Dans le petit monde des journalistes du vin les vieux, les toujours vieux, les presque vieux se lamentent, les vieilles aussi, et les jeunes et les pas trop vieux, eux, crèvent la faim. C’est lapidaire mais, hormis ceux du duopole cher au forgeron de Dana, et encore ils ne roulent pas tous sur l’or, ça reflète bien la réalité. Comme vous le savez c’est aujourd’hui, pour mon « espace de liberté », un jour anniversaire j’ai donc décrété que ce serait un jour de bonté ce qui m’évitera d’aiguiser ma plume d’une manière acérée pour tailler des costards aux petits cumulards.
Sans vergogne, n’étant ni de près, ni de loin, membre de la profession j’endosse pour cet afterwork les oripeaux du riche laboureur (1) sentant la mort prochaine qui assemble autour de lui ses enfants. Tout à la fin du marathon électoral, le sortant, a osé le « vrai travail » avant de battre en retraite la queue basse face à la stupidité de son qualificatif. La plupart d’entre nous travaillons pour vivre, pour faire vivre notre famille, sous l’emprise de la nécessité, avec des différences très importantes de degrés dans la gratification, la reconnaissance sociale, la satisfaction personnelle. À côté, certains pensent au-dessus, une poignée dont le privilège est de ne vivre que pour travailler, à la manière d’un Bernard Magrez, ceux qui ne veulent pas décrocher, s’accrochent, ne veulent rien transmettre si ce n’est un héritage matériel. Enfin, et ils sont nombreux, restent ceux qui sont privés de travail, qui n’ont pas accès à un travail faute de trouver ou de retrouver un emploi. Dans ce bloc, ce sont les jeunes au sens large qui me préoccupent. Trop souvent ils galèrent, enfilent les petits boulots, les précaires dit-on.
Que faire alors pour inverser la tendance ?
Faire tout simplement, même petitement, faire la courte-échelle, transmettre, ne pas se recroqueviller sur son pré-carré, partager son carnet d’adresses, bousculer, plaider la cause… Bref, sans m’envelopper dans un manteau d’autosatisfaction, dès que je le peux : je fais. C’est la moindre des choses et ce n’est pas de la charité mais un coup de main, du temps bien placé.
photo de LOLITA Sene
Antonin Iommi-Amunategui, le Vindicateur, on aime ou on n’aime pas, mais la question n’est pas là pour moi, qui ni ne partage pas forcément tous ses emballements et ses causes, et qui le lui dit ou qui l’écrit. Ce qui compte dans un univers bien convenu, où certains bien installés s’apparentent à des encombrants, c’est de mettre le pied à l’étrier à de vrais talents. Antonin en a, et plus que ça il possède une curiosité intellectuelle, une envie, qui fait souffler un vent d’air frais sur notre petit monde du vin bien plon plon. Pour moi, riche laboureur en voie de garage, il fait partie d’une génération qui travaille bien pour l’extension du domaine du vin. Il irrite certains, moi y compris, tant mieux ! Je préfère de loin, et j’en ai été, ceux qui ont des idées dérangeantes, à ceux qui, comme le petit marquis en richelieu bien lustrées, brassent des idées reçues et convenues. L’eau tiède convient aux fades et aux fats.
Je vous invite donc à suivre, à vous abonner aux chroniques d’Antonin No wine is innocent sur Rue 89 link Même lorsqu’il interviewe Olivier Techer, et que celui-ci enfile des vannes comme de mauvaises saucisses de Francfort, certes ça m’énerve, mais ça me change des petits fruits rouges, des accords avec les tapas, des bouches tendues, des goûts de serpillière, et des incontournables terroirs du Kimméridgien qui sont, comme chacun le sait, le deuxième étage stratigraphique du Jurassique supérieur.
Le Laboureur et ses Enfants
Travaillez, prenez de la peine :
C'est le fonds qui manque le moins.
Un riche Laboureur, sentant sa mort prochaine,
Fit venir ses enfants, leur parla sans témoins.
"Gardez-vous, leur dit-il, de vendre l'héritage
Que nous ont laissé nos parents :
Un trésor est caché dedans.
Je ne sais pas l'endroit ; mais un peu de courage
Vous le fera trouver : vous en viendrez à bout.
Remuez votre champ dès qu'on aura fait l'oût :
Creusez, fouillez, bêchez ; ne laissez nulle place
Où la main ne passe et repasse."
Le père mort, les fils vous retournent le champ,
Deçà, delà, partout....
si bien qu'au bout de l'an
Il en rapporta davantage.
D'argent, point de caché. Mais le père fut sage
De leur montrer avant sa mort
Que le travail est un trésor.