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3 juin 2018 7 03 /06 /juin /2018 07:00
;) Jean-Paul Sartre, painted on a wall of The Abode of Chaos, a Museum of Contemporary Art located in Saint-Romain-au-Mont-d'Or.

;) Jean-Paul Sartre, painted on a wall of The Abode of Chaos, a Museum of Contemporary Art located in Saint-Romain-au-Mont-d'Or.

Le Gustave ça lui avait coupé la chique, les larmes lui étaient venus aux yeux, il empoigna Benoît par les épaules « Bordel de merde, venant de toi mon grand le compliment me retourne comme une crêpe. Tu m’diras que c’est plutôt mon truc d’me faire retourner mais là tu me troues ! Allez ça s’arrose j’vais faire péter une roteuse de première ! » Le Gustave carburait maintenant au Moët ce qui peut expliquer qu’avec sa bande de traîne-lattes la caisse du théâtre populaire s’apparentait au tonneau des Danaïdes et qu’il a vite sombré. Sans le vouloir Benoît venait de gagner la partie, comme si son estime proclamée, tel un attendrisseur, avait transformé cette vieille carne de Gustave en perdreau de l’année. Il en profita pour vider mon sac sans précaution : le projet des frelons tira de la roulure des commentaires offusqués « Non, y sont encore plus dingues que j’le pensais. Y’s’prennent pour la bande à Bonneau. Faut pas laisser faire ça mon mignon. Ces bavassous vont à l’abattoir, ça va être un carnage... » Benoît opina gravement. « Qu’est-ce je peux faire mon grand ? » Benoît l’encourageait du regard, Gustave se grattait les couilles : « Faut que je vois le Grand Chef... » soupirait « Y va pas t’écouter, il n’écoute personne... » Du tac au tac, sans préméditation, Benoît rétorquait « Si, toi ! » Gustave rotait d’aise. « Ce n’est pas con ce que tu viens de dire mais le problème c’est qu’est-ce que je pourrais bien lui dire à ce petit con ? » Benoît lui tendait une coupe « Ça je m’en occupe... » Gustave fronçait les sourcils « Mouais t’en ai capable mais faut pas que ça bousille ma position auprès de ce petit monde. Tu comprends j’ai un standing à tenir avec le beau linge comme le bigleux de Sartre et tout le fourniment. Si je leur parais tiédasse y vont prendre pour un jaune... » Le pépère Gustave s’inquiétait surtout pour son pèse et ce souci fournissait à Benoît le plan pour se sortir de la mouise. « Tu vas lui dire que c’est toi qui va faire le coup... » Gustave s’étranglait. « T’es louf ! Je ne vais pas faire dans la cambriole pour me retrouver à l’ombre... » Benoît le rassurait « Ce sera du bidon arrangé par la grande maison... » Il se détendait « Pas con comme embrouille... mais le pognon où est-ce qu’on va le trouver ? » Benoît poussa ses pions « Pas de problème j’ai du crédit... » L’œil de Gustave s’animait. « Bien évidemment, au passage tu prélèveras ton pourcentage pour tes faux-frais... » Gustave se rembrunissait « La maison poulagas va jamais vouloir lâcher du pèze pour que ces petits cons achètent de l’artillerie... » L’objection tenait mais Benoît, toujours en verve, rétorquait « Dans cette affaire tout le monde sera cocu... » Gustave se grattaient à nouveau les roubignols en regardant benoît d’un air inquiet « Qu’est-ce t’entends par là ? » Benoît servait deux nouvelles coupes en lâchant « Je vais t’expliquer mon plan... » 

 

Son plan était aussi tordu qu’un cep de Carignan centenaire. Gustave en restait pantois. Tout reposait sur ses épaules.

 

Acte 1 : il vendait au Guide suprême de la GP la reprise à son compte du coup de main. Facile, d’après lui.

 

Acte 2 : avec l’aide de la Grande Maison nous montions un faux traquenard dans une succursale du Lyonnais où seuls nos petits camarades de la GP, chargés de faire le guet, se feraient gentiment alpaguer alors que nous, certes bredouilles, nous en réchapperions.

 

Acte 3 : le soir même avec Gustave, pour rattraper le coup raté,  nous cambriolerions l’appartement du père de Marie.

 

Acte 4 : de retour auprès de nos camarades, magot en lieu sûr, nous leur déclarerions avoir été trahis dans l’affaire du Lyonnais et, qu’en attendant la nécessaire épuration interne, nous mettions sous séquestre le trésor de guerre.

 

Merdier assuré à tous les étages de la GP et, bénéfice net pour Marcellin du côté de la presse et de l’opinion publique apeurée, sa police venait de déjouer, sans casse, un hold-up de la fraction la plus activiste des enragés. Seules victimes collatérales de l’opération : les trois ou quatre branleurs de la GP épinglés par la poulaille. Gustave les choisirait parmi les plus beaux représentants des fils de la haute bourgeoisie universitaire afin que la mobilisation en leur faveur dans la presse bien-pensante de gauche soit maximale. Marcellin avait signé des deux mains. Certains des collègues de Benoît tiraient la gueule : ça sentait l’arnaque mais puisque la hiérarchie couvrait ils ne firent aucune objection.

 

L’Acte 5 restait top secret, seul Marcellin était dans la confidence : le fameux magot, soi-disant dérobé au père de Marie, servirait de couverture à Benoît pour son périple à Berlin Ouest. Gustave, trop heureux d’empocher un beau paquet, s’en laverait les mains auprès de ses admirateurs de la GP en déclarant que l’urgence révolutionnaire exigeait que ce bel argent aille à l’avant-garde de l’Internationale Terroriste. Les petites bites françaises de Benny Levy goberaient l’argument sans regimber et surtout, ils ne manqueraient pas d’en répandre l’info dans le petit monde des gauchistes européens. S’ils tardaient à le faire des fuites organisées par la grande maison ce qui permettrait à Benoît de débarquer à Berlin-Ouest dans les meilleures conditions.

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3 juin 2018 7 03 /06 /juin /2018 06:00
Pour Jack Lang le 10 mai 1981 « le peuple de France était enfin passé des ténèbres à la lumière » et pour Huguette Bouchardeau «Un parlementaire est sans pouvoir réel. Condamné à faire du lobbying, ce n'est plus un représentant du peuple mais un représentant de commerce.»

