Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
16 novembre 2017 4 16 /11 /novembre /2017 06:00
©Domaine Léon Barral

©Domaine Léon Barral

Y’a jamais de mal à réfléchir, qui plus est lorsque  ce sont d’autres que moi qui tiennent la plume : je songe à créer l’association des ramiers de France.

 

Je vous livre donc ce matin un patchwork d’articles du numéro 2 de la revue Sésame

 

 

Après avoir cliqué sur ce lien ICI vous pourrez accéder à l’intégralité des articles que j’ai sélectionnés.

 

Pour sûr que ce n’est pas avec ça que je vais faire le buzz ni fomenter la révolution chère aux activistes en chaise longue qui exploitent le filon.

 

Lisez, réfléchissez, commentez, contestez, faites ce que bon vous semble en buvant de bons coups…

 

(1) Les vieux cépages reviennent dans le rang par Yann Kerveno

 

 

Réchauffement climatique, pression sociale, marketing évolutif, la vigne est sous le coup d’une intense pression.

 

Face au temps long de la plante, s’empilent les défis pour les vignerons et les chercheurs. Mais l’avenir de la vigne passe, en partie, par son passé déjà lointain.

 

Les vignes sont consciencieusement plantées entre des haies de roseaux. Le marin pousse sur la côte une nébulosité diffuse qui gomme le bleu du ciel si cher à Bataille. Au loin, deux hommes avancent doucement entre les rangs, s’arrêtant sur certains ceps, sans logique apparente. Pour y rester plantés un moment. Je les vois consulter des documents, échanger entre eux un instant, puis reprendre leur marche dans le sable. Vigneron isérois, Nicolas Gonin est venu avec un collègue pour « réviser » et mettre à l’épreuve ses connaissances d’ampélographe.

 

Les vignes qu’il parcourt avec tant d’attention sont celles du domaine de Vassal, à quelques kilomètres de Sète où l’Inra prend soin d’une des collections de vignes (au sens large) les plus importantes du monde. Dans la salle de l’herbier, des classeurs, des armoires, des dossiers, des fiches… 8000 accessions, éléments en collection (porte-greffes, cépages, hybrides producteurs directs, vitacées, lambrusques…) sont décrites dans cet herbier unique. Pour chaque accession, un dossier complet qui comprend cinq feuilles de la plante, des photographies, la description ampélographique complète, plus d’une centaine de critères retenus par l’Office International du Vin (OIV) permettant de décrire les feuilles, le bourgeonnement, la baie, la grappe… Y sont ajoutés les fruits d’autres observations, description et notation de phénologie, rendement, fertilité, dates de débourrement, toutes les plantes présentes au domaine sont minutieusement décrites. « Ici, nous conservons mais nous essayons de savoir ce que nous conservons, à savoir l’identification et la caractérisation, mais nous essayons aussi de définir le potentiel agronomique et technologique de chaque plante. Nous allons, pour les raisins de cuve, jusqu’à réaliser des micro-vinifications pour avoir des données sur les vins produits » détaille Cécile Marchal, responsable du domaine de Vassal.

 

« La collection sert de support à de nombreuses recherches, en génétique bien entendu, nous avons de tout temps été associés avec l’unité qui s’occupe de génétique de la vigne et d’amélioration à Montpellier. Mais les recherches peuvent aussi sortir de ce strict domaine, porter sur la domestication, l’étude des phénols, nous recevons même des archéo-botanistes qui réalisent des prélèvements de pépins. Mais, aujourd’hui, la nouvelle thématique phare, c’est le comportement face aux maladies, maladies du bois et les champignons, mildiou, oïdium… »

 

La suite pages 24 à 28

 

(2) On a sauvé le carignan blanc !

 

 

Un entretien avec Emmanuel Cazes, vigneron dans les Pyrénées-Orientales, membre de la commission scientifique de l’Institut National des Appellations d’Origine (INAO).

 

  • Vous êtes-vous penché sur les vieux cépages ?

 

Oui, et j’en suis assez fier personnellement, parce que nous avons obtenu la réintégration du carignan blanc, très rare et peu connu dans l’appellation des Côtes du Roussillon. Ce cépage n’est pas fantastique, mais il a de très bonnes capacités d’adaptation à la chaleur et aux conditions sèches. En plus, il offre des notes fraîches et minérales qui plaisent beaucoup. Il y a quatre ou cinq ans, on avait 40 hectares de carignan blanc dans le département. Aujourd’hui, on doit  être à 100 hectares, parce qu’il a sa place dans 10 ou 15% des assemblages. On a sauvé ce vieux cépage qui était voué à disparaître. Il s’est passé la même chose avec le grenache gris qui était quasiment oublié. On s’est rendu compte qu’il était magnifique à Collioure, alors que c’était au départ un cépage à vin doux.

 

La suite page 29

 

(3) Quel est le juste prix du lait ?

 

Julien Dupré. La vache blanche (v. 1890).

 

- Pascal Massol, agile pour ne plus être fragile

 

 

Converti au bio pour éviter la faillite, l’ancien leader des producteurs de lait en colère a rejoint un réseau de fabrication de yaourts à la ferme.

 

Pascal Massol est redevenu invisible. Petites lunettes rondes et longs cheveux blonds, l’ancien leader de l’Association des Producteurs de Lait Indépendants (APLI), crevait l’écran entre 2008 et 2009 avec sa « grève du lait ». Il est présenté à l’époque comme « le nouveau José Bové ou le futur Raymond Lacombe » par Éric de La Chesnais dans Le Figaro. Le bouillant éleveur aveyronnais au look de hippie fut un temps affilié à la Coordination rurale, mais il a fini par trouver les syndicats « minoritaires » trop envahissants dans son association, présentée comme apolitique et sans obédience syndicale. Pascal Massol a claqué la porte de l’Apli qui s’est pour sa part diluée au sein de l’European Milk Board (EMB). Cette organisation revendique 100000 producteurs au niveau européen et milite pour un lait « équitable ». En 2013, elle a lancé sa propre marque de lait en France comme dans cinq autres pays européens (Allemagne, Autriche, Belgique, Luxembourg, Italie). Affichant fièrement une vache tricolore, FaireFrance revendique avoir écoulé 5 millions de litres en pack, vendus exclusivement en grandes surfaces. Les 500 producteurs qui ont rejoint cette Société par Actions Simplifiée (SAS) fonctionnant comme une coopérative de vente sont assurés de toucher un minimum de 45 centimes par litre. C’est le coût moyen de production en France calculé par un bureau d’études allemand pour l’EMB en 2013. Mais l’enquête montrait une forte disparité à l’échelle des régions: 34 centimes seulement en Bretagne et les Pays de la Loire, 10 centimes de plus dans le Sud-Ouest.

 

La suite page 32-33

 

(4) Damien Lacombe mise sur le bio et la Chine

 

 

Le président de Sodiaal récuse l’idée que sa coopérative soit devenue une « multinationale ».

 

Damien Lacombe a été projeté dans la lumière en décembre 2014. Le fils de Raymond Lacombe, ancien président de la FNSEA, a pris la présidence de Sodiaal, la plus grosse coopérative laitière de France, à la veille du démantèlement des quotas européens. La colère des producteurs réclamant « un juste prix » quand les cours du lait ont dégringolé ne l’a pas épargné. À Guingamp, des manifestants qui bloquaient la laiterie Entremont en juin dernier lui ont symboliquement remis le diplôme du « plus mauvais payeur ». Après le groupe privé Lactalis en 2016, le groupe coopératif se retrouve à son tour dans le collimateur. Damien Lacombe s’est rendu en personne dans les Côtes d’Armor et a multiplié les déplacements pour tenter d’éteindre le feu dans les 70 sites industriels du groupe, qui collecte le lait de 12500 exploitations. « L’essentiel est de garder la confiance de nos 20 000 adhérents. Elle a été ébranlée, c’est vrai », soupire-t-il dans sa ferme de Camboulazet (Aveyron). Même la FDSEA de son département a manifesté devant l’une des usines du groupe à côté de Rodez.

 

Grosses lunettes et cheveux ras, Damien Lacombe retrouve parfois les accents syndicaux de son père quand il s’enflamme. Chose rare. D’un naturel plutôt pondéré, il a choisi l’action économique plutôt que syndicale pour défendre une agriculture à la fois moderne et paysanne. « La fin des paysans, ça fait 50 ans qu’on en parle, mais je ne suis pas sûr qu’ils soient bien morts », dit l’éleveur aveyronnais qui a repris l’exploitation familiale spécialisée dans le lait, avec un troupeau de 70 têtes. Soit légèrement au-dessus du troupeau laitier moyen en France (58 vaches). « Dans cette crise, les plus vulnérables ne sont pas les plus petits, mais les producteurs qui ont grossi rapidement en empruntant », remarque-t-il.

 

La suite pages 35-36

 

(5) La dernière Tentation du bio !

 

Robert Combas

 

Par Tomás García Azcárate, chercheur à l’Institut d’Économie, Géographie et Démographie de Madrid, membre de l’Académie d’Agriculture de France, ancien fonctionnaire européen.

 

Entre les valeurs des pionniers et la ruée des nouveaux convertis, le point sur les effets paradoxaux de la standardisation du bio…

 

Un accord politique semble avoir été trouvé entre le Conseil et le Parlement européens autour de la proposition de la Commission européenne de règlement sur l’agriculture biologique. Il « semble », car au Conseil des ministres européens de l’Agriculture de juillet 2017 – le dernier en date à l’heure d’écrire ces lignes –, l’Allemagne a demandé à retarder l’adoption du texte jusqu’à son élection fédérale.

 

La proposition de la Commission est pourtant sur la table depuis 2014 et l’analyse d’impact préalable avait commencé en 2012. Il aura fallu quelque 18 trilogues pour arriver à ce qui est aujourd’hui encore un non-accord qui, de plus, laisse une (trop) grande marge de manœuvre aux États membres. Pourquoi est-il si difficile d’intervenir sur l’agriculture biologique ?

 

La suite pages 8-9

 

Partager cet article
Repost0
13 novembre 2017 1 13 /11 /novembre /2017 06:00
Portrait avec beau tressage de lauriers du « Grand Jacques » géniteur des vins de pays d’Oc

Novembre 2003, salle à manger de l’Hôtel de Villeroy, 78 rue de Varenne, Ministère de l’Agriculture :

 

« Il était ému, le grand Jacques Gravegeal, lors de la cérémonie de remise des insignes de la Légion d'honneur par le ministre de l'Agriculture, Hervé Gaymard. Attribuée par le président de la République, cette décoration récompense l'engagement et la compétence du président de la chambre d'agriculture de l'Hérault depuis 1979 et du syndicat des vins de pays d'Oc.

