Vin & Cie, en bonne compagnie et en toute liberté ...
Extension du domaine du vin ...
Chaque jour, avec votre petit déjeuner, sur cet espace de liberté, une plume libre s'essaie à la pertinence et à l'impertinence pour créer ou recréer des liens entre ceux qui pensent que c'est autour de la Table où l'on partage le pain, le vin et le reste pour " un peu de douceur, de convivialité, de plaisir partagé, dans ce monde de brutes ... "
Si vous souhaitez recevoir mes chroniques chaque matin abonnez-vous à la newsletter , colonne de droite (c'est gratuit ) surtout ne pas décocher chroniques (sinon vous ne recevrez rien) ou placez www.berthomeau.comdans vos favoris .
Merci pour votre fidélité et n'hésitez pas à faire des commentaires.
Bonne journée à tous, ceux qui ne font que passer comme ceux qui me lisent depuis l'origine de ce blog.
Le pire c’est que Benoît avait tapé juste. Alors qu’ils venaient de le laisser en plan le grand roux se ruait sur eux pas en gueulant « Comment tu sais ça ? » Sans même prendre la peine de se retourner Benoît gueulait à son tour « T’as la gueule de l’emploi. Communiste un jour, communiste toujours... » Au dévers de l’escalier ils le virent, totalement anéanti, se balancer d’un pied sur l’autre. Ils vivaient vraiment une époque formidable où, à chaque instant, le moindre pékin en rupture de ban pouvait passer de l’exaltation la plus échevelée à la déréliction la plus grande. À chaque étage qu’ils découvraient le tableau changeait : au premier une pouponnière, où flottait une odeur aigre de lait se mélangeant avec le parfum fade de fèces des moutards qui dormaient dans des panières pendant que leurs mères subissaient une séance d’éducation politique délivrée par une duègne revêche dont le sarrau, façon sac de jute, mettait en valeur son cul de poulain ; au second, régnait un calme post-coïtal baignant dans des odeurs d’encens et des fragrances de foutre tiède ; au troisième sous la houlette d’un Jésus de Nazareth, enveloppé dans un drap de lin, une grosse douzaine d’individus des deux sexes, même s’il leur sembla difficile de distinguer qui était qui puisqu’ils étaient tous revêtus de sortes de chasuble taillée dans du carton d’emballage, déclamaient du Brecht ; au quatrième c’était une fourmilière où des types hirsutes, couvert d’encre, s’acharnaient sur des presses manuelles pendant que d’autres tapaient comme des déments sur de vieilles machines à écrire ; enfin au dernier une échelle émergeant du plafond donnait accès sans doute à un grenier.
Benoît précéda Chloé, il émergea dans un grenier à peine éclairé par une baladeuse pendouillant d’un plafond bas mangé par des toiles d’araignée. Il tendit la main à Chloé pour la hisser. Devant eux, telle une galerie de mine, s’étendait un long couloir sombre tout au bout duquel ils apercevaient un quarteron, deux hommes, deux femmes, penchés sur un établi métallique couvert de cartes d’état-major et de bouteilles de bière. Les contours des corps étaient flous, vacillants sous la lumière jaunasse de bougies plantées sur des chandeliers d’église. Ils murmuraient. Benoît et Chloé avancèrent avec précaution. Le plus grand des types, genre Barberousse, leva les yeux vers eux sans donner le moindre signe d’inquiétude. À sa droite, l’une des filles, une brune au visage dur et ingrat agitait ses larges mains sous le nez d’une sorte de gnome aux épaules étroites dont la tête, couverte d’un béret noir enfoncé jusqu’aux sourcils, branlait en permanence. La seule se tenant immobile était une blonde bien en chair dont le pull de laine écrue soulignait la générosité de sa poitrine. Pour Benoît, aucun doute, Sacha c’était ce petit hanneton rabougri dont ils commençaient à percevoir les phrases hachées « Restez groupés... affrontez ces porcs toujours à découvert... l’important c’est que les caméras filment ce qu’ils nous font... nous sommes des pacifistes...» Sa voix nasillait. De ses mains de petit baigneur Colin, rose orangée, couvertes d’un duvet frisotant, il repliait les cartes donnant ainsi le signal de la fin de la séance d’état-major. La blonde en profitait pour se relever langoureusement afin de se plaquer son long corps le long du Viking qui lui empoignait les fesses.
« Indifférentes aux effets de mode, de nombreuses liqueurs plus que centenaires se sont maintenues sur le devant de la scène et sont devenues des produits incontournables. Leur force ? Avoir su s’adapter à leur époque tout en conservant leur identité. »
Liqueur : boisson alcoolisée et sucrée, obtenue grâce à différents procédés : macération, infusion et distillation de fruits ou de plantes. Son degré varie de 15 à 55% et, sauf exception, sa teneur en sucre est d'au moins 100 grammes par litre.
Ce matin, je vais me contenter de puiser dans mon stock de vieilles chroniques, une de mai 2008 : 1 mai 2008
Le flacon à liqueurs et le buffet Henri II des Boucard
Mon père Arsène Berthomeau, entrepreneur de travaux agricoles et de battages au Bourg Pailler de la Mothe-Achard, à ses débuts était associé pour le battage avec Marius Boucard de St Georges de Pointindoux. Parfois j'accompagnais mon père chez les Boucard. Ils habitaient une grande bâtisse dans le bourg. La salle à manger, où l'on nous recevait, était sombre et, occupant presque tout un pan de mur trônait un imposant buffet Henri II. Aller chez les Boucard me plongeait dans des sentiments mêlés : on me faisait boire du thé et je détestais le goût apre de ce breuvage ; le père Jules, le père de Marius, qui chiquait, ce qui donnait à sa moustache une allure de ballet de chiotte, ressemblait à une vieille chouette et me faisait peur ; Marius, lui, me faisait penser à Judas Iscariote et il me mettait mal à l'aise ; enfin, mon imagination, déjà débridée par mes lectures romanesques, me voyait bâtir des récits où, derrière les mystérieuses portes du buffet Henri II se cachaient de lourds secrets. Je me la jouais maison hantée ce qui me valait au retour - étant un grand somnambule - des sommeils agités qui étonnaient toujours la maisonnée. Pourtant, à chaque fois que mon père me le proposait, sans hésiter je le suivais. La raison, outre que j'adorais et que j'adore toujours les lieux incertains, c'est que chez les Boucard, du ventre du fameux buffet Henri II, au lieu de la traditionnelle bouteille de goutte, la femme du père Jules, dont j'ai oublié le prénom, retirait un flacon à liqueurs qui me fascinait. Comme je devais avoir 7 ou 8 ans je carburais à l'orangeade ou à la limonade, pour moi les liqueurs avaient les couleurs du péché.
Le flacon avait une forme de pompe à essence de luxe avec son piètement et ses bouchons dorés – pour faire genre cultivé je pourrais écrire qu'il avait des allures Hoppériennes (d'Edward Hopper le peintre) – et il contenait 4 sortes de liqueurs aux couleurs pétantes : jaune orangé ce devait être de l'abricotine, vert menthe pour la liqueur du même nom, bleu de lagon pour celle à base de Curaçao et enfin le gris argenté du Triple Sec.
Dans mon souvenir cette dernière appellation devait cingler les gosiers comme la cravache d'un cavalier et elle équivalait en force à l'un des breuvages favoris de l'inénarrable Capitaine Haddock qui serait, de nos jours hygiénistes, censuré dans une publication destinée à la jeunesse pour apologie de l'ivrognerie, mille millions de mille sabords. Dans sa définition la plus courante le Triple Sec est une liqueur blanche à base d'orange, d'eau-de-vie et de sucre. Le triple sec et le Curaçao sont synonymes. A noter cependant qu'au Canada, les triples secs sont toujours transparents et les curaçaos colorés (ambrés, oranges, bleus, verts, etc.)
Pour voir le flacon et le texte sur le buffet Henri II c’est ICI
Les liqueurs de pépé et mémé ont de l’avenir, la France aussi !
