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8 juin 2018 5 08 /06 /juin /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H qui lui avait valu une réponse sans appel de Gustave sur la seule qualité qui vaille : l’allemande et sur le doigt qu’il foutait jusqu’au trognon au cul des putains de bolchos de la CGT de l’île Seguin (115)

Sacha rien qu’un prénom, seul viatique pour leur introduction dans la nébuleuse « révolutionnaire » de Berlin-Ouest leur plaisait bien car il leur évitait de débarquer dans des groupes trop structurés avec le risque de s’y retrouver enfermé. Ilse, avant ses exubérances sexuelles, leur avait précisé qu’il leur faudrait chercher Sacha à Kreutzberg.  Ils se documentèrent sur ce quartier populaire, inclus dans le secteur américain qui recélait deux caractéristiques intéressantes pour eux : la présence au sud de l’aéroport de Tempelhof – celui du pont aérien de 1948–49 ravitaillant Berlin-Ouest lors du blocus grâce aux Rosinenbomber – et celle, au nord, de Check-point Charlie donnant accès au secteur soviétique. Avant leur départ ils furent convoqués par la garde rapprochée du « Grand Chef » de la GP pour justifier de leur refus de confier, tout ou partie, de « l’impôt révolutionnaire » en leur possession, à la branche militaire du mouvement. Gustave se chargea, avec un plaisir non dissimulé, de signifier leur fin de non-recevoir lors d’une séance houleuse qui faillit tourner au pugilat entre la fraction dure (les futurs activistes du NAPAP qui tremperont dans l’assassinat de Tramoni le vigile qui avait descendu Pierre Overney à l’île Seguin) et celle qui déjà ne savait plus très bien où elle habitait. Dans la voiture de Gustave qui les menait à Orly, une Mercédès rutilante noire métallisée – Benoît avait charrié Gustave sur cette acquisition tout à la fois peu conforme aux idéaux révolutionnaires des larges masses et au nécessaire soutien à notre industrie automobile nationale, ce qui lui avait valu une réponse sans appel de Gustave sur la seule qualité qui vaille : l’allemande et sur le doigt qu’il foutait jusqu’au trognon au cul des putains de bolchos de la CGT de l’île Seguin – Gustave n'en finissait pas de leur refaire sa prestation devant les frelons. « Je t’assure avec eux c'est ce qui faut – dans sa bouche ça donnait t’achure – faut pas leur laisser de répit, leur dire qu'y z'ont rien dans le calbar et qui sont juste bon à enculer des mouches avec leurs discours à la con, qu’on pouvait jamais compter sur eux pour casser du patron, que de toute façon comme y rentraient tous les soirs au chaud chez papa-maman pendant que nous on continuait de se peler les roubignols dans nos chambres de bonnes, notre flouze s’rait mieux placé chez les boches – t’as dit les boches ? Je ne me rappelle pas. Mouais j’ai même dit : chez ces putains de boches, fallait pas – y’ a que ce grand cornard d’Annibal – pourquoi tu le traites de cornard ? Parce que j’ai sauté sa pouffiasse – qui m’a donné du fil à retordre en disant que dans l’Nord j’avais déjà piqué dans la caisse du syndicat et que le blé j’l’avais mis dans mes fouilles. Celui-là t'as vu j’l’ai pas raté : « Et qui c’est qui a rencardé la poulaille dans notre histoire du Lyonnais si ce n’est pas toi. T’étais où ce soir-là que j’lui claqué à la gueule ? Aux abonnés absents pour sauter ta pétasse qu’à un grain beauté sur’ le nichon droit. » KO debout, un carnage mon pote. J’crois que je suis fait pour le théâtre... » Ce fut la dernière fois que Benoît vit Gustave. Ils se serrèrent la main.

 

L’aérogare de Tempelhof les fascina par son avant-gardisme, en comparaison celle d’Orly semblait bien provinciale avec sa façade plate de HLM. Ici, sur plusieurs niveaux, le bâtiment principal semi-circulaire de 1230 mètres de long, réalisé sous le 3ième Reich, impressionnait par sa fonctionnalité et sa démesure. Alors qu’ils s’extasiaient dans l’immense hall, un gros bonhomme, caricature du Bavarois buveur de bière, les abordait avec un air de contentement, pour faire savoir à ces petits français impressionnés que ce bâtiment était le troisième plus grand au monde par sa surface au sol après le Pentagone et le palais du génie des Carpates à Bucarest. Chloé murmurait à l’oreille de Benoît « Et si je lui répondais : salaud de nazi, tu crois que je ferais mouche ? » Benoît la tira brusquement par le bras laissant en plan sans autre forme de procès ce digne représentant du Schweinesystem.  « C’est un flic... » lui dit-il entre les dents. « Et comment tu sais cela mon grand ? » Il se contenta de sourire en haussant les épaules. Dans le métro qui les emmenait vers le centre du quartier de Kreutzberg il confiait à Chloé sa crainte d’être la victime d’une manipulation. Elle fronçait les sourcils « Une manipulation ! Mais manipulé par qui ? Tu deviens parano... » Il soupira « Peut-être bien mais nous sommes ici en zone américaine et c’est le champ de jeu de la CIA alors je pense qu’il nous faut vraiment nous tenir sur nos gardes sinon nous risquons de nous retrouver au milieu d’une partie de billard à trois bandes... » Ses propos alambiqués ne la convainquaient pas « Sois plus explicite mon grand ! » Alors il allait droit au but « À la réflexion je ne comprends pas pourquoi Marcellin m’envoie ici si ce n’est pour que je serve de poisson pilote aux Yankees ... » Chloé s’esclaffait « Tu viens tout juste de t’en apercevoir. Je rêve ! C’est évident que tu n’es plus ici maître du jeu. Je croyais que tu l’avais compris : dans ce putain de Berlin ce qui compte pour les américains ce ne sont pas ces petits connards que nous allons rencontrer mais les communistes est-allemands de l’autre côté du mur. Marcellin t’envoie dans cette pétaudière pour savoir où se trouve la menace réelle, pour identifier quels sont les éléments qui sont entre les mains de Moscou. Quel jeu joue nos soi-disant alliés. La guerre froide c’est cela mon tout beau. Fini de jouer solo mon coco, ici c’est la cour des Grands. » Fataliste Benoît concluait « Alors nous allons leur en donner pour leur argent... »

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8 juin 2018 5 08 /06 /juin /2018 06:00
Je voudrais déjeuner en paix et pourtant je suis troublé « Rien n’est poison, tout est poison: seule la dose fait le poison. » Paracelse

J'abandonne sur une chaise le journal du matin

Les nouvelles sont mauvaises d'où qu'elles viennent

J'attends qu'elle se réveille et qu'elle se lève enfin

Je souffle sur les braises pour qu'elles prennent

Cette fois je ne lui annoncerai pas

La dernière hécatombe

Je garderai pour moi ce que m'inspire le monde

Elle m'a dit qu'elle voulait si je le permettais

Déjeuner en paix, déjeuner en paix…

 

… OÙ LA MORT RODE.

