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20 juin 2009 6 20 /06 /juin /2009 00:02

 

« Je viens de tuer ma femme. Ce qui m’ennuie c’est les faire-part. Je dois absolument écrire avant d’aller à la gendarmerie. Évidemment, je n’ai plus de timbres. Je lui avais demandé d’en acheter. En prévision. Je vais devoir m’habituer à faire les choses moi-même. Au moins aujourd’hui. Demain, le juge s’occupera de tout. Je n’aurai plus à penser. Je serai libre. »

Stupeur ! Dérapage incontrôlé ? Provocation gratuite ? Non ! Les plus fidèles d’entre vous se demandent déjà : « Pourra-t-il écrire ses chroniques depuis sa cellule ? » La réponse est oui puisqu’étant voisin de la Santé ma Wi fi me permettrait de me connecter. Là je sens que j’ai perdu la partie, l’emploi du conditionnel vous a mis la puce à l’oreille. Pour autant je ne vous ai pas mené en bateau. Tout ce que j’ai écrit est vrai parce que c’est faux. L’emploi de la première personne dans un roman n’est pas, contrairement à ce que pensent certains lecteurs, l’indice d’un écrit autobiographique. Ceux d’entre vous qui lisent encore mon petit roman en ligne du dimanche peuvent en témoigner (pour les nouveaux arrivants l’intégrale est disponible sur demande). Si vous avez marché, si vous avez cru à ma grosse ficelle, j’en suis un peu marri même si j’ai réussi mon coup. Cependant, un détail aurait du vous mettre la puce à l’oreille : Paris est hors juridiction de la gendarmerie, les seuls gendarmes que nous croisons sont des gendarmes mobiles qui viennent avec leur harnachement passer le plus clair de leur temps dans leurs cars.

C’est un petit livre (format poche) d’Emmanuel Pons publié chez arléa www.arlea.com à ne pas mettre entre les mains des âmes sensibles car il est très border line, à lire au deuxième degré, en cachette de votre épouse légitime, pendant vos futures vacances. Pourtant, à sa façon provocatrice, c’est livre d’amour qui prend des voies très surprenantes. L’extrait que je vous propose ne déflore pas l’intrigue mais donne une idée du ton jubilatoire et décalé de ce petit opus. Je l’ai choisi aussi parce l’épisode se passe à Monoprix, comme quoi, comme aux Galeries Lafayette, il se passe toujours quelque chose à Monoprix.


« Sylvie fait les courses. Vive Monoprix, puisque m’y voici ! Les premières années de notre relation, le samedi matin était prétexte aux exhibitions des formes de ma belle au rayon alimentation de notre city-marché. Je me revois troussant sa mini-jupe sur ses fesses nues, tandis qu’elle comparait les dates de péremption des yaourts. Aucun endroit n’excitait plus ma libido que notre Monoprix, et ses caméras de surveillance. Les cuisses découvertes de Sylvie m’y excitaient comme jamais, et malaxer ses seins sou son chemisier m’y procurait un plaisir que je n’aurais pu prendre dans aucun lit. Nous l’appelions « l’effet Monoprix ». Aussi nous lancions-nous, d’un ton las, ces dernières années : » Et si on se faisait un Monop’ ? » ; ultime tentative de résurrection d’une libido tombée au champ du quotidien. »

 

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19 juin 2009 5 19 /06 /juin /2009 00:07

« De retour d’une journée entière passée à arpenter les allées de Vinexpo… »

Puis  j’enchaînais :

« L’Australie, la Nouvelle-Zélande, les USA, le Chili, l’Argentine, l’Afrique du Sud, la déferlante des vins du Nouveau Monde va-t-elle naufrager la viticulture du Vieux Continent ?

À Vinexpo, à en croire certains, la France vinicole, sûre d’elle et dominatrice, en serait la première victime. Déjà, sur le marché anglais, face à la coalition des pays du Nouveau Monde conduite par les Australiens, sa part de marché s’effrite inexorablement. »

 

De ce séjour je tirais des enseignements, des questions, qui allaient nourrir ma réflexion :

-         le marché anglais était le check-point par où entraient les Vins, dit du Nouveau Monde dans la vieille Europe, allaient-ils pour autant pénétrer les pays traditionnellement grands consommateurs ?  

-         dans le plus grand hub mondial qu’est Vinexpo je constatais que nous disposions, contrairement à nos concurrents dit du Nouveau Monde, d’une main complète, avec des atouts : une culture de l’Origine, et des cartes faibles : un grand vignoble généraliste en mal de conversion car inadapté à la nouvelle donne, nous permettant de répondre au défi qui nous était lancé.

 

Les « barbares » du Nouveau Monde n’ont envahi  ni le marché français, ni celui des vieux pays consommateurs et samedi prochain 20 juin je pars à Bordeaux pour passer quelques jours à arpenter les allées de Vinexpo. Un Vinexpo de « crise », une « crise » d’un nouveau type, multiforme, mondiale, dont aucun économiste ou prévisionniste n’est à ce jour capable de dire quand nous en sortirons car ce n’est pas une crise, au sens classique du terme, mais une vraie rupture géopolitique et systémique provoquant un effet dominos dont nous ne mesurons pas la portée. J’y vais en chroniqueur solitaire y sentir l’ambiance, sonder les uns et les autres, causer, écouter, faire ma pelote, loin de la pompe des officiels, des festivités nocturnes, de ce que notre Bizeul « oriental » nomme avec vivacité sur le blog de JL Thunevin « les courbettes de Vinexpo », les « smokings » de la fête de la Fleur sans pour autant arborer mes Veja équitables, ni mon pull rose fluo qui serait perçu comme une provocation par ceux qui, bien mieux que moi, ont su faire triompher « l’Europe des terroirs et du savoir-faire » tous les « On est contre des dérives vers le vin standardisé et industriel. Les pays du Nouveau Monde veulent faire du commerce et de l'argent. Nous, on a de petites exploitations familiales mais un terroir et un savoir-faire. C'est le modèle agricole français qui est en jeu ».

 

Le « modèle agricole français » tient donc : celui des régions de grandes cultures, celui de l’intensification du Grand Ouest ou celui des éleveurs allaitants du Massif Central, des producteurs artisanaux de produits laitiers, de fruits et légumes ou de vins ou celui incapable d’alimenter la demande de produits bio ? Les deux ensemble, mais alors il faudra faire des choix car la valeur produite à l’hectare n’est pas tout à fait la même dans les 2 systèmes et, en viticulture laisser accroire que c’est avec un modèle néo-artisanal que nous serons en capacité de « sauver » certains hectares de l’arrachage, d’empêcher la délocalisation de notre vignoble généraliste, c’est jeter un rideau de fumée sur la réalité, se faire plaisir, se défendre, pour en définitive laisser beaucoup de viticulteurs aller droit dans le mur. Je radote mais, comme la donne à un peu changé, ne serait-il pas possible de quitter les postures et reprendre le fil sans ce cacher sous les grandes ombrelles des appellations et psalmodier, chacun dans nos chapelles, les mêmes antiennes éculées.

