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9 mai 2018 3 09 /05 /mai /2018 06:00

KIR

KIR

« Bref, sonnant bien, un vrai coup de clairon. »

 

« Le dictionnaire n’accepte pas le chanoine Kir au chapitre des noms propres ? Il en force la porte au chapitre des noms commun. »

 

La dernière soutane au Palais Bourbon (1945-1967) : élu pendant 22 ans au suffrage universel direct.

 

 

« Allez au  Sénat ?

 

Pourquoi pas dans une maison de vieux ? »

 

Entre en politique à 69  ans.

 

À méditer par le sénateur Mélanchon (1986-2010) entré au Sénat à  35 ans au scrutin indirect de liste : 24 ans de mandat.

 

 

La soutane : « Client d’un magasin dijonnais à l’enseigne du Pauvre Diable, le chanoine Kir fait couper sa soutane dans du bon drap. Imaginez Don Camillo en civil… Le chanoine Kir c’est une silhouette inoubliable. Assez courte, la soutane laisse apparaître les bottines qui montent haut jusqu’au mollet. Ajoutez le béret, en bataille sur les mèches folles de sa tête, ou tournoyant au bout de son index pointé en l’air les jours de manifestations populaires. »

 

« Bon Dieu, si je n’avais pas ma soutane ! » s’exclame-t-il quand les enfants du club de gymnastique Les Marsouins de la Bèze quad ils ne parviennent pas à faire un mouvement.

 

Né dans l’AUXOIS « cette terre de bœufs d’embouche dont les taches blanches fleurissent le paysage uniformément vert, peuplé de fourrés, d’arbres et de haies vives. »

 

« Un enfant au caractère affirmé et à l’intelligence vive. »

 

« Si vous croyez qu’il est facile de mettre un Bourguignon dans une bouteille, et de poser un bouchon dessus, venez donc faire l’essai ici ! »

Le supérieur du grand séminaire de Dijon.

 

« … il montre un tempérament quelque peu vaniteux, hâbleur. Il doit à tout prix se distinguer des autres. »

 

« Aimez-vous le chant grégorien ?

  • Je préfère le Chambertin.

 

« Il incarne même toute la Résistance, lui qui n’a jamais pris part à un réseau, à un groupement. Il est un héros spontané. Il se fera photographier un peu plus tard sur un char et ce cliché sera reproduit d’élection en élection : le chanoine Kir libérant Dijon ! »

 

 

« À tout le monde il répète : je m’occupe de votre affaire. »

 

« En septembre 1945 il est élu conseiller général du canton à droite toute de Dijon-Ouest avec 60% des suffrages exprimés. Et le 21 octobre il devient député de la Côte-d’Or, les Indépendants remportant 48,5% des suffrages exprimés. »

 

« Maire de Dijon, le chanoine Kir sera réélu en 1947, en 1953, en 1959 et en 1965. »

 

En 65 il a 89 ans.

 

« Son coffre de voiture est bourré de bouteilles de vin. Il distribue les saluts, interpelle les cantonniers et leur apprend qu’il a aussi cassé des cailloux… »

 

 

« Au Palais Bourbon, le chanoine Kir sera longtemps une figure dont les interventions vident plus sûrement la buvette qu’un débat budgétaire. »

 

« Khrouchtchev ! dit-il, un homme très délicat, très intelligent, et humain, et spiritualiste… »

 

« Le général de Gaulle, président de la République française, est en visite à Dijon. Tout le monde se retrouve devant le monument aux morts. Le chanoine Kir juge trop longue la cérémonie de celui qu’il nomme « le grand pistolet ». Il s’en va. On se précipite à la portière de sa voiture pour lui rappeler que le général de Gaulle doit obligatoirement quitter les lieux le premier. « Je m’en fiche, dit-il en faisant claquer la portière. Il a de grandes jambes, il nous rattrapera. »

 

 

« L’habileté du chanoine Kir face au corps électoral s’apparente au charme du fascinateur. Rencontre miraculeuse et républicaine d’un homme et d’un peuple, d’une manière de grand homme pour un petit peuple. Rencontre exceptionnelle de deux tempéraments, le collectif et l’individuel, ne pouvant se détacher l’un  de l’autre par la force des choses, la nostalgie du passé, les lois de l’habitude et la crainte confuse du lendemain. Le chanoine incarne si bien le Bourguignon que ce dernier éprouve l’impression grisante de se plébisciter lui-même en accordant largement ses suffrages au chanoine. L’élu ne transcende pas les aspirations d’une population, il les incarne, tout bonnement, en chair, en jovialité, en pure simplicité. »

 

Citations du chanoine Kir sans garantie de véracité.

 

« Si je ne me suis pas marié, c’est pour ne pas être cocu comme toi. »

 

« Ton Bon Dieu, tu nous en parles tout le temps, mais après tout on ne l’a jamais vu ! »

  • Et mon cul, tu ne l’a jamais vu. Et pourtant il existe ! »

 

« D’ailleurs, avec une gueule comme la tienne, on ne parle pas : on pète ! »

 

« Si je pardonne quelquefois, je n’oublie jamais. »

 

Pour en finir avec le chanoine Kir rappelons que le KIR a fait son entrée dans le Petit Larousse en 1976. Le chanoine était mort en 1968. Consécration rapide. Peut-on citer un autre nom propre devenu un nom commun en France depuis quelques dizaines d’années ? »

 

« Pas plus qu’Amerigo Vespucci n’a inventé l’Amérique, le chanoine Kir n’a inventé le blanc-cassis. L’invention est à coup sûr bourguignonne, dijonnaise ou proche de la cité des ducs. »

 

Alors qui, quand et pourquoi la paternité en a été attribué à un drôle de curé ?

 

Les réponses dans :

 

Le chanoine Kir

La vie fantastique d’un homme politique en soutane

Jean-François Bazin

Armand Colin

 

 

KIR
FÉLIX KIR (1876-1968), LE CHANOINE « RINCE-COCHON »

« Trinquer est un plaisir fort sage
qu’aujourd’hui on traite d’abus… »

Béranger

Inclassable personnage que ce chanoine dijonnais au verbe rabelaisien : homme politique atypique, ecclésiastique controversé, éponyme d’un célèbre apéritif sans en être vraiment l’inventeur…

La suite ICI

 

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8 mai 2018 2 08 /05 /mai /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H Le tango, est un merveilleux exhausteur d’une sensualité pure, l’imbrication de leurs corps, bassins quasi-soudés, le frôlement de leurs cuisses, le choc permanent de leurs poitrines, le galvanisaient sans le mettre en érection (87)

