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4 mai 2018 5 04 /05 /mai /2018 06:00
Me voilà contraint à être aussi sobre qu'un chameau : pour 1 ancien pensionnaire du service de pneumologie de l’hôpital Cochin, privé de vin, je ne manque pas d’air…

Dans ma Vendée profonde refuser de prendre un petit verre, de trinquer, relevait de l’injure aux bonnes manières locales, d’une muflerie entre mâles, les femmes, elles ne buvaient pas, sauf du café bouillu, tout comme ne pas faire une rincette à la goutte dans sa tasse de café sucré était un marqueur de l’appartenance au monde viril.

 

Dans le patelin, où, comme le notait Catherine Bernard, le ratio  nombre d’habitants par café frôlait le record du monde, bizarrement, les hommes qui les fréquentaient en semaine, le dimanche après la messe étant l’exception tolérée, étaient pointé du doigt, classés comme des pochtrons et surtout des fainéants.

 

Chez moi on ne poussait pas les visiteurs à boire, c’étaient le plus souvent des clients de mon père qui venaient régler leur note, on se contentait du geste, le clan des femmes n’aurait pas toléré de la viande saoule au Bourg Pailler.

 

« Chez nous les hommes ne boivent pas… » disait mémé Marie, ce qui signifiait qu’ils ne se pochtronnaient pas, jamais je n’ai vu ni le pépé Louis, ni son fils Arsène, mon père, saouls, ça dû leur arriver mais ils devaient cuver leur vinasse avant d’avoir le droit de rentrer.

 

L’accès au verre de vin relevait du rite initiatique et, pour les garçons, les filles ne buvant pas, ce rite se déroulait lors du conseil de révision qui se déroulait à la mairie du chef-lieu de canton, en l’occurrence la Mothe-Achard, mon bled de naissance.

 

Le conseil de révision

 

 

« Avant d’effectuer leur service militaire, les jeunes sont sélectionnés lors du conseil de révision. Un rituel particulier et qui fait aujourd’hui sourire.

 

Jugez plutôt ! La scène se passe dans la mairie du chef-lieu de canton : pour les passerands à Saint-Gervais donc. Les jeunes de 18 ans sont convoqués pour être mesurés, pesés, observés dans le détail : dentition, vue, infirmités diverses, ceci devant un médecin militaire avec les gendarmes pour assesseurs. Mais le plus surprenant est que les garçons défilent en tenue d’Adam devant une très officielle commission composée des maires, du conseiller général, de l’adjudant de gendarmerie entre autres (ce sont des hommes évidemment). »

 

« Après examen du cas, si tout se passe normalement, la formule prononcée est « Bon pour le service ». Les recalés sont généralement un peu malheureux… Une époque révolue ! » (Traditions et évolution de Passy, p. 137)

 

« Dès la sortie, les jeunes, décorés de cocardes tricolores, de rubans, et coiffés de chapeaux se rendent dans un des bistrots du bourg où ils prennent souvent leur première « cuite ». Parfois même, certains font une « excursion » dans une ville voisine pour une séance d’amours tarifées. Les jeunes ne sont pas les seuls à passer le conseil de révision, les étrangers qui deviennent français par naturalisation sont soumis à pareil traitement jusqu’à l’âge de quarante ans. Toutefois, ils n’effectueront pas leur service militaire pour charge de famille. » (Traditions et évolution de Passy, p. 137)

 

Mon frère aîné, Alain, passa le conseil de révision dans cette tenue, pas moi, lui fit son service militaire en Algérie, sur un piton rocheux surveillant la ligne Morice électrifiée qui séparait la Tunisie de Bourguiba, favorable aux fellaghas, de l’Algérie française, moi je fis mon service national comme coopérant dans l’Algérie de Boumediene, à l’Université de Constantine, non loin de Guelma, la base arrière du régiment de mon frère.

 

Enfant, puis adolescent, en dehors de la piquette du pépé Louis colorant mon verre d’eau, le vin n’entrait pas dans ma ration alimentaire, et lorsque vint l’âge adulte, avec mes copains, au bistrot pas question de descendre une fillette, nous étions les enfants du non alcool, non par dégoût mais parce que pour nous cette consommation s’assimilait au monde des péquenots que nous ne voulions plus être.

 

J’ai donc accédé au vin quotidien sur le tard, à Nantes, étudiant, je me tapais des petits rouges avec des œufs durs au bar qui faisait face au journal La Résistance de l’Ouest, devenu Presse-Océan, ouvert toute la nuit, mais c’était juste pour me la péter rebelle que par goût personnel.

 

En Algérie, où il était officiellement proscrit par le régime, lors de nos fêtes entre expats, auxquels participaient des collègues algériens, nous carburions à la cuvée du Président, étrange duplicité des autorités qui toléraient cette dénomination d’un produit sacrilège. Là encore le vin n’était qu’un vecteur du lien social.

 

 

De retour, installé à Paris, dans le quartier de Buci, rue Mazarine très exactement, au-dessus de la librairie Gründ, dans un minuscule appartement à deux pas des Beaux-Arts, le budget était serré, le vin n’était pas une priorité. Pourtant, travaillant au Ministère de l’Agriculture, je m’aperçus que le monde du vin, celui des VCC, y occupait une place à part et un jour je me rendis chez le caviste de référence à Paris, Nicolas.

 

C’était au temps où cette maison était gérée à l’ancienne avec des cavistes qui faisaient le métier. Je m’initiai donc avec lui et je reparti avec ma première bouteille : un Saint-Georges d’Orques qui à l’époque était un brave VDQS.

 

 

« Dans la longue histoire viticole Languedocienne, Saint Georges d’Orques est incontestablement l’appellation dont la notoriété est la plus forte et la plus ancienne. Elle entra véritablement dans l’histoire en 1787 quand Thomas Jefferson, ambassadeur et futur président des Etats-Unis la remarqua et demanda à son ministre des Finances de réduire les droits de douane des vins de Saint-Georges car, expliqua-t-il, le développement de la consommation des vins de qualité est le meilleur moyen pour lutter contre l’alcoolisme. »

 

Jean-Pascal Antherrieu a vinifié son premier millésime en 1981, « en même temps que Mitterrand » mais c’était alors en tant que tout jeune directeur de la cave coopérative de Murviel, fraîchement diplômé en œnologie. L’inexorable mouvement de concentration des coopératives à l’aube du XIXe siècle l’a ramené, un quart de siècle plus tard, à la case départ à Montarnaud. Avec les 3 hectares de son père plus quelques vignes en fermage. « Ce que d’autres ont mis 30 ans à bâtir, j’ai dû le faire en 10 », dit-il sans forfanterie. Il gère aujourd’hui 34 hectares (la moitié en fermage) dont il vinifie un cinquième de le production, le reste étant confié à une coopérative. « Je ne vois pas l’intérêt de vinifier soi-même si c’est pour vendre en citerne ! ». Autrement dit, il vinifie ce qu’il vend en bouteilles, et inversement. Dont deux hectares d’AOP Saint-Georges-d’Orques à Murviel. « Je connais bien le terroir, la fraîcheur des vins, j’y crois, et c’est un joli nom ! ». Il a s’y faire une place. Avec l’appui d’un commercial, il vend toutes ses bouteilles sur le marché local, à Montpellier, sur le littoral. Il a aménagé récemment un moderne caveau de vente dans la maison de son grand-père. L’humilité n’enlève rien à la volonté de réussir.

 

Tout ça pour vous dire que j’ai accédé au vin, non par passion, mais pour des motivations sociales. Je ne suis pas un fou de vin, même si sur le tard, avec les vins nu, j’ai accédé au vrai plaisir du vin.

 

Bref, je ne vais pas vous raconter ma vie de buveur de vin, même je passe mon temps ici à le faire, mais me contenter de dire que la sobriété, à laquelle je suis soumis en ce moment,  ne me pèse pas. Je ne suis pas addict.

 

Pour terminer cette chronique je vous offre un florilège de citations sur la Sobriété :

 

« Elle lui lança Monsieur vous êtes ivre qui se voulait cinglant, à quoi il répliqua aussitôt d'un ton placide : et vous madame, vous êtes laide, mais moi au moins demain je serai sobre. »

 

« Donc, une femme sans besoins. C'est assez rare pour le signaler. Une sorte de père de Foucauld, aussi sobre qu'un chameau, silencieux qu'un serpent, impassible qu'un rhinocéros. » 1965. Le Tigre entre en piste

 

« Même s'il semble improbable de redevenir sobre comme un chameau en une seconde après avoir ingurgité un litre de tequila, c'est pourtant ce qui arriva à Harry Truman. »

Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire - Jonas Jonasson

 

« J'ai toujours remarqué que les gens faux sont sobres, et la grande réserve de la table annonce assez souvent des mœurs feintes et des âmes doubles. »

Julie ou la Nouvelle Héloïse, Jean-Jacques Rousseau, éd. Barbier, 1845, partie I, lettre XXIII, p. 84 - Rousseau

 

« Je voudrais voir un homme sobre, modéré, chaste, équitable, prononcer qu'il n'y a point de Dieu : il parlerait du moins sans intérêt. Mais cet homme ne se trouve point. »

Les Caractères - La Bruyère

 

« Pétrarque, lord Byron, Hoffmann et Voltaire étaient les hommes de leur génie ; tandis que Rabelais, homme sobre, démentait les goinfreries de son style et les figures de son ouvrage. .. Il buvait de l'eau en ventant la purée septembrale, comme Brillat-Savarin mangeait fort peu tout en célébrant la bonne chère. »

La Peau de Chagrin (1831), Honoré de Balzac, éd. Librairie Générale Française, 1995, Préface à la première édition, p. 47-48 - Honoré de Balzac

 

« Prenez de l'amour ce qu'un homme sobre prend de vin ; ne devenez pas un ivrogne. Si votre maîtresse est sincère et fidèle, aimez-la pour cela : mais, si elle ne l'est pas, et qu'elle soit jeune et belle, aimez-la parce qu'elle est jeune et belle ; et, si elle est agréable et spirituelle, aimez-la encore ; et, si elle n'est rien de tout cela, mais qu'elle vous aime seulement, aimez-la encore. On n'est pas aimé tous les soirs. »

La Confession d'un enfant du siècle de Alfred de Musset - Alfred de Musset

 

Le secret de la sobriété des chameaux

 

« Des chercheurs israéliens ont découvert, dans le nez des chameaux, un mécanisme unique qui leur permet de survivre, dans les difficiles conditions du désert, grâce à une hydratation extrêmement réduite. Ce mécanisme, estime le professeur Amiran Shkolnik, de l'université de Tel-Aviv, pourrait être appliqué à la structure des conditionneurs d'air conçus pour les zones arides, dont le problème le plus difficile à surmonter jusqu'à présent était justement une trop grande déperdition d'humidité (...).

 

« Alors que la muqueuse tapissant les narines humaines couvre tout au plus dix centimètres carrés, les naseaux du chameau ont une muqueuse de mille centimètres carrés entièrement utilisée par le mécanisme de la respiration. Cette membrane agit à l'inverse de la membrane humaine, qui laisse s'exhaler l'air humidifié dans les poumons. Continuellement humide, elle hydrate l'air desséché du désert au moment où il est inhalé dans les poumons mais retient en revanche cette humidité lorsque l'air est exhalé. Cette sorte de valve de sécurité permet au chameau d'économiser 68 % d'une humidité qu'il perdrait si ses narines n'avaient pas été dotées par la nature d'un tel mécanisme.