Je me souviens du 10 mai 1981, la fête de la victoire socialiste, place de la Bastille, avait tourné court, noyée sous les trombes d'eau d'un orage ! Mais le souvenir des 200.000 personnes qui avaient déferlé, ce soir- là, demeure impérissable. Paul Quilès fut le grand ordonnateur de la fête animée par Claude Villers le célèbre animateur de Radio France qui s’illustrera avec son Tribunal des Flagrants Délires avec Pierre Desproges et Luis Rego. Ce fut un vrai happening,  Anna Prucnal entonnait  l'Internationale en polonais. Premiers arrivés sur les lieux, avec Michel Rocard, le rival malheureux de Mitterrand, et le lamentable Pierre Juquin, communiste « hétérodoxe ». Rocard fit du Rocard, sincère et militant alors que ce pauvre Juquin ressemblait à un ouvrier de la vingt-cinquième heure accroché à une bouée de sauvetage. Vers 23 heures, Huguette Bouchardeau, dans un grésillement de larsen fut interrompue par une énorme cataracte... La fête continua, improvisée et bon enfant sous la haute surveillance du service d'ordre de l'UNEF ID, tenu par les trotskistes de l'Organisation communiste internationaliste, sous la direction de Jean-Christophe Cambadélis. Son obsession ? Juguler les militants de la Ligue communiste révolutionnaire qui prétendaient marcher sur l'Elysée...

 

Ils avaient attendus les résultats dans la grande cour de l'immeuble du « Nouvel Observateur » rue d'Aboukir, autour de Jean Daniel, Mendès France, Delors, Maire, Rocard, Cheysson, Martinet, Badinter, Foucault, Vernant, Le Goff, Le Roy Ladurie, Duvignaud, Morin, auxquels s’était joint une équipe qui comptait Hector de Galard et Serge Lafaurie, André Görtz, François Furet, Mona et Jacques Ozouf, Michel Cournot, Claude Roy Jacques Julliard, Guy Dumur, Pierre Benichou, Jean Lacouture, André Burguière et tant d'autres.

 

Qu'avaient-ils en commun ?

 

Eh bien, pour dire la vérité, le fait d'être presque tous très réservés à l'égard de la personne de François Mitterrand et de se préparer à déplorer une fois de plus la fatalité qui faisait régulièrement échouer la gauche. Lorsque le visage de Mitterrand s’inscrivit sur les écrans de télévision, et que sa victoire fut annoncée d’une voix blanche par Elkabbach, tous ces êtres différents, sceptiques, embarrassés par une Union de la Gauche qui incluait sa frange restée stalinienne, n'ont pu s'empêcher d'exploser de joie et, quand la ferveur populaire se manifesta dans la rue et que Jack Lang proféra l’une de ses premières outrances « que le peuple de France était enfin passé des ténèbres à la lumière », beaucoup d’entre nous étions attendris et heureux.

 

Du côté des vedettes, on ne parlait pas encore de people, se pressaient les mitterrandophiles pur sucre : Roger Hanin, le beau-frère, en tête avec Barbara, Dalida, dont la tontonmania deviendra célèbre, Claude Chabrol, François Truffaut, Michel Piccoli, Yves Boisset ou Daniel Gélin... puis les compagnons de route du PCF Juliette Gréco, Isabelle Aubret, Jean Ferrat et, ce n’est pas une plaisanterie, Gérard Depardieu. Enfin, les coluchiens Daniel Balavoine, Alain Souchon, Julien Clerc, Jacques Dutronc, Lino Ventura... restaient orphelins. Dans les beaux quartiers du triangle d’or, comme aux Etats-Unis, le bruit métallique des chenilles des chars russes déferlant sur la place de la Concorde résonnait comme dans un mauvais rêve. La peur des cosaques galopant sur les Champs Elysées avant de déferler vers l’avenue Foch serrait le cœur des grandes bourgeoises.

 

La vague rose au Palais Bourbon qui s’ensuivrait, la nomination de Ministres communistes dans le second gouvernement Mauroy Charles Fiterman au Transports, Anicet Le Pors  à la Fonction publique, Jack Ralite à la Santé et Marcel Rigout à la Formation professionnelle, faisaient déborder la coupe. Le pince-sans-rire, Louis Mermaz, compagnon de toujours du nouveau Président, devant un parterre de journalistes assemblés autour de sa table de l’Hôtel de Lassay, résidence du Président de l’Assemblée Nationale, ironisait à propos du retour des communistes au gouvernement après trente-quatre ans d’absence, avant d’assurer que les socialos- communistes savaient fort bien se servir d’un couteau à poissons.

 

NB. J’ai toujours bien aimé Huguette Bouchardeau. Elue secrétaire nationale du Parti socialiste unifié (PSU) en 1979 et candidate à la présidentielle de 1981.

 

« Elle se désiste en faveur de Mitterrand, qui lui revaut cela en 1983, la nommant secrétaire d'Etat, puis ministre de l'Environnement. »

 

 « Nouvelle élue du Doubs en 1986, Huguette Bouchardeau en prend pour cinq ans à l'Assemblée nationale. Son époux, alors un peu seul dans leur ville de Saint-Etienne, observe, dubitatif, la carrière fulgurante de sa femme: «Je constate tout de même qu'elle conduit moins bien que moi et ne sait même pas planter un clou.» Mais Huguette choisit de ne pas se représenter en 1993, en dépit d'une réélection assurée. Elle ne mâche pas ses mots, à l'époque: «Un parlementaire est sans pouvoir réel. Condamné à faire du lobbying, ce n'est plus un représentant du peuple mais un représentant de commerce.» Madame la ministre, madame la députée, en a marre des lambris. «J'ai assez répété que les politiques ne savaient pas décrocher pour ne pas tomber dans le même piège. La politique n'est pas une carrière comme une autre, il n'est pas bon qu'elle vous nourrisse trop longtemps.» Les caciques du PS grincent des dents: «Huguette n'a pas toujours craché dans la soupe. C'est bien le PS qui lui a trouvé une circonscription, sinon elle n'existerait pas.»

 

Lire ICI 

 

La vidéo ci-dessous donne la parole à Bernard Lambert leader paysan, visionnez-là !