 

Jacques Gravegeal est donc devenu l'espace d'un moment, et maintenant pour la fin de sa vie, chevalier de la Légion d'honneur. Une récompense amplement méritée pour un homme de la terre qui n'a cessé de se battre pour l'agriculture héraultaise et les vins de pays d'Oc. Il fut l'un des grands ordonnateurs de la restructuration du vignoble, mais l'un de ses principaux faits d'armes fut sans conteste d'avoir permis à la viticulture héraultaise d'opérer sa mue. En effet, Jacques Gravegeal a mis en place dès 1973 le plan de Jacques Chirac de restructuration du vignoble. Ainsi, il a participé et supervisé l'arrachage d'un bon nombre de vignes, permettant la restructuration en profondeur du vignoble héraultais… Et un bon vivant également, pour l'avoir accompagné dernièrement à Vinexpo… »

 

Comme vous pouvez vous en douter je n’y étais pas convié et, je ne suis pas certain que Robert Skalli, le co-géniteur des vins de pays d’Oc, s’y soit rendu. Bob pour les intimes avait eu le mauvais goût de cosigner la note stratégique Cap 2010 les défis des vins français qui avait ravi le brave Hervé Gaymard mais beaucoup fâché le « Grand Jacques »

 

Pensez-donc, il y était écrit qu’il fallait créer un espace de liberté pour des Vins de cépages de France

 

Louis XIV déclara devant le Parlement parisien « L’État c’est moi ! »

 

Alors, fort de ses appuis au château, le « Grand Jacques » déclara avec force « Les cépages c’est moi ! »

 

Par la même occasion ce bon Gaymard avala son chapeau et m’envoya pour quelque temps en pénitence, en notre vieux pays on appelle ça un placard.

 

J’y passai quelques mois avant d’être réhabilité discrètement avec l’interdiction de mettre mon nez dans les affaires de vin.

 

Un beau jour, par l’intermédiaire d’un ancien collaborateur de la SVF, Adolphe Tourcher, devenu grand manitou de Pierre Castel sur les Terres languedociennes, je sollicitai un rendez-vous auprès du « Grand Jacques » pour que nous nous expliquions « entre hommes ».

 

Il accepta. Rendez-vous fut pris pour un déjeuner à Béziers dans un restaurant face à la gare dont j’ai oublié le nom. Je pris un A-R TGV que je payai de ma poche (ça s’est pour l’incorruptible Bettane) et le jour dit je rejoignis Adolphe et le « Grand Jacques » autour d’une belle table.

 

Ce fut très agréable, j’ai toujours eu un faible pour le côté « Grand enfant » de Jacques Gravegeal, et j’ai toujours respecté son engagement face à un mouvement coopératif languedocien qui avait conduit la viticulture du Midi dans le mur. Mais je n’avais pas fait le voyage pour passer de la pommade à Jacques Gravegeal qui n’en avait nul besoin dans la mesure où l’encens de ses partisans l’enfumait.

 

Bref, très vite je lui posai la question de confiance : « Pourquoi ? » Sa réponse fut limpide « Parce que vous m’emmerdez ! » Elle résumait assez bien l’enterrement du débat de l’époque et, par la suite mes relations avec le « Grand Jacques » furent emprunte de la même franchise. Le déjeuner fut excellent, Adolphe régla l'addition (ce fut la contribution du groupe Castel à cette rencontre historique).

 

Je n’étais qu’un petit rapporteur, avais-je raison ou avais-je tort, ce n’est pas le lieu d’en juger, surtout sous ma plume. Pour autant je continue de penser que la structuration de l’offre des vins français souffre de l’illusion du tout « signes de qualité » AOP-IGP.

 

Je suis passé de mode et je n’ai que peu de goût pour les vins dit de cépages à la mode  Roche Mazet et Ormes de Cambras du papy Pierre. Ça me fait penser au Préfontaines et à la Villageoise du temps de la SVF ; autre temps autres habillages.

 

Laissons là l’évocation de ces souvenirs et fêtons avec  le « Grand Jacques » les 30 ans de l’érection des Pays d’Oc.

 

Vitisphère, passé sous la coupe du groupe France-Agricole en 2014 ICI  (En juin 2014, Isagri et son partenaire Avril reprend le capital du Groupe France Agricole à hauteur de 95 %.), sous la plume de Marion Sepeau Ivaldi le 9 novembre 2017, tresse avec enthousiasme les lauriers du « Grand Jacques »

 

Une aventure languedocienne d’inspiration californienne

ICI 

 

Le rêve américain

 

Car l’aventure des Pays d’Oc est une histoire de pionniers, de visionnaires, de défricheurs… Des mots qui évoquent le Far West et ce n’est pas pour rien. Jacques Gravegeal grandit dans l’après-guerre et le rêve américain lui susurre des mots doux, appelle sa vocation et, au final, façonne sa destinée. Il pose les pieds pour la première fois en Californie dans le début des années 1970. « J’en ai eu des frissons ! Enfin, je touchais cette terre… » lâche-t-il dans un des rares moments où il se livre. S’il vient dans cette terre lointaine du Pic Saint Loup et des Coteaux du Languedoc, c’est qu’il veut comprendre la stratégie américaine viticole.

 

« Enfin, je touchais cette terre »

 

« C’est un vignoble ancien. Au départ, la Californie a cherché à copier le modèle français avec des Cabernet Bordeaux, des Merlot Bordeaux. Mais cela n’a pas fonctionné. Ils ont donc conservé uniquement le nom du cépage » explique-t-il. Le « Grand Jacques », comme certains l’appelle en rapport avec sa taille et peut-être aussi son charisme, revient en France avec l’idée qu’il faut vendre des vins de cépages.

 

Mais comment faire ? A cette époque, le vignoble languedocien est en pleine transformation. Il continue de souffrir de la crise de la mévente des vins qui a présidé au lancement de la Directive Languedoc fin des années 70, politique voulue par Jacques Chirac en tant que ministre de l’Agriculture. Le vignoble commence à recevoir des primes à la restructuration et crée des îlots de plantation selon des schémas directeurs définis par la Chambre d’agriculture. Lentement, le vignoble introduit les cépages internationaux et plante un vignoble mécanisable. Du fait de ses fonctions Jacques Gravegeal n’est pas étranger à cette nouvelle politique, il est alors président des Jeunes Agriculteurs de l’Hérault et reçoit le mandat de président de la Chambre d’agriculture en 1976. Mais, si le vignoble est en train de changer de visage, reste une question : comment vendre ce vin nouvelle génération ?

 

Nouer un deal avec le négoce

 

Peu s’en souviennent sans doute, mais au début des années 1980, Jacques Gravegeal s’est investi pour les AOC. Il est vice-président délégué de l’AOC Coteaux du Languedoc, dont le directeur est un certain Jean Clavel. Pour eux, il est clair qu’ils ne parviendront pas à convaincre l’Inao d’autoriser l’extension de l’aire des Coteaux du Languedoc. « Dans ce contexte, on se dit qu’il faudrait un vin de pays régional » explique Jacques Gravegeal. Mais surtout, un négoce pour le vendre, car le président est convaincu d’une chose : la réussite commerciale ne passera que par un partenariat solide entre la production et le négoce. Jean Clavel lui conseille de rencontrer Jeanjean qui l’envoie chez Robert Skalli, négociant à Sète.

 

La rencontre sera décisive. Elle a lieu chez Robert Skalli. Agé de 35 ans, Jacques Gravegeal est impressionné. Il n’a pas l’habitude de fouler des lieux aussi spacieux ; et surtout de manger les délicieuses pâtes préparées par la mère de Robert Skalli dans la plus pure tradition italienne. S’il ressent une certaine fébrilité, c’est qu’il n’a pas non plus l’habitude de côtoyer le monde des grands entrepreneurs : la famille Skalli détient alors Taureau Ailé et Lustucru, lui ne connaît que le monde de la vigne languedocienne. « A ce repas, il y avait toutes les forces de vente de Skalli. Je lui parle du projet de vendre des vins de cépages. J’évoque aussi ce que j’ai vu en Californie » explique Jacques Gravegeal. Robert Skalli ne montre que peu de réactions durant la discussion. « A la fin du repas, je pensais que je ne l’avais pas convaincu ». Pourtant, après avoir consulté son équipe sur ce qu'elle pense du projet, Robert Skalli se tourne vers Jacques Gravegeal et lui tend la main. Le deal est scellé. « Ce n’est qu’après m’avoir serré la main qu’il m’a confié qu’il détenait un domaine en Californie et que c’est mon discours sur cette viticulture américaine qui l’avait convaincu » s’étonne toujours Jacques Gravegeal.

 

L’effet boule de neige la suite ICI

 

Le groupe Skalli passe sous le contrôle du Bourguignon Boisset. Après plusieurs mois de négociation, un protocole d’accord vient d’être signé portant sur la cession des actifs des vins Skalli (Vallée du Rhône et Languedoc) à Boisset. Robert Skalli l’avait confié il y a plusieurs mois à Vitisphère : sans succession familiale pour son activité vins en France, le pionnier français des vins de cépage cherchait une solution pour pérenniser son entreprise. Le caractère familial de la maison Boisset a été un élément clé de cette décision. « Je suis très heureux que ce soit Boisset qui insuffle son esprit de famille à Skalli dans une volonté de faire perdurer aussi bien les marques dans la continuité des produits que les partenariats que nous avons mis en place depuis des années. Je suis ravi que cette famille soit aussi engagée dans la viticulture que dans la qualité des vins et ait la volonté de les faire croître à travers le monde. Je suis très confiant dans l’avenir que je dépose entre ses mains», a confié Robert Skalli.

 

Robert Skalli vit en Belgique à Bruxelles sans doute est-ce trop loin pour lui demander sa version de l’histoire des Pays d’Oc…

Partager cet article
Repost0
12 novembre 2017 7 12 /11 /novembre /2017 06:00
Pierre Desproges « Quels sont vos héros ou héroïnes préférés dans la vie réelle ? » : Louis  Mermaz. Limogeons-le !
Pierre Desproges « Quels sont vos héros ou héroïnes préférés dans la vie réelle ? » : Louis  Mermaz. Limogeons-le !

Qui ne connaît le fameux questionnaire de Proust, (Le Questionnaire de Proust : les réponses de Charlotte Gainsbourg ICI  la réponse de Pierre Desproges, c’est tout lui.

 

En effet, qui connaît ou a connu, Louis Mermaz, fidèle porte-flingue de Mitterrand, dès la Convention des Institutions Républicaines, qui fut Président de l’Assemblée Nationale « rose » de 1981 et Ministre de l’Agriculture et de la Forêt dans le gouvernement de Michel Rocard.

 

 

Moi, bien sûr, puisque j’ai fait partie de son cabinet à la Présidence de l’AN en tant que conseiller-technique de 1981 à 1983, puis je fus son directeur de cabinet à l’Agriculture de 1990 à 1992. J’étais le rocardien de service, en mission, et je dois avouer, qu’en dépit de nos divergences, Louis Mermaz m’a toujours accordé sa confiance et, sur ce blog, je n’ai jamais fait état d’une quelconque critique à son égard.