 

« Les deux savants ont découvert en outre que, alors que l'air exhalé par les humains l'est à la température du corps, le chameau exhale un air de neuf degrés plus frais (29 degrés) que sa propre température. Il reste à présent aux ingénieurs à utiliser le mécanisme reconstruit après dissection par le professeur Schroter pour améliorer la climatisation dans le désert. »

 

Avouez que pour un ancien pensionnaire du service de pneumologie de l’hôpital Cochin privé de vin je ne manque pas d’air…

 

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3 mai 2018 4 03 /05 /mai /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H Les temps étaient interlopes et le président Pompe allait, avec l’affaire Markovic, en faire la très cruelle expérience (83)

Nous prenions des petits noirs au bar d’un bistro proche de la grande crèmerie de la rue des Saussaies où l’on était à peu près sûr de retrouver quelques vieux chevaux de retour carburant au petit blanc. Cet après-midi-là Benoît t tombais nez à nez avec le traitant de la vieille roulure de Gustave. Gustave Porcheron. Gustave la balance, électricien au service d’entretien chez Wendel, que ces petits cons de la GP considéraient comme un vrai révolutionnaire, alors que les RG le tenaient pour une poignée de biftons, et un peu de cul dans une boîte des Champs. Pour l’amadouer  Benoît le détournait de son blanc ordinaire en lui offrant une ligne de Muscadet Sèvre et Maine sur lie. L’effet ne fut pas immédiat car le vieux se méfiait. Bien évidemment, ils bavassaient de tout autre chose, Benoît lui laissant entendre qu’il dans les petits papiers de l’étoile montante des RG, l’ambitieux Bertrand. Le tarin bourgeonnant de son collègue captait les doux effluves d’un avancement qui mettrait un peu de beurre dans ses épinards, il se déballonnait sans aucune réticence. Le Gustave se prenait pour un quasi dieu vivant de la GP. Il devenait incontrôlable depuis qu’il se tapait des filles de grands bourgeois qui cherchaient l’extase sous sa bedaine prolétarienne. Depuis quelques temps il vivait quasiment à temps plein, avec l’une d’elle, dans un duplex donnant sur les Invalides. Benoît griffonnait l’adresse sur le ticket de caisse. Leur après-midi, à Armand et lui, allait être très sportif. Benoît en salivait d’avance en saluant mon collègue d’un généreux « Je n’oublierai pas ton coup de main. J’ai le bras long… »

 

Notre intrusion dans le lupanar laissa de marbre une grande sauterelle, pieds-nus, aux cheveux longs et gras, clope au bec, en salopette bleue constellée d’encre, qui tirait des tracts sur une vieille ronéo hoquetante. À ses côtés un jeune boutonneux, gras et bas du cul, boudiné dans un jeans, ne prit même pas la peine de se retourner pour nous lancer « Si c’est pour Gustave vous feriez mieux d’attendre ici il n’aime pas qu’on le dérange quand il fait sa sieste… » Face à une telle décadence Armand bramait « Et il l’a fait où sa sieste ce gros con ! » Un tel qualificatif, inusité en ce lieu entièrement dédié au bien-être de l’unique représentant des couches exploitées par la bourgeoisie, fit sortir de ses gonds le morveux. Ses petits crocs, tout jaunis par la nicotine, dehors, il aboyait. « Vous êtes qui vous ? » Du tac au tac Benoît le contrait avec la réponse-type « Des ouvriers de chez Citroën camarade… ». L’avorton se calmait et, tout en s’essuyant les mains avec un chiffon sale, il les examinait avec suspicion. « Dans cette tenue… »Armand, piqué au vif, le retoquait « Qu’est-ce qu’elle a notre tenue ? Faudrait peut-être qu’on soit crade petite tête pour coller à tes petites images du prolo. Désolé de te décevoir nous, quand on sort, on se nippe mon gars. Ce n’est pas parce que tu singes l’ouvrier avec tes paluches dans le cambouis que tu dois nous manquer de respect… » La tirade produisait son effet, l’apprenti révolutionnaire rendait les armes tout en maugréant « Gustave n’attendait pas de la visite… » Benoît le séchait durement « Normal nous venons lui apprendre une très mauvaise nouvelle… » Le jeune couillon n’eut même pas l’audace de me demander de quoi il s’agissait.

 

Gustave effectivement dormait. Il dormait sur le ventre, nu comme un ver. Armand le réveilla sans ménagement. Il se débattit, poussa des grognements, avant que sa face, boursouflée et molle, ne s’anime de soubresauts visqueux et que, dans un ultime sursaut, il ne se redresse sur son céans en jetant sur eux des regards effarés. Enfin, reprenant un peu ses esprits, il grommelait en regardant Benoît : « Mais qu’est-ce que tu fous ici ? »

 

  • Je viens prendre de tes nouvelles. Tu te fais rare mon Gustave. La grande maison s’inquiète tu sais... » Il se regimbait « Et toi ça fait un bail qu’on ne t’a pas vu. Moi je fais mon boulot, honnêtement… »

 

Comme l’heure n’étais pas aux explications Benoît envoyait Gustave balader en lui intimant l’ordre de se rhabiller. Il résistait « Je n’ai pas d’ordres à recevoir de toi… » Armand intervenait brutalement « Tu rempoches vite fait ta viande gros lard sinon je te passe les burnes au chalumeau… » Gustave braillait « C’est qui se nazi ? » En lui tapotant la couenne Benoît le rassurait « Un pote de Bigeard gros fion ! » Armand le vannait en l’attaquant sur sa fierté de mâle « Dis-donc la balance tu ne serais pas aussi un peu vantard sur les bords ? Elle est où la belle Sonia ? Celle que tu es censé calcer à l’heure qu’il est ? » Piqué au vif le Gustave reprenait du poil de la bête « C’te morue elle a p’tète un beau cul et des gros nichons pépère mais c’est une gouine. Moi j’n’aime pas les lécheuses de chatte… » Benoît coupait court sèchement « Ferme ta grande gueule et habille-toi, la récréation est terminée mon gros. Maintenant tu vas bosser pour moi et je n’aime pas les ramenards ». En enfilant son slip il le toisait d’un regard mauvais : « Bosser pour toi mais t’es louf… » Benoît opinait  en ajoutant « T’as tout juste Auguste, mais t’as pas le choix. La belle vie c’est fini. Tu montes en première ligne et avec nous c’est ta peau que tu vas jouer… »

 

Ils laissèrent le Gustave s’enfiler une mousse en lui laissant croire qu’il allait s’en tirer à un si bon compte. Un coup de sonnette intempestif le ramenait brutalement à la réalité. Gustave rotait puis éructait dans son dialecte chuintant « Qu’est-ce qu’elle vient encore me faire chier celle-là !  Moi j’en ai marre qu’elle me pisse dessus en écoutant de la musique de nègres… » Armand méprisant lui claquait le bec « Elle ne te pisse pas dessus tas de saindoux. C’est une femme fontaine. Tu devrais lui lécher la chatte au lieu de brailler comme un goret… » Le Gustave se rengorgeait « Mais qu’est-ce que tu nous chantes pauvre fiotte, quand je dis qu’elle me pisse dessus c’est qu’elle me pisse dessus la salope… » Armand haussait les épaules « Je vais ouvrir. Te donnes pas la peine de lui expliquer, c’est du lard rance qu’il a dans le ciboulot. Tu ferais mieux de le cuisiner car on a mieux à faire… » Gustave blêmissait « Me cuisiner c’est quoi  s’t’engeance ! » Benoît lui retournait en guise de réponse deux mandales appuyées.

 

Gustave pissait le sang sur la moquette immaculée. Aux côtés d’Armand, une belle bourgeoise trentenaire, en tailleur Chanel court et quincaillerie ad hoc, contemplait la scène avec gourmandise en serrant son petit sac à main sur sa poitrine. Benoît bourrait de coups de pieds les flancs de Gustave qui chouinait « Mais pourquoi vous me faites ça moi j’chui prêt à tout pour vous… »  Benoît ricanait « C’est bien ça qui nous défrise roulure tu es prêt à tout pour tout le monde. T’es le VRP multicartes de la balance Gustave. Nous on veut l’exclusivité de tes services alors on te fait bénéficier d’une petite avance sur recette pour que tu saisisses bien ce que nous attendons de toi. Si t’es réglo pas de problème tu pourras continuer de bénéficier des grandes eaux de ta putain. Sinon, du côté eau ce sera plutôt la politique de l’entonnoir. Pigé ! Qu’en pensez-vous chère madame ? » Adeline ôtait ses gants, tendait une main aux ongles parfaitement manucurés « Vous avez l’âme d’un chef… je baiserais bien avec vous mais voyez-vous jeune homme, je raffole de ce qui est sale, de ce qui pue. Et le bout de viande, dont ce gros porc est fier, empeste comme le Maroilles dont il se goinfre. Quand je l’enfourche, même s’il bande un peu mou, j’ai vraiment la sensation de m’enfiler un ver blanc… et ça me mets dans des états pas pareil… » Ils laissèrent Gustave entre les mains d’Adeline Les temps étaient interlopes et le président Pompe allait, avec l’affaire Markovic, en faire la très cruelle expérience. Comme le disait justement Armand « nous avons fait sauter la bonde du tonneau, la séquence « on baise à tout va » s’ouvrait. Elle se butterait, une décennie plus tard, sur le VIH.

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3 mai 2018 4 03 /05 /mai /2018 06:00
Clemenceau, médecin des pauvres dans le XVIIIe, considérait que « l’usage et l’abus de l’alcool n’était autre que le problème social tout entier, même dans la société la plus parfaite qui soit, vous ne supprimerez pas le besoin de rêve »

 

Georges Clemenceau, le Tigre, était un médecin qui durant ses études de médecine accomplira une partie importante de ses stages dans des services prenant en charge les malades mentaux. En plus de son passage à Saint-Jacques, à Nantes, qu’il avait illustré par quelques exploits, il ira, à Paris, à la Salpetrière et surtout, comme il le rappellera à plusieurs reprises, il « vivra une année de sa jeunesse » ­­– l’année universitaire 1862-1863 – à Bicêtre, « au milieu des fous, des idiots et des crétins ». Comme toujours, en parlant ainsi, il ne pouvait s’empêcher de jouer les provocateurs, mais, soulignons-le, il avait choisi ces terrains de stage et il se montrera toujours attiré par la maladie mentale.

 

À Bicêtre, en 1864, il avait été interne en même temps que Valentin Magnan qui deviendra l’un des grands aliénistes de la Troisième République ; devenu ministre de l’Intérieur et surtout président du Conseil, il appuiera le combat de ce dernier contre l’alcoolisme et en particulier il demandera que soient effectuées des études précises sur les ravages causés par l’absinthe. Mais Clemenceau n’était pas un partisan de la prohibition, ni même d’une répression aveugle. Assurément sobre, lui médecin – et dans le XVIIIe arrondissement, médecin des pauvres – considérait « que la question posée par l’usage et l’abus de l’alcool n’était autre que le problème social tout entier ». Pourtant, poursuivait-il : « même dans la société la plus parfaite qui soit, vous ne supprimerez pas le besoin de rêve ». 

 

« La consommation d’alcool et de boissons alcoolisées fait courir à l’heure actuelle au pays tout entier des dangers auxquels le gouvernement a le droit de porter remède d’une manière énergique, tant pour la discipline que pour la santé de tous. »

 

«Il y a en moi un mélange d'anarchiste et de conservateur dans des proportions qui restent à déterminer

 

« En 1906, Armand Fallières, élu président de la République, invita ses amis en vue de la composition du gouvernement. Il fit servir à boire et demanda à Clémenceau :

 

-         Qu’est-ce que vous prenez ?

 

-         L’Intérieur, répondit l’autre.

 

Qui l’obtint… »

 

Dans la Vendée calotine, baignant dans l’eau bénite, soumise à la génuflexion, Clemenceau, ardent républicain, anticlérical affirmé, mais hostile au socialisme, il entend défendre la propriété et les libertés individuelles et voit dans « le socialisme une idéologie de caserne », était respecté par tous.

 

Avec mon père j’ai visité sa maison de Saint Vincent sur Jard où il se retire en 1920 quittant la vie politique. «Entre l’océan et la maison qu’il loue, Georges Clemenceau, grand ami de Claude Monet, réalise le pari de créer un jardin sur la dune » ICI 

 

Sa stature m’a marqué et le récit de ses obsèques, sobres et altières, m’a fasciné :

 

 « Au  lendemain de sa mort, conformément à son testament qui excluait tout « cortège ni cérémonie d'aucune sorte », son corps - auprès duquel avait été placé selon ses instructions l'humble bouquet que lui offrirent en Champagne le 6 juillet 1918 deux soldats d'avant-poste promis à la mort - fut transporté dans sa voiture et à 12 heures 30, arriva à Mouchamps au « bois sacré » où reposait depuis 1897 son père, en présence de 200 gendarmes et de nombreux paysans accourus malgré les barrages routiers et la fermeture du chemin du manoir-ferme du « Colombier », domaine où ses ancêtres avaient vécu du début du XVIIIe siècle à 1801.

 

Il fut porté en terre par son chauffeur Brabant, son valet de chambre Albert Boulin, deux fossoyeurs et deux paysans, sur le bord d'un ravin boisé dominant une boucle du Petit Lay, terrain donné à la commune en avril 1922 par Clemenceau et ses cinq frères et sœurs, dans une grande simplicité, celle des funérailles protestantes traditionnelles. Un de ses familiers, le jeune lieutenant d’infanterie Jean de Lattre de Tassigny, futur maréchal de France, fut avec son épouse parmi ses rares amis vendéens à assister à ses obsèques.

