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28 juillet 2018 6 28 /07 /juillet /2018 06:00
Et nous les nases, monsieur le Président de la République, on sent le gaz ? Pourriez-vous venir nous causer dans le poste de la tempête dans un verre d’eau provoquée par votre porte-flingue Alexandre Benalla ?

En France, à défaut de pétrole, nous avons eu droit en plein mois de juillet, selon le Président Mélenchon, à un Watergate.

 

Rien que ça, sans vouloir ironiser permettez-moi d’affirmer que ce genre d’affirmation sent la boursouflure, relève de l’outrance, comparaison n’est pas raison mais c’est du Mélenchon pur sucre.

 

Pour autant, monsieur le Président de la République, dans cette affaire, car s’en est une, que vous le vouliez ou non, vous, votre cabinet, vos ministres, vos élus, avez été calamiteux, au-dessous du niveau de la mer.

 

Le seul qui surnage dans ce naufrage c’est votre Premier Ministre, Édouard Philippe :

 

« Or réside là toute la différence entre la prestation d'Emmanuel Macron avec celle, remarquée car remarquable, d'Édouard Philippe. Celle-ci avait eu lieu devant les Français, le même mardi 24 juillet, mais au sein de l'Assemblée nationale, devant la majorité et les oppositions. Avec des techniques oratoires conformes à sa personnalité, le Premier ministre a manié l'humour pince-sans rire, le flegme et la précision pour renvoyer dans leurs réquisitoires les plus grands procureurs de l'hémicycle, y compris le redoutable Jean-Luc Mélenchon. Il l'a donc fait au milieu du Palais-Bourbon et filmé en direct ; devant les députés élus par le peuple souverain et sous les yeux des Français. »

 

Oui, monsieur le Président, pourquoi ne pas s’adresser à nous, directement, sans filtre, pour nous expliquer ce qu’il s’était passé ?

 

Au lieu de cela, vos colins froids, se sont évertués à tortiller du cul pour chier droit, à se prendre les pieds dans le tapis en donnant le sentiment qu’ils voulaient cacher la poussière dessous. La gestion par vos troupes de la commission d’enquête à l’Assemblée Nationale est un cas d’école, faire pire demandera beaucoup d’acharnement dans la stupidité.

 

Maître des horloges dites-vous, et soudain vous sortez de votre mutisme, que certains qualifieront de hautain, bien au chaud, à la Maison de l’Amérique latine, devant votre troupe de godillots :

 

« On ne peut pas être chef par beau temps. S'ils veulent un responsable, il est devant vous. Qu'ils viennent le chercher. Et ce responsable, il répond au peuple français, au peuple souverain. »

 

Fort bien, vous assumez, « Le seul responsable c'est moi et c'est moi seul ; c'est moi qui ai fait confiance à Alexandre Benalla. » « C'est moi qui ai confirmé la sanction » et, un plus tard vous affirmez que vous ne regrettez pas de l’avoir embauché car c’était un garçon qui avait su s’extraire de sa condition à la force du poignet.

 

Il y a chez vous un petit côté transgressif qui ne me déplaît pas même si le trouve un peu trop propre sur lui avec une petite pointe de condescendance propre à ceux dont le parcours a été jonché de pétales de roses et non d’épines.

 

Mais, il y a un gros mais, vous ne pouvez pas vous empêcher de faire du Sarkozy, le petit coq de basse-cour (qualification utilisée à dessein) :

 

« Avec ce « qu'ils viennent [me] chercher », voilà donc qu'à l'amateurisme de François Hollande dans la gestion de crise, Emmanuel Macron adjoint le ton direct – et un brin vulgaire – que Nicolas Sarkozy avait utilisé à l'égard de pêcheurs en 2007. Il lui va mal. Subitement, la verticalité se teinte de brutalité, et la démonstration de haute volée du sens des responsabilités baisse en gamme. »

 

Que la presse française, Le Monde y compris, ne brille pas particulièrement pour son professionnalisme, j’en conviens. Dans la majorité des cas, sa capacité d’investigation ne va pas au-delà de la réception dans la boîte e-mail des limiers, d’informations détenues par la police. Madame Chemin écrit bien mais qui peut-elle convaincre lorsqu’elle s’autoproclame enquêtrice ?

 

Pas moi !

 

Que vous régliez vos comptes avec la presse, c’est votre choix et, pour ne rien vous cacher, ça ne me fait ni chaud ni froid ou, comme le disait le grand Jacques la fainiasse : « Ça m'en touche une sans faire bouger l'autre ».

 

Ce qui m’exaspère, sans que pour autant je rallie le camp des imprécateurs, c’est que vous avez choisi, dans un premier temps de sortir de votre mutisme devant les représentants de votre camp et d’en profiter pour étriller « la presse ».

 

Et nous, monsieur le Président de la République, les nases, on sent le gaz ?

 

Votre petit jeu de communication sur les fameux réseaux sociaux, beaucoup d’entre nous s’en branlent, pour ma part je n’ai comme tout un chacun qu’une toute petite voix que je glisse dans l’urne, je fais partie des retraités privilégiés qui payent plus de CSG sans bramer, mais vous ne m’empêcherez pas de vous déclarer que vous vous comportez à notre égard comme un jeune gougnafier.

 

Le respect de votre fonction, qu’à juste raison, vous exigez de nous, je vous le renvoie à notre égard, oui respectez-nous, expliquez-vous devant nous, sans artifice de communication.

 

Tempête dans un verre d’eau venez-vous de déclarer !

 

Vous en portez la coresponsabilité.

 

Si vous étiez passé par la case bouse de vache du Ministère de l’Agriculture, comme le défunt Michel Rocard, vous auriez au moins appris à gérer à chaud une crise, à vous mettre les mains dans le cambouis ou, comme je suis bon prince, dans le concentré de tomates. En passant, je profite de l’occasion pour dire que sur l’un des grands dossiers de votre quinquennat, l’alimentation, vous êtes en train de trouver vos limites, vous allez subir un vrai revers.

 

Un peu d’humilité ne nuit pas à l’autorité.

 

Le vieux monde n’est pas derrière vous, il est autour de vous.

 

Votre chance, c’est qu’en face, les oppositions n’offrent aucune perspective valable à des gens comme moi. Auriez-vous atteint vos limites monsieur le Président de la République ?

 

J’ai toujours fait mien le « Dieu me garde de mes amis ! Mes ennemis, je m'en charge. »

 

La lecture de l’interview au Monde de celui par qui le scandale est arrivé est révélatrice du climat qui règne dans votre entourage. (voir plus bas).

 

Là encore c’est votre problème pas le mien, votre gestion des hommes me semble guère à la hauteur de vos ambitions.

 

Vous sortez de cette crise à la française, affaibli aux yeux de vos concitoyens comme sur la scène internationale, saurez-vous mettre un mouchoir sur votre orgueil pour venir simplement vous expliquez devant nous sans pour autant nous faire la morale, nous ne sommes pas des enfants.

 

Je ne suis pas un pêcheur à ligne et je n’ai nulle intention de le devenir lors des prochaines élections.

 

Votre porte-parole déclare que « Toutes les leçons seront tirées à la rentrée »

 

Les promesses n’engagent que ceux qui y croient.

 

Rétablir la confiance ne se joue pas au bonneteau va falloir mouiller le maillot monsieur le Président, ne plus nous tartiner des discours mais, comme savait si bien le faire Pierre Mendès-France, venir nous dire sur quel chemin vous nous conduisez.

 

Bien sûr, on ne sort de l’ambigüité qu’à son détriment, mais ça je croyais que c’était l’ancien monde, celui des pères François, l’onctueux de Jarnac et le faux-bonhomme qui vous a mis le pied à l’étrier.

 

Sous vos dehors transgressif vous êtes fichtrement conformiste monsieur le Président de la République.

 

J’ai horreur des Cours et des courtisans, et Dieu sait qu’en 10 ans de service sous les ors de la République j’en ai vu défiler des oui monsieur le Ministre, des le Président a dit, l’entourage, le premier cercle des grognards, des arrivistes, ceux qui veulent sitôt nommé changer la moquette de leur bureau, ceux qui adorent faire couiner leur deux tons et briller leur gyrophare dans les rues de Paris, ceux qui sont là pour accélérer leur carrière, ceux qui profitent au nom de l’impunité, ceux qui ragotent, ceux toujours bien placé sur la photo.

 

Être en capacité de vous dire les yeux dans les yeux « vous déconnez monsieur le Président » c’est faire œuvre utile.

 

Trop de consanguinité intellectuelle nuit.

 

Ouvrez les portes et les fenêtres, laissez entrer la vrai vie dans votre palais !

 

Cette « tempête dans un verre d’eau », c’est vous qui le dites, me semble révélatrice de l’incapacité de nos élites à donner l’exemple.

 

Oui, l’exemplarité monsieur le Président, un truc de vieux con sans aucun doute, je ne parle ici de la vertu mais de la capacité de ceux qui détiennent une parcelle de pouvoir à mettre leurs actes en conformité avec leurs paroles. Mettre à mal le fameux « faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais. »

 

Cessez de nous prendre pour des demeurés !

 

Vous noterez que je ne hurle pas avec les loups monsieur le Président de la République, que je ne fais pas parler les morts – j’aurais pu le faire en évoquant les cendres de Monticello – mais votre chien fou, cet Alexandre rouleur de mécaniques, est pour moi un pur produit du défunt PS que vous avez contribué à exécuter.

 

Au fait pourquoi le virez-vous ce brave méritocrate couvert de faveurs ?

 

Un fusible ?

 

L’éditorialiste du Monde, le journal par qui le scandale est arrivé, écrit :

 

« Le président assume donc sa responsabilité personnelle et il récuse la « République des fusibles ». Cette responsabilité tient essentiellement à la confiance qu’il a naguère prodiguée à M. Benalla. Il a marqué sa « déception » et dénoncé sa « trahison ».

 

Mais, en même temps, applaudi par ses fidèles, il a fait l’éloge de son collaborateur, saluant son « courage », son « talent », son « engagement » (à quatre reprises) et même sa « dignité ». Alors que des enquêtes, judiciaires, parlementaires, sont toujours en cours, il a plaidé responsable, mais pas coupable, des fautes et des erreurs qui ont émaillé cette affaire. Une posture que M. Macron peut afficher d’autant plus facilement qu’il est protégé par la Constitution. »

 

« M. Macron s’est ainsi livré à un habile tour de passe-passe. Tout en se défendant de sacrifier des collaborateurs sur « l’autel de l’émotion populaire », il a reconnu la gravité des faits reprochés à M. Benalla et entend corriger les dysfonctionnements observés. Mais, en même temps, il a cherché à faire disparaître la crise que l’affaire a générée. Paradoxalement, en tentant de faire baisser la pression, il a admis en creux l’importance de la crise que traverse l’exécutif.

 

En malmenant les contre-pouvoirs, en laissant planer des zones d’ombre, des imprécisions, des omissions, voire des contradictions, le président de la République fait un pari osé. Le résultat de sa contre-attaque pourrait aboutir à l’inverse de l’objectif recherché et mettre de l’huile sur le feu en galvanisant ses oppositions. M. Macron espère sans doute que l’été apaisera la fièvre et que le Parlement reprendra à la rentrée le chemin de la réforme constitutionnelle. Mais il n’est pas sûr qu’il ait rempli son rôle de gardien des institutions. »

 

Merci de ne pas me faire le coup du microcosme parisien cher à Raymond Barre : « Les porteurs de pancartes, ceux qui scribouillent, jacassent et babillent, le chœur des pleureuses et le cortège des beaux esprits, des milieux qui ne vivent que de manœuvres, d’intrigues et de ragots. »

 

« Ma détente, lorsque j'étais à Matignon, était de lire le grouillement du microcosme dans Le Canard enchaîné. Je n'ai jamais vraiment souffert d'être caricaturé. »

 

Vous en êtes, vous et votre garde rapprochée, moi pas, sans pour autant me draper dans les oripeaux de la France profonde, du peuple invoqué pour le meilleur et pour le pire comme le font les adeptes du moulin à prière, alors je vous en prie reprenez-vous, mettez un mouchoir sur votre ego, redescendez sur le plancher des vaches.

 

Ne vous illusionnez pas ce petit ouragan dans un verre à pied a fait du dégât, vous allez payer cash auprès de vos électeurs :

 

Retweeted Bruno Jeanbart (@bjeanbart):

72% des Français jugent l’affaire Benalla grave et près d’une personne sur deux (46%) très grave. Même les électeurs d’Emmanuel Macron au premier tour de 2017 partagent ce point de vue (54%)

@opinionway pour @LCI

 

 

Je reprends ici les propos d’Axel Kahn (l’intégralité ci-dessous)

 

« L’affaire Benalla est sérieuse mais relativement mineure dans l’histoire de la cinquième république. Pensons à Auriol, au SAC et à ses cartes tricolores, à Pasqua et à Ouvéa,, aux CDR, à Barril et aux écoutes de l’Élysée sous Mitterrand, à l’attentat de Karachi, à Kadhafi, aux Balkany, à Cahuzac. Ici, un chargé de mission sécurité passé de Martine Aubry à Hollande puis à Macron pour lequel le nouveau président a de la sympathie et qui lui inspire confiance. C’est une confiance bien mal investie, coupable. Le dit Benalla joue indûment les cowboys à l’encontre d’un couple qui jette des bouteilles sur les CRS. Il y a brutalité mais ni blessure ni incapacité provoquée. La sanction de l’Élysée est insuffisante. Dans l’état des informations, voilà ce que l’on sait.