 

Catherine Bernard dans sa revue de presse de Vitisphère note :

 

-         que l’Australie ne va pas bien puisque l’industrie du vin va « demander de l’aide au gouvernement ». « Wine Australia et d’autres associations professionnelles du vin, dont la Fédération des winemakers, vont, d’ici la fin juillet, lancer un appel à l’aide au gouvernement, incluant des aide financières visant à réduire les effectifs de la filière ». Chez nous, on appelle ça un plan social. « Nous sommes une industrie phare, prise en exemple par le gouvernement. Il doit, maintenant que nous sommes dans une situation difficile, nous aider », justifie, dans Decanter, Paul Henry, responsable marketing de Wine Australia.

-         que le marché anglais à un coup de mou « Après des années de croissance soutenue, le marché du vin a reculé de 2% en volume en 2008, et de 1% en valeur. (...) Ce recul s’explique par les effets conjugués des campagnes contre les dangers de l’alcool, la tendance à une hygiène de vie plus saine, et à une lourde hausse des taxes. S’y ajoute une appréciation de l’euro par rapport à la livre, et des hausses de prix liés aux coûts de production », analyse l’étude du cabinet de marketing Mintel qui ne voit pas de reprise avant 2011. Le cabinet stigmatise aussi la tranche d’âge des 25-34 ans, non initiée au vin.

 

La seule question qui se pose pour la Vigne France et tous ceux qui en vivent, est : sommes-nous encore en capacité de nous adapter à cette nouvelle donne pour regagner les parts de marché perdues ?

 

Lors d’un entretien avec Xavier de Eizaguirre, président de Vinexpo, qui fut un participant assidu au groupe stratégique Cap 2010, je lui ai posé la question. Sa réponse devrait nous amener à réfléchir, moi le premier d’ailleurs.

«  Le monde du vin n’échappe pas à la globalisation, aux standards qui font que beaucoup de vins produits se ressemblent. La France, grâce à son approche terroir, reste une référence, une exception même dans l’Europe du vin. Les vins du Nouveau Monde, en transformant des buveurs de bière, de soft drinks ou de spiritueux en buveurs de vin, ont créé de nouveaux consommateurs. Pour beaucoup de néo-consommateurs à travers le monde l’accès au vin se fait par ce type de vins mais avec le temps beaucoup d’entre eux désirent monter en gamme, se différencier et le consommateur du bout du monde qui a découvert le vin avec des californiens ou chiliens peut tout naturellement se tourner vers les vins français d’AOC s’ils sont dignes de ce nom, c’est-à-dire si certaines de nos appellations ont « fait le ménage » en éliminant des vins qui revendiquent l’AOC sans en être à la hauteur. Ce qui fut notre handicap au cours de ces 20 dernières années, peut se transformer en atout. Il ne faut pas copier les vins de cépages du Nouveau Monde mais rester nous-mêmes car les consommateurs de vins faciles sont mûrs pour boire nos vins de terroir... 

 

Vous allez me dire que cette approche invalide mes analyses, que le tout terroir est la seule réponse qui vaille aujourd’hui comme hier. Je ne le pense pas car, Xavier de Eizaguirre exprime, à juste titre, une approche bordelaise, et qui plus est l’approche d’une belle société de négoce qui a opté de faire dans le Nouveau Monde, des vins du Nouveau Monde pour satisfaire la demande exprimée par les consommateurs mondiaux tout en restant ancrée en France dans la tradition des AOC. Reste que notre Grand Sud est notre Nouveau Monde qui, grâce à la mixité de son vignoble, avec la nouvelle palette ouverte AOP-IGP, par les créneaux offerts par les vins sans IG, peut jouer, ou plutôt pourrait car je ne suis pas sûr qu’il s’y soit bien préparé, le fer de lance de notre reconquête. Les effets de proximité, la maîtrise de la ressource en eau, le respect de l’environnement, le sourcing au plus près du plus grand marché domestique qu’est l’Europe, sont autant d’atouts pour ce Grand Sud toujours en devenir. Au risque de lasser, d’insupporter certains les grandes lignes de Cap 2010 n’ont guère pris de rides sauf que nous allons vivre un Vinexpo de crise en n’ayant pas forcément mis tous les atouts de notre côté…

 

Avant de boucler ma valise, un petit mot sur le blog qu’a ouvert Vinexpo : « c’est tout, sauf un blog ! » Le plus grand hub mondial du Vin mérite mieux qu’un site Internet bis, rigide, sans une réelle ligne éditoriale. C’est un peu comme si lors de l’ouverture des ondes aux radios dites libres certains se seraient contentés de reprendre le ton des radios institutionnelles. Le blog c’est un peu France-Info ou LCI, la réactivité, le fil continu, interactivité, de la couleur, de la vie. Dans le monde du vin, aux USA plus particulièrement, mais aussi dans notre beau pays, les blogs du vin font parti du paysage. Les ignorer me semble être de mauvaise politique, un réel défaut d’anticipation, même s’il ne faut pas exagérer le pouvoir d’influence des bloggeurs. J’en ai fait part à Xavier de Eizaguirre… Qui vivra verra ! À bientôt à Vinexpo. Restez connecté. Vous pouvez me joindre au 06 80 17 78 25 ou sur mon courriel berthomeau@gmail.com

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18 juin 2009 4 18 /06 /juin /2009 00:03



















C’est quoi la grandeur au juste ?

À quelle unité de mesure se réfère-t-on ?

Le Général de Gaulle, grand expert de la grandeur, surtout de celle de la France, l’a assez bien définie, dans sa double acception, en rétorquant à un manant qui se risquait à lui dire :

-         Mon Général, je suis plus grand que vous !

-         Vous n’êtes pas plus grand. Vous êtes plus long…

 

Mais pourquoi diable une telle interrogation ce matin ? Nulle référence au politique, dieu m’en garde, mais la découverte, sur le blog de Jean-Luc Thunevin www.thunevin.com , suite à une chronique où il se posait la question : « Doit-on dire du mal ou du bien des critiques ? » d’une passe d’armes, je n’ose la qualifier de grande de peur de paraître ironique, a opposé entre autres Michel Bettane à Hervé Bizeul sur le thème : Grands Terroirs, Grands Vins…(lire la rubrique COMMENTAIRES sur le blog) Pour résumer :

Existe-t-il des terroirs inexplorés, méconnus, en devenir,
qui, un jour, sous la main d’hommes aventureux et inventifs, permettront d’élaborer des Grands Vins découverts ou consacrés comme tels par la critique ?
ou
la hiérarchie actuelle, héritière d’une histoire, somme toute récente, est-elle figée dans le bronze d’une forme d’art officiel entretenu par le conservatisme, la frilosité ou tout autre qualificatif peu amène, de cette même critique ?