 

La  copie de la Minerve casquée dite « de Samos » par Sicard surplombe les deux sépultures jumelles, sans dalles ni inscriptions, seulement entourées de grilles ombragées par un grand cèdre de l'Atlas, « arbre de La Liberté » planté en 1848 par son père. »

 

 

 

Ce long préambule pour vous dire que, ce qui est devenu quasiment un marronnier de la presse du vin, du moins ce qu’il en reste, Denis Saverot de la RVF l’usant jusqu’à la corde, la partie de bras de fer entre les défenseurs de la boisson nationale fraîchement convertis à la modération et les prohibitionnistes masqués de l’alcoologie, me gonfle de plus en plus.

 

Le Monde, jamais en reste d’un bon sujet qui caresse dans le sens du poil ses annonceurs, ce qui ne l’empêche pas dans le même mouvement de la faire avec les hygiénistes, titre Macron aime le vin et le fait savoir, au grand dam des médecins

 

« Emmanuel Macron a régulièrement banalisé la consommation du vin et multiplié les gestes en faveur de la filière viticole. Une posture inédite pour un chef de l’Etat, qui met en émoi les acteurs de la santé. »

 

LE MONDE | 28.04.2018 à 12h15 • Mis à jour le 30.04.2018 à 12h17 | Par Ophélie Neiman

 

« La filière viticole ne pouvait rêver d’un meilleur ambassadeur : un président de la République qui aime le vin. Mais surtout, un président qui ne craint pas de le faire savoir. Même s’il boit avec beaucoup de modération. Une position inédite dans la Ve République, révélée dès la campagne présidentielle et qui ne s’est jamais démentie depuis. Un pari risqué, aussi : pour beaucoup d’électeurs, le vin est d’abord un produit nocif pour la santé. Du reste, nul autre président, avant lui, ne s’était risqué à faire une telle déclaration d’amour au vin.

 

Emmanuel Macron a trois raisons de casser ce tabou : le vin est le deuxième secteur d’exportation, cumule 13 milliards de chiffre d’affaires et génère près de 500 000 emplois. C’est le symbole de la réussite française par excellence. Et puis… et puis, ça tombe bien, il le connaît bien. Deux vidéos sont là pour le prouver, réalisées quand il était encore candidat, en décembre 2016, à l’occasion d’un entretien avec Sud-Ouest et Terre de vins. On y voit le président goûter des vins lors d’une dégustation à l’aveugle : « On sent le cuir, le sous-bois. On peut aller vers Pauillac… c’est un bordeaux en tout cas. Le nez ne trompe pas ! » ICI 

 

Tout y est : la  dégustation surprise de Macron, son « N’emmerdez pas les Français », le « Vu du foie, le vin est bien de l’alcool «  d’un collectif de médecins dans Le Figaro, l’ « Entrée d’une lobbyiste au gouvernement » (sic) Audrey Bourolleau ex-directrice de Vin&Société n’est que conseillère technique au cabinet du Président, l’ « Entrée de la filière sur le terrain de la santé » (re-sic), et bien sûr le couplet de Reynaud, professeur en psychiatrie, addictologue et président du Fonds Actions Addictions, le grand danger du vin est d’avoir réussi à faire entrer de fausses informations dans les consciences : « On veut nous faire croire qu’une consommation modérée est bonne pour la santé, mais c’est faux. La vérité est que le risque augmente dès le premier verre régulier, que l’alcool est la première cause de démence précoce, la deuxième cause de cancer. Et source de nombreuses violences familiales. Au lieu de cela, on nage dans un bain d’informations positives. »

 

Fermez le ban !

 

A-t-on dans cette relation purement factuelle fait avancer la juste cause de la lutte contre l’alcoolisme ?

 

La réponse est non !

 

Bataille de communication, vaine bataille entre les réparateurs des corps meurtris et les cajoleurs des âmes en désarroi, je me sens proche du médecin Clemenceau, pourfendeur de l’alcoolisme mais conscient que nous ne  supprimeront jamais le besoin de rêve. 

 

Mon passage à Cochin me renforce plus encore dans l’appréhension de la lutte contre l’alcoolisme, je  suis et je reste un Olivier AMEINSEN.

 

LIRE 19 janvier 2012

 

Portrait d’Olivier Ameisen dans Libération « Arrêter l’alcool, ce n’est rien. Découvrir la vie, c’est extraordinaire»

 

« En novembre 2004 j’ai publié une chronique sur le livre du Dr Olivier Ameisen « Le Dernier Verre » Je commençais ma chronique en écrivant  « Olivier Ameisen, l’auteur du livre « Le dernier verre » chez Denoël, est un médecin sensible et talentueux. Deuxième enfant d’une famille parisienne aisée, d’origine juive polonaise, son parcours scolaire est fascinant. En 2009 je commettais une autre chronique « Les alcoologues sont un peu comme ces maris ou femmes trompés depuis des années… » à propos du livre du Dr Ameisen Le titre de ma chronique était extrait d’une libre expression du Dr Michel Marty, psychiatre, psychanalyste, président de l’ANPAA 64. J’ai donc suivi le parcours du combattant d’Olivier Ameisen avec beaucoup d’attention. Nous ne nous sommes jamais rencontrés mais j’ai eu l’occasion de discuter avec son frère Jean Claude Ameisen médecin, immunologiste, chercheur en biologie à l’INSERM dont il préside le comité d’éthique depuis 2003 et surtout pour moi, l’auteur d’un livre fondamental, à lire absolument, La Sculpture du vivant. Le suicide cellulaire ou la mort créatrice aux éditions du Seuil, 1999. »

 

Qui mieux que lui, aujourd’hui disparu, brillant médecin pourri de dons, alcoolique invétéré qui triompha de son addiction, pouvait nous indiquer les chemins à suivre ?

 

Surtout pas les professionnels de la profession qu’ils soient alcoologues ou défenseurs du vin boisson culturelle, comme Clémenceau, que je parodie, je persiste et je signe : « l’alcoolisme est chose trop grave pour la confier aux alcoologues… »

 

Je verse au dossier :

 

Santé. Les effets cachés de l’alcool sur le cancer

 

Diagnostiquée d’un cancer du sein, une journaliste de Mother Jones a découvert un facteur de risque qu’elle ignorait : la consommation d’alcool, même modérée. Elle a enquêté sur ses conséquences et sur les efforts des industriels pour vanter les bienfaits des boissons alcooliques.

 

« L’alcool m’a-t-il donné le cancer du sein? »

 

 Telle est la question que pose une journaliste de Mother Jones, atteinte dun cancer du sein à 47 ans – soit quinze ans avant l’âge médian pour ce diagnostic aux États-Unis –, sans aucun facteur de risque connu.

 

Bien sûr, reconnaît Stephanie Mencimer, il est impossible d’attribuer avec certitude le cancer à un facteur, « comme d’essayer de prouver qu’un certain événement météorologique a été causé par le changement climatique » Pourtant, poussée par la curiosité, cette journaliste s’est plongée dans la littérature scientifique et a découvert un risque dont elle n’avait jamais entendu parler : l’alcool. « Je ne suis pas une grosse buveuse, raconte-t-elle, mais comme la plupart des femmes que je connais, j’ai consommé une grande quantité d’alcool au cours de ma vie. »

 

Depuis 1988, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) classe l’alcool parmi les cancérogènes du groupe 1 (“avérés” ou “certains”). Il serait impliqué dans au moins sept types de cancer, en particulier celui du sein. “Le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) estime que pour chaque boisson alcoolique consommée quotidiennement, le risque de cancer du sein augmente de 7 %.”

 

Un lien peu connu

 

Alors qu’elle s’intéresse beaucoup aux questions de santé, la journaliste du magazine californien ignorait tout du lien entre alcool et cancer, mis en évidence par “plus de 100 études au cours de plusieurs décennies”. “J’avais entendu que le vin rouge était censé protéger des maladies cardiaques, pas provoquer le cancer”, raconte-t-elle.

 

Je me suis mise à me demander comment je pouvais être au courant du risque associé à tant d’autres choses mais pas à l’alcool. Il s’avère qu’il y avait une bonne raison à mon ignorance.”

 

Dans la suite de cet article fleuve, la journaliste détaille les effets cancérogènes de l’alcool et montre comment l’industrie des boissons alcooliques s’est employée à faire oublier ses dangers.

 

C’est dans les années 1970 que les épidémiologistes ont commencé à observer une connexion entre cancer et consommation d’alcool. Des chercheurs ont estimé récemment que l’alcool serait responsable d’environ “15 % des cas de cancer du sein et des décès associés aux États-Unis”, écrit Mother Jones.

 

Plusieurs explications biologiques ont été avancées. Ainsi, des enzymes transforment l’alcool en acétaldéhyde, une substance cancérogène. La consommation d’alcool induit aussi des déficits nutritionnels favorables à la cancérogenèse.

 

D’autres mécanismes spécifiques de certaines locations ont été identifiés : dans la bouche, le pharynx, le larynx ou l’œsophage, l’alcool peut modifier la perméabilité de la muqueuse, favorisant l’absorption d’autres cancérogènes comme le tabac. Dans le foie, il peut entraîner des pathologies hépatiques comme la cirrhose, avec un risque cancéreux.

 

L’alcool provoquerait enfin des cancers du sein en augmentant le taux d’œstrogènes dans le corps de la femme, ce qui engendrerait des divisions cellulaires plus rapides à l’intérieur du sein, avec à la clé de possibles mutations génétiques.

 

Le “paradoxe français”

 

Alors que les preuves s’accumulaient à la fin des années 1980, le secteur des boissons alcooliques a contre-attaqué. Les industriels ont lancé une audacieuse campagne de marketing pour vanter les bienfaits d’une consommation modérée d’alcool.

 

En 1991, un épisode de l’émission grand public 60 Minutes, regardé par 20 millions de personnes, mettait en avant le “paradoxe français”. Pour quelle raison les Français, avec leur alimentation riche en viande rouge, en fromage et en crème, étaient-ils moins sujets aux maladies cardiaques que les Américains? Le présentateur de l’émission soulevait un verre de vin rouge et déclarait : La réponse à cette énigme, lexplication de ce paradoxe, pourrait bien se trouver dans ce verre si engageant.

 

Même si “les chercheurs ont rapidement infirmé l’idée que le vin aurait des effets bénéfiques pour la santé cardiaque des Français”, le lien s’est imposé dans l’esprit de nombreux Américains. En 1995, cédant au lobbying des industriels, le ministère de l’Agriculture a affirmé dans ses recommandations nutritionnelles pour les Américains qu’une consommation modérée d’alcool pourrait réduire le risque de maladie cardiaque.

 

Le secteur des boissons alcooliques a aussi imité les grandes firmes du tabac en finançant des recherches mettant en avant les bénéfices supposés de l’alcool, ou contredisant le lien avec le cancer.

 

Certains pays ont agi

 

Ces dernières années, plusieurs pays ont pris des initiatives pour mettre en garde les consommateurs, explique Mother Jones. L’Australie a lancé en 2010 une campagne de publicité soulignant le caractère cancérogène de l’alcool. En Angleterre, une ONG a fait de même en 2013. Aux Pays-Bas, les autorités recommandent désormais de ne pas boire du tout et, si l’on boit, de ne pas consommer plus d’une boisson par jour.

 

Pour la journaliste américaine, c’est d’autant plus pertinent que l’alcool est l’un des rares facteurs de cancer du sein sur lesquels une femme ait prise. “Réduire ma consommation d’alcool, en particulier quand j’étais jeune, est à peu près la seule chose que j’aurais pu changer dans mon mode de vie pour éviter ce cancer, si j’avais été pleinement informée”, écrit-elle. Elle ne saura jamais si une meilleure information l’aurait poussée à ne pas boire, ni même si cela aurait changé quelque chose. Mais au moins, elle aurait “eu le choix”.

 

Les médecins pro-baclofène contre-attaquent après l'avis négatif du comité scientifique temporaire de l'ANSM

Damien Coulomb

| 30.04.2018

 

Plusieurs médecins et psychiatres ont vivement contesté l'avis négatif du comité scientifique spécialisé (CSST), chargé d'évaluer le bénéfice risque de l'utilisation du baclofène dans l'indication du traitement de l'alcoolodépendance, dont des extraits ont été communiqués par l’Agence nationale de sécurité de médicament (ANSM). Ce CSST, mis en place dans le cadre du traitement de la demande d'autorisation de mise sur le marché déposée par le laboratoire Ethypharm pour une nouvelle formulation du baclofène, avait conclu à un « rapport bénéfice risque négatif » et jugé que l'efficacité du baclofène dans la réduction de la consommation d'alcool est « cliniquement insuffisante ».

