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               Vin&Cie, l'espace de liberté

Chaque jour, avec votre petit déjeuner, dans ce petit espace de liberté, une plume libre s'essaie à la pertinence et à l'impertinence pour créer ou recréer des liens entre ceux qui pensent que le vin c'est
" un peu de douceur, de convivialité, de plaisir partagé, dans ce monde de brutes..."
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La photo est signée par Elisa Berthomeau©

 

Mercredi 3 juin 2009 3 03 /06 /Juin /2009 00:04

Marguerite est, en ce début de 21ième siècle un prénom gentiment désuet, la question, elle, sous son apparente naïveté, garde tout son pesant d’actualité. Alors, moi qui ne suis qu’un effeuilleur patenté de marguerites de bords des chemins vicinaux, ceux qui mènent d’Embres&Castelmaure à Nouillorc sur la grande Toile : je t’aime un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, pas du tout… je trouve la réponse du père de Marguerite : « Non, chère petite, il se fait presque tout seul… » d’une belle et charmante fraîcheur.

Qu’est-ce à dire ?
« Marguerite a été obéissante, elle a bien appris sa leçon toute seule ; aussi son papa, pour la récompenser, l’a emmenée en vendanges. »
Étrange, ne trouvez-vous pas ?
J’en conviens, sans doute que Marguerite et son père sont membres d’une peuplade lointaine, arriérée, à jamais disparue. Pour vous instruire je poursuis l’histoire :
« La petite était contente, car elle voyait dans les vignes beaucoup de gens qui riaient et chantaient en travaillant. On est très gai en vendanges. Les femmes coupaient des raisins ; les hommes, munis de hottes, emportaient ces raisins à la cuve… »
Là nous tombons dans la vision bucolique, saint-sulpicienne, des travailleurs de la terre. Sans vouloir ironiser ça fleure bon le « que c’était beau avant ? » Mais comme ce n’est pas le genre de la maison, et comme c’est à ce moment de l’histoire que Marguerite pose sa question et que son père y répond, je continue.

« Au bout de quelques jours, quand les raisins ont été pressés ou foulés, que le jus est sorti des grains et qu’il a fermenté, le vin est fait ; il est clair et n’est plus doux. On le met alors dans des fûts, qu’on descend à la cave, et on le laisse vieillir, car plus il est vieux, meilleur il est. Quand les raisins ont ainsi donné leur premier jus, on les arrose avec une certaine quantité d’eau et on les comprime de nouveau avec le pressoir. De ce marc il sort encore du vin, mais il n’est pas aussi bon, aussi clair que le premier. Pour que le vin de conserve plus longtemps et ne perde pas de sa qualité, on le met dans des bouteilles, que l’on bouche avec des bouchons de liège… »

Tout ça est bien simplet m’objecterez-vous.
De nouveau j’en conviens mais, placé dans Le Deuxième Livre des Petites Filles de Clarisse Juranville à la Librairie Larousse, à la page 16, chapitre 4 – Les Boissons, c’est une leçon de choses qui avait le mérite d’exister. En 1900, décrire comme se faisait le vin aux petites filles, comme aux petits garçons d’ailleurs, n’était pas péché mortel.
De nos jours la prévention commence dès la maternelle : nos chères têtes blondes se doivent d’être préservées de toute allusion à ce diabolique « jus fermenté du raisin » qui pourrait les inciter, l’adolescence venue, à la transgression. Bien sûr, rien ne les empêche d’aller sur le Net pour y trouver des recettes plus explosives. J’exagère à peine, la mode du binge drinking chez les jeunes s’est propagée, via la Toile, en provenance des pays nordiques. Bref, sans en revenir au temps de ma grand-mère, l’initiation au bien boire devrait faire parti de l’apprentissage, de l’éducation car, comme l’écrit l’historien sociologue suisse, Gabriel Bender, « on a tendance à oublier qu’en matière de vin et d’ivresse, l’homme bénéficie de quelques 2000 ans d’apprentissage. »

Sauf à vouloir interdire ou à diaboliser « le premier verre de vin», à promouvoir le « ni touchez jamais », à suggérer une prohibition qui ne dit pas son nom les tenants du nouvel hygiénisme font fausse route lorsqu’ils s’opposent aux rites d’initiation. Certes ceux-ci, comportent leur part de risques, mais ils font parti – je devrais sans doute écrire faisait parti – des apprentissages collectifs qui mènent à l’âge adulte. Les proscrire, au prétexte qu’ils constitueraient des incitations, débouche sur des pratiques individualisées, en groupe ou en solitaire, qui n’ont d’autres buts que de se charger au maximum.
L’adage : « il faut que jeunesse se passe » n’est en rien obsolète mais, si le contrôle social  permettant de baliser les excès n’est dicté que par des interdits venant d’en haut, des messages sanitaires généraux, des campagnes de communication, il est inopérant. Bien au contraire l’attrait de l’interdit, la transgression, le border line stimulent bien plus qu’ils ne dissuadent. De plus, cette forme de délégation à la puissance publique, au travers de la loi, de régulations qui devraient relever de la sphère privée déresponsabilise. Affronter, sans avoir peur des mots, de la réalité, le rituel de boire en société, fait parti de notre héritage culturel : celui qui a généré une forme de vivre ensemble qui vaut largement celle que nous préparent les tenants de la médicalisation de nos sociétés.

Je sais, elle est bien loin notre petite Marguerite du tout début du 20ième siècle, obéissante, instruite par son papa, disparue à jamais… Nos loustics qui surfent sur le Net sont bien loin des leçons de choses.
En êtes-vous si sûr que cela ?
Que faisons-nous pour renouveler le genre de madame Clarisse Juranville ? Pas grand-chose alors que la Toile nous est grande ouverte, espace de liberté où nous pourrions, hors tout esprit mercanti, nous adresser à eux sous les formes qui sont les leurs.
Alors, comme je ne suis pas avare de propositions, et que certains peuvent se dire : «  à quoi ça sert l’Amicale du Bien Vivre ? », j’en fais à nouveau une avec le seul risque qu’elle fasse un petit plouf discret avant de disparaître dans les abimes de l’indifférence générale.


Formons un groupe de préfiguration d’un blog – ça ne coûte rien – que je baptise provisoirement
www.apprendraboire.com ou www.levindantousesetats.com  et attelons-nous, en n'étant pas  «chiant», pontifiant, hors tout «pédagogisme» ou «dire d’experts», à cette tâche difficile mais passionnante. Entre-nous ce serait plus positif et plus payant que de nous lamenter ou de pester contre les « ennemis du vin ».


Marguerite pourrait dire alors à son père : « est-ce qu’un blog sur le vin est difficile à faire ? »

« Non, chère petite, il se fait presque tout seul… » lui répondrait-il.

Mais, comme dire simplement les choses semble de nos jours hors de notre portée nous continuerons de regarder passer les trains comme des...

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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