 

Quand on accepte de servir il m’a toujours semblé malséant d’étaler sur la place publique ce genre de confidences. J’ai beaucoup appris et compris ce qu’était la Mitterrandie au contact de Louis Mermaz.

 

Cette réponse est extraite du volumineux et passionnant livre : Desproges par Desproges édition établie par sa fille Perrine et Cécile Thomas.

 

 

Les obsédés de Mézidon

 

« En septembre 1914, le haut commandement militaire à Paris décidait d’envoyer en disponibilité, dans la bonne ville de Limoges, une poignée de généraux qui ne donnaient pas satisfaction, soit qu’ils affichassent des sentiments germanophiles alors démodés, soit qu’ils courussent après les petites filles dans les sous-bois de Boulogne, ou, peut-être, pour d’autres raisons, que j’aurais pu connaître en téléphonant à Alain Decaux, mais ça sonne toujours occupé.

 

Toujours est-il que naquit le verbe « limoger ». C’était bien pratique d’avoir un verbe en plus dans le dictionnaire. Hélas, le conseil général de la Haute-Vienne (chef-lieu : Limoges, je ne vous le fait pas dire) vient d’adopter à l’unanimité « un vœu par lequel il demande au secrétaire d’Etat à la Culture d’user de son autorité  pour que le verbe « Limoger », blessant pour la ville de Limoges, soit proscrit du langage public »

 

On devra donc, à l’avenir, se contenter du verbe « virer », qui est malheureusement plus approximatif, mais qui n’a jamais fait de tort aux andouilles.

 

Par chance, on a toujours le droit d’être harassé à Arras, de canner à Cannes, de se faire castrer à Castres, d’avoir mal à la tête à Montcuq, et même d’être obsédé à Mézidon. »

 

Tapuscrit, collection particulière, 1er juin 1976.

 

 

Se faire limoger

Les expressions françaises décortiquées Expressio.fr

 

Pour un officier, se faire relever de son commandement.

Par extension, pour une personne ayant des responsabilités, être mis en disgrâce ou être frappé d'une sanction disciplinaire (mise à la retraite, révocation, licenciement...)

 

Origine

 

Beaucoup de gens savent que le verbe 'limoger' est issu du nom de la ville de Limoges.

 

Mais cette origine est-elle justifiée et quelle est la véritable histoire du limogeage ?

 

Au début de la guerre de 14-18, le général Joffre (Lien externe) doit résoudre une crise importante dans le haut commandement de l'armée française. Il écarte alors de nombreux hauts gradés de leur poste. C'est de cette disgrâce que naît le verbe 'limoger'.

 

Le 15 août 1914, Joffre reçoit du ministre de la guerre Messimy un télégramme lui indiquant que, désormais, les officiers généraux pourront être mis à la retraite d'office sur simple rapport motivé du commandant en chef.

 

Ayant jugé que de trop nombreux généraux et hauts gradés, brillants en temps de paix, étaient des incapables au front, Joffre décide le 27 août que ces généraux faillibles doivent se retirer dans une localité de la 12e région qui, alors, englobe loin du front les département de la Charente, la Corrèze, la Creuse, la Dordogne et la Haute-Vienne, et dans laquelle se trouve Limoges, entre autres.

 

Au moment où débute la bataille de la Marne, début septembre, 58 officiers sont d'abord renvoyés à l'arrière. Au total, en décembre, 40% des hauts gradés sont ainsi écartés de leur poste.

 

Selon certaines sources, tous ces officiers auraient été envoyés à Limoges, justifiant ainsi la naissance de ce qui était à l'époque un néologisme.

 

Mais selon d'autres sources, il paraît que sur les 150 à 200 officiers ainsi éliminés, il y en aurait finalement moins d'une vingtaine qui auraient été réellement tenus de séjourner dans la 12e région, et pas obligatoirement à Limoges même. Et comme cette zone géographique contient plusieurs autres villes importantes, les officiers auraient donc très bien pu se faire plutôt angoulemer, briver, guereter, tuller ou même magnac-lavaler[1].

 

Dans ce cas, c'est un peu abusivement que 'limoger' serait né en 1916.

 

[1] On aurait alors pu entendre le dialogue suivant :

« - Tu ne travailles plus à la fabrique de porcelaine ? Que t'est-il arrivé ?

- Je viens de me faire magnac-lavaler pour incompétence ! »

Ça le fait mieux, non ?

 

Voir Wikipédia Limogeage ICI

 

Partager cet article
Repost0
6 novembre 2017 1 06 /11 /novembre /2017 06:00
La Nouvelle Agriculture. La marque des agriculteurs. Le marketing du mieux que si c’était pire.

Pour trouver il faut chercher ; pour trouver ce que mangent la majorité de nos concitoyens il faut s’aventurer dans les rayons de la GD. Pour débusquer l’ennemi mieux vaut explorer son territoire plutôt que de se contenter de vitupérer sur Face de Bouc le cul collé sur son fauteuil.

 

Donc j’erre.

 

Mon œil de lynx, parfois, fait des découvertes, le faux-filet charolais, maturé 10 jours, sous opercule de La Nouvelle Agriculture. La Marque des agriculteurs, entre dans cette catégorie.

 

J’ai acheté.

 

J’ai cuit.

 

J’ai mangé.

 

Verdict : viande  rosâtre type baby-beef, fadasse, rendant de l’eau, spongieuse, zéro pointé.

 

Mais qu’est-ce donc que cette Nouvelle Agriculture ?

 

ICI

 

C’est un concept inventé par les têtes d’œufs de Terrena (2)

 

Terrena c’est une grosse machine coopérative basée à Ancenis, autrefois dénommé la coop d’Ancenis, la CANA (1). De mon temps c’était une « coop de gauche » qui n’avait guère les faveurs de mon pays Luc Guyau, président de la FNSEA, trop intégratrice, dirigiste disait-il. Pas faux, et même si comparaison n’est pas raison, il y avait un côté chinois à la CANA et les managers qui l’ont pris en mains, en ont tiré parti pour en faire un groupe géré comme le privé avec des résultats pas toujours à la hauteur des ambitions

 

 La Nouvelle agriculture ?

 

« C’est un concept qui a nécessité trois ans de travail, confie Marc Réveillère, éleveur du Maine-et-Loire et administrateur de la coopérative Terrena , qui porte le projet. On est parti de lidée dagriculture écologiquement intensive (AEI, ndlr) développée par Michel Griffon (agronome et ancien directeur scientifique du Cirad, Centre de coopération internationale en recherche agronomique, ndlr). De cette idée que demain il va falloir produire davantage pour nourrir une population mondiale en croissance mais aussi produire avec moins d’intrants. »

 

« Le principe de l’AEI c’est qu’au lieu de forcer la nature avec des intrants chimiques, il vaut mieux imiter son fonctionnement et stimuler ses cycles biologiques : en améliorant par exemple la captation de la lumière, la circulation des éléments nutritifs… », abonde Patrick Caron, directeur général délégué à la recherche et à la stratégie au Cirad. « En théorie, cela doit effectivement permettre de produire au moins autant si ce n’est plus », poursuit l’expert.

 

J’ai fréquenté Michel Griffon au sein du Groupe saint-Germain, je dois avouer que son concept d’agriculture écologiquement intensive ne m’a pas convaincu. ICI 

 

Mais…

 

« Leur lapin (estampillé "Nouvelle agriculture", ndlr) reste en cage dans un bâtiment. Leur porc reste aussi dans des bâtiments hors sols. Alors que dans le bio, il faut garder un lien au sol. Sur le végétal, ils réfléchissent certes avant de traiter mais ils traitent quand même. Ils sont dans une démarche de progrès mais tant qu’ils ne fonctionnent pas avec un cahier des charges contrôlé par un organisme indépendant, ça peut être mieux, comme ça peut être pire », s’oppose Bruno Gris, producteur de lait et président du Groupement des agriculteurs biologiques de Loire Atlantique (GAB). Et l’homme d’ajouter, «c’est juste un concept commercial ». Car si les méthodes sont anciennes, l’emballage est nouveau. L’initiative portée par cette grosse coopérative a d’ailleurs pour ambition de conquérir le marché avec sa nouvelle estampille.

 

Trop de labels tue-t-il le label ?

 

La réponse est OUI...

 

 

(1) Jusqu'au début des années 1950, l'agriculture du grand Ouest vivait dans un régime semi autarcique. Dans les années 1960-1970, sous l'impulsion d'une génération de jeunes agriculteurs issus de la JAC (Jeunesse agricole catholique), on assiste à un mouvement de transformation, de révolution agricole. C'est en effet à partir des années 1960 que l'agriculture du grand Ouest se confronte au mode de production capitaliste et que se pose la question de son intégration dans ce système économique. L'orientation la plus souvent préconisée par le mouvement syndical a été l'agriculture de groupe, soit dans une coopérative, soit dans une SICA (Société d'Intérêts Collectifs Agricoles) de commercialisation. Le passage de la théorie à la pratique se fit selon des modalités variables concernant aussi bien l'achat de fournitures que la vente et la transformation des produits.

 

Pour intégrer les différentes fonctions de production, de transformation et de commercialisation, il fallait des coopératives fonctionnant avec les ressources et le mode de fonctionnement des firmes industrielles. Le cas de la coopérative d'Ancenis-Saint-Mars-la-Jaille en Loire-Atlantique, à l'instar par exemple d'UNICOPA (UNIon des COoPératives Agricoles) ou encore de l'Office central de Landerneau en Bretagne, reflète parfaitement ce mouvement d'expansion et de transformation des coopératives dans les années 1960.

 

Fondée en 1932, la coopérative agricole de Saint-Mars-la-Jaille spécialisée dans les céréales, s'oriente en 1942 vers l'activité laitière. En 1952, cette coopérative en plein développement s'installe à Ancenis, et prendra par la suite le nom de Coopérative agricole La Noëlle Ancenis (CANA). Au cours des années 1960-1970, elle va diversifier ses activités. Celles-ci portent désormais sur les aliments du bétail, la production laitière et animale (bovins, porcs, poulets). Puis, dans les années 1970-1980, la CANA construit une fromagerie, une beurrerie et un abattoir. Loin d'arrêter alors son développement, elle s'unit en 2000 avec la Coopérative angevine du Val de Loire (CAVAL). Enfin en 2003, dans une même logique de développement et d'expansion territoriale, on assiste au regroupement des coopératives CANA, CAVAL et du Groupe Centre Atlantique (GCA), donnant naissance au groupe coopératif TERRENA qui regroupe aujourd'hui 21 000 adhérents.

 

François Lambert

 

 

(2) CHIFFRES CLÉS 2016 DU GROUPE TERRENA ICI

 

 

Partager cet article
Repost0
5 novembre 2017 7 05 /11 /novembre /2017 07:00
Memory Lane « En 70 pages, la quintessence de Patrick Modiano : souvenirs entre chien et loup, parfum d’intrigues illicites, nostalgie d’un passé dont on se rappelle les apparences fugitives…

Je croise souvent, dans le 6e arrondissement, où il habite, Patrick Modiano, lui est à pied et moi vélo. Comme je connais sa retenue naturelle, je n’ai jamais osé m’arrêter pour le saluer et lui dire que j’ai lu tous ces livres.