 

« L'ANSM se déconsidère », réagissent dans un communiqué plusieurs médecins soutenant le baclofène, dont le Pr Amine Benyamina, président de la fédération française d'addictologie, le Dr Renaud de Beaurepaire, chef du pôle addiction de l’hôpital Paul-Guiraud, à Villejuif, le Pr Bernard Granger de l’Université Paris Descartes, Pr Jean-Roger Le Gall de l’Académie nationale de Médecine, le Pr Philippe Jaury, principal investigateur de l'étude Bacloville ainsi que le Pr Didier Sicard, de l’Université Paris Descartes.

 

Un comité contesté

 

Ces praticiens contestent la légitimité du CSST « composé d'experts dont aucun n’est en réalité spécialiste de l’addiction à l’alcool » et qui a, selon eux, « rapidement effectué sa mission sans entendre ceux qui contestent avec des arguments scientifiques solides et plus d’une décennie de pratique professionnelle, l’évaluation des risques mise en œuvre par la CNAMTS, l’ANSM et l’INSERM. »

 

Ils remettent aussi en question l'interprétation des études Alpadir et Bacloville, les deux principales sources de données exploitées par le CSST. « Pour ne citer que les erreurs les plus grossières concernant la tolérance, les décès dans le groupe baclofène n'ont pas été imputés au traitement par le comité scientifique indépendant de l'étude Bacloville, et dans Alpadir il y a eu davantage d'effets indésirables graves dans le groupe placebo que dans le groupe baclofène », expliquent les signataires du communiqué, qui dénoncent un « travail téléguidé et superficiel ».

 

Rappelons que, dans les 2 études, il avait été observé un fort effet du placebo sur la réduction de la consommation, et que la différence entre la consommation d'alcool dans le groupe baclofène et le groupe placebo n'était pas statistiquement significative dans l’étude Alpadir et significative dans l'étude Bacloville.

 

Des praticiens de terrain montent au front

 

Ces critiques s'ajoutent à celles formulées par un autre groupe de 31 médecins dans une tribune qui sera publiée cette semaine dans la revue « LE FLYER ». Les auteurs exercent en ville ou en CSAPPA, et se présentent comme n'étant « ni collectif militant, ni baclo-sceptiques mais tout simplement cliniciens accompagnant au quotidien des patients alcooliques ». Ils affichent leur incompréhension face à la conclusion du CSST : « Nous ne remettons pas en cause les conclusions du CSST, précisent-ils, mais nous mesurons au quotidien les risques imputables à l’alcool. »

 

Les auteurs rappellent que, selon un rapport de la société française d'alcoologie de 2013, environ 400000 Français sont hospitalisés chaque année pour des causes liées à l'alcool (comas éthyliques, hépatites, cirrhoses). L'alcool serait en outre responsable de 50000 décès par an, dont 15000 par cancer. « Les évaluateurs du rapport bénéfices-risques ont-ils inclus ces données?, questionnent les signataires. Il faudrait tenir compte du poids de cette maladie. Il ne sagit pas dun traitement de la migraine ou de la fatigue passagère pour lequel la survenue d’effets indésirables délégitimerait une demande d’AMM. »

 

Ils citent également les résultats de l’étude OBADE, présentés en avril 2018 au congrès de l’association nationale des hépato-gastroentérologues des hôpitaux généraux, et menée entre mars 2012 et décembre 2016 sur 202 patients dont 77 souffrant de cirhose. Au bout du suivi, 70 % des patients avaient une consommation nulle ou inférieure à 30 g par jour et aucun évènement indésirable sévère n'a été rapporté, y compris dans le groupe cirrhose.

 

Pour les signataires de la tribune, « l’efficacité du baclofène ne fait guère de doute, comparée aux autres traitements existants [...] On dispose probablement pour la première fois d’un traitement créant une demande de soins venant de patients en grande difficulté [...] Nous espérons des Autorités de santé, ANSM en tête puis HAS, stimulées pas les "politiques" responsables de la santé publique, qu’elles donnent un nouvel élan. C’est une opportunité de faire entrer dans le soin des dizaines de milliers de patients en difficulté avec l’alcool. »

 

Koko Productions & Photography/AFP

L’encre de cette chronique n’était pas encore sèche que Jacques Dupont du Point – ne pas confondre avec le de Nemours – dégainait son mousqueton pour arroser les tranchées d’en face où s’étaient planqués les hygiénistes masqués. Ensuite, toujours vaillant, pugnace, notre Jacques twittait sec, argumentait, terrassait la piétaille des alcoologues et addictologues, et, tel Joffre, vainqueur en taxis parisien de la bataille de la Marne – y’avait pas encore Uber, pas de Boüard, mais l’amerloque – il pouvait savourer, d’un gorgeon d’Irancy bien frais, les délices de l’enivrement du vainqueur.

 

Bref, le bas-bourguignon, la plume à vif, enclenchant la surmultipliée, entrait dans le sujet par un brutal masculin  « Notre confrère du Monde Ophélie Neiman », pauvre miss Glou-Glou, elle qui maintenant s’escrime à faire des risettes à tout le monde, qu’a Tellement Soif avec Gerbelle, le Paul du chemin de Damas tombé  de cheval, la voilà rangée dans le clan majoritaire des mâles dominants le monde du jaja gaulois.

 

C’est écrit, je m’efface, je laisse la place Jacques Cœur :

 

 

Bataille du vin : qui a gagné ?

 

Face au mépris affiché par une partie des alcoologues, le monde du vin s'échine à montrer sa bonne foi et choisit de faire profil bas.

 

PAR JACQUES DUPONT

Modifié le 01/05/2018 à 15:34 - Publié le 01/05/2018 à 14:03 | Le Point.fr

 

« Notre confrère du Monde Ophélie Neiman relatait, samedi 28 avril, les différents gestes et déclarations en faveur du vin d'Emmanuel Macron. De quoi satisfaire la filière viticole et mettre en émoi la partie du monde médical – les alcoologues et addictologues notamment – directement concernée. Une indignation de toute bonne foi chez certains, pas toujours chez d'autres… Les querelles autour des bienfaits ou des dangers du baclofène – ce médicament dont les vertus en matière de lutte contre l'alcoolisme avaient été mises en évidence par le docteur Olivier Ameisen – démontrent, s'il en était besoin, que certains praticiens n'ont pas que le souci des malades comme priorité et que les affaires d'influence et de gros sous n'épargnent pas toujours ceux qui ont prêté serment à Hippocrate… Tel opposant farouche au baclofène, par exemple, participant à des recherches sur un médicament concurrent financées par un laboratoire également concurrent… »

 

Twitter, ces temps derniers, en est le plus visible témoin. La colère du professeur Bernard Granger (professeur de psychiatrie à l'université René-Descartes et patron de l'unité de psychiatrie de l'hôpital Tarnier), à la suite des avis du CSST (Comité scientifique spécialisé temporaire) et de l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) en défaveur du baclofène, n'est pas nouvelle : « La médecine ne se fait pas que dans les bureaux des agences. Le CSST n'a pas auditionné les experts du baclofène ni les experts en épidémiologie. C'est une honte. » Bernard Granger n'est pas le seul à dénoncer pareil scandale. »

 

La suite ICI 

 

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2 mai 2018 3 02 /05 /mai /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H« Grenades lacrymogènes, barricades, incendies, une centaine de blessés tant dans les manifestants que parmi les forces de l'ordre : le mois de mai 1970 aura eu sa journée chaude mercredi au quartier Latin. » (82)

Benoît notait tout sur son petit carnet.

 

Le 10 janvier 1970, des militants de l’organisation maoïste Vive la révolution accompagnés d’intellectuels – Marguerite Duras, Jean-Paul Sartre, Jean Genêt, Pierre Vidal-Naquet et Maurice Clavel – occupent le siège du CNPF, rue Pierre 1er de Serbie (Confédération nationale du patronat français) à Paris pour protester contre la mort de cinq travailleurs africains, asphyxiés dans un foyer d’hébergement d’Aubervilliers. L’action se déroule le jour de leurs obsèques. Près de trois cents personnes sont présentes. Depuis le balcon de l’organisation patronale, Roland Castro harangua la foule. Il fut arrêté, tenta de s’échapper du car de police et échangea quelques coups avec les policiers. Le 23 février, Jean-Paul Sartre, Maurice Clavel, Michel Leiris et Jean Genet témoignèrent en sa faveur. Il ne fut condamné qu’à un mois de prison avec sursis. C’était la première fois qu’une organisation d’extrême gauche faisait cautionner une action d’éclat par des personnalités. Cette méthode fut reprise peu après par les maoïstes de la Gauche prolétarienne.

 

Le 22 mars 1970, à Paris, le directeur de La Cause du peuple, organe depuis l’automne 1968 (n°1, le premier novembre 1968) de la Gauche Prolétarienne, Jean-Pierre Le Dantec est arrêté alors qu’il faisait son marché. Ingénieur diplômé de l’École Centrale de Paris, enseignant de mathématiques aux Beaux-Arts, il avait été en 1967 l’un des responsables de l’Union des jeunesses communistes, marxistes-léninistes (UJCm-l). Le journal était poursuivi pour injures et diffamations envers la police, provocation au meurtre, au pillage, à l’incendie et crimes contre la sûreté de l’État. Le n°19 du 14 avril de La Cause du peuple publie un encart :

 

« Notre camarade Jean-Pierre Le Dantec a été arrêté voici trois semaines, emprisonné à La Santé. La loi qui emprisonne la vérité n’avait pas été appliquée depuis l’occupation. Ce procès est un procès vichyste. Comme l’a dit la défense de Nicoud : il se fait dans ce pays comme un bruit de bottes, et c’est insupportable. Là où il y a lutte, il y a sacrifice. Comme tout révolutionnaire prolétarien, Jean-Pierre y était prêt et il savait qu’il risquait la prison aujourd’hui, demain peut-être d’autres épreuves et la mort. Comme il l’a écrit : “L’inculpation et la saisie prouvent on ne peut plus clairement combien notre orientation est juste et combien elle devient de plus en plus concrète, au point de les remplir de panique devant la vérité couchée sur le papier. En définitive, ce qui est dur, c’est l’inaction”. La vérité vaincra »

 

L’organe des maoïstes était alors dirigé par Michel le Bris. Il apportait son soutien aux luttes des petits commerçants, ce qui explique la référence au nom du leader du CID-UNATI. Dans ce numéro, le journal mettait en valeur une forme de lutte inédite : l’usage gratuit du métro pour les travailleurs de Citroën et de Renault. Un commando maoïste avait subtilisé des tickets à la station Passy et les distribuait aux ouvriers. Les slogans étaient explicites : « On a raison de voler les voleurs », « Au métro, c’est Pompidou qui doit payer ». Il était également fait référence à la saisie du n°18 de La Cause du peuple. Les éditoriaux qui appelaient à une nouvelle résistance continuaient de vanter des formes de lutte radicales : « […] Et aujourd’hui, on peut à bon droit dire que c’est le temps de la guérilla qui commence. Une guérilla bien particulière, qui ne vise pas à anéantir l’ennemi, mais à détruire radicalement toute son autorité, tout son prestige. Occupation, séquestrations des despotes et des patrons, sabotages de représailles, expropriation et récupération des biens volés par les profiteurs, barrages de routes, poteaux télégraphiques sciés, attaque des perceptions, grève des loyers ou des impôts, résistance violente aux forces de police, voilà ce qui vient chaque jour contester davantage la “représentativité” des syndicats […]. Et ce qui naît et grandit, c’est la lutte populaire de partisans, qui unira le peuple et l’amènera aux premières salves de la lutte armée. » Les numéros de La Cause du peuple furent systématiquement saisis à leur sortie d’imprimerie dès avril 1970, au prétexte que ce journal faisait l’apologie du meurtre, du pillage, de l’incendie et provoquait à ces crimes. Le 20 avril 1970. Michel Le Bris, qui avait succédé à Jean-Pierre Le Dantec à la direction de La Cause du peuple, fut lui aussi arrêté. Le 27 avril 1970, Jean-Paul Sartre devint directeur de La Cause du peuple.