 

 

 

 

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2 juin 2018 6 02 /06 /juin /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H Gustave la balance se bâfrait, picolait, forniquait dans une ambiance digne de la décadence de l’Empire Romain. (109)

Dès sa sortie de la place Beauvau Benoît sonnais le rappel de sa petite troupe pour qu’elle déniche au plus vite cette vieille roulure de Gustave qui, profitant de son relâchement, n’avait pas donné signe de vie depuis plusieurs semaines. Lui seul pouvait lui permettre d’accéder dans les plus brefs délais au reclus de la rue d’Ulm, le chef « clandestin » de la GP Pierre Victor-Benny Levy. Son plan, pour stopper l’escalade de la branche armée de la GP, était simple comme une alternative : soit il arrivait à le convaincre, soit il l’achetait. Benoît aurait pu laisser faire, mais la prise de risque pour sa petite entreprise se révélait maximale dans tous les cas de figures. En effet, si la tentative de hold-up tournait au fiasco avec mort d’hommes dans l’un ou les deux camps, il savait qu’il ne se sentirait plus le courage de continuer à faire joujou dans une mare de sang. La position de Marcellin sur le sujet restait ambiguë : l’attaque d’une banque par la GP conforterait son discours sur le tout répressif pour éradiquer la subversion liée au terrorisme international mais il ne fallait pas que ça dérape car le PC ne manquerait pas d’accuser le pouvoir de collusion avec les gauchistes. Le scénario idéal pour lui consistait dans une belle souricière juste à l’instant du passage à l’acte qui conforterait l’image d’une police efficace. Dans cette hypothèse l’implication de Benoît se devait d’être maximale pour maîtriser le détail de l’opération voire s’impliquer personnellement dans l’action du commando. L’amateurisme de la branche militaire de la GP, arme au poing, lui faisait bien sûr craindre le pire. Il se devait donc de tuer la tentative dans l’œuf en faisant croire ensuite à ses chefs que ce n’était un bobard. Gustave ne se ferait pas prier pour confirmer ses dires. Convaincre le Guide lui paraissait hors d’atteinte car le mythe de la lutte armée le fascinait et que pour tendre des fusils aux larges masses il fallait au préalable accumuler du fric pour les acheter. Restait à tenter de le corrompre ce qui lui semblait encore plus mal aisé mais il n’avait pas d’autre choix que d’aller se confronter à lui.

 

Gustave, grand intellectuel s’il en faut, délaissait l’action directe pour se consacrer au théâtre d’avant-garde : la subversion des larges masses passait d’abord par les mots chuintait-il à qui voulait bien l’entendre. Ce fut Marie-Églantine, la nièce de Raymond qui nous le débusqua. L’outre à bière pérorait derrière le bar de son théâtre entouré de sa Cour qui, tout en bitant que dalle, à son ch’timi révolutionnaire, le considérait comme l’expression la plus accomplie de l’alliance du prolo avec la fine fleur des intellos. La Marguerite Duras, Maurice Clavel et Claude Mauriac lui servaient de caution. Bref, la balance se bâfrait, picolait, forniquait dans une ambiance digne de la décadence de l’Empire Romain. Quand Benoît pointa sa truffe dans son antre notre homme, entouré de deux nymphettes aux cheveux sales et aux regards envapés, arborait une tenue digne de Jean Gabin dans la Bête Humaine. Gustave l’accueillit avec les honneurs dus à son rang d’une rude accolade accompagnée d’un discours bien troussé. Le Gustave s’imbibait vite des tics de l’intelligentsia en ponctuant ses dires de « C’est divin ! C’est génial ! C’est la revanche du peuple ! » Il fit faire à Benoît la tournée du propriétaire de son pot au miel « Ça attire les guêpes mon grand et c’est bon pour notre blot... » lui disait-il en lui lançant un clin d’œil appuyé. Comme il se doutait bien que sa venue n’avait rien de littéraire, avant de se mettre à table, il tenta tout de même une petite diversion « Si ça te dis de t’faire pomper avant qu’on s’tape la cloche j’ai une fille de Procureur qu’a vraiment de belles dispositions. En plus, toi qu’aime les bourges aux belles manières c’est la seule qui ne soit pas une mochtée... » Pour la première fois depuis que nous nous connaissions Benoît le trouvais drôle, bien dans sa peau d’histrion, de fouteur de merde et il le lui dit.

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2 juin 2018 6 02 /06 /juin /2018 06:00
Faut bien sortir le président de l’interprofession à Montmartre, ça lui fait plaisir…

Puisque j’en suis à évacuer mes souvenirs, dans les premiers temps de mon blog j’ai accepté de faire le parcours du « journaliste vin », sauf pour les voyages de presse. Ce fut pour moi tout à la fois instructif sur les mœurs de mes consœurs et de mes confrères, sur le sérieux des agences de communication, et répulsif face à la désinvolture de certains pique-assiette et les exigences de certains communicants dominants.

 

Un jour, invité dans un restaurant chic, la Truffe Noire, où je constatai que, pour une fois, la fine fleur, le gratin des dégustateurs était présent, les vins du château invitant étaient très nettement au-dessous du niveau de la mer. Autour de la table, tous les beaux esprits se gaussaient. Moi je me taisais. Quelques temps après ce déjeuner je reçus un coup de fil du boss de l’agence organisatrice. Civilités d’usage puis « Alors, tu n’as rien publié… » Silence de mon côté. « Oui les vins n’étaient pas fameux mais tu sais que le château va être repris en mains par HDBDL… » Toujours muet, ça énerve mon interlocuteur qui me menace de ne plus être convié à ses réjouissances. Je le laisse s’époumoner avant de répondre « Que veux-tu que ça me fasse… » et de raccrocher. Blacklisté et soulagé.

 

Suite à ce genre de pression, je pris donc la décision de ne plus répondre aux sollicitations des agences, sauf un jour, pour faire plaisir à une amie, je suis un faible, j’ai accepté de me rendre à l’invitation du président d’une interprofession de fraîche date, genre IGP, dans un bouiboui  de Montmartre, suranné et poussiéreux. Ma bonne amie s’était fait portée pâle. L’assistance se composait essentiellement de deuxièmes couteaux dans mon genre, des influenceurs petits bras, le gotha ne se déplaçant pas pour si peu.

 

Même si certains en doute, je suis poli et civilisé.

 

J’ai fait le tour des vins proposés, des vins de GD, ils étaient d’une banalité à pleurer. J’ai craché.

 

Ensuite, j’ai subi sans broncher le discours pâteux et racoleur du président de l’interprofession, son heure de gloire, un vrai désastre en termes de communication.

 

Enfin, con comme je suis, le président, se souvenant de mon pedigree, me récupéra et m’entreprit. Je l’écoutai, oui, oui, toujours poliment. Et, je ne sais ce qui m’a pris, soudain j’ai fait une grossière faute de quart : « Votre belle région dispose d’un climat favorable au bio, c’est à l’avenir un plus pour vos vins… » dis-je sans jouer les ramenards. J’aurais mieux fait de me taire, j’ai pris une avoinée de première. Tout y est passé, tout particulièrement les bobos parisiens incapables de comprendre les gens qui ont les pieds dans le terroir. J’ai laissé passer l’orage sans moufter, j’ai pris congé sans toucher aux petits fours mais en pensant que notre président avait oublié qu’il était à Paris et que les trop fameux bobos sont de beaux acheteurs de vins. Malheureusement pas les siens. Erreur de casting.