Sous les lambris de ce qui fut, lorsque l’hôtel de Roquelaure fut affecté sous la Monarchie de Juillet au Conseil d’Etat, la salle des séances créée pour l’occasion en 1832 par l’architecte Pierre-François-Léonard Fontaine, Benoît découvrit, dans des conditions d’audition minimale, celui dont le nom, de nos jours, évoque à lui tout seul le tango argentin : Astor Piazzolla. La belle Esther possédait tous ses enregistrements. Assis à ses côtés sur une bergère Louis XV elle le gava comme une oie de cette musique envoutante. Ce fut radical. Tous les petits nœuds qui l’enserraient se déliaient sous l’impact des accords vertigineux du bandonéon de Piazzolla. Envouté, chamanisé, sa tête « de Blanc qui croît détenir le pouvoir de commander au mouvement en s’opposant à lui, au lieu d’aller avec lui, de se fondre en lui, d’abord, et d’obéir ensuite à ce que décide le corps », comme l’écrivit Gheerbrant bien plus tard, abdiquait. Possédé par la musique, lorsque, sans même prendre la peine de le lui demander, il enserra la taille d’Esther pour l’entraîner sur la piste de danse, ses pieds effleurèrent à peine le parquet, tout son corps faisait corps avec le sien, ils traçaient des diagonales, muscles tendus, regard perdu, en une liberté nouvelle proche de celle qu’il avait connu dans les jeux de l’amour. Lové dans cette musique du diable ils enchaînaient, sans la moindre césure, des mouvements d’une sensualité torride, à la fois charnelle et éthérée, proche de l’extase. Le retour sur terre, à l’instant où le saphir dérapait sur la plage lisse, proche de la petite mort, le laissait pantelant. Esther glissait sa main sous sa chemise mouillée de sueur avant de murmurer « Vous m’avez bouleversé… »

 

Le tango, est un merveilleux exhausteur d’une sensualité pure, l’imbrication de leurs corps, bassins quasi-soudés, le frôlement de leurs cuisses, le choc permanent de leurs poitrines, le galvanisaient sans le mettre en érection. Domination, abandon, le tango est certes machiste mais il érotise les corps, les esthétise, sans les faire basculer dans la bestialité de l’accouplement. Esther et lui en restèrent à ce stade suprême de l’érotisme. Repus, nous ils montaient prendre une douche commune. Benoît la caressa, elle le caressa. Ils s’installèrent sur son lit de repos, bavardèrent, son père étant argentin elle savait tout sur Piazzolla.  Benoît, apaisé, l’écoutait lui raconter les années parisiennes de celui-ci lorsque, boursier, il entre dans la classe de Nadia Boulanger, découvreuse de pépites : Quincy Jones, Lalo Schifrin, Léonard Bernstein, va l’aider à se transcender, à se débarrasser de sa frustration de « tanguero » qui rêve d’être Bartók ou Stravinsky. Être soi-même, revisiter ses origines, utiliser l’inépuisable vivier de l’art populaire pour créer une musique contemporaine, Astor Piazzolla avait trouvé sa voie. Benoît aussi venait de trouver la sienne, jamais il ne serait un grand écrivain mais il allait écrire. Esther, elle, avec qui il dînait une fois par semaine, trouva vite sa voie : elle devint l’attachée parlementaire d’un vieux sénateur influent de la majorité avant de fonder quelques années plus tard un cabinet de relations publiques.

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8 mai 2018 2 08 /05 /mai /2018 06:00
La soupe à l’oignon rurale des nouveaux mariés de Vendée et l’urbaine des Halles de Paris qui séduisit Carlo Petrini

Quand j’étais invité tout gamin aux noces, en ma Vendée arriérée, traduire à un mariage de cousins, certains pouvaient se dérouler sur 3 journées, ce fut le cas de celui de mes parents à Célinière mais comme vous vous en doutez je n’y assistai pas, les libations se passaient dans la grange de la métairie aux murs tendus de draps blancs piquetés de fleurs en papier, on tuait le veau gras, on buvait sec, on faisait des fournées de 4/4, on dansait, mon rêve était d’accompagner, au petit matin les derniers fêtards, qui iraient porter la soupe à l’oignon aux nouveaux mariés.

 

Je n’y suis jamais allé car, en dépit de mes efforts de résistance, je sombrais dans le sommeil bien avant le petit matin ; je n’avais aucun regret car, si j’étais resté éveillé nul n’aurait songé à m’y amener, pensez-donc le spectacle d’un homme et d’une femme dans un lit, qui plus est venant théoriquement de faire la chose pour la première fois, n’était pas un spectacle pour un  enfant.

J’ai longtemps cru que c’était une coutume de péquenots, je me trompais lourdement car la soupe à l’oignon est une tradition intimement liée au mariage.

 

C’est une tradition vieille de plusieurs siècles

 

« L’origine de la soupe à l’oignon remonte au 17ème siècle par le roi Louis XV qui était pris d’une fringale nocturne et n’avait à sa portée que des oignons, du champagne et du beurre comme seuls ingrédients. La recette de la soupe à l’oignon serait ainsi née. D’autres versions attribuent la soupe à l’oignon au roi Louis XIV.

 

La tradition veut que, à la fin des festivités du mariage, les nouveaux époux se retirent dans un endroit secret. Les invités partent alors à la recherche des jeunes mariés dans la nuit pour leur offrir une soupe à l’oignon servie dans un pot de chambre.

 

Dans ce que j’ai entendu raconter de ces soupes à l’oignon deux éléments comptaient beaucoup pour les participants : le secret du lieu où étaient couchés les mariés, seul un des participants était dans le secret afin d’éviter que la chasse aux mariés tourne au désastre ; le second ingrédient étant bien évidemment la confection de la soupe à l’oignon.

 

Pour les petites louves et les petits loups qui ne savent plus si on écrit oignon ou ognon il faut bien entendu des oignons pour faire la soupe à l’oignon.

 

Compter un gros oignon par personne. Pour quatre personnes, prévoir 25 cl de vin blanc, 50 g de beurre, 6 tranches de pain de mie et 100 g de fromage. Prévoir également 1 litre d’eau, 1 cuillère à soupe de farine, 1 cuillère à soupe d’huile, un peu de poivre et sel.

 

La préparation de la soupe ne présentant aucune difficulté pour une fois les mâles, en général avinés, s’y collaient pour le plus grand plaisir de leurs moitiés qui, chaque jour que Dieu faisait, se coltinaient la préparation des repas.

 

Dans un grand faitout les mecs commençaient par émincer les oignons pour les faire revenir dans le beurre salé, nous sommes en Vendée, préalablement fondu sur un feu doux. Lorsque les oignons commençaient à dorer, ils ajoutaient 2 cuillères à soupe d’eau et laissaient cuire pendant un quart d’heure. Une fois les oignons cuits, ils ajoutaient la farine pour bien enrober les oignons. Rajoutaient ensuite de l’eau chaude et le vin blanc, sel, poivre, couvrir la préparation et laisser bouillir, toujours à petit feu.

 

Pendant ce temps ils faisaient griller des rôtis de pain rassis qui seraient placées au fond du pot de chambre.

 

Pour les mariés, la soupe à l’oignon n’était pas gratinée, trop compliqué.