 

Le 27 mai 1970 fut la date fixée pour le procès des deux directeurs de La Cause du peuple. L’un et l’autre étaient incarcérés. Le procès fut précédé par un meeting au Palais de la Mutualité, le 25 mai. Il était présidé par Jean-Paul Sartre, nouveau directeur de La Cause du peuple. Toutes les organisations d’extrême gauche étaient présentes, ce qui n’était pas arrivé depuis deux années, pour réclamer la libération des deux directeurs. À l’extérieur des maoïstes vendaient à la criée le dernier numéro de La Cause du peuple qui avait été encore une fois saisie par le ministre de l’Intérieur. Selon Le Monde, l’atmosphère était surchauffée. Alain Geismar, porte-parole de la Gauche Prolétarienne, appela à manifester le jour du procès. Il ne faisait que reprendre le mot d’ordre du journal de son organisation, le n°23 daté du 23 mai : « Libérons les résistants, dans la rue le 27 ! »

 

L’éditorial débutait ainsi : « Le Dantec, Le Bris. Des dizaines d’ouvriers, petits commerçants et artisans, d’étudiants, de maoïstes sont à l’heure actuelle en prison. En France le terrorisme et l’arbitraire s’installent. Pourquoi tous ces emprisonnements ? Pour des faits qui relèvent du droit commun, se plaisent à dire ceux qui mènent la barque du gouvernement. […] » La conclusion appelait au combat : « Nous sommes prêts à donner notre sang dans la lutte ; plus la répression sera dure plus nous serons durs. Que vous le vouliez ou non, nous vous obligerons à reconnaître que ce que nous faisons c’est de la politique et pas autre chose. Quand nous disons : libérons les prisonniers, ce n’est pas à ceux du gouvernement que nous le demandons. Mais aux masses. Au peuple. LIBERONS LES RESISISTANTS ! CAMARADES, DEBOUT ! DECIDONS DE NOTRE SORT ! POUR LA LIBERTE, VIVE LA REVOLUTION DU PEUPLE ! »

 

Michel Le Bris fut condamné à huit mois de prison ferme, Jean-Pierre Le Dantec à un an par les juges de dix-septième chambre correctionnelle. Le préfet de police avait pris des précautions : la station de métro Cité avait été fermée, les pancartes latérales des autobus enlevées pour ne pas offrir de matériaux à d’éventuels manifestants violents, de nombreux cars de police stationnaient le long du Quai des Orfèvres, boulevard Saint-Michel. Plusieurs personnalités avaient témoigné en faveur des accusés : le Père Michel Blaize, franciscain, rédacteur de la revue Frères du monde, le Père Jean Cardonnel, dominicain et Jean- Paul Sartre. Le matin même, au conseil des ministres, sur proposition du ministre de l’Intérieur Raymond Marcellin, fut décidé la dissolution de la Gauche Prolétarienne. Dans la même journée du 27 mai 1970, le ministre de l’Intérieur ordonna de saisir tous les exemplaires des numéros 15, 16, 17, 18 et 19 de La Cause du Peuple qui pourraient être trouvés.

 

Pour protester contre cette comparution et à la suite des appels lancés lors du meeting à la Mutualité, des manifestations violentes eurent lieu à Paris au Quartier Latin. Le Monde du 29 mai titra : « Violents accrochages entre forces de l’ordre et maoïstes ». Les reporters écrivaient : « Grenades lacrymogènes, barricades, incendies, une centaine de blessés tant dans les manifestants que parmi les forces de l'ordre : le mois de mai 1970 aura eu sa journée chaude mercredi au quartier Latin. » Lors de son procès devant la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris, le 20 octobre, Alain Geismar évoqua cette journée, sur le mode grandiloquent et héroïque en usage dans les cercles dirigeants de l’ex-Gauche Prolétarienne :

 

« Le 27 mai la bourgeoisie a par deux fois provoqué les masses populaires, elle a prétendu juger les directeurs de La Cause du peuple, elle a prononcé la dissolution de la Gauche Prolétarienne. Face à cette double provocation la riposte a été violente et de masse. Pendant deux jours, des milliers de jeunes ont affronté les hordes policières en plein cœur du dispositif de bouclage. C’est la première fois depuis mai 1968 qu’un affrontement d’une telle ampleur s’est produit (…) »

 

Le 25 juin 1970, Alain Geismar, est arrêté dans un appartement de la rue de Londres. Il fut inculpé le 28 juillet de reconstitution de ligue dissoute, de provocation directe, suivie d'effet, à des violences à agents.

 

La liste des militants incarcérés ne cessait de s’allonger. Le Monde du 11 juillet 1970 publia des extraits d’une interview de Raymond Marcellin à Combat. Il faisait le décompte des auteurs « gauchistes » d’actes de violence : 90 écroués, 153 personnes en liberté́ provisoire, 150 peines de prison avec sursis, 202 peines d’amende. Ce bilan provisoire risquait de s’accroître, car les maoïstes avaient lancé une campagne « l’été chaud », promettant d’investir des plages privées, de s’en prendre aux vacances des riches. Ce fut un échec, même si un yacht fut couvert de fumier, un golf maculé, quelques slogans bombés ici et là.

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2 mai 2018 3 02 /05 /mai /2018 06:00
Hollande François, le pompier pyromane du PS, c’est ainsi que les grands partis finissent dans une cabine téléphonique.

Je sais, les cabines téléphoniques, des ex-PTT, ont disparues du paysage de nos villes et villages, laissant la place à des marcheurs l’oreille collée sur leur smartphone. Je souris lorsque visionnant de vieux films les bons et les méchants sont obligés de faire halte dans une cabine pour informer  leurs complices pour les bandits, leurs collègues pour les keufs.

 

Le père Hollande, député de la Corrèze, président du Conseil Général de ce département longtemps fief de Jacques Chirac, a souvent été comparé au petit père Queuille, lui-même élu de la Corrèze.

 

« Il n'est pas de problème dont une absence de solution ne finisse par venir à bout. »

Henri Queuille

 

« La politique ne consiste pas à faire taire les problèmes, mais à faire taire ceux qui les posent. »

Henri Queuille

 

Membre modéré du parti radical, il entre au gouvernement d'Alexandre Millerand en juillet 1920 comme sous-secrétaire d'Etat à l'Agriculture. Reconnu par ses pairs, il multiplie les portefeuilles (Agriculture, Santé, Postes, Travaux publics, ravitaillement), étant ainsi nommé dix-neuf fois ministre de 1920 à 1940. Il est le principal initiateur de la politique agricole française de d'entre-deux guerres (création du génie rural, création et organisation de l'enseignement agricole, développement technique des campagnes, etc.) ; il préside notamment la Fédération nationale de la mutualité et de la coopération agricole.

 

Il procède à la nationalisation des chemins de fer et à la création de la SNCF, et dirige l'Office national des mutilés, combattants, victimes de guerre et pupilles de la nation (1937). En 1939 il publie : Le Drame agricole : un aspect de la crise économique.

 

Républicain convaincu, conciliant avec les socialistes, il devient un proche d'Edouard Herriot, mais refuse refus de voter les pleins pouvoirs au maréchal Pétain le 10 juillet 1940. Il est alors révoqué de ses fonctions de maire de Neuvic.

 

Fidèle d'Edouard Herriot, il officie au gouvernement de la IVe  République entre juillet 1948 et juin 1954. Etant par trois fois président du Conseil, il endigue l'agitation sociale, la montée du gaullisme et l'instabilité gouvernementale en menant une politique qualifiée d' "immobilisme", n'hésitant pas à, employer le force (en octobre-novembre 1948) et à retarder les élections ; une politique cependant qui permet à la République de se maintenir.

 

Battu aux élections législatives de 1958, Henri Queuille s'en retourne à une vie politique locale. Il transforme sa commune en station de loisirs, y crée un lycée agricole et un collège technique. Continuant son travail de mémoire entrepris dès 1944, il rassemble archives, documents, témoignages et objets sur la Seconde Guerre mondiale et la Résistance, constituant ainsi le principal fonds du musée qui porte son nom. »

 

Le Parti Radical parti dominant de la IIIe s’est éteint doucement sous la IVe, en dépit d’une personnalité forte, Pierre Mendès-France, avant d’être réduit à l’état de roue de secours pour la gauche de Mitterrand avec le  PRG du pharmacien de Villefranche-de-Rouergue, Robert Fabre, puis le veau sous la mère de la Dépêche du Midi, et, pire encore pour la droite avec un Parti radical dit valoisien, en dépit de l’essai de JSS de le revigorer, sortant des radars électoraux. Les deux se sont rabibochés : Après quarante-cinq ans de schisme, le Parti radical de gauche et le Parti radical valoisien se réunissent

 

Hollande n’a jamais été Ministre, il ne fut que le Premier Secrétaire d’un PS qui se croyait hégémonique, sûr de lui, dominateur, géant aux pieds d’argile, lesté de grands féodaux régionaux, grand érecteur de synthèses molles calfatant des courants, des écuries présidentielles, des gens qui  se détestent, se méprisent, grand bal  des faux-culs.

 

Je n’ai jamais été encarté dans ce parti mais mon estampille de rocardien agricole reconnu m’a permis de fréquenter la rue  de Solférino au sein de la Commission Agricole du Parti fief de l’intransigeant et sourcilleux Pierre Joxe avant 81, puis de Bernard Thareau que je connaissais bien pour avoir fait ma thèse de doctorat sur le cochon alors qu’il était président de la FNP, éleveur de porcs en Loire-Atlantique, puis de Georges Garot, dont le fils Guillaume sera un éphémère ministre délégué à l'Agroalimentaire dans le gouvernement Ayrault II. Il est actuellement député de la Mayenne.

 

Ce parti hétéroclite, refusant de se déclarer social-démocrate, jouait à merveille la partition : je suis pur et dur dans l’opposition, mou et conciliant lorsque je suis au pouvoir.

 

Les agriculteurs étant majoritairement conservateurs et séduits par le RPR de Chirac, la minorité gauchisante représentée par la Confédération Paysanne, cette partition se traduisait au 78 rue de Varenne par on ne déplaît pas à la FNSEA, on tient les confédérés pour des emmerdeurs ; de retour à Solférino le ton changeait on brossait dans le sens du poil nos camarades paysans.

 

Sous Hollande président, le sieur Le Foll, ancien direcab de Hollande à Solférino, appliqua la méthode avec plus ou moins de succès, et sitôt la déculottée le voilà qui repart comme le héraut de l’agroécologie. Vaut mieux en rire qu’en pleurer, ce brave Le Foll écume les médias pour nous persuader qu’il reste le dernier défenseur d’un quinquennat peu glorieux.

 

Tout n’est pas bon à jeter loin de là dans ce quinquennat, Hollande n’a pas été aidé ni par la mère Aubry et les frondeurs, ni par ce brave Ayrault, ni par le couple Hamon-Montebourg qui après avoir porté Valls à Matignon vireront sitôt casaque, ni par l’affaire Cahuzac, mais sa méthode, car s’en est une, mélange de flou et de manipulations des hommes fut un réel échec.

 

Dans ce PS bien installé matériellement, après la tentative avortée de rénovation de Rocard, sous les coups pourris de Mitterrand balançant Tapie dans ses pattes aux Européennes, la gestion pointilleuse de Lionel Jospin, premier Ministre de cohabitation de Chirac, se terminant par le coup de tonnerre de la présidentielle, je me demandais comment ce parti pourrait reprendre le pouvoir, et surtout pour y pratiquer quelle politique ?

 

Déjà, Mélanchon s’en était allé, d’abord pour faire ami-ami avec le PC, puis à son compte. Il avait compris que le porte-avions deviendrait le radeau de la méduse.

 

Les primaires du PS permirent à Hollande, fin manœuvrier d’accéder à la candidature et de faire basculer à gauche son programme, qui n’était que mollement social-démocrate, lors du discours du Bourget, œuvre du cireur de pompes de luxe Aquilino Morelle.

 

Ensuite c’est le Sarkozy de Patrick Buisson qui nous a légué un Hollande élu par défaut dans un état d’impréparation absolu.

 

Je ne vais pas revenir sur le déroulé du quinquennat mais sa chute, après l’acceptation de primaires par le sortant, la sortie de Hollande par jet de l’éponge, l’irruption de Macron sur le plateau présidentiel avec la complicité de Bayrou qui a enfin compris que la présidentielle se gagnait au centre, la déroute d’un Fillon calamiteux promis au fauteuil présidentiel, la fiasco de Hamon siphonné par Mélanchon, l’ivresse d’une possible victoire de celui-ci, l’atterrissage sur le ventre, telle une bouse de la fille Le Pen, répondit enfin à mon interrogation : combien de temps encore une telle ambiguïté pouvait-elle perdurer ?

