vos économies de la banque, dire adieu à vos amis. Dieu sait si vous les reverrez jamais. Je parle sérieusement. Le nombre alarmant, ici, des voyageurs qui ont débarqué pour un bref congé ; puis s’y sont établis ; puis, ont laissé passer les années. Car Tanger est une rade, et qui vous enserre ; un lieu à l’abri du temps. Les jours glissent le long de vous, sans que vous les aperceviez plus que les gouttes d’écume sur une cascade. C’est ainsi, j’imagine, que passe le temps dans un monastère : sans se faire remarquer, d’un pied chaussé d’une pantoufle. D’ailleurs, les deux institutions que sont Tanger et un monastère ont un autre point commun : le fait de se suffire à soi-même. »

 

Truman Capote Impressions de voyages Gallimard® 1990

 

Extrait de :

 

Tanger, à l’entrée du plus grand bordel méditerranéen le Trou Ben Charki les femmes, appelaient le passant : «Un coup pour une pipe de kif ! Un coup pour une pipe de kif !»
LE MYTHE DE TANGER

 

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24 janvier 2018 3 24 /01 /janvier /2018 06:00
Non aux plats de punition à prix flagellant vive le méli-mélo d’oreilles, de joues, de museau de cochon : Sisig en philippin.

François Simon a la plume assassine avec la volaille germanopratine :

 

« On retrouve là une population bien spécifique, éludeurs de sujets, éviteurs de bouffe, laines d’Ecosse 2018, soldes privés Caravane, fausses Sarah Lavoine… C’est un petit bijou de clientèle, tournant autour du pot, demandant que les nourritures ne gigotent pas, que, par pitié, elles restent là où elles sont. Dans l’assiette, donc :

 

« Des plats de punition, réduits au minimum, à prix flagellant, comme ce bol d’épinards, radis noir, graines de courge, avocat et poulet (14,50 €). Ne soyez pas effrayés, malgré l’intitulé, il n’y a quasiment rien dans le bol, pas même de goût, si ce n’est le poulet, avec sa petite saveur de frigo.

 

lorsque l’on sort, on a la radieuse sensation de n’avoir pas mangé, d’être resté dans l’entre-soi, grâce aux additions capitonnées.

 

Ça va faire plaisir au bedonnant de Barcelone, qui ne met jamais les pieds à Paris, ce qui ne l'empêche pas de nous baver dessus, lui qui n’aime rien tant les pieds de cochon ; moi aussi les amis c’est pour cette raison que ce matin, face à cette nourriture de pénitence pour anorexiques, j’ai décidé de promouvoir un plat populaire d’origine philippine : le Sisig !

 

Le sisig, c'est un plat au goût umami. Ce cinquième goût au nom japonais est donné par l'acide glutamique. On le retrouve dans le fromage, les champignons, les tomates mûres et beaucoup de plats asiatiques. Assez difficile à décrire pour les occidentaux, cette saveur serait responsable de notre plaisir insatiable à consommer des aliments comme le bacon, les frites ou le fromage. Umami signifie "délicieux" en japonais.

 

Le sisig. "Je pense que le sisig est parfait pour se faire une place dans les cœurs et les esprits du monde entier", poursuit le chef.

 

Le sisig, qu'est-ce que c'est ?

 

DONDI TAWATAO / REUTERS
Ce plat philippin à b

 

C’est du porc, du porc et du porc…

 

C’est surtout un méli-mélo de porc. « Le sisig est un hachis de porc fait avec les oreilles du cochon, les joues et le museau", explique Philippe Garcesto, directeur d'un restaurant philippin new-yorkais. Ajoutez-y aussi un peu de foie et de langue de porc parce que pourquoi pas.

 

Avant d'être servi dans votre assiette avec du riz à l'ail, ce mélange de bouts de cochon est bouilli, grillé, frit puis servi chaud avec un œuf cru par-dessus.

 

 

Comment faire du sisig

 

Originaire des cuisines de Pampanga aux Philippines, le sisig est un plat composé de morceaux de viande de porc qui sont cuits dans de l'eau bouillante avant d'être grillés puis frits avec des épices, du jus d'ananas et des légumes. Pouvant être servi à l'apéritif ou comme plat principal d'un repas, le sisig est aujourd'hui une spécialité populaire que l'on peut trouver dans de nombreux pays du monde. L'élaboration de ce mets se fait en 2 temps : la cuisson de la viande et la préparation du sisig (un mélange de différents ingrédients).

 

Lire ICI

 

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23 janvier 2018 2 23 /01 /janvier /2018 00:06
Louis Aragon au congrès de l'Union de la gauche du 1er décembre 1972. © Gilles Peress/Magnum Photos

Louis Aragon au congrès de l'Union de la gauche du 1er décembre 1972. © Gilles Peress/Magnum Photos

« Le baron Philippe est l’arrière-petit-fils de Nathaniel de Rothschild (branche anglaise). C’est lui qui acheta en 1853 la propriété de Mouton qui a fait de Philippe un vigneron prospère. Toujours fastueux, il nous invita à y passer trois jours.