 

Sans être discourtois vis-à-vis de la critique, des critiques, la renommée de la Bourgogne ou de Bordeaux, les hiérarchies en place, ne leur doivent pas grand-chose car elles se sont construites, au fil de l’Histoire, grâce à une étrange alchimie entre des commerçants parcourant le vaste monde, des buveurs de vin, amateurs ou non, des puissants, des bourgeois, toujours fortunés : économie de l’offre ou de la demande ? Je te satisfais, vais-je au devant de tes désirs, de tes besoins, de tes caprices ou fais-je en sorte de te séduire, de flatter ta vanité, tes désirs de singularité, de statut ? L’écheveau de ce questionnement n’est, et ne sera jamais dénoué, car la complexité de l’âme humaine ne le permettra jamais. Le vin, du moins celui dont il est question, a été et reste un marqueur de statut social. La vêture, la maison, ceux qu’on y reçoit, pour les honorer ou leur donner de soi une belle et grande image par les mets et les vins servis dans de la belle vaisselle et de beaux verres… Nul besoin de notations, de conseils, les Grands Vins sont les enfants des Grands de ce monde.

 

Pas que cela bien sûr, car à l’origine, à leur origine, il y a eu ceux qui se sont courbés sur la terre, l’ont défriché, ont sculpté des paysages en déforestant, en transformant les sols, ceux qui ont apparié la vigne au sol, qui n’était pas encore un terroir, au climat, à l’exposition, souvent en des lieux proches des grands axes de communication, des grandes foires. Toute activité humaine est liée à la nécessité et non à je ne sais quel génie. Mais la sueur ne suffit pas, elle est rarement récompensée à sa juste valeur, ou sa vraie valeur, car la valeur du vin du vigneron, que ça plaise ou non, a été et reste, pour une grande part, celle ajoutée par la notoriété que d’autres que lui ont su, ou pu, lui conférer dans le système des échanges. En écrivant cela je ne suis pas en train de chanter les louanges du commerçant, qui peut ne faire qu’un avec le vigneron d’ailleurs, mais je m’efforce d’expliquer comment s’est construit le système de référence sur lequel nous vivons.

 

Erik Orsenna, dans son livre sur le coton, écrit des phrases sur lesquelles tous les protagonistes cités plus haut devraient méditer. Bien sûr le coton est une matière première, alors que le vin est un produit fini dès son élaboration, un produit noble, mais sur le fond ce qu’écrit notre académicien grand amateur de vin, à mon sens, a valeur universelle. « Ceux qui préfèrent tout simplifier aiment à croire qu’un monde sans intermédiaires serait meilleur […] Sans appui, les offreurs auraient bien du mal à rencontrer les demandeurs. Bref, il faut des marieurs : ce sont les négociants. On connaît l’origine du mot : la négation « ne » et le substantif latin « otium » (loisir). Et, en effet, le bon négociant n’a guère de loisir ni de repos. Non content de se tenir perpétuellement et planétairement informé des besoins et des disponibilités, il doit, pour bien marier, proposer toutes sortes de services et assumer toutes sortes de risques… »

 

J’aime beaucoup cette appellation de « marieur » qui, dans le monde du vin, des Grands Vins ou de ceux qui aspirent à le devenir, assemble en une même communauté d’intérêts : producteurs-négociants et critiques, comme dans le monde de l’art contemporain où les artistes, les galeristes et les critiques font le marché. Certes le mot marché est devenu un gros mot car il a été annexé par ceux, tout particulièrement les gens de la finance, qui l’ont vidé de sa consistance physique et de sa réalité humaine, mais, même ceux qui protestent contre la marchandisation, doivent passer par l’acte commercial qui est le véhicule de toute forme d’échange y compris pour le troc. Certes, comparaison n’est pas raison, l’acte artistique est pure création de la main de l’homme alors que pour le vin celle-ci doit passer par l’intermédiation de ce que certains qualifient, faute de mieux, du terroir. Le vigneron n’est pas un artiste mais un artisan qui, en se penchant sur sa terre, en la cultivant, dans toutes les acceptions du terme, la transforme, la bonifie, la transcende, la magnifie, et rien n’interdit objectivement de penser ou de croire qu’il ne puisse en faire émerger un Grand Terroir qui sera reconnu par les générations futures.

 

Les Grands Vins proviennent tous bien sûr de Grands Terroirs mais l’amateur peut très bien ne pas apprécier un Grand Vin, tout en reconnaissant qu’il est Grand et qu’il provient d’un grand Terroir, et qualifier de Grand un Vin de plus petite notoriété sans pour autant avoir besoin, pour exprimer son jugement, l’apprécier, de le rattacher à un Grand Terroir. Ce que je souhaite exprimer en écrivant cela c’est que ce qui compte, en matière d’esthétique, de goût, je n’écris pas de bon goût, c’est l’éclectisme, la curiosité, la découverte et non un certaine forme de conservatisme rassurant qui s’en tient aux valeurs établies, dites sûres, que l’on peut bien évidemment, elles aussi, apprécier, aimer. Les carcans entravent car ils sont rigides je leur préfère les espaces de liberté où il est possible de se construire son système de référence dans lequel, les critiques sont, comme d’autres, des prescripteurs, des éclaireurs, mais surtout pas des juges aux élégances sur qui reposeraient les vraies valeurs. La grandeur, avec sa part de vanité, n’en n'étant pas une.

 

Pour clore cette chroniques, deux points accessoires me hérissent dans le monde de la blogosphère :

-         les commentateurs, souvent anonymes, qui se prennent pour des nettoyeurs des écuries d’Augias ;

-         le poujadisme utilisé par certains pour disqualifier les propos de celui dont ils contestent les analyses.

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18 juin 2009 4 18 /06 /juin /2009 00:02

 

Ce « Voyage imaginaire autour de Barbe Nicole Ponsardin Veuve Clicquot » écrit par Elvire de Brissac est un petit bijou d’écriture vive et alerte, riche et documenté, que tous les amoureux du vin se doivent de lire.

Qui mieux que l’auteur est en mesure de présenter la Veuve Clicquot – je m’y suis essayé dans une chronique : «  Les veuves industrieuses : Amiot et Clicquot » 
http://www.berthomeau.com/article-15288559.html alors laissons à Elvire de Brissac ce soin avant qu’elle ne se glisse dans la peau de Barbe Nicole Ponsardin Veuve Clicquot 1777-1866.


