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29 août 2010 7 29 /08 /août /2010 06:28

Comme tout le monde n’a pas forcément accès à l’Indépendant, sauf quelques privilégiés qui crèchent à quelques encablures de la gare de Perpignan « le centre cosmique de l’univers » je propose à votre lecture la réaction de l’ami Pascal Frissant vigneron au château Coupe Rose à La Caunette, avec Françoise Le Calvez, membre de la Commission Nationale viticole de la Confédération Paysanne (lire sa lettre de 2008 lors de sa démission  de l’office des Vins http://www.berthomeau.com/article-21080606.html 20040203 OBS5429

CARCASSONNE Pascal Frissant Vous êtes membre de la commission nationale viticole de la Confédération Paysanne : comment avez-vous réagi à cette action anti-OGM ?


Pascal Frissant Vous êtes membre de la commission nationale viticole de la Confédération Paysanne : comment avez-vous réagi à cette action anti-OGM ?

 

« L'Inra de Colmar est une station que nous connaissons bien. Ses chercheurs sont très sérieux et planchent sur des sujets primordiaux, tels que la sélection de nouvelles variétés de vigne. Nous sommes bien sûr opposés à l'usage d'OGM dans la viticulture, mais nous faisons confiance aux scientifiques œuvrant pour mieux connaître ces organismes. Le problème, c'est qu'il existe au sein de la Confédération un petit noyau d'activistes  

qui n'a pas compris la différence entre viticulture et céréales. Or cibler l'Inra, outil où les spécialistes ont quand même pas mal d'indépendance, est à mes yeux une grosse connerie. On sent une volonté d'en découdre : je ne peux que condamner ce type d'attitude idiote.

 

Quel a été selon vous l'élément déclencheur de ce coup de force ?

 

« Il y a eu sans aucun doute la visite sur le site de Colmar du ministre de l'Agriculture, qui a annoncé à tort que ces plans de vignes transgéniques seraient rapidement commercialisés. Il cherchait sans doute à rassurer les exploitants inquiets à cause du court-noué : cette opération politique fondée sur une information erronée a servi de prétexte à ce groupe de faucheurs volontaires qui attendait l'occasion de passer à l'acte. Il n'empêche que leur action relève d'une sorte de dérive sectaire, semblant dictée par une poussée limite obscurantiste. Ça commence quand même à m'inquiéter un peu. »

 

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29 août 2010 7 29 /08 /août /2010 00:09

 

 

Enfin ce coup de sonnette se fit entendre.

Le majordome revint bientôt avec cette note qu’accompagnait un autre mets :

 

« Râles de genêts rôtis sur une croûte à la Sardanapale.

Ne manger que les cuisses er le croupion des râles ; ne pas couper la cuisse, la prendre par la patte qui la termine, la saupoudrer légèrement de sel, trancher net au-dessus de la patte, et tout broyer, chair et os.

Mastiquer largo et fortissimo ; manger presque simultanément une bouchée de la rôtie brûlante, enduite d’un condiment onctueux dû à la combinaison de foies et de cervelles de bécasse, de foies gras de Strasbourg, de moelle de chevreuil, anchois pilés, épices de haut goût, etc.

Boire deux verres de clos Vougeot de 1817.

Verser ce vin avec émotion, le boire avec religion. »

Après ce rôti, digne de Lucullus ou de Trimalcyon, et savouré par le chanoine avec idolâtrie et une faim inassouvie, le majordome reparut avec deux entremets que le menu signalait ainsi :

 

« Morilles aux fines herbes et à l’essence de jambon ; laisser fondre et dissoudre dans la bouche ce champignon divin.

Mastiquer pianissimo.

Boire un verre de vin de Côte-Rôtie 1829 et un verre de Johannisberg de 1729 (provenant de la grand’ foudre municipale des bourgmestres de Heidelberg).

Aucune recommandation à faire à l’endroit du vin de Côte-Rôtie ; ce vin est fier, impérieux, il s’impose.

À l’égard du vieux Johannisberg de cent-quarante ans, l’aborder avec la vénération qu’inspire un centenaire, le boire avec componction.

 

Deux entremets sucrés.

Bouchées à la duchesse, à la gelée d’ananas.

Mastiquer amoroso

Boire deux ou trois verres de ce vin de Champagne frappé de glace (Sillery sec, année de la comète).

Dessert :

 

Fromage de brie de la ferme d’Estrouville près de Meaux ;

Cette maison a eu pendant quarante ans l’honneur de servir la bouche de M. le Prince de Talleyrand, qui proclamait le fromage de Brie le roi des fromages (seule royauté à laquelle ce grand diplomate soit resté fidèle jusqu’à sa mort).

 

Boire un verre ou deux de vin de Porto  tiré d’une barrique retrouvée sous les décombres du grand tremblement de terre de Lisbonne. 

 

 

Bénir la Providence de ce miraculeux sauvetage, et vider pieusement son verre.

N.B. Jamais de fruits le matin, ils réfrigèrent, chargent et obèrent l’estomac aux dépens du repos du soir ; se rincer simplement la bouche avec un verre de crème des Barbades de madame Amphoux (1780), et faire une légère sieste en rêvant au dîner. »

 

 

 

 

 

 

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28 août 2010 6 28 /08 /août /2010 07:54

Ce journaliste scientifique suit sur son blog ce dossier depuis l’origine et, pour avoir lu ses écrits précédents, je trouve que son approche et ses analyses sont pertinentes, bien documentées et dépourvues de tout manichéisme. Je vous propose donc de lire ce qu’il écrit à propos du texte de la fédération Sud-recherche (ici en pdf.) sur la destruction des ceps de vigne transgénique de Colmar.

 « Il ne comporte aucune appréciation négative sur la destruction de l'essai, ce qui est déjà étrange. Mais sa lecture montre surtout à quel point la dérive idéologique - au sens du refus catégorique d'examiner en pratique les problèmes posés mais à se contenter d'une phraséologie générale - rend tout débat public sur la transgénèse végétale utilisée en agriculture (rien que la formule OGM utilisée sans précision signale, chez les partisans comme chez les opposants, la volonté de s'évader du côté de l'idéologie...) quasi impossible.

Ainsi, le texte de Sud-recherche ne comprend aucune information sur la maladie visée par l'essai (même pas le nom), et surtout le présente dans les termes suivants : «SUD-Recherche EPST a toujours soutenu que les OGM ne constituaient pas une solution d’avenir pour l’agriculture en France, comme ailleurs. Outre les risques sanitaires et environnementaux non maîtrisés, le modèle agricole dans lequel ils s’inscrivent est celui d’une agriculture toujours plus intensive, de type industrielle, qui est destructrice pour l’environnement mais aussi pour la profession d’agriculteur. (...) Nous avons constamment interpellé le ministère de la recherche et la direction de l’INRA pour qu’ils affichent comme priorité le développement d’un autre modèle agricole, basé sur le respect de l’environnement, des consommateurs, qui refusent les OGM dans leur assiette, et de ceux qui produisent ces ressources. Alors que d’autres voies de recherche sur les pratiques culturales restent sous-exploitées, l’utilité des essais sur les vignes transgéniques est aujourd’hui contestée par des viticulteurs qui ont aussi compris que l’image du vin en souffrirait. (...) Plus largement, nous sommes inquiets de la brevétisation du vivant, centrale dans la stratégie OGM, au même titre que la logique d'innovation marchande à court terme imposée par le gouvernement

Quels problèmes posent de telles affirmations ? D'abord la phrase «les OGM ne constituent pas une solution d'avenir pour l'agriculture». Elle est complètement vraie et complètement absurde. Vraie parce que d'innombrables problèmes de l'agriculture française n'ont rien à voir avec les OGM, donc leur solution non plus. Et absurde parce que personne, absolument personne, ne pense que les OGM puissent constituer une telle solution générale. Idem pour le modèle d'une agriculture «intensive de type industriel, destructrice pour l'environnement.» Ce modèle existe, par exemple la grande culture du blé, du maïs, de la betterave, l'élevage industriel de poulets.... Mais : quel rapport avec les vignes transgéniques de Colmar ?