 

La réponse vint cinglante, cruelle, presque mortelle, la maison Solférino coulait corps et bien et le PS allait rejoindre le Parti Radical au cimetière des éléphants.

 

Bien sûr, il n’est pas mort cliniquement, mais son hégémonie est derrière lui, l’union des gauches à la Mitterrand n’est pas pour demain matin, Mélanchon joue solo, le PC va lutter pour sa survie aux prochaines échéances électorales, Hamon fait du Hamon c’est-à-dire un discours séduisant sans perspectives concrètes d’alliance, ce qui reste du PS devra sauver les meubles municipaux, à Paris surtout, et les régionaux derniers bastions de sa puissance passée, ne parlons pas des Verts totalement à côté de la plaque.

 

Bref, lorsque j’entends en ce moment Hollande, qui arpente les plateaux, pour promouvoir son bouquin, je ne suis pas étonné de le voir réinvestir ses vieux habits de premier secrétaire du PS, c’est tout lui, rien que lui, boudiné dans ses costars, adepte des bons mots, faussement jovial, solitaire, étriqué, imprégné d’une haute idée de sa personne, empêtré dans une pratique politique éculée, amer, revanchard, un ex-président bien ordinaire, normal quoi, un peu minable, mélange étrange de syndic de la faillite de sa crèmerie et d’énarque tout rond, sans relief, sur lequel tout glisse.

 

Si j’écris ce que j’écris c’est que j’ai voté deux fois pour lui en espérant, sans trop y croire, qu’il saurait se hisser au niveau de la fonction. Ce qu’il  a fait avec justesse dans les heures sanglantes et difficiles pour ensuite retomber dans ses petits travers.

 

Je fus signataire du texte dit transcourants :

 

« C’est une histoire qui prend sa source en 1983. Ils sont cinq, rassemblés à Lorient, François Hollande, sorti de l’ENA trois ans auparavant, son camarade de promo Jean-Pierre Jouyet, Jean-Michel Gaillard (décédé en 2005), Jean-Yves Le Drian et Jean-Pierre Mignard, à ourdir ce que le dernier appela un «complot rénovateur».

 

La joyeuse bande, qui se fait connaître sous le nom de «transcourants», s’était fixé pour mission de «conjurer le spectre de la SFIO».

 

«Nous pressentions que le communisme agonisant et l’internationalisation accélérée des relations économiques changeraient la face du monde et ruineraient les concepts qui avaient dessiné la seconde moitié du XIXesiècle et la première moitié du XXe, se souvenait Mignard dans une tribune parue dans le Nouvel Observateur en 2007, nous explorions les chemins du réformisme, c’est-à-dire du compromis.»

 

Nous voulions éviter que la victoire de la gauche en mai 1981 ne s'achève dans un malentendu désastreux. Glacée par la brutalité du monde réel, harassée par des assauts aussi désespérés que ruineux lancés contre les citadelles financières, insaisissables car déjà mondialisées, la gauche s'enlisait. Chaque dévaluation confirmait la malédiction du marché aux yeux de ses détracteurs, et les chantres du repli national ou du choc frontal donnaient déjà de la voix. Il fallut Delors et Mauroy pour sauver la gauche, et la France, de la déroute. Rajoutons la sagesse de Mitterrand. Nous explorions les chemins du réformisme, c'est-à-dire du compromis. Rocard l'avait déjà prophétisé, mais, l'associant à sa personne, il le rendait suspect dans un parti voué à François Mitterrand, marqué de surcroît par le tropisme d'une longue compétition avec le PCF.

 

Notre objectif était simple: reforger nos convictions devant la débâcle idéologique d'un socialisme dirigiste, prémunir la gauche du cortège des petits arrangements qui suivent l'inhumation des idéologies défaites. Puisque l'anticapitalisme dogmatique se révélait impuissant à changer l'ordre des choses, il fallait se ressourcer auprès de la société en mouvement et conjurer ainsi le spectre de la SFIO.

 

Notre devise était peut-être simple, mais elle tenait à cela: comme Barrès pour la terre, nous affirmions «la société ne ment pas». Si l'on y rajoutait la méthode de «la démocratie jusqu'au bout», définition lumineuse du socialisme de Jaurès, nous étions, je crois, en avance.

 

Nous voulions amortir le choc de la mondialisation naissante, recoudre le tissu social déchiré entre les exclus et les secteurs d'élite. Dans «La gauche bouge», publié en 1985 sous le pseudonyme riche d'équivoques de Jean-François Trans, Jean-Michel Gaillard, que nous pleurerons en 2005, intitulait son chapitre «La puce et les Minguettes». Les Minguettes étaient le Clichy-sous-Bois de la France de 1985. Qu'il met parfois du temps, ce pays, à se réveiller quand personne ne lui ouvre les yeux! Quelle avarice de courage politique face à cette Marche des Beurs de 1983 dont le sens fut occulté avec application! La facture a été présentée en novembre 2005, avec les pénalités de retard en sus. Nous critiquions déjà la facilité de croire que la gauche pourrait l'emporter sans projet, par un simple effet de ressac.

 

Nous n'étions pas obsédés par l'impôt et nous prenions acte des nouveaux modes de vie. François Hollande suggérait avec une belle et juste audace d'appliquer aux héritiers choisis le même régime fiscal que celui des ayants droit protégés, bousculant ainsi la doxa fiscale et par-dessus le marché la doxa familiale.

 

Nous souhaitions un Parti socialiste européen élu au suffrage de ses millions d'adhérents et des listes transnationales au Parlement européen. Nous étions, au fond, fédéralistes pour que l'Europe participe efficacement à l'ordre du monde. Souviens-t ‘en, Jean-Pierre. Nous étions mêmes, en dernier ressort, pour les petits boulots. Ce n'est pas ce que nous avons fait de mieux, mais au moins n'élevions-nous pas de digues de pureté rhétorique contre la crue débordante du chômage. Nous débattions avec tout l'arc-en-ciel syndical comme avec les jeunes dirigeants d'entreprise. Nous ne confondions pas la rente ou la voracité de l'actionnariat et le risque d'entreprendre. Nous tentions de nous extraire de cette ambivalence des pensées ou des sentiments, cette conduite paradoxale, cette perte du contact avec le réel, bref, cette schizophrénie qui est la marque des derniers partis du socialisme industriel finissant.

 

Pour se protéger de la tentation, si facile, si alléchante, de tout jeter par-dessus bord quand la boussole s'affole, nous avions projeté d'immerger le parti dans la société, de le nourrir de ses organismes vivants, un parti aux frontières aisément franchissables. Mieux que la carte d'adhérent à 20 euros, nous avions lancé l'idée des primaires sous la plume de François Hollande. La référence au Parti démocrate américain ne nous faisait pas peur. Outre que nous y voyions l'occasion d'associer nos électeurs à la désignation du candidat, nous tenions que c'était le plus sûr des codes de bonne conduite pour la sélection des candidats. Prémonitoire... La démocratie participative, mais peu importe le nom, cette fulgurance de la campagne de Ségolène Royal, est redevable à tout cela, aux primaires américaines, aux forums de Porto Alegre, aux conclaves de la deuxième gauche, à nos universités d'été de Lorient. La germination d'une bonne idée est multiple. Nous esquissions, peut-être même sans le savoir, ce monde cosmopolite, décrit par Ulrich Beck, qui abolit les anciennes distinctions devenues invalides entre le dedans et le dehors, le national et l'international, nous et les autres.

 

Je n'oublie pas ces discussions toujours libres, sans souci de complaire, sur les communautés et le communautarisme, l'écologie et le nouveau modèle économique, les relations avec le centre déjà, ces traits d'union constants entre hier et aujourd'hui. Mais quand on relit les notes, le foisonnement des thèmes, au-delà de l'amitié vivace, le chagrin des visages disparus, l'amertume des séparations politiques, on découvre soudain que ce ne sont ni la lucidité ni la vision qui ont fait défaut pour reconfigurer en vingt ans le corps de références de la gauche. Tout était là. Mais la connaissance est un antidote bien inoffensif contre le poison lent du conformisme de la pensée et la lourdeur des positions installées. Ce sont le courage et la volonté qui ont fait défaut. C'est la modeste leçon que je livre à ceux qu'intéresse l'avenir du Parti socialiste, figure majeure de la démocratie française.

 

Signé Jean-Pierre Mignard qui a rallié Macron

 

Le Nouvel Observateur, n°2228, semaine du 19 juillet 2007

Mauvais joueur, Hollande dérape sur Emmanuel Macron
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1 mai 2018 2 01 /05 /mai /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H le cardinal Daniélou qui mourra chez une prostituée « dans l'épectase de l'Apôtre qu'il était » (81)

Dans son discours d’investiture du 26 juin 1969, tout juste un an après le déferlement de la peur dans les urnes, le nouveau Premier Ministre du Président Pompe, le sémillant maire de Bordeaux, Jacques Chaban-Delmas, descendant de son perchoir de l’Hôtel de Lassay, avec son concept de « nouvelle société » tentait de tirer les leçons de mai 68 en desserrant l’étreinte : « Cette nouvelle société, quant à moi, je la vois comme une société prospère, jeune, généreuse et libérée [...] Une société libérée, celle dont nous rêvons, est une société qui, au lieu de brider les imaginations, leur offre des possibilités concrètes de s’exercer et de se déployer. » Derrière lui, une éminence sociale, Jacques Delors venant de la bouillonnante CFDT, pour pacifier les relations du travail toujours dominées par une CGT courroie de transmission du PC et un CNPF ossifié et rétrograde. À la Télévision d’Etat, la trop fameuse et jugulée ORTF, où les purges post-soixante-huit ont écarté les meilleurs, il nomme Pierre Desgraupes sur la 2e chaîne pour donner le sentiment d’une libéralisation de l’information. Il n’y a plus de Ministre de l’Information dans le gouvernement mais les barons, en rangs serrés, veillent sur la maison gaulliste rebaptisée Union pour la Défense de la République, tout un programme. L’amer Michel, Ministre d’Etat, ministre de la Défense est au premier rang. Un grand absent : Alain Peyrefitte et un petit nouveau, qui a fait ses preuves auprès de Pompidou lors des accords de Grenelle : Jacques Chirac chargé de marquer à la culotte le pas encore déplumé de Chamalières qui règne sur le Ministère de l’Economie et Finances : Valéry Giscard d’Estaing. Pauvre Chaban s’il savait ! Auprès du madré de Montboudif la Marie-France Garaud, avec son chignon et ses tailleurs Chanel, et le Pierre Juillet avec ses allures de hobereau du Limousin, lui feront la peau par deux fois.

 

L’aboyeur à chaîne et queue de pie les annonçait. Dans la salle des fêtes de l’Elysée qui bruissait des conversations l’irruption de Chloé en robe fourreau de satin blanc de lait, épaules nues, les mains gainées de gants longs immaculés, imposait le silence aux premiers rangs qui s’écartaient tout naturellement pour nous laisser passer. Que des vieux bedonnants et des grosses mémères permanentées, quelques ternes généraux en kaki, le cardinal Daniélou qui mourra chez une prostituée « dans l'épectase de l'Apôtre qu'il était »,  le très droitier Louis Pauwels, un rien dédaigneux, flanqué du sémillant Jean d’Ormesson, l’œil bleu et le sourire gourmant, qui lui s’inclinait légèrement lorsque Chloé le contournait sur son flanc droit, conversant avec l’inusable René Pleven, Garde des Sceaux, mal à l’aise dans son habit défraîchi et lustré, le Ministre de l’Intérieur, Raymond Marcellin. Un instant Benoît balança d’aller lui présenter Chloé mais le bel Albin Chalandon, grand ami de madame mère, se fendait d’un baisemain sous l’œil vigilant de la grande Catherine. Cet intermède permettait à Benoît de s’esbigner pour se diriger vers le buffet qui, dans ce genre de pinces-fesses, bénéficiait d’une position idéale pour les fouilles-merdes dans son genre car on y capte les conversations de types qui ne pensent qu’à y accéder. Les éminences ne s’en approchent pas, les serveurs les abordent avec leurs plateaux, mais les deuxièmes couteaux, très ramenards s’y pressent, et la récolte se révèle souvent de qualité. Les chuchotis d’alcôves, les faiblesses d’untel pour les petites filles, l’adresse de l’appartement où une excellence prend du bon temps pendant les séances de nuit de l’Assemblée, le fétichisme d’un haut magistrat de la Cour de Cassation surpris en talons aiguilles et perruque blonde dans un club privé très sélect… Benoît enregistrait. Ce soir-là, son attention fut attirée par l’étrange manège du Ministre des Finances autour de l’héroïne du dernier film de René Clément, Le Passager de la Pluie. Avec sa bouille marrante pleine de son elle semblait l’aimanter.