 

Sur le chemin de la sortie j’ai croisé la co-organisatrice des réjouissances qui m’a posé la question rituelle « Ça vous a plu ? » et moi, lâche comme je suis, j’ai émis un petit oui.

 

Plus jamais ça, en rappelant que le bel argent des interprofessions provient des fameuses Cotisations Volontaire Obligatoires, c’est de l’argent collecté auprès de tous les vignerons sous « la menace » du bras de l’Etat. Libre aux dirigeants de l’interprofession de le dépenser comme bon leur semble avec une prédilection pour la communication : les présidents adorent monter à Paris.

 

Bien sûr je n'ai rien écrit à propos des vins présentés, c'est sans doute dommage vu mon immense pouvoir d'influence... Et dire que je continue de recevoir des invitations, qu'on me relance au téléphone, pour un mec lu par sa concierge et sa cousine de province ça commence à bien faire...

 

Et qu'on ne vienne pas me chercher des poux sur la tête pour cette chronique, c'est de l'histoire ancienne et je n'y fait que narrer une erreur de casting : ce genre de pince-fesses se fait plus rare et c'est heureux.

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1 juin 2018 5 01 /06 /juin /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H Ça le faisait jouir, le maire de Vannes, d’entendre les cris d’orfraies des intellos de gauche, c’était comme si lui, le bon chrétien qui va à la messe le dimanche avec bobonne, les niquait profond sans avoir besoin d’en confesser sa faute. (108)

Benoît, au lieu de profiter de son avantage – ce qui à court terme aurait pu flatter mon ego mais qui, sur le long terme se serait révélé contre-productif : un Marcellin humilié ne lui pardonnerait jamais –il proposa au Ministre de s’investir plus encore sur un sujet qui lui tenait particulièrement à cœur : l’Internationale gauchiste. Ce nouvel avatar de leur entretien plut d’emblée à Marcellin, ils allaient pouvoir manger dans la même écuelle en toute confraternité. Au grand banquet de la manipulation, des coups fourrés, à qui baise qui, seuls ceux qui n’ont aucun souci de l’image qu’ils donnent d’eux-mêmes peuvent espérer en l’avenir. Touiller dans la merde, y mettre à l’occasion la main, provoque dans la cohorte des signataires de pétition des hauts le cœur. Pour eux, la basse police s’apparente à une forme de sodomie des libertés fondamentales. Ça le faisait jouir, le maire de Vannes, d’entendre les cris d’orfraies des intellos et des bourgeois de gauche, c’était comme si lui, le bon chrétien qui va à la messe le dimanche avec bobonne, les niquait profond sans avoir besoin d’en confesser sa faute. La proposition de Benoît le comblait d’aise ce qui ne l’empêchait pas de le prévenir que tout ce qui se passait hors de nos frontières n’était pas de son ressort. En clair, tu tires les marrons du feu si tu t’en sors mais ne compte pas sur moi pour te tirer d’un mauvais pas. Benoît en convint en lui demandant d’éviter les fuites en direction de la Piscine. « Vous plaisantez j’espère ! L’idée ne m’aurait jamais effleuré l’esprit. J’ai en profonde horreur ces culottes de peau prétentieuses et inefficaces. Rien que des j’en foutre, des demi-soldes, dans l’affaire que vous évoquiez, avec pertinence, tout à l’heure ce sont certains d’entre eux qui ont monté la machine contre le Président. Par bonheur notre bonne vieille PJ a fait son boulot... » Benoît apprécia toute la saveur de l’évocation de sa pertinence mais, plus prudent qu’un chacal, il rajouta une couche de flagornerie.

 

« Permettez-moi, monsieur le Ministre, d’imaginer que vous ne m’avez pas convoqué ce matin pour que vous puissiez me fournir de faux passeports... Je me tiens à votre entière disposition avant mon départ pour remplir la mission que vous vouliez me confier... car je suppose que telle était votre intention... » Marcellin en resta, un instant, stupéfait de voir ce soi-disant petit branleur magouillant avec les RG lui dicter la conduite à tenir. Il grommela « Vous devriez faire de la politique... » avant de se raviser goguenard « En fait je ne crois pas, vous êtes trop intelligent pour vous fourvoyer avec ce troupeau de minus... » L’avertissement était sans frais, Benoît cessa de la ramener car il risquait de perdre tout le bénéfice de l’avantage qu’il venait de gagner. Le Ministre rejoignit son bureau d’un pas lourd, il se saisit d’une chemise cartonnée, sans même le regarder, à son tour il le prenait de court « Avant d’aller à Rome vous allez d’abord vous rendre à Berlin-Ouest. Les gauchistes teutons me semblent bien plus dangereux pour nous que leurs confrères ritals, le voisinage de l’Est les rends plus perméable aux manipulations des cocos. Vous parlez l’allemand ? » La réponse négative de Benoît ne le démonta pas « Alors vous emmènerez votre dulcinée qui elle, je suppose, est polyglotte et, comme elle est bien introduite dans l’Internationale gauchiste ça ne peut que faciliter l’infiltration... » Marcellin savourait le fait d’avoir repris la main, il lui tendit la chemise défraichie « Vos petits copains envisagent de perpétrer un hold-up dans une succursale du Crédit Lyonnais pour alimenter leur trésor de guerre. Je compte sur vous pour m’en dire plus que ce qu’il y a dans ce fichu dossier, soit presque rien... »   

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1 juin 2018 5 01 /06 /juin /2018 06:00
13 ans déjà, mettre chaque jour l’ouvrage sur le métier, je ne suis qu’un chroniqueur besogneux…

Tout ça pour du beurre, rien que pour le plaisir d’écrire, de réfléchir, d’avoir des coups de cœur, des coups de sang aussi, de tisser chaque jour des fils avec ses lecteurs – n’en déplaise à certains de mes détracteurs, j’ai de fidèles lecteurs – sans aucune pression ni contrepartie, nul besoin de plaire, d’être révérant.

 

Aucun échange monétaire, simple bouteille à la mer jetée chaque jour sur la Toile, lis qui veut, je n’engage que moi-même et un peu d’argent : le mien, pas celui de la publicité ou de généreux donateurs en mal de communication.