06/06/2018

Au milieu de cette beauté printanière, le mildiou, nous guette, comme un coupe-jarret au détour d’une ruelle.

 

C’est la mauvaise nouvelle de l’année. On lutte. On est équipé. On est prévenu. Mais ce n’est pas le cas de tout le monde. Ici, bien des vignerons pensent que le Mildiou, c’est une sorte de légende. Un truc du Nord. D’au «delà du mur»… Et cette année, pour certains qui ne l’ont pas vu venir, cela pourrait bien être la dernière saison. J’espère me tromper…

 

Le Mildiou, c’est une vraie saloperie. Un truc vicieux qui, comme le phylloxera, a des cycles, bizarres et différents, sexués et asexués. La seule chose qu’a ce truc, cet omycète (une insulte ciblée, entre deux hommes cultivés qui aiment le vin…), ce pseudo-champignon, c’est qu’il ne supporte pas le cuivre. Même à dose infime, ça le tue. Sinon, il n’y aurait plus de vignes telles qu’on les connaît depuis longtemps. Et plus de ce vin-là. Un autre truc, sans doute, mais moins bon.

 

Bon, depuis une trentaine d’années, il y a autre chose, au niveau produits phyto, que du cuivre – uniquement préventif -, en curatif. Des produits qui ont sauvé bien des vignes. Mais je ne vous en parlerai pas, l’époque ne… le permet plus.

 

La suite ICI 

 

Et un commentaire

 

« Je confirme, au Pic Saint Loup la météo nous a laissé la même fenêtre aussi avons-nous traité l’ensemble du vignoble en deux jours au lieu de quatre en travaillant 14h par jour ( et pas avec du cuivre désolé!) . Pas avec du cuivre, mais sans vent et avec des appareils performants qui autorisent des faibles doses. Le principe énoncé par Paracelse suivant lequel  » c’est la dose qui fait le poison « reste fondamentalement vrai pour les produits « chimiques »‘que l’on nomme aussi au choix : « pesticides » « produits phytosanitaires » « médicaments » famille à laquelle appartient bien sur le sulfate de cuivre (capable lui aussi de stériliser les sols notamment les sols acides quand il est utilisé à trop forte dose. Ceci étant dit, il est bien sûr nécessaire que nous les agriculteurs nous puissions travailler avec les chercheurs pour être encore plus des « acteurs » dans le grands théâtre de la nature et non pas des destructeurs. »

 

Le texte est d’Hervé Bizeul et le commentaire de Jean Orliac

 

Pourquoi suis-je troublé ?

 

Pour 2 raisons :

 

  • La première c’est que lorsque j’étais en responsabilité au 78 rue de Varenne, dans les années 90, j’ai fait une confiance totale en l’avis des experts scientifiques du Ministère (Protection des Végétaux et Services vétérinaires).

 

  • La seconde c’est que je sors d’un séjour en soins intensifs dans le service de pneumologie de l’hôpital Cochin où je n’ai d’autre choix que de m’en remettre aux décisions thérapeutiques de l’équipe médicale donc d’absorber une grande palette de médicaments.

 

 

Je ne déjeune pas en paix et j'ose écrire : « Je ne sais pas… en ajoutant… sur quelles bases puis-je me forger une opinion ? »

 

Sur ce thème le combat fait rage, l’objectivité des scientifiques est remise en question, les conflits d’intérêts fragilisent leurs avis, le puissant lobbying de l’agrochimie sème le doute, le modèle d’intensification des cultures et de l’élevage piloté par l’aval : les IAA et la GD est remis en question sans être ébranlé, les politiques n’ont plus de boussole, naviguent à vue…

 

J’avoue découvrir Paracelse et «LA DOSE FAIT LE POISON»

 

Je cherche sur la Toile et le premier article sur ce thème émane du blog de Marie-Monique Robin qui expliquait en 2011 notamment « le rôle joué par Paracelse dans le système d’évaluation des poisons chimiques qui contaminent notre alimentation. »

 

Très impliquée dans le combat contre Monsanto elle écrit :

 

« En effet, le médecin suisse du  XVIe siècle qui est cité à toutes les sauces, est l’auteur d’une phrase, qui constitue le dogme central de l’ « idéologie de la dose journalière acceptable », pour reprendre les termes de René Truhaut, considéré comme  l' « initiateur de la DJA » : « Rien n’est poison, tout est poison: seule la dose fait le poison. »

 

Né Philippus Theophrastus Aureolus Bombastus von Hohenheim, celui qui est entré dans l’histoire sous le nom de « Paracelse » était un alchimiste, astrologue et médecin suisse, à la fois rebelle et mystique, qui a dû maintes fois se remuer dans sa tombe,  en voyant comment les toxicologues du XXe siècle ont abusé de son nom pour justifier la vente massive de poisons. Parmi les coups de gueule légendaires du « médecin maudit » [1], l’un mérite d’être médité par tous ceux qui sont chargés de la protection de notre santé : « Qui donc ignore que la plupart des médecins de notre temps ont failli à leur mission de la manière la plus honteuse, en faisant courir les plus grands risques à leurs malades ? » [2], s’emporte le professeur de médecine,  alors qu’il vient de brûler les manuels classiques de sa discipline devant l’Université de Bâle , ce qui, on  s’en doute, lui  valut quelques solides inimitiés.

 

« Allergique à tout argument d’autorité » [3] – chose que semblent aussi avoir oublié ceux qui appliquent les yeux fermés le principe qui porte son nom – Paracelse est à la fois considéré comme le père de l’homéopathie et de la toxicologie, deux disciplines  qui, aujourd’hui, ne s’apprécient guère. La première revendique l’une de ses phrases les plus célèbres, dont s’est d’ailleurs aussi inspiré Pasteur, lorsqu’il inventa le premier vaccin : « Ce qui guérit l’homme peut également le blesser et ce qui l’a blessé peut le guérir. » La seconde en préfère une autre, somme toute complémentaire : « Rien n’est poison, tout est poison: seule la dose fait le poison. »[4]

 

La suite ICI 

 

Les insectes et les bactéries comme alternative aux pesticides

 

A Antibes, des chercheurs de l’INRA préparent la sortie des pesticides chimiques. La lutte biologique s’organise à l’aide d’insectes, bactéries, champignons et phéromones.

LE MONDE | 05.06.2018 à 06h27 • Mis à jour le 05.06.2018 à 15h26 |

Par Alexis Riopel

 

« Pas la moindre mouche ne sort d’ici sans invitation. Entre les deux portes d’Entomopolis, des pièges collants et une lampe à rayons ultraviolets interceptent tout insecte en liberté. La précaution est de mise dans ce pavillon de l’Institut Sophia Agrobiotech à Antibes (Provence-Alpes-Côte d’Azur), car on y trouve des insectes invasifs qui font des ravages en France et d’autres espèces exotiques qu’on songe à introduire dans les campagnes afin de combattre les premières. On y organise la lutte biologique.