« Tout rappelle chez lui l’île de Beauté. D’abord le sanglier corse qu’Hugo Pozzo di Borgo porte en écusson sur son pull, puis le caractère affable, mais obstiné, et l’ADN. Celui d’Alata, ce village du sud de la Corse dont il est originaire par son père. Alata, c’est d’ailleurs le nom de son vermouth, dont il peaufine la recette depuis 2016 dans la fraîcheur de son atelier montheysan. A 30 ans, le jeune artisan est une tête chercheuse qui dévore les livres d’herboristes à la recherche des plantes qui sublimeront ses prochaines recettes de vermouth. »
Hugo Pozzo di Borgo adore le vin mais abhorre les cadres trop rigides. «La fabrication du vin est beaucoup trop codifiée, souligne le producteur d’Alata, qui ne vient pas d’ailleurs d’une famille viticole. J’avais besoin d’un support plus créatif. Le vermouth me donne la permission d’élaborer des recettes plus barrées.» Le vermouth, cet «alcool de vieux» disparu à l’aube des années 1960, devient pour lui une matière d’expression et d’expérimentations. Car le jeune producteur n’est pas dans la réhabilitation, mais dans la réinterprétation.
Alors il se documente. Beaucoup. Sur l’art de la distillation, les plantes et leurs élixirs…
Le vermouth, un truc de vieux mais aussi l’ingrédient du Dry martini, cocktail à base de gin et de vermouth blanc sec. Omniprésent dans la littérature et le cinéma, particulièrement aux États-Unis, d’où il est originaire.
« Le vermouth est un des nombreux vins aromatisés qui s’est popularisé particulièrement au début du XIXème siècle. Il a été extrêmement populaire jusqu’aux années 1940 et 1950. Le vermouth n’est pas un spiritueux, c’est un vin aromatisé. Pour fabriquer un vermouth, on utilise un vin, en général un vin blanc, plutôt neutre, pas trop fort en alcool et plutôt acide.
On va prendre ce vin et le mélanger avec du sucre, puis avec du caramel si l’on veut lui donner la couleur rouge que l’on associe au Martini classique par exemple. On va ensuite ajouter de l’alcool, pour lever le niveau d’alcool entre 15° et 18°. À cette base, on ajoute un extrait aromatique qui est le résultat de la macération de nombreuses herbes, épices, racines...
François Monti auteur du livre "101 cocktails", édition Dunod
TURIN, CAPITALE ORIGINELLE DU VERMOUTH
Les villes de Chambéry et de Turin se disputèrent longtemps la paternité du vermouth, suite à la division du duché de Savoie entre la France et l’Italie au 19e siècle. Cependant, l’appellation « vermouth » serait bien née à Turin, inventée en 1786 par Antonio Benedetto Carpano à partir d’une recette d'apéritif allemand composé de vin et de Wermut (absinthe en allemand). En 1831, le sacre du roi Carlo Alberto à la tête du duché permit à Turin de devenir, aux yeux du monde, la capitale officielle du vermouth.
Dans une ville prospère et influente comme Turin, le vermouth devint vite un alcool très prisé, particulièrement apprécié en fin de journée à l’heure de « l’aperitivo ». Conséquence directe de ce succès : la naissance d’une véritable aristocratie des fabricants de vermouth à Turin.
LES BARONS DU VERMOUTH, DE L’ITALIE À LA FRANCE
Plusieurs familles italiennes à la réputation bien établie commencèrent ainsi à distribuer leur propre vermouth, dont la famille Cinzano. Une fois sa société installée à Turin, elle développa rapidement un réseau d’agents commerciaux pour vendre ses vermouths jusqu’en France, où cet apéritif fit des émules. En 1813 par exemple, le producteur français d’absinthes et de liqueurs Joseph Noilly introduisit sa recette de vermouth sec, élaboré à partir de vins blancs du Languedoc. Prenant sa succession en 1829, son fils Louis commença à exporter sa production d’absinthe, de liqueurs et de vermouth au-delà de l’hexagone. En 1843, son beau-frère devint son partenaire et la société fut rebaptisée Noilly-Prat. En 1844, la première commande fut expédiée aux États-Unis (Nouvelle Orléans et New York). En parallèle, Joseph Chavasse développa en 1821 son propre vermouth à Chambéry. Elaboré à partir de plantes aromatiques locales, ce vermouth nommé Dolin fut le premier à obtenir l’AOC un siècle plus tard (1932). La marque Dolin fut également à l’origine de la commercialisation du premier vermouth blanc.
Les parts de marché gagnées, notamment aux États-Unis, par les producteurs de vermouth français suscitèrent le mécontentement de Carlo Alberto. Rapidement, il perçut le danger d’avoir limité la vente des vermouths turinois à la région seulement. Il décida alors de s’associer aux frères italiens Cora, dont la société fondée en 1835 exporta massivement du vermouth aux États-Unis pour une clientèle d’expatriés italiens. Afin de protéger le vermouth de Turin de potentielles copies, Carlo Alberto leur octroya les premières licences en 1840. C’est dans cette optique d’expansion internationale que la Distilleria Nazionale de Spirito de Vino fut fondée en 1849. En 1860, sous l’impulsion de son nouveau directeur Alessandro Martini, elle devint un acteur essentiel du marché mondial des vermouths. En 1865 (à Dublin) puis en 1867 (à Paris), son vermouth remporta ainsi plusieurs médailles et, en 1868, la société exporta ses premiers flacons aux États-Unis. En 1879, la société Martini devint Martini & Rossi, suite au départ de l’un des actionnaires. C’est ainsi finalement grâce à Martini & Rossi, mais aussi Cora, que le vermouth connut un incroyable développement aux États-Unis, en Grande Bretagne et en France.
Comme j’ai l’esprit d’escalier en écrivant ma chronique sur Marc Ogeret, incomparable interprète du Temps des cerises, je me suis dit Taulier va falloir chroniquer et, comme je suis allé au marché j’ai acheté des griottes.
Comme Dali était fou du chocolat Lanvin moi je le suis de l’acidité.
Les griottes sont les fruits du griottier, de son nom botanique Prunus cerasus, aussi appelé cerisier acide ou cerisier aigre. Ce petit arbre forme souvent des buissons au sein de haies à l’état sauvage. Les botanistes pensent que le griottier est le résultat d’une hybridation naturelle entre le merisier, un cerisier sauvage, et le cerisier des steppes, un petit arbuste du nord de l’Asie, il est bien plus résistant au froid que les autres cerisiers. C’est la raison pour laquelle la culture des cerises griottes est aujourd’hui concentrée dans le nord de la France, en Allemagne et dans des pays de l’est de l’Europe comme la Pologne.
Les griottes sont des petits fruits charnus rouges vifs sucrés, juteux dont la chair est molle et acide.
Selon l'encyclopédiste romain Pline, le général romain Lucullus, lors de sa campagne militaire contre le roi du Pont, côte sud de la Mer Noire, aurait découvert et apprécié les cerises de la ville de Cerasus, actuellement, la ville turque de Giresun, et les aurait ramené à Rome en 68 avant notre ère.
De Candolle dans son Origine des plantes cultivées, en 1882 met les points sur les i « il faut dire encore une fois qu'il y avait des Cerisiers — au moins celui des oiseaux — en Italie avant Lucullus, et que l'illustre gourmet n'a pas dû rechercher l'espèce à fruits acides ou amers. Je ne doute pas qu'il n'ait gratifié les Romains d'une bonne variété cultivée dans le Pont et que les cultivateurs ne se soient empressés de la propager par la greffe, mais c'est à cela que s'est borné le rôle de Lucullus »
Il existe plusieurs variétés de griottiers. Leurs fruits ont des propriétés différentes, et ils n’arrivent pas à maturation au même moment.
La plus connue est la Montmorency, dont le jus est clair, est célèbre pour son utilisation en conserve et en eau-de-vie. Cultivée dans cette région du nord de Paris depuis le Moyen-Âge, elle est même mentionnée dans les œuvres de Voltaire et de Jean-Jacques Rousseau.
D’autres variétés sont moins connues, comme la très tardive griotte de la Toussaint, ou la juteuse griotte de Moissac, idéale pour la confiture, alors que les griottes du Lyonnais ou du Nord le sont à l’élaboration d’eaux-de-vie.