 

Cependant, la révélation de l’affaire par le Monde destinataire d’une vidéo tronquée (les jets de bouteilles, avoués par le couple, n’y figure pas), de Taha Bouhafs, activiste de la FI, semble entraîner une véritable sidération à l’Élysée. Toutes les suppositions peuvent dès lors être faites.

 

C’est là qu’intervient la mise en route de la revanche tant espérée de la totalité de l’éventail politique, de Poutou et de la FI à LR et au FN. Ce sérail de l’extrême gauche à l’extrême droite avait été humilié par l’insolente et impudente victoire en 2017 de cet intrus, ce blanc-bec. Il n’y a aucune unité politique dans ce sérail. La droite approuve des réformes qu’elle n’a jamais osé mettre en œuvre et que la gauche combat. Alléluia, il existe pourtant un motif d’union, la chasse au Macron, le dégommage du vainqueur honni de 2017. Enfin, il fait une faute, abattons le. Ils ne le lâcheront plus. Or, le président Macron est plus seul que ne l’a jamais été aucun Président de la cinquième République. Sans parti véritable, il ne peut compter sur aucune presse favorable. Au plus fort de l’impopularité de Mitterrand, l’Obs. et Libé ne participait pas à l’hallali. Idem avec Hollande. La haine de Sarkozy n’a jamais dissuadé Le Figaro, Valeurs Actuelles et quelques autres de le soutenir. Rien de tel avec Macron. Les publications de gauche, modérées, de droite et d’extrême droite sont aussi violentes les unes que les autres à mener la charge. Ils ne le lâcheront pas et il aura beaucoup, beaucoup de mal à poursuivre la réalisation de son projet. Je pense qu’in fine les forces politiques dominantes du pays remporteront la mise. La droite, donc. Soit. Pour ma part, je ne m’associerai pas plus à la meute aux trousses du président que je ne me suis associé à ses thuriféraires de 2017. »

 

Je partage !

ILS NE LE LACHERONT PLUS ... par Axel Kahn

 

Ceux qui suivent ce mur connaissent l’évolution de ma position vis à vis d’Emmanuel Macron. J’ai critiqué le ministre de François Hollande, inspirateur de toute sa politique économique et sociale. J’ai toujours reconnu la grande intelligence de l’homme. Lorsqu’il a été candidat, j’ai signalé qu’il n’était en rien un homme de gauche, pas un social-démocrate non plus, mais un libéral néoclassique sociologiquement et politiquement centriste, plutôt de centre droit. Je n’ai à la présidentielle voté pour lui ni au premier ni au second tour. Au deuxième tour, la défaite de MLP étant certaine et prévue large, j’ai voté blanc. Une fois le président élu, j’ai dans un billet posté le 7 mai à 20h fait un pronostic de ce que serait sans doute la présidence du nouvel élu.

 

Attaché à mon pays et à ses habitants plus qu’à quelque étiquette que ce soit, j’ai annoncé que je ne souhaitais pas l’échec du nouveau président, puisqu’il avait été élu. De plus, je suis très conscient que l’alternative à Emmanuel Macron est actuellement à droite. Certes pas à gauche.

 

L’affaire Benalla est sérieuse mais relativement mineure dans l’histoire de la cinquième république. Pensons à Auriol, au SAC et à ses cartes tricolores, à Pasqua et à Ouvéa,, aux CDR, à Barril et aux écoutes de l’Élysée sous Mitterrand, à l’attentat de Karachi, à Kadhafi, aux Balkany, à Cahuzac. Ici, un chargé de mission sécurité passé de Martine Aubry à Hollande puis à Macron pour lequel le nouveau président a de la sympathie et qui lui inspire confiance. C’est une confiance bien mal investie, coupable. Le dit Benalla joue indûment les cowboys à l’encontre d’un couple qui jette des bouteilles sur les CRS. Il y a brutalité mais ni blessure ni incapacité provoquée. La sanction de l’Élysée est insuffisante. Dans l’état des informations, voilà ce que l’on sait.

 

Cependant, la révélation de l’affaire par le Monde destinataire d’une vidéo tronquée (les jets de bouteilles, avoués par le couple, n’y figure pas), de Taha Bouhafs, activiste de la FI, semble entraîner une véritable sidération à l’Élysée. Toute les suppositions peuvent dès lors être faites.

 

C’est là qu’intervient la mise en route de la revanche tant espérée de la totalité de l’éventail politique, de Poutou et de la FI à LR et au FN. Ce sérail de l’extrême gauche à l’extrême droite avait été humilié par l’insolente et impudente victoire en 2017 de cet intrus, ce blanc-bec. Il n’y a aucune unité politique dans ce sérail. La droite approuve des réformes qu’elle n’a jamais osé mettre en œuvre et que la gauche combat. Alléluia, il existe pourtant un motif d’union, la chasse au Macron, le dégommage du vainqueur honni de 2017. Enfin, il fait une faute, abattons le. Ils ne le lâcherons plus. Or, le président Macron est plus seul que ne l’a jamais été aucun Président de la cinquième République. Sans parti véritable, il ne peut compter sur aucune presse favorable. Au plus fort de l’impopularité de Mitterand, l’Obs et Libé ne participait pas à l’hallali. Idem avec Hollande. La haine de Sarkozy n’a jamais dissuadé Le Figaro, Valeurs Actuelles et quelques autres de le soutenir. Rien de tel avec Macron. Les publications de gauche, modérées, de droite et d’extrême droite sont aussi violentes les unes que les autres à mener la charge. Ils ne le lâcheront pas et il aura beaucoup, beaucoup de mal à poursuivre la réalisation de son projet. Je pense qu’in fine les forces politiques dominantes du pays remporteront la mise. La droite, donc. Soit. Pour ma part, je ne m’associerai pas plus à la meute aux trousses du président que je ne me suis associé à ses thuriféraires de 2017.

 

Axel Kahn

 

Entretien exclusif : Alexandre Benalla livre ses vérités

Plus d’une semaine après les révélations du « Monde », l’ex-chargé de mission de l’Elysée a accepté de répondre longuement à nos questions.

 

LE MONDE | 26.07.2018 à 09h26 • Mis à jour le 26.07.2018 à 10h06 |

Propos recueillis par Gérard Davet, François Krug et Fabrice Lhomme

 

Pour la première fois depuis le déclenchement de l’affaire qui porte son nom, Alexandre Benalla parle. Barbe rasée pour ne pas être importuné, l’ancien chargé de mission de l’Elysée, accusé d’avoir molesté deux manifestants en marge des manifestations du 1er-Mai, a accepté de répondre longuement aux questions du Monde.

 

L’entretien, que nous n’avons pas fait relire, s’est déroulé à Paris, mercredi 25 juillet, au domicile de Marc Francelet, un ancien journaliste reconverti dans les affaires qui se présente aujourd’hui comme « communicant ». Lors de la séance photo, réalisée en fin de journée, est apparue Michèle Marchand, figure de la presse people et très proche du couple Macron. Preuve que dans la tempête, M. Benalla n’est pas un homme seul.

 

Estimez-vous avoir « trahi et déçu » Emmanuel Macron ? Ce sont ses mots…

 

Ce sont des déclarations que je comprends. Parce que s’il y a un problème autour du président de la République, il ne doit pas être provoqué par un collaborateur. C’est quelqu’un qui avait – et qui a toujours, je pense – confiance en moi, dans mon action au quotidien. Mais au vu de ce que cette histoire a déclenché, je ne vois pas quels autres termes il aurait pu employer pour qualifier la situation. Donc forcément qu’il y a de la déception, forcément qu’il doit y avoir un sentiment de trahison…

 

Avez-vous le sentiment de l’avoir trahi ?

 

Moi, je n’ai pas le sentiment d’avoir trahi le président de la République, j’ai le sentiment d’avoir fait une grosse bêtise. Et d’avoir commis une faute. Mais cette faute, elle est plus d’un point de vue politique : je n’aurais jamais dû aller sur cette manifestation en tant qu’observateur, puis j’aurais, peut-être, dû rester en retrait.

 

Reprenons du début. Comment apparaissez-vous dans l’entourage de M. Macron ?

 

Au départ, à l’été 2016, un copain m’appelle et me dit : « Alexandre, Emmanuel Macron va sans doute se lancer dans la bataille pour la présidentielle. » On est à une période, après sa démission le 30 août, où le gouvernement lui refuse de pouvoir conserver ses officiers de sécurité. Or, c’est une personnalité quand même exposée. Progressivement, je m’oriente vers de nouvelles fonctions : directeur de la sûreté et de la sécurité du mouvement En marche ! Il y a les premiers meetings à monter, Strasbourg, Le Mans… En fait, mes fonctions, c’est de l’organisation pure et simple, car les gens d’En marche ! sont inexpérimentés.

 

Mais avez-vous la compétence pour ça ?

 

Oui, je l’ai apprise, sur le terrain, au Parti socialiste, dont j’ai été membre du service d’ordre de 2009 à 2012, avec Eric Plumer [chef du service d’ordre de l’époque], qui m’a formé et tout appris… J’ai fait la campagne de Hollande.

 

Quel est votre premier contact avec Macron ?

 

Très amical. Amical au sens large du terme, Macron est quelqu’un de très facile d’accès, qui a un charisme. Avec lui, vous êtes à l’aise tout de suite. J’ai rencontré pas mal de « bêtes » politiques, mais chez lui, il y a quelque chose de plus qui se dégage. Je l’ai toujours vouvoyé, il est président de la République, pas de familiarité entre lui et moi. Après, lui, il peut donner du « tu », du « vous », ça dépend de la situation, mais moi, je l’ai toujours vouvoyé.

 

Avant l’élection, êtes-vous armé ?

 

Je fais une première demande au ministère de l’intérieur, fin 2016. On me répond que ce n’est pas possible. Mais il y a deux cents personnes qui bossent au QG, représentant une « cible molle », comment les protéger de la menace terroriste ou même d’un fou ? Donc on fait la demande d’acquérir et détenir des armes dans le QG. Et on obtient finalement de la Préfecture de police l’autorisation de détenir des armes, des Glock 17 de mémoire, mais dans le QG uniquement.

 

N’êtes-vous jamais sorti avec ?

 

Non, jamais. On n’est pas mabouls, il y a un risque pour la réputation du candidat…

 

Avez-vous les compétences pour porter une arme ?

 

Bien sûr ! Je suis inscrit dans un club de tir depuis des années et je suis un réserviste de la gendarmerie. Il n’y a pas d’amateurisme là-dedans, au contraire. Et si le préfet de police a accordé l’autorisation, c’est qu’il estimait bien qu’il y avait une menace.

 

Comment se passe la suite, notamment l’intronisation de Macron au Louvre ?

 

Déjà, c’est moi qui trouve le lieu, le Louvre, parce qu’on cherchait un endroit facile à sécuriser et simple d’accès, sachant que la maire de Paris nous refuse absolument tout !

 

Après la passation des pouvoirs, que se passe-t-il ?

 

Le soir de la passation, Patrick Strzoda [directeur de cabinet du président] vient me trouver et me dit : « Le chef m’a expliqué que vous étiez un mec bien, j’ai quelque chose à vous proposer, faudra qu’on se voie dans les jours à venir… » Et je m’installe à la chefferie de cabinet, au 1er étage. Strzoda me convoque quelques jours après, me dit : « Vous avez un profil sécurité, on m’a dit que vous étiez un génie de l’organisation, je vous vois bien à la chefferie de cabinet, ça vous va ? » Et j’entre donc officiellement avec le titre de « chargé de mission auprès du chef de cabinet du président de la République ».

 

Un contrat de combien de temps, pour quel montant ?

 

Un contrat sur toute la durée du mandat, donc cinq ans, rémunéré 6 000 euros net, c’est le salaire de tous les chargés de mission.

 

Quel va être votre rôle ?

 

Moi, je dois m’occuper des affaires privées du président de la République, parce qu’il a une vie à côté de ses fonctions, avec Brigitte Macron, celle d’un Français normal. Il va au théâtre, au restaurant, part en vacances… Je suis toujours présent, avec le groupement de sécurité de la présidence de la République (GSPR) et le service privé du président.

 

Y avait-il besoin d’une personne comme vous, en plus des membres du GSPR ?

 

Mais le GSPR, ils ne sont pas du tout dans l’organisation. Eux ne prennent en compte que la sécurité. Par exemple, si le président va au théâtre, moi je vais tenir compte de la tranquillité du couple présidentiel, de l’image du président, etc.

 

Vous avez 25 ans, et vous vous retrouvez à donner des ordres à des policiers expérimentés…

 

En fait, tout à l’Elysée est basé sur ce que l’on peut vous prêter en termes de proximité avec le chef de l’Etat. Est-ce qu’il vous a fait un sourire, appelé par votre prénom, etc. C’est un phénomène de cour.

 

Mais vous-même, vous considérez-vous proche du président ? Au Touquet, par exemple vous aviez les clefs de sa maison

 

Je n’ai jamais détenu les clefs ! Elles sont à disposition du GSPR. Après il peut arriver qu’il y ait un truc à récupérer, donc il m’est arrivé de les avoir en main, mais je ne les ai jamais détenues, ni eues chez moi.

 

Il y a eu des frictions entre vous et le GSPR…

 

Des frictions, oui, mais sous forme de non-dits. Moi, j’ai toujours fait les choses, non pas pour ma personne, mais dans l’intérêt du président. Mais il y a des gens qui sont formatés d’une autre façon. On fait le sale boulot. Et on s’expose forcément. Et quand on s’expose face à ce type de personnes, ils vous disent « oui » avec un sourire, mais ils n’oublient pas… Je ne fais pas partie du club. Je le ressens mais je dois en faire abstraction, car la seule chose qui compte c’est que le président soit bien.

