Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
26 juillet 2008 6 26 /07 /juillet /2008 00:02


 

J’aime les presqu’îles. Tout est dans le presque, comme l’épaisseur d’un petit trait d’union. Celle de Talmont sur Gironde, promontoire surplombant les eaux mêlées du plus grand estuaire d’Europe, offre au simple promeneur qui sait prendre le temps de s’attarder face à l’estuaire dans l’enclave qui ceint l’église romane, un sentiment de bout du monde qui le fait communier avec les éléments et atteindre le sublime. Alchimie régénératrice où la lumière sculpte la pierre, tire de la couleur compacte des eaux et de la matière déchiquetée de la falaise, un tableau sans pareil. Comme l’écrit Jean-Marc Soyez « En pays royannais, la Gironde n’est pas un fleuve impassible. La plus grande frayère d’Europe est un carrefour en perpétuelle turbulence, où se heurtent et se mêlent des eaux contraires. Deux fois par jour, l’Atlantique y renouvelle le mythe forcené de Sisyphe, repoussant en vain les eaux de Dordogne et de Gironde… »



 

J’y suis allé un jour de vent et de lumière blanche lors de mon séjour dans la région délimitée de Cognac. Ce fut un vrai coup de cœur. Me promener seul dans les ruelles et les venelles du village, aux maisons saintongeaises modestes, avec leurs murs en moellons apparents; où sont encastrés de gros galets noirs apportés de Bretagne ou même du Canada qui auparavant formaient le lest des cargaisons, légères ou venant à vide, charger le vin ou le Cognac. Mais le charme de la petite cité tient aussi à ses fleurs : " Talmont, capitale mondiale de la rose-trémière ! » proclame Michel Lis le jardinier de France-Inter. Des géantes en rangs serrés!



 

La renommée contemporaine de Talmont doit, dit-on, beaucoup aux chemins de fer et à Malraux. En effet, après 1955, une de ces affiches dont la SNCF avait le secret, exposait dans les gares et les wagons la superbe église romane dédiée à Ste Radegonde, reine de France, « morte en odeur de sainteté à Poitiers, en 587 ». Malraux, Ministre de la Culture, exigea qu’on l’apposât dans le passage donnant sur le Palais Royal. La montrant à des visiteurs il déclarait de sa voix au vibrato étrange « Voyez ces pierres sublimes, indifférentes aux rumeurs des âges… »



 

Aussi étrange que cela puisse paraître ce lieu sublime aurait pu être défiguré à jamais par le délire des hommes. L’histoire d’un drame évité commence en 1917 avec l’entrée en guerre des Américains. Ceux-ci eurent besoin d’un port en eau profonde pour débarquer hommes et matériel. Ils jetèrent leur dévolu sur Talmont. « À cette époque, le chenal des vapeurs montant vers Bordeaux, frôlait nos falaises, avec des fonds de 10 à 20 mètres, quelque soit le marnage. On demeure sans voix devant l’étendue du désastre menaçant alors la presqu’île. Plus de 5000 soldats américains et prisonniers allemands, travaillaient à établir des kilomètres de voies ferrées, d’entrepôts, de réservoirs. Ils dynamitèrent le Sphinx *. Les dessins montrent l’église posée comme une angélique erreur dans un panorama diabolique. Fort heureusement, le 11 novembre 1918 sonna l’Armistice, renvoya les soldats dans leurs foyers et expédia le projet aux calendes » écrivent Michel Guillard et Bernard Mounier.

 

Mais, certains grands esprits modernisateurs rêvèrent jusqu’en 1935 de voir Talmont choisi comme port avancé de Bordeaux. Ce fut le Verdon qui fut choisi mais je ne résiste pas au plaisir de vous offrir un extraordinaire morceau de stupidité humaine écrit par Georges Balande conservateur des musées de la Rochelle pour emporter la décision des politiques « De larges quais doivent surgir des canaux intérieurs et leurs écluses, coupant du continent le petit village dont le rocher ne sera plus que le piédestal isolé de la ravissante église romane. Des grues gigantesques, des élévateurs à grains, des frigorifiques, des cylindriques tanks à mazout, des hangars à marchandises, des dépôts de charbon, s’élèveront là où l’œil ne découvrait que la perspective ondulante des prairies verdoyantes, ou les croupes embroussaillées des mamelons sombres et le moutonnement des villages clairs. Le ciel sera sillonné d’innombrables fils, de pylônes, de cheminées ; d’énormes lampes à arc jetteront d’éblouissants éclairs de lumière brutale, là où jadis les maigres lueurs pâlottes du village troublaient à peine l’opacité de la  nuit. Dans le tumulte du travail, le vent de mer soulèvera des tourbillons noirs de fumée et de poussière, là où pendant les fêtes d’antan il faisait voltiger le pollen des fleurs. Tel est l’avenir. Tel était le passé. »

 

Adieu les carrelets, vive Fos sur Mer ! On tremble rétrospectivement et l’on imagine Noël Mamère, le maire de Bègles, s’étranglant de fureur. L’histoire des hommes est ainsi faites, de projets fous ou de marinas juteuses, si vous passez en Charente-Inférieure, pardon Maritime, distrayez un peu de votre temps de vacances pour aller au petit matin ou à la tombée du jour sur le promontoire de Talmont sur Gironde voir lever ou se coucher le soleil.

Partager cet article

Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
commenter cet article

commentaires

Bernard Mounier 01/07/2009 17:42

Bonjour Jacques Berthomeau. Je viens de lire votre note sur Talmont écrite le 26 juillet 2008 et je suis très honoré de l'avoir largement alimentée par la préface du livre paru en 2001 chez de Monza avec les photos de Michel Guillard. Un regret cependant : aucune référence à l'ouvrage cité. Toutefois, vous auriez une chance de vous racheter en...achetant à la librairie Molla "Talmont et Merveilles sur la Gironde" -également avec photos Guillard-, Ed. Bonne Anse 2004, afin d'en rendre compte prochainement sur votre site !Dans l'attente, bien à vous, Bernard Mounier

JACQUES BERTHOMEAU 02/07/2009 07:30


Relachement de l'été sans doute je cite toujours mes sources et je mets un lien avec l'éditeur du livre que j'ai acheté. C'était le cas du présent livre, je comblerai cettte omission à mon retour
samedi prochain car je suis en déplacement. Pour de Monza j'ai dans ma vie antérieure j'ai tellement préfinancé ses ouvrages que mon emprunt pourrait être exonéré de réprimandes.
Pour celui que vous citez je ne suis qu'un modeste chroniqueur qui travaille gratuitement si l'éditeur veut bien me faire un service de presse OK pour une nouvelle chronique sur Talmont
si je suis inspiré ou Mollat peut-être ?
Bien à vous
JB 


  • : Le blog de JACQUES BERTHOMEAU
  • Le blog de JACQUES BERTHOMEAU
  • : Espace d'échanges sur le monde de la vigne et du vin
  • Contact

www.berthomeau.com

 

Vin & Co ...  en bonne compagnie et en toute Liberté pour l'extension du domaine du vin ... 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

Articles Récents