 

 

Le château de Mouton – nom qui dérive, aime à dire son propriétaire, du vieux mot français « mothon », signifiant « petite colline » – est situé en plein cœur du Médoc, cette bande de terre à gauche de la Garonne d’où jaillissent les plus célèbres vins du monde. Nous y arrivâmes par un de ces jours glorieux de septembre, le soleil se couchant au ras des vignes tirées au cordeau, soignées comme un jardin à la française, qui enserrent le château. Autrefois, un chemin communal coupait le domaine. Le baron – ce qui n’est pas donné au commun des mortels – l’a racheté à la municipalité. Tout aujourd’hui est « d’un seul tenant » pour obéir à cette obsession des grandes familles rurales. Au centre, Petit-Mouton est une bâtisse romantique à véranda dont la laideur début de siècle se trouve cachée par la vigne vierge et des cèdres exubérants. Nous coucherons dans les communs, les anciennes granges de la ferme attenante somptueusement transformée ; l’un dans la « chambre chinoise », l’autre dans la « chambre aux singes » (1)

 

À peine sommes-nous descendus de voiture que Philippe de Rothschild nous convie à sa piscine, couverte et chauffée, où nous apprenons entre deux brasses le nom des autres invités, dont un membre du bureau politique  du Parti communiste français : Louis Aragon, rencontré lors d’un précédant voyage… Nous reconnaîtra-t-il en ces lieux ?

 

Nous serons fixés le soir même, au dîner. En djellaba et mules de tapisserie, le baron accueille ses invités. Aragon fait son entrée le dernier, le regard bleu vacille un instant… dira, dira pas, Finalement il jette à l’un d’entre nous : « Celui-là, je le connais… » On passe à table, couverte de bouquets savamment dressées par une décoratrice florale préposée à cette tâche. À côté de chaque convive, le menu dont, pour votre édification nous citerons les vins : avec l’entrée, un cheval-blanc 1959, avec le rôti, mouton-rothschild 1949 et 1916 (celui-là, quel souvenir !) et, avec le dessert, yquem 1921.

 

La conversation se déroule de façon un peu chaotique parce qu’Aragon, qui se veut le centre d’intérêt principal de la soirée, devient sourd, ce qui oblige Philippe et ses invités à crier et rend difficile le dialogue. À cause de cette infirmité ou par choix délibéré, le poète est parfois absent, d’où une atmosphère un peu irréelle. À quelques traits, on voit cependant apparaître certaines réminiscences de son époque surréaliste : « est-ce que vous connaissez la talmouse ? » demande Aragon au passage d’un plat. (2) « Est-ce qu’on peut en emporter la peau pour faire une descente de lit ? » répond Rothschild sur le même ton guilleret. Aragon : « ce n’est pas un animal, c’est un plat. » « Qu’est-ce qu’il y a dedans ? » demandent les autres. « Vous le saurez en mangeant », conclut Aragon.

 

Peu avant le dessert, la conversation devient politique. À une allusion de Rothschild qui semble impliquer les communistes, Aragon lance superbe : « Tu ne connais pas la cause que je sers ! »

 

Il est ensuite, question de la dernière guerre. Le poète qui, avant qu’elle ne fût déclenchée, « conchiait l’armée française » dans un texte célèbre, évoque aujourd’hui ses souvenirs farfelus d’adjudant-médecin et de confident du colonel de son régiment ; « un officier très convenable » : « Au fond, j’aimais assez le milieu militaire. »

 

Comme dans bien des conversations mondaines, on saute les époques et l’on en vient à Malraux : Aragon raconte que Malraux, à la Libération, était persuadé qu’il le recherchait dans tout Paris avec un pistolet pour l’abattre. « Quand il était Ministre de la Culture, nous nous sommes vus souvent en secret, chez Gallimard. » Un silence, puis avec le sourire du mystificateur qu’Aragon redevient ou qu’il n’a jamais cessé d’être, il ajoute : « J’ai pu dissiper  cet affreux malentendu… »

 

Autre histoire, celle de la visite de Brejnev à Paris : « J’ai eu avec lui un entretien particulier de vingt minutes. Les ambassadeurs, les membres du Bureau politique faisaient le pied de grue, dans les salons. Un camarade n’a pas supporté cet aparté et s’est précipité pour l’interrompre, c’était Jeannette Vermeersch. Brejnev lui a dit « Attends, camarade, je n’en ai pas fini avec Louis Aragon ! »

 

Après le dîner, nous passons au salon : celui de Petit-Mouton est Napoléon III. Rouge étouffant des rideaux, au sol un gigantesque tapis de la Savonnerie représente « Badinguet » et la reine Victoria, se donnant la main pour célébrer l’avènement du libre-échange et le traité de commerce franco-anglais. Aux murs, l’arrière-grand-père Nathaniel et Philippe en garçonnet. Aragon, assis dans un fauteuil crapaud contemple l’assistance et le décor et lance à Philippe : « Ça donne envie de jouer aux billes. » Suit un numéro où il est question de découvertes faites chez les antiquaires. Avec un soupir, le poète déclare : « c’est difficile de rivaliser avec toi. Je n’ai qu’un seul objet – une statuette de l’époque de Cromwell – qui m’a été donnée par une admiratrice. Je l’avais découverte dans une boutique, mais son prix dépassait mes possibilités. Un mois plus tard, je reçois une lettre avec la statue : « Maître, je n’avais pas compris qu’elle vous intéressait. Prenez-la ! »

 

La soirée terminée, nous regagnons nos chambres où nous retrouverons notre linge repassé, nos boutons recousus – et nos esprits. Où étions-nous ! Ailleurs », assurément. Mais n’est-ce pas toujours ainsi chez les Rothschild, et cela dès la naissance ? »

(1) la dénomination des chambres du château est fonction de leur décor : papier, tentures, mobilier;

 

(2) le sieur Poireau sait !