L'idée selon laquelle de telles vignes puissent transformer la viticulture française en activité agricole de type industriel est indéfendable. La structure agraire de la viticulture, son usage des produits phytosanitaires et son intensité (production à l'hectare) ne peuvent en aucun cas être affectées dans le sens craint par Sud Recherche au cas où des pieds ou porte-greffes transgéniques résistants au  court noué seraient utilisés (et de toute façon, la vigne étant une culture pérenne, son renouvellement est particulièrement lent).

Quant à la crainte de la brevétisation du vivant, je n'ai jamais vu de plante transgénique manifester pour exiger d'être soumise à un brevet. Cette technologie est compatible avec toutes les formes d'organisation existantes et imaginables des systèmes agraires, du collectivisme total au modèle Monsanto. Qu'elle soit utilisée par tel ou tel acteur économique à son profit, qu'elle facilite ou défavorise son intérêt dans un cadre donné est évident... mais le cadre lui même résulte de rapports de production, donc de l'organisation des sociétés et in fine de la politique. Pas de la technologie. Il est assez piquant de voir des scientifiques réunis dans Sud recherche développer un point de vue sur les relations entre technologies et organisation sociale qui relève de la vulgate stalinienne du matérialisme historique.

Que les vignes transgéniques de Colmar puissent être utilisées à des fins de conviction auprès de la population par les partisans de l'usage massif de la transgénèse végétale dans des stratégies de domination et de profits financiers est une évidence. Mais faut-il répondre à ce risque par un discours similaire, symétrique, au mépris de la vérité ? Est-il nécessaire pour dénoncer les risques agronomiques, environnementaux et l'effet sur les structures agraires des semences de Monsanto tolérantes à son herbicide au glyphosate  (la majorité des plantes transgéniques actuelles) de raconter des sornettes sur un essai de vignes transgéniques résistantes à un virus aujourd'hui traité par des méthodes chimiques brutales ? Une maladie dont les dégâts se chiffrent en centaines de millions d'euros chaque année pour la France affirme l'INRA. Est-il honnête de cacher que l'INRA de Colmar a entamé un programme de recherche de dix ans sur une stratégie alternative à la transgénèse - l'usage de plantes tuant les nématodes transportant le virus - ce qui permet de comparer avantages et inconvénients des deux méthodes ? Est-il honnête de cacher que l'INRA expose sans tricher ses résultats, y compris que les trois premières années d'essai ont montré que le porte-greffe transgénique ne fait que retarder de 1 à 3 ans l'apparition de la maladie ?

On peut trouver des arguments autrement plus précis, sur le site de la Confédération paysanne, ici sous la plume de Guy Kastler. Ces arguments doivent alimenter un débat... mais la destruction de l'essai interdit de savoir qui a raison. Par exemple Kastler affirme que le transgène va se transférer spontanément du porte greffe au greffon puis au raisin et au vin. L'INRA affirme que la surveillance n'a montré aucun transfert sur la période de l'essai. Peut-être que sa continuation aurait donné raison à Kastler... mais on ne le saura pas puisque les vignes sont détruites. Idem pour toutes les discussions sur un éventuel transfert ailleurs ou des recombinaisons génétiques. On peut dire que la stratégie des faucheurs est d'évoquer tout une série de risques possibles, puis d'interdire leur vérification, ou non, en détruisant les essais qui permettent de savoir. Qui a peur des résultats ? Après tout, l'INRA pouvait très bien observer que le transgène n'était pas si protecteur que cela - l'essai en champ a déjà démontré que la résistance est moins bonne que dans un essai en serre... et donc démontrer que ce n'était pas une bonne piste.

Le plus gros problème posé par la stratégie de lutte des "faucheurs" n'est pas qu'ils puissent être efficaces. L'évolution des cultures transgéniques dans le monde et surtout l'explosion du nombre des plantes sur lesquelles sont conduites des recherches utilisant la transgenèse en Chine par exemple, montrent que le blocage de cette technologie n'est pas à leur portée. En revanche, elle contribue (modestement, Monsanto ou les fanas des OGM, y compris des politiques, en sont bien plus responsables) à empêcher un débat public rationnel : "nous voulons bien de cette plante transgénique là, mais nous ne voulons pas de celle-là" fondé sur les avantages et inconvénients de chacune. Or seule cette approche rationnelle peut déboucher sur l'interdiction de telle ou telle plante transgénique, justement parce qu'elle en autorise d'autres. Et que cette interdiction soit fondée sur les effets agronomiques, environnementaux, sanitaires ou sociaux. »

 

http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2010/08/vignes-ogm-de-colmar-divergences-syndicales.html#tp

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28 août 2010 6 28 /08 /août /2010 00:09

Investi de la haute mission de vous cultiver chers lecteurs estivaux, si assidus, si fidèles, je vous propose en 2 leçons, l’art et la manière d’accorder plats et vins par l’écrivain Eugène Sue. Ce texte tiré du livre Les 7 péchés capitaux est publié dans la cuisine des écrivains de Johan Faerber aux Editions Inculte. C’est savoureux, donc à lire avec délectation.

Eug-C3-A8ne_Sue.jpg

Bientôt le majordome reparut.

Il marchait d’un air solennel, portant sur un plateau un petit réchaud d’argent de la grandeur d’une assiette, surmonté de sa cloche.

À côté de ce plat, on voyait un petit flacon de cristal rempli d’un liquide limpide et couleur de topaze brûlée.

Pablo, tout en s’avançant, approchait parfois son long nez de la cloche comme pour aspirer les miasmes appétissants qui pouvaient s’échapper ; enfin, il plaça sur la table le petit réchaud, le flacon et un petit billet.

« Paolo, - demanda le chanoine en indiquant du geste le réchaud surmonté de la cloche, - qu’est-ce que cette argenterie ?

-         Elle appartient à M. Appétit, seigneur ; sous cette cloche est une assiette à double fond, remplie d’eau bouillante car il faut surtout, dit ce grand homme, manger brûlant.

-         Et ce flacon, Paolo ?

-         Son emploi est indiqué sur ce billet, seigneur, qui vous annonce les mets que vous allez manger.

-         Voyons ce billet, dit le chanoine, et il lut :

Œufs de pintades frits à la graisse de caille, relevés d’un coulis d’écrevisses. N.B. Manger brûlant, ne faire qu’une bouchée de chaque œuf, après l’avoir bien humecté de coulis.

Mastiquer pianissimo.

Boire, après chaque œuf, deux doigts de ce vin de Madère de 1807, qui a fait cinq fois la traversée de Rio-de-Janeiro à Calcutta.

Boire ce vin avec recueillement.

Il m’est impossible de ne pas prendre la liberté d’accompagner chaque mets que je vais avoir l’honneur de servir au seigneur dom Diego d’un flacon de vin approprié au caractère particulier du mets susdit.

-         Quel homme ! s’écria le majordome avec une expression d’admiration profonde ; quel homme ! Il pense à tout. » [...]

Après la note qui annonçait les œufs de pintade, se déroule successivement le menu suivant, dans l’ordre où nous le présentons.

 

« Truites du lac de Genève au beurre de Montpellier, frappé de glace.

Envelopper hermétiquement chaque bouchée de ce poisson exquis dans une couche de cet assaisonnement de haut goût.

Mastiquer allegro.

Boire deux verres de ce vin de Bordeaux (Sauternes 1834) ; il a fait trois fois la traversée de l’Inde.

Ce vin veut être médité.

-         Un peintre ou un poète eût fait de cette truite au beurre de Montpellier, frappé de glace, un portrait enchanteur, avait dit le chanoine à Pablo. Vois-là, cette charmante petite truite à la chair couleur de rose, à la tête nacrée, voluptueusement couchée sur un lit d’un vert éclatant, composé de beurre frais et d’huile vierge, congelés par la glace, auxquels l’estragon, la ciboulette, le persil, le cresson de fontaine ont donné cette gaie couleur d’émeraude ! Et quel parfum ! Comme la fraîcheur de cet assaisonnement contraste délicieusement avec le haut goût des épices qui le relèvent ! Et ce vin de Sauternes !