«
  J’ai 230 ans, le premier nom féminin célèbre de l’histoire du luxe ; 12 ans à la Révolution et 90 ans à la fin du Second Empire. Je suis née à Reims, morte à Reims, entre temps j’ai vendu des milliers – aujourd’hui des millions – de bouteilles. Mon affaire m’est tombée sur la tête à 27 ans, quand j’ai perdu mon mari ; entourée d’hommes exceptionnels comme Edouard Werlé, mon successeur, je suis la veuve la plus fêtée du monde. Qui suis-je ? Elvire de Brissac, ma descendante, esquisse une réponse dans ce Voyage imaginaire. »


L’extrait que je vous ai choisi est représentatif de mon incommensurable mauvais esprit. Bonne lecture et achetez, offrez à vos amis et relations ce « Voyage imaginaire autour de Barbe Nicole Ponsardin Veuve Clicquot » paru chez Grasset 14,50 euros et lisez-le sans modération.


« Plus je me renseigne, plus j’apprends que « la mousse du vin de Champagne […] est […] une sorte de Protée (1) pour les négociants et les propriétaires les plus expérimentés ». Alors pour moi qui ne sais rien ! Qui sais cependant une chose depuis que j’ai fourré mon nez dans ce commerce, une chose que me répétait François de son vivant et qui semble en parfaite contradiction avec ce que je viens de dire : nous devons faire tout mieux que nos concurrents, viser la première place, acheter, tant pis, les vins les plus chers de la place afin de parvenir à la perfection. « Une seule qualité, la première », telle est ma devise depuis le premier jour.

Bien entendu les bouteilles mises dans le noir ne se sont pas tenues tranquilles : les cellules des levures se sont multipliées pendant la fermentation et ont formé un dépôt qui rend le vin trouble, alors que les clients le veulent le clair. On sort ce fond ténébreux, filandreux en faisant dégorger les bouteilles – imaginez-vous le temps perdu à ce remuage – on recommence autant de fois que nécessaire. Puis on procède au dosage, c’est-à-dire qu’on croise le vin, qu’on le détend avec toutes sortes de trucs : selon les années, on lui ajoute de « l’esprit » – cognac ou eau-de-vie – pour corriger son acidité, ou bien on le teinte de liqueur de Fismes (à base de baies de sureau bouillies et de crème de tartre) pour obtenir des champagnes rosés ; pour le clarifier, on le colle ; on le sucre avec une solution sucrée, bref on veut le voir gai comme un oiseau des bois quand il sera enfin commercialisé au bout de deux ans. Nous ne voulons pas d’un champagne tranquille ! »

 

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17 juin 2009 3 17 /06 /juin /2009 00:04

 

Comme je ne suis pas un journaliste professionnel je n’ai pu visionner le magazine de M6 « 66 Minutes » qui aborde l’alcoolisme au féminin mais j’ai lu l’éditorial de Richard Cannavo dans Télé Obs. Paris. C’est très instructif. En effet, sa lecture met en lumière pour le grand public  l’enchaînement qui mène à cette maladie qu’est l’alcoolisme. À noter que dans ce papier pas une seule fois le mot vin n’est écrit. Si je le souligne ce n’est pas pour dédouaner le vin car, comme toute boisson contenant de l’alcool, il peut être le vecteur de l’alcoolisme, mais pour montrer que le prendre pour cible privilégiée, emblématique, relève de l’erreur et procède d’une vision quantitative de l’alcoolisme.

Les 3 cas cités montrent assez bien les nouveaux visages de l’alcoolisme :

-         « les jeunes filles tout justes sorties de l’enfance. Elles sont ravissantes, gaies, insouciantes. Et alcooliques… » Se désinhiber, faire la fête, boire, finir ivres mortes… Elles ont commencé à 15 ou 16 ans et à 22 ou 23 elles sont dépendantes. Que boivent-elles ? « Vodka, Red Bull, Vodka-Red Bull, whisky, whisky-coca, Malibu-coca, tout, tout… »

-         « Isabelle a 50 ans, dont quinze d’alcoolisme […] à 2 euros l’unité elle dépense plus de 400 euros de bières par mois. Un tiers de son budget… » Elle a basculé à 35 ans après son divorce. Elle perdra aussi un bon travail. Neuf cures de désintoxication en 10 ans.

-         « Anne-Lise, elle a 41 ans, mais elle n’a plus d’âge. Bouffie, les yeux pochés dans un visage blême, la voie pâteuse, elle vit cloîtrée chez elle. Seule »

Dans le premier cas, mal être existentiel d’une jeune génération en mal de repères et livrée à elle-même du fait souvent de la distension des liens familiaux, et pour ces deux derniers cas, accident de la vie ou solitude « l’alcool et la dépression, c’est le couple infernal. » Je ne vais pas revenir sur cette question que j’ai traitée à plusieurs reprises :

- « L’alcool et les jeunes, Anaïs et le fils de Véronique… ». http://www.berthomeau.com/article-24231203.html  

- « On est toujours puni par où l’on a péché » : protégez-nous de nos faiblesses messieurs les professeurs d’alcoologie » http://www.berthomeau.com/article-24403391.html

Je me permets simplement de remettre à l’ordre du jour le livre d’Olivier Ameisen  « Le Dernier Verre » du Dr Olivier Ameisen : un témoignage qui dérange… » http://www.berthomeau.com/article-24275011.html qui, sans avoir la prétention d’apporter une solution universelle à cette terrible maladie qu’est l’alcoolisme, aborde courageusement, contre les courants établis  « Les alcoologues sont un peu comme ces maris ou femmes trompés depuis des années… » à propos du livre du Dr Ameisen » http://www.berthomeau.com/article-26873197.html, la question de sa guérison alors que les cures ne débouchent que sur l’abstinence qui conduit à la rechute.

Lorsque je constate, depuis des années, toute l’énergie médiatique déployée pour stigmatiser plus particulièrement le vin parce qu’il reste quantitativement la boisson alcoolisée la plus bue en France mais avec des modes de consommation aux antipodes des vieilles lunes du fumeux « principe » de  Sully Ledermann http://www.berthomeau.com/article-3863227.html, les moyens mis en œuvre pour promouvoir des leurres, des études tronquées, pour laisser accroire que le n’y toucher jamais puisse être une digue insubmersible, j’éprouve une forme de honte vis-à-vis de ceux qui se trouvent précipités dans des spirales infernales par des accidents de la vie. D’une certaine manière c’est se moquer d’eux, et en écrivant cela je ne mets pas en cause tous ceux qui se dévouent au plus près d’eux pour les aider, les secourir, tenter de les guérir, mais je pointe le doigt vers ceux qui mènent l’ANPAA comme un fonds de commerce. L’échec patent, renouvelé, d’une approche, d’une politique de prévention qui ignore ou court derrière les évolutions de nos sociétés devrait rendre les concepteurs des politiques de Santé Publique modestes. Il n’en est rien et nous nous devons, car nous sommes des citoyens à part entière, des pères et des mères de famille soucieux de l’avenir de nos enfants et de nos petits enfants nous positionner dans des attitudes responsables.