 

André Harris et Alain de Sédouy Les Patrons Seuil 1977

 

 

André Harris commence sa carrière comme journaliste à Europe 1 en 1960. Il rejoint l'ORTF en 1963 pour diriger le service politique du journal télévisé. Là, il rencontre Alain de Sédouy, son compère de toujours (on dira «Harris et Sédouy» comme Laurel et Hardy), avec lequel il conçoit un magazine baptisé Zoom. Le tandem bouillonne d'idées. Mais ces idées butent sur le conformisme ambiant. Nous sommes dans cette période pré-soixante-huitarde de la France qui s'ennuie, qui remâche l'histoire officielle, exalte une mythologie lénifiante de la France résistante. Les deux hommes rêvent de remuer le traitement de l'Histoire à la télévision. Ils veulent rompre avec son travers héroïsant. Ils travaillent sur une série qui raconterait l'histoire contemporaine aux français. Mais ils ont à peine lancé un épisode, Munich ou la paix pour cent ans, réalisé par Marcel Ophuls, que Mai 68 arrive. C'est là que Harris et Sédouy se font «virer à grands coups de pied dans le cul». «A l'époque, expliquait Harris à Libération en 1995, le pouvoir ne savait pas bien manipuler la télévision. Pour de Gaulle c'était une niaiserie moderne, peut-être n'avait-il pas entièrement tort d'ailleurs.»

Après son «éjection» de l'ORTF, la traversée du désert aurait pu être longue. Mais Harris n'est pas homme à scruter l'horizon en attendant les Tartares. Dès 1969, poursuivant l'obsession faulknérienne du «passé qui n'est pas passé», il entame l'écriture du Chagrin et la Pitié avec Marcel Ophuls, en Suisse. Ce documentaire, qui subvertit la version officielle de l'histoire de France sous l'Occupation, sort en salles en 1971. Il choque. «Pas tellement les résistants qui étaient bien placés pour savoir, disait Harris, mais plutôt ceux qui préféraient qu'un brouillard épais demeure sur cette période.» Le film ne passera à la télévision qu'en 1981, après l'élection de Mitterrand. Entretemps, il réalise d'autres oeuvres maîtresses comme le fameux Français, si vous saviez (1972), qui a scotché devant leur écran une génération de téléspectateurs fascinée par cette chronique sociale et historique, puis Pont de singes (1976) et les Enracinés (1981).

 

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21 janvier 2018 7 21 /01 /janvier /2018 06:00
Ben Affleck et Chris Messina dans « Live By Night » . Claire Folger

Ben Affleck et Chris Messina dans « Live By Night » . Claire Folger

Pour Noël, « offrez des livres ! Ils s’ouvrent comme des boîtes de chocolats et se referment comme des coffrets à bijoux » signé Bernard Pivot sur Twitter.

 

Démonstration !

Dans mes sabots j’ai reçu La saga des Coughlin de Dennis Lehane.

 

 

Un pavé de 1.700 pages bien emplies, du lourd donc, y compris pour lire au lit.

 

Les éditions Rivages ont eu l’excellente idée il y a deux mois de réunir les trois romans en un seul volume.

 

J’avoue humblement que j’ignorais que Dennis Lehane fut un des maîtres du polar étasunien.

 

Je consulte Libé :

 

Harlan Coben, George Pelecanos, Dennis Lehane : voilà la tierce majeure du roman noir américain actuel.

 

En termes de ventes, le New Jersey boy Coben, 55 ans, caracole en tête, écriture et intrigues «fais-moi peur» réglées comme du papier à musique. En termes d’aura critique, le Washingtonien Pelecanos, 60 ans, truste les aficionados, grâce notamment à son tandem avec le scénariste David Simon qui semble avoir le génie des séries cultes hyperréalistes : Sur écoute dans un Baltimore vérolé par la criminalité, Tremesur la Nouvelle-Orléans post-ouragan Katrina et maintenantThe Deuce, immersion dans le milieu porno new-yorkais des années 70. Et, entre les deux, il y a Dennis Lehane, 52 ans, de Boston. Le plus discret, le plus taiseux, et le plus surprenant - partant, le plus intrigant.

 

Lehane, depuis le départ, est passablement imprévisible, pour le meilleur comme le moins bien.

 

Dans La saga des Coughlin on suit les hommes d’une famille américaine, de ses débuts dans les forces de l’ordre à Boston jusqu’à Miami pendant la prohibition et à l’après seconde guerre mondiale, quand les hors-la-loi, les bandits sont fatigués. Je vous en dis le minimum, sachez simplement que c’est une belle, une flamboyante, une mélancolique histoire de mafieux. On ne lâche pas le pavé jusqu’à la dernière page.

 

Les Coughlin, des Irlandais, Thomas le Père, haute personnalité de la police bostonienne, corrompu mais propre sur lui, Danny flic aussi, forte tête, Connor, l’intello, au bel avenir brisé et le petit dernier Joe, qui deviendra un hors-la-loi qui voisinera Meyer Lansky et Lucky Luciano…  

 

Extrait page 809 les flics de Boston cassent du bolchevik alors que d’autres flics ont déclenchés la première grève de la police, tous d’origine irlandaise !