 

On vous taxe d’arrogance…

 

Non, je n’ai pas le melon. La vérité, c’est que ma nomination à ce poste, ça a fait chier beaucoup de gens. Parce qu’un gamin de 25 ans, qui n’a pas fait l’ENA, qui n’est pas sous-préfet – parce que je suis le seul à ne pas l’être dans l’équipe, je suis l’extraterrestre de la bande ! –, et en plus qui dit les choses, là où il n’y a que des non-dits, évidemment, ça suscite des rancœurs…

 

Avez-vous un logement de fonction ?

 

On met un appartement attribué « par nécessité absolue de service » à ma disposition. Le 8 ou 9 juillet, on me remet les clefs. J’avais demandé au directeur de cabinet du président, Patrick Strzoda, s’il était possible d’avoir un appartement, et il m’avait dit « bien sûr, vu les contraintes liées à vos fonctions, il y a un appartement qui est en train d’être rénové, je vous l’attribue… » Oui, un appartement de 80 mètres carrés, pas 300 comme ça a été dit.

 

On a parlé de la carte d’accès à l’hémicycle de l’Assemblée comme d’un passe-droit…

 

Moi, je ne considère pas ça comme un passe-droit. C’est une demande de ma part, cette carte. J’en avais bénéficié d’une avant Emmanuel Macron, en tant que collaborateur parlementaire bénévole. Je l’ai demandée tout simplement parce que j’aime aller à la salle de sport de l’Assemblée. C’est peut-être un caprice de ma part, je l’admets.

 

Une fois à l’Elysée, faites-vous une demande de port d’arme ?

 

Oui, je la fais, auprès du ministre de l’intérieur. Par courrier. Mais elle est refusée car d’un point de vue administratif, celle que j’avais déposée du temps d’En marche ! est encore en cours d’étude, à la direction générale de la police nationale (DGPN). Je vois alors qu’on peut faire la demande en passant par le cabinet du préfet de police, en passant par la voie hiérarchique, c’est-à-dire Patrick Strzoda. Il la transmet, sans l’appuyer. Après enquête, et considérant que ma fonction est exposée, on m’autorise à acquérir un Glock et à le détenir dans l’exercice de ma mission.

 

 

Les policiers ne vous ménagent pas…

 

Les syndicats de police ne disent que des conneries, ils ont trouvé le moyen d’exister alors qu’ils sont très affaiblis au sein de la police nationale. Ça ne me touche pas.

 

Vous étiez suspendu, rétrogradé, mais vous avez pourtant géré le retour des Bleus en juillet ou encore l’hommage à Simone Veil…

 

Parce que toutes les missions délicates sont pour moi, mais je ne participe plus aux déplacements du président. S’agissant du bus des Bleus, j’ai monté les réunions préparatoires mais je n’ai pas donné l’ordre d’accélérer le rythme du bus ! Je suis juste là pour informer l’Elysée s’il y a un problème. Et je ne m’occupe pas des bagages des joueurs !

 

Pourquoi étiez-vous habilité secret-défense ?

 

On a accès à des informations sensibles quand on approche le président. J’ai eu droit à une enquête très poussée de la DGSI, j’ai une habilitation secret-défense, mais je n’ai pas les codes nucléaires ! Les plans de l’Elysée, c’est classifié, les notes de services le sont, et je produis des documents qui sont classifiés, notamment la future direction de la sécurité de la présidence de la République (DSPR), à la conception de laquelle j’ai participé. Au cabinet, tout le monde est habilité.

 

 

Avez-vous voulu réorganiser le service de protection du président ?

 

Deux entités concourent à la même mission : le commandement militaire, la gendarmerie, et de l’autre, le GSPR. Le GSPR, c’est l’enfant terrible de l’Elysée. Il y a des incohérences qui, pour moi, sont complètement incroyables. Si demain il y a une cohabitation, vous avez la sécurité qui est sous la main du ministre de l’intérieur.

 

Le service de la protection de la personne [SDLP], qui coiffe administrativement le GSPR, n’a pas accès aux déplacements du président de la République, c’est leur rêve, ils nous appellent dix fois par jour pour être dans l’avion avec le président. Ils n’ont qu’un pouvoir de nuisance qu’ils savent mettre en œuvre si vous ne leur donnez pas ce qu’ils veulent, le SDLP. Ce n’est pas la création d’une garde prétorienne, le président ne va pas avoir à son service des mercenaires ou des barbouzes… On avait bien avancé, mais on avait en face un ministère de l’intérieur qui refusait de participer à l’élaboration de cela. Je n’aurais eu aucun rôle dans la future structure. Je n’avais aucun intérêt à quitter le cabinet. Lire aussi :   Les personnages-clés à connaître pour comprendre l’affaire Benalla

 

Imaginez-vous être victime de règlements de comptes internes à la police ?

 

Je fais plus que l’imaginer : on a essayé de m’atteindre, de me « tuer », et c’était l’opportunité aussi d’atteindre le président de la République. Les faits, je les assume, je ne suis pas dans la théorie du complot, c’est la réalité. Sur ce qui s’est passé après, je suis beaucoup plus réservé. Il y avait en premier une volonté d’atteindre le président de la République, c’est sûr et certain. Et je suis le maillon faible, je le reconnais. Et en même temps, il y a énormément de gens qui se frottent les mains en se disant « ça y est, on s’est débarrassé de lui, il ne va plus nous emmerder, c’est fini ». Les gens qui ont sorti cette information sont d’un niveau important.

 

Au ministère de l’intérieur ? Des fonctionnaires ?

 

Des politiques et des policiers. Et je ne pense pas à Collomb en qui j’ai confiance, je ne suis personne pour lui. Mais il y a des gens qui travaillent autour de lui qui auraient pu…

 

Son directeur de cabinet, le chef de cabinet ?

 

Le chef de cabinet, j’ai une entière confiance en lui. On s’est servis de mon affaire pour régler des comptes, ça a pris des proportions… Je dis pas que j’ai servi de fusible, je dis juste que ça a servi plusieurs intérêts, un intérêt pour atteindre le président de la République, à un moment pas mal pour lui, une bonne séquence, et voyant que ça avançait pas mal de mon côté et que j’emmerdais pas mal de monde alors que je faisais juste mon travail. Et faire son travail, c’est surtout ce qu’il ne faut pas faire, sauf si vous avez un statut particulier ou que vous faites partie de la bande. Ce n’était pas mon cas.

 

Pensez-vous être victime d’un complot ou d’un règlement de comptes visant Emmanuel Macron ?

 

C’est une façon d’attraper le président de la République par le colback. J’étais le point d’entrée pour l’atteindre, le maillon faible. Au bout d’un an, il y a des inimitiés qui se créent, il y a des gens qui ne supportent pas que vous ne fassiez pas partie du club, que vous ne soyez pas énarque, sous-préfet… Je pense que si j’avais eu un tel statut et qu’il s’était passé ce qui s’est passé le 1er mai, les choses auraient été différentes.

 

C’est vous qui demandez à être présent le 1er mai ?

 

Je ne demande pas à être observateur. Je suis invité à être sur place par Laurent Simonin, chef d’état-major à la Préfecture de police. Il me dit un jour : « Je te propose de participer sur le terrain au service en tant qu’observateur… » Ce sont eux qui me le proposent. Contrairement à ce que dit le préfet de police, quand il parle de copinage malsain, je n’ai jamais pris une bière ou mangé au restaurant avec Laurent Simonin.

 

Le 26 mars, je reçois le SMS de Simonin, puis le 27 avril, je reçois un appel de Simonin qui me demande toutes mes mensurations. Ensuite, je vais voir le directeur de cabinet, Patrick Stzroda, je lui dis que j’ai été invité. Il me dit, « c’est très bien, c’est une bonne expérience ». En aucun cas Stzroda ne sait que je vais me retrouver avec un casque sur la tête, à deux pas des casseurs, place de la Contrescarpe.

 

Dénoncez-vous une sorte d’amateurisme dans la réalisation de cette mission ?

 

Même si j’ai été surpris, je ne m’y suis pas opposé. La réalité des choses, c’est que la préparation et l’encadrement de cette mission d’observation, elle n’a pas été au niveau. Il n’y a pas de copinage malsain. Quand on fait venir un magistrat ou un journaliste, il y a trois policiers autour de lui. Même s’il est habillé en policier.

 

D’où provient l’équipement de policier que vous utilisez ?

 

L’officier de liaison de l’Elysee vient deux jours avant la manifestation avec un sac qu’il me remet, avec un casque, un ceinturon en cuir, un masque à gaz, un brassard police et une cotte bleue marquée police et un grade de capitaine dessus. L’équipement reste dans mon bureau. Puis, j’ai un kit oreillette et le porte-radio. On me procure ensuite des rangers et une radio. Je n’y connais rien, déjà je suis surpris. Je mets le brassard dans ma poche au cas où ça camphre, je prends la radio pour savoir ce qui se passe, dans la salle, je n’ai pas parlé à la radio, vous pouvez chercher c’est enregistré, je n’ai aucune légitimité à parler.

 

Comment cela se passe-t-il le 1er mai ?

 

Je laisse tout dans le coffre, on descend en salle de commandement pour commencer la présentation. Je salue Laurent Simonin, le directeur adjoint Eric Belleut qui me parle pendant dix minutes, même s’il l’a oublié, apparemment. Ils me présentent le dispositif. Et on part avec le major, pris en charge dans une Ford Mondeo équipée police, avec le gyrophare. Je demande ce que je fais de mes affaires. Le major me dit : « T’as pas besoin de ça, prends juste ton brassard et la radio. » Le black bloc commence à se former au niveau du pont. Ils descellent les pavés, ils avancent, mettent le feu au McDo. Je recule. C’est la confusion la plus totale, on se retrouve sur un côté. Les CRS arrivent. Un policier me dit : « T’as un brassard ? Ils savent pas si t’es un collègue. » Je le mets, j’ai une radio dans la main.

 

Que se passe-t-il place de la Contrescarpe ?

 

Une cinquantaine de jeunes sont au milieu de la place, avec des lunettes de piscine, je pense pas qu’ils avaient piscine, des masques de chantier, je ne pense pas qu’ils travaillaient sur des chantiers, des sacs à dos, des casquettes coquées, c’est un lieu de regroupement donné sur les réseaux sociaux. Les lunettes, ça sert à échapper aux lacrymos. Je prends le casque dans le coffre de la voiture car le major me dit, « on ne sait pas ce qui peut se passer et je le dissimule sous ma chemise ». Ils se déchaînent, ils envoient les verres sur les CRS, on est en retrait, on est isolés, c’est de la guérilla urbaine, des gens masqués, avec des bras d’honneur, les CRS ne savent pas qui on est, personne n’est au courant.

 

A un moment, je vois ces deux personnes, ce couple qui s’enlaçait tendrement au milieu de la place cinq minutes auparavant. Ils avaient insulté avant, on les avait repérés, c’était les plus agités de la bande, la fille essaie de saisir une table, elle n’y arrive pas, elle jette une chaise, son copain se met au milieu de la place, il jette une bouteille qui arrive sur la tête d’un CRS, elle reprend des bouteilles, ça arrive sur l’épaule d’un CRS, elle fait des bras d’honneur… On les voit sur la vidéo, elle est hystérique et lui aussi.

 

Et vous décidez d’intervenir, violemment…

 

Ce qui se passe dans ma tête, c’est : si on reste là à rien faire, on va être isolés, et en plus, il faut donner un coup de main, on ne va pas laisser faire des délinquants ; jeter des projectiles sur un CRS, c’est violences volontaires, c’est un délit puni d’emprisonnement, c’est très clair dans ma tête. Et la faute que je commets à ce moment-là, c’est d’y aller. Et de laisser de côté mes fonctions à l’Elysée. C’est la faute pour laquelle je suis puni ensuite, ce n’est pas parce que j’ai commis un délit, c’est parce que j’ai fait une faute politique, d’image, on peut qualifier cela comme on veut, et de faire abstraction des fonctions qui sont les miennes.

 

Et si vous n’étiez pas collaborateur à l’Elysée, étiez-vous en droit de le faire ?

 

Bien sûr. Article 73 du code de procédure pénale : tout citoyen a qualité pour appréhender l’auteur d’un délit. Je ne considère pas avoir fait une arrestation, j’ai appréhendé quelqu’un et l’ai remis aux policiers. Les gens ont des agissements délictueux, ils cassaient en toute impunité, il faut le vivre, et moi, c’est ma nature, je suis trop engagé. Si je n’étais pas collaborateur de l’Elysée, je referais la même chose. Collaborateur de la présidence, je ne le referais pas.

 

Avez-vous avez usurpé une identité de policier ?

 

Le casque m’est donné, rien ne m’interdit de le porter. Je ne nie pas que l’on a l’apparence de policiers, mais le casque, on me dit de le porter, c’est pour ma sécurité personnelle. Quand je le fais, c’est clair, ce sont des situations auxquelles j’ai déjà été confronté. J’ai interpellé des personnes auteurs de délits flagrants, il y a très longtemps, en Normandie. Des personnes se faisaient agresser, j’ai interpellé l’auteur des faits et je l’ai remis aux policiers, c’est le devoir du citoyen.