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16 juin 2009 2 16 /06 /juin /2009 00:03

 

Dans la famille Demorand ce matin je cuisine Sébastien avec mes 3 Questions après m’être éveillé au son de la voix de Nicolas sur France-Inter. Ces 2 jeunes gars sont des gars qui décoiffent sec, à leur manière dans leur boulot y dépoussièrent les étagères, y font passer un courant d’air frais qui oxygène nos neurones un peu confits par le parler gros qui sévit dans les médias.  Comme le disent, ou l’écrivent, certains de leurs confrères journalistes, un peu cire-pompes, ce sont des valeurs qui montent. Sébastien, compagnon de route naturel de notre belle Amicale du Bien Vivre, fait pour moi parti de ceux qui « devancent le vent »* dans l’univers bien codifié de la critique gastronomique. Il est curieux de tout, et se pose beaucoup de questions, « beaucoup trop… » ajoute-t-il en rigolant. Je le laisse se présenter au travers d’une interview qu’il avait accordé du temps où il travaillait à feu Zurban : « Mon parcours personnel a commencé par une petite vingtaine d'années passées à l'étranger, entre les Etats-Unis, la Belgique, le Maroc, le Japon notamment, puisque mon père est diplomate. Concernant mes études, j'ai une maîtrise de sciences politiques à la Sorbonne, suivie de deux années au Centre de formation des journalistes. Après avoir décroché mon diplôme, je suis entré à Europe 1, où j'ai passé environ six ans. J'en suis parti pour intégrer Gault&Millau, où j'ai passé un peu moins de trois années, à travailler aussi bien pour le magazine que pour le guide. Je suis à mon compte depuis maintenant deux ans et demi… » Présentement il chronique dans «Le Parisien», il cause dans le poste sur RTL, il collabore aussi aux guides du Fooding et aux Carnets de route de la revue «Omnivore». Notre rencontre, d’abord électronique, fut de celles que je préfère, spontanée, fruit du hasard. Je venais de lire l’essai qu’il venait d’écrire avec Bénédict Beaugé « Les cuisines de la critique gastronomique » au Seuil et lui m’avait croisé à « Terre de Gaillac » alors que je prenais la clé des champs. Nous nous sommes retrouvés au Baratin sur les hauts de Belleville. Merci Sébastien de m’avoir consacré un peu de temps.

 

* Henri Gault disait que la critique doit «devancer le vent»

 

1ière Question : « La comparaison, surtout avec la presse anglo-saxonne, souligne la faiblesse générale de notre presse nationale. Celle-ci souffre d’une part, d’un gros « déficit déontologique » et, de l’autre, d’une sorte de malformation congénitale, son penchant pour les papiers d’opinion au détriment des hards facts, de l’enquête et du reportage » écrivez-vous mais, comme plus de 61% des Français * jugent que les journalistes ne sont pas indépendants face aux pressions du pouvoir et de l'argent, le journaliste gastronomique, qui a déjà bien du mal à convaincre qu’il fait un travail sérieux, n’est-il pas, après tout, que l’extrême pointe de l’archipel du métier de journaliste « à la française » ?

 

Réponse de Sébastien Demorand :

Sans doute, oui. Ce que nous avons cherché à montrer, à travers l’exemple de la presse gastronomique, c’est ce qu’elle nous dit, plus généralement, de l’état de la presse « culturelle » ou de loisir, voire de la «grande presse », sérieuse, reconnue, institutionnelle. Le livre commence en l’occurrence par un exemple tiré de la chronique musicale : c’est bien la preuve que nos interrogations traversent un grand nombre de secteurs différents du journalisme culturel sinon du journalisme tout court. La question, notamment, de la différenciation entre le journalisme pur et dur (dont le reportage serait l’aboutissement idéal) et le travail des éditorialistes nous apparaît flagrante. Pour revenir à la presse gastronomique française, on a pu avoir le sentiment qu’elle était plus attachée à l’éditorialisation de ses points de vue qu’à leur argumentation factuelle.

 

2ième Question : Des journalistes qui font des ménages, des voyages de presse et qui s’arrangent avec le ciel,  mais le lectorat n’a-t-il pas« pris dans son ensemble […] que ce qu’il mérite… L’immense majorité, bercée par le discours sur l’excellence française dans ce domaine, persuadée de posséder la science infuse, ne demande rien, n’a aucune exigence. » Tous bons à mettre dans le même sac Sébastien Demorand ? En dehors du « guide sourd-muet » * point de salut…

 

Réponse de Sébastien Demorand :

Absolument pas, au contraire ! Nous ne disons pas qu’en dehors du Michelin, pour ne pas le nommer, il n’y a point de salut. Simplement, Bénédict Beaugé et moi-même nous interrogeons sur la volonté du public d’en savoir plus et d’en savoir mieux sur les questions liées à la gastronomie. Il ne s’agit pas, demain, d’être tous des spécialistes de la poule de Houdan ou du navet noir de Pardailhan. Mais simplement d’arriver à nous interroger, régulièrement, avec le concours de la presse, sur ce que sont les enjeux alimentaires, gastronomiques et donc culturels d’aujourd’hui comme de demain. Prenons un exemple tout bête, mais qui, à mes yeux, symbolise les manques qui sont les nôtres. Lorsqu’aux Etats-Unis, tout récemment, les Obama décident de lancer, avec le soutien appuyé de la fameuse « cheffe » californienne Alice Waters, un potager bio de 350m2 à la Maison Blanche, le sujet est aussi traité par les reporters  gastronomiques des grands journaux comme le New York Times. Qu’est-ce qu’ils vont faire pousser, comment mange le président, aime-t-il les betteraves, le surplus de légumes ira-t-il réellement aux SDF de Washington ?... Plein de questions, toutes simples, toutes bêtes, encore une fois, mais qui nous disent quelque chose des mutations de la culture gastronomique des Américains — ou du moins de certains d’entre eux — et de la façon dont leur presse en fait état. Revenons chez nous, maintenant : vous les avez entendues se déchirer, ces derniers mois, ces dernières années, nos grandes plumes, à propos du coupage du rosé ou des menaces sur le camembert au lait cru ? Un écho par ci, un entrefilet par là, au mieux un article isolé : il faut donc se tourner vers des univers comme la blogosphère, où la spécialisation est particulièrement marquée, pour chercher et trouver des informations dont la « grande presse » ne veut pas. Ou qu’elle n’a pas les moyens de s’offrir. Ou dont elle n’a tout simplement jamais entendu parler. Pour résumer, Bénédict et moi-même avons le sentiment qu’il y aurait tellement plus à faire dans la presse « traditionnelle » pour continuer d’accompagner les évolutions gastro-culturelles d’aujourd’hui, ou tout simplement les raconter. Songez simplement à l’Observer Food Monthly, en Grande-Bretagne, le remarquable supplément mensuel du Guardian consacré à la cuisine et au vin : où est l’équivalent français, signé Libé, le Monde, le Figaro ou je ne sais qui ? Nulle part. Il n’existe pas. Tout est dit…

 

3ième Question : « Comme le hamster dans sa cage, la gastronomie française – et, avec elle, la critique, naturellement – tourne donc en rond, encore et encore… » Entre esprit de révérence vis-à-vis des grands noms, la posture « j’m’enfoutiste » de quelques « poujados » du bistrot et le dadaïsme gastronomique d’une frange de la critique, rassurez-nous Sébastien Demorand, il doit bien avoir un espace de liberté à défricher, où le food journalist pourrait à la fois exercer sa sagacité, sa curiosité, redonner envie au grand public, sortir la gastronomie de « l’art officiel » : et si c’était sur le Net que ces champs nouveaux, potentiellement porteurs, existaient ?