 

Mémorial de la famine à Dublin

 

« Dieu sait pourtant que le spectacle était tout sauf réjouissant ! Autour de lui, il ne voyait que des visages transformés en masques répugnants, parmi lesquels ceux de ses compatriotes – des faces aussi typiques de l’Irlande de la pomme de terre et de l’excès d’ivresse. Sur leurs traits crispés se lisaient autant de fureur que d’autoapitoiement. Comme s’ils avaient le droit de se livrer à de tels débordements ! Comme si ce pays leur devait plus que ce qu’il avait accordé à Thomas lorsqu’il était descendu du bateau – à savoir, une nouvelle chance. Il aurait voulu les repousser jusqu’en Irlande, directement dans les bras aimants des Anglais, les renvoyer à leurs champs arides, à leurs pubs nauséabonds et à leurs femmes édentées. Ce pays de grisaille ne pouvait leur offrir que la mélancolie, l’alcoolisme et l’humour noir des éternels vaincus ; alors ils étaient venus ici, dans l’une des rares villes au monde prête à les traiter sur un pied d’égalité. Pour autant, se comportaient-ils en Américains ? Manifestaient-ils respect ou gratitude envers leur pays d’adoption ? Oh non. Ils agissaient comme ce qu’ils étaient : les nègres de l’Europe. Comment osaient-ils ? Quand tout serait terminé, songea Thomas, il faudrait au moins une décennie aux bons Irlandais tels que lui pour réparer les dégâts causés en deux jours par cette populace enragée. Soyez maudits ! songea-t-il en continuant à les mener vers le point stratégique. Soyez maudits pour avoir encore une fois souillé notre peuple. »

 

«  Dennis Lehane sort en 2012, « Live By Night » (« Ils vivent la nuit » dans l’édition française), il restitue toute l’atmosphère de la prohibition et du trafic de rhum entre la Jamaïque et les États-Unis au milieu des années 1920 à travers une famille d’irlandais, les Coughlin, où l’on est soit truand, soit flic. Comme Ellroy, il cherche à montrer une autre histoire de l’Amérique, celle des oubliés, des laissés pour compte de la version officielle, des soldats inconnus du roman national. Son précédent roman, « Un pays à l’aube » (2008), réussissait déjà ce challenge en nous contant une grève des policiers à Boston à la fin de la Première Guerre Mondiale et qui tourne à l’émeute, au moment où les Etats-Unis s’apprêtaient à devenir la puissance mondiale que l’on sait. En mélangeant gens de peu (les Coughlin, des émigrés irlandais) et personnages connus (John Edgar Hoover, le futur chef du FBI de 1924 à 1972), Dennis Lehane entremêle les fils d’un récit qui n’a que peu à voir avec celui décrit dans les manuels d’Histoire et torpille à coup de lutte des classes le fameux rêve américain. En s’appuyant sur les codes du roman policier (violence, rapidité, dialogue à l’emporte-pièce, description cinématographique, psychologie réduite au minimum, etc.), il permet à sa lectrice et à son lecteur d’entrer sans nostalgie mais avec intelligence dans une réalité brutale, où les cocus de l’Histoire, les perdants pas très magnifiques, ont presque toujours tenté d’inverser le cours des choses. En vain.

 

Chez Lehane, les hors-la-loi tourmentés ont la cote et il n’y a pas de héros; les bons tentent de faire simplement les moins mauvais choix dans un éventail d'options difficiles. La nature même de ce dilemme constituera un moteur pour Joe qui, naviguant avec succès entre politique et mafia dans un monde crépusculaire, tentera de conserver le peu de repères qui lui reste. Mais, tous ses efforts pour survivre seront vains et, dans une période où code d’honneur, amitié et sens de la famille se délitent, il paiera au prix fort toute une vie de péchés. »

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20 janvier 2018 6 20 /01 /janvier /2018 06:00
L’alouette, la gentille alouette va-t-elle disparaître sous l’impact des pesticides alors que des changements simples réduiraient leurs impacts négatifs sur la biodiversité

Mercredi matin alors que je pressais mes oranges pour mon petit-déjeuner j’entends sur France Inter que nous risquions, faute aux pesticides, de ne plus entendre le chant mélodieux de l’alouette, j’en suis presque tombé à la renverse.

 

La journaliste indiquait que ce cri d’alarme émanait de chercheurs du Centre d’Ecologie et des Sciences de la Conservation (CESCO : Muséum national d’Histoire naturelle / CNRS / UPMC – Sorbonne Universités) qui ont étudié l’impact sur les chauves-souris et les oiseaux de différentes pratiques agricoles.

 

« La biodiversité dans les campagnes subit une sévère érosion dont l'intensification agricole est une des causes majeures. Pourtant, très peu d'études ont jusqu’ici comparé les effets de changements précis dans les pratiques agricoles sur les groupes d’animaux situés au sommet des réseaux trophiques.

 

Leurs résultats mettent en évidence les impacts négatifs de l’utilisation d’herbicides et du travail du sol sur deux groupes d’animaux, qui témoignent aussi d’une plus large perte de biodiversité (insectes notamment).

 

La biodiversité dans les campagnes subit une sévère érosion dont l'intensification agricole est une des causes majeures. Pourtant, très peu d'études ont jusqu’ici comparé les effets de changements précis dans les pratiques agricoles sur les groupes d’animaux situés au sommet des réseaux trophiques, constituant de bons indicateurs biologiques et rendant des services écosystémiques considérables. Les chercheurs du Centre d’Ecologie et des Sciences de la Conservation (CESCO : Muséum national d’Histoire naturelle / CNRS / UPMC – Sorbonne Universités) ont ainsi étudié l’impact sur les chauves-souris et les oiseaux de différentes pratiques agricoles.

 

En comparant l'activité des chauves-souris sur différents champs de blé conventionnels et un champ biologique en Ile de France, les résultats d’une première étude, publiée dans la revue Ecology and Evolution, montrent que l’activité est plus importante dans le système biologique, ainsi que sur les exploitations conventionnelles où le travail du sol a été réduit. De plus, le bénéfice dû à la diminution du travail du sol s’avère nettement plus important lorsqu’on diminue les passages d’herbicides, sans que cela n’affecte les rendements. Dans une seconde étude, publiée dans Agriculture, Ecosystems and Environement et menée sur des exploitations conventionnelles, les résultats indiquent que l’effet de la réduction du travail au sol sur l’abondance des oiseaux agricoles dépend de la méthode de contrôle des adventices utilisée. En effet, lorsqu’un couvert herbacé est utilisé, l’abondance des oiseaux est nettement plus élevée ; tandis que l’usage uniquement d’herbicides lui est très néfaste.