 

Alors qu’il sirotait du Laurent-Perrier Grand Siècle aux abords d’un petit cercle regroupant le Directeur du Trésor, le Gouverneur de la Banque de France, le Secrétaire-Général du Gouvernement et Ambroise Roux, le tout puissant PDG de la Compagnie Générale d’Electricité, en faisant semblant d’écouter un député à qu’il avait eu la stupidité de dire qu’il était l’imprésario de Marlène Jobert et qui le pressait de la lui présenter, une main se posait sur son épaule. « Alors mon grand on prend goût aux mondanités… » Le père de Marie, le seul dans cette assemblée à pouvoir se permettre de porter une chemise au col largement ouvert sur une sorte de blouse de maquignon bleue marine, le prenait dans ses bras comme s’il accueillait le fils prodigue. Avec un art consommé de la provocation il clamait, en faisant semblant de ne s’adresser qu’à Benoît « Ce pauvre Chaban n’est qu’un réformateur d’opérette, il n’a pas la dimension d’un Kennedy, ce n’est qu’une pâle copie qui zézaye et pense que porter beau suffit pour incarner le renouveau. Comment a-t-il pu mettre Malraux au rencart ? J’aime bien ce pauvre  Michelet, c’est un honnête et un saint homme mais on ne succède pas à la Culture à un Malraux vivant… » Tout en continuant de parler haut et fort il tirait Benoît par la manche jusqu’au groupe qui s’agglutinait autour de Chloé. Sans ménagement il se frayait un passage jusqu’à elle et lui ouvrait les bras. Elle s’y jetait. « Viens ma grande je vais te présenter au seul véritable homme d’Etat de cette pauvre Italie… » et ils faisaient mouvement vers là où se tenaient les officiels italiens. Au milieu d’eux, Olivier Guichard, qui affichait son habituelle tronche de cocker ennuyé, conversait avec un type à la mine austère. Après avoir donné l’accolade au père de Marie, c’est lui qui fit les présentations : « mon ami Aldo Moro… »

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1 mai 2018 2 01 /05 /mai /2018 06:00
1er mai 1886 « Le jour viendra où notre silence sera plus puissant que les voix que vous étranglez aujourd'hui » stèle d’Augustin Spies syndicaliste anarchiste pendu à Chicago

« Le 1er mai 1886, aux États-Unis,  200 000 travailleurs obtiennent la journée de huit heures grâce à une forte pression des syndicats. Mais un affrontement avec la police cause la mort de plusieurs personnes.

 

En souvenir de cette victoire amère, les syndicats européens instituent quelques années plus tard une « journée internationale des travailleurs » ou « Fête des travailleurs » destinée à se renouveler tous les 1er mai. Cette journée est aujourd'hui appelée « Fête du Travail », bien que l'expression prête à confusion (on ne fête pas le travail à proprement parler mais l'on honore les travailleurs).

 

André Larané

 

Lire ICI 

 

Le 24 avril 1941, en pleine occupation allemande, le 1er mai est officiellement désigné comme la fête du Travail par le Gouvernement de Vichy qui espère ainsi rallier au régime maréchaliste les ouvriers. Cette journée devient chômée. En avril 1947, la mesure est reprise par le gouvernement de Paul Ramadier. Celui-ci fait du 1er mai un jour férié et payé. Jour durant lequel la tradition veut que l’on offre un brin de muguet à ses proches comme porte-bonheur. Cette tradition a été reprise dans de nombreux pays d’Europe.

 

À Paris, comme partout ailleurs, le 1er mai, alors que d’ordinaire la vente de fleurs et de tout autre objet sur la voie publique est interdite sans autorisation, conformément à la tradition les particuliers sont libres de s’improviser marchands de muguet.

 

 

La vente du muguet le 1er mai est une vente au déballage à caractère exceptionnel réglementée notamment par un arrêté préfectoral du 21 avril 1978 et un arrêté municipal du 12 avril 1988 :

 

• La vente du muguet sauvage est autorisée chaque année, le jour du 1er mai, sur la voie publique à Paris.

 

• Cette autorisation exceptionnelle à caractère traditionnel ne peut, en aucun cas, être prolongée avant ou après cette date.

 

• Le muguet doit être vendu en l’état. La vente d’aucune autre fleur n’est autorisée.

 

• Les vendeurs ne peuvent s’installer à moins de 40 mètres des boutiques de fleuristes et des commerces.

 

 Ce muguet vendu à la sauvette n’est, qu’à de rares exceptions, du muguet sauvage poussant dans les sous-bois. Lorsque j’habitais une maison dans les bois à la Chapelle-en-Serval il me suffisait d’aller couper les petites clochettes au bas de chez moi, de les assembler dans une couronne de feuilles, pour offrir de jolis bouquets  très odorants.

 

Les bouquets comme les pots ou les compositions de muguet proviennent à 80 % de la région nantaise « Des retraités, des étudiants, des immigrés africains ou roms... le brin de muguet offert pour la Fête du Travail est bien souvent récolté par des petites mains qui n’ont pas beaucoup d’autres moyens de subsistance que cette tradition bien française. Dans la région de Nantes, qui fournit 80% de la production nationale, les exploitations prennent des allures de ruche chaque année du 20 au 27 avril avec plus de 7.000 personnes embauchées sur cette période. »

 

Avec 60 millions de brins récoltés, le pays nantais leader européen sur le muguet

 

Le pays nantais concentre 80 à 85% de la production hexagonale, ce qui en fait donc le leader européen en la matière, le reste étant récolté notamment dans la région de Bordeaux. Sur près de 200 hectares, c’est une trentaine de cultivateurs qui s’activent à l’année afin que les clochettes blanches odorantes, ou «lys des vallées», puissent être vendues le 1er mai, partout en France et en Europe. Car c’est l’une des particularité de cette fleur : «En brins, le muguet n’a de valeur commerciale que le 1er mai !», souligne Antoine Thiberge.

 

Cueillette, calibrage, mise en bouquet, emballage : le ballet du muguet dure jusqu'à la veille du 1er mai. Pour les aider dans la dernière ligne droite, près de 7 000 saisonniers sont recrutés. Objectif : récolter 60 millions de brins en sept jours. Une tâche XXL effectuée entièrement à la main et qui équivaut à 300 000 heures de travail cumulées. Pour un total de 500 000 heures de travail annuel.

 

Le chiffre d’affaires des producteurs nantais de muguet est estimé à plus de 15 millions d’euros. Le gros de la production est vendu en France. Les pays francophones comme la Belgique et la Suisse constituent d’autres débouchés.

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30 avril 2018 1 30 /04 /avril /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H « nous avions un faible pour les actions symboliques. L’action symbolique était une action de commando, qui essayait d’être son propre mass media. Nous avions le sens de la publicité ! » Gérard Miller. (80)

Armand suite, à un séjour hallucinant dans une planque de la GP pleine d’odeurs mêlées, le rance des corps non lavés, le fade des chaussettes et l’âcre du tabac froid, où, sous la poigne inflexible de Victor, les frelons avaient dû, les uns après les autres, faire leur autocritique, se portait candidat pour changer de bord. Les ordures du SAC pesaient bien plus lourd que tous ces brillants intellectuels, où supposés tels, qui se complaisaient dans l’autoflagellation, en redemandaient, ânonnaient une langue de bois digne du Petit Livre Rouge de Mao mais en plus terne. Dans la bande, le seul qui se marrait, c’était l’enfoiré de Gustave qui en rajoutait dans le sadisme. Lui qui, avec Armand, représentait les vrais prolos dans le premier cercle, tout en s’empiffrant comme un chancre et en engloutissant des litres de Valstar au goulot, jouait au gardien de l’orthodoxie de la ligne de la GP. Dans ce cénacle de petits bureaucrates asservis, où tout procédait de la parole d’un seul individu, la vieille fiotte de Gustave pouvait tout se permettre, même de pisser sur la tête d’un type, dont je tairai le nom, depuis il s’est rangé dans l’édition, qui avait osé avouer, en s’excusant platement, que la ligne politique du dernier tract distribué porte Zola à Renault Billancourt, lui semblait en contradiction avec ce que Victor avait déclaré la semaine précédente. Gustave avait bramé. S’était relevé péniblement tout en se débraguettant. Son gros vis mollasson serré entre ses doigts gluants de l’huile des frites qu’il avait acheté au bistrot d’en face, il était venu se placer à l’à pic du pauvre bougre assis en tailleur à même le plancher. « Toi mon petit con faut que je te baptise pour que t’arrêtes de dire des conneries sur le Chef… »  Personne n’avait moufté, sauf Armand qui s’était contenté, lors d’une défécation de Gustave, de le menacer de lui faire bouffer ses étrons s’il lui revenait à l’idée de recommencer.

 

La mémoire de cette époque n’a retenu que quelques images : Jean-Paul Sartre et quelques intellectuels embarqués dans un panier salade à l’occasion de la vente d’exemplaires de La Cause du peuple, saisie par le ministre de l’Intérieur, Raymond Marcellin, des photographies de « guérilla urbaine » au Quartier Latin le 27 mai 1970, le jour du procès de deux directeurs de La Cause du peuple, Jean-Pierre Le Dantec et Michel Le Bris, le philosophe juché sur un bidon à Boulogne-Billancourt pour haranguer les ouvriers de chez Renault à l’occasion du procès d’Alain Geismar. Cette sélection mémorielle oriente vers une interprétation de ces épisodes de manifestations et de contestations en termes de délits de presse, de répression de la liberté d’expression. Ce serait une lecture fort réductrice puisqu’elle occulterait la nature de l’affrontement entre le pouvoir en place et une fraction de l’extrême gauche, principalement maoïste et incarnée dans deux organisations de cette obédience, la Gauche Prolétarienne et Vive la Révolution.

 

Le ministre de l’Intérieur Raymond Marcellin imaginait qu’il y avait un complot international extrémiste pour déstabiliser le régime et il s’efforçait de réprimer les actions et la propagande des plus radicaux. La Gauche Prolétarienne multipliait les actions violentes et les proclamations incendiaires. Le livre d’Alain Geismar, Serge July et Erlyn Morane, Vers la guerre civile, publié en 1969, s’efforçait de théoriser cet affrontement entre les « nouveaux partisans » et l’Etat, la « nouvelle résistance populaire » face à la bourgeoisie. La thèse de Jean-Paul Étienne, La Gauche prolétarienne (1968-1973) : illégalisme révolutionnaire et justice populaire, soutenue en 2003, aborde clairement la nature de l’affrontement qui caractérisa ces années-là. Gérard Miller dans Minoritaire (Stock, 2001) revint sur le sens des actions menées par les maoïstes de la Gauche Prolétarienne : « […] nous avions un faible pour les actions symboliques. Pour les actions qui tentaient d’imposer leur propre grille de lecture et dont nos adversaires pouvaient plus difficilement dénaturer l’intention louable qui les avait inspirées. […] L’action symbolique était une action de commando, qui essayait d’être son propre mass media. Nous avions le sens de la publicité ! »

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30 avril 2018 1 30 /04 /avril /2018 06:00
Catherine Bernard, vigneronne de la Carbonnelle, fille de l’exode rural et de l’illusion qu’a été l’ascenseur social, livre avec pudeur, dans Une place sur la terre, une belle part d’elle-même.

Pour ceux qui me suivent depuis longtemps sur cet espace de liberté le nom de Catherine Bernard évoque ma vigneronne de la Carbonnelle dans l’Hérault. L’emploi du possessif de ma part n’est là que pour marquer les liens profonds d’amitié et de fidélité qui me lient à elle.

 

Son dernier opus, Une place sur la terre au Rouergue, m’est parvenu le jour où je suis rentré de l’hôpital Cochin. Je l’ai donc lu au lit.

 

Lors de son dernier passage à Paris, alors que nous déjeunions chez Giovanni Passerini, après une halte à la cave ICI MÊME qui vend ses vins, jour à marquer d’une pierre blanche puisque nous décidâmes après des années de vouvoiement de passer au tu. Catherine était ravie, dans le flux de la conversation elle me confia qu’elle avait mis sur le chantier un livre, à mon avis il était déjà écrit, où elle narrerait les raisons profondes qui la poussèrent, en 2004, à abandonner le journalisme pour cultiver des vignes.