L’acidité de la griotte la cantonne le plus souvent à la confection de pâtisseries, de confitures ou d’eaux-de-vie, mais on peut, comme moi la manger nature. Elle est très prisée par les chefs pour accompagner la volaille, caille, pintade, le canard.
Outre les clafoutis et les forêts noires, les griottes se déclinent côté sucré aussi bien en tarte, en cake qu’en compote ou en confiture, en jus et en sirop. Elles fourrent des confiseries au chocolat. C’est avec elles, exclusivement, que l’on prépare les cerises à l’eau-de-vie.
Pour en savoir plus sur les autres cerises c’est ICI
chronique du 26 avril 2014
« Le temps des cerises, c'est court : les variétés précoces arrivent en mai, puis les variétés plus tardives prennent le relais jusqu'en juillet.
C’est la cerise de Céret qui de mai à la mi-juin, est pour nous la cerise primeur. Elle est essentiellement de la Burlat, mais il y a aussi de la Starking Hardy, de la Bigalise, de la Primulat.
Le 17 mai 2013, l’Indépendant titrait « Enfin, les premières cerises de Céret envoyées à l'Elysée ! » la récolte des cerises cérétanes était tardive.
3 grands groupes de cerises :
- les cerises «acides» : griottes et Montmorency, surtout destinées à la préparation de cerises à l’eau-de-vie.
- les cerises «anglaises» : destinées aux conserves, confitures et liqueurs, et assez peu cultivées.
- les cerises «douces» : les bigarreaux et les guignes (qui sont les fruits du Kirsch)
CLAFOUTIS AUX CERISES
« Servi dans sa faïence rustique, il affiche la bonne mine des cerises en billes rubicondes, enchâssées dans leur écrin souple et givrées de sucre cristal.
La pâte jaune et molle, chaude encore, dégage une odeur pleine et réconfortante d’œuf et de lait. Légèrement blondie sur le dessus et tendrement élastique, elle fond dans la bouche, tenant son serment parfumé, son goût d’œuf sucré, subtilement alcoolisé. Puis vient la cerise, plus croquante, dont l’arôme puissant envahit alors les papilles, et que l’on mâche en prenant bien garde de ne pas avaler le noyau. Celui-ci n’est pas là par paresse, dit-on, mais parce qu’il confère au plat une incomparable saveur d’amande fraîche, et, parce qu’en épargnant l’éventration des fruits qui transformerait le gâteau en flaque sanglante, il donne au résultat un aspect plus présentable. Le jeu consiste alors à rouler ce petit occupant dur comme un caillou dans sa bouche, de le tourner, le sucer, le lécher jusqu’à – discrètement – le déposer sur le bord de son assiette… Joie de saison, temps des cerises. »
La fabrication d’eau-de-vie de cerise, le kirsch, notamment, a une longue tradition. La « Kirschwasser-Gesellschaft in Zug », fondée en 1870, commercialise avec beaucoup de succès dans le monde entier le kirsch zougois jusqu’à la fin du 19e siècle. Vers 1915, le pâtissier Heinrich Höhen invente la tarte à la cerise de Zoug. Aujourd’hui, quelques distilleries industrielles et de nombreuses distilleries artisanales produisent plus de 60 000 litres de kirsch par an, dont 15 000 rien que pour la tarte aux cerises de Zoug.
Une femme fait un signe à ses parents derrière le Mur en 1961. Licence
Français ?
Et en français avec le son teuton deux pandores les dévisageaient, avec une certaine surprise, se demandant ce qu’un couple pouvait bien fiche en ce lieu à cette heure-là. Benoît se retenait de répondre « Ça se voit tant que ça » mais il se contentait de tendre leurs deux passeports. Les deux poulets cinquantenaires maniaient le français avec une relative aisance souvenir sans doute d’un long séjour dans notre doulce France. Là encore Benoît évita de le leur faire remarquer. Ils les entraînèrent vers la lumière pour mieux examiner leurs passeports. Comme ils étaient en règle les pandores peu amènes se contentèrent de leur signifier de déguerpir de la zone et de gagner au plus vite leur lieu de résidence. Le plus gros, très bovin, ajoutait un « Tenez-vous à carreau » qui en disait long sur ses sentiments à leur égard. Son coéquipier, lui, s’intéressait essentiellement à la plastique de Chloé pourtant ensachée dans des vêtements informes, Benoît sentait dans ses yeux comme une folle envie de procéder à une fouille au corps. Ils revenaient sur leurs pas pour découvrir sur la gauche une ruelle qui se révéla être une impasse donnant sur un haut portail rouillé, entrouvert, sur lequel de blanches colombes de la paix façon Picasso encadraient un chat sans poils debout sur ses pattes arrière qui brandissait son pénis.
De la bâtisse, dont ils devinaient l’existence par les points de lumière piquetant sa haute façade, provenait un vacarme sauvage où se mélangeaient des éclats de voix et de la musique sans doute crachée par une batterie de haut-parleurs. Leur irruption, dans ce qui avait dû être la salle de pointage d’une usine désaffectée, ne troublait en rien les occupants qui se livraient, par grappes, à une forme de confrontation verbale et gestuelle débridée sur fond de chants révolutionnaires. De l’un des groupes, une grande sauterelle, lovée dans un sari immaculé, se détachait pour s’approcher d’eux à petits pas chassés. Ignorant Chloé elle tourbillonnait autour de Benoît en passant ses longs doigts dans ses cheveux tout en ondulant des hanches lascivement. Grossièrement Benoît rompait le charme en la questionnant avec une brutalité qu’il regretta sitôt « Où est Sacha ? ». Très « Peace and Love » elle l’enveloppait de ses bras interminables en se plaquant sur lui « Essaie le Centre de la Paix, camarade... » lui susurrait-elle à l’oreille avant de repartir, tel une elfe, vers l’un des essaims peuplé que de filles qui mélangeaient leurs corps en une houle furieuse. Même Chloé, qui en avait vu d’autres, contemplait le spectacle avec étonnement.
- C’est où le Centre de la paix...
Le grand type roux, vêtu d’une vareuse vert de gris et coiffé d’un béret à la Che Guevara, à qui Benoît venait de poser la question, le regardait comme s’il découvrait une fiente de pigeon sur ses rangers impeccables. Dans un français tout aussi impeccable il lui balançait.
- Au dernier ducon !
- Tu devrais tirer la chasse plus souvent trouduc t’as une haleine de chiottes...
Chloé le tirait par la manche.
- Laisse tomber, tu ne vois pas que notre camarade est un fils de pute...
- Toi t’as des cuisses de gazelle et j’ai une trique d’enfer. Montes au premier avec moi je t’offrirai ma semence révolutionnaire !
- C’est ça mon grand. Vas faire ta lessive à la main et lâche-moi la chatte !
- Toi t’es italienne, une chatte sur un toit brûlant...
- Viens Chloé notre camarade est un réviso en exil...
C’était sur Face de Bouc : «Dans l’univers viticole après 40 années environ il naît toujours et encore des vigneronnes et vignerons qui vous transportent et éveillent votre plaisir. Merci»
Signé Dominique Derain.
Pour le petit Larousse êtretransporté, dans son acception littéraire, c’est éveiller un sentiment très vif, être ravi de plaisir ; une forme d’extase de tous les sens !
Face à une telle déclaration enflammée d’amour du Dominique, le vieux chien truffier que je suis, toujours à fouir dans le terroir profond à la recherche d’une pépite, a flairé un nectar rare. Comme vous le savez je me définis comme un « homme de luxe » ICI, le luxe compris comme une manière d'être, un certain type de visée, plutôt que comme un état lié à certains objets de prix, mon intuition frôlait l’ébullition, mon impatience montait, il me fallait accéder à ce flacon.
Hormis les louanges de Dom Derain, la photo de l’étiquette du hautes-côtes nature 2016 du domaine Dandelion postée sur son mur me séduisait : et la matière et le graphisme ; j’y reviendrai.
N’y tenant plus j’appelais le Dominique tout en consultant la page Facebook du domaine Dandelion. L’histoire qu’il me conta fit monter plus encore ma curiosité. 2016, c’était le tout premier millésime de la toute nouvelle vigneronne de Meloisey, Morgane Jeulliot.