 

Ces travaux mettent en évidence les impacts négatifs de l’utilisation d’herbicides et du travail du sol sur deux groupes d’animaux, qui témoignent aussi d’une plus large perte de biodiversité (insectes notamment). Or, des améliorations importantes peuvent être facilement réalisées en agriculture conventionnelle, passant par la diminution du travail du sol et les types de gestion des adventices qu’elle engendre. Des changements de pratiques qu’il devient urgent de promouvoir pour sauvegarder la biodiversité agricole.

 

C’est en anglais, nos chercheurs ne publient qu’en anglais.

 

Tillage and herbicide reduction mitigate the gap between conventional and organic farming effects on foraging activity of insectivorous bats 

Authors

  • Kévin Barré, Isabelle Le Viol, Romain Julliard, François Chiron, Christian Kerbiriou

 

Weed control method drives conservation tillage efficiency on farmland breeding birds 

 

Kévin Barré Corresponding author at : Muséum national d’Histoire naturelle, Centre d’Ecologie et des Sciences de la Conservation, UMR 7204 MNHN-CNRS-UPMC, 61 rue Buffon, 75005 Paris, France.

Isabelle Le Viola, Romain Julliarda, Christian Kerbirioua

 

 

 

L’Alouette des champs est un oiseau terrestre, qui construit son nid au sol et qui recherche sa nourriture en fouillant la terre, pour s’alimenter d’invertébrés et de petites graines. Largement répartie sur le territoire métropolitain, cette espèce se rencontre dans les milieux cultivés, les prairies, les steppes ou les alpages. Elle niche aussi bien dans les parcelles de céréales des plaines agricoles intensives que localement dans les prairies sèches à pâturage ovin extensif.

 

L’Alouette des champs est emblématique du déclin des oiseaux communs en milieux agricoles. En France comme en Europe occidentale, elle est victime de l’intensification des pratiques agricoles, marquée par une surcharge en bétail dans les pâtures, des travaux du sol plus fréquents, des densités de semis plus fortes et une utilisation abondante de pesticides. Elle est également chassée, en particulier dans le sud-ouest de la France.

 

Son déclin en France, lent mais régulier, s’est traduit par une perte de 20 % de ses effectifs en moins de 15 ans. Initialement identifiée en statut “Préoccupation mineure” lors de la première évaluation de la Liste rouge nationale, l’espèce est désormais classée dans la catégorie “Quasi menacée” suite à la réactualisation de son statut.

PÂTÉ D’ALOUETTES DE PITHIVIERS

 

« Pendant des siècles, les pâtés de Pithiviers constituaient une des gloires de la ville. Au XVIIIe siècle, ils sont proposés dans Le Gazetin du comestible, journal de vente par correspondance : « Pâtés d’Allouettes de Pithiviers – Il y en a à tous prix, depuis 3 l. jusqu’à 24 l. – ils sont très estimés & très connus ; on en fait aussi de canards, chapons, dindes, &c. » Encore au début du XXe siècle, Lambling qualifie les pâtés de mauviettes [alouettes] de Pithiviers de « très délicats » en précisant que « la bonne saison pour ce genre de produit commence dans cette ville au mois d’octobre et finit au mois de janvier ».

 

Lire ICI http://www.cducentre.com/recette-pate_d_alouettes_de_pithivier

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18 janvier 2018 4 18 /01 /janvier /2018 06:00
La plie fait partie de la famille des poissons plats « droitiers » et en même temps elle est moins chère que le turbot qui lui est 1 gaucho !

Emmanuel Macron a même réussi à « pervertir » les poissons plats puisque certains regardent à droite comme la sole, la plie et d’autres à gauche comme le turbot et la barbue.

 

Ma chronique du jour est une contribution au refus de la pêche électrique :

 

Pêche électrique : l'heure du choix pour l'UE

 

Le Parlement européen se prononce mardi 16 janvier sur l'interdiction ou l'autorisation de la pêche électrique, accusée de détruire la faune marine, mais autorisée par l'UE à titre expérimental.

 

Lire ICI 

 

Revenons à la plie :

 

Le nom de plie en français, ainsi que platija en espagnol et un des deux noms en italien de la plie, platessa, remontent au latin tardif platessa, employé dans son Épître à Théon par Ausone, qui semble en avoir fait un dérivé du grec platus « plat, large ».

 

En anglais, plaice est un emprunt à l’ancien français plaïs, qui désignait la plie.

 

On donne en français le nom de plie à une dizaine d’espèces, qui ont diverses appellations dans les autres langues. L’une des espèces importantes dans les pêches françaises est la plie cynoglosse, à laquelle Linné a donné le nom cynoglossus, à partir du grec kunoglôssa (mot à mot « langue de chien)

 

La pêche de la plie cynoglosse est assez importante, mais l’espèce de plies la plus pêchée est la plie commune ou carrelet.

 

« De la famille des poissons plats “droitiers”, la plie, aussi appelée “carrelet”, est un poisson benthique qui passe une grande partie de sa vie sur les fonds sableux ou vaseux.

 

En France, l’espèce représente moins de 1 % des ventes sous criée. Les plus gros débarquements sont enregistrés à Boulogne-sur-Mer  (29 % des débarquements en 2015). Les autres débarquements sont répartis sur les autres ports normands.