Quelle ambroisie si bien appropriée, comme dit ce grand homme de cuisine, au caractère de cette truite divine qui me donne un appétit croissant ! »

Après la truite vint un autre mets accompagné de ce bulletin :

 

« Filets de grouse aux truffes du Piémont (émincées crues).

Enchâsser chaque bouchée de grouse entre deux rouelles de truffe, et bien humecter le tout avec la sauce à la Périgueux (truffes noires), servies ci-joint.

Mastiquer forte, vu la crudité des truffes blanches.

Boire deux verres de ce vin de Château-Margaux 1834 (il a aussi fait le voyage des Indes.)

Ce vin ne se révèle dans toute sa majesté qu’au déboire. »

Ces filets de grouse, loin de l’apaiser, excitèrent jusqu’à la fringale l’appétit toujours croissant du chanoine, et sans le profond respect que lui inspiraient les ordres du grand homme de cuisine, il eût envoyé Pablo devancer le coup de sonnette et chercher un nouveau prodige culinaire.

 

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27 août 2010 5 27 /08 /août /2010 07:15

Par les bons soins de Samuel Passarini, j’ai lu sur le site d’Europe Solidaire le point de vue de la Confédération Paysanne que je verse au dossier. Je signale que j'ai ouvert pour débattre et comprendre, les allergies anti-Bové ou autres ne sont pas de mise. J’ai pris contact avec l’INRA de Colmar pour que ses chercheurs s’expriment, pour l’heure sans succès. Tous les points de vue seront publiés. Qu’ils s’expriment ! N’attendez pas le mien, je joue ici le rôle de modérateur, j’ai cependant publié une chronique le 30/05/2010« Reprise de l’essai sur porte-greffe OGM de vigne à Colmar et les OGM en débat ouvert en Chine : étonnant non ! » http://www.berthomeau.com/article-les-ogm-en-debat-ouvert-en-chine-etonnant-non-46743339.html Enfin, les arrachages dit sauvages, même par un commando pacifique, fortement médiatisés relèvent d’une démarche qui n’est pas mienne : je désapprouve ! « Dura lex sed lex » sinon les anti-IVG, que ça plaise ou non comme parallèle, seraient eux-aussi justifiés dans leurs actes de « résistance » à loi commune.    

 

La manipulation génétique ne modifie pas que le porte-greffe mais l’ensemble de la vigne cultivée, le raisin et le vin.

 

Conscient de la catastrophe commerciale que cela pourrait engendrer, les vignerons ne veulent en aucun cas courir le risque du moindre soupçon d’une possible présence d’OGM dans leurs vins. Pour leur faire accepter son expérimentation, l’INRA prétend que la manipulation génétique du porte-greffe ne modifie pas la vigne qui produit le raisin (le greffon). Pourtant, dès 2008, Jean Masson, directeur de la station viticole de l’INRA de Colmar, reconnaissait dans le journal Les échos ses doutes sur lesquels il n’est bizarrement jamais revenu : « Les chercheurs estimaient il y a quelques années impossible que le transgène passe du porte-greffe au cépage. Nous ne l’excluons plus. »

Il est vrai qu’il ne pouvait pas ignorer les travaux de ses collègues de l’INRA de Versailles qui dès 1997, soit bien avant le début de son expérimentation à Colmar, avaient montré sur le tabac la transmission très importante de « produits » du transgène du porte-greffe au greffon [1].

Il ne pouvait pas non plus ignorer les soucis de la société civile sur ce problème clairement évoqué dans la publication du collectif CCC-OGM : « OGM-Vigne, Opinion Grossièrement manipulée ». Depuis, de nouveaux travaux ont confirmé la fréquence de ce passage [2]. Le Comité Scientifique du HCB a pointé lui aussi ce problème en soulignant que les analyses réalisées par l’INRA de Colmar sont insuffisantes pour le documenter correctement (annexe 1).

Toute manipulation génétique engendre de nombreux risques aujourd’hui non maîtrisés.

Au-delà de l’impact sanitaire ou environnement du transgène lui-même, toute insertion par transgénèse provoque des réarrangements non intentionnels du génome ou de ses relations avec son environnement (épigénétique), générant des effets non intentionnels pouvant passer inaperçus. La plupart des problèmes sanitaires engendrés par des OGM et aujourd’hui documentés ne sont pas dus directement au transgène, mais à ce type de réarrangement.

La manipulation génétique du porte-greffe de l’INRA de Colmar engendre des risques de recombinaison virale particulièrement importants

Christian Vélot, Docteur en Biologie et en génétique moléculaire à l’Université Paris-Sud explique : « Le véritable danger de cette vigne (comme toutes les plantes transgéniques résistantes à des virus), c’est qu’elle est un véritable réservoir à virus recombinants. Il s’agit de plantes transgéniques dans lesquelles le transgène est un gène viral. La présence de ce transgène les protège contre le virus en question ainsi que contre les virus apparentés (sans qu’on n’en connaisse vraiment les mécanismes intimes). Or, les virus ont une très grande capacité à échanger spontanément leur ADN (phénomène de recombinaison) : les séquences d’ADN viral sont très recombinogènes. Par conséquent, quand cette plante est victime d’une infection virale, il peut se produire très facilement des échanges entre l’ADN du virus infectant et l’ADN du transgène, ce qui conduit à l’apparition de virus dits recombinants dont on ne maîtrise rien et qui vont pouvoir se propager dans la nature. Il est là le vrai danger avec ces plantes, ! Avec des plantes conventionnelles, une telle situation ne peut se produire que si la plante est infectée simultanément par deux virus. Avec ces plantes transgéniques, au contraire, un seul virus suffit et on augmente donc considérablement la probabilité de ces évènements. Tout ceci est expliqué en détail dans mon livre (OGM : tout s’explique) aux pages 140 à 142. »

L’expérimentation menée à Colmar générait des risques importants et non maîtrisés de dissémination dans l’environnement

A la demande du Comité de Liaison et de Surveillance (CLS), l’INRA a annoncé avoir pris toutes les précautions nécessaires pour les risques de dissémination dans l’environnement. On peut déjà s’interroger sur la durée de l’efficacité d’une bâche enfouie dans le sol pour empêcher le passage hors du périmètre de l’expérimentation de tout nématode porteur du virus du court-noués, ou de tout microorganismes du sol, bactérie ou virus… modifiés par la vigne OGM. La suppression des fleurs empêchait toute dissémination éventuelle par le pollen. Mais elle n’empêchait pas la dissémination par les insectes piqueurs-suceurs dont le rôle important dans la dissémination des maladies virales dans la vigne est largement connu. Le responsable d’une station viticole de l’INRA ne pouvait pas ignorer ce risque depuis que la flavescence dorée, maladie transmise par un de ces insectes piqueurs suceurs, a justifié l’obligation réglementaire de nombreux traitements insecticides dans le vignoble français. Il ne pouvait pas non plus ignorer la capacité de tels insectes de disséminer des éléments du transgènes ou les produits d’éventuelles recombinaisons génétiques ou virales provoquées dans le porte-greffe et/ou le greffon. Il ne pouvait pas non plus ignorer la capacité de tels insectes à contaminer l’ensemble du vignoble à partir de l’échappement d’un seul agent pathogène. Il est curieux qu’il n’en ait informé ni les « citoyens » consultés lors de la première expérimentation sociologique précédant le premier essai, ni le CLS.

Le déroulement de l’essai en milieu ouvert empêchait de répondre aux questions scientifiques les plus importantes

L’INRA de Colmar prétend qu’il était indispensable de mener cet essai en milieu ouvert pour que le sol et la vigne puissent subir directement les influences du climat afin de vérifier « en conditions réelles » l’efficacité de la transgénèse vis-à-vis de la maladie et d’évaluer les risques de dissémination dans le sol. Ces deux questions sont certes importantes, mais méritent-elles de courir les risques qui ont été pris ? Les sommes dépensées par l’INRA pour faire semblant de « sécuriser » cet essai au prétexte qu’il se déroulait en milieu ouvert ont en effet largement dépassé ce qui aurait été nécessaire à la construction d’une serre simulant correctement les influences climatiques les plus pertinentes. Et surtout, ces deux questions sont-elles pertinentes tant qu’on n’a pas répondu aux questions des risques de recombinaison génétique ou virale, de passage du porte-greffe au greffon, au raisin ou au vin, de dissémination dans l’environnement de parties ou de produits de l’OGM, et des conséquences sanitaires, environnementales ou commerciales de tous ces risques ? Or, en coupant les fleurs avant floraison, non seulement il devenait impossible de vérifier un éventuel passage au raisin et au vin, mais en plus on a modifié le métabolisme de la vigne en supprimant l’induction florale (première étape de la maturité), ce qui rendait peu pertinent tout résultat scientifique concernant l’efficacité du transgène sur le développement du court- noué dans la vie de la vigne. Il est clair que les questions scientifiques primordiales posées par un tel essai ne peuvent être correctement étudiées qu’en milieu confiné, en gardant les fleurs.