 

On insiste, les images de votre intervention sont violentes…

 

Il n’y a aucun coup. C’est vigoureux. Je conçois que c’est une scène qui peut paraître violente, mais les policiers y sont confrontés des dizaines de fois par jour. Le mec a une force qui est décuplée, il est dans l’adrénaline, il est excité, il a été gazé, il ne veut pas se laisser faire. D’ailleurs, si vous regardez la vidéo, à cinq CRS, équipés et formés à ce type de situation, pendant plus de trente secondes, ils n’arrivent pas à le maîtriser. C’est des débiles, les mecs en face, lui y compris.

 

Je passe ma main gauche sous son aisselle, et la deuxième au niveau de son cou, et j’essaie de le lever pour l’emmener vers le major Mizerski et un autre policier. C’est exactement le même geste que j’ai fait à Emmanuel Macron quand il a pris un œuf au Salon de l’agriculture : il n’a pas déposé plainte pour violence et il n’a pas eu mal au cou plus que ça le lendemain !

 

Quand avez-vous réalisé que vous étiez filmé ?

 

Je sais depuis le début de la manifestation que je suis filmé. Je ne me cache pas.

 

Lorsque vous intervenez, où se trouve le policier qui vous accompagnait ?

 

Il est en retrait. Je me mets à sa place : c’est un major de police, il y a un collaborateur du président de la République avec lui, il ne va pas m’attraper par le cou et me mettre par terre. Ce n’est pas lui qui est fautif. Ce qui a été sous-dimensionné, ce n’est pas son action à ce moment-là, c’est le dispositif qui était censé encadrer un collaborateur du président venant sur ce type d’événement.

 

Que se passe-t-il ensuite ?

 

On s’en va à pied avec le major Mizerski, je remets mon casque dans le coffre de la voiture, on part à la Préfecture de police et on redescend en salle de commandement. Dans la salle, grosse surprise, Gérard Collomb est présent, avec le préfet de police de Paris, avec le DOPC Alain Gibelin, le cabinet du ministre et celui du préfet. Je me mets dans un coin. Ils sont en train de faire une présentation à Collomb. Quand il sort, il vient me voir et me serre la main : « Ça va ? Qu’est-ce que tu fais là ? »

 

Le ministre de l’intérieur vous tutoie ?

 

Il me tutoie, il me vouvoie, il alterne, mais là, en l’occurrence, il me tutoie. Gérard Collomb m’identifie visuellement, il sait que je travaille à la présidence de la République. Je peux le croiser deux, trois, quatre fois par semaine sur des déplacements ou quand il vient à la présidence. Alors, est-ce qu’on se connaît ? Visuellement, oui. Est-ce qu’il sait qui je suis et ce que je fais exactement ? Je n’en suis pas sûr.

 

Lors de ses auditions à l’Assemblée nationale et au Sénat, il a en tout cas assuré ne pas vous connaître…

 

Je me mets à sa place. Je pense que la connerie vient d’un échelon qui reste à déterminer à la Préfecture de police. Il pense que ce n’est pas sa connerie à lui, tout le monde est en train de l’attaquer, il fait des réponses maladroites.

 

Pourtant, il vous tutoie…

 

Il est courtois.

 

Que se passe-t-il après le départ du ministre ?

 

Dans la salle de commandement, je vois le major Mizerski et un sous-directeur de la Préfecture partir dans le fond de la salle à gauche, où il y a deux opérateurs en civil qui sont sur les réseaux sociaux, et en l’occurrence sur Twitter. Il y a des images de la place de la Contrescarpe, une heure et demie après. On me dit que c’est problématique, je regarde le truc. Moi, je ne vois toujours pas ce que j’ai fait de mal. Je ne comprends pas l’ampleur que ça va prendre, et c’est là justement mon erreur. Je connais donc l’existence de cette vidéo le soir même. Le lendemain, je reçois un coup de téléphone de Patrick Strzoda : « Alexandre, qu’est-ce que c’est que cette histoire de vidéo, est-ce que vous pouvez venir me voir ? » C’est là que je comprends que j’ai fait une faute. Il m’annonce qu’il va prendre une sanction à mon égard.

 

Est-ce qu’il considère que c’est une faute morale ou une faute pénale ?

 

La faute, c’est d’avoir exposé la présidence de la République. C’est un préfet qui a l’expérience du maintien de l’ordre. Il sait très bien qu’il n’y a pas de délit. Il n’y a pas de tabassage, comme ont pu le dire certains journalistes. C’est un citoyen qui appréhende un délinquant, point à la ligne. Je n’étais pas d’accord avec la sanction, mais je l’ai acceptée. Patrick Strzoda me rappelle dans la journée. Il me dit : « J’ai vu Alexis Kohler [secrétaire général de l’Elysée], on va vous mettre quinze jours de suspension sans traitement et on verra quelles seront vos fonctions quand vous rentrerez. »

 

En avez-vous parlé avec le président ?

 

Non, parce qu’il était en Australie à ce moment-là et que je ne vais pas le déranger avec ça, ce n’est pas mon rôle. Je n’ai jamais eu le président au téléphone pendant ma suspension. Le vendredi, je prends ma voiture et je pars en Bretagne avec ma femme. J’y reste du 4 au 15 mai, je rentre à Paris le 15 et je ne remets pas les pieds à la présidence avant le 22.

 

Alain Gibelin, le directeur de l’ordre public et de la circulation (DOPC), a affirmé aux députés vous avoir croisé lors de réunions pendant ces deux semaines de suspension, avant de se rétracter. Pourquoi ?

 

Parce qu’il ment, et c’est même la deuxième fois qu’il ment. Il dit qu’il n’a appris que le 2 mai que j’étais présent à la manifestation la veille. Ce n’est pas vrai. On a déjeuné quelques jours avant avec le général Bio-Farina [commandant militaire de l’Elysée], au 2, rue de l’Elysée. C’était une réunion de travail à propos des policiers qui font la sécurité autour du palais. A la fin de ce déjeuner, il m’a demandé si je venais toujours le 1er mai et si j’avais reçu l’équipement que je devais recevoir.

 

Pourquoi mentirait-il ?

 

Il y a des gens qui pensent à leur carrière et qui se défaussent. Je n’ai participé à aucune réunion, ni à la présidence de la République, ni par email, ni par téléphone. Je pense qu’Alain Gibelin s’en veut de ne pas avoir prévenu le préfet de police. Je pense sincèrement que le préfet n’était pas au courant de ma venue ce jour-là au cœur de la manif. Il était réellement surpris quand il m’a vu dans la salle de commandement. Alain Gibelin, lui, était parfaitement au courant et n’en a pas rendu compte à sa hiérarchie.

 

Que se passe-t-il à votre retour à l’Elysée après votre suspension ?

 

J’ai un rendez-vous avec Patrick Strzoda et le chef de cabinet, qui me disent qu’on ne va pas pouvoir faire comme avant. J’ai déjà été puni, je suis surpris. Ils me disent : « Tu es trop dedans, il faut que tu prennes un peu de recul, tu ne vas t’occuper que des événements qui se passent au palais de l’Elysée. » Je le vis comme une humiliation.

 

A l’intérieur du palais, vous êtes forcément amené à croiser Emmanuel Macron. Vous parle-t-il de l’affaire ?

 

Quelques jours après mon retour, à l’occasion d’un événement dans le palais, il me prend à part et il me dit les choses. Il me dit : « C’est une faute grave, ça va être compliqué et il faut assumer. » Il m’explique que ça n’enlève pas la confiance qu’il a en moi mais que j’ai fait une grosse bêtise.

 

D’où vient la vidéo que la justice vous reproche d’avoir détenue ?

 

Moi, je ne l’ai pas demandée. Après la publication de l’article du Monde sur Internet, je reçois un appel vers 22 heures de quelqu’un à la Préfecture de police, dont je ne citerai pas le nom : « Alexandre, on a la vidéo du gars et de la fille en train de jeter des projectiles sur les CRS, est-ce que tu la veux pour te défendre ? » Bien sûr que ça m’intéresse, si on peut prouver que les gens en face ne sont pas de simples passants mais des casseurs. Je ne sais pas d’où viennent ces images. Je suis en train de dîner dans un restaurant près du palais et quelqu’un vient me donner un CD. Il n’y a rien écrit dessus, ni « préfecture de police », ni « vidéosurveillance ». Ce CD, je ne le regarde pas et je le remets à l’Elysée à un conseiller communication. Ces images n’ont pas été diffusées.

 

Avez-vous demandé ensuite au service communication de l’Elysée ce qu’il avait fait de cette vidéo ?

 

Je crois qu’ils ont essayé de la diffuser et de la fournir à des gens, pour montrer la réalité des faits.

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26 juillet 2018 4 26 /07 /juillet /2018 06:00
La baignoire à champagne en cuivre du Prince de Galles futur Édouard VII au Chabanais et une énigme vespasienne.

Louis XV initia aux délices du champagne Madame de Pompadour, peut-être pour la dégeler. « Le sein de la favorite aurait-il servi de moule pour fabriquer la première coupe de champagne ? Nul ne le sait. »

 

L’abbé de Bernis (devenu cardinal par la suite), lui avait adressé un compliment bien tourné où le « le champagne » […] prêt à partir » dissimulait à peine la promesse d’une gâterie, suivie d’une éjaculation heureuse :

 

L’Amour sort toujours de prison

Sous la main d’une belle !

 

« Réputé pour sa capacité à procurer une griserie nerveuse plutôt qu’une ivresse comateuse, le champagne dans son sillage d’écume une réputation à la fois aristocratique et érotique. Sa carrière galante se poursuit bien après les orgies de cour du XVIIIe siècle, avec un autre personnage au sang bleu, le Prince de Galles futur Édouard VII (1841-1910). Surnommé « Bertie » par les prostituées qui  lui accordaient leurs faveurs, le fils de la reine Victoria était un client assidu du Chabanais, une des maisons closes les plus connues et les plus luxueuses de Paris, entre 1878 et 1946, date de sa fermeture. Il y avait fait installer une baignoire en cuivre rouge, ornée d’une sphinge (monstre féminin), consacrée uniquement à des barbotages au champagne (Ndlr du Mumm Cordon Rouge). Le sort de ce pétillant joujou restera lié à l’extravagance, sinon à la débauche : achetée une petite fortune par un antiquaire de la rue Jacob, cette baignoire devint l’enseigne publicitaire d’un fabricant  de meubles du boulevard Montmartre, avant de finir son parcours, en 1972, dans une chambre du Meurice… mais pas n’importe laquelle ! Des admirateurs de Salvador Dali en firent l’acquisition pour le maître. De l’hôtel de passe au palace, elle aura fait couler autant de bulles que de billets de banque. »

 

Le 30 décembre 1972, une équipe de télévision se rend à l‘hôtel Meurice pour y rencontrer Salvador Dali. Le Maître les reçoit assis dans une baignoire de cuivre que des amis viennent de lui offrir.

 

 

L’énigme : À quoi L.F.Céline faisait-il allusion dans Mort à crédit 1936 ?

 

« Son truc c’était les pissotières et surtout les croûtes de pain qu'on trempent dans les grilles »

 

 

La réponse est dans Même les légumes ont un sexe Nathalie Helal chez Solar dont j’ai tiré les citations sur le cardinal de Bernis et la baignoire du Prince de Galles.

 

 

« En 1883, la façade du Chabanais était aussi discrète pour ne pas attirer l’attention des indésirables. Mais quand les portes étaient ouvertes par un Africain habillé d’une tenue mauresque étincelante, un monde magique se dévoilait.

 

Chacune des 30 pièces du bordel était décorée selon un thème différent, créant un catalogue raffiné des arts érotiques. Il fut ouvert en 1878 par une ancienne courtisane richissime, «Madam Kelly», qui aurait dépensé plus de 1.700.000 francs sur la décoration intérieure (actuellement environ 8,7 millions d’euros), et qui rapidement attira les financiers, les hommes politiques, les aristocrates et les vedettes de la scène les plus riches d’Europe.

 

Le vestibule du bordel ressemblait à une grotte souterraine, avec des murs en pierre artificielle et des cascades. Les clients étaient emmenés au premier étage —la salle Pompéi tout en miroirs— où des femmes peu vêtues s’inclinaient sur des sofas romains surmontés de fresques de 16 vignettes en huile peintes par —qui d’autre?— Henri de Toulouse-Lautrec, bien sûr, et représentant des centaures masculins et féminins se livrant à des actes sensuels.

 

C’est à cet étage que s’opéraient les transactions financières. Aucun argent ne pouvait être échangé au-dessus, donc les clients achetaient là à la dame des jetons qu’ils pouvaient échanger plus tard contre des boissons et des services. Le minimum était 100 francs —environ 500 euros d’aujourd’hui. À ce stade, les clients n’avaient plus qu'à choisir leur fantaisie. Il y avait la chambre hindoue, ornée avec des œuvres d’art indien; la chambre turque, remplie d’artéfacts orientaux; ou le Salon Louis XV, pour les francophiles purs et durs. La pièce vénitienne, évoquant la Renaissance italienne, avait un lit énorme en forme de coquille. Dans le salon japonais, il y avait six divans arrangés en cercle autour d’un brûleur d’encens. Il y avait même une chambre pirate, avec des hublots contre lesquels l’eau de mer pouvait être jetée par les employés. »

Tony Perrottet

ICI

 

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23 juillet 2018 1 23 /07 /juillet /2018 06:00
Ce lundi je suis d’humeur taquine et flemmarde alors je vous propose un duo sur la tielle de poulpe qui à Sète se nomme pouffre... avec un R s’il vous plaît !