 

Les conteurs, à l’époque ils étaient nombreux, à la veillée se faisaient un plaisir de nous narrer, avec force de détails sur la tenue de la mariée, les soupes à l’oignon disons les plus gratinées. Bien évidemment, ils en rajoutaient des louches.

 

CAMILLE LABRO dans le Monde du 27.04.2018 a fait remonter en moi ces souvenirs d’enfance en donnant la recette de la soupe à l’oignon de Carlo Petrini

 

 

« Manger une soupe à l’oignon est la première chose que je fais quand je viens à Paris. C’est un rituel personnel incontournable depuis cinquante ans. Je vais généralement Au Pied de cochon, le restaurant ouvert 24 heures sur 24 près des Halles, par habitude, et parce que leur soupe est impeccable. Historiquement, c’est le plat des travailleurs des Halles au XIXe siècle, le mets fonctionnel par excellence. Pour moi, c’est aussi beaucoup plus que ça.

 

J’avais 19 ans la première fois que je suis venu à Paris. Je suis arrivé en stop depuis ma province piémontaise. C’était en août 1968, trois mois après les émeutes. La rive gauche était en ébullition, il y avait des réunions, des discussions partout, de la musique, une ambiance surchauffée. J’étais fasciné et habité de la même rage, je comprenais leurs combats. Découvrir Paris ainsi, quand on est étudiant, c’est un privilège. Je n’avais pas un sou en poche, je dormais dans une auberge de jeunesse, je me nourrissais de hot-dogs, et, parfois, vers 4 ou 5 heures du matin, j’allais déambuler et manger une soupe à l’oignon aux Halles. »

 

[…]

 

La soupe à l’oignon est emblématique de toutes les soupes du monde, du concept même de soupe, qui associe un bouillon (généralement à base de légumes) à des pâtes, du pain (souvent rassis) ou une autre céréale. Le pain sec retrouve la vie dans le bouillon… C’est un plat qui utilise les restes, parfois même les épluchures, un modèle de modération alimentaire, d’antigaspillage. Mais aussi un symbole de la civilisation agricole et de la démocratie : les potages nourrissent les plus humbles comme les plus aisés, dans tous les pays du monde. »

 

Lire l’intégralité ICI 

 

Pour mémoire :

 

« … tout le groupe de quatre, cinq, six ou sept personnes poussa jusqu’aux Halles pour déguster une soupe à l’oignon au Pied de Cochon, un restaurant bondé d’habitués à une, deux ou trois heures du matin, où les soi-disant artistes raffinés et les noctambules qui faisaient la fête se retrouvaient à la même table pendant que les prostituées du quartier prenaient des ballons de rouge au bar, à côté des bouchers dans leur blouse et leur tablier taché de sang, un mélange de différences si radicales et d’improbable harmonie que Ferguson de demandait si une telle scène pouvait se produire ailleurs dans le monde. »

 

Paul Auster 4321  page 657 et 661

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7 mai 2018 1 07 /05 /mai /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H un bureau en pin brut venu de chez Sears Roebuck et sur lequel trônait une machine à écrire Underwood Standard modèle 1934, non huilée, aussi grosse qu’un piano de concert et aussi bruyante que des sabots dansant des claquettes sur un parquet nu. » (86)

Des années plus tard, dans les années 80, Benoît en lisant les toutes premières pages de « La solitude est un cercueil de verre » de Ray Bradbury « à l’intérieur m’attendaient : un studio vide de six sur six contenant un divan élimé, une étagère comprenant quatorze livres et beaucoup d’espace disponible, un fauteuil rembourré acheté au rabais aux Good Will Industries, un bureau en pin brut venu de chez Sears Roebuck et sur lequel trônait une machine à écrire Underwood Standard modèle 1934, non huilée, aussi grosse qu’un piano de concert et aussi bruyante que des sabots dansant des claquettes sur un parquet nu. », se remémorerait ce temps d’apprentissage sous la douce férule d’Esther la remplaçante. L’IBM 196 C à boule débrida son écriture, balourde, telles les limousines américaines, elle cachait bien son jeu, la pataude en avait sous le capot : une petite merveille de mécanique, entraînée par un seul moteur électrique mettant en branle une chaîne de mouvements quasi-horlogers d’une rare complexité. Elle lui sembla magique, les allers et venues virevoltants de la boule vers le haut, vers la droite ou la gauche, pour soudain se bloquer sur le caractère choisi par la touche, loin de la danse des claquettes en sabots de l’Underwood de Bradbury, s’apparentaient aux entrechats d’une danseuse étoile. Fluide, rapide, précise, elle jaillissait, déposait le signe, rebondissait, enchaînait mots et phrases au rythme des doigts sur son clavier. Benoît fit des gammes des nuits entières, main droite, main gauche, cette dernière peinait, traînait, se décourageait, il  luttait, le bout de ses doigts s’échauffait, fondait, se liait à la machine. Esther lui massait le cou. Ses rêves se peuplaient du ballet dément de cette fichue boule, il se sentait besogneux alors qu’il aspirait à la perfection. Son salut vint de la belle Esther qui, face à son vain acharnement, lui susurra « vous pensez trop… laissez-vous aller comme si vous dansiez le tango… » et lui de répondre : « mais je ne sais pas danser le tango… »

 

La thérapie d’Esther fut radicale, dès le lendemain, tôt le matin, elle pointait son joli minois dans la geôle de Benoît qui mettait la dernière main au discours d’inauguration par le Ministre d’un ensemble HLM à Sarcelles. Il s’était laisser-aller au lyrisme sur le thème de la salle d’eau enfin accessible aux classes populaires et aspirait à la douche et aux draps frais. « D’accord pour la douche cher monsieur – elle persistait en dépit de mes protestations à lui donner du monsieur – mais ensuite tango, tango… » Elle exhibait sous son nez la mallette écossaise d’un électrophone Teppaz. Benoît exhala un cri du cœur « Ici ! » Elle pouffait « Pas ici, dans la salle de réception, le parquet y est plus lisse que de la glace… » Benoît l’enveloppa d’un regard implorant. « Je vous ai aussi apporté des croissants ». Il rendit les armes sans protester. La suite releva de l’extraordinaire, Benoît convoqua le chef des huissiers qui l’écouta sans broncher, sans faire le moindre commentaire ou la plus petite objection, avant de lâcher laconiquement : « Je donne toutes instructions pour que vous ne soyez pas dérangés. »

 

Esther, mignonne comme un cœur, jambes nues, portait une jupe blanche à pois rouges tenue à la taille par une large ceinture du même rouge, un corsage de mousseline blanche avec des manches ballons et des ballerines d’un lumineux blanc nacré. Benoît, dans son costume froissé, avait l’air d’un clochard, dans un dernier effort pour se soustraire il en fit la remarque à la belle, « L’important pour le tango c’est d’être bien chaussé… » lui avait-elle rétorqué. Benoît avait alors contemplé ses pieds, comme il ne portait que des mocassins à semelles cousues Goodyear il ne put qu'abdiquer, se laisser faire. Esther déposait la galette vinyle sur le plateau, au bord des premiers sillons le saphir fit cracher au minuscule haut-parleur une bordée de grésillements. Les premiers accords du bandonéon lui donnaient des frissons.