 

Me revient à l’esprit le livre de François Dufour, éditeur de quotidiens pour la jeunesse (Le Petit Quotidien, Mon quotidien, l’Actu…) et co-président des Etats Généraux de la Presse convoqués par le Président de la République, « Les journalistes français sont-ils si mauvais ? » publié chez Larousse en 2009.

 

« Les journalistes français séparent-ils faits et opinions ? Très peu, surtout dans la presse écrite. Séparent-ils information et publicité ? Mal, surtout dans les magazines ou les parties plus « magazines » des quotidiens. Respectent-ils les règles du métier ? Insuffisamment, quel que soit le média. Ecrivent-ils pour leur public ? Très, très peu, notamment dans les quotidiens »

 

« Le dernier grief, c’est le franchissement du « mur » entre les intérêts publicitaires et l’information. Des titres prestigieux sont dirigés par des patrons qui confondent allègrement les fonctions de directeur de la publicité et de la rédaction. Or on ne peut pas diriger à la fois une équipe de journalistes et une régie publicitaire : les conflits d’intérêts sont alors inévitables… »

 

« … on accroît certaines rubriques, comme la mode ou la consommation, dans l’espoir d’amadouer les pourvoyeurs de budgets publicitaires. »

 

Ces pratiques sont tellement entrées dans les mœurs des médias de tout acabit, aussi petit soit-il, qu’oser mettre le doigt là où ça fait mal vous vaut une volée de bois vert de la part  de ceux qui badigeonnent leurs propos sous le grand respect que l’on doit aux experts, à ceux en charge d’informer, de guider les choix des consommateurs.

 

Qu’il m’arrive parfois d’être injuste, inutilement blessant, j’en conviens aisément, la colère est souvent mauvaise conseillère, mais comment rester impassible face aux addictifs des réseaux sociaux qui, en  deux bouts de phrases sur Facebook ou en deux mots sur Twitter, rivent le clou aux gens d’en face, se donnent le beau rôle, jouent les chevaliers blancs ?

 

Le débat sur l’interdiction du glyphosate, qui fait rage en ce moment, met en lumière le rôle sournois des lobbies de l’industrie chimique et celui des groupes de pression : FNSEA en tête, mais n’est-ce-pas là un modus operandi passé dans les mœurs à tous les niveaux de notre société ? Tous les moyens sont « bons » pour arriver à ses fins.

 

Cet amollissement, ce j’m’en foutisme coloré de bonne conscience, me déplaît mais j’ai décidé de ne plus me cailler le lait, de laisser de côté ce petit monde du vin et de la bouffe qui se congratule, qui se renvoie l’ascenseur, et plus encore.

 

Je vais donc continuer mon petit bonhomme de chemin, acheter des livres chez mes libraires préférés pour les lire, acquérir de belles bouteilles pour les boire, être abonné à de grands médias papier, me restaurer à de bonnes tables en payant l’addition, aller au ciné au théâtre, participer à des dégustations de vins nu, aimer, partager…

 

À ceux qui me balancent mon âge à la gueule pour me faire taire je réponds : « Vieillir, c’est encore le seul moyen qu’on ait trouvé pour vivre longtemps » Sainte-Beuve.

 

Allez, un petit effort camarades vous allez y arriver jusqu’aux 70 ballets !

 

Et puis, ne soyez pas masochistes : évitez de me lire, mes sponsors ne s’en offusqueront pas.

 

Avant donc que d'écrire, apprenez à penser.

Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement,

Et les mots pour le dire arrivent aisément.

Hâtez-vous lentement, et sans perdre courage,

Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage,

Polissez-le sans cesse, et le repolissez,

Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.

 

Boileau, L'Art poétique

 

 

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31 mai 2018 4 31 /05 /mai /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H Le niveau d’information de Benoît sur l’affaire Markovic le rangeait dans la classe de ceux avec qui il faut conclure un pacte de non-agression (107)

Même si Marcellin n’avait jamais fréquenté l’école des cadres du PC, et aucun doute n’était possible vu son passé Vichyssois, il appliqua à Benoît, pendant le premier quart d’heure, un traitement de choc s’inspirant largement des principes de l’intimidation maximale chère aux héritiers des soviets. Son dossier, était lourd, à charge, fort bien préparé par ces messieurs qui, en rang d’oignons, affichaient des mines faussement contrites en contemplant Benoît avec commisération. Le problème pour eux c’est que ce dossier était aussi plein de trous, de belles brèches dans lesquelles Benoît allait s’enfourner une fois l’orage passé. Marcellin, il le sentait, plus il tapait sur le clou plus il doutait du bien-fondé de sa méthode. Pourquoi ? Benoît ne saurait le dire mais, sans doute, l’instinct, la prescience que ses munitions, certes bruyantes, relevaient plus de l’opéra-bouffe que de la bonne police. Pour Marcellin, au fur et mesure qu’il assénait des reproches cinglants plus ceux-ci prenaient la tournure de vrais compliments : « Un vrai bourrin, obtus, obéissant, ne lui paraissait pas en mesure d’accumuler autant de conneries sensées ». L’ennui amusé de Benoît devait aussi transparaître. Brutalement, alors que Benoît affutait sa contre-attaque, Marcellin s’interrompait. Soupirait. Allumait une cigarette l’air mauvais. Les chefs prenaient peur Benoît le voyait dans leurs regards de cireurs de pompes lécheurs de bottes. « Messieurs, vous pouvez prendre congé... » Le geste accompagnait la parole, un rien méprisant et impatient. Les hauts-fonctionnaires, tels des généraux répudiés, dignement, un à un, se retiraient après avoir exprimé leurs respects à Monsieur le Ministre. « Accompagnez ces messieurs... » L’adresse frappait le Directeur de cabinet alors qu’il s’attendait à être épargné. Il ne mouftait pas. Marcellin bouffait de la fumée avec une délectation malsaine. Toujours debout, j’attendais. « Asseyez-vous et dites-moi tout... »

 