 

Réponse de Sébastien Demorand :

Des champs nouveaux, potentiellement porteurs, je suis tout à fait d’accord. Mais à une condition, c’est que les nouveaux médias ne soient pas uniquement un espace pour accueillir une « vieille » parole médiatique ! La plupart des blogs culinaires sont malheureusement, aujourd’hui, assez tristes — ou disons qu’on peut rire de certains au 38e degré ! Plus sérieusement, j’ai l’impression qu’il ne suffit pas de dire « nouveau média » pour avoir forcément un nouveau traitement médiatique des infos. Qu’apporte le web 2.0 à la gastronomie française aujourd’hui ? On peut laisser des commentaires après les posts ? C’est énorme ! Et sinon ? On peut filmer ses repas au restaurant ? Très bien, c’est plus ou moins neuf, ça fait bien rigoler les apprentis François Simon, mais ça nous dit quoi au fond ? De la cuisine d’un chef, de ses influences, parcours, trajectoires, envies, inspirations, rencontres ? Encore une fois, sur le web comme ailleurs, les choix journalistiques sont fondamentaux. On peut se contenter de dire « j’ai mangé là, la serveuse était jolie, le tartare était nul » en mettant en ligne son addition, mais on peut aussi avoir envie de faire plus et de faire mieux. Qu’on se comprenne bien : je ne joue pas au vieux con qui vous serine l’air du « c’était mieux avant » ou qui se plaint des «  bloggeurs-qui-détestent-les-vrais-journalistes qui veulent me piquer mon boulot ». J’essaie juste d’analyser ce que je vois, de comprendre pourquoi l’espace du web gastronomique français est aussi peu « journalistique » — deux ou trois exceptions venant bien entendu confirmer cette petite règle. Ouf, vous voyez qu’il y a de l’espoir !

 

Petite Question subsidiaire : Sébastien se quitter sans parler jaja ça risquerait d’être mal perçu par mes lecteurs. Au débotté, ton vin du moment ?

 

Réponse de Sébastien Demorand : La boutanche? Et si on disait simplement que j'ai eu l'occasion de (re)goûter récemment les vins produits par un ami à moi en Languedoc, Jean-Yves Chaperon, du domaine des Chemins de Carabote www.carabote.com , avec notamment un 100% Carignan en vin de pays du Mont Baudille à tomber par terre de fraîcheur et de gourmandise. 

Sinon, un chenin d'Ardèche, de mémoire, goûté au verre hier au... Baratin ! 

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15 juin 2009 1 15 /06 /juin /2009 18:47

 

Coïncidence ou signe que nos vies, à l’heure de la mort, peuvent se croiser une dernière fois. Aujourd’hui, à la cathédrale de Versailles, dans une grande simplicité, nous avons accompagné Jean-Daniel Bénard vers ce qu’il est coutume d’appeler sa dernière demeure. Pour beaucoup d’entre vous, cet homme de 63 ans est un inconnu et pourtant après avoir été directeur de l’Office du Lait, où il sut gérer mieux que quiconque les quotas laitiers, le pouvoir politique, pour cause de chaises musicales, le nommait directeur de l’INAO où il eut comme Président : Paul Avril qui vient lui aussi de nous quitter. Tout deux étaient des hommes simples et discrets. Des hommages officiels seront rendus à Paul que je connaissais bien et qui était, tout comme Jean-Daniel, parmi les tous premiers abonnés à mon blog Vin&Cie. Pour Jean-Daniel, qui souffrait tant d’être placardisé, d’être replié chez lui, nié dans ses compétences, j’écris à ceux qui, froids et indifférents, pouvaient et qui n’ont rien fait : honorez au moins sa mémoire de bon serviteur de la chose Publique et faites ce que vous lui aviez promis de faire, devant moi, voilà tout juste une semaine, au 78 rue de Varenne. C’est le moins que vous puissiez faire.

Je suis un peu colère. Je retiens mes mots. Les seuls que je laisserais échapper seront des mots de compassion, mes petits mots de sympathie, d’amour même s’ils sont bien impuissants face à la douleur des familles de Paul et de Jean-Daniel, de leurs proches, de tous ceux qui les aimaient. Permettez-moi, à propos de la mort de reprendre quelques réflexions de Vladimir Jankélévitch dans son petit livre « Penser la mort ».

« Quelqu’un disparaît, un autre occupe la place. C’est la mort à la troisième personne, la mort de n’importe qui, un passant frappé d’embolie… C’est la mort sans mystère. »

« En ce qui concerne la mort à la première personne, c’est-à-dire la mienne, eh bien, je ne peux pas en parler puisque c’est ma mort. J’emporte mon secret, si secret il y a, dans la tombe. »

« Il reste la mort à la deuxième personne, la mort du proche, qui est l’expérience philosophique privilégiée parce qu’elle est tangente aux deux autres. Elle ressemble le plus à la mienne sans être la mienne, et sans être non plus la mort impersonnelle et anonyme du phénomène social. C’est un autre que moi, alors je survivrai. Je peux le voir mourir, Je le vois mort. C’est un autre que moi et, en même temps, c’est ce qui me touche de plus près. Au-delà ce sera ma mort à moi. La philosophie de la mort est faite pour nous par le proche qui est à nos côtés. C’est une expérience que personne ne cherche, mais enfin tout le monde l’a faite un jour ou l’autre, malgré soi. »

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15 juin 2009 1 15 /06 /juin /2009 00:04

L’atmosphère de cette conférence de presse virtuelle mêlait une forme étrange de grandeur et de solitude gaullienne comme le montre cette image du Secrétaire Perpétuel de l'Amicale, flanqué de son aide de camp, s’adressant avec conviction et détermination, depuis le 9ième étage de sa demeure, aux membres de ce réseau naissant qu’est l’ABV et un parfum de je ne sais quoi exhalant des fragrances pierre dacquienne et desprogienne, soulignées par de la minéralité brute oliviépoussienne pour finir sur une bouche « tendue » très jacqueduponienne. Bien sûr, le côté cinéma muet de l’instantané photographique ne permet pas de traduire l’intense émotion de ce moment rare et solennel.