La page face de bouc indiquait le 06 du domaine, c’était l’heure du déjeuner, j’hésitais avant de le pianoter sur mon criquet.
Morgane me répondait. Je lui servais mon petit speech : Dominique, le blog, mon désir de goûter son vin…
En 2016, le domaine Dandelion c’était 1 ha et demi de vignes hautes et de vieux pinot noir achetées, labourées à cheval, vendangées le 9 octobre, vieux pressoir en bois, grappes entières, 21 jours de cuvaison, élevé dans de veilles pièces, pas de soufre ni dans la vigne ni dans le vin. Bouchée verre. En 2017, le domaine s’est étendu de 1 ha, je crois, en location.
Comme je ne puis vous parler du vin lui-même, je fais confiance au palais de Dom Derain, je reviens à l’étiquette.
Le papier provient d’une papeterie à l’ancienne de Fontaine de Vaucluse du Moulin Vallis Clausa qui fabrique à la main des papiers d'exception ICI Il est composé de coton, de lin, de chanvre et des fleurs de bluet y sont insérés (visible sur la photo).
Morgane découpe ses étiquettes au format, marque au tampon le dessin d’un oiseau dessiné par elle puis graphe manuellement lez nom du domaine, l’appellation et le millésime.
De l’allure ! Quintessence de la simplicité…
Petite citation de votre serviteur datant de 2006 :
« L'allure des hommes, au sens des humains, c'est indéfinissable, voyez Cary Grant dans la mort aux trousses avec sa chemise immaculée et son impeccable costume gris perle tout au long de sa fuite, même après le champ de maïs, et Audrey Hepburn habillée par Hubert de Givenchy, c'est inné. La simplicité, l'art de l'accessoire, l'appariement, font la différence. Que de futilité me direz-vous ! Non l'allure n'est pas un luxe, c'est une manière d'être en phase avec soi-même. Se vêtir c'est choisir sa seconde peau. Etre attentif aux évolutions de la manière de se revêtir c'est être en capacité d'anticiper sur les changements qui traversent nos sociétés sur-consommatrices. »
Le millésime 2017 n’est pas encore disponible. Je ne désespère pas qu’il soit disponible à Paris, affaire à suivre…
Je vous propose de lire la seconde partie concernant le combat d’un homme contre Monsanto :
« Et maintenant, Évreux. Quel bonheur.
En décembre 2017, Paul François, le paysan qui a réussi à faire condamner Monsanto pour son intoxication aiguë au lasso, un pesticide, m’avait demandé alors qu’on causait ensemble à Lyon de bien vouloir animer les rencontres annuelles de son association. L’homme est singulier. Meurtri, abîmé, malade, autant épuisé par le poison que par le combat judiciaire pour faire reconnaître sa maladie auprès de la Mutuelle sociale agricole (la MSA), il aurait toutes les raisons d’être agressif, vindicatif et caricatural comme les outragés de l’éolienne. Il pourrait se vautrer dans l’émotion, se draper dans la toge impériale de la victime médiatique, et faire pleurer dans les chaumières en décrivant ses malheurs, bien plus graves que ceux des pleurnichards égocentriques de l’Occitanie. Et on n’y trouverait rien à redire car il souffre chaque jour, Paul.
Lisez son livre !
Un paysan contre Monsanto, paru chez Fayard
Et bien, c’est étrange, Ô miracle, il ne l’est pas, victime.
Paul François a réussi à s’extraire de ce statut bien pratique, ultra-valorisé dans notre société qui adore les opprimés (enfin, tant qu’ils restent sur des combats manichéens). Étrange, difficile pour les médias : voilà un homme qui devrait être sans cesse monté sur un prétoire, déclamer bruyamment pour se plaindre et dénoncer, pleurer et hurler, caricaturer les industriels et les agences sanitaires en riches méchants et les paysans en pauvres bougres sans défense, et qui reste sur la mesure, la nuance et jamais ne se laisse embarquer dans la facilité. Mais comment fait-il ? Vouloir l’interdiction des pesticides ne l’empêche pas d’affirmer que prohiber le glyphosate n’est possible qu’après avoir au préalable formé à l’agronomie les paysans, en particulier ceux et celles qui ne labourent plus, ou si peu. Paul François, c’est l’antidote contre Marie-Monique Robin qui ramène tout à elle, qui ne supporte pas de partager la lumière et s’est arrogé le pouvoir de dire ce qui est bien et mal. Un homme rare.
La volonté de comprendre
Le colloque de l’association de Paul François, Phyto-victimes, s’est logiquement déroulé à son image. Dans une organisation, le chef déteint sur tout le monde. Lever 5 h 30, train à 6 h 45. Voiture jusqu’à la fac parmi des rues vides. Parking en face d’un Mac Do presque aussi volumineux que le cinéma. Accueil souriant, proclamations de petite taille, les messages sont sobres. Les murs ne hurlent pas, c’est bien, quand on est encore fatigué. Sur l’affiche, le slogan « Pesticides & santé, tous concernés » suffit à poser le débat en lettres blanches sur fonds noir. Un peu classique, mesuré, le ton est là. La photo en bas à droite est celle d’un enfant debout dans un champ de blé encore vert qui regarde au loin un tracteur flou en train de pulvériser. Simple comme la réalité. Il y a dans l’amphithéâtre une table avec le livre de Paul (Un paysan contre Monsanto, paru chez Fayard) qui est en vente, et une autre avec du café, gratuit. Paul n’est pas là, car il est bien trop fatigué. Il a délégué une vidéo pour souhaiter bonne réussite à tout le monde. Pendant une journée, devant une bonne soixantaine de personnes effectivement concernées, beaucoup dans leur chair, des chercheurs et des directeurs se sont succédé. On a discuté de l’histoire des pesticides, du scandale de l’amiante qu’il faut toujours avoir en tête, de l’épidémiologie du cancer dans le monde agricole. Le niveau était élevé, les chercheurs pédagogues. L’avocat de Paul François expliqua l’état de la loi, de la justice en la matière. De sa lenteur, de ses accès de lucidité, parfois.
Dialoguer avec l’accusé
Après un déjeuner sans alcool, car on était à la fac, on revint autour de tables rondes. Le directeur de la MSA et son médecin national ; le directeur de l’Anses et sa directrice adjointe se tenaient prêts à affronter l’amertume générale. Les paysans souffrent de ce qu’on leur a enseigné à pulvériser, il y a aussi des riverains qui ne savaient pas ce qui leur tombait dessus. La mutuelle sociale agricole a fermé les yeux, se retranchant derrière la sempiternelle absence de lien de cause à effet et l’inexistence des pathologies constatées dans les tableaux des maladies professionnelles. Pratique. L’Anses est chaque jour accusée de compromission avec les industriels, seule explication pour des avis sanitaires que l’opinion trouve toujours trop pudiques et donc, suspects. Il faut qu’il y ait des coupables. Paul François a largement fait la fête à la MSA dans son livre, et la fête avait continué durant la matinée. Ces messieurs-dames allaient se faire déchaumer.
En fait, ils ressortirent bien vivants. Et même satisfaits. Car ce public qui ne leur était pas acquis, qui était un reproche vivant à leur gestion de ce qui n’est pas encore une crise sanitaire d’ampleur comparable à celle de l’amiante, mais on y arrive ; ce public qui n’a pas été tendre est resté civilisé, respectueux, au moins du courage qu’il fallait d’oser se mettre face à lui. Pas de sifflements, de huées, d’insultes, pas de censure ni d’opinions tranchées, pas une seule fois n’ai-je eu à intervenir pour calmer les ardeurs. Même ce médecin emporté contre les pesticides comme personne, qui sut déraper sans se vautrer dans le ridicule. On s’écoutait, à Évreux. On interrogea la FNSEA qui disait ne pas savoir faire sans pesticides sans lui envoyer de bidon de chlordécone à la figure. Les victimes n’étaient pas indignées, elles étaient courageuses, voulant que les choses changent en comprenant ce qui leur était arrivé, sans flétrir pour autant leur écœurement ni leur fureur.