Au hasard de ma revue de presse je tombe sur un article publié le 18 juillet 2018 par Blandine Vié La « tielle », tourte aux poulpes, emblème culinaire de la ville de Sète ICI 

 

Bien sûr je lis, puis je me dis, mon ego étant ce qu’il est, surdimensionné, que j’avais pondu le 14 juin 2016, une chronique qui valait son pesant de Picpoul de Pinet.

 

Vive la Tielle de Pouffre de Sète, plat du pauvre, fille des pêcheurs de Borgo de Gaete au nord de Naples !

 

Extrait :

 

Certains esprits chagrins trouvent que mon cœur penche trop souvent ces temps-ci du côté de l’Italie mais dans le cas de la tielle qui, certes est venue d'Italie dans les bagages des émigrants italiens de la petite bourgade de Borgo de Gaeta au nord de Naples à la fin du XIXe siècle, ce sont les espagnols qui sont les géniteurs de cette tourte.

 

Le Royaume de Naples était sous la domination espagnole au siècle de Charles Quint et les autochtones se nourrissaient frugalement d’un peu d'huile, quelques anchois et olives, l'ancêtre de la pizza était l'ordinaire... Ils remarquèrent très vite que la troupe ibérique confectionnait à peu près la même chose avec toutefois un couvercle de pâte par-dessus et ils se rendirent compte que cette façon de faire se conservait plus longtemps que leur pizza.

 

La technique se perfectionna et par souci pratique on ne mit plus directement la pizza sur la sole du four mais dans un plat de terre cuite appelée TEGLIA...et ainsi la tielle était née.

 

En Espagne c’est une empanada...

 

À Gaeta le tielle se décline de plusieurs façons, selon les propres mots des natifs du lieu, il y a les tielles de la mer, au poulpe, sardines, anchois, crevettes, moules etc... et les tielles de la terre à la scarole et aux pignons, aux œufs et aux courgettes…

 

À Sète seule la tielle de poulpe connut la célébrité.

 

Au début de leur installation à Sète, les pécheurs Gaétans faisaient la tielle comme dans leur mère patrie et lorsque les enfants allaient à l'école, la maman mettait souvent une tielle de pouffre dans le cartable fait de morceaux de vieille voile cousue, aujourd'hui les anciens racontent qu'à l'école ils se cachaient pour la manger car les petits Sétois mangeaient des croissants du boulanger.

 

La tielle était l'ordinaire des pécheurs installés au quartier haut ou était regroupée la communauté italienne, comparé à l'opulente société Sétoise enrichie par le commerce du vin, c'était un quartier pauvre ou ils vivaient selon leur coutumes et parlaient le napolitain. La majorité de la nourriture était tirée de la pêche que le père ramenait à la maison. Ces pêcheurs ne descendaient que rarement en ville et la belle société Sétoise de l'époque ne connaissait pas la tielle qui était vue comme étant une nourriture de pauvre.

 

Le tout ICI 

 

Le plus du lundi :

 

 

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22 juillet 2018 7 22 /07 /juillet /2018 06:00
Les liaisons dangereuses d’Elisabeth Schwarzkopf avec Joseph Goebbels ministre du Reich à l'Éducation du peuple et à la Propagande

Les britishs ont très mauvaise langue, ainsi Philip Kerr, né à Édimbourg, qui se la joue allemand dans Prague fatale, tout comme Alan Jefferson qui, en 300 pages, a rédigé une biographie Elisabeth Schwarzkopf publiée par l'éditeur londonien Gollancz.

 

 

En 1946, le célèbre chef d'orchestre Herbert von Karajan, lui aussi mouillé avec les nazis, la décrit comme « probablement la meilleure chanteuse en Europe ».

 

Après la Seconde guerre, sous la houlette d’un producteur et directeur artistique anglais, Walter Legge, qui lui fait réaliser ses premiers enregistrements commence une carrière internationale d’une incomparable qualité. Elle l’épouse en 1953.

 

1992 anoblie par Elizabeth d'Angleterre.

 

Lors de la débâcle des vinyles j’ai acheté sur une brocante Les Introuvables d’Elisabeth Schwarzkopf chez EMI 5 33 tours.

 

Je savais qu’il y avait anguille sous roche. Messieurs les anglais tirez les premiers :

 

  • Philip Kerr La dame de Zagreb

 

« Qu’est-ce que Küttner a dit exactement sur votre liaison avec cette petite chanteuse d’opéra ? demandai-je à Jury sans prendre de gants.

  • Vraiment je tiens à protester. »

Il me décrocha un regard noir, comme s’il souhaitait que je sois allongé sur le lit avec une balle dans le torse.

« Quel est son nom déjà ? Elisabeth quelque chose. Elisabeth Schwarzkopf, c’est bien ça ?

  • Et si nous laissions son nom en dehors de cette histoire ?
  • Très bien. Pourquoi pas.

 

[…]

 

« Le fait est, Gunther, que le capitaine Küttner a appris cette histoire par moi. C’est moi qui lui ai parlé de la liaison du général avec Fräulein Schwarzkopf. Je suis désolé Hugo, mais tout le monde à Berlin est au courant de ce qui se passe. Sauf peut-être le Führer et votre femme, Karoline. Espérons qu’elle au moins pourra rester dans l’ignorance de tout ceci.

 

« Mais, Herr Kommissar, je pense que la partie de l’histoire qui a le plus offusqué le général Jury à propos de cette Fraülein concerne moins ses talents au lit, qui, je présume sont considérables, que ses qualités de chanteuse. Je regrette, mais c’est vrai, Hugo. Si elle était vraiment valable comme soprano, elle chanterait à l’Opéra d’État et non à l’Opéra allemand de Berlin. Or, vous l’ignorez peut-être, mais le Kommissar a parfaitement raison de dire qu’elle accorde également ses faveurs au Ministre de la Propagande. J’en détiens la preuve irréfutable, que je serais, à un stade ultérieur, heureux de vous soumettre. Il est donc inutile de monter sur vos grands chevaux. Vous la baisez tous les deux, un point c’est tout. Enfin, comment croyez-vous qu’elle a pu devenir soprano principale si peu de temps après avoir intégré le chœur ? C’est Goebbels qui a arrangé ça pour elle. En échange des services qu’elle lui rendait horizontalement. »

 

Les joues de Jury étaient maintenant écarlates et ses poings violemment serrés. Je me demandai s’il fallait y voir l’image d’un homme suffisamment en colère pour tuer un collègue officier de sang-froid.

 

« Je n’aime pas vos manières, général Heydrich dit Jury.

 

ELISABETH SCHWARZKOPF, ÉCHO «NAZILLARD». UNE BIOGRAPHIE ANGLAISE RÉAFFIRME QUE LA DIVA FUT MEMBRE DU PARTI NAZI.

Christian LEBLE

 

Alan Jefferson se veut exhaustif et a travaillé hors du contrôle d'Elisabeth Schwarzkopf (alors que toutes les archives et les commentaires du film l'Album souvenir diffusé par Arte avaient été sélectionnés par la chanteuse). «Quand Gollancz a proposé d'écrire ce livre, contact fut pris avec Elisabeth Schwarzkopf. Elle a répondu que si biographie il devait y avoir, elle l'écrirait elle-même. Elle n'a fourni aucune aide», commente Alan Jefferson au téléphone et ajoute que «la politique n'est pas l'aspect principal du livre».

 

Le récit de ses débuts, entre 1935 et 1945, restait jusqu'ici approximatif ou carrément omis. «Je me suis adressé au Berlin Documents Center, poursuit Alan Jefferson, qui possède les dossiers individuels que le ministère de la Propagande du Reich avait ouvert et qui n'avaient pas été détruits au moment de la prise de Berlin. On m'a répondu que le dossier Elisabeth Schwarzkopf contenait 200 pages, j'en ai obtenu copie par l'intermédiaire de l'ambassade britannique, avec l'appui de l'éditeur.» Le dossier Schwarzkopf synthétise, d'après l'auteur, la carrière de la chanteuse au Deutsche Oper, situé dans le quartier de Charlottenburg, sous contrôle du ministère de la Propagande de Goebbels, et qu'elle intègre en 1938. Auparavant, indique Alan Jefferson, Elisabeth Schwarzkopf a été membre de l'Association des étudiants nationaux-socialistes quand elle était à la Berlin Hochschule. Le 1er mars 1939, peu avant de quitter l'université, écrit Alan Jefferson en se référant aux dossiers berlinois, «Elisabeth Schwarzkopf est admise comme membre du Reichstheaterkammer (RTK) du Promi, le ministère de la Propagande et des Spectacles, sous le numéro 67784. (...) Elle rejoignit le Parti national-socialiste un mois après son arrivée au Deutsche Opera. Il fallut deux ans avant qu'elle soit inscrite comme membre, inscription qui ne fut ratifiée que neuf mois plus tard quand lui fut transmis son numéro d'adhésion (n$ 7548960) et son carnet de travail (Arbeitsbuch n$ 40/1 238 359).»

 

L'auteur s'acharne-t-il à citer les prestations d'Elisabeth Schwarzkopf, en France en 1941, sur le front de l'Est en décembre 1942? Ces précisions semblent plus que nécessaires, pour deux raisons (outre celle de la stricte réalité historique). D'abord, il s'agit là des années où l'interprète prend son élan et que, faute de les prendre en compte, on sous-estime le mélange de talent et d'ambition qui la caractérise. Alan Jefferson explique comment elle s'est lancée dans la mêlée, comment elle a menti sur les rôles qu'elle connaissait pour obtenir son engagement, comment elle a cherché à se distinguer des autres membres de la troupe de chanteurs permanents par des frasques (absence aux répétitions), des revendications sur des rôles de valeur. La correspondance avec Wilhelm Rode, le directeur du Deutsche Opera membre du parti nazi depuis 1933, figure dans son dossier, ainsi que les lettres du directeur à sa hiérarchie réclamant sans succès des sanctions contre la soprano indisciplinée, de même que les avenants au contrat de la chanteuse «confirmant que le président du Reichsmusikkammer, Joseph Goebbels, autorisait les dépassements de cachet par rapport à la grille du Deutsche Opera».

 

 

La seconde raison, et peut-être la principale, Elisabeth Schwarzkopf a toujours voulu dissimuler cette période et tout particulièrement à la fin de la guerre. A l'époque, la chanteuse avait déjà fait ses débuts à l'Opéra de Vienne avec le chef d'orchestre Karl Böhm (dérogeant ainsi aux règles du Deutsche Opera) et craignait qu'une condamnation de son passé politique ne se traduise par une interdiction de se produire en scène et l'arrête dans son élan. Alan Jefferson explique comment la cantatrice a rempli quatre questionnaires successifs sur son passé de guerre, le dernier en mai 1946, tous divergents. Au cours du procès mené par la commission Hurdes, chargée en Autriche de clarifier les cas, Elisabeth Schwarzkopf, puis son avocat, reconnurent que les «déclarations avaient été falsifiées et que la chanteuse avait rejoint le parti nazi pour chanter au Deustche Opera». Aujourd'hui encore, néanmoins, face à la publication du livre d'Alan Jefferson, Elisabeth Schwarzkopf a nié avoir été membre du parti nazi, mais prétend avoir simplement déposé une demande d'adhésion à laquelle il n'aurait jamais été donné suite, le tout sous la pression de son père. »

 

« Le son numérique rend toutes les voix beaucoup trop claires. Elles deviennent perçantes au point de nous faire mal, on croirait des lames de couteau. Mais la jeune génération ne connaît rien d'autre ; son oreille est faussée, pervertie. »

Elisabeth Schwarzkopf

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21 juillet 2018 6 21 /07 /juillet /2018 06:00
Dédié à la corporation des addictologues et aux naturistes « Ces joyeux drilles, prêchant la vendange, assureraient en leur trogne qu’un jeune médecin vit moins qu’un vieil ivrogne.  Mathurin Régnier (1573-1613)

J’appelle Pie II, pape et poète, à la rescousse, qui déclara : je vais, provisoirement, « quitter Vénus pour Bacchus » Formule qu’il prononça lorsqu’il entra dans les ordres, les prêtres étant réputés aimer le vin de messe.

 

Je convoque ce pochtron de Raoul Ponchon (1848-1937)

 

« Si j’étais roi de quelque endroit,          

Tout mon peuple serait ivrogne,

Et je punirais sans vergogne        

Tous ceux qui marcheraient trop droit. »

 

La peinture comique, spontanément rapprochée des gueuseries paysannes d’un Bruegel l’Ancien ou d’un Jan Steen, trouve une expression originale dans l’Italie de la Renaissance.

 

La présence d’une Scène bachique attribuée au peintre vénitien Niccolò Frangipane dans les collections du musée Saint-Léger, à Soissons, et sa restauration, constituent le point de départ de cette étude du burlesco, envisagée plus spécifiquement sous l’angle du repas.

 

De la confrontation à d’autres tableaux attribués à Frangipane, à son entourage ou aux maîtres du genre, Vincenzo Campi et Bartolomeo Passerotti, à la réappropriation de cet univers pictural par le cinéma italien : une invitation à la « Grande Bouffe », telle que Marco Ferreri l’avait imaginée dans son long métrage d’anthologie.

 

 

La grande bouffe

PEINTURES COMIQUES

DANS L’ITALIE DE LA RENAISSANCE

C’était du 28 octobre 2017 > 11 mars 2018 au Musée Saint-Léger de Soissons

 

Je n’ai pu y aller la faute à mon vol plané.