 

« Actuellement, la protection des cultures repose largement sur des substances chimiques de synthèse. Les méthodes du biocontrôle permettent une défense beaucoup plus respectueuse de l’environnement et de la santé humaine », avance Thibaut Malausa, coordinateur scientifique du biocontrôle à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), auquel l’Institut Sophia Agrobiotech est rattaché. Le biocontrôle consiste à opposer des insectes, des bactéries, des virus ou des champignons aux organismes nuisibles, à disperser des molécules odorantes pour les éloigner, à épandre des substances naturelles pour les tuer ou à réaménager le paysage pour favoriser la présence de leurs ennemis naturels

 

« La lutte biologique existe depuis la fin du XIXe siècle, mais elle s’est peu développée parce que les pesticides chimiques étaient très abordables. Aujourd’hui, on y revient », souligne Christian Lannou, le chef du département Santé des plantes et environnement à l’INRA. Les efforts du centre de recherche méditerranéen se concentrent surtout sur la protection face aux insectes nuisibles. Cela tombe à point, puisque les insecticides de la famille des néonicotinoïdes seront interdits en France le 1er septembre, et que les agriculteurs ont un besoin urgent d’alternatives à ces neurotoxiques décimant les abeilles. Or, dans un avis publié le 30 mai, l’Agence de sécurité sanitaire (Anses) relevait que les méthodes du biocontrôle apparaissent « les plus aptes à remplacer immédiatement, efficacement et durablement les néonicotinoïdes ».

 

Pour l’instant, le recours au biocontrôle se fait rare dans les cultures françaises. Malgré une croissance rapide (10 % à 15 % par an), cette approche ne représente que 5 % du marché des insecticides, et son emploi se concentre surtout en serre.

 

La suite ICI 

 

MERCREDI 06 JUIN 2018 À 17:31

 

Sortie du tout pesticide : « Il y a des alternatives mobilisables et qu’il faut combiner »

 

Représentants d’agences nationales, de ministères ou du monde agricole étaient réunis avec les sénateurs pour une table ronde sur les produits phytosanitaires. La question de réduction dans l’utilisation de ces substances chimiques a été au cœur des échanges.

Guillaume Jacquot

 

« C’est en plein passage de relais sur le texte Agriculture et Alimentation entre les deux chambres que le Sénat a organisé ce mercredi une table ronde sur le thème des produits phytosanitaires. L’actualité est brûlante sur les herbicides et les pesticides, quelques jours après la controverse sur la sortie du glyphosate.

 

La question des mutations des pratiques agricoles et surtout de la réduction de la consommation des produits phytosanitaires ont été de très loin l’un des thèmes centraux. Avec une interrogation centrale : les solutions existent-elles ? L’enjeu est sanitaire et environnemental, mais aussi économique et technologique.

 

Concernant le glyphosate, l’un des herbicides les plus employés au monde, et dont l’utilisation s’est élevée à 9200 tonnes en France en 2016, le gouvernement s’est donné pour objectif une sortie en trois ans. Des alternatives existent. Des impasses aussi. Le PDG de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra), explique que les « situations techniques d’impasse totale » représentent « 15% des volumes de glyphosate consommé ».

 

Philippe Mauguin insiste : « Il n’y aura pas une seule solution, il ne faut pas se bercer d’illusions ». « Le message de la recherche, c’est qu’il y a des alternatives qui sont mobilisables et qu’il faut combiner. Avec à chaque des approches différentes selon les territoires. »

 

« Le réveil est difficile aujourd’hui. L’histoire était écrite, cela fait cinq ans que l’on dit que ces produits sont condamnés, compte tenu de leur réminiscence et de leurs effets sur l’environnement », déclare Patrick Dehaumont, le directeur général de l'alimentation, au ministère de l'Agriculture.

 

Des « perspectives un tout petit peu optimistes »

 

La suite ICI 

 

Pourrions-nous échanger en paix sur ces sujets ?

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7 juin 2018 4 07 /06 /juin /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H de graves incidents ont lieu à la Faculté de Droit d’Assas où le bilan est lourd : 60 policiers, autant de manifestants blessés et des dégâts matériels importants. Longuet et Madelin cassent du gaucho.  (114)

Etrange ce Pompidou à la fois non-conformiste et conservateur au sens des britanniques,  collectionneur d’art moderne, admirateur de max Ernst, ami de beaucoup d’artistes telle Sonia Delaunay, les recevant souvent pour des dîners intimes à l’Elysée, il veut réconcilier la France avec l’art de son temps. Ainsi, dès le 15 décembre 1969, en bousculant les pesanteurs administratives, il lance l’idée d’un grand centre d’Art Contemporain et choisit le lieu de son implantation : le plateau Beaubourg en plein cœur de Paris. Cette hardiesse irrite les milieux conservateurs qui s’étonnent qu’un homme aussi attaché à la tradition veuille marquer son mandat en érigeant un temple qui devienne le berceau d’un nouveau mai 68. Giscard est de ceux-là mais il se tait laissant son éléphantesque lieutenant le prince Poniatowski étriller l’un des barons du gaullisme, l’amer Michel Debré, en l’accusant d’avoir placé la France parmi les fournisseurs de mort en livrant des avions à la Lybie et en le comparant à Bazil Zaharof, le marchand de canons du début du siècle.  Mais tout cela n’est que clapotis face au bordel qui règne dans beaucoup de secteurs du pays. Le Président s’en irrite, il trouve que son Premier Ministre fait preuve de laxisme. En effet, l’Université reste un cloaque, le campus de Nanterre est placé sous la protection de la police, de graves incidents ont lieu à la Faculté de Droit d’Assas où le bilan est lourd : 60 policiers, autant de manifestants blessés et des dégâts matériels importants. Longuet et Madelin cassent du gaucho. Début mars 70, à la veille du congrès de la FNSEA, Hexagone l’émission de FH de Virieu brosse un tableau réaliste de l’évolution du monde paysan, « Adieu coquelicots » choque profondément les dirigeants agricoles de la FNSEA bien moins inféodés au régime que leurs successeurs. Au Parc des Princes, Gérard Nicoud, le nouveau Poujade du CID-Unati demande à tous les travailleurs indépendants de faire la grève de l’impôt et de retirer leurs fonds déposés dans les banques nationalisées. Le 7 avril dans un entretien avec Pierre Desgraupes Chaban monte sur ses grands chevaux, d’un mot percutant il résume sa contre-attaque « il est nécessaire que les casseurs soient les payeurs... » 

 