Deux visages de la société d’aujourd’hui, deux visages de l’écologie. Le sectarisme des idiots utiles du système là-bas, l’ouverture de constructifs ici en Normandie. Celle-là me fait continuer ce métier chaque jour amoindri par le régime des plaintifs dont je me demande s’il n’a pas contaminé Nicolas Hulot. Le ministre se lamente beaucoup sur son sort mais que fait-il ? À voir le gâchis qu’est la loi sur l’alimentation, on peut répondre par « rien ». S’indigner en permanence ce n’est décidément pas avoir du courage. Quand on accepte l’ombre d’un ministre de l’agriculture qui se croit toujours sous Pompidou, on ferait mieux de se taire. Et de laisser place à quelqu’un d’autre, mais à qui ? Voilà où en est l’écologie au niveau de l’État. Heureusement, elle avance, se banalisant, dans les territoires de la République. Tiens, la région Pays-de-la-Loire vient d’installer sa stratégie de biodiversité, élaborée avec la plupart des représentants des usagers de la nature. Il n’y a eu qu’un seul vote contre. Une association de petits propriétaires forestiers. »
Paul François, le paysan contre Monsanto
Empoisonné par un pesticide commercialisé par Monsanto, l’agriculteur charentais a osé s’attaquer au grand industriel américain. Sa vie en a été changée à jamais: pour le meilleur, et pour le pire ICI
Le lundi 4 juin Marc Ogeret est mort à l'âge de 86 ans au centre hospitalier de Semur-en-Auxois.
Il sera inhumé avec « un œillet rouge », symbole du Paris révolutionnaire.
« Il est des artistes dont le nom représente bien plus que leur surface médiatique. Qui incarne une époque, un esprit. Tel était Marc Ogeret, né à Paris en 1932, et qui vient de disparaître après une vie de convictions, passée à défendre les grands textes et la cause des plus faibles. » Télérama
Le jeudi 7 juin 2018 Thomas Legrand sur France Inter rend Hommage à Marc Ogeret.
Interprète d’Aragon mais aussi de Jean Genet, Pierre Seghers et d’Aristide Bruant, Marc Ogeret avait à son répertoire la plupart des chants révolutionnaires qui ont fait l’histoire de France depuis L'Internationale jusqu'au Temps des cerises. C'était un grand admirateur de la Commune de Paris (1871).
Chanteur dans l'ombre de Ferré (qu'il a également interprété) et Brassens, il avait fait la première partie du concert de Georges Brassens à Bobino en 1964. Marc Ogeret, habitué des programmations musicales de Radio Libertaire, avait une voix chaleureuse, le timbre clair et une diction impeccable qu'on peut retrouver sur des albums comme "Chansons contre".
Marc Ogeret s'était également illustré en reprenant des chansons réalistes évoquant la Première guerre mondiale comme La chanson de Craonne ou La butte rouge.
C’est cette dernière, écrite en 1922 par Montéhus sur une musique de Georges Krier, que j’ai choisie :
« Cette chanson n'aurait pas été enregistrée par Montéhus (même si elle fut déposée à la SACEM en 1923). Par contre, d'autres (outre Renaud) l'ont enregistrée, il s'agit notamment d'Yves Montand (CBS, 1955) et Marc Ogeret (Vogue). En fait, par rapport au préambule de Renaud, Montéhus a "retourné sa veste" deux fois. Antimilitariste avant la guerre de 14, comme ses contemporains, il fut emporté par la vague militariste de 14-18, mais revient, après-guerre, à des chansons plus antimilitaristes. La Butte Rouge en est un exemple. La butte de Bapaume, en Champagne (et non la Butte Montmartre comme peut le laisser croire le premier couplet) est devenue, grâce à cette chanson, un lieu de commémoration, le Douaumont des pacifistes. Elle fut ensuite reçue comme un chant de révolte et de commémoration, propagée par les militants anarchistes et socialistes, recopiée dans maints chansonniers, et échappa peu à peu à ses auteurs. »
Marc Ogeret, rue de la Colombe à Paris, venant de recevoir le prix de l’Académie Charles-Cros de la chanson francaise, le 29 mars 1963. RUE DES ARCHIVES/AGIP
Mort de Marc Ogeret, chanteur poétique et politique
Le 15 août 1961, le soldat allemand Conrad Schumann franchissait le mur de Berlin et devenait un symbole de la guerre froide
En retrouvant l’air libre en plein quartier de Kreutzberg ils purent vérifier que la zone de chalandise de leurs petits camarades étudiants ne respirait guère l’opulence renaissante de l’Allemagne de l’Ouest car elle se composait essentiellement d’usines bombardées, de gares désaffectées, d’HLM trop proches du mur pour séduire les promoteurs et elle était cernée de bidonvilles turcs empestant la fumée de charbon de bois et le suif de mouton rôti. Ils rôdaillèrent dans des cafés peuplés d’une faune fumant du shit sous des drapeaux du Viêt-Cong et des photos de Mao et d’Hô Chi Minh. L’évocation du nom de Sacha auprès des camarades ne leur attira que des sourires vagues ou même une forme d’hostilité sourde. Fatigués ils échouèrent dans une sorte de club en sous-sol où un guitariste en keffieh palestinien jouait vaguement du Joan Baez sous les regards indifférents de quelques corps indistincts vautrés sur des matelas jetés à même le sol. Certains se pelotaient sans enthousiasme pendant qu’une fille dans un coin allaitait un moutard roussâtre. Venant de je ne sais où un charmant Suédois efféminé leur tendait deux canettes de bière. Ils se posèrent sous un drap accroché au mur sur lequel une main malhabile avait peint des slogans contre la bombe à neutrons. Olof, le suédois, gérant de ce club communautaire, se roulait un joint tout en s’enquérant, dans un anglais hésitant, de leur situation. Leur réponse « Nous cherchons Sacha... » lui tirait un mince sourire, le premier de la journée, qui leur remontait le moral. Toujours dans son anglais guttural il leur confiait « Je crois qu’il loge dans un grand entrepôt avec ses camarades du « Centre de la Paix ». C’est une communauté. Ici presque tout le monde vit en communauté. Vous devez avoir faim. Je vais vous conduire dans un restaurant à kebabs ... » Ils tétèrent leurs bières, demandaient à régler ce qui leur valait un nouveau sourire las du suédois, et ils le suivirent dans un lacis de ruelles sombres jusqu’à un appentis couvert de tôles. « C’est chez Mustapha, l’agneau y est délicieux vous verrez. » Pendant qu’ils se restauraient, leur nouvel ami Olof, toujours aussi obligeant, leur dessinait sur une feuille de carnet le plan qui leur permettrait de se rendre jusqu’à la tanière de Sacha. Le thé à la pomme avait plutôt un goût de serpillière mais, après leur journée d’errance, la perspective de se poser en un lieu hospitalier le leur faisait apprécier bien mieux qu’un Earl Grey de chez Mariage. Benoît réglais l’addition avec des dollars pour le plus grand plaisir de Mustapha le patron qui, pour le remercier, enveloppait des halvas dans du papier journal. Avant de les quitter Olaf murmurait quelques mots à l’oreille de Chloé qui opinait en souriant.