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7 mai 2018 1 07 /05 /mai /2018 06:00
Les fraises de Staten Island étaient très réputées, les meilleures du marché, elles approvisionnaient les plus grands hôtels de New-York

Votre taulier, tout cassé, n’est pas homme à emprunter les voies ordinaires, à vous tartiner des phrases et des phrases pour vous vanter les mérites de la gariguette de Plougastel,  qui n’est plus ce qu’était la bonne vieille fraise de la fameuse ceinture dorée, mais d’une fraise bien plus rare, plus urbaine, aujourd’hui disparue, la fraise de Staten Island.

 

 

Avant d’étaler ma science toute fraîche, afin de ne pas vexer mes amis bretons, qui sont fort susceptibles, juste quelques mots sur la fraise de Plougastel qui n’est pas française. De son petit nom latin « Fragrum » qui veut dire « Parfum », ce fruit fut découvert par Jacques Cartier, explorateur et découvreur du Canada. Au 16ème siècle, ce malouin fait de Plougastel dans le Finistère Nord (29), la terre pionnière de la fraise « Fragaria Vesca ».

 

La « Fragaria Chiloensis » surnommée « la blanche du Chili » vient, comme son nom l’indique, du Chili. Amédée Frézier, officier de la marine de Louis XIV, ramène ce spécimen d’une mission d’espionnage en 1714. Ces plants sont ensuite destinés à être plantés au jardin Royal de Paris et au jardin Botanique à Brest. Aujourd’hui, c’est cette variété que nous retrouvons dans nos assiettes.

 

 

Staten Island est une île et l'un des cinq arrondissements (en anglais : borough) de la ville de New York (les quatre autres étant Manhattan, Brooklyn, Queens et le Bronx).

 

Vous n'aviez peut-être jamais entendu parler du dernier borough de la liste ? C'est normal. Staten Island a toujours été ainsi. Différent. À la marge. Oublié.

 

L'île n'attire pas grand monde, hormis ses propres habitants. Quand le ciel est bleu, ils sont rejoints par quelques touristes, qui profitent de la traversée gratuite en ferry, à travers la baie, où le fleuve Hudson se jette dans l'océan Atlantique, pour se prendre en photo devant la statue de la Liberté, visible au loin. A peine le bateau a-t-il accosté à Staten Island que la plupart des passagers se précipitent sur le quai afin d'emprunter le ferry suivant: vite, vite, il faut retourner à Manhattan. La grande ville. Le « vrai New York », comme ils disent. Staten Island est l'arrondissement le moins urbain de la ville de New York.

 

Manhattan?

 

Déjà vu!

 

Brooklyn?

 

Un attrape-bobos!

 

À New York, la prochaine fois, offrez-vous une visite à Staten Island, un quartier qui n'est pas encore à la mode, mais qui le sera bientôt. Le ferry part toutes les trente minutes du sud de Manhattan. Sur place, il est recommandé de se déplacer en bus ou en voiture: l'île est plus étendue que Manhattan! Cédez au charme et partez le nez au vent, ou promenez-vous dans le Silver Lake Park : le plan d'eau est magnifique et vous découvrirez, en prime, un terrain de golf de 18 trous. 

 

Appelez un taxi et filez vers le quartier chic de Todt Hill, plus au sud. Le long de Four Corners Road, en particulier, vous découvrirez que des New-Yorkais fortunés habitent un manoir des années 1930, niché au fond d'un vaste jardin. Un peu de culture ? L'Every Thing Goes Book Cafe (208 Bay Street, Tompkinsville), géré par une coopérative, propose des livres d'occasion. Ne partez pas sans manger les meilleures pizzas de New York: les restaurants italiens sont légion. Toutes les adresses utiles sur www.visit.statenisland.com

 

Comme promis un retour en arrière sur les fraises de Staten Island, en 1956, sous la plume du fameux Joseph Mitchell chroniqueur au New Yorker.   

 

 

« La population de Sandy Ground était bien plus importante qu’aujourd’hui, et les maisons étaient encore récentes et bien plus jolies. Chaque famille était propriétaire de la maison dans laquelle elle vivait, et chacune possédait aussi un lopin de terre. Pas grand-chose, un demi-hectare en général, parfois un peu plus, en tout cas pas plus d’un hectare et demi […] Et ils en tiraient le maximum de ces terrains, chaque centimètre carré comptait. Ils élevaient des cochons et des poules, ils avaient une vache, des arbres fruitiers, de la vigne, et toujours un jardin potager. Ils plantaient des choses qui venaient du Sud, des haricots beurre, des gombos, des patates douces, de la moutarde brune, du chou cavalier et des artichauts de Jérusalem. Il y avait des fleurs dans tous les jardins, ainsi que des rosiers, et les vieilles femmes s’échangeaient des graines, des bulbes et des boutures. Ici, à l’époque, on faisait surtout de la fraise. À Sandy Ground, la terre est parfaite pour les fraises. Dans les fermes des Blancs, tout au long de Bloomingdale Road, ils en cultivaient. Les gens de Sandy Ground s’y sont mis eux aussi ; il en pousse des fraises sur un demi-hectare, vous savez ! À cette époque, un vapeur partait tous les jours du New Jersey, de New Brunswick plus précisément, il descendait le fleuve Raritan, entrait dans l’Arthur Kill et s’arrêtait d’abord à Rossville puis dans cinq ou six petites villes des bords du Kill avant de gagner le quai de Barclay Street à New-York, juste en face du Washington Market.

 

 

Eh bien, à la saison des fraises, les gens se levaient tôt le matin pour les mettre dans des petites boîtes en carton et les descendre à Rossville pour les charger sur le bateau à vapeur qui les livrait au marché. Ils mettaient une ou deux feuilles de vigne sur le dessus pour faire ressortir la beauté de leurs fraises, vert sur  fond rouge. Les fraises de Staten Island étaient particulièrement réputées, on disait que c’étaient les meilleures du marché ; elles rapportaient beaucoup d’argent. La plupart allaient directement aux grands hôtels de la ville… »

 

Washington Market in 1912 — a century of service with many decades to go.

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6 mai 2018 7 06 /05 /mai /2018 07:00
« Le vrai fasciste ne s'exalte que dans la défaite. »Les noirs et les rouges d’Alberto Garlini « les mains couvertes de sang aident à corriger le regard »

En cette année de cérémonies anniversaires des 50 ans d’un mai 68 bien pacifique, Jean-François  Khan qui couvrait les évènements pour l’EXPRESS souligne fort justement : « Chaque camp a construit sa mythologie, l’une totalement négative, l’autre totalement divine. Or aucune ne correspond à la complexité de Mai 68. », même si ensuite la France a connu quelques soubresauts violents, je ne peux m’empêcher d’évoquer ce que furent, en Italie, les années de plomb.