 

Sauf que, mardi matin, 30 octobre, je maraudais du côté d’Aligre où se tient, à côté du marché des victuailles, un déballage de vieilleries. Il faisait frisquet. Au beau milieu de la place le soleil matinal réchauffait l’atmosphère. J’ai attaché ma monture pour aller fouiner. Bien m’en a pris, sur un étal je suis tombé sur Memory Lane, récit de Patrick Modiano, dessins de Pierre Le-Tan.

 

J’achète 10 euros et je m’assois sur la chaise de mon vendeur qui m’a obligeamment proposé de le faire.

 

Memory Lane est le titre d'un récit de Patrick Modiano.

 

Publié initialement dans la "Nouvelle revue française" (n°334, novembre 1980), ce texte a ensuite été édité en livre, avec des dessins de Pierre Le-Tan assortis de quelques légendes originales (Hachette, novembre 1981).

Repris en collection de poche Points Seuil, 1983.

 

 

« En soixante-dix pages, on découvre la quintessence de Patrick Modiano : des souvenirs entre chien et loup, un parfum d’intrigues illicites, la nostalgie d’un passé dont on se rappelle les apparences fugitives et derrière lesquelles on soupçonne des drames, de rudes amours, des angoisses et des plaisirs sans avenir. »

 

(Extrait d’un article de Jean-François Josselin, "Le Nouvel Observateur", repris en dernière de couverture de l’édition)

 

dimanche 6 novembre 2011

Memory Lane, de Patrick Modiano ICI 

 

Jeudi 27 octobre j’avais lu dans le Monde des Livres Modiano sur le qui-vive par Raphaëlle Leyris

 

Le Prix Nobel 2014 revient sur sa jeunesse inquiète avec l'envoûtant " Souvenirs dormants " et son pendant théâtral, " Nos débuts dans la vie "

 

Patrick Modiano, en 1975.

Sophie Bassouls/Leemage

 

« Si quiconque craignait que le prix Nobel de littérature de 2014 ait pu changer d'un iota l'écriture de Patrick Modiano, les premières lignes de Souvenirs dormants suffiraient à lever le doute, en semant le plus modianesque des troubles. Le lecteur plonge immédiatement dans sa si reconnaissable atmosphère d'incertitude et d'inquiétude, dans l'appréhension des dimanches soir commune à " tous ceux qui ont connu les retours au pensionnat ". On se retrouve à fréquenter des individus bizarres, rencontrés on ne sait plus comment ; pour se donner du courage, se rassurer, on se répète que, au pire, il sera toujours possible de leur " fausser compagnie ".

 

Aucun doute, on est bien chez Modiano, et d'autant plus, peut-être, que Souvenirs dormants, en l'absence de la mention " roman " sur la couverture, autorise à confondre narrateur et auteur. Il se classe ainsi aux côtés d'Un pedigree (Gallimard, 2005), dans lequel l'écrivain revenait factuellement sur ses vingt-deux premières années, passées dans le sillage de parents toujours pressés de se débarrasser de lui. Un pedigree s'achevait sur le souvenir d'un soir de 1967, où le jeune homme, né en  1945, s'était " senti léger pour la première fois de - sa - vie " (son premier livre, La Place de l'Etoile, serait publié chez Gallimard l'année suivante) : " La menace qui pesait sur moi, pendant toutes ces années, me contraignant sans cesse à être sur le qui-vive, s'était dissipée dans l'air de Paris. "

 

Le goût de l'ésotérisme

 

C'est à ce temps de constante menace, à cette époque " sur le qui-vive ", que revient Souvenirs dormants, sur un mode moins laconique qu'Un pedigree mais avec des phrases bouleversantes de -concision – " Je vivais dans une certaine solitude et un certain désarroi ", écrit-il avec un art consommé de la litote. Il revient à cette période à travers l'évocation de femmes croisées en ce " temps des -rencontres ", entre 17 et 22 ans : ce sont -Martine Hayward, Mireille Ourousov (présente dans Un pedigree), Geneviève Dalame, Madeleine Péraud, Madame -Hubersen (qui se saoule en manteau de fourrure par un mois d'août torride), et une autre dont il ne dévoile pas le nom parce qu'elle a été mêlée à la mort d'un  homme – il n'est en revanche pas -question de l'actrice Françoise Dorléac, -connue à cette époque, à laquelle il -consacra en  1996 un beau texte en -préface d'Elle s'appelait Françoise…, de Catherine Deneuve (Albin Michel ; rééd. Michel Lafon, 118 p., 14,95  €).

 

La plupart ont le goût de l'ésotérisme, qu'elles partagent avec le jeune homme passionné par la question de " l'éternel -retour " ; elles aussi vivent dans une forme d'inquiétude, fréquentent les cafés de ce Paris appartenant encore à un " vieux monde " qui " retenait une dernière fois son souffle avant de s'écrouler, comme toutes ces maisons et tous ces immeubles des faubourgs et de la périphérie que l'on s'apprêtait à détruire ".

 

Au fil de ce bref texte envoûtant, au -matériau autobiographique qu'il nimbe d'une brume de rêve, Patrick Modiano glisse des phrases qui permettent d'entrer dans son atelier d'écriture. Ainsi quand il écrit à propos des patronymes réels déclinés dans ses livres, et du processus mémoriel à l'œuvre dans son travail : " Je souhaite que ces noms comme des aimants en attirent de nouveaux à la surface et que ces bouts de phrases finissent par former des paragraphes et des chapitres qui s'enchaînent. " Pour s'approcher de son esthétique somnambulique, de sa manie de la fugue (" mon mode de vie "), Souvenirs dormants est un texte sur lequel tous les amoureux de Modiano devraient se ruer… Mais c'est avant tout un livre sur une jeunesse à l'affo-lement silencieux, qui subit son existence et fantasme sur la possibilité d'apprendre à orienter les événements du jour comme certains manuels prétendent enseigner l'art de diriger ses rêves. Une jeunesse qui ne peut pas vivre sa vie.

 

Une forme de tendresse

 

De ce point de vue, Nos débuts dans la vie, la pièce de théâtre qu'il signe en même temps, apparaît comme une sorte de suite et de pendant à Souvenirs dormants. Jean D. (un nom de personnage fréquent chez Modiano, dont Jean est le premier prénom), aspirant écrivain, et son amie Dominique, actrice, sont sur le point de sortir de cette jeunesse empêchée et de prendre le contrôle de leur -destin. Lui a fini son premier manuscrit et le garde dans un cartable menotté à son poignet pour le préserver notamment d'un beau-père journaliste, donneur de conseils et amateur de prose chantournée ; elle joue dans La Mouette, de Tchekhov, alors que la mère de Jean a un rôle dans une comédie boulevardière. Si l'œuvre de Modiano évoque souvent un théâtre d'ombres, il y a, dans cette troisième pièce de l'écrivain (après La Polka, 1974, et Poupée blonde, 1983), construite sur des allers-retours entre présent et passé, d'une scène à l'autre, beaucoup de chair, et une forme de tendresse pour ces " débuts dans la vie ". Beaucoup d'humour aussi. C'est peut-être cela, la trace la plus visible du Nobel, finalement : que Patrick Modiano donne à voir, aussi, sa part de drôlerie.

 

Raphaëlle Leyris

 

Jeudi matin, 2 octobre  sur France Inter, Dorothée Barba 

 

A la radio, il est un habitué des « sons qui terminent en l'air ». Comprenez : il ne termine pas ses phrases. Patrick Modiano, depuis des décennies, promène ses silences et balbutiements sur les plateaux de télévision. On dira - encore du jargon - que l'auteur de Dora Bruder est un « mauvais client ». D’ailleurs il n’est pas impossible que François Busnel ne soit pas très rassuré à l’idée de l’interviewer en direct, ce soir : Modiano est l'invité de la Grande Librairie, pour évoquer ses deux nouveaux livres, Nos débuts dans la vie et Souvenirs dormants (Gallimard).

 

Comme un pied de nez au triomphe du charisme. Modiano, à la télé, est là pour nous rappeler que non, ce n’est pas « naturel », de parler avec aisance et sans jamais chercher ses mots devant un micro et une caméra. Qui peut croire qu’une conversation devant une caméra est juste une conversation ? Modiano n’a jamais l’air de se sentir insulté, il ne semble pas souffrir en interview, mais il cherche ses mots comme on rature un roman. Car à l’écrit, après de multiples ratures, le style d'un écrivain peut paraître limpide. « Mais quand il prend la parole, il n’a plus la ressource de corriger ses hésitations. » C’est lui-même qui le dit, dans son discours de réception du prix Nobel de littérature.

« J’appartiens à une génération où on ne laissait pas parler les enfants, poursuit-il. On ne les écoutait pas et bien souvent on leur coupait la parole. » Voilà qui serait la clé de son élocution, tantôt hésitante, tantôt trop rapide, comme s’il craignait à chaque instant d’être interrompu. C’est ainsi que Modiano explique ce désir d’écrire qui l’a pris au sortir de l’enfance : « Vous espérez que les adultes vous liront. Ils seront obligés ainsi de vous écouter sans vous interrompre et ils sauront une fois pour toutes ce que vous avez sur le cœur. »

Partager cet article
Repost0
3 novembre 2017 5 03 /11 /novembre /2017 06:00
Lanzarote ses vignes et Houellebecq « Les Français méprisent les Belges et le pire est qu'ils ont raison. La Belgique est un pays déliquescent et absurde, un pays qui n'aurait jamais dû exister. »

Au cœur de la nuit, alors que j’écris, le bip de Messenger retenti : c’est mon ami Christophe qui aime les vins barrés qui m’écrit :

 

Bonjour Jacques,

 

Je suis à Lanzarote aux Canaries.

Je t’envoie quelques photos incroyables de vignes locales.

 

« Le 14 décembre 1999, en milieu d'après-midi, j'ai pris conscience que mon réveillon serait probablement raté-comme d'habitude. J'ai tourné à droite dans l'avenue Félix-Faure et je suis rentré dans la première agence de voyage. » 

Lanzarote * récit Michel Houellebecq  ICI 

 

 

 

 

Destination Lanzarote!

 

« De son vrai nom en français Lancerotte, l'ïle de Lanzarote est la plus orientale des îles de l'archipel des Canaries. Il s'agit d'une île volcanique parsemée d'oasis et de villages, soumise au climat desséchant de l'Afrique, laquelle est éloignée de seulement 125 km.