Le but du déroulement de l’essai en milieu ouvert était avant tout commercial et non scientifique

Le syndicat Sud-Recherche dénonce avec justesse les intentions commerciales de l’INRA mal camouflées derrière les discours sur une recherche prétendue neutre : « La communication développée aujourd’hui par la Direction de l’INRA sur le sujet nous interpelle :elle affirme simultanément que cet essai sur la vigne vise à maintenir « l’existence d’une expertise impartiale au-delà de celle des entreprises internationales », mais aussi que sa destruction fait prendre le risque de « voir la France incapable de développer des produits alternatifs à ceux des grandes firmes ». Alors, nécessité (bien compréhensible) de connaissances nouvelles ou objectif (déjà annoncé) de valorisation commerciale ? C’est justement le débat de fond ! »

Le premier essai mené en champagne avait révélé une profonde irrégularité de l’efficacité de la manipulation génétique pour conférer une bonne résistance au virus du court-noué. Le but de l’INRA de Colmar était de repérer les clones réellement résistants et de se donner les moyens d’améliorer la production de tels clones dans les conditions exigées pour l’obtention de l’autorisation de commercialisation (essai CTPS en milieu ouvert pour l’inscription au catalogue). Cette précipitation mercantile s’est faite au détriment d’une recherche en milieu confinée indispensable pour se donner en préalable le moyens de répondre aux questions scientifiques que pose l’acceptabilité sanitaire, environnementale, économique, sociale ou éthique d’une telle production.

Les travaux de l’INRA sont destinés à conforter les profits de Monsanto ou d’autres entreprises qui exploiteront les brevets protégeant la technologie utilisée

Christophe Bonneuil et Christophe Thomas indiquent dans leur ouvrage « Gènes, pouvoirs et profits » (édition Quae-FPH) : « En 1985, Monsanto dépose une demande de brevet sur une stratégie de résistance des plantes aux virus par introduction du gène de la protéine capsidaire. A cette date, seule est réalisée expérimentalement l’insertion du gène de protéine de la capside d’un virus de TMV, dans le tabac. Mais cette première application est mise en avant pour démontrer la validité générale de la stratégie. Monsanto ne revendique pas simplement ce qui est réalisé au moment du dépôt du brevet, mais demande que le brevet couvre l’utilisation de cette stratégie de résistance aux virus pour toutes les plantes et tous le virus ! Quand dans les années 1990, un consortium réunissant l’Inra, le Cnrs et LVMH développe des porte-greffes de vigne résistants au virus du court-noué, Monsanto se signale à leur attention : Monsanto les prévient que dès lors qu’une commercialisation des vignes transgéniques serait envisagée, il faudra obtenir une licence car ils travaillent sous la dépendance du premier brevet. (Joly P.B., 2002) »

La stratégie de résistance virale utilisée pour la production des porte greffe résistants au court-noué n’a donc pas été inventée par l’INRA, mais avait été mise au point et protégée par un brevet avant le début de son essai. Ce premier brevet s’épuisant en 2005, Monsanto en a déposé un nouveau en 2003 dont la protection s’étend jusqu’en 2023. En 2010, l’Université de Cornell a déposé un nouveau brevet concernant une stratégie de protection virale spécifiquement ciblée contre le court-noué de la vigne. Il est clair que les travaux menés par l’INRA de Colmar ne serviront pas « le public » ou « la Science », mais avant tout ceux qui exploiteront ces brevets et/ou un éventuel nouveau brevet déposé par l’INRA lui-même.

Le court noué est une « maladie commerciale » aggravée par la politique agricole

Contrairement à ce qu’affirme l’INRA (communiqué du 27 mai 2010), le virus du court noué n’est pas une maladie qui « provoque la mort des vignes et rend les terres impropres à la viticulture ». Le court noué est sans incidence sur les vignes françaises plantées sans porte-greffe (actuels greffons). Ses dommages ne se manifestent que dans les vignes greffées sur porte-greffe américain suite à l’épidémie de phylloxéra depuis bientôt un siècle. Ces vignes ne sont pas mortes et les terres où il s’est manifesté ne sont pas devenues impropres à la viticulture. Son incidence n’est économiquement insupportable que dans les vignes à haut rendement qu’il pénalise trop. Dans les vignobles de qualité conduits avec des méthodes naturelles, notamment en biodynamie, il ne menace pas la survie de la parcelle et est au contraire un régulateur de rendement qui permet les années trop productives de conserver une bonne qualité du vin. Dans les vignobles de production de masse, les vignerons ont depuis longtemps appris à vivre avec en pratiquant des rotations de culture suffisamment longues (8 à 10 ans) entre deux plantations afin que les nématodes qui le propagent disparaissent tous, avant de replanter avec des plants sains. Seuls ceux qui veulent replanter vigne sur vigne sans aucune période de repos du sol n’ont pas aujourd’hui de solution sanitaire satisfaisante face au court noué. A l’heure où la viticulture européenne se trouve confrontée à une crise permanente de surproduction, on peut s’interroger sur la pertinence de la Politique Agricole Commune qui dépense chaque années des milliards d’€ pour diminuer le potentiel de production. Elle élimine ainsi de nombreux vignerons qui vont directement ou indirectement grossir le rang des chômeurs, alors qu’une aide au repos du sol entre deux plantations aurait la même incidence sur les surfaces en production, tout en aidant les vignerons à faire face aux maladie de la monoculture comme le court noué et en maintenant un nombre de paysans bien plus nombreux. La « solution magique » de la vigne OGM résistance au court-noué n’est qu’un expédient destiné à encourager des pratiques viticole anti-agronomique, anti-sociales et anti-économique.

Contrairement à ce qu’affirme l’INRA, il existe de nombreuses alternatives à la solution OGM

Il y a longtemps que les vignerons ont appris à vivre avec le court noué grâce à une multitude de pratiques agronomiques de respect des sols et d’assainissement des plants de vigne, chacune adaptée à chaque terroir et à chaque type de conduite du vignoble. En 2009, l’INRA de Colmar a découvert l’une d’entre elles et communique depuis sur ses importants efforts de recherche sur les alternatives aux OGM, alors qu’il n’a installé qu’une petite parcelle d’essai chez un vigneron bio. Il s’agit de l’implantation de plantes nématicides, certes intéressante mais dont l’efficacité nécessite la complémentarité d’autres pratiques comme le repos des sols, la conduite à rendement modéré favorisant la qualité des vins, ce que les vignerons savent depuis longtemps… En effet, ces plantes n’agissent que sur la premières couches superficielles du sol alors que le nématode vecteur du court-noué peut se réfugier jusqu’à plus d’un mètre de profondeur. Contrairement aux recherches officielles d’un pays comme la Suisse, jamais l’INRA n’a daigné s’intéresser à la globalité des pratiques de chaque vigneron qui seule permet de vivre avec la maladie, pratiques toutes gratuitement disponibles pour tous. Il ne s’intéresse qu’à quelques recettes brevetables et toutes totalement insuffisantes dans la plupart des situations.

Le plus surprenant reste l’absence totale de communication de l’INRA sur la mise au point par pollinisation dirigée et non avec des OGM d’un porte greffe résistant au court-noué par un chercheur de l’INRA de Montpellier, Alain Bouquet, porte-greffe qui disposera très prochainement d’une autorisation de commercialisation démontrant l’inutilité totale de la solution OGM.