 

Ma pile de livres sur cette période est vertigineuse, je dissèque, je cherche à comprendre comment dans ce pays ami des jeunes de mon âge, en sont arrivés à tuer de sang-froid Aldo Moro.

 

Juste avant de me vautrer à vélo j’avais acheté Les noirs et les rouges d’Alberto Garlini et commencé à lire, ce que je croyais être un simple roman policier s’est révélé une fresque hallucinante de ce que fut cette période sanglante.

 

Je l’ai terminé, assis sur le fauteuil de la chambre 4 de l’hôpital Cochin.

 

Je ne revendique pas ce qui suit, comme étant de ma plume, j’ai puisé à 3 sources que vous pouvez consulter dans leur intégralité :

 

 

 

 

Le « héros » du roman, Stefano Guerra est étudiant à Udine, province du Frioul, au-dessus de la Vénétie, proche de Trieste, de l’Autriche et de la Slovénie, n'est pas un fasciste d'opérette, il fait le coup de poing contre les « rouges », les chinois en référence aux maos,  il cultive une forme de romantisme noir, fourbi par la geste mussolinienne. Nous sommes en 1968, il vomit l'Italie démocrate-chrétienne, sa culture décadente et sa mollesse bourgeoise. Pour lui le capitalisme endort et le système doit mourir. Course haineuse d’un jeune fasciste épris de musique et de poésie, pétri de violence, il croise Pier Paolo Pasolini, le compositeur Luciano Berio.

 

 

Sa vie bascule le jour où, lors d'une occupation de l'université de Rome, il tue, sans vraiment le vouloir, un étudiant de gauche, Mauro, fils d'un poète réputé.

 

Il devient un enragé, dirige un groupuscule d'extrême droite, monte ses réseaux, se convainc que les slogans des vieux squadristi forgent l'âme des guerriers. Soldat perdu, bouffé par les souvenirs de la mort de son père, qui s’est pendu sous ses yeux, il cultive avec délectation l’esprit de sacrifice puisque le vrai fasciste ne s'exalte que dans la défaite.

 

« En 920 pages, Alberto Garlini restitue le monde de l’extrême droite italienne pendant les années de plomb, entre 1968 et 1980, où un certain nombre d’individus nostalgiques de Mussolini et d’organisations néo-fascistes tentèrent de faire basculer le pays dans le chaos, avec « une stratégie de la tension » à travers des attentats, des actions violentes ou des manipulations, afin de légitimer un coup d’Etat. »

 

 

« Alberto Garlini ne cherche pas à glorifier ou à excuser. Il raconte sans complaisance la dérive d’une poignée d’individus pris dans les convulsions du monde. Stefano se trompe. C’est un soldat perdu. Une petite frappe à la recherche d’un idéal. Il fuit. Il frappe. Il tue. Il aime. Ce roman vertigineux, lyrique, âpre, dérangeant, élégant raconte aussi bien la saloperie du monde que sa beauté. C’est une de ces perles noires que seule la littérature, à de très rares instants, sait faire briller. »

 

«Pulsion de mort et de culpabilité exacerbé jusqu’à le pousser à rencontrer Antonella, la sœur de Mauro, l'étudiant qu'il a tué. Tombés amoureux, ils deviennent amants, Mauro, s’immerge dans la violence purificatrice mais le doute l’assaille lorsqu’il constate que la bombe posée dans une banque, qui ne devait exploser qu’après la fermeture, tue 14 personnes. Acteur de cet attentat il se sent floué, il cherche à comprendre, s'interroge sur ce que devient la violence quand elle n'est plus politique.»

 

« Pourquoi les quatorze morts et quatre-vingt blessés de l’attentat de la Piazza del Monumenta à Milan en 1969 – référence au véritable attentat contre la Banque de l’Agriculture de la Piazza Fontana à Milan – Stefano n’en peut plus de ce sang, de cette guerre sale, des manipulations des services secrets, des combines des politiciens, des retournements de veste des leaders, de la terreur, des assassinats. »

 

Haletant, ce beau et gros roman haletant, mieux que les livres d’histoire dissèque les années de plomb. Alberto Garlini, né en 1969, a du talent, c’est un grand romancier, son roman est un brûlot politique flamboyant.

 

« Alberto Garlini ne cherche pas à glorifier ou à excuser. Il raconte sans complaisance la dérive d’une poignée d’individus pris dans les convulsions du monde. Stefano se trompe. C’est un soldat perdu. Une petite frappe à la recherche d’un idéal. Il fuit. Il frappe. Il tue. Il aime. Ce roman vertigineux, lyrique, âpre, dérangeant, élégant raconte aussi bien la saloperie du monde que sa beauté. C’est une de ces perles noires que seule la littérature, à de très rares instants, sait faire briller. »

 

« Cette histoire est vraie puisque je l'ai inventée »

 

« Guerrier sauvage et intègre, Stefano Guerra n’est finalement que le fruit de la colère qui anime les trois « pères » qui forment autour de lui un cercle de haine qui l’aveugle. Il y a tout d’abord Franco Revel, guide politique et militant qui l’entraîne sur la voie révolutionnaire tout en se compromettant avec les arcanes du gouvernement en place. Il y a également Rocco, père de substitution, guide érotomane, tout droit sorti du dernier film de Pier Paolo Pasolini, Salo ou les 120 jours de Sodome. C’est cet homme monstrueux qui abreuve et influence une partie de la jeunesse d’Udine avec ses souvenirs « glorieux » lorsqu’il était membre des commandos fascistes du Duce. Et puis il y a ce père géniteur que Stefano découvre à l’âge de huit ans pendu dans une grange. On peut donc ressentir une forme d’empathie pour ce personnage tragique, très vite contrebalancée par ses actes abjectes et les propos ignobles de son entourage sur la pureté de la race à l’instar de ce comte Sperelli, jeune noble fasciste, probablement bien plus dangereux que Stefano Guerra. »

 

À découvrir impérativement.

 

 

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6 mai 2018 7 06 /05 /mai /2018 06:00
Si vous le permettez Me Éric Morain Associé – Carbonnier Lamaze Rasle & Associé, en tant que procureur, je vais charger la barque du vin nu !

À la Bellevilloise, me dit-on, le bel Antonin, qui ne recule devant rien pour porter haut les couleurs du vin nu, a convoqué une star du barreau, j’ai nommé Me Morain, qui râle un peu parce qu’on a exilé son Palais du côté de la porte de Clichy, pourquoi pas dans une banlieue pourrie, pour être l’avocat commis d’office à la défense du vin dénommé nature.

 

Je ne sais qui fut le juge qui mena l’instruction, ni si ce sont les fins limiers de la PJ qui ont enquêté sur cet épineux dossier, a-t-on placé sur écoutes les plus enragés des vignerons, a-t-on filé la poignée de cavistes alternatifs dealers de cette drogue douce, je ne sais, mais mon petit doigt me dit, que l’Antonin a veillé pour que le dossier à charge soit aussi fin que le papier à cigarettes OCB, sigle de Odet-Cascadec-Bolloré.