Affirmer que le soudain renversement de situation ne prit pas Benoît de court serait mentir. Face à un Marcellin toujours debout, clope au bec, l’œil narquois il mit un peu de temps à reprendre mes esprits. Son apparent désarroi dut convaincre le Ministre que sa stratégie était la bonne et qu’il allait se déballonner, se mettre à table. Pour reprendre pied Benoît adopta un ton désinvolte : « Avant de tout vous dire, je prendrais bien à café... » Sa requête fit sourire Marcellin, il devait penser, « Ce petit con veut gagner du temps mais je le tiens par les couilles et il ne va pas s’en sortir avec des provocations... » Y’avait chez lui du Pompidou, le côté pesant, madré, retors, mais sans la finesse du normalien de Montboudif. Pour se tirer les roupettes de ses grosses pognes Benoît allait devoir accepter de jouer avec lui dans le caniveau, pas finasser, le Raymond n’appréciait pas les intellos, les faiseurs de théories. Fallait que Benoît marque d’entrée son territoire avec du foutre bien chaud, bien gluant, pour que cette vieille crapule comprenne vraiment à qui il avait à faire. Les plaies mal cicatrisées, celles qui démangent encore, constituent le lieu privilégié des attaques les plus virulentes. Verser un peu de vinaigre, goutte à goutte, en évoquant le souvenir des saloperies fabriquées de toute pièce contre le couple présidentiel par exemple, sans, bien sûr, mettre en doute la bonne foi du Ministre dans cette sale affaire mais seulement en lâchant quelques noms, comme ça, l’air de rien, sur le ton de la confidence. Les politiques, surtout ceux de l’acabit de Marcellin, ne se laissent jamais impressionner par le rappel de leurs vilenies ou de leurs mauvais choix, bien au contraire ils en tirent parti pour rebondir. Le niveau d’information de Benoît sur l’affaire Markovic le rangeait dans la classe de ceux avec qui il faut conclure un pacte de non-agression. La cendre de sa clope poudrait le revers du veston de Marcellin et le tapis, preuve de l’extrême attention de Monsieur le Ministre de l’Intérieur aux propos d’un sale petit branleur. Son « Qu’attendez-vous de moi ? » sonnait l’heure d’un changement de tactique.

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31 mai 2018 4 31 /05 /mai /2018 06:00
Bien avant Macron et ses cordons bleus les étasuniens se lichaient du Cordon Bleu, clin d’œil à l’ami Lionel Breton « qui rêvait d’« un Barça des Charentes »

« Emmanuel Macron et son équipe rentrent du Touquet pour rejoindre le QG d’En Marche à Paris quand ils s’arrêtent pour déjeuner sur une aire d’autoroute. Celui qui ne sait pas encore qu’il sera qualifié le soir même pour le second tour passe commande en lâchant : « Moi, j’aime bien les cordons bleus. » «C’est avec le menu enfant» lui répond la cuisinière. Face à cette déception culinaire, le candidat se ressaisit : « Bon, je vais prendre le saumon alors… ».

 

ICI

 

En ce moment, vu mon état post vol plané, je passe mon temps à lire et, lorsque ma pile de nouveautés s’épuise je pioche dans mon stock de déjà lus.

 

Ainsi je me plongeai dans un polar, best-seller aux USA (Barry Awards du meilleur roman policier). « Les Jardins de la mort » de George P. Pelecanos. 2006

Ma mémoire ne gardait aucun souvenir de l’intrigue sauf que parfois une petite musique me jouait à l’oreille un air de « tu vas tomber sur… »

 

Et je suis en effet tombé sur, page 149, une trace de crayon de papier : Ça sentait la chronique et ce fut une chronique 6 juillet 2009

 

« Du Martell, répondit Chantel Richards. Mettez-moi le Cordon Bleu. » ICI

 

 

Petit résumé pour comprendre l’action dans l’extrait que je proposais :

 

Conrad Gaskins qui a débuté très tôt dans le trafic de drogue, a été collecteur de fonds, avant de tomber pour coups et blessures et port d’armes à feu sans autorisation. Il est en conditionnelle et veille sur son cousin Roméo Brock, une petite frappe qui rêve de se faire un nom dans le milieu. Un indic lui a filé un tuyau de première : « un mec, qui essaie de passer pour un gros, Tommy Broadus, va toucher de la blanche. En conséquence il va se trouver détenteur d’un gros paquet de fric pour la payer. » Gaskins et Brock planquent devant sa villa puis s’introduisent chez Broadus en prenant en otage Chantel Richards, sa maîtresse, alors qu’elle était sortie chercher des cigarettes.

 

-         Attache-les, dit Brock.

 

Gaskins lui passa son arme. Brock se la coinça à la taille, tout en continuant à tenir Broadus en joue.

 

Pendant que Gaskins immobilisait les mains et les pieds de Broadus et de Reese avec du ruban adhésif, il se dirigea vers un minibar installé à côté de la télé. Broadus avait mis en évidence divers alcools sur l’étagère du haut, notamment du Rémy Martin XO et du Martell Cordon Bleu. Au-dessous, dans un compartiment séparé, on reconnaissait du Courvoisier et du Hennessy.

 

Brock prit un verre et se versa une rasade de Rémy Martin.

 

-         C’est le XO, dit Broadus, qui eut l’air troublé pour la première fois.

 

-         C’est pour ça que j’ai l’intention d’y goûter.

 

-         Ce que j’en dis, c’est que vous ne voyez pas la différence et que vous n’avez donc aucune raison de boire du cognac à cent cinquante dollars la bouteille.

 

-         Tu crois que je ne vois pas la différence ?

 

-         Nullard, laissa échapper Edward Rees, sourire aux lèvres.

 

Brock croisa son regard, mais Reese continua à sourire.

 

-         Bâillonne-le aussi avec du ruban, dit Brock.

 

Gaskins s’exécuta. Puis il prit du recul. Brock but une lampée de cognac et fit tourner l’alcool dans son verre pendant qu’il lui parfumait la langue.

 

-         Pas mal du tout, ce machin-là, déclara-t-il. T’en veux un peu, mon pote ?

 

-         Non ça va répondit Gaskins.

 

[…] Brock but encore un peu de cognac, posa le petit verre t s’approcha de Chantel Richards. Il lui posa un doigt sur le visage, le glissa lentement sur sa joue. Elle piqua un fard et tourna la tête.

 

Broadus resta impassible.

 

-         Je te laisse le choix, reprit Brock. Ou bien tu me files ton fric ou bien je nique Chantel ici-même, sous tes yeux, d’accord ? Qu’est-ce que tu en penses ?

 

-         Allez-y. Si ça vous dit, invitez tout le quartier. Vous pouvez aussi vous l’envoyer.

 

Chantel le fusilla su regard.

 

-         Fils de pute !

 

-         Tu l’aimes pas ta copine ? s’enquit Brock.

 

-         Eh merde. La plupart du temps, elle ne me plaît même pas, la pétasse.

 

Brock se tourna vers Gaskins.

 

-         Sers un verre à la dame.

 

-         Qu’est-ce que tu veux, ma fille ? lui demanda Gaskins.