Selon les stocks, le mâle atteint sa maturité sexuelle entre la 2e et la 6e année et la femelle entre la 3e et la 7e année, quand elle mesure 30 cm en Manche, 27 cm dans le golfe de Gascogne. La reproduction a lieu à des périodes différentes de l’année selon le lieu de vie de la plie (de janvier à avril en mer du Nord par exemple). La longévité de la femelle est de 24 ans, alors que celle du mâle est de 12 ans.

 

En France, la plie est principalement capturée par des leyeurs, des chalutiers de fond et des chalutiers à perche. »

 

Tout savoir ICI 

 

La plie est un téléostéen et appartient à l’ordre des pleuronectes. Les deux yeux se trouvent du côté coloré droit du corps. La peau est lisse et la ligne latérale au-dessus de la nageoire est pratiquement droite. Les taches rouge-orangées du côté vert brun sont typiques

 

La chair du poisson est fine, ferme, tendre et avec un goût excellent. Cuit, poché ou étuvé, en filets ou en entier, ce poisson est un vrai régal. La plie se cuit d’ailleurs parfaitement sur la peau.

 

Les prix du marché 2018

 

Dernière mise à jour le lundi 15 janvier 2018

 

Plie  kg     7,50€

 

Sole entière kg 22 à 25,00€

 

Turbot kg 24,00€

 

Barbue kg 23,00€

 

 

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15 janvier 2018 1 15 /01 /janvier /2018 06:00
Dans La Croix Alain Rémond nous interpelle « fromages contre diamants » 700 Saint-Nectaire contre une poignée de diamants au Ritz !

Ce matin j’aurais pu me gausser de la conversation naturiste de Denis Saverot et de sa petite bande, y z’ont un petit côté « Max et les ferrailleurs » à la RVF, ils récupèrent, les voilà qui distribuent leurs Grands prix de la 2018 à Jean-François Ganevat pionnier du vin nu, à François Adam membre de l’association des Cavistes alternatifs, à Lydia et Claude Bourguignon les bannis de l’INRA, rien que des « terroristes »

 

Mieux vaut tard que jamais me direz-vous, mieux vaut prendre Le Dernier Train de Gun Hill que de rester sur le quai comme le couple B&D.

 

 

Ce ne serait pas très charitable de ma part, comme disait Françoise Giroud « on ne tire pas sur une ambulance… »

 

J’élève le débat : ce matin c’est France Profonde contre France bling-bling, le Saint-Nectaire qui pue contre les diamants du Ritz !

 

Les faits rien que les faits, du journalisme à l’ancienne quoi !

 

 

Il est 18h mercredi dernier Frédéric Beigbeder est attablé au bar Hemingway en train de déguster un Moskow mule pour l’interview de «Colin Field, star parisienne des cocktails »

 

« Soudain, un serveur est arrivé en courant et en criant: « Partez tous, partez tous! »

 

« Juste après, trois types cagoulés ont fait à leur tour irruption dans le bar. Ils ont juste dit : « Barrez-vous, on ne va pas vous faire de mal. » Ces quelques mots, qui se voulaient j'imagine rassurant, ont déclenché un vent de panique », relate Frédéric Beigbeder

 

« J'ai pensé à une attaque terroriste, car nous étions le lendemain du jour anniversaire de la mort des frères Kouachi », les auteurs de l'attaque contre Charlie Hebdo en janvier 2015.

 

La suite ICI 

 

Ce n’étaient que des cambrioleurs qui voulaient faire main basse sur les bijoux et montres de luxe exposés dans l’établissement. Plus de 4 millions d'euros…

 

Et pendant ce temps-là, Alain Rémond dans la Croix revient à l’essentiel, au Saint-Nectaire, normal dans un journal catholique :

 

 

« Fromages contre diamants »

 

 « Alors que les médias font grand cas du braquage de la bijouterie du Ritz, mercredi soir, par cinq cambrioleurs armés de haches, on ne peut pas dire qu’on entende beaucoup parler d’un autre braquage survenu la veille, autrement plus grave. Dans la nuit de lundi à mardi, en effet, une cave d’affinage de saint-nectaire a été saccagée et cambriolée à Murol (Puy-de-Dôme). Près de 700 fromages, dont les plus affinés (preuve que les voleurs sont des spécialistes), ont été dérobés, soit, tout de même, près d’une tonne de saint-nectaire. Ce n’est pas le genre de larcin qui se commet en 2CV-camionnette. Certes, le montant du butin de la bijouterie du Ritz a de quoi enflammer les imaginations, puisquil tourne autour de quatre millions deuros. Alors que celui de la cave d’affinage de Murol ne dépasse pas les dix mille euros. Et alors? Pour la majorité de nos concitoyens, quest-ce qui compte le plus: les bijoux du Ritz, tellement chers que ceux qui les achètent nosent même pas les porter, ou dexcellents saint-nectaires qui font le bonheur des tables? Poser la question, cest y répondre. Reste maintenant à savoir qui a bien pu concevoir et perpétrer un tel crime contre le patrimoine gastronomique français. Et, surtout, comment faire pour remonter la piste jusqu’aux coupables. C’est là où, contrairement aux cambrioleurs du Ritz, ceux de Murol ont du souci à se faire: largent na peut-être pas dodeur, mais le saint-nectaire, si.

Alain Rémond

 

2 questions pour terminer :

 

  • Qu’est-ce que le Moskow mule ?

 

 

Créé en 1947.

 

En 1933, à la fin de la prohibition et de son fameux amendement n° 18, stipulant que la production, la vente et le transport de boissons alcoolisées sur le territoire des Etats-Unis étaient désormais interdits, Rudolph Kunett, qui dirigeait alors les produits de beauté Helena Rubinstein, décida d'implanter en Amérique la vodka Smirnoff, qu'il acheta le 21 août 1933 pour 8000 Dollars. Il fonda la toute première distillerie de vodka américaine à Bethel, dans le Connecticut.