Au plan vestimentaire le Secrétaire Perpétuel, afin d’effacer l’impression de j’m’en foutisme provocateur des clichés volés par Voici « Le scoop de Voici : l'Amicale des Bons Vivants se rebiffe ! » http://www.berthomeau.com/article-30940945.html , avait revêtu son costume Prince de Galles Cary Grant passé sur une chemise blanche à col ouvert. Notre homme se voulait chic, mais décontracté, pour donner aux médias l’image d’un leader d’opinion influent sans pour autant verser dans le côté hautain et dominateur. À sa gauche, l’emblématique porteur de chapeau http://www.berthomeau.com/article-30504810.html Messieurs les censeurs prohibitionnistes nous les bons vivants sommes prêts à porter le chapeau ! , symbole de la capacité de notre Amicale à assumer son choix du Bien Vivre, arborait ce jour-là le splendide couvre chef des Queen's Own Highlanders revisité par le champagne de Castellane sis à Épernay. Vous pouvez aussi noter sa décontraction élégante, mêlant avec goût le bleu électrique et le jaune paille, mettant ainsi en valeur son air angélique du jeune homme bien sous tous les rapports que beaucoup de mères de notre doulce France souhaiteraient avoir pour gendre.


Les propos du Secrétaire Perpétuel furent brefs mais percutants :

-         Sans aucun préambule, sans prendre de gants beurre frais, il a convié tous les membres et les compagnons de route de l’ABV à un Vin d’Honneur « sauvage » le mardi 23 Juin à midi dans l’enceinte de Vinexpo. Le lieu de ce rassemblement encore tenu secret, pour des raisons que le Secrétaire Perpétuel s’est refusé à donner, sera précisé la veille sur Vin&Cie l’espace de liberté. Venir accompagné de bouteilles serait du meilleur goût de Bon Vivant a-t-il tenu à préciser. Ceux qui pensent s'y rendre peuvent l'indiquer de suite à l'homme au chapeau selon la procédure habituelle du blog.

-         Puis, avec une certaine solennité, il a fait part de sa présence à la 1ière rencontre des Vignerons Blogueurs le lundi 22  Juin au Château Luchey-Halde (Mérignac). http://blogsetvignerons.over-blog.com  Cette rencontre se déroulera de 11 à 19 heures. Le Secrétaire Perpétuel, lui, s’y rendra en petite pomppe dans l’après-midi. Il a précisé qu’il ne signerait aucun autographe ni ne dédicacerait ses œuvres complètes mais qu’il se contenterait de boire de bons coups et de tailler des bavettes.

-         Enfin, le Secrétaire Perpétuel s’est félicité que les footballeurs du Variété Football Club emmenés par Jacques Vendroux, après avoir affronté l’équipe des Gardes Suisses le 10 juin (l’arbitre de la rencontre était l’évêque de St Etienne) aient eu la bonne idée, à l'issue de l'audience papale, par l’entremise de l’inénarrable commentateur Thierry Roland et de l'emblématique Marius Trésor, d’offrir au Pape un Cognac mis en bouteille l'année de sa naissance. Il a émis le vœu que, lors d’une prochaine rencontre, le Variété Football Club affrontât l’équipe de la Garde Républicaine de l’Elysée afin qu’à l’issue de la rencontre lors de l’audience que leur accordera le Président ils puissent lui remettre un magnum de Châteauneuf-du-Pape offert par l’Amicale des Bons Vivants.

-         En conclusion, le Secrétaire Perpétuel a tenu tout d'abord : 
à renouveler aux membres, parisiens ou non, son invitation à venir déguster avec lui sa recette de « 
Mesclun de l’Océan aux Bonnottes de Noirmoutier confites et le vin qui va avec… »http://www.berthomeau.com/article-31458784.html ;
puis il a fait appel aux bonnes volontés pour que sa suggestion de créer un blog  pour intéresser nos jeunes pousses au vin
www.levindantousesetats.com à la suite de sa chronique « Marguerite dit à son père : « est-ce que le vin est difficile à faire ? » http://www.berthomeau.com/article-32095758.html puisse prendre corps.

Avant de prendre congé, en riant dans sa barbe poivre et sel, sous l'oeil impavide du chapeauté écossais, il s'est exclamé : « À quoi ça sert que Berthomeau se décarcasse  si les membres de l’ABV le laisse ramer avec une toute petite rame sur un grand navire voguant sur le vaste Océan de l’indifférence… » et,  en reconduisant ses hôtes virtuels sur la Toile, il a appelé de ses voeux une réelle mobilisation générale des Bons Vivants pour que la juste cause du bien-vivre fasse de nouveaux adeptes…

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14 juin 2009 7 14 /06 /juin /2009 00:03

 Pour ranger mes tonnes de livres j’avais fait l’acquisition, aux Puces de Saint Ouen, d’un superbe et authentique meuble-bibliothèque Louis XVI, à la patine blanc de gris bleuté, rien que pour ses portes grillagées. C’était mon seul luxe ; un luxe qui d’ailleurs n’en n'était pas un puisque je n’avais fait là que réaliser un rêve d’enfant : je ne sais pourquoi j’ai toujours voué aux portes grillagées des bibliothèques une vénération absolue. Garde-manger de la pensée, je voulais préserver mes livres sans pour autant les enfermer, les couper de la vie. Mes explications embrouillées firent beaucoup rire Jasmine qui s’émerveillait déjà de la proximité de tous ces livres pour son petit. Le reste du mobilier était quasi-monacal. Sur les murs, pour la première fois de leur existence les tableaux, que j'avais achetés au gré de mes errances, trouvaient enfin place. La soixantaine venue, moi aussi, pour la première fois, je m’installais. Mon statut tout neuf de futur père, sans épouse, m’allait comme un gant. Le dénouement au point haut de mon portefeuille boursier, en dépit de la ponction opérée par l’achat de la maison, me mettait à la tête de liquidités que je décidai de gérer moi-même. Le temps des folies, pour ça aussi, était terminé, je voulais engager tout ce fric dans des activités, certes moins juteuses, mais qui donneraient un peu de sens à ma vie chaotique. Après les valeurs volatiles des brokers déjantés j’aspirais aux valeurs pérennes et, dans mon imaginaire, la vigne incarnait le mieux ce ré-ancrage à la réalité.

 































Jasmine, profitant de mon anniversaire, me dotait de ce qui se faisait de mieux en matière d’ordinateur ultra-portable et de joujoux de communication. « Tu as l’âme d’un nomade, alors lorsque tu iras planter ta tente loin de moi tu garderas ainsi le lien avec notre petit Louis… » Plongé dans l’édition du Monde électronique je lui fis remarquer avec une légère pointe d’ironie que ce prénom était aussi celui du petit de Cécilia et de notre Président. Face à l’outrage elle se regimbait en agitant son écumoire – Jasmine fourmi se consacrait à la confection de confitures et toute la maison embaumait des odeurs sucrées des fruits de saison – « mais qu’est-ce que tu me chantes-là beau légionnaire – Jasmine, après lecture de mon manuscrit, avait repris à son compte l’appellation chère à Chloé – moi je ne barbote pas dans Voici ou dans Closer et je ne vais pas chercher le prénom de notre fils dans la rubrique mondaine des peoples. Moi je suis une fille toute simple : vu ton allergie « native », comme tu l’as écrit,  je ne pouvais prénommer notre enfant Benoît, comme toi, alors j’ai choisi Louis, comme ton grand-père, car j’ai oublié le prénom de ton père, comme ça c’est comme si le petit reprenait la tête de ta lignée… » En l’écoutant, pour la première fois depuis notre fameux pacte, je prenais pleine conscience que j’allais laisser derrière moi un petit qui porterait mon nom. L’idée même de cette transmission ne m’avait jamais effleuré.