 

 

Le vignoble de La Geria, dans la moitié sud de l'île, est connu non seulement pour son vin mais aussi pour sa technique de plantation qui tire parti de la roche volcanique : on creuse une dépression circulaire remplie de cendre, dont le milieu accueillera le cep de vigne et les pentes recueilleront l'eau de pluie et la rosée; puis, sur le côté d'où souffle le vent, on élève un muret de pierres crues en demi-lune pour protéger la vigne. Le résultat est un paysage singulier, évoquant des écailles grises (la cendre volcanique) portant chacune un liseré clair (le muret coupe-vent, dit soco ou goro) autour d'une tache verte (le cep de vigne). Ce paysage a été popularisé il y a quelques décennies par des photos et des cartes postales en couleurs, dont l'étude livre quelques enseignements.

 

Visionner ICI 

 

C’est instructif et passionnant

 

 

Les vins de lanzarote

 

Lanzarote était en fait la dernière des îles Canaries à produire du vin commercial et depuis 1775 ils ont continué à cultiver les vignes de manière traditionnelle et unique.

 

La plus ancienne cave à vin de Lanzarote est El Grifo, qui est située dans le centre de l’île dans la région principale de la viticulture. El Grifo se targue d’être parmi les 10 plus anciennes d’Espagne, c’est un vignoble familial et le travail (récolte et de entretiens de la vigne) est réalisé manuellement sur ses 61,5 hectares. Ils produisent entre 400 000 et 600 000 bouteilles par an.

 

Il y a 18 vignobles commerciaux à Lanzarote avec des milliers de producteurs privés disséminés à travers l’île. Les vins de Lanzarote ont du caractère !

 

Lire la suite ICI 

 

Voici l’avis d’un LPVien :

 

Quelques informations sur des vins produits dans des conditions extraordinaires dans tous les sens du mot, je vous recommande le site "islanzarote.com" ,les photos sont plus que démonstratives !

 

et en plus les blancs à partir du cépage Malvoisie dans la version vin sec sont délectables, ils ont fait des progrès énormes, j'y avait passé il y a une quinzaine d'années : beurk

 

Stratus 2007: matière très tendue avec une acidité mure, très aromatique type fruits jaunes, barriqué (le plus cher:30 euros au resto)

 

El Grifo 2009 collection : toujours acidité mure et petite amertume très agréable, barriqué; El Grifo simple déjà très correct

 

El Volcano : une nouvelle bodega en lancement, très bel équilibre entre puissance et arômes, belle vinif avec un fond de bois (pas neuf je pense) hors commerce et goutté à Tias au café- resto L'ERMITA ** (qui nous a cédé quelques bouteilles à emporter)

 

Je n'ai gouté que les blancs, poissons et plats marins obligent !

 

 

A Brief History of Wine from the Canary Islands

 

ICI 

 

Les photos de Christophe :

Lanzarote ses vignes et Houellebecq « Les Français méprisent les Belges et le pire est qu'ils ont raison. La Belgique est un pays déliquescent et absurde, un pays qui n'aurait jamais dû exister. »
Lanzarote ses vignes et Houellebecq « Les Français méprisent les Belges et le pire est qu'ils ont raison. La Belgique est un pays déliquescent et absurde, un pays qui n'aurait jamais dû exister. »
Lanzarote ses vignes et Houellebecq « Les Français méprisent les Belges et le pire est qu'ils ont raison. La Belgique est un pays déliquescent et absurde, un pays qui n'aurait jamais dû exister. »
Lanzarote ses vignes et Houellebecq « Les Français méprisent les Belges et le pire est qu'ils ont raison. La Belgique est un pays déliquescent et absurde, un pays qui n'aurait jamais dû exister. »
Lanzarote ses vignes et Houellebecq « Les Français méprisent les Belges et le pire est qu'ils ont raison. La Belgique est un pays déliquescent et absurde, un pays qui n'aurait jamais dû exister. »
Lanzarote ses vignes et Houellebecq « Les Français méprisent les Belges et le pire est qu'ils ont raison. La Belgique est un pays déliquescent et absurde, un pays qui n'aurait jamais dû exister. »
Partager cet article
Repost0
30 octobre 2017 1 30 /10 /octobre /2017 06:00
François Pinault simple scieur de planches aime le bois dont on fait les fûts du Clos de Tart.

Dans ma vie je n’ai croisé qu’une seule fois François Pinault, lors des beuveries duponiennes dans les locaux du Point, au temps de Montparnasse, pour le Bojolo Nouvo. Il était accompagné  de Patricia Barbizet L'Artémis du monde des affaires.

 

Notez Artémis sur vos calepins bande de galopins.

 

Cependant ce cher François, grand pote du grand Jacques, avait occupé mes pensées sur le dossier de la Chapelle-Darblay, cher au cœur du Lolo déplumé, le plus jeune Premier Ministre qu’un autre François avait donné à la France qui allait chercher ses croissants dominicaux en charentaises (jusqu’où pouvait aller son adoration de Tonton).

 

Oui, oui, au 78 rue de Varenne, nous étions ministre de la Forêt doté d’un secrétaire d’État à la forêt, René Souchon, et c’était un charentais maritime, producteur de Cognac, qui suivait le dossier de la Chapelle-Darblay. Celui-ci, qui adorait François Pinault et, bien sûr, détestait Bernard Arnault, allez savoir pourquoi, sans doute un problème de Hennessy, alliait des connaissances encyclopédiques à un art de narrer les petites histoires qui font le miel de la grande. Bref, grâce à lui je savais tout ou presque.

 

Dans la compétition de François et Bernard, le premier a pris plusieurs longueurs d’avance en matière d’art mais n’avait guère brillé du côté « pinard ». Maintenant, ils sont au coude à coude dans les deux domaines. Pas la peine de vous faire un dessin.

 

Le Bernard doit être vert après l’annonce que son ennemi intime, via Artémis, sa société d'investissement (actionnaire du Point), qui détient déjà entre autres le château Latour, 1er grand cru classé en Pauillac (Médoc), le domaine Eisele Vineyard situé dans la Napa Valley en Californie, le domaine d'Eugénie situé à Vosne-Romanée en Bourgogne, ou encore le château Grillet dans la vallée du Rhône nord, venait d’annoncer la signature d'un protocole d'accord portant sur l'acquisition du domaine Le Clos-de-Tart, l'un des joyaux viticoles de la Bourgogne. La transaction sera définitive début 2018.

 

Lire la suite ICI 

 

Ça clabaude sec chez ceux qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez, ils ne comprennent rien au film en train de s’écrire. Le monument en ce domaine revient à un autre François, créateur d’un soi-disant Davos du vin où l’on se la joue à la villa d’Este ; sans contestation il peut avec ce brillant papier postuler au Nobel de l’Économie.

 

ICI

 

Ici, sous la plume de Jean-Yves Bizot, nous avons analysé, au risque de déplaire à l’opinion majoritaire, ce qu’il fallait en penser.

 

Bien, le père François ce n’est ni un riche chinois, ni un ricain, alors l’honneur gaulois est sauf, mais comment donc en est-il arrivé là ?

 

Dans la Bretagne profonde, le jeune François comprend très tôt que ce n’est pas en sciant des planches, comme son père, qu’il allait s’enrichir.

 

« En revanche, il constate que les négociants vivent, eux, dans l’aisance. En 1963, à 27 ans, avec 100 000 francs prêtés par sa famille et un bout de terrain, il fonde  sa propre entreprise. Son principe de base : ne produire qu’en contrôlant le négoce. Dès le début, il s’aperçoit que les bois produits localement ne suffisent pas à satisfaire la demande. Il décide donc de se fournir dans le Nord, en Scandinavie. Mais un club très fermé d’importateurs monopolise alors cette activité très lucrative. Reste… les restes. Qu’importe, le jeune entrepreneur décide de court-circuiter l’ordre établi en achetant directement une cargaison. Ce n’est pas de l’audace, c’est de l’inconscience. Le risque financier est démesuré pour sa petite entreprise.

 

Il réussit à convaincre le directeur local du Crédit Lyonnais de l’aider et, un beau matin, sa cargaison arrive au port. Le bois est revendu avec un large bénéfice, bien que proposé à un prix inférieur à celui des concurrents. Du coup, les artisans se précipitent. Et François Pinault devant le succès de son opération, crée sa propre affaire d’importation.

 

Mais afin de limiter les aléas de ce type d’activité, il développe parallèlement le négoce. Les risques sont ainsi contrôlés puisqu’il devient son propre client. En 1974, il pressent l’effondrement des cours du bois. « Je suis allé aussitôt voir tous mes fournisseurs scandinaves, raconte-t-il, et j’ai dénoué les contrats en diminuant mes commandes et en payant des indemnités d’annulation. Si bien que j’ai pu acheter ensuite au plus bas alors que tous mes confrères continuaient de payer au prix fort la matière première. L’establishment ne l’a jamais pardonné. »

 

François Pinault profite ensuite de la mauvaise conjoncture et ramasse les entreprises comme des feuilles mortes. De négoce, d’abord. Les fournisseurs et les menuiseries industrielles, ensuite. Bretonnes d’abord, françaises plus tard.

 

En 1985 il ajoute Isoroy à son palmarès, avec l’aide, toujours, du Crédit Lyonnais. Isoroy, qui fabrique le Formica, est en mauvais état. La firme n’a survécu qu’à coups de fonds publics et les pertes sont énormes. En reprenant cette société, qu’il redresse rapidement, François Pinault franchit un cap. Il devient un véritable industriel. Mais ce n’est qu’une étape. L’homme n’a pas l’intention de s’arrêter là.

 

 

Deux ans plus tard, il rachète, à titre personnel La Chapelle-Darblay, alors aux mains de l’État. Sa revente, en 1989, lui laisse une confortable plus-value dont il se sert pour partir à l’assaut de la CFAO, un géant du négoce international. L’establishment, qui l’avait longtemps boudé, est désormais obligé de compter avec lui.

 

 

J’adore, voilà un monsieur qui se fait une belle pelote avec le Formica, emblème des cuisines des années 60 et du papier-journal, avec lequel le peuple  se torchait le cul, pour aujourd’hui s’offrir, sous les yeux horrifiés de la LPV, l’emblématique Clos-de-Tart.

 

Sur la Chapelle-Darblay, l’Humanité s’égosillait « Deux ans après avoir repris l'affaire pour un franc symbolique, l'affairiste François Pinault vient de revendre le premier groupe papetier français à deux groupes scandinaves, le suédois Stora et le finlandais Kymmene. L'Etat qui touchera un quart de la plus-value réalisée par Pinault devrait donner son accord à cette opération qui prend l'allure d'un véritable scandale. En effet dernière entreprise française à produire du papier journal la Chapelle-Darblay a reçu 2,3 milliards de francs d'aide publique pour se moderniser. Rappelons que contre l'avis de Laurent Fabius, avec la CGT les travailleurs du groupe s'étaient mobilisés pour sauver l'entreprise. »

 

[…]

 

« François Pinault rachètera le Printemps en 1991, enrichissant ainsi son groupe qui prend le nom de Pinault-Printemps-Redoute (PPR). Un groupe dans lequel on trouve également des enseignes comme Conforama et Prisunic. En 1994, il y ajoute la FNAC.