Les citoyens et professionnels participant à « l’expérience pilote de co-construction de ce programme de recherche » qui a précédé cet essai, puis du Comité de Liaison et de Surveillance, n’ont jamais été informés des réelles questions scientifiques posées. On les a laissés (volontairement ?) ignorants des résultats scientifiques déjà connus sur le passage du porte greffe au greffon, sur l’instabilité des transgènes, sur les rôle des insectes piqueurs suceurs dans la transmission des maladies de la vigne, sur les enjeux commerciaux découlant de la Politique Agricole ou des brevets déjà existant sur ces manipulations génétiques et sur l’existence de réelles alternatives. L’entêtement de l’INRA et du gouvernement à poursuivre cet essai, n’ont pour but encore une fois que de manipuler l’opinion publique afin de forcer l’acceptation des OGM par des vignerons, des citoyens et des consommateurs qui n’en veulent pas.

Guy Kastler, le 23 août 2010


Annexes 1 : extrait du rapport du Comité scientifique du HCB

3.3 Matériel faisant l’bjet de dissémination

Le matériel proposéau champ correspond aux porte-greffes transgéniques G68, G77, G206, G219 et G240 sur lesquels sont greffés des scions, ou greffons, provenant de la variété non transgénique Pinot Meunier de vigne cultivée (Vitis vinifera L). Les greffons ne contiennent donc pas de transgènes, mais il serait vraisemblable d’en retrouver certains des produits de transg鈩èns (mRNA, siRNA, protéines) par circulation dans le phlo ?e1 à partir du porte-greffe où ils sont initialement produits (Mlotshwa et al., 2008 ; Palauqui et al., 1997). Les analyses réalisées par le pétitionnaire par ELISA et RT-PCR n’ont pas mis en évidence d但RNm ou de protéines dans les feuilles ou les inflorescences de scions, analysées après leur arrachage.

Concernant la détection des protéines, le CS indique que les analyses ELISA effectuées ne sont pas les plus sensibles. En effet, si un tel transfert avait lieu, il s’effectuerait par le phlo鑪e, qui représente une portion infime (de l弛rdre de 2 à 3 %) des extraits qui ont été analysés par le péitionnaire.

Le seuil de détection de protéines dans le phlo鑪e par la méthode utilisée n’est pas préisé mais il semble inadapté au CS. Des méthodes permettant de pallier l’effet de dilution des protéines seraient plus appropriées. Le péitionnaire projette judicieusement de faire une analyse par immuno- localisation

.1 Tissu conducteur dans lequel circule la sève 駘abor馥, transportant entre autres des acides aminés et des sucres, et également des peptides et des acides nucléiques.


 Guy Kastler

Notes

[1] Palauqui J.-C., Elmayan T., Pollien J.-M. & Vaucheret H. (1997) Systemic acquired silencing : transgene specific post-transcriptional silencing is transmitted by grafting from silenced stocks to non- silenced scions. EMBO J. 16, 4738-4745
http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/art...

[2] Exchange of Genetic Material Between Cells in Plant Tissue Grafts Sandra Stegemann and Ralph Bock, Science 1 May 2009 : Vol. 324. no. 5927, pp. 649-651

* Guy Kastler représente la Confédération paysanne au CEES du HCB.

 

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26 août 2010 4 26 /08 /août /2010 09:23

J’ouvre le débat à la demande de lecteurs. Mon titre est explicite et restreint le champ du débat à la finalité très spécifique de cette recherche. En l’espèce, si nous voulons bien débattre le préalable est que nous puissions nous entendre c’est-à-dire nous écouter pour nous comprendre. Dans mon esprit il ne s’agit en rien d’instruire ici un dossier à charge et à décharge, et encore moins de confronter les plaidoiries de procureurs ou d’avocats d’une quelconque cause. Mon souhait c’est que nous puissions donner sa chance à un vrai débat citoyen, passionné certes, mais débarrassé des postures, des à priori idéologiques, ouvert, respectueux des opinions, permettant ce que je qualifierais de « respiration » de notre démocratie que je trouve trop souvent asthmatique.

Comme je suis en vacances je prends la liberté de lancer le débat en empruntant les réponses d’Olivier Lemaire, chercheur à l’INRA de Colmar publiées dans 20minutes.fr. Pour la suite nous verrons : commentaires certes mais aussi contributions écrites envoyées sur mon adresse e-mail berthomeau@gmail.com.  

article_lemaire.jpgOlivier Lemaire, chercheur biologiste de l'INRA de Colmar présente, le 07 septembre 2005, un plan de vigne génétiquement modifié. AFP PHOTO FREDERICK FLORIN 

 

 

Pourquoi utiliser des OGM pour lutter contre la maladie du court-noué?

Le virus du court-noué est la maladie la plus grave et la plus ancienne étudiée à l’Inra. On la connaît depuis une soixantaine d’années et on a exploré plusieurs stratégies. On a notamment recherché des gènes de résistance naturelle au virus et on a utilisé la prémunition, qui est une forme de vaccination. Le problème, c’est que nous ne travaillons pas avec un seul virus, mais avec un mélange de variants viraux qui rendent la prémunition inefficace à terme. Nous nous sommes donc orientés vers la transgénèse. Celle pratiquée à Colmar s’apparente à de la thérapie génique.

En quoi consistent ces expérimentations?

On ne modifie génétiquement que la racine de la vigne, appelée porte-greffes, pour qu’elle s’oppose au virus qui vient du sol. Le greffon, toute la partie aérienne qui produit le raisin, n’est pas transgénique. Le greffon n’est pas contaminé par le porte-greffe transgénique: on a suivi ces risques et les résultats se sont avérés négatifs. Quant aux risques de contamination des cultures environnantes par les fuites de pollen, on s’est engagé à éliminer toutes les inflorescences, qui de toute façon étaient sur la partie non OGM de la vigne.

Quel est votre état d’esprit après le saccage des vignes d’expérimentation?

Nous sommes en colère et très déçus. Les OGM arriveront un jour ou l’autre en France, il faut que nous ayons les connaissances pour les refuser ou les accepter. Les gens qui ont fauché se sont tiré une balle dans le pied car nous étions prêts à répondre point par point à leurs interrogations. Aujourd’hui, les plantes sont définitivement perdues mais il nous reste le sol dans lequel on a le virus et la microflore, ce qui nous permettra de continuer à travailler sur l’impact environnemental des OGM. Mais quand bien même nous continuerions, ce serait dans quelles conditions? Serait-ce pour que des extrémistes reviennent labourer ce champ? Il faut arrêter les amalgames, les OGM sont une technologie à réfléchir au cas par cas, et surtout il faut dialoguer. La violence n’a jamais élevé le débat, et s’attaquer ainsi au travail d’autrui est d’une violence extrême: ce matériel vivant a été haché menu par des outils tranchants, la vigne a été coupée en tous petits morceaux, elle saignait littéralement et mourait. Nous sommes avant tout des biologistes qui aiment le vivant, et c’était douloureux pour nous.