 

Pour écrire j’aime la nuit, son silence, sa tiédeur, son flouté, sa capacité à donner au territoire de mon imaginaire une profondeur, du champ ; elle m’enveloppe, me borde, pèse sur mes épaules, j’y suis chez moi et j’y suis bien. Reprendre le fil de mon récit, interrompu par notre départ précipité de Corse, me semblait vain. Rien que de la poussière, et encore oubliée, aspirée puis dispersée par la fuite du temps. Le tintamarre du présent déversé à jet continu, en direct, avec une frénésie inquiétante, par des canaux irrigants la terre entière, ne laissait plus le temps de la réflexion. Les écrans plats, tels des gargouilles modernes, affichaient de sinistres comptabilités, des attentats, des pandémies, des tueries, avec une linéarité qui les rendaient froides, aseptisées, sans épaisseur humaine. Mon retrait du court de la vie, ce long isolement, cure de désintoxication, rendait le choc encore plus rude. Pour autant, je ne me réfugiais pas dans mon attitude favorite, l’évitement. J’affrontais. J’assurais. Je lisais. Ma boulimie de lecture se révélait être le meilleur antidote à mon aquoibonisme congénital. J’opérais des razzias dans mes librairies favorites et, environné de piles branlantes, je m’imprégnais de vraie vie, puisais dans l’imaginaire des autres des raisons de continuer. Parfois, pour lire, j’allais m’allonger aux côtés de Jasmine. Ses hanches s’ouvraient. Elle s’arrondissait. Elle resplendissait. Quand elle s’endormait, que sa respiration régulière faisait onduler le drap, je me laissais aller de nouveau à explorer mes souvenirs et l’envie d’écrire me revenait.   

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13 juin 2009 6 13 /06 /juin /2009 00:04

Qu’est-ce qu’y ne va pas inventer pour faire l’intéressant, un de ces jours y va nous dire qu’il va se présenter à la Présidentielle de 2012. Sur cette dernière hypothèse je ne dis pas non mais pour mon histoire de dormeur beurré comme un petit Lu qui finit en enfer je vous rassure ce n’est pas une histoire à dormir debout.

Voilà comment je l’ai découverte. Acte 1 : une lectrice de Crosne, 91560, me lance un SOS car elle ne trouve pas de crabe Chapka dans sa banlieue profonde. Vous allez me dire : z’êtes pas épicier ! Oui, mais j’ai commis une chronique en août 2007 « Le crabe aux pinces d’or » http://www.berthomeau.com/article-6886869.html dans laquelle je cause du crabe Chapka. Acte 2 : bon samaritain je tape crabe sur Google et je tombe sur cette histoire de… C’est un Finistérien : http://www.cadour.net de Lannilis qui la raconte sur son blog : cuisine de la mer. Je ne vais pas copier sur lui mais vous la raconter à ma façon et, si je fais référence à l’expert ce sera cité entre parenthèses.

Première précision pour les ignares : le « dormeur » est un crabe, aussi dénommé tourteau dans le commerce et cancer pagurus par les scientifiques. Quand je pratiquais la pêche à pied du côté de Brétignolles sur-Mer, il fallait le débusquer dans les trous de roche au crochet car il se planque, roupille et, quand il se carapate en marchant de traviole ce n’est pas un rapide. Tout le contraire de l’étrille, petit crabe vert à chair fine, goûteux, vif et qui pince sec. Les pinces du dormeur sont imposantes mais faut être un parigot pour y risquer ses doigts y compris chez le mareyeur.

Pour choisir le bestiau je m’en remets à l’homme de la mer : tout d’abord « mieux vaut choisir une femelle. La chair est plus fine, et mieux répartie entre le coffre et les pinces » ensuite « la meilleure saison c’est l’été, disons de juin à octobre, mais on en trouve de jolis toute l’année. »,  puis des conseils d’expert : 1° « c’est le poids qui importe, à taille égale choisir le plus lourd », 2° «  éviter ceux qui ont le ventre clair, plus la couleur tire vers le brun, et meilleur il sera. » 3° « abandonnez aussi les femelles qui ont des œufs dans le réceptacle prévu à cet effet, elles viennent de pondre, elles ont épuisé beaucoup de chair à cet effort ! »

Ensuite ça se corse, non parce que le choix du second ingrédient soit difficile, puisqu’il s’agit d’une bouteille de vin blanc sec, mais de part la fonction impartie au vin. Notre breton jette son dévolu tout normalement ou tout régionalement sur un « Muscadet, fruité (élevé sur lie avec bâtonnage, c’est l’idéal, mais ne le payez pas trop cher pour cette recette) » Pour ma part je n’ai pas de religion bien établie sur cette question puisque je ne suis pas passé à l’acte. Donc, faites comme bon vous semble et, à mon humble avis, je ne suis pas sûr que la qualité du vin influe sur la suite des évènements. D’ordinaire, le dormeur finit sa vie aquatique dans l’eau bouillante aromatisée. Attention, il n’est pas précipité dans l’eau bouillante mais traîtreusement plongé dans de l’eau froide qui est ensuite portée à ébullition. Depuis toujours, les âmes sensibles et les ami(e)s des bêtes m’ont souvent interrogé à propos de la souffrance de la moule ou du crabe. Je n’ai jamais su répondre sauf que, pour paraître encore plus barbare, j’évoquais la découpe en vif de la langouste avant passage au grill.

Dans le cas présent, vont venir s’ajouter aux susdit à la fois les abstinents et Brigitte Bardot. En effet, notre tourteau, entravé par de grosses élastiques, afin d’éviter qu’il ne se rebellât, est plongé dans un bain de vin blanc, pendant une bonne heure, pour se murger grave. Selon notre breton cela aura pour vertu de parfumer sa chair. Ensuite, beurré comme un petit LU le tourteau posé délicatement sur des braises, pendant un bon quart d’heure, achèvera son étrange trajectoire qui l’a conduit de l’Océan à sa première cuite pour finir dans l’Enfer des hommes. Chaîne de la prédation et, pour se donner bonne conscience, souligner que les tourteaux sont des prédateurs impitoyables permet de le savourer tout chaud en s’envoyant des canons de Muscadet. Notre breton est un fan de  Jo Landron alors si ça vous dit cliquez.

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