 

Face à ce futur déni de justice, en dépit de ma nullité : j’ignore tout du code de procédure pénale, alors que Me Morain en est le Paganini, j’ai décidé de me draper dans l’hermine du procureur, de me lover dans la peau de Fouquier-Tinville, de me la péter grave comme Philippe Bilger, d’arborer ma belle lignée de décorations, pensez-donc commandeur du Mérite Agricole, et je n’ose citer les autres médailles de peur de me faire vilipender par les groupies du vin nu.

 

N’écoutant que mon courage, en dépit de mon thorax fracassé, je me dresserai face à cette parodie de procès pour tailler en pièces celles et ceux qui chantent les vertus du vin qui pue.

 

C’est mon côté minoritaire, rocardien non révisé qui remonte à la surface, ce parler vrai qui a valu à l’hamster jovial de n’être qu’un éternel candidat à la fonction suprême, je monte au front avec mon ridicule chassepot.

 

Quand allez-vous arrêter de faire chier, avec vos breuvages indignes de la France profonde des terroirs, ces bons gaulois qui s’échinent à pulvériser, à araser, à round-uper, à faire vivre toute une flopée de marchands du temple, à donner une belle typicité à leur jaja en le boostant à coups de poudre de perlimpinpin.

 

Ce n’est pas en faisant faire trempette à vos gonades poilues, en foulant de vos pieds mal lavés les grappes vendangées par des bobos en manque de nature, que vous tirerez la quintessence du vin.

 

Rangez vos minables mobylettes bleues, laissez la place aux escadrilles de Rafale qui font tomber un tas de blé dans le trésor public, allègent l’abyssale dette, font triompher sur tous les continents notre nectar national.

 

On s’en bat les couilles de votre pur jus de raisin fermenté, au nom de la liberté inscrite au fronton des mairies nous revendiquons le droit de nous jeter derrière la cravate de la colle de poisson, de la gélatine, de la poudre de tanins, du tartrate de calcium, du citrate de cuivre, des copeaux de chêne, des bouts de planche, de la résine de pin d’Alep, de l’acide lactique, du bisulfite d’ammonium, j’en passe et des plus crades.

 

Me Morain ne jetez pas le bébé avec l’eau du Bain, Alexandre bien sûr, l’insurgé de Pouilly fumé, qu’est-ce qu’il fume d’ailleurs, la moquette, certes vous avez terrassé, tel l’archange Gabriel, l’hydre de l’INAO, mais bordayl, ne nous faites pas chier, nous les bons Français, les héritiers du vieux maréchal pour qui la terre ne mentait jamais.

 

Franchement votre vin d’évier qui pue, qui sent la bouse de vache, la serpillière mal essorée, la souris, les pieds mal lavés, le bouiboui, vous n’allez pas nous en faire tout un fromage qui pue à la manière de ce gros tambour de Périco Légasse.

 

Vin de France mon cul !

 

Je sais bien que vous allez me rétorquer, même twitter, Terroirs outragés ! Terroirs brisés ! Terroirs martyrisés ! Mais terroirs libérés par une armée de va-nu-pieds !

 

À quoi bon m’époumonerais-je lors qu’il fait si beau dehors, que les filles sont belles, que l’amour me tend les bras ?

 

Comme je n’ai aucune chute à ce réquisitoire sans queue ni tête je vais de ce pas me payer un Pet’nat bien frais de derrière les fagots, dire merde à la reine d’Angleterre et Mélanchon qui fait la fête à Macron, brailler que les bourgeois plus ça devient vieux plus ça devient con…

 

Acquittez donc le vin nu je n’en ai rien à cirer !

 

Sitôt bu sitôt pissé, telle est ma devise !

 

Me Morain votre tâche est aisée, à vaincre sans péril on triomphe sans gloire.

 

Bons baisers de partout et bonjour chez vous      

 

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5 mai 2018 6 05 /05 /mai /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H L’écriture de ses premiers discours fut un réel et douloureux chemin de croix, Benoît ne supportait pas les ratures, il rédigeait avec un crayon de papier en faisant un usage constant de sa gomme, le plateau de son bureau se constellait de fines épluchures blanches. (85)

Le petit bureau demi-circulaire de Benoît, au rez-de-chaussée, donnait de plain-pied sur le parc du très bel hôtel de Roquelaure implanté au 246 Bd Saint-Germain. Il s’y trouva de suite à l’aise car il aimait les cocons qui enserraient son irrépressible besoin de fuir, le contraignaient à affronter la réalité. Celle-ci, en ces temps où la rue et le verbe délirant tenaient lieu, pour beaucoup d’intellectuels, de pensée politique, lui apparaissait un terreau fécond sur lequel il allait pouvoir semer ses petites graines subversives. Bien évidemment il n’avait jamais écrit de discours, ses travaux littéraires se résumaient à quelques notes ou réflexions écrites sur des petits carnets et, il se demandait, s’il ne s’était pas engagé, bien à la légère, dans un champ de mines. Benoît avait toujours besoin de défis, d’adrénaline pour se motiver, là, il se retrouvait face au vide de la page blanche sur laquelle il ne s’agissait pas de broder une histoire mais de mettre en forme audible des trucs imbittables écrits par des hauts-fonctionnaires ou des petits chefs de bureaux. L’aridité des notes des services lui plut. En les lisant il entrait dans un monde étrange, plein de codes, de sigles, de références, qui lui donnaient le sentiment que l’univers bureaucratique tissait une toile dans laquelle les politiques s’empêtraient. Le vrai pouvoir se situait là. Très vite il comprit qu’il lui fallait imaginer une méthode pour se mettre en état de pondre ces foutus discours ; elle vint empiriquement sans même qu’il la formalise. Lire, dormir, écrire : son bureau se transforma en un vaste souk où s’empilaient des livres, des rapports, des notes, des JO et autres publications maison et nul n’était autorisé à toucher à son désordre. Sitôt le déjeuner il allait faire la sieste dans une petite chambre sous les combles, il n’écrivait que la nuit en fumant des cigarettes qu’il roulait dans une petite machine Riz-La-Croix.