Ils ne partirent pas, Chloé et lui, le nez au vent pour Berlin-Ouest. Les semaines qui précédèrent leur départ furent toutes entières consacrées à des prises de contact avec des camarades allemands.  Là-bas comme ici les groupuscules florissaient, la méfiance régnait face au risque d’infiltration et, comme la réputation française de légèreté et d’inorganisation ne plaidaient pas en leur faveur, ils ne recevaient que des réponses vagues. Ce fut le hasard qui les tira d’affaires, lors d’une manif contre la guerre du Vietnam, lors de la dispersion ils dégotèrent auprès d’une grande bringue, Ilse Meyer, fille d’un grand industriel allemand, qui avait défilé à leurs côtés, un contact répondant au prénom de Sacha. « Tout le monde à Berlin connaît Sacha... » se contenta-t-elle de leur répondre lorsqu’ils lui demandèrent un peu plus de précisions. « Dites-lui que vous venez de ma part et tout ira bien... Là-bas, c’est encore plus simple qu’ici, c’est noir ou c’est rouge, si tu cries par ta fenêtre « salaud de nazi !  à un mec de plus de 40 ans tu tombes à chaque fois juste... » et, sans aucune retenue, elle avait embrassé Chloé sur la bouche tout en lui pelotant les fesses. Sa compagne, une hommasse, plate comme une limande, avec ses poignets de force cloutés et ses Doc Martens, mit fin aux effusions en les traitant de « Grosses salopes ! » Autour d’eux les slogans contre les faucons du Pentagone, Harry Kissinger, Lyndon Johnson et le napalm de l’impérialisme américain couvraient les cris et les jurons de celle qu’Ilse tirait par la manche de son Perfecto : « Allez viens ma grande, les mecs sont tous des porcs... ». Rétrospectivement ça faisait sourire Benoît car, dans le Berlin coupé en tranches, « le Schweinesystem : le système des porcs », dans la bouche de l’ultragauche ouest-allemande, qualifiait la collusion des chrétiens-démocrates avec l’impérialisme américain. Le problème là-bas, avec le foutu mur, c’était que le plutôt rouge que mort sonnait encore plus faux qu’à Paris car l’Ours soviétique et ses alliés de la RDA faisait bander mou beaucoup des révolutionnaires en peau de lapin.

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7 juin 2018 4 07 /06 /juin /2018 06:00
« En ce qui concerne les appellations fromagères… bon nombre d’entre elles sont gérées par des groupes industriels qui ont plus de poids auprès du gouvernement et de Bruxelles que les producteurs de carotte de Créance. » Henri Nallet 1985

Le 6 avril 1985, nuitamment Michel Rocard tira sa révérence du gouvernement Fabius, Bernard Vial me tira de mon sommeil à deux heures du matin pour me prévenir.

 

Version du dit Michel dans son style habituel :

 

« Je vais dîner avec mon épouse chez mon vieil ami, Antoine Riboud. Nous en sortons à dix heures et demie du soir. Je n’ai pas eu une seconde pour penser tranquillement. Et je dis à Michèle [la deuxième épouse de Michel Rocard]: « Ben voilà ! Ils ont décidé la catastrophe proportionnelle intégrale, et vive Le Pen ! – Tu ne peux pas tolérer ça. – C’est bien mon avis. » On se met au lit, on continue à bavarder, la démission [du ministère de l’Agriculture] s’impose comme une évidence. Pour une fois, je suis d’accord avec cette femme que je vais quitter peu après parce qu’elle est impossible. […]

 

On ouvrait un boulevard à Jean-Marie Le Pen pour on ne sait quel avenir et dans on ne sait quelles conditions de sortie. Sur les autres problèmes, mon éthique personnelle était heurtée par la sottise, pas par la honte. Il n’y a pas de honte à nationaliser n’importe comment, et il n’y a pas de honte à doubler les allocations familiales quand le budget n’y est pas, il y a de l’inconséquence. Et de la générosité. On est dans un univers éthique, d’une tout autre nature. Mais là on était dans le cynisme crapuleux. »

 

Au matin du 7 avril, la nouvelle tombe : le successeur est Henri Nallet, conseiller agricole du Président de la République. Nous nous connaissons bien, comme on dit en politique « il apprécie mes compétences » qu’il a pu mesurer sur le dossier viticole lors des négociations à Bruxelles sur les conditions d’adhésion de l’Espagne et du Portugal (les accords de Dublin) et, en même temps, il garde la bonne distance avec le rocardien que je suis. Il faut toujours préserver l’avenir, en 1988, lorsque Rocard deviendra Premier Ministre, je deviendrai le directeur-adjoint de son cabinet en charge, entre-autre de dossiers sensibles : Corse, DOM-TOM, relations avec les fameuses OPA.

 

La relation qui suit, d’une rencontre en 1985 d’Henri Nallet avec Jean Pinchon, alors Président d’un INAO exclusivement vins, tout en étant salarié du groupe Louis Dreyfus, je peux attester, même si je n’étais pas présent, qu’elle ne s’écarte pas de la réalité.

 

Pages 127-128 Mémoires d’un paysan (1925-2009) Jean Pinchon L’Harmattan :

 

 

« En 1985, Henri Nallet, homme courtois et compétent, est nommé ministre de l’Agriculture ; il me reçoit après sa prise de fonction :

 

« Mon cher Président, ce qui a été fait jusqu’à présent à l’INAO est fort bien, mais nous devons aller plus loin et franchir une étape délicate : il faut maintenant faire reconnaître, par Bruxelles, nos AOC, or, vous le savez mieux que moi, elles fonctionnent à l’aide de plusieurs systèmes qui sont différents selon qu’il s’agit, par exemple, des fromages, de la noix de Grenoble ou de la carotte de Créance. Je dois négocier avec Bruxelles et, auparavant, nous devons placer toutes les AOC sur le même plan et sous l’autorité de l’INAO. J’ai donc besoin de vous, notamment pour faire admettre aux viticulteurs qu’ils ne sont pas seuls à être possesseurs d’AOC mais qu’il y a aussi tous les agriculteurs dont les productions ont été reconnues par des décrets-lois depuis 1924. (ndlr. certaines ont été reconnues par décisions judiciaires).

 

  • Monsieur le ministre, je suis certain que les viticulteurs comprendront cette réalité. Mais, avant de nous présenter à Bruxelles, il est nécessaire de procéder à une réévaluation de toutes les appellations, y compris des appellations fromagères, car, sur la centaine qui existent, plusieurs ne constituent guère que des indications géographiques de provenance.

 

  • Monsieur le Président, une réévaluation est possible pour les productions relativement localisées, mais, en ce qui concerne les appellations fromagères, elle sera beaucoup moins aisée à obtenir, car bon nombre  d’entre elles sont gérées par des groupes industriels qui ont, en fait, plus de poids auprès du gouvernement et de Bruxelles que les producteurs de carotte de Créance.

 

  • Les appellations d’origine ont été créées par les agriculteurs et à leur demande ; vous vous souvenez qu’en 1935, ce sont les viticulteurs du Bordelais qui ont obtenu leurs AOC afin de protéger leur production face aux négociants qui mélangeaient allégrement bordeaux, côtesdu-rhône et vins d’Algérie. (ndlr. raccourci très pinchonien… il est alors encore un jeune président de l’INAO). Or, monsieur le Ministre, c’est pour défendre les intérêts des agriculteurs que nous allons nous battre à Bruxelles.