La nuit tombait. Le suivi du plan d’Olaf les conduisait jusqu’à un canal dont les eaux noires reflétaient les auréoles jaunasses de gros projecteurs juchés sur des miradors qui s’alignaient, à intervalles réguliers, sur la berge d’en face. Soudain sur leur gauche, alors qu’ils s’engageaient sur un chemin de halage plein de fondrières, surgissait une vedette de la police truffée de mitrailleuses. Son projecteur puissant les enveloppait l’espace d’un court instant avant de continuer sa course sur les murs de briques des usines éventrées. Ils n’étaient pas très rassurés. Chloé tirait Benoît par la manche « Je crois qu’il nous faut prendre cette rue, là... » elle pointait le doigt vers une ruelle aux pavés disjoints. « Que te voulait Olaf ? » La question de Benoît, hors de propos, tirait à Chloé un rire nerveux. « Coucher avec moi mon grand... ça m’a l’air d’être le sport national ici...» Comme Benoît n’était pas convaincu par sa réponse il revenait à la charge. « Tu me racontes des bobards. Je suis sûr que c’est avec moi qu’il souhaitait copuler... » Chloé ricanait « Puisque tu sais, pourquoi me poses-tu la question alors ? » Sa réponse restait en travers de la gorge de Benoît car, face à eux, tel un décor de cinéma, sous le halo blafard de rares lampadaires se dressait une muraille de parpaings grisaillou couronnés d’un buisson de barbelés rouillés, haute d’au moins 6 mètres. Transis, bras ballants, ils restèrent plantés face à elle pendant une poignée de minutes sans même entendre des pas dans leur dos. « Vous n’avez jamais vu le Mur ? »
Mai fut le mois du cinquantenaire de mai 68 et, je ne sais pourquoi, le mois de la publication de 2 livres sur Michel Rocard :
Le rocardisme Devoir d’inventaire par 2 grognards de la Rocardie, Alain Bergougnioux et Jean-François Merle. Au Seuil.
Michel Rocard par… toute une tripotée de noms connus chez Flammarion
Votre serviteur qui n’était pas un rocardien historique mais un PSU canal vendéen (La Roche s/Yon un des rares bastions électoral du PSU avec le Dr Morineau comme Yves Le Foll à Saint-Brieuc). Je ne suis qu’un compagnon de route, n’ayant aucun goût pour le mode de fonctionnement du PS je me suis toujours contenté d’être un homme de dossier engagé et fidèle. J’ai connu les affrontements idéologiques violents au sein de la Commission Nationale Agricole du PS présidée par Pierre Joxe, où je siégeais en tant qu’expert, ça ma vacciné à tout jamais.
Les entourages j’ai pratiqué avec 3 Ministres, la plaie, je connais, je m’en suis toujours méfié mais, comme je suis un bon camarade, je n’en dirais rien.
Je n’ai pas encore lu les deux bouquins. Je le ferai.
Ce qui m’a passionnéchez Michel c’est la méthode Rocard ; je l’ai pratiqué en prise directe avec lui et je dois avouer que ces années à ses côtés furent les plus belles, les plus intenses, les plus riches de ma vie. Mon attachement à lui est personnel sur un fondement de valeurs partagées, les rocardiens historiques, avec leur côté on est bien entre soi, m’ont toujours laissé perplexe. À quelques exceptions près, et c’est tout à leur honneur, ce n’était pas une équipe de « tueurs » comme chez le Florentin de Jarnac.
Ce qui suit c’est du Rocard pur sucre, ça vaut tous les inventaires et les hommages post-mortem.
« Il est libre, Michel Rocard, libéré de toutes les contraintes que suppose la conquête du pouvoir. A 75 ans, l'ancien premier ministre, aujourd'hui député européen, peut donc régler ses comptes. Il le fait dans un duo surprenant avec le journaliste-écrivain Marc-Georges Benhamou, dernier confident de François Mitterrand, pour un livre-entretien paru jeudi 6 octobre sous le titre Si la gauche savait.
« Avec une grande liberté de ton, le père de la deuxième gauche livre encore bataille. Contre la première gauche de Mitterrand, bien sûr, qu'il n'a cessé de combattre et dont il voit la patte sur la victoire du non au référendum sur la Constitution européenne. Au soir du 29 mai, affirme-t-il, « c'est Guesde (...) le marxiste qui a gagné » contre Jaurès, dont il fait un « père fondateur de la deuxième gauche ». A cette aune, Henri Emmanuelli incarne selon lui « l'anti-Jaurès ». Laurent Fabius, lui, serait l'héritier direct d'un Jean Poperen, l' « ennemi intime » auteur de la formule assassine « Rocard d'Estaing » et inventeur d'un « langage » : « un mélange de populisme jusqu'au-boutiste, de radicalisme irréaliste, avec une touche d'ouvriérisme lyrique ».
« Ces derniers temps (...), insiste M. Rocard, nous y étions en plein. Fabius a tenté de capter cette tradition. » Plus loin : « Poperen, c'est un peu Fabius en plus construit, mais avec le même cynisme » Le rocardien poursuit de ses foudres le mitterrandien « commis d'office au congrès de Metz - en 1979 - pour m'assassiner » et qui l'accueille pour son entrée à Matignon, en 1988, par ces mots : « Il n'y a pas beaucoup de grand dessein là- dedans. » Michel Rocard a son « parler vrai » : « Je lui aurais cassé la gueule ! », dit-il.
Le Nouvel Observateur publiait 11 octobre 2005 des extraits de Si la gauche savait livre d'entretien de Michel Rocard avec Georges-Marc Benamou (Robert Laffont).
Le père
C’était un personnage compliqué… Un génie aux facettes multiples… Un professeur Tournesol enfermé dans ses silences, maladroit de son corps comme pas possible. Il détestait sa femme. Ma mère était une petite institutrice de Savoie mariée à un immense savant ; d’une certaine façon, elle vivait une promotion sociale. Elle empoisonnait la vie de mon père. Il a fini par déserter le domicile conjugal pour échapper à son caractère dominateur. Et, surtout, elle m’accaparait. Il lui a beaucoup reproché de m’avoir soumis à elle ; et, de ce fait, de m’avoir éloigné de lui. Il disait: « Je ne comprends rien à mon fils. C’est un con, et à cause de toi. » Après cet épisode, il a passé sept ou huit ans sans guère m’adresser la parole.
Chirac et les filles
On s’était croisés dans les couloirs, à Sciences-Po. La sympathie était réciproque. Ce Chirac était un jovial, un gars généreux, pas trop compliqué. Il aimait s’amuser. J’avais essayé de lui fourguer la carte des Etudiants socialistes SFIO. Il s’en souvient. Il ne l’a pas prise. J’en témoigne. Une fois, alors que je revenais à la charge, il m’a répondu: « Vous êtes beaucoup trop à droite pour moi. » […]
C’était vraiment un bon copain. Je me souviens surtout qu’il me bluffait par son aisance et ses manières. J’étais éberlué par son audace auprès des filles. […] Moi, j’étais un peu niais. […] Mon taux d’adrénaline, qui devait être élevé, se dépensait en activités politiques plus qu’auprès des jeunes femmes. On est comme on est. Enfin, il est clair que ma mère m’avait flanqué quelques inhibitions que j’ai payées longtemps par un manque de simplicité et qui ont fait de mon premier mariage un ratage… Bref, disons qu’à l’époque je suis moine. Il y a du protestantisme là-dedans. Et probablement l’éducation que m’a donnée ma mère, dont je considère qu’elle a démoli mes rapports avec la gent féminine. [Elle était] castratrice ! Il m’est arrivé de penser que c’est un miracle que je sois hétérosexuel.
« Méfie-toi, Michel »
Chirac… En 1988, très exactement le 10 mai à 17 heures. Il est Premier ministre sortant, je suis Premier ministre entrant, il vient de subir la cohabitation avec Mitterrand comme président de la République, je suis socialiste, je suis dans le parti de Mitterrand depuis quatorze ans, je le connais donc autrement, et probablement plutôt mieux. Et Chirac me dit quand même: « Méfie-toi de Mitterrand, c’est quand il te sourit qu’il a le poignard le plus près de ton dos. » Pendant cette conversation, on a d’abord beaucoup ri. […] L’idée que ce soit moi qui lui succède avait pour Chirac quelque chose d’ironique. D’avoir à se distiller les modes d’emploi du patron. Tout ça était assez réjouissant. Dans un silence, j’ai fait un geste puis je lui ai dit: « Alors tu t’en vas, Jacques… Et tu as laissé combien de micros, là-dedans ? – Michel, aucun, je te jure ! Tu peux faire vérifier. Je suis contre. » J’ai fait vérifier, il n’y en avait pas.