Propos recueillis par Audrey Chauvet

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22 août 2010 7 22 /08 /août /2010 00:09

Qui se souvient de Michel Droit qui passait si bien les plats au Général ? Pas grand monde ! Du temps de l’ORTF et des Ministres de l’Information une chape de plomb pesait sur l’information où les politiques et les journalistes maniaient pesamment une langue de bois. « La France s’ennuie... » écrivait Pierre Viansson-Ponté dans le journal Le Monde quelque temps avant mai 68. En effet, à force de tout verrouiller le pouvoir s’exposait à ce que les français aiment de temps en temps : s’offrir une « petite révolution » à bon compte. Et même si ça déplaît à certains ce fameux mai, cette chienlit, fut très populaire jusqu’au moment où l’essence venant à manquer à la veille des sacro-saintes vacances d’été, le pouvoir gaulliste s’appuyant sur les CDR sonnait la fin de la récréation. Reprise en main, pensez-donc à l’ORTF même Zitrône, Thierry Rolland furent de la charrette... La première bouffée d’air vint de Chaban avec sa Nouvelle Société et l’arrivée de Desgraupes sur la 2. Signe de détente un jeune homme, très gendre parfait – la suite fit déchanter les mères –, visage d’ange, propre sûr lui : Thierry Le Luron se payait à la télévision la tronche du maire de Bordeaux devenu 1ier Ministre, dont le phrasé si particulier et l’art de monter les escaliers comme un dératé passait bien dans la petite lucarne. Exit Chaban, nouvelle reprise en main, mais le ver était dans le fruit et l’arrivée du déplumé de Chamalières, le Giscard dit d’Estaing permettait au Luron de s’offrir la fiole de « Bonchoir madame, bonchoir monsieur... notre Président amateur de petit déjeuner avec les éboueurs, de visite chez les français et, bien sûr, de piano à bretelles. En ce dernier dimanche d’août je vous propose l’une des meilleures prestations de Thierry Le Luron : Le Véritomètre de Georges Marchais avec Bernard Mabille. En ces temps reculés s’attaquer à Marchais équivalait à un outrage à la classe ouvrière. Les communistes encore flambards défendaient toujours le bilan globalement positif des pays de derrière le rideau de fer et le PCUS restait un grand Parti frère. Bref, Thierry Le Luron, qui ne cachait pas ses sympathies pour le pouvoir en place, était considéré par le PCF, son grandguignolesque 1ier Secrétaire, mais aussi par les intellos compagnons de route et les « socialistes type CERES » de JP. Chevènement, comme un allié objectif de la Droite. Oser dire qu’on appréciait Thierry Le Luron quand on était de gauche c’était renier la solidarité de classe. Moi j’ai toujours aimé Thierry Le Luron, qui fut à la fin de sa vie douloureuse un grand ami de Coluche, car c’était un artiste, perfectionniste, impertinent et l’impertinence, quoiqu’en pensent le couple Hess&Val, le devoir d’impertinence est la meilleure soupape pour le pouvoir en place. Respirer bordel, c’est vital ! Bon dimanche...

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21 août 2010 6 21 /08 /août /2010 00:09

Pas de tongs, pas de raquettes de plage, pas de crème solaire, pas de bob, pas de rapport mais dans mon bagage à mains ma petite machine à pondre des chroniques que je vais installer face à la mer.

Hé oui ce matin je décolle de Paris-Orly vol AF 7560 pour Ajaccio Napoléon Bonaparte.

Hé oui, même en vacances, je ne vous lâche pas la grappe, si vous me permettez cette expression grivoise, chers lecteurs. Pour vous donc aucun changement, chaque matin si mon hébergeur Over blog le veut bien vous recevrez  mon message dans la plage horaire que j’adore : celle où l’horloge parlante proclame « zéro heure ».

Caillou 4561 Pendant les vacances du taulier les affaires continuent :

1)     Le Grand Concours de l’été bien sûr,

2)     Une rubrique estivale : les bonnes feuilles de l’été de Tonton Jacques, de bons auteurs pour de beaux textes,

3)     Une série : « À table à l’Elysée » pour vous plonger dans les secrets de bouche de ce lieu de pouvoir,

4)     Toujours le dimanche : ma grande saga sur les tribulations d’un enfant du baby-boom (pour ceux qui le souhaitent la version intégrale peut leur être transmise sur demande à berthomeau@gmail.com ) Commentaire récent de Michel Grisard PS: Jacques ton feuilleton « Chap. 8 » est un moment de bonheur dans ce monde de brutes.

5)     Si l’actualité m’interpelle bien évidemment je ne manquerai pas de laisser crépiter ma petite plume.  Caillou-4975.JPG À l’heure où j’écris cette chronique : « Que d’eau, que d’eau... » Tel fut, dit-on, le commentaire du Maréchal Mac Mahon Président de la République face à une inondation mais qui se souvient de Mac Mahon chef des Versaillais qui réprimèrent dans le sang la Commune et qui, suite à l’amendement Wallon fixant son mandat à 7 ans, déclara que pendant sa mandature il ferait respecter l’ordre légalement établi, position qui, alors qu’il est Monarchiste, permettra l’adoption des lois fondamentales de janvier et février 1875 qui établissent la République comme le gouvernement de la France.

 

Bourrasques, pluie, plafond bas, un 15 août de Toussaint à Paris qui incitait plus à s’offrir une bolée de vin chaud qu’un petit rosé bien frais après s’être payé une toile au cinéma « Mac Mahon ». Belle surprise du lundi 16 mon adresse à Alain Rousset fait un tabac sur la Toile mais aussi une grande contrariété avec la destruction de la vigne de Colmar : quand dans notre fichu pays sortirons-nous de cette culture de l’affrontement ? La question des OGM est bien trop importante pour la laisser qu’entre les mains de Monsanto ou des « Faucheurs volontaires ». Solidarité objective aurions-nous dit de mon temps.

 

Transition toute trouvée avec mon souhait permanent que mon « Espace de Liberté » puisse plus encore s’ouvrir, être un vrai lieu de débat : merci infiniment à tous les commentateurs réguliers, puisse aussi s’enrichir de vos points de vue exprimés sous la forme que vous souhaitez : l’exemple de l’expression croisée de Christian Paly et de Michel Chapoutier sur la libéralisation des droits de plantation en est un bon exemple.

Sujets sérieux, sujets riants, peu importe, créons des liens entre nous, tissons la toile du bien vivre avec notre Amicale des Bons Vivants... Ne soyez pas timides, réservés, laissez vous aller, aidez moi aussi à compléter ma mince culture dégustative en me proposant des pistes, des noms de vos coups de cœur.

Toutes mes excuses à ceux qui m’envoient des sujets, des points de vue, des propositions, et qui ne voient rien revenir. Qu’ils se rassurent je suis un grand conservateur, je stocke tout, et un jour viendra où, pris d’une je ne sais quelle envie, lubie ou folie, je commettrai une chronique grâce au matériau qu’ils m’ont envoyé.  Caillou-4770.JPG

Sans plaider ma cause de chroniqueur solitaire du soir, comme je l’ai déjà écrit, mon temps n’est pas extensible, entre mon job, mes déplacements, mes lectures, ma vie publique et privée, mes loisirs et tout ce qui fait ma vie où le vin n’occupe, somme toute, qu’une place assez modeste - je ne suis qu’un buveur assis - je vous demande un peu d’indulgence.

Pas des indulgences pléniaires bien sûr car le mécréant que je suis n’est jamais en état de grâce mais simplement un peu de compréhension et, parfois même un peu de votre attention.

Mon ton vif, du moins je l’espère, respecte toujours ceux que j’interpelle : je ne suis pas en guerre, je ne cherche pas à créer de polémiques, je tente d’alimenter le débat en me basant sur des recherches, des lectures, de l’écoute, du travail, afin d’argumenter, de convaincre parfois. Comme je ne détiens aucune vérité je m’efforce d’ouvrir des pistes et comme la réalité n’est jamais simple, tranchée, ne me demandez pas d’avoir des avis tranchés sur tout.

Me rappeler à l’ordre, me remettre à ma place, contester mes analyses ne me pose aucun problème. Un seul point sur lequel je ne transige jamais : lorsque certains me font dire ce que je n’ai jamais écrit.

 

En août voici les chroniques les plus lues à ce jour (entre 900 et 1000 lecteurs)

 

Article  Adresse à Alain Rousset Président de la Région Aquitaine : il faut… 

Article  « Imprécations françaises » par Périco Légasse et Eric Conan de… 

Article  Enrico Bernardo meilleur sommelier du monde 2004 fait des ménages…    

Article  « Oyez, oyez, braves gens, approchez, voici venu le temps du Grand… 

Article  3 Questions à Michel Chapoutier sur la libéralisation des droits de…    

Article  Le cher est toujours meilleur marché : pour le vin est-ce encore vrai…

Article  Connaisseur je suis, connaisseur je reste et merde aux cultureux ! … 

 

 

À demain sur mes lignes...