 

Je sais l’honnêteté et la fermeté d’Henri Nallet et je sens qu’il partage mes choix. Par ailleurs, la restructuration de l’INAO en trois secteurs que je mets en place, accroît notre efficacité et nous donne du poids auprès de Bruxelles. Aussi, après une bataille qui dure un an, nous obtenons la reconnaissance de nos AOC et surtout celle de la procédure qui les régit : ce sont bien les professionnels concernés, dans chaque pays de la Communauté, qui doivent rester responsables de leurs appellations d’origine. Il est inconcevable, en effet, qu’un Danois producteur de pommes de terre détermine dans quelles conditions doit être élaboré le roquefort ; de même il est exclu que soient uniformisées les règles concernant les appellations d’origine des vins de France, d’Italie, d’Espagne, du Portugal. Grâce à l’action de l’INAO et à la ténacité d’Henri Nallet, la Communauté européenne admet le principe que les appellations seront nationales, avec obligation d dépôt à Bruxelles, afin que soient évitées toute concurrence abusive et tromperie quant à l’origine effective et aux modes de production.

 

Ndlr. Là Jean Pinchon va plus vite que la musique, ce n’est qu’à partir de 1988, sous Nallet 2 ministre de l’agriculture de Rocard que la réforme des AOC et de l’INAO interviendra. Je le sais c’est Madame Bienaymé et ma pomme qui avons présenté le texte devant le Conseil d’Etat avant de le soumettre au vote du Parlement sous Louis Mermaz qui a succédé à Henri Nallet nommé Garde des Sceaux. La reconnaissance européenne interviendra ensuite sous présidence anglaise, émergeront alors les fameuse AOP-IGP, nos amis anglais ayant plus d’appétence pour la défense du droit des marques que de celle de l’origine. Ça ne change rien au fond puisque les interlocuteurs sont les même.

 

Détails : si Henri Nallet cite souvent la carotte de Créance dans ses propos c’est pour deux raisons, Thérèse Nallet est manchote (native de la Manche) et son mari projette de se présenter aux Législatives dans la Manche. En définitive, il se présentera dans l’Yonne dans la circonscription où se trouve Chablis, sera élu à la proportionnelle, et lorsqu’il redevient Ministre de l’Agriculture sous Rocard il organisera un sommet informel des Ministres de l’Agriculture, la France préside le Conseil des Ministres,  dans sa circonscription pour lancer le processus de reconnaissance des AOC par ce qui est encore la Communauté européenne. Du côté Pinchon, signalons qu’il est alors PDG des Caves de Roquefort et membre du Conseil d’Administration de Baron Philippe de Rothschild. Il est normand, président du Bureau du Calvados, éleveur de vaches charolaises à Epaignes dans l’Eure, le camembert du pays d’Auge est cher à son cœur.

 

« Hélas, ces sages dispositions, quelques années plus tard, seront abolies sous la pression des lobbies industriels… En tout cas, l’INAO, année après année, nous nous battons pour améliorer la qualité : par exemple celle de nos fromages comme le camembert du pays d’Auge, le cantal ou encore le comté dont les producteurs veillent à utiliser du lait non pasteurisé et collecté à moins de 25 km des fruitières habilitées. Nos trois comités – vins ; produits laitiers ; productions diverses comme la noix de Grenoble et celle du Périgord, le bœuf de Camargue ou le piment d’Espelette – jouent à plein leur rôle : ainsi les producteurs paimpolais peuvent défendre leur récolte face à un haricot espagnol vendu en Angleterre sous le nom de « véritable coco de Paimpol ». Le maire de Paimpol, qui se trouve être l’ancienne secrétaire de François Tanguy-Prigent, ministre socialiste de l’Agriculture de la Libération, me dit alors : « Comme François serait heureux s’il était encore là ! »

 

Voilà, c’est ça l’histoire et non les phantasmes de certains qui la réécrivent pour se draper dans la cape des chevaliers blancs des AOP fromagères au lait cru, c’est commode mais ça ne tient aucun compte de la réalité, de la dure réalité d’un camembert de Normandie AOP qui n’est plus produit que par 2 producteurs fermiers… Les moulinets, les signatures au bas d’une pétition c’est se donner bonne conscience à bon compte, le champ de bataille est ailleurs et se résume en une question simple : qui pilote la ferme France ?

« En ce qui concerne les appellations fromagères… bon nombre d’entre elles sont gérées par des groupes industriels qui ont plus de poids auprès du gouvernement et de Bruxelles que les producteurs de carotte de Créance. » Henri Nallet 1985
Histoire, Politique et …Camembert

 BERNARD RICHARD HISTORIEN 

 

ICI 

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6 juin 2018 3 06 /06 /juin /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H l’élection surprise de Michel Rocard, secrétaire-général du PSU, dans la 4ième  circonscription des Yvelines, où il bat l’ancien 1ier Ministre Maurice Couve de Murville, donne la première impulsion à la trajectoire de celui qui va devenir le chouchou des sondages. (113)

Tout le monde depuis son accession à l’Elysée se gargarisait de l’omniprésence du nouveau Président mais en cela, d’une manière directe, sans prendre de gant, il ne faisait que pousser à son terme la logique présidentielle de la Ve République voulue par de Gaulle : le Parlement c’était le honni régime des partis de la défunte IVe. Dans son bouquin, Le Mal Français, Alain Peyrefitte, relate un entretien avec Pompidou, où celui-ci lui confie « Société bloquée, nouvelle société... ce sont les dadas du Club Jean Moulin... La société n’existe pas, il n’y a que les individus et la France... Faire du neuf, on ne fait jamais du neuf ! Ce sont des fantasmes d’adolescents ou de romantiques ! Il n’y a jamais de pages blanches ! On doit se contenter de poursuivre une tapisserie entamée par d’autres et dont la trame nous est imposée... Le patron, c’est moi. Ce que le Général aura légué de meilleur en France c’est la prééminence du Président. Laisser le pouvoir suprême repasser la Seine, permettre que les grandes décisions qui commandent l’avenir se prennent à Matignon et non à l’Elysée, cela voudrait dire à brève échéance que l’Assemblée reprendrait le dessus. On reviendrait au régime des partis et à l’instabilité ministérielle. » On ne saurait être plus clair, les parlementaires godillots et les Ministres potiches ne datent pas d’aujourd’hui mais eu égard au poids de certains, Giscard tout particulièrement, un pacte de non-agression est conclu entre l’UDR et les RI. Dans ce paysage d’apparence pacifié l’élection surprise de Michel Rocard, secrétaire-général du PSU, dans la 4ième  circonscription des Yvelines, où il bat l’ancien 1ier Ministre Maurice Couve de Murville, donne la première impulsion à la trajectoire de celui qui va devenir le chouchou des sondages. En ce temps-là les challengers avaient de la moelle bien plus que les apparatchiks actuels, comme la vieille haridelle de Mélenchon ou le cul pincé de Benoît Hamon.