 

J’en reste là mais François a passé la main à son fils François-Henri :

 

« François Pinault a toujours eu dans l’idée qu’il transmettrait son capital à ses enfants, raconte Patricia Berbizet. Mais avant de transmettre, il voulait s’assurer que François-Henri avait le tempérament nécessaire pour lui succéder. Son père ne lui a transmis les rênes que quand il a été persuadé qu’il en avait pleine mesure. Il avait organisé un système avec un comité des sages pour le jauger au cas où il ne serait plus là pour le faire. Jamais, il ne l’aurait désigné pour lui succéder s’il n’avait pas eu le temps de grandir et de faire des études avant que le groupe n’atteigne sa dimension actuelle. Mais jamais il n’a été élevé comme un héritier. »

 

Voilà, si j’ai une  suggestion à faire au propriétaire du Point c’est de prendre comme conseiller-technique à ses ouvrées de Bourgogne un bas-bourguignon bien connu pour son nez et sa passion pour la tension…

 

François Pinault simple scieur de planches aime le bois dont on fait les fûts du Clos de Tart.
Rennes: c’est qui le patron, le père ou le fils Pinault ?

Si François Pinault est officiellement l’actionnaire principal du Stade Rennais depuis 1998, son fils, François-Henri, a souvent eu la main sur la direction du club breton. C'est d'ailleurs lui qui a rencontré Olivier Létang ce lundi à Londres.

"Rennes c'est du Canada Dry : ça a la couleur d'un grand club, mais ça ne l'est pas." Ce tacle est signé par un ancien entraîneur des Rouge&Noir, Frédéric Antonetti. Ce lundi, lors d’une journée très agitée en coulisses, le club breton n’a pas failli à sa réputation. Et si la confusion a régné autour duvrai-faux limogeage du président René Ruello, au-dessus, du côté de l’actionnaire principal, le brouillard est encore plus épais.

Tout était pourtant simple au départ. En 1998, le richissime homme d’affaire François Pinault, natif des Côte d’Amor, devient propriétaire du club via la holding Artémis. Amoureux de sa région, la Bretagne, et de son club le plus emblématique, il commence par investir beaucoup d’argent au point de de devenir en 2000 l’un des clubs les plus dépensier d’Europe au mercato estival.

 

 

Partager cet article
Repost0
29 octobre 2017 7 29 /10 /octobre /2017 07:00
Je tenais pour acquis que tout le monde partageait ma passion pour les ciels nuageux. J’ai eu tout un choc en apprenant que certaines personnes préféraient le soleil.

Pur achat d’impulsion au vu de la couverture, alliant les couleurs pastel d’un ciel irréel, le noir charbonneux des cheveux, de la veste, de la cravate, et ce regard étrange, projeté vers je ne sais quel ailleurs.

 

Chez Gallimard j’ai donc acheté la BD « Glenn Gould, une vie à contretemps » Dargaud, 128 pages, 21€

 

 

Je ne vais pas vous la jouer fin mélomane, le genre grand amateur de musique dite classique, mes goûts musicaux sont éclectiques mais ma culture musicale est, et reste, bien rudimentaire.

Bien sûr dans ma bibliothèque de CD je possédais les coffrets The Gleen Gould Edition chez Sony, qui venait de racheter CBS, acheté dans les années 90.

ICI 

 

Pour autant connaissais-je qui était réellement Glenn Gould ?

 

La réponse est non, je savais vaguement que ce grand pianiste connu dans le monde entier conservait encore une part de mystère. En achetant la BD de Sandrine Revel je m’attendais à ce qu’elle reprenne la biographie de Glenn Gould, son enfance, l’entrée dans la vie adulte, son travail de relecture musicale, notamment de l’œuvre de Bach…

 

Rentré at home j’ouvre l’album et là, patatras, je suis perdu Sandrine Revel ne joue pas cette partition attendue, elle a choisi un autre chemin, celui de raconter le personnage en alternant de façon non chronologique des moments clé de son existence, en dessinant des personnes ayant côtoyé le musicien, en reprenant ses paroles ou écrits.

 

J’ai donc pris le temps, et même si ça peut vous paraître loufoque c’est en commençant par la fin que je suis le mieux entré dans cette BD plutôt dense à lire.

 

Voilà ce qu’en dit le critique de l’Express : « Glenn Gould, une vie à contretemps », une BD virtuose

 

« La plupart des anecdotes connues et célèbres concernant Gould y sont dûment répertoriées : la relation à sa chaise si particulière, son aversion pour les contacts humains, sa passion pour les animaux… Comme en témoigne les annexes, Sandrine Revel s’est beaucoup documentée pour réaliser son album. Elle a même intégré une « discographie raisonnée » du pianiste (ainsi qu’une liste de références diverses) qui permettent d’aller sélectionner les morceaux de musique une fois la lecture de l’album achevée. »

 

« Les dessins sont très délicats, sensibles. Quasiment aucune couleur chaude, les tonalités sont souvent grises, ce qui rend l’album un peu triste. »

 

« L’album est une relecture intéressante de la vie de Gould, qui laisse la part belle à l’imaginaire. Sandrine Revel dépeint l’artiste avec beaucoup de sensibilité et de respect. Elle parvient à nous laisser entrevoir l’homme derrière l’interprète. Un bel album mis en musique ! »

 

Tout sur Glenn Gould ICI 

 

Glenn Gould en BD, c’est fou ICI

 

Planches commentées :

La bédéthèque idéale #86 : les variations de Sandrine Revel sur Glenn Gould ICI 

 

 

Partager cet article
Repost0
29 octobre 2017 7 29 /10 /octobre /2017 06:00
Goethe disait que l’homme malheureux est dangereux. Le pouvoir ne revient qu’à des hommes écrasés par le poids des rancœurs, un subconscient tragique.

« Tout anticommuniste est un chien. » Sartre.

 

Dans mes années de construction à aucun moment je n’ai été tenté par le communisme, je sortais d’une Église et je n’avais aucune envie de m’enfermer dans une autre. Ce n’était pas simple en ce temps d’hégémonie du PCF sur la caste intellectuelle dites progressiste.

 

Ne pas adhérer certes mais j’aurais pu, a minima, comme beaucoup, être un compagnon de route ou pire « un idiot utile ». Pour autant, je n’ai jamais versé dans un anticommunisme militant, frontal mais le si tu n’es pas avec nous tu es contre nous ne m’a jamais ébranlé.

 

Dans ma Vendée profonde, le PCF ce n’était qu’une poignée de permanents adossés à des historiques, des staliniens obtus et sectaires ; la gauche non-communiste, la SFIO, n’était qu’un ramassis de petits bourgeois anticléricaux, arcqueboutés eux aussi à de vieilles lunes.

 

Désespérant !

 

Et puis, un jour, dans l’autorail Nantes-La Roche-sur-Yon, j’ai lu une interview de Michel Rocard dans Témoignage chrétien. J’avoue que je n’ai pas tout compris de la pensée complexe de Michel mais ça m’a semblé être un bon socle pour bâtir ma culture politique. Certes, le PSU était un vaste foutoir mais j’y trouvais mon compte car on y débattait et on y tentait de sortir du piège mortifère tendu par le PCF.

 

Même si ça peut vous paraître surprenant, mais la Roche-sur-Yon, avec le docteur Morineau, avec  Saint-Brieuc, était un bastion du PSU, la direction nationale du PCF nous envoya l’un de ses fleurons, Laurent Casanova, un pur stalinien, pour sonder nos reins et nos cœurs. La rencontre fut un grand moment d’incompréhension mutuelle, ce jour-là, et c’était bien avant que Mitterrand engage le programme commun avec Marchais, j’ai compris que le PCF était un astre mort.

 

Dans le même ordre d’idées, j’ai toujours pensé que la stratégie de Mitterrand mènerait le PS à la tombe. Ce qui est fait, merci Macron.

 

Maintenant que je suis en vacances éternelles, je lis.

 

Je lis le tome 3 de la somme de Thierry Wolton Une Histoire mondiale du communisme : Les Complices. Même si l’auteur instruit à charge, il n’en reste pas moins vrai que les fameux compagnons de route du PCF, comme les « fascinés » néo-marxistes de la gauche, ne sortent pas grandis de cette histoire sanglante.  

 

Pour expliquer sa façon de penser, Thierry Wolton rappelle que, jeune journaliste (à Libération, puis au Point), il a pu aller « derrière le rideau de fer ». « À 25 ans, j'ai pu rencontrer (les dissidents) Vaclav Havel, Adam Michnik, Andreï Sakharov. C'était extraordinaire. Vous rencontrez des gens qui ont compris le système, vous le racontent et vous donnent les clés pour le comprendre ». « Cela a été ma grande chance. »

 

 

La Révolution d’Octobre a 100 ans : Moscou ne croit plus en Lénine

 

Olivier Tesquet dans  Télérama écrit :

 

« Devant un bortsch roboratif, Polina se ressert une généreuse louche de crème fraîche. En chassant une mèche auburn, l’étudiante en cinéma jette un œil par-dessus son épaule, un coup à gauche, un coup à droite. Par superstition peut-être, par éducation sûrement.

 

On ne badine pas avec les anekdot, ces blagues russes érigées au rang de folklore que la censure soviétique n’a jamais su réduire au silence. On se les offre au creux de l’oreille, en étouffant un rire nerveux, dans le brouhaha d’une gargote moscovite, rue Piatnitskaïa :

 

« Sur la place Rouge, il y a deux Vladimir, un assis et un couché.»

 

Le premier se cramponne au Kremlin depuis 1999. Le second y est adossé – les pieds devant – depuis près d’un siècle. Vladimir Vladimirovitch Poutine contre Vladimir Ilitch Oulianov, dit Lénine. Cette année, le moins fringant des deux fête le centenaire de sa révolution, qui a irrémédiablement teinté de rouge les octobres slaves.

 

Un anniversaire ?

 

Quel anniversaire ?

 

Au stéthoscope, le visiteur du mausolée ne distingue rien d’autre que le ronron effroyablement banal d’un climatiseur. Pourtant, derrière la vitre pare-balles d’un sous-sol à 17 degrés où les touristes asiatiques continuent de se presser fébrilement, Lénine est le macchabée le plus encombrant de Russie. »

 

Statue décapitée de Lénine à Kotovsk, en Ukraine, en décembre 2013. 