Mitterrand : première rencontre
Cela se passe au printemps 1966. Le rendez-vous a été organisé par un ami commun. Un médecin, laïque, Pierre Ferrand. […] Je me souviens de lui avoir rétorqué: « Qu’est-ce qui lui prend ? » J’ai alors dans le PSU des fonctions honorables mais subalternes. Je dois être numéro cinq ou six. […] La réponse est très claire: « Les élections législatives de 1967 vont être difficiles. Mitterrand veut éviter que vous n’agressiez partout les candidats de la FGDS. » […] J’arrive à l’heure ; il n’est pas là. J’attends donc. Mitterrand arrive enfin. Et voilà qu’instantanément il me la fait au charme. Des flagorneries inutiles sur mes performances dans le monde de l’intellectualisme et de la politique… L’entretien est censé être conflictuel et, si possible, déboucher sur quelque chose. Or il n’y a que de l’hypocrisie dans ce rapport de complicité prématuré. […] Et puis, ce qui me chiffonne vraiment c’est que, lorsque nous en arrivons aux dossiers électoraux, il me ment. Trois fois, précisément, il me ment. […] Révérence à l’autorité – j’ai toujours eu du respect pour les vieux messieurs –, je ne contredis pas. […] Je sors de là furieux…
Premiers désaccords
Un beau jour, en avril ou en mai 1975 – à ce moment-là, je n’ai plus accès à son bureau sans rendez-vous préalable –, je vais le trouver pour lui dire ceci: « Monsieur le premier secrétaire, je m’occupe maintenant de formation, c’est ce que je sais faire. Or je suis très inquiet. Il faut que je vous dise : Pierre Joxe, responsable central dans ce secteur, fournit une formation totalement marxiste. C’est complètement fou. […] Cela vous affaiblit. Il faut que vous interveniez. »
Réponse de Mitterrand: « Vous avez tort de vous inquiéter, Pierre Joxe est un homme très droit. Dans les grandes circonstances, il sera fidèle. Cela n’a donc aucune importance. » Je suis stupéfié par sa réponse. […] Ainsi, les idées ne comptent pas ! Oui, je suis choqué. J’en ai la confirmation, il aime le pouvoir, pas la vraie politique. Il se moque du fond. Pour lui, les concepts sont interchangeables, autant que les figures de la gauche du xixe siècle. Imaginez le cynisme… […]
Par la suite, j’aurai un déjeuner stupéfiant avec Pierre Joxe. Il a prétendu me donner des leçons de marxisme… Il avait lu quatre fois moins que moi sur le sujet. Il a fallu que la conversation dévie parce qu’il m’était trop facile de lui faire sentir que tout ça était un peu ridicule. Un drôle de zèbre, Joxe… Un ultra du mitterrandisme avec, en même temps, une énorme distance. Il est très cynique, mais il a beaucoup d’humour. Nous sommes très copains !
Le zozo
Mitterrand est à l’évidence un tacticien génial, un homme doté d’un cynisme gigantesque, d’une stratégie très personnelle, et très habile. Mais il était étranger à toute notion de formation politique, à la notion de parti. J’ai évoqué plus haut ce qu’il a osé dire, un jour: « Il n’y a pas de Parti socialiste, il n’y a que les amis de François Mitterrand. » […]
Un jour, au cours d’un conseil national du parti, Mitterrand s’est trouvé dans l’obligation intellectuelle de définir ceux qui le combattaient. J’étais là. Il n’a pas bafouillé – il ne bafouillait jamais – mais après avoir tourné autour du pot, il a fini par lâcher ce mot énorme: « Ce sont des zozos. » J’étais chef zozo, quoi.
Jospin
Vous le connaissez. Il est froid, distant, méticuleux, mais j’ai découvert en plusieurs occasions qu’il pouvait se montrer impartial… Le problème, avec Jospin, c’est qu’il n’a pas les neurones flexibles ; mais c’est un Juste. Et lui, à la différence de tant de mitterrandiens, il ne m’a jamais traité en opprimé. Il s’est toujours montré équitable avec les rocardiens, dans le parti.
1984: Fabius Premier ministre
[Je suis] un peu indigné… Pas vraiment surpris… Scandalisé, oui, par cette prime attribuée à la fidélité cynique. Que sait-on alors de Fabius ? Que, ministre délégué au Budget à l’automne 1981, il a signé le budget 1982, en augmentation de 27%. Seul, sans la signature du ministre de l’Economie et des Finances Jacques Delors, son ministre de tutelle, pourtant. C’était la première fois dans l’histoire de France ! Fabius, l’homme qui, au congrès de Metz, m’a lancé : « Mais si, Michel Rocard, entre le marché et le rationnement, il y a le socialisme. » […] Animosité n’est pas le mot. Ça commence par le désaccord, suivi plutôt d’une immense froideur. Je le considérais comme le chef de mes tueurs. Avec Joxe…
1985: la démission
Le président de la République avait dit: « Il faut instiller de la proportionnelle. » Pourquoi pas ? Mais nous découvrons que Pierre Joxe, avec l’aval du président, nous a concocté une proportionnelle absolue, à seuil bas, la pire. […]
Je vais dîner avec mon épouse chez mon vieil ami, Antoine Riboud. Nous en sortons à dix heures et demie du soir. Je n’ai pas eu une seconde pour penser tranquillement. Et je dis à Michèle [la deuxième épouse de Michel Rocard]: « Ben voilà ! Ils ont décidé la catastrophe proportionnelle intégrale, et vive Le Pen ! – Tu ne peux pas tolérer ça. – C’est bien mon avis. » On se met au lit, on continue à bavarder, la démission [du ministère de l’Agriculture] s’impose comme une évidence. Pour une fois, je suis d’accord avec cette femme que je vais quitter peu après parce qu’elle est impossible. […]
On ouvrait un boulevard à Jean-Marie Le Pen pour on ne sait quel avenir et dans on ne sait quelles conditions de sortie. Sur les autres problèmes, mon éthique personnelle était heurtée par la sottise, pas par la honte. Il n’y a pas de honte à nationaliser n’importe comment, et il n’y a pas de honte à doubler les allocations familiales quand le budget n’y est pas, il y a de l’inconséquence. Et de la générosité. On est dans un univers éthique, d’une tout autre nature. Mais là on était dans le cynisme crapuleux.
Premier ministre
Le 9 mai 1988, j’arrive vers une heure moins le quart à l’Elysée – on ne fait jamais attendre le président de la République… […] Nous sommes quatre. Mitterrand s’assoit. Il place à sa droite son plus proche collaborateur, Jean-Louis Bianco. En face de lui, l’homme qui est le plus installé dans la pyramide des états de service et de la confiance, Pierre Bérégovoy. Et moi, je suis à gauche. Son petit protocole est fait pour impressionner. […]
On passe la viande, c’est-à-dire la moitié du repas, et toujours rien. Enfin, avant le fromage, Mitterrand dit – je le cite quasi textuellement: « Oui, à propos, il ne faudrait peut-être pas oublier, dans une demi-heure, je vais nommer un Premier ministre. » Et là il fixe Bérégovoy pendant une tirade de deux, trois minutes: « Nommer un Premier ministre est un exercice purement politique… Totalement étranger à tout ce qui peut ressembler à de l’amitié… ou à de la confiance… Il s’agit de tirer le bilan d’une situation politique… » Et je vois Bérégovoy qui devient rouge, violet. Un long silence suit. Il reprend: « Or, actuellement, la situation politique est relativement claire. Il y a une petite prime pour Michel Rocard. » Un nouveau long silence. Tout le monde regarde son assiette. Bérégovoy est passé du violet au livide. Bianco est out. Et, moi, je regarde mon assiette…
On se connaît alors depuis vingt ans [avec François Mitterrand]. Il n’y a pas de haine entre nous. Nous n’étions pas du tout dans ce registre – peut-être, à peine, dans celui du mépris. Lui, à mon égard, selon moi, pour cause d’inefficience ; et moi, à son égard, pour manque d’éthique.