 

Pour bien s’imprégner du climat de cette période, où la Chambre introuvable issue du raz-de-marée de juin 68 ne représentait pas le pays réel mais était, selon Pompidou, un ramassis « d’attitudes mesquines et partisanes, prônant une politique d’ordre moral », il faut insister sur l’omnipotence du couple PC-CGT face au pouvoir. La gauche non-communiste est en miettes et les groupuscules gauchistes ne sont que des frelons que Marcellin attise pour placer ce couple dans une situation ambiguë face à ce que tout le monde appelle encore la classe ouvrière. Pompidou le sait « Notre tâche est de faire tomber le parti communiste dans le trou chaque fois qu’il fait une gaffe. La CGT et le PC avancent lorsqu’ils sentent du mou. Il est inutile d’être aimable avec eux, cela ne sert à rien. Cela conduit à Prague. Le 29 mai 1968, le PC n’est pas allé plus loin parce qu’il savait qu’il y avait les chars devant lui. S’il avait continué, il y aurait eu quarante morts. Je vous garantis que cela se serait passé comme cela » confie-t-il à Raymond Tournoux. Les chars sur la place de la Concorde ce n’était pas, en ces années tristes 69-70, un phantasme mais une idée bien ancrée dans la classe politique non-communiste : en mai 1981 ils seront nombreux à boucler leurs valises pour fuir vers la Suisse face à l’imminence de l’arrivée des chars du Pacte de Varsovie sur cette place-clé. La droite française ne s’est jamais caractérisée par sa finesse et son intelligence stratégique, Mitterrand saura en jouer à merveille pour prendre Marchais à son propre piège.

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6 juin 2018 3 06 /06 /juin /2018 06:00
Ce n’est pas du Bordeaux Bashing « Printemps noir à Bordeaux » « Les gros barons du vin des Chartrons se faisaient faire sur mesure leurs costumes à Saville Row »

« Bordeaux est une ville, extrêmement compartimentée. »

 

« Que répondre ? Que les Bordelais, tout au moins ceux qui appartiennent aux classes aisées, après des siècles de haute bourgeoisie et de bonne éducation, ne sont plus gascons ? Que Bordeaux est un anti-Paris, satisfait, content de soi, conscient de sa supériorité morale, et pourtant jaloux de la capitale ? Qu’il s’agissait du premier avant-poste, de la première colonie, de l’Empire anglais, qu’on s’y sent loin de la France, que… Toutes ces réflexions qu’il s’était faites si souvent lui paraissaient soudain ridicules, et en tout cas impossibles à verbaliser. »

 

« La lumière baissait, et le grès jaune dont Bordeaux est principalement construit prenait une teinte lépreuse… »

 

« Il prit la direction du fleuve qui, son père le lui avait souvent répété, avait fait de Bordeaux la ville qu’elle était, pas une banale ville française de province, autosuffisante et contente d’elle-même, mais une ville qui regardait vers l’ouest, vers le vaste monde. »Cela dit, avait ajouté son père d’un ton de regret, je dois admettre qu’il existe peu de gens aussi contents d’eux que les Bordelais que nous sommes et, s’il en existe, je n’ai pas envie de les connaître. »

 

« À vrai dire, c’était le genre de manteau* qu’aurait pu porter un des barons du vin du quartier des Chartrons – mais un baron de deuxième catégorie. Les gros barons, il le supposait, allaient à Londres se faire faire leurs manteaux et leurs costumes sur mesure. À Saville Row, c’était bien ça. »

 

Il était « thorn proof » = résistant aux épines littéralement

 

« La rue d’Aviau était l’une des rues les plus respectables de la ville – une des « meilleures adresses », comme on dit – une forteresse de la haute bourgeoisie et des gens qui, selon l’expression avaient « des noms avec des poignées ». En cet instant, elle était déserte. L’alignement de façades blanches excluait les passants. Chaque maison était une citadelle close, ne fournissant aucun renseignement aux curieux, tout en invitant à des spéculations sur la vie – ou plutôt sur l’absence de vie, pensait-il – menée à l’intérieur. »

 

« Lannes… tourna dans le cours Clémenceau puis prit les allées de Tourny. Stendhal avait écrit il ne savait pas où que nulle part en France, il ne connaissait une aussi belle rue. »

 

« … il avait pris un seul verre de vin blanc, un graves. Il plaisantait toujours là-dessus – une plaisanterie anglaise. Je lis l’anglais, évidemment, à cause de ma mère, et il y a un vers du poète Byron – « only sextons drink Graves », c’est un jeu de mots, parce que les sextons,  ce sont les fossoyeurs, vous voyez. 

 

Littéralement : « seuls les fossoyeurs boivent du Graves ». Mais en anglais « only sextons drink Graves » signifie « seuls les fossoyeurs creusent les tombes. »

 

« Fernand suggéra le carré d’agneau, et un pâté de foie gras en entrée…

« Il est aussi bon qu’à Strasbourg, dit-il à Schnyder. C’est  une grande occasion, votre premier déjeuner à Bordeaux. Alors vous allez prendre une bouteille de Cheval Blanc 28. Offerte par la maison, pour fêter votre arrivée. De plus, les choses étant ce qu’elles sont, il me tarde que mon meilleur vin soit bu. Ce qui ne sera pas bu devra être enterré. »

 

« Aujourd’hui, dit Fernand, je recommande le lièvre, du lièvre de montagne, mariné dans du vin rouge et des baies de genièvre, c’est délicieux. Le plat préféré de mon grand-père, cuisiné selon sa recette. Pour aller avec, un solide cru bourgeois de saint-émilion. »

 

« Du perdreau aux choux rouges, annonça Fernand. Ne me demandez pas comment je les ai eus. Et un bon saint-émilion ça vous va ?

 

« Ils étaient en train de manger le perdreau aux choux rouges, aussi succulent que Fernand l’avait promis, et de boire leur deuxième bouteille de clairet. »

 

« Ils déjeunaient chez Fernand, un foie de veau accompagné d’oignons et de pommes de terre frites, et d’une bouteille de médoc. »

 

C’est un anglais Allan Massie qui signe une enquête policière diabolique Printemps noir sur fond de drôle de guerre et d'Occupation du Bordeaux d’Adrien Marquet maire socialo qui tombera collabo, ministre de l’Intérieur du Maréchal nous voilà.

 

 

Né en 1938 à Singapour mais élevé en Écosse, Allan Massie fait de brillantes études à l'Université de Cambridge avant de devenir l'un des écrivains britanniques les plus remarqués de sa génération.

 

Auteur de plusieurs romans sur l'Antiquité romaine, il a évoqué le XXe siècle dans trois grands romans publiés aux Editions de Fallois : Les Ombres de l'Empire, L'Honneur d'un homme et Les Sacrifiés.