 

Mais malgré de grosses sommes dépensées en publicité, son entreprise ne vendit, en 1934, que 6 000 caisses et se retrouva en déficit. En 1939, désespérant de l'avenir, Kunett demanda de l'aide à John Martin, patron de la société Heublein, qui produisait des boissons depuis le XIXe siècle. Il voulait utiliser la marque Heublein pour promouvoir sa vodka. Martin, de bonne humeur ce jour-là, accepta.

 

Quelques mois plus tard, Martin rachetait la marque Smirnoff à Kunett. Ses subordonnés pensèrent que le patron avait perdu la tête : la plupart des Américains ignoraient jusqu'au terme de "vodka", sans parler du nom Smirnoff. Ils buvaient du whisky, du gin, dans les Etats du Sud du rhum ou de la tequila, considérant la vodka comme un solvant fabriquée par des communistes russes dont ils se méfiaient. Mais Martin savait que les Américains aimaient les cocktails, et était conscient du potentiel de la vodka dans les cocktails.

 

Martin avait un vieil ami à Los Angeles, Jack Morgan, qui déployait des efforts considérables pour familiariser les Américains avec la ginger ale anglaise, en vain.

 

Un beau jour de 1947, ils se rencontrent à Hollywood, au restaurant "Cock'n Bull" et trouvent une solution à leurs problèmes en mélangeant la vodka et le ginger ale auquel on ajoute du jus de citron vert, servie dans des chopes en étain. Ce cocktail est baptisé "moscow mule" (mule-de-Moscou). Martin déclarera plus tard : "Ce nom ne voulait rien dire, il était juste accrocheur." Malgré tout, "moscow" évoquait le pays d'origine de la vodka, et "mule" était sans doute là pour suggérer que le cocktail vous assommait aussi sûrement qu'une ruade de l'animal.

 

 

Conclusion au Ritz avec Beigbeder et son Moskow mule :

 

« La présence de la police a fini de rassurer le people qui est retourné finir son cocktail. Trop « pimenté » à son goût. La barmaid lui a répondu : « Le chef Colin Field ne rate jamais ses cocktails, ce que vous sentez, ce sont les gaz lacrymogènes de la police. »

 

Deuxième question :

 

  • Mais au fait, d'où vient la couleur du saint-nectaire ?

 

 

Pour être reconnu saint-nectaire, ce dernier doit avoir été affiné pendant au moins 28 jours.

 

Huit jours après avoir été démoulée puis stockée en chambre froide par le producteur, la tomme arrive blanche, vierge de toute moisissure. L’hygrométrie saturée à 95 % et les 10° C de la cave, qu’elle soit naturelle ou artificielle vont changer la donne. Le travail de l’affineur aussi.

 

« Le fromage doit être lavé au moins deux fois par l’affineur s’il veut être reconnu comme saint-nectaire. Ce lavage s’opère à l’eau salée. Une première fois après les cinq premiers jours passés en cave. Une seconde une semaine plus tard. »

 

Le geste est essentiel, le sel permettant de modifier les bactéries et moisissures qui vont se développer. Exemple avec le mucor gris ou « poil de chat ». « Laver le fromage freine le développement du mucor, qui craint le sel. C’est important car si le mucor est trop présent, il va pomper l’humidité du fromage, le creuser et le rendre sec. »

 

Pendant ce mois d’affinage, le fromage est aussi régulièrement frotté et retourné, permettant la formation naturelle de cette croûte de couleur blanc gris orangé non uniforme.

 

Plusieurs bactéries – comme le brevibacterium et sa couleur orangée que l’on retrouve sur les raclettes et autres abondances ou le cylindrocarpon pour le blanc – apportent leur pierre à l’édifice d’une croûte qui ne doit donc pas être seulement grise. Si ces populations microbiennes semblent nombreuses, elles vont enrayer la prolifération de bactéries pathogènes rendant croûte et pate comestibles! blanc gris orangé non uniforme.

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14 janvier 2018 7 14 /01 /janvier /2018 07:00
L’affaire du lait infantile de Lactalis en est la preuve : la reconquête de la proximité alimentaire n’est pas un caprice de bobos !

Grosses fermes, grosses usines avec grosses machines, grosses centrales d’achat, gros entrepôts, gros camions, gros magasins, ça dépote dans les caddies, même dans les pharmacies, « Le lait infantile n’a plus rien à voir avec ce qui sort du pis d’une vache. On part d’un lait dont on sépare tous les composants et ensuite on recombine cela différemment. Je me demande comment cela a le droit de s’appeler lait »

 

Tous coupables, aucun vraiment responsables, chacun se renvoie la balle, même si Lactalis et son goût du secret s’est donné des verges pour se faire fouetter.

 

Mais qu’a donc fait l’État avec ses services sanitaires ?

 

Tient soudain les fonctionnaires ont bonne presse mais, sauf à embaucher des bataillons de contrôleurs, et ce ne serait même pas efficace, c’est la conception de la chaîne alimentaire industrielle qui en question. Ses flux tendus, ses masses, son anonymat, la multiplicité des références, la rapidité des rotations, la bataille sur les prix, tout ce maelstrom qui se résume en des bras de fer permanents débouche sur ce qui vient d’arriver pour le lait infantile et se renouvellera sûrement.

 

L’alimentation de masse des grandes métropoles urbaines est soumise à des contraintes et mon propos ne consiste pas à préconiser un immense retour à une production et une distribution des produits alimentaires sur le modèle du Ventre de Paris.