 

J’ai lu son récit presque d’un trait et je dois vous confier que je n’ai qu’un seul mot à vous dire : LISEZ-le !

 

C’est Catherine, celle que je connais, celle que je croyais connaître sans avoir encore pénétré dans ses plis et replis intimes, à la fois pudique et sans détours, franche du collier, directe, sans concession à l’air du temps, une belle personne, sans freli-frela.

 

C’est un beau livre, un très beau livre, livre de cœur, de doutes, de franchise, d’humanité avec tout ce que ça signifie d’horreurs, de belles choses, de tristesse ou de joie du quotidien, de vies massacrées, de questionnements.

 

Ce récit, et c’est rare en notre temps où le règne tyrannique de l’instant domine, lamine, abruti, outre qu’il est bien écrit, touche au plus profond, cette part de nous-mêmes avouée ou inavouée.

 

Je vais dire un gros mot, le livre de Catherine fait réfléchir. 

 

Merci à elle.

 

Avec elle je partage les mêmes origines, nous sommes nés en des pays voisins, des bleds où  « depuis le début des années 60, c’est un seul mouvement, cadencé comme la respiration. On remembre, on mécanise, on automatise, on bancarise, on professionnalise. Un troupeau de quarante vaches laitières devient un petit troupeau. On ne travaille plus dix hectares de vignes, trente, davantage, toujours plus. On n’est plus paysan, on exerce le métier de cultivateur, de viticulteur, d’éleveur, bientôt d’agriculteur, jusqu’à celui d’exploitant agricole. »

 

« Un mot s’est glissé dans la langue, sans que l’on ait la conscience de son origine qui pourtant nous revient aujourd’hui comme une élastique dans la figure : bled.  Dans l’édition du Petit Robert de1978, avec laquelle je travaille, le bled, mot arabe, désigne dans son sens premier, « l’intérieur des terres, la campagne ». La définition se complète d’un deuxième sens, « familier et péjoratif », apparu en 1951, « lieu, village éloigné, isolé, offrant peu de ressources ». Il est illustré par cette phrase : « On s’ennuie dans ce bled ». Bled est peut-être le mot qui contient le mieux toutes les années de mon enfance et de mon adolescence pour désigner le peu et le tout. La société des adultes avait alors décrété que dans les bleds il n’y avait pas d’avenir. Puisqu’il en était ainsi, je serais journaliste, je vérifierais s’il n’y avait bin pas d’avenir dans les bleds, je comprendrais l’inexplicable, je regarderais ce qu’on ne veut pas voir, je traverserais le miroir des clichés, je témoignerais, je transmettrais. Seules la colère qui était mon carburant et l’ambition de mes parents nous avaient transmise à moi et à mes frères et sœurs m’ont d’une certaine manière tenue. Dans les années de mon enfance et de mon adolescence, on ne fuit pas une terre, on rejoint une ambition. »

 

Je suis plus âgé que Catherine et, sans aucun doute, bien plus gamin qu’elle au même âge, ma première ambition exprimée, alors que ma sainte mère me rêvait en prêtre, fut que je voulais être radioreporter sportif comme Georges Briquet sur lequel j’écrivais sur ce blog le 10 octobre 2005

 

« J'avais 7 ou 8 ans, et le dimanche après-midi j'écoutais sur Paris-Inter les retransmissions commentées par Georges Briquet. Bien des années plus tard je suis allé à la Maison de la Radio réécouter une galette du match : Nîmes-Reims. C'était le 17 novembre 1957. » lire ICI 

 

Il ne fut répondu que ce n’était pas un métier, sous-entendu que cette engeance ne faisait rien de ses mains. En écrivant ses lignes je remarque que, comme par la suite j’ai fait l’école d’agriculture de la Mothe-Achard, mon pays, pour en sortir bachelier, donc sans reconnaissance d’une qualification agricole, d’ailleurs fort ténue même si j’y ai taillé la vigne, Catherine elle attendra la quarantaine pour rejoindre les bancs d’une formation viticole.

 

Elle, au moins, elle a fait quelque chose de ses mains, ça aurait plu au pépé Louis.

 

Bref, même terreau entre elle et moi, même communauté, certes à chacun son destin mais, nous devions un jour nous rencontrer, j’en suis intimement persuadé.

 

Même souvenir, et comme nous sommes dans le milieu du vin où l’alcoolisme populaire n’était pas reconnu par ce qui était encore, en ce temps-là, un lobby efficace et puissant, celui du gros rouge : producteurs du Midi et grand négoce de place réunis, pensez-donc le négoce avait pignon sur rue place des Vosges à Paris et le syndicat des vignerons était le cauchemar des politiques, le passage du livre de Catherine que je vais citer, est ce que moi-même j’ai vécu dans ma Vendée, deuxième département alcoolisé de France après le Calvados.

 

« Six ans est l’âge où s’était fixés les premiers souvenirs de Cédric Bellec. Son père buvait. Sa mère aussi. On buvait beaucoup dans le village de mon enfance. La figure de style désignait ainsi qu’une série d’autres pudiques euphémismes l’ivrognerie de l’ouest et du nord de la France. La mère de mon père tenait l’un des vingt-deux bistrots du bourg où j’ai grandi à quoi s’ajoutaient ceux des hameaux, soit, en étant généreuse et en comptant les femmes et les enfants, quelque chose comme un lieu de perdition pour quatre-vingt habitants. (le ratio était le même à la Mothe-Achard) Le père de ma mère les fréquentait assidûment et n’y suçait pas que des glaçons. C’est dans les non-dits et les silences qu’il faut comprendre l’aliénation de la France à l’alcool avant d’entrer dans une sorte de longue cure de désintoxication collective ponctuée de rechutes. On devait à cette aliénation (ainsi qu’à la consanguinité) toute une population d’idiots, d’imbéciles heureux, de tarés, d’épileptiques, d’arriérés mentaux, de crétins. Il semble que même le bacille de Koch avait autant fait son lit de l’alcoolisme que de la pauvreté. Le village de mon enfance avait ses idiots. Ils étaient garçons ou filles de ferme, vivaient de petits travaux ou d’une forme de solidarité familiale. Ils ne s’imbibaient pas tous eux-mêmes, mais souvent il  leur arrivait des bricoles. Ils étaient trouvés au matin dans les fossés dormant du sommeil du juste, leur Mobylette couchée à côté d’eux. Dans mon regard, ce qui les distinguait du reste de la population tenait au fait que je les voyais comme s’ils étaient nés du paysage. Ils n’inspiraient ni compassion, ni rejet, ni dégoût, ni honte. Ils étaient tels l’église, la mairie, l’école, le cimetière et les cafés puisque c’est ainsi que par chez moi on nommait les bistrots. L’un d’eux prenait souvent le car qui ramassait les élèves par grappes et nous déposait au collège sis dans le chef-lieu de canton. Il  faisait toute la tournée des villages et des hameaux, simplement pour passer le temps, et l’on ne trouvait rien d’anormal ni à sa présence ni à cette forme d’occupation. Avec le recul des années et l’œuvre déformante de la mémoire, il me semble que les idiots, et peut-être est-ce pour cela que l’on a du mal à se défaire d’une image positive de l’ivrognerie, servaient de vigie rassurante du temps, un peu comme le pic Saint-Loup maintenant pour moi. Ils nous rappelaient notre humanité. »

 

 

Cédric, une enfance de chaos et de peur.

par Catherine BERNARD — 23 octobre 2003 à 01:30 ICI

 

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29 avril 2018 7 29 /04 /avril /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H Quand Sartre, sur RTL, affirmait que « l’existence même de Fauchon est un scandale » ça plaisait à la Rive Gauche, aux grands bourgeois qui adorent se dédouaner en applaudissant les Robin des Bois, ça énervait la CGT de Billancourt (79)

Passer des sandwiches pourris arrosés de café jus de chaussettes au caviar à la louche sur pain toasté dégusté entre deux verres de vodka frappée bus cul sec faisait partie de leur ordinaire. Ils l’assumaient, sans état d’âme car le temps qu’ils vivaient essorait les derniers relents d’une France moisie et, chacun sur leurs territoires, leurs « camarades » de la GP en rupture temporaire de classe, et les « coquins » de la sphère politico-immobilière escaladant l’échelle sociale à grandes enjambées – un peu à la Chaban gravissant les escaliers – participaient à l’extraction du jus du bubon. Le marxisme-léninisme et son dernier avatar le maoïsme, victime de la surpâture collectiviste qui transforme les individus en « protégés » de l’Etat incapables de se prendre en charge, entrait en une longue phase terminale alors que la société de consommation, elle, vivait une adolescence chaotique.

 

Le plus extraordinaire au cours de cette période où se mêlaient le plomb des enragés et l’or pétant des parvenus sur le fond mou d’une classe moyenne désintégrant de l’intérieur ce que les hiérarques néostaliniens du PC, assujettis à la nomenklatura soviétique, et leurs permanents de la CGT, continuaient de qualifier de classe ouvrière, fut le délitement de l’influence de église catholique de France à la fois sur les élites et surtout sur le petit peuple. Les séminaires se vidèrent. Toute une génération de prêtres défroquait. L’irruption du sexe-roi et de l’amour libéré par la pilule autorisée par la loi Neuwirth du 27 décembre 1967 mettaient à mal la chape de sujétion pesant sur les femmes depuis des millénaires. Elles bossaient, revendiquaient le droit de faire des enfants à leur guise, de disposer de leurs corps, de divorcer, de ne plus assurer seule l’élevage des enfants et les tâches ménagères, sapant ainsi les derniers supports de la cellule familiale. Le pompidolisme, avec son enrichissez-vous débridé, ouvrait la voie du déclin des grandes citadelles du contrôle social du peuple : l’Église et le PC. Et pourtant, pour ce dernier, le score mirobolant du pâtissier stalinien Jacques Duclos à l’élection présidentielle de 1969,  4 808 285 voix, 21,27% des exprimés, faisait illusion. Le fiasco du couple improbable Deferre-Mendès-France y était certes pour beaucoup mais les masses amorçaient lentement le grand virage qui allait mener une partie d’entre-elles dans les bras de Jean-Marie Le Pen. Mitterrand achèverait le travail du côté gauche, Giscard lui, avec son libéralisme avancé, le ferait à droite du côté des bien-pensants quelque peu médusés.

 

Le dernier exploit en date de l’avant-garde éclairée et agissante du prolétariat fut un raid des maoïstes de la gauche prolétarienne, l’attaque spectaculaire de l’épicerie Fauchon, place de la Madeleine le 8 mai 1970. Après avoir immobilisé les vendeurs, ils entassèrent dans de grands sacs des blocs de foie gras truffé, des alcools fins, des pâtés en croûte, des marrons glacés qu’ils distribuèrent le lendemain dans des bidonvilles et foyers de travailleurs de Saint-Denis, de Nanterre et d’Ivry-sur-Seine. Leurs slogans : « Récupérons sur les patrons le fruit de notre travail », « on a raison de voler les voleurs ». Une étudiante, membre du groupe de « partisans », Frédérique Delange fut coincée dans le magasin et arrêtée. Incarcérée dans la prison de la Petite-Roquette, Elle fut jugée le 19 mai 1970 et condamnée à plusieurs mois de prison. La Cause du peuple du 23 mai rendit hommage à la jeune condamnée Frédérique Delange : « Et depuis le procès scandaleux, l’action chez Fauchon est un exemple à un autre titre : notre camarade Frédérique a manifesté un courage très simple. Elle a donné une image claire du jeune partisan. » Quand Sartre, sur RTL, affirmait que « l’existence même de Fauchon est un scandale » ça plaisait à la Rive Gauche et aux grands bourgeois qui adorent se dédouaner en applaudissant les Robin des Bois, ça énervait la CGT de Billancourt, et surtout ça inquiétait la France des rentiers. La stratégie de Marcellin, le nouveau Fouché du régime, par l'entremise de ses supplétifs encartés de la cellule MR, dont nous étions, et de ses barbouzes du SAC, qu’Armand fréquentait, consistait à jouer de la peur en agitant les marionnettes de la GP, dont j’étais aussi. Assez bizarrement, l’opinion publique, jugeait avec indulgence le raid de la GP chez Fauchon, sans doute parce que, pour une fois, en distribuant du foie gras dans les bidonvilles, les intellos touchaient le côté abbé Pierre des français que Coluche et le Téléthon viendront amplifier lorsque viendra le temps des nouveaux pauvres.

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