« C'est un insoutenable compte à rebours. Printemps noir commence en mars 1940 et l'on peut bien savoir, avec certitude, que cette histoire va mal finir. Les surhommes casqués du Reich nazi sont massés à la frontière de la France et à Bordeaux, un avocat a été retrouvé assassiné, affreusement mutilé. «Des brutes dégoûtantes», souffle un policier.

 

Chargé de l'enquête, le commissaire Lannes est doublement tourmenté. Son fils aîné Dominique attend l'offensive allemande, terré ... »

 

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5 juin 2018 2 05 /06 /juin /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H Marie-France Garaud, jeune et ambitieuse avocate, qui avait gagné la confiance de Pompidou en démêlant l’imbroglio de l’affaire Markovic (112)

L’UDR se taillait la part du lion dans le gouvernement Chaban : 27 maroquins – Union pour la Défense de la République, rien que ça – première déclinaison depuis la création en octobre 1958 d’un réel parti gaulliste : l’UNR héritière du feu RPF, ce dont se souviendra Jacques Chirac lors de son OPA sur la vieille maison après son coup de poignard dans le dos de Chaban en 1974 en créant le RPR habile fusion du vieux fonds de commerce gaulliste et de l’appareil verrouillant la mainmise du parti dominant sur la République. Trois Ministres d’État : l’amer Michel Debré à la Défense, le mystique Edmond Michelet aux Affaires Culturelles – on était loin des paillettes et des affaires – et l’apparatchik Roger Frey au poste clé des Relations avec le Parlement. Les centristes ralliés à Pompidou, comme toujours, jouaient les paillassons : René Pleven à la Justice, Jacques Duhamel à l’Agriculture et Joseph Fontanet au Travail. Ce ne sont pas eux qui troubleront les nuits du madré de Montboudif alors qu’en revanche le retour du déplumé de Chamalières, encore jeune et fringant, Giscard dit d’Estaing – la saillie pince-sans-rire du Général, à propos de l’annexion en 1922 du noble patronyme de d’Estaing par Edmond Giscard, lorsque le Ministre des Finances voulut que son nom, à l’instar de celui du père Pinay, soit donné à l’emprunt qu’il allait mettre en œuvre : « Vous avez raison, Giscard cela fera un joli nom d’emprunt » - ne l’enchantait guère. Il voulait Pinay au Finances et Giscard à l’Éducation pour remettre de l’ordre dans le « bordel » initié par Edgard Faure – ce dernier étant le sacrifié du nouveau régime – mais le rentier de Saint Chamond refusa car il voulait avoir les mains libres pour purger les effets sociaux des accords de Grenelle post-soixante-huitard. Georges Pompidou avait toujours en travers de la gorge, les « cactus », le « oui mais », et l’attitude de Giscard à son égard en mai 68, mais comme celui-ci l’a appuyé de manière décisive contre Poher, son entrée au gouvernement était évidente. Le maintien de Marcellin le pétainiste à l’Intérieur, étiqueté RI mais hostile au « modernisme » de Giscard, marquait la volonté de Pompidou de garder la haute main sur le Ministère de l’ordre et des élections. Les ambitions du maire de Chamalières, mijotées dans l’ombre par son porte-flingue Michel Poniatowski étaient trop voyantes pour ne pas être surveillées comme du lait sur le feu.

 

Pompidou ne s’en tenait pas qu’au verrouillage du gouvernement Chaban, il bouleversait aussi l’organigramme de l’Elysée en mettant fin à la dualité Secrétariat-Général et Cabinet, le premier absorbait le second. Sous de Gaulle, dans l’ombre, le Secrétaire-Général, jouait un rôle capital. Interlocuteur privilégié du chef de l’Etat il était le seul membre de l’équipe à pouvoir entrer à tout moment dans le bureau présidentiel. Le nouveau Secrétaire-Général était l’énigmatique Michel Jobert flanqué d’un adjoint le byzantin Edouard Balladur. Très vite la césure entre la tendance « rive gauche » décidée à donner ses chances à la « nouvelle société », et la tendance « rive droite » résolue à avoir la tête du folâtre Chaban, se dessinait dans l’entourage de Pompidou. L’ancien mendésiste Jobert, sincèrement européen, qui, selon Viansson-Ponté, « est le personnage le plus important de l’Elysée soutiendra loyalement les thèmes progressistes du chef du gouvernement. Balladur, « solide, subtil, distant, rapide » selon Jobert, dévoué à Georges Pompidou, même s’il jugeait aventureux certains projets de Chaban, fera preuve à son égard d’une grande correction. L’autre tendance est emmenée par un personnage qui cultivait son image de la droite France profonde, ultranationaliste : Pierre Juillet. Il était chargé de mission et flanqué de la redoutable Marie-France Garaud, jeune et ambitieuse avocate, qui avait gagné la confiance de Pompidou en démêlant l’imbroglio de l’affaire Markovic. C’était une passionnée, directe, cynique, qui gardait un chien de sa chienne à Chaban car celui-ci l’avait éconduit sèchement lorsqu’elle postulait à son cabinet de la Présidence de l’Assemblée. Impitoyable, bluffeuse, elle allait de suite tout tenter pour nuire au chef du gouvernement. En marge, à côté de ce beau monde, le très fameux secrétariat général pour les affaires africaines et malgaches tenu par le redouté taulier Jacques Foccart dont les fonctions officieuses couvraient un large champ dans le marigot gaulliste où se mêlaient les services secrets, les barbouzards, les affairistes et tout un petit monde interlope où je nageais comme un poisson dans l’eau.

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5 juin 2018 2 05 /06 /juin /2018 06:00
Claire Naudin Mon duo préféré, à Villars-Fontaine ce matin : Orchis - fraise... Et bien sûr, j'ai savouré tout ce qui était mûr !!!

Claire Naudin Mon duo préféré, à Villars-Fontaine ce matin : Orchis - fraise... Et bien sûr, j'ai savouré tout ce qui était mûr !!!

Les journalistes aiment les gros titres, ceux qui peuvent drainer le bon peuple, le faire s’effarer face aux envahisseurs qui mettent la main sur nos beaux terroirs de vigne, leur faire regretter de ne plus pouvoir licher  à bon prix les GCC et les pépites bourguignonnes.

 

Le très sérieux journal Les Échos propriété de Bernard Arnault s’interroge :

 

« L'année a été marquée par quelques transactions record de domaines viticoles : 280 millions d'euros pour le Clos de Tart en Bourgogne, 178 millions d'euros pour le  Château Troplong-Mondot dans le Bordelais, entre 45 et 55 millions d'euros pour le Château de Nalys à Châteauneuf-du-Pape, entre 12 et 14 millions pour le Clos Rougeard dans la Vallée de la Loire...

 

Les prix du foncier viticole français sont-ils en train de s'enflammer ?

 

« En tout, le vignoble français représente 700.000 hectares et chaque année environ 2 % à 3 % des surfaces changent de main, soit environ 500 ventes de propriétés.

 

« 85 % du vignoble n'est pas cher et se négocie entre 18.000 et 22.000 euros par hectare avec une valeur moyenne légèrement au-dessus de 20.000 euros » relativise Michel Veyrier, fondateur du réseau Vinea Transaction.