 

Scène bachique

 

 

« Douze personnages vus à mi-corps sont réunis autour d’une table recouverte d’un drap vert. Entassés au premier plan, ils envahissent la surface picturale dans une composition très serrée, si bien que le joueur de luth, assis sur un tabouret, semble prendre appui sur le rebord du cadre. Le personnage central, qui focalise l’attention de l’assistance, possède tous les attributs identifiant Bacchus : couronné de pampres, il presse de sa main droite une grappe de raisin dont le jus s’écoule dans une petite coupe, et serre un petit tonneau sous son bras gauche. Derrière lui surgit un satyre reconnaissable à son teint hâlé, à sa pilosité abondante, son visage en pointe et son expression lubrique. Dans ce contexte mythologique, les deux femmes à gauche pourraient être des ménades, comme le suggère le large décolleté de la première, qui laisse deviner un sein généreux. Deux enfants au premier plan s’abreuvent du divin nectar. Les hommes s’esclaffent, ouvrant d’immenses mâchoires. »

 

Face à une telle débauche le président de l’ANPAA, appuyé par la syndicat des addictologues, a exigé la censure de ce tableau incitant notre belle jeunesse à téter le divin nectar, ici sans contestation possible du vin nature sans additifs œnologiques.

 

« Actif dans les dernières décennies du XVe siècle à Venise et à Rimini, Niccolò Frangipane était réputé pour ses scènes comiques possédant une dimension parodique. La toile de Soissons s’inscrit pleinement dans le registre défini en  1582 par le cardinal Paleotti des pitture ridicole, majoritairement produites en Italie du Nord, et dont le but était de déclencher le rire du spectateur par mimétisme avec le personnage.  Les historiens anciens désignent  Frangipane comme un élève du Titien. »

 

« La figure centrale ne représente pas Bacchus mais un personnage travesti en Bacchus. Les femmes ont des allures de courtisanes et le joueur de luth renvoie explicitement à l’univers de la comédie : le masque qui couvre le haut de son visage le rapproche des Zanni de la commedia dell’arte. »

 

« La confrontation du tableau soissonnais avec les rares œuvres signée par Frangipane incite à rester prudent sur l’attribution. Malgré la vigueur du coloris, caractérisé par de beaux accords d’harmonies rares – rose framboise, jaune citron, vert « Véronèse » –, quelques maladresses dans le rendu de l’anatomie et du traitement de l’espace, tout comme l’absence de ce poudroiement lumineux typiquement vénitien qui caractérise sa production aussi bien religieuse que profane, ne plaident pas en faveur d’une œuvre autographe. »

 

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20 juillet 2018 5 20 /07 /juillet /2018 07:50
Les allemands aimaient autant le Calvados que le schnaps alors les normands ont obtenus l’AOC en 1942…

« Je descendis, m’adjugeai quelques cigarettes supplémentaires ainsi qu’un schnaps bien tassé d’une bouteille posée sur un plateau d’argent dans la bibliothèque – la meilleure sorte, fabriquée avec les meilleurs fruits, des poires en l’occurrence, probablement autrichienne, comme la plupart des grands schnaps et vous donnant l’impression de déguster la poire la plus succulente que vous ayez jamais mangée, pour vous apercevoir soudain qu’il s’agit d’une merveilleuse poire magique dont l’effet s’étend bien au-delà de la bouche, jusque dans tous les recoins du  corps humain, tel le sort bienfaisant d’une sorcière. Je m’en versai rapidement un autre et sentis un sourire s’étaler sur mon visage comme un nuage s’écartant du soleil. Cette bouteille était beaucoup trop bonne pour la laisser traîner dans un endroit pareil. Si quelque chose méritait d’être délivré des nazis, c’était bien elle. »

La Dame de Zagreb Philippe Kerr

 

Le héros récurrent des polars de Philippe Kerr, Bernie Gunther est un grand buveur de schnaps, il en siffle en permanence, surtout pour oublier les atrocités nazies, des quantités considérables.

 

 

Le schnaps désigne normalement une eau-de-vie transparente, distillée à partir de céréales, de racines ou de fruits, en particulier de cerises, (Kirschwasser), de pommes, de poires, de pêches, de prunes, d'abricots ou de mirabelles. Il arrive souvent que le produit de base utilisé soit le marc restant après que les fruits aient été pressés pour en extraire le jus. Le véritable schnaps ne reçoit aucune adjonction de sucre et n'est pas aromatisé. En bien des points, le schnaps ressemble à la vodka, mais avec un léger goût de fruit qui dépend des ingrédients utilisés. Le taux d'alcool est généralement proche de 40%.

 

Il existe dans le monde un grand nombre de boissons alcoolisées et baptisées "schnaps" qui ne répondent pas à la stricte définition du terme, telles le schnaps de pêche, ou le schnaps au caramel connus en Amérique du Nord. Elles peuvent résulter de procédés différents, n'impliquant pas la fermentation d'un produit avant sa distillation. Certaines d'entre elles utilisent une base alcoolique (telle que schnaps, vodka ou rhum) pour extraire les arômes de fruits. Souvent, elles comportent des ingrédients supplémentaires, en particulier du sucre.

 

D’une manière générale dans tous les romans de Kerr les culottes de peau allemandes apprécient les eaux-de-vie, surtout le Cognac mais ce matin je souhaite évoqué un épisode peu connu celui de l’appellation Calvados.

 

Ce n’est qu’en effet qu’en 1942 que le Calvados obtint son appellation d’origine contrôlée. Plus prosaïquement, il s’agissait au temps de l’occupation d’éviter la réquisition par les Allemands du cuivre des alambics et de l’alcool, car seules les eaux-de-vie classées étaient exemptées de saisie.

 

Et pourquoi ce nom : Calvados ?

 

Au début du XVIe siècle, la culture des pommiers à cidre, est encouragée par l'arrivée de nouvelles variétés de pommes, en provenance du Pays Basque. La légende veut, que ce nom tiendrait d'un navire espagnol "San Salvador" ou "El "Salvador" de l'Invincible Armada du roi Philippe II d’Espagne, échoué en faisant route sur les côtes anglaises en 1588. Le nom du bateau aurait été transformé en "Calvador" puis "Calvados".

 

Le 28 mars 1553 est la date de la première apparition du Calvados dans le journal du Sire Gilles de Gouberville, agronome du Cotentin. Il s'intéresse tout particulièrement à la culture de ses vergers, qui ne comptent pas moins de 40 variétés de pommiers.

 

Il faut ensuite attendre 1942 pour qu'un décret reconnaisse le Calvados du Pays d'Auge en Appellation d'Origine Contrôlée et, les Calvados produits dans les autres zones, en Appellation d'Origine Réglementée. L'appellation d'origine réglementée Calvados est promue, en Appellation d'Origine Contrôlée le 11 septembre 1984 par décret. Le Calvados Domfrontais, qui possède une saveur très originale due à la présence dominante de poiriers dans cette région, attendra le 31 décembre 1997

 

Le cidre distillé en dehors des aires consacrées ne peut être que de l’eau-de-vie de cidre.

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19 juillet 2018 4 19 /07 /juillet /2018 07:30
Je l'avais appelé Mao parce que je revenais de Chine : mes tribulations matinales dans la Chine de Mao Zedong ou Mao Tsé-toung (毛泽东 Máo Zédōng et un petit verre de Maotai pour la route de la soie !

En 1935, les communistes chinois, en pleine débâcle, font halte dans le village de Maotai et les soldats vont trouver dans la puissante eau-de-vie « une alliée idéale pour panser leurs plaies et reprendre courage. « La Longue Marche a été un succès en grande partie grâce au Maotai » assurera Zou Enlai lors de la proclamation de la République populaire. Peu après, la distillerie devient propriété de l’Etat et la boisson fétiche accède au rang d’alcool national. »

 

Le 19 octobre 1935 s'achève la Longue Marche des communistes chinois et de leur chef Mao Zedong. Après une épopée de douze mille kilomètres à travers la Chine, les communistes se réfugient au Chen-si (ou Shaanxi). Dans cette province montagneuse isolée du nord-ouest, ils échappent aux attaques du parti rival du Guomindang ou Kouo-Min-Tang et de son chef, Tchang Kaï-chek. Mais de 130.000 au départ, un an plus tôt, ils ne sont plus que 30.000. La faim et la lutte contre les troupes du Kouo-Min-Tang ont eu raison des autres.

 

Depuis  le toast réussi avec Nixon lors de sa visite à Pékin en 1972, les dirigeants chinois font couler le Moutai, eau-de-vie de sorgho titrant 53° (dit aussi Maotai petite ville de la province du Guizhou au sud de la Chine) dans le gosier de tous les chefs d’Etat et hauts dignitaires en visite en Chine. En effet, lorsque Deng Xiaoping, deux ans plus tard, se rend aux USA, Henry Kissinger lui confiera « Si nous buvons assez de Moutai nous pourrons résoudre tous nos problèmes. »

 

Après l'arrivée au pouvoir des communistes, en 1949, les États-Unis avait refusé de reconnaître la Chine populaire. Les relations entre les deux pays restaient tendues au début des années 70. Cependant, l'accueil fait à une équipe américaine de ping-pong en tournée et les visites secrètes en Chine du conseiller du président Nixon, Henry Kissinger, pavent la voie à un rapprochement. Le 21 février 1972, Nixon entreprend un voyage officiel en Chine au cours duquel il rencontre le premier ministre Zhou Enlai et l'ancien président Mao Zedong.

 

« Nixon n'a pas été reçu comme le représentant coupable d'un impérialisme vaincu par les contradictions du capitalisme. Il n'a pas été reçu comme un tacticien avec lequel on fait une expérience que l'on se réserve le pouvoir de désavouer aussitôt. Il a été reçu comme un chef d'État avec lequel on peut conclure la paix et on peut fonder la coexistence. Mao lui-même s'est engagé. Il n'est plus en mesure, comme certains sinologues s'aventuraient à le conjecturer, de désavouer Chou En-lai.»

 

Jean Daniel, «Les surprises de Nixon» Le Nouvel Observateur 28 février 1972

 

Je l'avais appelé Mao parce que je revenais de Chine. Je voulais qu'il règne sur moi comme le grand empereur de la nouvelle dynastie sur son peuple. Certains virent là un signe de mépris pour le vainqueur de la Longue Marche. Pour cela, il aurait fallu donner son nom à un porc ou à un veau. Mon dernier chien s'appelait César comme celui de la ferme de mes grands-parents dans la Mitidja. Ainsi à nous deux portions-nous le nom du général qui conquit la Gaule et la soumit à Rome. Dans l'idée que, ce Mao-là, du moins, je pouvais l'aimer, et qu'il m'obéissait, j'avoue qu'on pourrait discerner quelque secrète démarche ou fourberie : sans penser à ramener, symboliquement, la Chine au servage de l'Occident, j'admets que se nichait là une innocente ironie, mais quoi, j'aurais aussi bien appelé mon chien Charlie pour me gausser espièglement de notre roi, si grand, si fier et si puissant. Après tout, quand on donne aux chiens le nom d'un homme, c'est que cet homme est illustre, et l'hommage ainsi décerné flatteur pour un monarque, qu'il soit roi de France ou empereur de Chine. Et puis Mao peut s'écrire comme un vieux nom français. Un gendarme de Vézelay s'appelle Mahaut, et il eut assez d'humour pour ne pas se vexer quand il a su que mon chien portait le même nom que lui. Chaque fois que nous allions chez le menuisier, c'était des Mao par-ci et des Mao par-là. La gendarmerie est au-dessus, et le fils du gendarme Mahaut un familier de l'artisan, qui tient bistrot.

 

Ne devrais-je pas employer l'imparfait de l'indicatif ? A présent, la gendarmerie a été bâtie hors des murs de la ville, le menuisier s'en est allé, le bistrot a changé de propriétaire. Serais-je en vie quand ces pages paraîtront ?

Jules Roy

La Mort de Mao écrit en 1969 à Vézelay et publié chez Christian Bourgois.

 

« 1972.

Yenan. Au musée de la Révolution, après les manigances ourdies contre Liou Chao-chi d'abord, et contre Lin Piao ensuite, les plus habiles retoucheurs chinois, les experts ès laboratoires, avaient retouché des centaines de photos. Un travail d'orfèvre. La plus impressionnante, pour moi, était celle de Mao à cheval, avec à ses côtés, Lin Piao, à cheval lui aussi. Maintenant, sur le cheval de Lin Piao il n'y avait plus de Lin Piao, mais un petit halo blanchâtre, un ectoplasme, et Mao regardait le photographe droit dans les yeux, en faisant dans le même temps un mouvement de bras pour appuyer les propos qu'il tenait à son ami Lin. Mais à présent que le bandit Lin Piao n'était plus en selle, Mao paraissait s'adresser au cheval, qui d'ailleurs tournait attentivement ses naseaux vers lui, comme s'il comprenait son discours (...)

 

A Yenan, pendant la nuit, j'eus une discussion animée avec les Chinois qui m'accompagnaient. « Pourquoi retouchez-vous les photos ? » demandai-je.

 

«  Nous ne les retouchons pas, répondirent-ils. Nous avons seulement une conception différente de la photographie.

 

- N'est-ce pas une conception différente de l'histoire ?

 

- De la photographie plutôt...