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20 août 2010 5 20 /08 /août /2010 00:09

En notre beau pays François il va de soi que l’andouille est de Vire, de Guéméné, l’andouillette de Troyes, de Jargeau, la rosette et le Jésus de Lyon, les bêtises de Cambrai, les calissons d’Aix, la boulette d’Avesnes, le Brie de Meaux et de Melun, la carotte de Créances, le coco de Paimpol, l’agneau de Pauillac, du Mont-Saint-Michel, le Poulet de Loué, des Landes ou bien sûr de Bresse... etcétéra, etcétéra... Tout le monde sait à peu près ce que c’est mais quand à dire que c’est une AOC versus AOP, ou maintenant une IGP : Indication Géographique Protégée c’est une autre histoire...

 

Protégeons, protégeons, c’est doute un nouvel avatar du principe de précaution voilà t’y pas que c’est la ruée, nos produits régionaux courent presque tous se réfugier sous la bannière des IGP. Je rappelle que l’indication géographique protégée est un signe européen créé en 1992 qui assure au consommateur que le produit tire une ou plusieurs caractéristiques de son origine géographique. Pour les producteurs, l’enregistrement de l’IGP garantirait une protection de la dénomination revendiquée sur tout le territoire de l’Union européenne. Comme pour tous les produits sous signe d’identification de la qualité et de l’origine, des contrôles réalisés par des organismes indépendants permettent de s’assurer du respect des conditions et de la zone de production.

 

Deux produits IGP ou en voie de l’être touchent de près à mes souvenirs d’enfance : le blé noir et la gâche et ça m’interroge !

 

J’aime cette expression « Je m’interroge... » depuis le jour où je l’ai entendue venant de la bouche à l’accent rocailleux de l’aveyronnais Mgr. Marty archevêque de Paris. Cet homme me plaisait car, contrairement à beaucoup de prélats de l’Eglise romaine il restait un homme simple. Je reviens donc à mon interrogation.

 

Pour la Farine de blé noir elle a obtenu l'Indication géographique protégée :

Le règlement européen enregistrant l’Indication géographique protégée « Farine de blé noir de Bretagne » a été publié au Journal Officiel de l’Union Européenne du 25 juin 2010. 

 

Pour la Gâche elle vient d’entamer sa route vers l'IGP :

Le Comité national des indications géographiques protégées de l’INAO a approuvé le 2 juin 2010 le projet de cahier des charges « Gâche Vendéenne » dans la perspective de son enregistrement en IGP par la Commission européenne. 

 

Moi, bien évidemment, pour cette dernière je n’ai rien contre même si le libellé du cahier des charges de la gâche vendéenne me laisse rêveur : « La gâche vendéenne est une viennoiserie de forme ovale, dorée et scarifiée sur le dessus. Elle doit au minimum peser 300 grammes et être présentée de manière individuelle sous sachet et non tranchée.

Sa composition riche en beurre, sucre et œufs est typique des gâteaux vendéens. La gâche vendéenne se différencie par la présence obligatoire de crème fraîche dans la recette. La fermentation longue de la pâte associée à la présence de crème fraîche contribue à l’obtention d’une mie serrée de couleur homogène et permet à la gâche vendéenne de développer une saveur lactée spécifique, où les arômes de crème fraîche et de beurre sont particulièrement marqués, avec une texture en bouche fondante. »

 

Si on avait dit à Valentine Pondevie la sœur de ma mémé Marie que sa gâche était une viennoiserie je ne suis pas sûr qu’elle eût goûté la plaisanterie. Pour moi c’est clair la seule gâche qui eut méritée d’être une IGP c’est la sienne car elle était la quintessence de la gâche vendéenne, inégalée, inégale, et d’ailleurs pour c’était la fouace, la gâche de Pâques. J’ai déjà chroniqué sur ce beau sujet et si vous voulez savoir ce qu’est la vraie gâche vendéenne allez vite sûr  http://www.berthomeau.com/article-6279730.html

 

Sans être mauvaise langue, ce ne sont pas les boulangers du coin qui ont demandé l’IGP « Gâche Vendéenne » mais bien plutôt les fabricants qui travaillent pour la GD. Grand bien leur fasse mais leur gâche même tamponnée comme IGP n’est qu’un pâle ersatz de ce que fut la merveille de mon enfance. Mais foin de nostalgie, les affaires sont les affaires mais cette brave « gâche vendéenne » était-elle si menacée ? Si oui, par qui ? Qui donc sur le territoire de l’Union aurait été tenté de la copier pour inonder le marché ? Oui, ça m’interroge !

 

Pour le blé noir, plus exactement sa farine, je suis plus d’accord. En effet « la farine de blé noir de Bretagne se caractérise par une coloration importante. La Bretagne dispose d'un climat idéal pour la culture du blé noir dont l'exigence en eau est importante. Le blé noir est une plante avec un cycle végétatif très court (semis en mai-juin, récolte en septembre-octobre) adapté aux climats tempérés. De plus « L’obtention de la Farine de blé noir de Bretagne encore appelée « Farine de blé noir de Bretagne – Gwinizh du Breizh » est réalisée selon une méthode traditionnelle. Après nettoyage, les graines sont broyées par un cylindre ou une meule.

La production de blé noir en Bretagne est connue depuis le 14ème siècle. Cette production a été développée comme première culture dans les marais nouvellement asséchés ou les terres défrichées. Très vite, la graine de blé noir a été transformée en farine. Le nombre de moulins transformant la graine de blé noir en farine a toujours été important en Bretagne. Il s’élève encore aujourd’hui à une trentaine. »

 

Reste ensuite la question des galettes de blé noir où là c’est globalement la catata : la crêperie dite bretonne est trop souvent un fast-food avec décor ad hoc, mobilier rustique, sono biniou, où les galettes ne valent guère mieux que le Big Mac de Mac Do et ne parlons-pas de la bolée de cidre genre le gaz part. Bref, autour de la gare Montparnasse elles sont touche à touche et vraiment ce n’est pas la joie. La complète est d’une tristesse à pousser au suicide un breton...

 

Que voulez-vous, quand comme moi on a été nourri le vendredi par les galettes de blé noir de ma mémé Marie faut pas lésiner sur la qualité. Comme je chronique depuis si longtemps je ne sais plus si un jour je vous ai parlé des galettes de blé noir de ma mémé Marie. Peut-être que oui il y a une chronique dans mon fourbi mais suis incapable de la retrouver avec un mot-clé.

 

Peut-être que vous ne me croirez pas mais il a suffi que j’écrive la phrase qui précède pour que ma mémoire me balance : raisiné ! Hé oui, j’ai écrit le 13 janvier 2006 une chronique sur le raisiné. Qu’est-ce donc le raisiné me direz-vous ? La réponse est là http://www.berthomeau.com/article-1589649.html  et par la même occasion vous saurez tout sur les galettes de blé noir de mémé Marie.

 

Mais je suis trop bon avec vous, en voilà une lichette : « Au temps des bancs de l'école primaire je revenais déjeuner à la maison avec un camarade de classe, René Raymondeau, qui lui habitait une métairie : la Célinière, à plusieurs kilomètres du bourg. Mon frère et ma sœur sont nés à la Célinière, ferme dont mon grand-père avait été le métayer du vicomte de la Lézardière. Dans mon bocage confit dans la religion le vendredi était maigre et, les vendredis d'hiver au déjeuner le menu c'était : galettes de blé noir.

Le blé noir, le sarrasin, lorsqu'on le battait on se serait cru plongé dans le pot au noir : la balle collait aux narines et s'infiltrait sous les vêtements. Les vendredis donc, mémé Marie, aux fourneaux, face à sa galétière entamait son marathon. Elle cuisait ses galettes au beurre de pot, un beurre salé conservé dans des pots de grès, dont la pointe d'aigreur donnait aux galettes un goût incomparable.

Nous en mangions 6 ou 7 nature sauf la dernière que nous enduisions de raisiné.