Michèle
C’est vrai qu’elle était trop présente… Dit comme ça, ça a l’air idiot. Mais l’intelligence de cette femme est supérieure. Elle a renoncé. Elle ne produit plus. Mais lorsque j’étais à Matignon, son intelligence sociologique lui permettait de décrire des comportements personnels liés à des situations institutionnelles. C’était fabuleux ; c’était une arme. Son conseil était encombrant, parce que je n’en avais pas toujours l’utilité, mais il était toujours éclairé… Tout le monde vous expliquera que, si je suis un stratège visionnaire, ma faiblesse en matière de commandement des hommes explique que l’histoire ne se soit pas terminée aussi bien qu’elle aurait dû… C’est probablement vrai. Je déteste le conflit. Je sais mener des batailles – il y en a eu des quantités à Matignon, il ne fallait pas se laisser intimider. J’ai su gérer des rapports de force, mais je suis incapable de sanctionner un collaborateur. Je ne sais pas chasser.
Le devoir de grisaille
Le fait de me sentir sous une menace plus immédiate, plus profonde, plus perverse – et plus permanente, surtout – que je ne croyais a probablement aiguisé mes défenses. Nous étions toujours en méfiance, et, au moindre faux pas, je sautais… Alors, devant cette situation difficile qui, très vite, m’a sauté aux yeux, je me suis dit: « Ça tiendra ce que ça tiendra. » A partir de ce constat, j’ai décidé qu’il me fallait absolument éviter le syndrome Chaban – cas de figure où le Premier ministre est viré tout de suite. Je me suis donc donné un « devoir de grisaille » […] ; je voulais durer pour changer la France […] Il était certain, hélas, que je ne pourrais laisser, de mon passage à Matignon, que de la réforme par touches, peu spectaculaire mais décisive. Pas une forte marque symbolique. Même la symbolique propre à Mendès m’a échappé.
Remercié
[Le 15 mai 1991, alors que Paris bruisse de rumeurs sur le départ prochain de Rocard, il va demander au président l’autorisation de remanier le gouvernement.]
On est tous les deux, seuls. Il est 9 heures du matin. Mitterrand me répond: « C’est vrai, monsieur le Premier ministre, mais les rumeurs vont plus loin… – Monsieur le Président, ce n’est pas à vous que j’apprendrai que les rumeurs, il n’y a pas grand-chose à en faire… – Quand même, elles sont gênantes, reprend Mitterrand. Toutes ces rumeurs créent cette situation dont on doit tenir compte. C’est insistant, c’est répétitif...Au fond, en réponse à votre suggestion, ou bien je ne change rien du tout ou bien, si je change, je change tout. » Sous-entendu : y compris vous. Alors moi, dans un large et complice sourire : « Bien entendu, monsieur le Président, cela ne dépend que de vous. » Et lui, chafouin, qui reprend: « On est dans une situation pas facile. Vous avez bien travaillé. Je ne laisserai planer aucun doute à ce sujet. Et donc j’ai toutes les raisons de vous confirmer. Si je vous confirme, ce n’est pas pour deux mois. A la date où nous sommes, si je vous confirme, c’est jusqu’aux législatives de 1993. » Un silence tombe. Il faut bien que je le meuble. Je marmonne quelque chose comme: « Ça ne tient qu’à vous, monsieur le Président de la République. Ne me faites pas complice de vos raisonnements. – Justement, autant vous avez bien travaillé, autant je ne crois pas aux vertus de vos méthodes et du climat que vous créez pour mener le combat difficile des législatives de 1993. – Monsieur le Président… – Donc, monsieur le Premier ministre, vous me présenterez votre démission tout à l’heure. » […]
Et là je commets ce qui est à ses yeux une faute grave, une confirmation de la naïveté irrécupérable du rocardisme, je lui dis: « Monsieur le Président, je vous remercie d’avoir salué notre travail… Dans la masse des choses à faire, quelques-unes sont de haute symbolique. Je suis très attaché à ce que je viens de finir victorieusement, une loi sérieuse, réelle, applicable, contrôlable sur les écoutes téléphoniques… » Je plaide pour défendre moi-même mon texte devant le Conseil d’Etat: « On n’est pas à vingt-quatre heures près… […] Si je pouvais vous présenter ma démission demain à midi plutôt qu’aujourd’hui, j’y serais sensible.
– Vous n’y pensez pas ! C’est grotesque… », me répond Mitterrand. Il se tait, le regard méprisant. Et moi, je reste là, un peu demeuré. […] L’entretien aura duré quatre minutes.
Les manques de Jospin
[On dit que, Jospin, c’est la synthèse du mitterrandisme et du rocardisme.]C’est vrai, mais en partie seulement. C’est vrai dans les symboles, notamment dans le principal, l’honnêteté de Jospin. Son refus de mentir à l’opinion. Mais, pour ce qui est du reste, la synthèse ne s’est pas produite. Il n’est pas allé jusqu’au bout de ce projet-là. Il a commencé avec panache une mise en cause fracassante, façon Mitterrand. Il a eu des mots. Il a eu des intentions. Il a eu le souci de faire de la moralité un enjeu majeur de l’action publique… Mais le refus de trancher, de choisir entre les deux gauches va expliquer 2002, la présidentielle manquée. Quant au reste, Jospin est profondément mitterrandiste de culture. Il a été formé à cette école, dans cette écurie. Il a longtemps été socialement CGT. Je vous l’ai dit, il est plutôt jacobin. Malgré un unique démenti une fois, et qu’il a regretté, il est sur la ligne: « L’Etat peut tout, tout est politique. » Je suis sur celle: « L’Etat ne peut pas grand-chose ; ce qu’il y a d’essentiel n’est pas toujours politique. » […]
Il y avait deux manques. Le premier: il est resté beaucoup trop étatiste sur les 35 heures. Il a gouverné dans le champ social en ignorant le dialogue social. En imposant. Et Martine Aubry a servi d’amplificateur à cet archaïsme. […] Le second manque du jospinisme, c’est sa négligence de la politique étrangère. Probablement n’en voulait-il pas pour des raisons de cohabitation. Du coup, on a raté la négociation du traité de Nice.
Si j’avais été président
Je vais vous paraître d’une arrogance extrême, mais je considère que je n’ai rien raté de majeur. J’ai réussi ma vie. Bien sûr, j’aurais eu du plaisir à devenir président de la République, mais je n’ai aucune certitude que j’aurais été un aussi bon président de la République que j’ai été un bon Premier ministre. Ce n’est pas vraiment le même métier. Pourquoi, grand Dieu, voudriez-vous que j’ai des regrets sur une incertitude totale ? […] Je vous supplie de prendre au sérieux l’argument que tout ce que j’ai porté – qui est considérable ! – suffit à mon bilan personnel, à mon estime de moi. Certes, je ne suis pas devenu président ; je n’ai pas vécu sous les ors de la monarchie républicaine ; mais mon inscription dans l’histoire de socialisme est d’ores et déjà acquise. Quand un individu, qu’il soit Premier ministre ou quidam, a pu faire ça dans sa vie, il peut dormir tranquille jusqu’à la fin de ses jours.
Votre Taulier ne rechigne jamais, même pendant les mois d’été, à explorer les plis et les replis de la libido du buveur. Mais, comme il est aussi un fieffé ramier, il ne crache pas sur le recyclage de chroniques anciennes. Pour sa défense, celle que je...
Puisque certains n'ont pas compris mes conneries de la saison 1 ICI link j'en remet une louchée. C’est donc l’histoire d’un mec qui passait sa vie avec les bandits manchots dans les casinos. Il jouait à tout. Il pariait sur tout. Il grattait. Il se faisait...
Fenêtre sur cour, L’amour Est un crime parfait, Des mots noirs De désespoir Jetés sur un petit carnet. Mère au foyer sans foyer À nue Toute nue. Sur sa peau lisse tout glisse. Ses grains de beauté Fixés sur mes clichés volés. Sente blanche de ses hanches...
1- J'adore les mecs, le cul vissé sur le siège de leur scooter, qui m'invectivent parce que sur mon vélo je ne démarre pas assez vite aux feux tricolores... Bienheureux les beaufs ! 2- J'adore les nanas, les fesses posées sur le cuir des sièges de leur...
Sur la Toile faut s’attendre à tout lorsqu’on est comme moi un VB, vieux blogueur, un VC, vieux con, un VD, vieux débile qui crache sa bile comme dirait l’immense Mimi, mais un qui a aussi le bras très long, un influenceur de Première League, un gars...
Abonnez-vous pour être averti des nouveaux articles publiés.