 

En revanche, le consommateur-citoyen, comme dans beaucoup de domaines, les déchets par exemple, ferait bien de se remuer le popotin et de remettre les mains dans la farine en profitant d’un retour réel à un approvisionnement de proximité physique ou lien à l’Internet.

 

Même  si ça choque certaines et certains nous avons aussi notre part de responsabilité dans L’affaire du lait infantile de Lactalis.

 

Affaire Lactalis : « L’alimentation industrielle est tout sauf saine »

13 janvier 2018 / Entretien avec Marie-Claire Frédéric

 

L’affaire Lactalis aurait-elle pu arriver dans un fromage au lait cru ? Probablement pas, assure à Reporterre une spécialiste de la fermentation. Elle défend les bonnes bactéries qui, à force d’être combattues, laissent la place aux mauvaises. Elle indique des pistes pour mieux s’alimenter, notamment les enfants.

 

Finalement, Lactalis reprendra toutes les boîtes de lait infantile produites dans son usine de Craon (Mayenne). Le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, l’annoncé vendredi 12 janvier dans l’après-midi, après une rencontre avec le PDG du groupe, Emmanuel Besnier.

 

Ce rebondissement est le dernier d’une longue série, depuis l’alerte gouvernementale lancée le 2 décembre dernier, demandant le retrait du marché de 12 lots de lait infantile fabriqués dans cette usine, et possiblement contaminés aux salmonelles. Deux autres retraits ont suivi, le 10 décembre et le 21 décembre. En tout, des millions de boîtes commercialisées dans une soixantaine de pays ont dû être rappelées, selon les chiffres de Bercy.

 

Scandales dans le scandale, on a appris ensuite, par le Canard enchaîné, que l’industriel avait déjà repéré des salmonelles en février et en août dernier, que les services sanitaires de l’État eux-mêmes, en septembre, avaient contrôlé l’usine, et que personne n’avait rien vu — ou rien voulu voir. Puis en ce début janvier, cela a été au tour de la grande distribution d’admettre qu’elle avait failli, Leclerc puis Casino, Intermarché, Cora, Auchan, reconnaissant qu’ils avaient continué de vendre, malgré les rappels, des boîtes de lait à risque. En tout, en France, au moins 36 nourrissons ont été touchés par la salmonelle, et ont finalement pu rentrer chez eux sains et saufs, la bactérie ne présentant « pas de résistance antibiotique particulière ».

 

Ouf ! Mais cette croisade contre une méchante bactérie nous en ferait presque oublier les gentilles. Cette histoire aurait-elle pu arriver avec un fromage au lait cru ? Marie-Claire Frédéric, une grande copine de ces habitantes de l’infiniment petit, exploratrice de la fermentation autant dans les livres et les articles scientifiques que dans sa cuisine, répond à Reporterre.

 

  • Reporterre — Tout d’abord, que vous inspire l’affaire Lactalis ?

 

Marie-Claire Frédéric — J’ai repensé à une histoire : Lactalis avait accusé un producteur artisanal de camemberts au lait cru d’avoir des fromages contaminés. Ce producteur avait dû retirer tout un stock de la vente. Ensuite, on a fait des analyses, et il s’est avéré que c’était faux. Mais le mal était fait. Le gars avait perdu plein de camemberts, et sa réputation était atteinte. C’est interpellant.

 

 

  • Vous travaillez sur la fermentation, due à de « bonnes » bactéries. Mais comment expliquez-vous les contaminations aux mauvaises bactéries, ici dans le cas de Lactalis, aux salmonelles ?

 

D’une certaine manière, c’est le résultat de 150 ans d’hygiénisme à outrance. Pour vivre, on a absolument besoin des bactéries. Il y en a beaucoup de bonnes, qui nous sont utiles, et il y en a quelques-unes qui sont pathogènes, comme la listeria, les salmonelles, etc. Dans l’ensemble du vivant, ces bactéries s’équilibrent les unes les autres.

 

Mais, quand on éradique les bactéries, quand on utilise des produits, comme on dit dans les publicités, qui tuent 99 % des bactéries, cela éradique toutes les bonnes et celles qui restent, généralement, ce sont les pathogènes, justement. Plus on va faire la guerre aux bactéries, plus c’est dangereux, parce qu’on va sélectionner des souches résistantes aux bactéricides ou aux antibiotiques.

 

La suite ICI 

 

Lire Ce qu’il faut retenir de l’affaire du lait contaminé Lactalis

 

Plus d’un mois après le début de la crise, le ministre de l’économie a annoncé que la firme française devra reprendre tous les lots de lait infantile produits dans son usine de Craon.

 

Le Monde.fr avec AFP et Reuters | 12.01.2018

 

 

En savoir plus ICI 

 

« Le lait est aux enfants ce que le vin est aux vieillards »

 

 

Mon titre est une citation de Marcel VIGREUX : Les nourrices du Morvan et enfants assistés au XIXe siècle Bulletin n°25 -1987 - ACADEMIE DU MORVAN, qui écrit par ailleurs  « De tout temps, le Morvan a été regardé comme la terre de lait par excellence. Déjà les romains rapportaient que les gauloises de Bibracte trempaient leurs seins dans une fontaine du Mont Beuvray pour obtenir en quantité le lait qui nourrirait leurs enfants. Depuis lors, les descendantes chrétiennes de ces femmes ont été constamment recherchées. A Dun-les-Places, on est venu quérir la nourrice du Roi de Rome. D'Empury, on a fait venir celle du fils de Napoléon III. C'est cette préférence connue et reconnue pour les nourrices du Morvan qui, au XIXème siècle, peupla de nouveau-nés le moindre hameau de leur petit pays... »

 

Lire la suite ICI 

 

 

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