 

L’écriture de ses premiers discours fut un réel et douloureux chemin de croix, Benoît ne supportait pas les ratures, il rédigeait avec un crayon de papier en faisant un usage constant de sa gomme, le plateau de son bureau se constellait de fines épluchures blanches. La lenteur de son crayon s’accommodait mal avec le jaillissement de ses phrases, très souvent il perdait en chemin des formules qui, une fois tombées à la trappe, lui semblaient percutantes. Il  fouillait sa mémoire pour les retrouver, il bloquait, s’engueulait, transformait en boules de papier des heures d’efforts, se gorgeait de café, grillait des clopes. Son salut vint d’IBM, le secrétariat particulier du Ministre était régenté par une vieille harpie à moustaches régnant sur une armée de petites mains terrorisées et lorsqu’il venait déposer des œuvres, encore fumantes, entre les mains du dragon pileux son œil exercé de chasseur n’avait jamais repéré un gibier de choix,  madame la secrétaire-particulière veillait à ce que son cheptel ne fusse un objet de tentation pour notre Ministre bien connu pour son goût prononcé pour les jupons légers. Un matin, épuisé par la ponte d’un discours pour l’inauguration de je ne sais quel machin dans je ne sais quel patelin, hirsute et pas rasé depuis 3 jours, Benoît déboulait dans le SP à une heure où normalement la petite troupe n’était pas encore à pied d’œuvre ; et surprise, tout au fond du bureau il aperçut, au-dessus d’une machine à écrire, le haut d’un corsage blanc entrouvert d’où émergeait un cou gracile surmonté du visage enfantin d’une blonde des blés. À sa vue elle se levait : « Je suis la remplaçante de Simone… » balbutiait-elle alors que les yeux de Benoît restaient scotchés au vallon profond de sa poitrine.

 

Vu son état de déliquescence jouer les jolis cœurs aurait relevé de la faute de goût, gentiment Benoît lui conseillait de mettre sous protection ce que des mains avides, y compris les siennes, auraient très envie de désincarcérer. En reboutonnant jusqu’à l’encolure son corsage la mâtine se contentait de rosir. Benoît, repoussait dans les ténèbres extérieures sa folle envie de la culbuter sur le tas de dossiers posés à côté de sa machine à écrire en faisant diversion, tout en gardant serré sur sa poitrine, telle une ceinture de chasteté, son œuvre de la nuit, il fit celui qui s’intéresse à son outil de travail, la toute nouvelle IBM à boule que le SP venait de toucher. « Donnez-moi votre travail, je vais vous montrer comment elle fonctionne ! » Benoît s’exécutait. « Vous écrivez bien… » Son petit sourire mutin désarmait plus encore Benoît, elle posait la première page sur un chevalet puis, ses doigts fins aux ongles peints se lançaient dans une sarabande qui le stupéfiait. La nouvelle machine émettait des sons feutrés, à cent lieues du cliquetis des vieilles draisines mécaniques. La petite effleurait son clavier, le buste bombé et le regard droit. Benoît était subjugué. Quand elle eut essoré sa première page Benoît, d’une voix aussi serrée que celle d’un jouvenceau déclarant sa flamme, lui demanda « Vous voulez bien m’apprendre ? ». « Ce sera un grand plaisir pour moi… » lui répondit-elle en plantant ses yeux verts dans les siens.

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5 mai 2018 6 05 /05 /mai /2018 06:00
Opus One « « Venez en caleçon si ça vous chante mais venez... » Philippine de Rothschild.

21 août 2006, août s'enlisait dans le crachin et la grisaille alors je fis la grasse matinée et ce samedi après-midi j'ouvris mes boîtes d'archives et je triai : les invitations, les photos, les coupures de presses, les cartes tricolores, les menus...

 

Je suis un conservateur. Aucune nostalgie, rien que des traces du temps passé, la remontée en surface de souvenirs et, bien sûr, l'occasion d'alimenter ma chronique : pire que le sparadrap de Tryphon dans Tintin et Milou ce Berthomeau...

 

Chaque Ministre est flanqué d'une secrétaire particulière chargée notamment de gérer son agenda. Françoise, l'une d'entre elles, débarquait souvent dans mon bureau pour me demander à propos d'une invitation ou d'une intervention : on fait quoi ?

 

J'aurais été un excellent chambellan chargé des menus plaisirs à la Cour du Roi. Ce jour-là il s'agissait d'une invitation  de la baronne Philippine de Rothschild au dîner Opus One le 11 octobre 1988.

 

Réponse : « Excuser le Ministre ! »

 

Nous étions hors délais, alors j’empoignai le téléphone pour appeler l’assistante de la baronne. Je tombai sur elle, si je puis me permettre cette expression un peu cavalière, je peux car Philippine, ancienne comédienne, ne faisait pas de chichi. Je me fis diplomate, en pure perte, je me vois enjoindre par la baronne de venir en lieu et place du Ministre. Je tente une dernière parade : je me déclare allergique au costume de pingouin pour me voir répondre du tac au tac : « Venez en caleçon si ça vous chante mais venez... » On ne résiste pas à Philippine de Rothschild. J'y suis allé, dans l'Airbus spécial très people parisien, en costume cravate et j'ai craqué.

 

Oui j'ai craqué face au gâteau de nouilles Mérilda une pure merveille pour moi qui suis capable de faire des folies pour un plat de pâtes au beurre. Mon seul vice (rires) même que pour mes premières épousailles la famille m'offrit un carton de nouilles Rivoire et Carret (Ha, Robert Skalli pourquoi avoir abandonné Rivoire et Carret).

 

Je salive en écrivant. Pour l'histoire, avec un h un peu plus majuscule, ce dîner illustra pour moi l'irruption du Nouveau Monde dans l'univers  « ça ne se fait pas cher ami » de Bordeaux et de ses environs : mes voisins et voisines de table s'en étouffaient presque en voyant ces yankees volubiles aller et venir sur l'estrade avec force de gesticulations et du parler yankee sonore et bruyant.

 

Un vrai régal, même si je m’emmerdais ferme pendant toute la soirée. Ainsi débuta une relation privilégiée avec Philippine, elle m’aimait bien, elle fut une lectrice assidue de mon blog.

 

Elle amplifia les ambitions du baron Philippe qui, lors de son arrivée à Mouton à l’âge de vingt ans, en 1922, décida de mettre le millésime 1924 en bouteilles à la propriété, un exemple que les plus grands crus de Bordeaux allaient suivre rapidement.

 

« Cette innovation imposa d’accroître les capacités de stockage sur place : en 1926, le baron fit donc construire le “ Grand Chai” (100 mètres de long), dont la perspective saisissante demeure une attraction majeure de la visite de Mouton.

 

En 1933 il racheta le château voisin de Mouton d’Armailhacq, cinquième cru classé, rebaptisé aujourd’hui Château d’Armailhacq et avec lui la maison de commerce à partir de laquelle il a créé Mouton-Cadet, la plus grande marque de Bordeaux. Mouton-Cadet a d’abord été le second vin de Mouton-Rothschild, avant de devenir très rapidement autonome (le second vin s’appelle maintenant Le Petit Mouton de Mouton-Rothschild). »

 

« Il n’est pas exagéré de dire que Mouton-Cadet est la plus grande réussite de marketing du XXe siècle dans le domaine du vin. En 1970, le baron Philippe acquiert encore le Château Clerc Milon, cinquième cru classé situé sur le terroir de Pauillac entre Lafite et Mouton. Vers la fin de sa vie, enfin, en 1983, le baron Philippe a créé en Californie avec Robert Mondavi “ Opus One ” un grand cru fait aux États-Unis avec le savoir-faire bordelais. »

 

 

Comment Mouton-Rothschild devint un premier cru classé ou la vie et l’œuvre du baron Philippe de Rothschild