Photo Guillaume Herbaut

 

Il était une foi : la révolution selon Lénine par Gilles Heuré toujours dans Télérama

 

Extraits

 

« Après la victoire contre l’Allemagne, c’est bien Staline, le Géorgien moustachu auquel le PCF voue une admiration sans bornes, qui fait vibrer les militants. Oublié, Vladimir Ilitch ? Pas encore. Il reste le père fondateur et le « cœur » de la doctrine grâce à ses œuvres (Que faire ?, L’Etat et la révolution), dont la lecture est obligatoire, et parfois fastidieuse, pour les jeunes communistes d’après-guerre…

 

Culte de la personnalité

 

L’historien Emmanuel Le Roy Ladurie, revenant dans Paris-Montpellier (1982) sur sa période communiste du début des années 1950, se souviendra avec humour de ses efforts pour ingurgiter « l’inepte » Matérialisme et empiriocriticisme de Lénine. Mais les paroles de granit ne doivent pas rester lettre morte. Pour Jean-Toussaint Desanti, philosophe et ancien résistant (qui reviendra sur le tard sur cette période d’aveuglement), en 1949, Lénine, « ferme », « lucide », « porte-parole du prolétariat », « accoucheur de l’Histoire », combattant donc savant, est le « philosophe nouveau », contrairement aux autres philosophes qui, eux, n’ont fait qu’« interpréter » le monde. L’étoile de Lénine brille de nouveau lorsque celle de Staline décline.

 

Mort en 1953, le dictateur géorgien meurt une seconde fois lors du XXe Congrès du Parti communiste d’Union soviétique qui, en février 1956, sort de sa chapka le concept bien peu marxiste de « culte de la personnalité » pour dénoncer « l’intolérance » et « la brutalité » du Petit Père des peuples, comparé aux « mesures sévères face aux classes exploiteuses qui s’opposaient à la Révolution », donc répression et déportations justifiées, prises par Lénine « dans des cas d’une extrême nécessité ».

 

Mise en cause du stalinisme et réflexion antitotalitaire

 

Après ce coup de tonnerre qui ébranle le PCF, il faut revenir aux fondamentaux. Dans Pour Marx (1965), Louis Althusser, soutiendra encore que la spécificité de l’action révolutionnaire de Lénine transcende la simpliste analyse historique : « Un petit homme est toujours là, dans la plaine de l’Histoire et de notre vie, cet éternel “moment actuel” ». Quoiqu’un peu alambiquées, les louanges de ces intellectuels, en pleine guerre froide, sont mieux charpentées que l’anathème sartrien de 1965 : « Tout anticommuniste est un chien. »

 

D’autres cataclysmes vont survenir dans les années suivantes et ébranler l’image du fondateur du parti bolchevique. Dans le sillage de L’Archipel du goulag (1974), de Soljenitsyne, la mise en cause du stalinisme et la réflexion antitotalitaire s’attaquent aux racines du bolchevisme. L’ouverture des archives soviétiques dans les années 1990, après la chute de l’URSS, permettra encore aux historiens de dépoussiérer les mythes, de pointer la filiation idéologique entre Lénine et Staline et l’implacable chronologie du système totalitaire. La chute du mur de Berlin, l’effondrement de l’URSS et des pays satellites vont enfouir Lénine dans l’Histoire. Le modèle occidental, sa société de consommation et sa liberté politique, mais pas forcément économique, feront sauter les chapes de plomb. Pour un temps. Ils sont bien peu aujourd’hui à souffler sur les cendres de Vladimir Ilitch Oulianov, dit Lénine, personnage historique du passé d’une illusion.

 

 

Goethe disait que l’homme malheureux est dangereux. Le pouvoir ne revient qu’à des hommes écrasés par le poids des rancœurs, un subconscient tragique.

Le cinéaste Alexandre Sokourov a visité l’ancien camp stalinien Perm-36, devenu un musée. Il en sort bouleversé et frustré. Il y a encore une profonde réflexion à mener pour donner à ce lieu plus d’envergure, confie-t-il à ce journal régional dans une interview au long cours.

 

Extraits :

 

  • Vous avez dit que seuls les Russes étaient capables de se haïr et de s’infliger mutuellement de telles tortures, que ce serait le propre de l’homme russe. Quelle est la nature de ce phénomène?

 

Je me suis exprimé durement… Sous le coup de l’émotion… Peut-être est-ce parce que la frontière entre la raison et l’âme, le cœur, est très ténue dans le caractère russe. Je parle du peuple en tant que tel, et non des individus. Un peuple capable de vivre dans n’importe quelles conditions, capable de faire abstraction de ce qui se passe autour. C’est une prédisposition très funeste. Et nous le sommes comme personne. C’est un malheur.

 

  • Mais ce n’est pas une prédisposition génétique, pour utiliser un mot à la mode?

 

Elle est héréditaire… Elle s’est forgée progressivement : peu d’exigences quant à la qualité des rapports sociaux, une capacité à choisir le bouc dominant dans le troupeau et à marcher derrière lui. J’ai voyagé et je voyage beaucoup. J’ai vu comment les peuples créent leurs systèmes et dans quel état de “santé” ils les maintiennent. Dans quelle mesure un peuple est l’auteur de son système, dans quelle mesure il est l’auteur de son État, etc. En ce sens, nous sommes proches des Latino-Américains. Mais nous avons notre singularité, parce que nous connaissons une saison froide qui nous oblige à nous replier et à nous soumettre encore davantage.

 

  • Quel stade d’évolution intérieure un homme investi du pouvoir sur les autres doit-il atteindre pour rester humain?

 

Question très difficile. Essentielle. Il doit y avoir une base morale. Une grandeur d’âme initiale. L’homme ne doit pas répondre par l’hypocrisie, la trahison et le crime au pouvoir qu’il reçoit. Václav Havel, par exemple, était un tel homme. Par essence. Le pouvoir ne doit être donné qu’à des hommes pourvus d’idéaux humanistes. Ne votez que pour ceux qui placent les défis humains au-dessus des objectifs politiques. Je ne sais pas qui a fait l’éducation de Havel, mais c’est un homme qui a assumé la charge du pouvoir avec dignité, et permis à son pays de garder sa dignité. Ou du moins de passer un certain cap.

 

  • Vous avez probablement souvent vu des hommes a priori honnêtes changer une fois investis du pouvoir?

 

C’est plus compliqué que cela… Je ne connais aucun cas où le pouvoir aurait été donné à des gens ressemblant à ce que je décris. Tous arrivent au pouvoir avec un lourd bagage de problèmes personnels, de rancœurs. Pour mes films, je dois d’une certaine façon “plonger” dans cette question, l’explorer à fond. Et je dois dire que… comment formuler ça avec précision… Goethe disait que l’homme malheureux est dangereux. Le pouvoir ne revient qu’à des hommes écrasés par le poids des rancœurs, un subconscient tragique. En Russie, malheureusement, il n’en a jamais été autrement. Même les empereurs avaient ces problèmes, quoique moins lourds. Tous ceux qui ont été au pouvoir après la chute de la dynastie étaient des personnalités extraordinairement malheureuses en tant qu’hommes. Aucun n’a été heureux au pouvoir. Aucun n’y a trouvé une famille, le bonheur, des êtres aimés, des amis chers.

 

  • C’est un peu désespérant.

 

Pourquoi désespérant? Cest la vie, et la vie est désespérante par défaut puisque nous allons mourir. Peut-être y a-t-il des gens capables de l’éviter. Qu’est-ce que ça veut dire “désespérant”, “optimiste”? Nous avons un cerveau, ce nest pas pour rien.

 

Je parlais de la Russie. On ne peut donc rien y changer. Pour nous, la démocratie serait un mythe. Qu’est ce qui peut nous sauver dans ce cas?

 

Le hasard. Un être supérieur pourrait émerger par hasard au sein de la société. Le pays aurait pu par exemple être dirigé par Galina Vichnevskaïa [cantatrice célèbre, épouse du violoncelliste Mstislav Rostropovitch]. Ou Andreï Sakharov [physicien nucléaire, père de la bombe H, militant des libertés civiques, Prix Nobel de la paix], mais il a commis beaucoup de grosses erreurs. Le cas de Boris Eltsine était très prometteur. Au sens moral, il était prêt. Mais la complexité des problèmes qu’il fallait résoudre dépassait ses compétences, malgré la qualité et le niveau de ses connaissances et de son intuition. Eltsine était formidable, je l’aimais beaucoup, lui et sa famille. Que Dieu le pardonne… Mais cela montre aussi que la situation russe était si complexe qu’il était objectivement difficile de trouver un homme qui ne se serait pas trompé dans ces conditions.

 

L’histoire russe a cela de particulier que le chef de l’État a toujours hérité de problèmes fondamentaux. Il n’est jamais arrivé qu’il puisse gérer uniquement les affaires courantes. Pas un dirigeant dans l’histoire de la Russie n’a accédé au pouvoir sans hériter de problèmes catastrophiques. Pas un. Mais je me trompe peut-être.

 

  • Mais un homme seul pourrait-il seulement gérer cela?

 

Un homme avec un programme humaniste et des convictions humanistes profondes. Seul un tel individu pourrait trouver une solution à ces problèmes. Et à la condition qu’il ait une qualité d’âme lui permettant de trouver, choisir des compagnons qui ne fassent pas trop d’erreurs. J’y crois. Et puis la loi doit être au-dessus du tsar. Ce qui n’a jamais été le cas.

 

[…]

 

  • Les bolcheviques une fois au pouvoir ont rencontré le même problème. Mais ils s’en sont sortis.

 

Comment? Par le meurtre, la terreur, une purge générale, par la mort. Tu ne veux pas te soumettre, tu es fusillé. Il ny avait pas de dialogue avec la population. Ils ne savaient pas débattre. Ils ne savaient pas comprendre. Comment un commissaire venu de la rue pouvait-il trouver un langage commun avec le directeur de la Banque impériale de Russie? Que pouvaient-ils dire lorsquon leur demandait les clés du coffre et tous les documents? Très peu demployés des banques sont passés du côté du nouveau pouvoir. Or c’était le système sanguin du pays.

 

[…]

 

  • Donc, enfin, il y aurait du changement? Ça veut dire quelque chose, non?

 

Oui, ça veut dire “quelque chose”. Parce que Poutine comprend, sans le moindre doute, que le changement est inévitable. Il sait ce qui se passe dans le pays. Il appelle par leurs noms une incroyable quantité de fonctionnaires et de personnels qui l’entourent. Et il sait tout d’eux. Selon moi, il y a très peu de personnes à qui il peut faire confiance. Et à juste titre. Donc lorsqu’il nomme Maxime Rechetnikov, cela indique qu’il y a une tendance, une voie que le président a décidé d’emprunter. Parce qu’il ne peut plus en être autrement. Même en apparence.

 

Si le musée parle de ceux qui étaient de ce côté des barbelés, et de ceux qui étaient de l’autre côté, de la vie des uns, et des autres…

 

Alors on comprendra pourquoi il était si difficile de vivre là-bas. On comprendra pourquoi c’était si difficile pour les “politiques”. Et dans quelle mesure, dans quel sens, c’était difficile. Car eux, les “politiques”, étaient des gens sensés, dotés d’une conscience, d’une dignité indestructible. Ils ont été confrontés à une cruauté tenace, une profonde barbarie. Et cela sous deux aspects. De la part de l’État à travers l’administration, et de la part d’un système pénal infiniment brutal et sale. Sali de toutes parts, par la bassesse sociale, par la lâcheté de la justice, par la bestialité physiologique et le cauchemar.