 

-         Du Martell, répondit Chantel Richards. Mettez-moi le Cordon Bleu. »

 

« Créée en 1912 par Edouard Martell, la cuvée Cordon Bleu s’est imposée comme une légende reconnue des connaisseurs les plus chevronnés. Elaborée avec plus de 150 eaux de vie, son palais dominé par les parfums des Borderies et son flacon resté fidèle à l’original en font une référence unique dans l’univers des Cognacs.

 

Il a d’ailleurs été consommé lors d’évènements exceptionnels : Le traité de Versailles en 1920, le voyage d’inauguration du Queen Mary en 1936, le périple de l’Orient Express en 1986...

 

Le Cordon Bleu est aussi une star de cinéma puisqu’on a pu le voir dans le chef d’œuvre de Francis Ford Coppola, Apocalypse Now ! »

 

Pourquoi Lionel Breton ?

 

Deux indices : le Cognac où j’ai trainé mes bottes au temps où Martell prenait le bouillon ; Pernod-Ricard qui fut ma holding au temps où je vendais du jaja…

 

La réponse dans Sud-Ouest du 12 juin 2012 :

 

Le départ de Lionel Breton ne laissera indifférent personne, surtout si l’on se retourne sur les dix années écoulées.

 

Un plan social en 2002

 

En 2002, Lionel Breton, pur produit Pernod-Ricard, est nommé président-directeur général de Martell & Co. La marque de cognac vient d’être rachetée à Seagram. La maison de négoce va mal. Elle n’expédie plus qu’un million de caisses par an, soit 600 000 caisses perdues en dix ans.

 

La mesure de redressement sera radicale. Lionel Breton lance un plan de sauvegarde de l’emploi, qui se solde par la suppression de 108 postes sur 414. Le conflit avec les syndicats sera dur et brutal. Il ira jusqu’à une grève de la faim de trois salariés. Le plan « Martell » a été un vrai traumatisme pour la ville.

 

Lionel Breton, c’est aussi l’homme qui a fait déménager la ligne d’embouteillage du site cognaçais de Gâtebourse jusqu’à Lignères, à Rouillac.

 

Lors de ses prises de parole, toujours très direct, le patron de Martell vulgarise également la notion de « premiumisation », stratégie de haut de gamme qu’il appliquera au cognac Martell, jusqu’à accepter de vendre moins mais très cher.

 

Martell & Co a retrouvé la croissance dès 2003 pour maintenant talonner la maison Rémy-Martin, numéro deux. Voici quelques semaines, la marque au martinet a franchi le million de caisses vendues en Chine, soit la moitié de ses volumes totaux.

 

En 2005, Lionel Breton avait été nommé président-directeur général de Martell Mumm Perrier-Jouët, la branche cognac et champagne de Pernod-Ricard. La direction opérationnelle de Martell & Co est actuellement entre les mains de Jean-Marc Morel.

 

Fan de football

 

Lionel Breton, c’est aussi celui qui a osé dire tout haut tout le mal qu’il pensait du Festival du film policier de Cognac, que finançait en son temps le Bureau national interprofessionnel du cognac (BNIC).

 

Ce fan de football, qui possède dans son bureau le maillot dédicacé de Zinedine Zidane, encadré et sous-verre, a également marqué les esprits en prenant la présidence de l’UAC foot lors de la saison 2009–2010. Expérience éphémère sur laquelle il ne s’est jamais exprimé, lui qui rêvait d’« un Barça des Charentes ».

 

Le 22 mai dernier, Lionel Breton recevait les livreurs viticulteurs de la maison Martell, au château de Chanteloup, pour célébrer avec faste le siècle du Cordon bleu.

 

Dix ans après le plan social qui qui a fait couler tellement d’encre, le contraste est saisissant. Bravo l'artiste !

Bien avant Macron et ses cordons bleus les étasuniens se lichaient du Cordon Bleu, clin d’œil à l’ami Lionel Breton « qui rêvait d’« un Barça des Charentes »

Les Jardins de la mort par George P. Pelecanos

 

« Les choses sont simples. Avec Dennis Lehane (Shutter Island, Mystic River, Un pays à l'aube), George P. Pelecanos est le meilleur auteur de polars américain de la nouvelle génération. Et, puisqu'un bonheur n'arrive jamais seul, ces Jardins de la mort est son roman le plus réussi. Ce qui n'était pas gagné d'avance, car Pelecanos choisit de s'aventurer sur la voie accidentée des récits à points de vue différents et à remontées dans le temps. Ici, l'histoire s'accroche à une série de meurtres non élucidés qui va resurgir vingt ans plus tard et réveiller les fantômes de deux flics et d'un ancien enquêteur. C'est à Washington, comme toujours chez Pelecanos. C'est brillamment écrit, comme toujours chez Pelecanos. C'est passionnant. Oui, comme toujours. »

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30 mai 2018 3 30 /05 /mai /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H « Soyez sans crainte, je ne suis manipulé par personne, et surtout pas par Marcellin, je travaille pour mon propre compte et je vous protège... » (106)

Le virage brutal qu’ils prirent à leur retour ne leur devait rien, il résulta d’une brutale accélération des évènements qui échappa à leur contrôle et les propulsa dans une suite de sacs de nœuds dont ils eurent beaucoup de peine à se dépêtrer. Souvent, les tuiles vous tombent sur le coin de la tronche alors que tout vous semble sous contrôle, sans risque apparent, par temps calme. Certes la position de Benoît, à géométrie variable, si elle lui permettait souvent de planquer ses abattis, elle le plaçait à son insu dans des zones de fortes turbulences. Jusqu’ici il s’en était toujours sorti grâce à un art consommé du j’m’en foutisme. Par rapport aux craintifs et aux calculateurs, toujours sur leurs gardes, le fait de ne s’inquiéter de rien, de s’en foutre, constituait un atout majeur dans un monde où tous les coups sont permis. Benoît n’attendait rien de la vie et, à sa grande surprise, elle lui procurait un lot de frissons et de jouissances incommensurables. Rien ne pouvait donc le faire changer de cap, et surtout pas Chloé qui se révélait chaque jour, à sa manière, une redoutable manœuvrière. Ils formaient un duo à nul autre pareil. Du côté de la place Beauvau ceux qui avaient propulsé Benoît dans le nid des petits frelons de la GP, pour y accomplir les basses besognes traditionnelles, commençaient à trouver qu’il occupait beaucoup trop d’espace et surtout qu’il n’en faisait qu’à sa tête. Jusqu’ici, ses hautes protections, sa position d’éminence grise près d’un Ministre important, ses accointances dans des groupes barbouzards rivaux, les avaient incité à la plus extrême prudence, mais comme l’occasion qui se présentait à eux de lui brûler les ailes, leur paraissait si belle, inespérée même, qu’ils n’avaient pas hésité une seule seconde à lui tendre leur piège foireux.