 

 - Non, c'est une conception mutilante de l'histoire, insisté-je (...) "

Extrait de " Deux mille ans de bonheur " Maria-Antonietta Macciocchi chez Grasset  pages 88-89

 

Mao Zedong ou Mao Tsé-toung (毛泽东 Máo Zédōng) : l'ex-grand timonier de la Chine rouge pour l'éternité

 

«Les maîtres de la Chine-rouge-pour l’éternité n’aimaient pas La Cause* (ou plutôt les bureaucrates qui s’occupaient de ces affaires subalternes dans un recoin de la Cité interdite) : ils y voyaient non sans raison un ramassis d’irresponsables anarchisants susceptibles de gêner leurs négoces avec la France du président Pompe. Et ce n’était pas l’ambassade d’Angelo* qui risquait de les faire changer d’avis. Ils avaient commencé par l’expédier d’autorité chez le coiffeur, ils lui trouvaient les cheveux trop longs. Angelo avait eu beau protester, il avait dû se laisser détourer les oreilles. Puis devant le maréchal Lin Piao, le dauphin de l’époque, il avait détaillé son plan qu’il avait conçu d’établir dans le périmètre Saint-Jacques-Soufflot-Sainte-Geneviève-Saint-Germain une Commune insurrectionnelle étudiante et lycéenne défendue par les armes. Cela fait beaucoup de saints avait juste observé ce maréchal à tête de valet de comédie qui allait quelques années plus tard se désintégrer dans le ciel mongol. On avait finalement introduit Angelo, au sein d’une délégation « d’amis occidentaux», devant le Soleil rouge incarné : boudiné dans la toile kaki, ses petits pieds chaussés de vernis noirs croisés entre les dragons de bois-de-fer de son trône, le despote verruqueux portait à sa bouche, de cette petite main rose et comme bouillie qui avait si fort impressionné Malraux, d’incessantes cigarettes blondes. De l’autre il se tripotait nonchalamment la braguette. Le vieux Minotaure venait sans doute d’honorer une des lycéennes qu’il se faisait livrer »

Olivier Rolin « Tigre en papier »

* Angelo pseudo d’un mao de la GP délégué à Pékin lors d’un Congrès quelconque pour représenter les peuples soutenant la ligne chinoise contre la ligne soviétique

 

Histoire du petit livre rouge

Pascale NIVELLE

 

« Best-seller international, le petit livre rouge a été imprimé à plus d’un milliard d’exemplaires. Ce recueil de citations de Mao est rapidement devenu le manifeste de la Révolution culturelle et un objet de culte aussi bien en Chine que pour les maoïstes occidentaux.

 

Apparu en 1964, les Citations du président Mao Tsé-toung, bréviaire inspiré des discours ou des œuvres du fondateur de la République populaire, est d’abord conçu comme un outil d’éducation politique pour l’armée, puis devient l’« arme spirituelle » des gardes rouges et le manuel de vie de 700 millions de Chinois. En Europe, il séduit une partie des intellectuels, les « maos » français de Mai 68, qui le rebaptisent « petit livre rouge » et en font le talisman de leur propre « révolution », ignorants les atrocités commises par le régime chinois.

 

Cinquante ans après le début de la Grande Révolution culturelle prolétarienne et quarante ans après la mort de Mao Zedong, la journaliste Pascale Nivelle raconte l’épopée de cette petite bible en vinyle rouge vif qui a été, de Pékin à Paris, le coeur d’une immense et folle passion collective. »

 

Dans ce livre passionnant je souhaite extraire, pour leur rendre hommage, l’aventure du couple Claudie et Jacques Broyelle emblématique de la mouvance maoïste française, qui travaillait comme traducteurs à mon Pékin Information.

 

Lui, normalien, prochinois historique, fondateur de l’UJC-ML (Union des Jeunes Communistes marxistes-léninistes)

 

Elle, a écrit un livre à la gloire des Chinoises émancipées, La Moitié du ciel.

 

« Leur boulot consiste à mettre en bon français les traductions de leurs collègues chinois pour Pékin Information.

 

Ils déchantent assez vite. A plupart des articles exportés sont tirés du Quotidien du Peuple, principal organe en langue de bois du Parti. Au siège du journal, raconte Jacques Broyelle, il règne « un culte quelque peu exagéré de la division du travail ». Il décrit un cycle bureaucratique kafkaïen : chaque traduction nécessite une dizaine d’opérations enchaînées les unes aux autres, sans aucune coopération entre les six ou sept personnes qui travaillent dans l’unité française. Procédé qui qui entraîne « le désintérêt absolu des travailleurs », note le normalien coincé dans la chaîne, et la « multiplication des personnes inutiles ». Tout cela, expliquera-t-il plus tard, pour produire « des articles d’une monotonie éternellement triomphaliste ».

 

« Les traducteurs n’ont aucune marge de manœuvre. Ils sont obligés de piocher dans un énorme fichier d’expressions toutes faites, auxquelles il ne faut pas enlever un tiret ou une majuscule. Tel le bloc « Notre Grand Dirigeant le président Mao » ou le triptyque sacré « ouvriers-paysans-soldats ».

 

[…]

 

« Même aliéné par la propagande, même anesthésié par une situation matérielle confortable qui tranche avec celle des années de militantisme parisien, et même aveuglé par sa propre foi, Broyelle a encore quelques réflexes. Un jour, il voit passer la phrase « le modernisme, le fauvisme, le rock’n’roll et le strip-tease dominent dans les pays occidentaux pour la plus grande corruption des peuples ». À envoyer tel quel à Paris et dans toute l’Afrique francophone. Cette fois, le normalien proteste, oubliant d’y mettre les formes : « cette analyse est surtout la preuve de l’ignorance du rédacteur, elle exhale un chauvinisme assez malvenu. » Que n’a-t-il dit ! L’article en question a été dicté à un quotidien chinois par Jiang Qing en personne ! On ne touche pas à madame Mao. « Ce fut une affaire d’État a raconté Jacques Broyelle en 1977, deux ans après être rentré (traumatisé) de Chine.»

 

Johann Schneider-Ammann: «La Route de la soie n’est pas une utopie» ICI 
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18 juillet 2018 3 18 /07 /juillet /2018 06:15
Alessandra Pierini quel vin de l’Aspromonte boire avec des tripes des chèvres enroulées autour du gras et des frites, noyées dans un bain d’huile, oignon et poivre ?

« … une fois par an, on allait en montagne pour honorer le saint patron du lieu et visiter Ascruthia et Coraci, deux villages de montagne abandonnés après l’inondation qui avait tout balayé au temps où les grands parents étaient jeunes mariés. Après les visites aux villages et la messe dans l’église dédiée au saint, on s’arrêtait dans la pinède, on mangeait et on buvait pendant des heures […]

 

« J’étais impatient que le déjeuner finisse : les poivrons rôtis à la braise du feu de yeuse ; les pommes de terre et les œufs enfouis à cuire sous la cendre brûlante ; les tripes des chèvres enroulées autour du gras et des frites, noyées dans un bain d’huile, oignon et poivre ; et puis les macaronis cuits à la maison   , assaisonnés de sauce de chèvre blanche ou rouge ; le capocollo, les lardons, les salamis piquants, les fromages doux de brebis et de vache et piquants de chèvre ; les tartes à la mûre des ronces et à la mûre de mûrier, à la cerise de montagne… »

 

Si les Calabrais de l’Aspromonte peuvent apparaître comme un «peuple de mâles», une race maudite qui n’a pour horizon que la guerre, leurs femmes, à l’opposé, «trament depuis toujours pour la paix».

 

« La ‘ndrangheta est comme la nature infecte d’une très belle femme ; les amants inexperts la pénètrent, brûlants de désir, et au lieu de l’apaisement des sens, ils trouvent l’anéantissement de l’âme. »

 

« Dans les livres comme dans la vie, il n’y a pas d’un côté «les bons» et de l’autre «les méchants». Une troisième catégorie d’individus existe: les «assassins par nécessité historique». Inclassables en termes moraux. Echappant à toute forme de jugement. Des êtres qui sont le siège d’une culture ancestrale et qu’il est impensable de vouloir étiqueter. Encore moins condamner. Et qui résident prioritairement en Calabre, terre de grande tradition grecque et de grande désespérance économique.

 

Tel est le thème du thriller calabrais à succès, «la Soie et le fusil», signé Gioacchino Criaco. Où il est démontré qu’«un homme et un peuple qui ne sont pas en mesure de défendre leur propre territoire cessent d’être un homme et un peuple».

 

 

Tout ici remonte à la nuit des temps, à la mythologie des «Aigles» (la famille Therrime) et des «Loups» (la famille Dominici). Deux clans qui s'affrontent et se disputent des terres. L’auteur affiche nettement une préférence pour les Dominici. Dans leur guerre, ils ont toujours refusé, même aux pires moments, de s’allier avec la mafia locale, la célèbre 'Ndrangheta, le bras armé des puissants. »

 

Lire ICI la critique de Marcelle Padovani le 06 avril 2018 : Avec "la Soie et le fusil", l'écrivain calabrais Gioacchino Criaco signe un romanzo criminale aux accents mythologiques. Epique. 

 

Résumé :

 

De part et d’autre d’une vallée de l’Aspromonte, deux familles s’affrontent dans une guerre sans âge et font le décompte de leurs morts : les Therrime contre les Dominici, les Aigles contre les Loups. Leur inimitié est balayée un jour par l’inondation qui emporte toute la vallée fertile jusqu’au bord de la mer et les deux peuples migrent sur la côte dans les « Jardins », où parmi les vergers les enfants font des courses à cloche-pied. C’est là que Julien, dit le Gecko, et Agnese, la Nymphe, deux descendants des lignées ennemies, tombent amoureux pour la vie, sous le regard jaloux du frère jumeau d’Agnese, Alberto, le Chiot, et avec la complicité des vieilles tisseuses de soie.

 

Mais dans l’Aspromonte les trêves ne durent jamais bien longtemps, et lorsque le père de Julien Dominici est tué, la vendetta reprend et la peste noire s’abat sur la vallée : Julien devient un monstre, un tueur. Alors qu’il sort de prison, vingt ans plus tard, il découvre qu’il est mêlé contre son gré à une sombre histoire de trafic de drogue avec les triades chinoises. Le combat reprend.

 

Souffle épique et antique, sentiment de la nature, affrontement des mythologies (épopées calabraises, mais aussi légendes de la Chine), thriller ultra contemporain, ce roman fait magnifiquement la fusion entre le polar et les batailles mythologiques qui se poursuivent aujourd’hui, sous le poids d’un implacable destin.

 

 

CANESTRATO D'ASPROMONTE

 

Sur le massif montagneux d'Aspromonte (Calabre), au pied du quel ce fromage est élaboré, paissent de nombreux troupeaux de brebis, de chèvres et de vaches. Aussi, utilise-t-on toujours au moins deux laits, en fonction des saisons de mise bas des animaux. Les meilleures origines, les plus caractéristiques du cru, sont sur le versant tyrrhénien, les communes de Scilla, San Syefano d'Aspromonte, Sinopoli, Scido. C'est un fromage caillé divisé et à égouttage acceléré sous presse. Il se présente sous la forme d'une petite roue à talon convexe de 1,5 à 4 kg. On le consomme après 2 mois de cave, soit en dessert, soit en hors d'oeuvre, lorsqu'il est conservé dans l'huile d'olive à la mode locale.

 

 

« Bordé par la mer Tyrrhénienne à l’ouest et la mer Ionienne à l’est, le territoire de la Calabre jouit d’une géographie très diversifiée composée d’un vaste littoral, de hauts plateaux et de montagnes luxuriantes. Séparée de la Sicile par le détroit de Messine, la région forme la pointe de la botte italienne dans l’extrême sud de la péninsule. Bien qu’on y cultive la vigne depuis le 7e siècle avant notre ère, la Calabre figure aujourd’hui parmi les régions d’Italie où il se produit le moins de vin. Optant longtemps pour une production de vin en vrac exporté vers le nord, la Calabre mise depuis les années 1970 sur la commercialisation de ses vins d’origine. Bien qu’elle accuse un certain retard par rapport aux autres régions du Mezzogiorno en termes d’investissement, la Calabre a entamé depuis peu la modernisation de son vignoble avec des résultats forts encourageants.

 

La Calabre demeure une région essentiellement agricole. Dans l’ensemble, la vigne reste toutefois secondaire par rapport aux autres formes de cultures telles les agrumes et les olives. Deux principaux cépages d’origine grecque, le Gaglioppo, pour les rouges, et le Greco, pour les blancs, dominent aujourd’hui le paysage viticole calabrais. L’écrasante majorité des vins de la région sont rouges avec 90 % de la production totale.

 

Surnommée Enotria (terre de vins) pendant l’antiquité, la Calabre produit sans doute l’un des plus anciens vins d’Italie, le vin Cirò DOC, cultivé dans les environs de la ville de Cirò Marina près de Crotone. De loin l’appellation la plus réputée de la région, ses collines ensoleillées situées sur la côte ionienne sont particulièrement propices à la viticulture.

 

Le vin de Cirò découlerait du vin de Kremissa, le nom de la colonie grecque qui occupait initialement l’emplacement de Cirò Marina à l’époque de la Magna Graecia (la Grande-Grèce). On raconte que c’est le vin que buvaient les athlètes calabrais pour célébrer leurs victoires lors des premières olympiades.

 

Confituré, puissant et acidulé, le Cirò est un rouge typique des chauds climats du sud de l’Italie et l’incarnation même du cépage Gaglioppo. Sa forte personnalité exprime un charme rustique intimement associé à son terroir d’origine. Contrairement à d’autres cépages du Mezzogiorno reconnus pour leurs robes denses et opaques, les vins de Cirò possèdent une teinte plus pâle et des nuances orangées. Les Riserva se conservent aisément pendant une bonne décennie. La récente modernisation du vignoble et des techniques de production tend à donner des vins moins alcoolisés, plus ronds et moins susceptibles à l’oxydation. De récentes expérimentations avec le cépage Magliocco et d’autres cépages internationaux comme le Cabernet Sauvignon assemblé au Gaglioppo livrent dernièrement d’assez bons résultats qui contribuent au rayonnement des vins de la région. Mais, le récent boom commercial vécu dans les Pouilles et la Sicile tarde encore à venir et la Calabre demeure toujours marginale dans le circuit des œnophiles.