 

Voilà, j’en suis là, trop d’IGP noie l’IGP, ainsi la zone de production du cochon IGP Jambon de Bayonne remonte jusqu’à ma vieille Vendée, alors un de ces quatre je vais demander que soit protégé le « luma de Vendée » au nom de mes souvenirs d’enfance. C’est une chanson :

 

« Quand’qu’te ’m’fais d’la sauce aux lumas Qu’y entends tchieu là qui jargottent Y’t big’rai su les 2 jottes Y sé ben bénèze dans ma piat

Ben tranquillement y tremp’ dans l’piat Dejhà fini faut qu’ te m’ redoune S’tu savais coumme t’es megnoune Quanq qu’ te’m fais d’la sauces aux lumas »

Dépis longtemps y’étais malade O fi sé fai v’nir l’ m’decin Tchiau gars m’défendit la salade La soupe grasse et pis les boudins S’ y avais pris tout’s ces salop’ries O y a longtemps qu ’y s’rais padzit Moué, pour guéri la maladie Un jour, savez-vous c’qui fésis ? Au p’tit déjouna, quatre-vints lumas Et cinq à six verres de noa.»

 

Deux vidéos : la 1ière très amateur et courte, la 2ième véritable petit documentaire ethnographique du Marais Poitevin de 17 mn à voir absolument et pas seulement pour le litron d’oberlin...

la sauce au luma - wideo
la chanson qui vient de vendée!!
Mots-clés : la sauce au luma


La sauce aux LUMAS
envoyé par originalstick. - Regardez des vidéos d'animaux mignons.

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16 août 2010 1 16 /08 /août /2010 00:09

Le chroniqueur du Monde, Jean-Claude Ribaut, en un plaisant article daté du 14 août « Les premiers crus 2009 poussent le bouchon » constate face aux prix stratosphériques des 5 premiers crus : plus de 1000 euros le flacon HT avant d’être élevés, mis en bouteille et livrés en 2012« que l’euphorie est limitée à un tout petit nombre de châteaux tandis que le gros de la troupe – appellation Bordeaux supérieur (AOC) – se négocie péniblement 1100 euros le tonneau de 900 litres, soit au millième de la valeur » des 5 grands. Rien de très nouveau en ce constat, ce qui m’interroge c’est sa conclusion « La spéculation étrangle le marché. On trouvera dans le Bon Vin, de Jean-Robert Pitte (éd. CNRS, 27 euro) consacré à l’actualité de la pensée de Roger Dion, les points de vue des spécialistes, en particulier sur le phénomène bordelais du « lent glissement de l’AOC vers une labellisation sociale », qui pourrait bien, lorsque sa banalisation sera consommée, faire éclater la bulle spéculative des primeurs. »

 

J’avoue humblement ne pas comprendre le rapport établi entre la labellisation dite sociale et la bulle spéculative. Va sans doute falloir que je me tape la lecture de ce savant ouvrage mais en attendant plutôt qu’à la pensée d’un brillant géographe je préfère me référer aux analyses d’un négociant de la place, fort pertinent et impertinent : feu Bernard Ginestet dans sa Bouillie Bordelaise datée de 1975. En effet, la bonne question est de savoir identifier les causes de ce grand écart, d’oser se demander : ça vient du haut, ça vient du bas avant d’en tirer des conclusions qui se veulent définitives mais qui ont de fortes chances d’être caduques  à courte échéance. Le CIVB vient de rendre public, le 19 juillet dernier, son plan « Bordeaux demain » : la reconquête... Je prends le temps de le lire : 120 pages et je me permets de conseiller à mes chers « confrères » de tenter de sortir le nez de leur verre pour nous délivrer leurs commentaires.

 

La plume à Bernard Ginestet, voilà 35 ans déjà... à mon sens un millésime encore plein de fraîcheur et de vigueur, à méditer...

 

« J’ai déjà eu l’occasion de dire qu’à Bordeaux il existe plus d château qu’en Espagne ; des milliers et des milliers de Châteaux qui noient le consommateur dans un océan de marques sans signification. Cette constante multiplication est une escalade impossible et absurde. Elle conduit la production à morceler sa commercialisation en micro-unités de vente. Certes, elles permettent au négociant d’éviter un affrontement direct avec la concurrence, mais en bloquant par là même toute tentative de regroupement des produits pour une meilleure exploitation viticole, et pour une plus large et plus efficace couverture des marchés par des marques.

 

Les autres régions de production ou dans les autres classes de produits de consommation, les marques sont assez significatives d’une qualité, d’un prix et d’un genre. Elles peuvent également évoquer une méthode de distribution particulière. En Champagne, en Bourgogne, en Alsace par exemple il existe de systèmes solaires et planétaires qui permettent aux distributeurs et aux consommateurs de trouver facilement une étoile à dimension voulue et à brillance connue. Mais l’Univers bordelais est fait de galaxies dont les experts eux-mêmes ont grand-peine à démontrer qu’elles ne sont pas des nébuleuses... Et nous exigeons de l’observateur amateur le don prodigieux de percevoir et de reconnaître dans cette voie lactée chacune des unités qui la composent !

 

Bien sûr, nous possédons à Bordeaux des étoiles de toute première grandeur. Elles seules suffisent sans doute par leur éclat incomparable au rayonnement lointain et prestigieux de notre cosmos bordelais depuis des siècles de millésimes-lumière. Elles ont été cataloguées, classées. Mais selon qu’elles se lèvent sous le signe du Médoc, de Saint-Emilion, des Graves ou de Sauternes, elles appartiennent à des hiérarchies différentes sans équivalence des grades.

 

Pour le consommateur, le vin de Bordeaux c’est « du vin de Château » et l’on s’est efforcé depuis plus d’un siècle de lui faire comprendre bye le meilleur était celui du cru classé. Essayez de comprendre maintenant pourquoi les crus classés ne sont pas représentés au CIVB ? La démocratie des masses des productions anonymes ou inconnues ne peut cohabiter avec l’aristocratie des grands crus. Et pourtant, qu’est-ce qu’un’ race sans étalons ? Pour reprendre une image à la mode, et qui a été récemment utilisée par plus qualifié que moi, je dirais que les trains de Bordeaux commenceront à sortir de gare lorsqu’on leur aura accroché des grands crus locomotives « éléments de pointe d’un substantiel convoi ». De leur côté les machines, dont beaucoup hélas, marchent encore à la vapeur (comme l’expression « à toute vapeur » a vieilli !) ne veulent pas tirer ni pousser, inquiètes de la lourdeur de l’attelage, ignorantes du plan du chef de gare (et pour cause, il n’y en a pas) avec la crainte de se retrouver sur une voie de garage, les aiguillages étant incertains. Et puis, demander à une motrice somptueuse de tirer un train de citernes, ou un omnibus de troisième à paniers casse-croûte, ou une rame de rapatriés... Lui provoque un si violent haut-le-cœur qu’elle aime mieux rester haut le pied.

 

Quant à transformer des wagons en autorails, c’est sans doute possible partiellement, mais les coûts par kilomètre-voyageur seront plus élevés que ceux de la concurrence et le réseau n’est pas assez dense pour que chacun ait une chance de circuler librement, c’est donc à terme une éclosion nouvelle de panneaux limitatifs, feux rouges (s’ils étaient verts on n’en aurait pas besoin) et régulation du trafic.

 

Entre-temps, les crus classés se mangent entre eux. Pas question d’harmoniser les politiques des différentes régions et, puisque classements il y a, pas question de les rendre plus digestes aux consommateurs. Animés par l’impulsion de quelques insatisfactions d’amour-propre chroniques, les révisionnistes s’opposent aux conformistes, perdant en vaines querelles un temps précieux à notre époque de concurrence impitoyable. »

 

Bien sûr les GCC sont passés de la vapeur à la LGV mais, à quelques détails factuels près, ce texte n’a pas pris beaucoup de rides qu’on le dirait écrit pour l’occasion. Pour conclure j’adore la formule qu’employa William Clifford dans un article du New York Magazine en 1969, à propos des prix vertigineux des GCC « ils ne franchissent plus la colline » c’est-à-dire que l’amateur ne les achètent plus et, Bernard Ginestet, lui, regrettait que « Hélas, le marché de Bordeaux est devenu un marché d’étiquettes plus qu’un marché de vins payés en fonction de leurs valeurs intrinsèques et relatives. Je pense tout cela devrait plaire à l’ami André mais, comme il ne fait jamais de commentaires : il me téléphone, j’espère que vous allez vous déchaîner et faire chauffer la boîte à malices. Ouvrez le feu ! Mettez-le !

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