 

Ildar Dadine [jeune militant d’opposition, condamné en 2015 à trois ans de colonie pénitentiaire, libéré au bout de quatorze mois après avoir dénoncé des actes de tortures sur sa personne] raconte qu’il n’a flanché qu’une fois – lorsqu’on lui a dit qu’il allait être violé devant le directeur de la colonie pénitentiaire. Car cela aurait immanquablement eu lieu. Mon Dieu, mon Dieu, et cela ne se passe pas du temps de Beria [le chef de la police politique de Staline, a la réputation cruelle], mais aujourd’hui, aujourd’hui!!! Publiquement, ouvertement, dans une institution publique Et Dadine savait parfaitement qu’il ne l’oublierait pas, quelle que soit la direction qu’allait prendre sa vie ensuite. On allait briser en lui quelque chose de plus important que tout le reste. Mais c’est absolument normal pour la prison russe, où toutes les limites ont été franchies. Elles l’étaient déjà à l’époque. C’est vrai que du temps de Brejnev les gardiens étaient plus tendres avec les politiques. Mais les droits communs étaient les mêmes. La vie sexuelle est toujours aussi cauchemardesque dans ces camps. Ce qui s’y passe est indescriptible, indicible.

 

  • Il y a un début à tout cela.

 

Au début, il y a eu la lutte désespérée des prisonniers pour leur survie et ce qui leur restait de dignité. Désespérée parce que chaque prisonnier comprenait que sa dignité et sa vie ne dépendaient que de lui seul. De ce qu’il ferait bien ou mal pour lui. Piétiner son prochain pour sauver sa peau? Cela a existé. Le système pénitentiaire est construit dans de nombreux pays sur lavilissement physique et moral.

 

  • C’est probablement plus simple ainsi.

 

Oui, c’est plus simple, bien sûr. Et finalement, c’est parfois l’unique forme possible d’existence. Elle se situe au-delà de la morale et de l’immoral. C’est une sorte de nouvelle catégorie à laquelle on ne pense pas, pris dans l’agitation des luttes économique, politique, confessionnelle. Elle existe déjà. C’est une troisième catégorie. Je ne sais pas comment elle s’appelle, mais elle est là. Toute la littérature, tout l’espace que nous assimilons avec l’esprit et le cœur se trouve d’un côté ou de l’autre. Dostoïevski a été le premier à oser faire d’un criminel un personnage légendaire. Cet escalier que gravit Raskolnikov [héros du roman Crime et châtiment], ce monologue génial, grandiose du point de vue littéraire, a fait d’un simple, d’un vulgaire criminel, une figure symbolique. Le meurtre est devenu un objet d’étude en sciences humaines. Ce qui n’était probablement pas le cas avant Dostoïevski. Et Dostoïevski lui-même a compris, en approchant du dénouement, qu’il n’avait pas la réponse. Le repentir après la déportation… Peu importe, il a tué. Comment échapper à cela? Repentir ou pas, il sen souvient malgré tout. Et son âme sen souvient, et son esprit. On n’échappe pas à ça. Et il na pas vraiment tranché pour lui-même, si ce meurtre était juste ou pas.

Partager cet article
Repost0
28 octobre 2017 6 28 /10 /octobre /2017 06:00
"Trois poules" HST 36x48 Collection particulière Henry Pierre Troussicot

"Trois poules" HST 36x48 Collection particulière Henry Pierre Troussicot

Au Bourg-Pailler, dans l’aire, les poules de mémé Marie vivaient en une liberté sans limites, elles fientaient partout ce qui avait le don de mettre en rogne Arsène, mon père, le fils unique de mémé Marie, elles pondaient dans les lieux les plus improbables et je faisais en fin de journée la chasse aux œufs, lorsqu’elles étaient couesses (prête à couver) les poules déployaient des trésors d’imagination pour planquer leurs œufs. Je signale aux petites louves et aux petits loups que la basse-cour était doté d’un coq qui copulait dans le style Stakhanov. Tout ce petit monde, à la nuit tombante, allait se réfugier sagement dans le poulailler, une cabane, pourvue d’un vaste perchoir, situé sous un cormier. Se coucher comme les poules a un sens, d’ailleurs lorsque j’avais envie d’impressionner mes petits camarades je me saisissais d’une poule, je plaçais délicatement sa tête sous l’une de ses ailes, je la berçais, elle s’endormait et je la posais sur le sol : effet garanti !

 

J’ai donc vécu au milieu des poules toute ma prime jeunesse… je leur balançais du grain lorsque j’étais rentré de l’école, je faisais la chasse aux œufs et j’allais tirer le verrou du poulailler après dîner.

 

 

Lorsque mon frère Alain, revenu de son service militaire en Algérie, a cherché des revenus supplémentaires sur la petite métairie du pépé Louis, époux de mémé Marie, il céda aux sirènes des marchands de farine qui lui firent construire un poulailler industriel. Il manqua manger la baraque, il ne dû son salut qu’à l’intervention musclée de Bernard Lambert « le Crédit Agricole paiera ! », mais c’est une autre histoire, il a fini sa carrière d’éleveur chez l’impayable Gérard Bourgoin.

 

Les poules enfermées dans « le goulag rural » n’étaient pas encagées elles pouvaient se promener dans l’espace du poulailler aussi encombrée que la place Saint Marc à Venise. Leurs œufs n’étaient pas destinés à la consommation mais à la reproduction : ils partaient chez un accouveur pour faire des poussins qui s’en iraient dans un autre « goulag rural » pour faire des poulets de chair.  

 

Ainsi va la vie le petit-fils de la mémé Marie, éleveuse de poules en liberté, mais aussi « tueuse » de poules et de poulets pour tout le voisinage, a embastillé ses poules en leur faisant bouffer de la farine. Bref, ça résume bien ce qu’ont été les fameuses 30 glorieuses qui se sont vautrées, après mai 68, dans la société de consommation.

 

De nos jours, les retraités ruraux ont des poules et, même à Paris, au collège Mendès France dans le XXe mon association d’agriculture urbaine Veni Verdi élève quelques poules.

 

C’est le cas de JB, l’ami du Henri-Pierre, un gars d’la Mothe, d’en haut qu’on disait car ses parents habitaient en haut de la côte montant à la gare de la Mothe-Achard, importante au temps des foires car on y expédiait le bétail sur pieds vers la Villette. À mi-côte y’avait la coopé qui fabriquait du pain ce qui ne plaisait guère au p’tit Louis Remaud le père de mon copain Dominique qu’était aussi copain avec Gervais l’un des frères d’Henri-Pierre. Je n’ai jamais mangé du pain de la coopé, nous avions une « coche » à la boulangerie Remaud. (la coopé a fait faillite, faut dire sans être mauvaise langue qu’on se la coulait douce à la coopé...).

 

La « coche » était une tige de châtaignier, fendue en deux, c'était la coche de pain comptabilisant, dans le cadre de l'échange blé-farine-pain, le nombre de pains fournis. Nulle contestation possible puisque, la coche, l'entaille, se faisait en réunissant les 2 lattes fendues, celle du boulanger (suspendue dans l'arrière-boutique, portant le nom du bénéficiaire) et celle du paysan qui la présentait à chaque achat...

 

Trêve de souvenirs, passons aux poules de retraité en semi-liberté :

 

Divine omelette

 

Roselyne, la vieille poule noire, est morte le mois dernier, de vieillesse sans doute. Elle et sa compagne Ségolène, la grosse rousse, avaient mal vécu l'arrivée des deux nouvelles, deux jeunes pipiches en provenance d'un élevage de poules pondeuses « bio ». Trois euros la poule ! Une misère pour ces deux stakhanovistes de l'oviducte. Il est vrai que les deux ancêtres galliformes occupaient les lieux depuis plus de dix ans et qu'elles avaient pu percevoir cette arrivée comme une intrusion insupportable dans ce qu'elles considéraient comme leur propriété exclusive. Elles étaient bizarres les nouvelles et plutôt moches, toute déplumées, agitées comme des malades et affublées d'un bec à la pointe coupée. Sans doute cette mesure avait-elle été dictée par les raisons de sécurité qui gèrent l'univers concentrationnaire au sein duquel elles avaient vécu leurs trois premières années. Dès que vous approchiez de l'enclos, elles grimpaient au grillage et vous sautaient dessus dès que vous posiez un pied à l'intérieur. Elles se précipitaient sur les grains jetés au sol comme si elles avaient peur de manquer ou que « les autres » leur piquent leur part. Ces « autres » les regardaient faire, surprises et patientes, l'œil rond et roulant du col. Elles auraient haussé les épaules si elles avaient pu. Ce comportement surprenant devait être dû à la lutte pour la survie qu'elles avaient connue et que favorise le genre d'élevage industriel d'où elles venaient, et nous nous demandions ce qu'il pouvait bien avoir de « bio », cet élevage. Mais au moins, elles, elles pondaient. Je n'avais même pas songé à leur attribuer un prénom, me contentant de l'expression « les deux foldingues ». Elles ont cohabité à quatre pendant quelques semaines et les deux jeunettes se sont refait peu à peu un plumage décent, sans que change leur comportement, leurs trois ans de goulag ayant laissé sur elles une empreinte indélébile. Un jour, Roselyne a commencé à décliner (pulla, -a, -am, -ae, -ae, -a !).

 

Elle restait prostrée dans un coin du poulailler. Son œil avait terni, elle semait ses plumes derrière elle et sa crête s'était affaissée sur le côté. « La noire file un mauvais coton », dit Dominique en revenant de sa visite matinale, deux œufs à la main, ceux des nouvelles, les vieilles ne pondant plus depuis longtemps. Sans doute, en d'autres lieux, eussent-elles fini en poules-au-pot à la mode Henri IV. Le lendemain, elle gisait sur le côté, sous la cabane, présentant les signes évidents d'une rigidité toute cadavérique. La rousse s'est-elle sentie délaissée ? La perte de sa camarade avait-elle affecté son moral de gallinacée ? Elle est devenue le souffre-douleur des deux autres, mauvaises « comme la gale » et promptes, comme bien des humains, à harceler le plus faible du groupe. Ce matin, elle était morte. Dominique l'a enterrée dans le talus de la haie du fond, près de l'autre. Peut-être, au paradis des poules, sont-elles en train de pondre en rafales les œufs de futures omelettes divines ?

 

 J.B. Le 19/10/17

Partager cet article
Repost0

  • : Le blog de JACQUES BERTHOMEAU
  • : Espace d'échanges sur le monde de la vigne et du vin
  • Contact

www.berthomeau.com

 

Vin & Co ...  en bonne compagnie et en toute Liberté pour l'extension du domaine du vin ... 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

Archives

Articles Récents