 

Le vin de Cirò représente à lui seul près de 85% de la production du vin DOC calabrais. Les DOC de Lamezia, Scavigna et Savuto, sur la côte tyrrhénienne, constituent le second pôle viticole significatif de la région. Les autres DOC de la Calabre telles que Melissa, Donnici, Bivongi ou Pollino perdent de plus en plus de terrain et sont rarement exportées. Produit dans la ville de Bianco au sud de Reggio Calabria, le Greco di Bianco figure parmi les meilleurs vins doux d’Italie. Rare, il s’agit d’une curiosité gastronomique à ne pas manquer lors d’un séjour dans la région. »

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15 juillet 2018 7 15 /07 /juillet /2018 10:40
Le « penalty manqué » par Faruk Hadzibegic le 30 juin 1990 à Florence, les Yougoslaves affrontaient en1/4 de finale les Argentins de Maradona.

Rappeler un fait d’histoire enterré et ignoré, surtout par les Français, ce n’est pas faire injure au présent, ni verser dans la stigmatisation d’une équipe de football.

 

Le football yougoslave m’a toujours séduit et passionné, un régal pour ceux qui aiment le beau jeu.

 

Dans cette Coupe du monde j’ai visionné peu de matches mais le hasard veut que j’aie vu jouer la Croatie qui possède l’essentiel des talents de cette Yougoslavie oubliée. Avec la Belgique, elle est sans contestation une grande équipe.

 

Elle s’est qualifiée à plusieurs reprises après prolongation et tirs au but.

 

Les tirs au but ne sont pas des pénaltys car ce sont des fusils à un coup.     

       

« Ce que je sais de la morale, c’est au football que je le dois… » Albert Camus

 

« On se souvient de ce titre magnifique du roman et film éponyme de l'écrivain autrichien Peter Handke : «L'angoisse du gardien de but au moment du penalty».

 

Gigi Riva, dans son livre le Dernier Penalty écrit :

 

« Dans les Balkans, dire que le sport est comme la guerre n’est pas une métaphore. La guerre est la continuation du sport par d’autres moyens.

 

Le Dernier Penalty, est une formidable enquête, histoire de football et de guerre, ne manque pas de le rappeler, l’explosion de la Yougoslavie, «une idée romantique à l’agonie» alors, bruissait depuis quelque temps – dix ans après la mort du dirigeant Tito, la fédération socialiste n’était maintenue à flot qu’à coups d’illusions. Ainsi, ça avait chauffé fort lors d’un match entre le Dynamo Zagreb et l’Étoile Rouge de Belgrade. Dans le stade, les supporters avaient déployé des banderoles avec des slogans identitaires et créé une émeute.

 

Gigi Riva est rédacteur en chef de l’hebdomadaire italien L’Espresso, homonyme d’une légende de la Squadra Azzura et il a couvert la guerre des Balkans. Son livre raconte comment foot et politique se sont croisés durant un demi-siècle, jusqu’au paroxysme de Florence en 1990.

 

En 1990, l’Italie accueille le Mondial de foot, le 30 juin à Florence, les Yougoslaves affrontent, en quarts de finale, les Argentins de Maradona. Au coup de sifflet final, le score est nul. La séance des tirs au but s’achève sur ce qui a été qualifié à tort le penalty raté du capitaine, Faruk Hadzibegic.

 

Ce sera l’ultime apparition de l’équipe nationale d’un pays en voie d’implosion. C’est dans les virages des stades, tenus par la pègre, qu’ont été formés, en Serbie et en Croatie, les groupes paramilitaires, dont les méfaits, dans les années 1980, préfigurent les conflits de la décennie suivante.

 

Ce « penalty manqué » par Faruk Hadzibegic devenait soudain une histoire de football et de guerre. Le symbole, le déclencheur de l’éclatement d’un pays.

 

Croates et Serbes jouaient sous le même maillot, celui de la Yougoslavie – ce fut la dernière fois, une fin précipitée par le dernier penalty… Dans les mois qui suivirent, tant et tant de supporters devinrent les miliciens d’une guerre civile. Une guerre durant laquelle les nationalismes se sont affrontés dans le sang, sous les bombardements. »

 

Ce sont des pages d’Histoire les rappeler n’entache en rien le moment d’une finale de Coupe du Monde, que le meilleur gagne et quel qu’il soit, loin des excès de nationalisme chauvin, lever un verre de vin naturel de Croatie me va, j’aime ça comme j’aime l’eau de Vichy aussi.

FARUK HADZIBEGIC ICI

né le 7 octobre 1957 à Sarajevo, Yougoslavie, en Bosnie-Herzégovine fut un footballeur international yougoslave d'origine bosnienne, mais désormais de nationalité française, qui évoluait au poste de libéro. Il s’est reconverti en entraîneur depuis 1995.

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15 juillet 2018 7 15 /07 /juillet /2018 06:00
Pavelic Ante

Pavelic Ante

Dans sa lettre politique du 13 juillet Laurent Joffrin écrit :

 

Et la Croatie ?

 

« Une équipe beaucoup plus uniforme dans un pays au nationalisme sourcilleux, une équipe au blason terni par des vilaines histoires de corruption. La Croatie indépendante est née d’une guerre, celle des années 90, terrible et meurtrière. Elle a été gouvernée longtemps par Franjo Tudjman, leader identitaire s’il en fut. Son passé oustachi est de sinistre mémoire – une légion croate s’est distinguée par ses exactions aux côtés de l’armée allemande. Pourtant, cette ancienne province de l’empire austro-hongrois s’est aussi distinguée par son ouverture et sa résistance au nazisme : Tito était croate. Son nationalisme moderne est né, pour une bonne part, de la prétention serbe à dominer la fédération, alors même que c’est la Croatie, dans les années 30, qui avait pris l’initiative de réunir les «Slaves du Sud». Les temps changent et les dirigeants croates ont préservé la démocratie dans leur pays. Ils ont aussi refusé l’enfermement. Dès l’indépendance, ils ont demandé l’adhésion de leur pays à l’Union européenne, ce qui est chose faite. De quoi, là aussi, faire réfléchir les souverainistes… »

 

En 1941, alors que la deuxième guerre mondiale sévit depuis deux ans avec ses nombreux morts et combats, les Nazis attaquent la Yougoslavie et mettent en place en Croatie un Etat indépendant qui va devenir satellite de l'Allemagne, l’Etat indépendant de Croatie. Ses autorités, les Oustachis, se fondent sur une politique basée sur le modèle nazi et prônent un Etat croate ethniquement pur, qui sera débarrassé des « éléments indésirables », Serbes et Juifs. Le tristement célèbre Ante Pavelic, chef des Oustachis, ne cherche pas à dissimuler les massacres qu'il compte mener contre ces populations. Des lois raciales sont édictées [Loi pour la protection du peuple et de l’état (17 avril 1941), loi sur l’appartenance à la race (30 avril 1941), loi sur la protection du sang aryen et de l’honneur du peuple croate (30 avril 1941)] qui mettent en place de fortes discriminations envers les Serbes et les Juifs : Ceux-ci sont chassés des centres des villes, victimes d'expropriations, et doivent porter des signes distinctifs. Ceux qui refusent l'oppression ainsi que les Croates qui défendent les victimes sont accusés de haute trahison et emprisonnés ou fusillés.

 

Les Oustachis déclenchent rapidement des massacres. Le 2 juin 1941, le ministre de la justice de l'Etat indépendant de Croatie, Milovan Zanic, annonce que « les massacres déjà commis s’inscrivent dans un plan national de massacre des populations serbes et juives. [la Croatie], est seulement pour les Croates et pour personne d'autre. Il n'y a pas de méthode que nous, Croates, puissions négliger dans le but de faire ce pays vraiment nôtre et de le nettoyer des Serbes (et des éléments "hostiles"). (...) Nous ne cachons pas notre pensée, c'est la politique de notre État, (...) nous ne ferons pas autre chose, mais seulement ce qui est écrit dans les principes oustachis. »

 

Certains hauts responsables oustachis vont même plus vite que les autorités centrales de Zagreb : Le gouverneur oustachi de la région de Banja Luka, Gutic, lance des appels à la haine et signe des papiers autorisant " Tout Croate à exterminer les Serbes partout où on les rencontrera".

 

Durant le seul mois de Juin 1941, on compte 100 000 hommes, femmes et enfants serbes tués par les soldats oustachis et les paramilitaires qui les aident.

 

D'autres massacres encore plus vastes ont eu lieu en Herzégovine durant la même période. Dans la banlieue de Ljubinje, les oustachis ont entrepris le 2 juin un massacre en masse. Trois jours plus tard, les oustachis ont égorgé quelque 180 paysans du village de Korita, près de Gacko. Le 30 juin, à Ljubusko, nouveau massacre. En juin, c'était le massacre des Serbes sur le territoire de la Dalmatie du Nord. Encore plusieurs dizaines de milliers de morts.

 

Fin Juillet et début Aout 1941 ont lieu les massacres de Vrgin-Most qui seront de l'aveu même des soldats italiens alliés des Oustachis un déclenchement de la barbarie la plus affreuse. Des femmes de villages serbes sont affreusement violées puis mutilées, plusieurs milliers de civils exécutés. Lors du raid du 3 Aout, on comptera 5 survivants sur les 5000 Serbes qui ont été arrêtés par les Oustachis. Bien qu'alliée de ces derniers, l'armée italienne décidera d'intervenir et de prendre le contrôle de la région pour faire cesser cette barbarie, ce qui fâchera passablement les autorités centrales de Zagreb.

 

Concernant les camps de concentration, la Croatie sera le seul « État » d'Europe à mettre en place une politique concentrationnaire sans l'aide des Nazis. Et une différence remarquable entre les camps nazis et croates est que les exécutions dans les camps croates avaient le plus souvent lieu à l'arme blanche ou même.... à la hache comme dans le funeste camp de Jasenovac, l'Auschwitz des Balkans, dans lequel furent exécutes 360 000 personnes, comprenant des Serbes, des Juifs, des Tziganes et des opposants, ce qui en faisait selon les historiens le camp le plus meurtrier après ceux d'Auschwitz et de Treblinka.

 

Le bilan de ce génocide varie. Déjà en 1941, un rapport intitulé Documentation sur les actions illégales et brutales commis par les oustachis sur la population yougoslave, commandé par l’État-major de l'armée italienne, fait état de plus de 80 000 Serbes tués entre Avril et Aout 1941.

 

Le bilan total du génocide se chiffre lui en centaines de milliers de morts et de disparus : 744 000 selon un rapport du président Roosevelt lors de la conférence de Téhéran, dont 330 000 environ rien qu'à Jasenovac selon le United States Holocaust  Memorial Museum.

 

Force est néanmoins de constater que si le thème du génocide de 1941-1945 est bien connu des historiens des Balkans et de certains historiens américains, on en parle relativement peu. Et il a fallu attendre Avril 2011 pour qu’un officiel croate, le président Josipovic, fasse enfin des excuses pour les crimes commis par l’Etat indépendant de Croatie.

 

Source AGORAVOX ICI  : 

 

La Croatie face à ses fantômes oustachis. L'extradition d'un commandant de camp nazi réveille le passé par Thomas Hofnung — 18 juin 1998

 

« L'ancien officier nazi croate Dinko Sakic devait être extradé hier soir vers la Croatie où il sera jugé pour des crimes commis pendant la Seconde Guerre mondiale. Dinko Sakic, 76 ans, qui réside en Argentine depuis 1947, avait été arrêté en avril à son domicile, quelques heures après l'enregistrement officiel par l'Argentine d'une demande d'extradition présentée par la Croatie.

 

Zagreb envoyé spécial, Le 30 avril, c'est par un silence assourdissant que Zagreb avait accueilli la nouvelle de l'arrestation en Argentine de Dinko Sakic. Un silence révélateur de la gêne qu'éprouve le régime du président croate Franjo Tudjman face à la réapparition inopinée de l'ancien commandant du camp de concentration de Jasenovac (Croatie), où furent massacrés par les oustachis (pronazis), de 1941 à 1945, plusieurs dizaines de milliers de Serbes, de Juifs, de Tsiganes et de Croates antifascistes.

 

Dinko Sakic, un retraité d'apparence paisible, ayant reconnu à la télévision argentine qu'il avait dirigé le camp de sinistre mémoire, les autorités de Zagreb n'ont pas eu le choix. Elles se sont rapidement résolues à demander son extradition, en partie pour prendre de vitesse le «frère ennemi» yougoslave qui venait d'entamer la même démarche auprès de Buenos Aires. La Croatie se prépare désormais à juger l'ancien responsable oustachi au cours d'un procès qui promet d'être douloureux. Car, depuis 1990, les autorités de Zagreb n'ont pas ménagé leurs efforts pour réhabiliter partiellement le régime d'Ante Pavelic, qui avait collaboré avec l'Allemagne nazie. »

 

La suite ICI 

Pavelic Ante

 

Publié le par Mémoires de Guerre

Ante Pavelić (Bradina, Bosnie-Herzégovine, 14 juillet 1889–Madrid, 28 décembre 1959), était un homme politique yougoslave d'origine croate. Fondateur du mouvement nationaliste croate des Oustachis (Ustaše), il fut le dirigeant de l’État indépendant de Croatie (Nezavisna Država Hrvatska, NDH) pendant la Seconde Guerre Mondiale.

La suite ICI

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