 

À peine avaient-ils posé le pied sur le tarmac de Villacoublay qu’un motard porteur d’un pli, à remettre en mains propres, se plantait face à eux, salut militaire, Benoît se retrouvait convoqué en fin de matinée chez le Ministre de l’Intérieur soi-même.  Chloé s’esclaffait « Tes désirs sont des ordres ... » et le bel Albin, intrigué par sa soudaine importance, le prenait par le bras pour l’entraîner à l’écart. « Mon garçon jusqu’ici vous m’intriguiez, maintenant vous m’inquiétez. Quels sont vos rapports avec Marcellin pour qu’il vous traite ainsi ? Il vous a infiltré auprès de moi ? Attention je sais, moi aussi, cogner et cogner très dur... » Avec aplomb Benoît le rassura « Soyez sans crainte, je ne suis manipulé par personne, et surtout pas par Marcellin, je travaille pour mon propre compte et je vous protège... » Chalandon sursautait « Me protéger ! Me protéger de qui, de quoi, expliquez-vous ! » Toujours avec le même aplomb Benoît coupait court « Convenez-en, Monsieur le Ministre, ce n’est pas le lieu. Dès que j’en aurai terminé avec Marcellin je m’expliquerai sur tout auprès de vous... » Son ton conciliant mais sans appel le sidérait « Vous ne manquez pas de souffle mon garçon : en finir avec Marcellin, rien que cela. Soit vous bluffez et vous le faites bien. Soit vous êtes un personnage d’une dangerosité exceptionnelle... » Le large sourire de Benoît le déroutait plus encore « Dans les situations fangeuses, monsieur le Ministre, avoir les pieds dans le marigot, même si ça n’est pas toujours très confortable, vaut mieux que de le regarder d’en haut si l’on veut avoir prise sur les évènements... » Le Ministre soupirait « Ne me dites pas que vous êtes flic. Je veux dire de la Police ». À son tour, avec une familiarité qui l’étonnait Benoît le prenait par le bras « Si je savais ce que je suis je ne vous le dirai pas Monsieur le Ministre car, pour ne rien vous cacher j’ai du mal à savoir ce que je suis vraiment... » Sa pirouette lui tirait un rictus et, sans se dégager de son emprise il se contentait de répondre à Benoît  « Alors à ce soir dans mon bureau... »

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29 mai 2018 2 29 /05 /mai /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H No future, pour eux, n’était pas un futur slogan pour tee-shirt d’adolescent boutonneux mais une réalité dure et prégnante (105)

Le premier soleil levait une part du mystère de l’île en la parant d’un camaïeu de vert et d’exhalaisons fortes de vases putréfiées et de mousse fraîche. Pas âme qui vive, le chant des oiseaux, le clapotis des eaux, loin d’être saisis par une impression d’échouage sur cette levée de terre, Chloé et lui, sans avoir à se le dire, ressentaient au contraire une grande paix les envahir. À mille lieux de leurs folies ordinaires ils s’arrimaient à une terre de tout temps hostile aux étrangers ; une terre en train de mourir dans l’indifférence générale. Las et revenus de tout, ils n’étaient pas venus à Fédrun pour faire des galipettes, ils ne savaient d’ailleurs pas pourquoi ils étaient là, debout, côte à côte, au petit matin, sur l’île de Fédrun au beau milieu de la Grande Brière. Certes leurs vies, tels les bouchons d’une canne à pêche, se laissaient porter par le courant tout en restant bien arrimées et sensibles à toutes les sollicitations du fil qu’ils avaient encore à la patte.

 

No future, pour eux, n’était pas un futur slogan pour tee-shirt d’adolescent boutonneux mais une réalité dure et prégnante. Le ripolinage actuel des années 70, derniers feux des soi-disant 30 Glorieuses, relève de l’escroquerie intellectuelle, de la réécriture de l’histoire à des fins de partisanes : après avoir été si joyeux ils étaient tristes à en mourir. Pour Chloé ce furent les années de plomb, pesantes, qui enterrèrent leurs illusions, dans un décorum révolutionnaire en carton-pâte, du moins en France car en Italie Chloé tenait des propos alarmistes sur les affrontements et les manipulations des néo-fascistes infiltrés dans les services secrets de l’armée qui avaient, et allaient, faire couler le sang. Depuis son retour à Paris benoît cherchait le moyen de la retenir pour qu’elle ne retournât pas au milieu de ces fous furieux mais elle dressait un mur de désinvolture sur lequel toutes ses tentatives glissaient. Avec sa simplicité habituelle, pleine de nœuds et de détours, il se promettait de profiter de leur isolement briéron pour la convaincre. Comment ? Je n’en savais fichtre rien.

 

Dans le fond de la camionnette ils découvrirent deux grands paniers emplis de victuailles et de bouteilles de vin, des thermos de café, une miche de pain, de quoi soutenir un siège. La maison, au confort minimal, comportait un tout petit lit en fer et une grande cheminée. Chloé le chargea de la corvée de bois pendant qu’elle préparait un copieux petit déjeuner : œufs brouillés, jambon et tartines beurrées. Repus, face à un grand feu que Benoît avait eu bien du mal à faire prendre et qui fumait un peu, ce qui les obligeait à maintenir la fenêtre ouverte, ils trouvèrent refuge, dans un sac à viande militaire rêche, empestant le renfermé humide, sous un empilement de couvertures kaki monstrueux. Ils dormirent, tout habillés, collés l’un à l’autre. Sur le coup de midi ils prirent un chaland pour faire le tour de l’île. Chloé maniait la perche aussi bien qu’un gondolier. Benoît comptait les ragondins. Ils croisèrent un vieux type décharné, au regard à demi caché sous la visière d’une casquette crasseuse, qui suçotait une petite pipe tout en fourrageant avec une canne dans un bouquet de roseaux. Le « Bongiorno » rieur de Chloé le fit sursauter puis se redresser et sourire, un sourire plein de chicots brunis par la nicotine. D’un geste qui, en d’autres circonstances, eut pu paraître obscène, de sa main libre il réajusta son entrejambes en nous fixant de ses petits yeux encavés. « Et si vous veniez prendre la goutte... » La voix était étrangement cristalline, quasi enfantine. Chloé les poussa jusqu’au ponton et le vieux les amarra.

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