Rédacteur : Laurens DELPECH

Le jaune et le rouge

Revue des anciens de Polytechnique

ICI

 

Je vous joins le menu frappé des profils de Philippe de Rothschild et de Robert Mondavi, le logo d'Opus One :

 

Dîner mardi 11 octobre 1988

 

Homard au safran

 

Grenadins de veau à la Girondine

 

Gâteau de nouilles Mérilda

 

Fromage

 

Glace au rhum sauce chocolat

 

 

Robert Mondavi Chardonnay 1985

 

Opus One 1985 1984 1981

 

Château Rayne Vigneau 1943

 

 

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4 mai 2018 5 04 /05 /mai /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H L’énarque généraliste, s’attribuant le droit de tout faire tout en ne sachant rien faire de très précis, allait s’engouffrer dans tous les plis du pays, tout contrôler, tenir l’Etat avec une froide détermination et un esprit de corps indéfectible (84)

Ange-Raymond Antonini, l’homme, qui venait de commettre chez Fayard un brulot : « Le temps des policiers » sous le pseudonyme de Jacques Lantier, haut fonctionnaire de l'Intérieur, ancien agent secret, cité à l'Ordre de la Nation pour faits de Résistance, jouissait d’une réelle notoriété dans la Police vérolée de la IVe République, avait confié à Benoît lors d’un dîner : De Gaulle « avait du militaire à la fois la grandeur et les faiblesses. Tout comme Pétain, on le savait obnubilé par des histoires de 2e Bureau, de police, d’espionnage, de barbouzes, de dames Bonacieux… » et que « l’un et l’autre couvrirent la France et le reste de réseaux jacassiers où l’on retrouvait parfois des moines ferrailleurs, comme on allait autrefois des mousquetaires de la reine aux mousquetaires du roi… » Nos Excellences ne se salissent pas les mains, elles délèguent l’intendance à leur cabinet. Je trouve l’appellation fort adéquate car ces cabinets sont bourrés de personnages aux qualifications douteuses qui coiffent les administrations sans subir de concours, qui ne doivent qu’au piston les pouvoirs qu’ils s’accordent, qui accaparent l’Etat au profit des clans. Ce sont des milliers de prébendiers, des mangeurs de crédits, des rongeurs de budget, des croqueurs de fonds secrets, des dévoreurs de bénéfices qui régentent, exploitent, tètent, sucent et épuise la France par la seule volonté de la camarilla qui règle nos affaires… »

 

La IVe, avec ses gouvernements éphémères, souvent nés d’improbables combinaisons parlementaires, laissait, car le temps était à la reconstruction, les mains libres aux hauts fonctionnaires des grands corps d’Ingénieurs de l’Etat, ces grands planificateurs détenaient, bien plus que les industriels du CNPF, les manettes du pouvoir économique. L’avènement du gaullisme, avec ses désirs de grandeur, d’indépendance nationale allait, avec la création de l’ENA par Michel Debré, amplifier cette mainmise et surtout ouvrir grandes les portes du politique à des palanquées de hauts fonctionnaires issus des cabinets ministériels. L’accélération des carrières, le pantouflage dans les entreprises nationales, les parachutages dans de bonnes circonscriptions parlementaires, conférait à l’école de la rue des Saints Pères une aura sans précédent. L’énarque généraliste, s’attribuant le droit de tout faire tout en ne sachant rien faire de très précis, allait s’engouffrer dans tous les plis du pays, tout contrôler, tenir l’Etat avec une froide détermination et un esprit de corps indéfectible. Aux réseaux de l’après-guerre, nés de la Résistance, des conflits coloniaux, où se mêlaient baroudeurs, condottieres, têtes brulées, fils de famille en rupture de ban, aventuriers de haut vol ou de petit calibre se substituaient ceux de nos grandes écoles méritocrates, monstres froids, calculateurs, sans expérience de la vraie vie, qui allaient mailler le monde des affaires et de la politique et le verrouiller.

 

Et pourtant, lorsque sous le président Pompe, dans le gouvernement Chaban, Benoît se retrouva bombardé conseiller technique au cabinet du Ministre de l’Equipement et du Logement, par l’entremise de la mère de Chloé, la vieille garde des barons du gaullisme, avec ses portes-flingues, semblait tout contrôler alors qu’ils réchauffaient en leur sein de jeunes aspics déjà venimeux. Les circonstances de son recrutement, jugées à l’aune du temps présent, relevaient du grand n’importe quoi, d’une forme de j’m’en foutisme à nul autre pareil. La mère de Chloé l’invita à déjeuner chez Lipp où le Tout-Paris de la politique se bousculait. Ils déjeunèrent à l’étage, là où seul le gratin avait accès, et en bonne place non loin de François Mitterrand, de ses amis Patrice Pelat et de Georges Dayan. Avant de m’y rendre il avait réussi à joindre Chloé à Milan par le réseau protégé du Ministère de l’Intérieur. Chloé évoluait dans un essaim de frelons hautement dangereux où se mêlaient, sans vraiment se distinguer, les fous de l’extrême-gauche des futures Brigades Rouges et les implacables néo-fascistes de la Loge P2, les multiples cercles de la Démocratie Chrétienne, les groupes maffieux et les communistes. Au bout du fil elle lui apparut lasse, tendue, il s’inquiétait. Chloé le rassurait, ce n’était que la conséquence d’une nuit de palabres avec la branche la plus extrémiste des Milanais, dissidente d’un groupuscule lui-même partisan de la lutte armée radicale et qu’une bonne nuit la remettrait d’aplomb. Benoît en accepta l’augure sans trop y croire, il lui fit part du nouveau tournant que prenait ma vie. Sa réponse fut sans ambigüité « Fonce mon grand ! Tu vas te retrouver au cœur du pouvoir et c’est le meilleur endroit pour le véroler. Dès que tu peux, viens me voir… »

 

Foncer ! Chez Lipp, signe du destin, la seule femme présente à l’étage était Catherine Nay qui faisait face à un jeune loup UDR. Tout le monde savait que, sauf Benoît, le personnel la gratifia d’une courbette pleine de déférence. Carnassière elle les ignorait tout en déshabillant Benoît d’un regard prédateur. Il lui souriait bêtement. Le nouveau marigot où il  se risquait pullulait de prédateurs bien plus redoutables que ses petits frelons de la GP mais il pressentait déjà leur point faible : le cul ! Sa connexion avec les RG, très friands de tout ce qui touchait aux parties fines ou aux déviances sexuelles, lui donnait un avantage certain sur ses futurs collègues de cabinet. Comment pouvait-on lui proposer un poste dans le cabinet d’un des barons du gaullisme sans se soucier de savoir qui il était, d’où il venait, rien que de la mère de Chloé ? La conversation tourna autour de futilités, au dessert, un baba au rhum chantilly, la mère de Chloé se contenta de lui dire avec un petit sourire gourmand « Ils cherchent une plume je suis persuadé que vous ferez l’affaire… »

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