 

« Et le prix des appellations génériques est relativement stable dans le temps » ajoute-t-il. Les ventes de crus et de vignes aux belles étiquettes ne représentent que 15 % du marché en volume, selon lui.

 

« Quant aux quelques transactions à plusieurs dizaines de millions d'euros, elles représentent à peine 1 % des ventes annuelles en volume » poursuit-il. « La valeur du foncier de ces crus augmente chaque année. Les prix ont été multipliés par 10 à 20 depuis 1990 pour certains des meilleurs crus ».

 

Volumes et prix à la hausse

 

« Si on prend la valeur totale des ventes de domaines viticoles sur un an, la hausse est spectaculaire : +60 % pour atteindre 1,3 milliard d'euros. Un bond qui s'explique en grande partie par quelques ventes exceptionnelles. « Les 10 ventes les plus onéreuses représentent 31 % de la valeur totale du marché. Mais même sans elles, la valeur du marché reste orientée à la hausse » soulignent les sociétés d'aménagement foncier et d'établissement rural (Safer). Les surfaces échangées également sont au plus haut depuis 25 ans (16.900 hectares) »

 

La suite ICI 

 

La Chine s’éprend des vins de Bourgogne titre Le Monde

 

« Avant on ne connaissait que le bordeaux »

 

La Bourgogne, c’est la nouvelle histoire d’amour de l’amateur chinois, qui fut initié au vin avec les tannins bordelais et qui est désormais en quête de nouveauté. « C’est très clair depuis le début du salon : ce qui attire cette année, ce sont les étiquettes et les appellations bourguignonnes », observe Fanny de Kepper, directrice commerciale des Vignes Olivier Decelle.

 

« Avant on ne connaissait que le bordeaux. A présent, mes clients aiment la pureté du vin de Bourgogne », note Zhao Jun, pour qui la simplicité des cépages (pinot noir et chardonnay) compense un peu la complexité des 1 247 « climats » (parcelles). « Quand j’ai fait mon tout premier voyage en Chine, en 1998, le marché était quasi inexistant. D’ici trois ans, la Chine devrait devenir le second marché mondial, derrière les Etats-Unis. Et même si Bordeaux domine largement, les vins de Bourgogne connaissent un véritable engouement », confirme Guillaume Deglise, le directeur de Vinexpo.

 

Une autre tendance de fond profite à la Bourgogne. « Les femmes chinoises se mettent au vin et, à la différence des hommes, elles aiment le blanc. Or la Bourgogne produit 60 % de vins blancs », souligne Thibault Gagey, fils du propriétaire de la Maison Louis Jadot, Pierre-Henry Gagey. Il s’inquiète toutefois de l’effet aggravant que cet enthousiasme chinois risque d’avoir sur les prix, qui ont déjà atteint des records historiques du fait de petites récoltes et d’excellents millésimes.

 

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4 juin 2018 1 04 /06 /juin /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H Dans l’entourage du maire de Bordeaux les mendésistes François Bloch-Lainé et Simon Nora, le syndicaliste CFDT Jacques Delors témoignaient de ce souci d’ouverture (111)

Chloé accepta d’accompagner Benoît à Berlin, elle trouvait son plan assez minable mais faisait contre mauvaise fortune bon cœur en comprenant qu’il n’était pas possible de faire une omelette sans casser des œufs. Tout se passa comme prévu sauf que les guetteurs pris d’une trouille prémonitoire se tirèrent avant même que les bourres n’interviennent. Marcellin furax passa un savon aux chefs mais empocha les dividendes de l’opération en exhibant auprès de journalistes triés sur le volet les tracts de la GP trouvés sur place. La presse de gauche cria à la manipulation et la Cause du Peuple publia un texte tellement obscur et embrouillé sur l’affaire que cela eut pour effet d’accréditer la version de Marcellin tout en jetant un profond trouble jusque dans son état-major : les soupçons de traîtrise pourrirent plus encore les débats et surtout paralysèrent toutes nouvelles tentatives de financement de l’armement des masses par des coups de mains audacieux. Les délices des débats, fumeux et interminables, et la cascade des autocritiques permirent à Benoît de jouer sa carte allemande sans aucun risque. Restait à traiter son cher Ministre : allait-il le laisser tomber sans un mot d’explication ou bien serait-il de meilleure politique de lui vendre une version enluminée de son périple européen ? De toute façon Benoît ne pouvait échapper à l’explication que Chalandon avait souhaitée sur le tarmac de Villacoublay. Tout ce que Benoît avait réussi à obtenir, en prétextant des problèmes de santé, ce fut un délai. Chloé lui sauva la mise en le voyant préoccupé « Dit lui que nous partons en voyage de noces, je suis certaine qu’il n’y verra rien à redire... » C’est qu’il fit le soir même. Le bel Albin peu convaincu sourit mais sa bonne éducation lui interdit de le soumettre à la question. Ses relations avec Marcellin le préoccupaient manifestement plus que la situation matrimoniale de Benoît qui fit long mais simple en mettant en avant sa relation privilégiée avec le père de Marie, grand ami de madame Pompe, pour lui expliquer qu’il lui servais d’intermédiaire auprès du Ministre de l’Intérieur depuis l’affaire Markovic dans laquelle il s’était beaucoup impliqué pour défendre l’honneur de Claude Pompidou. La stature de l’homme impressionnait manifestement son cher Ministre qui écouta son récit sans l’interrompre. En le raccompagnant à la porte de son bureau, avec un large sourire il lui dit « Je vous fais porter un cadeau de mariage dès demain matin... » L’archange Gabriel, qui pointa son museau dans l’antichambre, se crut obligé de présenter à Benoît ses félicitations ce qui lui valut l’ironie de son cher Ministre « Vous devriez prendre de la graine Gabriel, célibataire à votre âge ça fait jaser... »

 

En remettant son ouvrage sur le métier Benoît prenait conscience que la toile de fond politique des années Pompidou, ce septennat étrange où l’héritage de l’homme du 18 juin, parti en une retraite hautaine et désabusée à Colombey puis en Irlande, venait d’être recueilli par l’homme qui avait tué le père. Légitime certes, mais comme l’avait mis crument en lumière l’affaire Markovic Georges Pompidou n’était pas considéré par beaucoup de grognards du gaullisme, les fameux barons, comme un homme susceptible de perpétuer l’œuvre du Général. La désignation de Chaban-Delmas au poste de 1ier Ministre répondait donc au souci du normalien de Montboudif, à la fois de rassurer ces derniers, tout en affichant une volonté de dialogue avec des personnalités de droite jusqu’ici opposées au régime. Dans l’entourage du maire de Bordeaux les mendésistes François Bloch-Lainé et Simon Nora, le syndicaliste CFDT Jacques Delors témoignaient de ce souci d’ouverture. Mais, il ne faut pas se laisser leurrer par ces affichages dès les premiers jours du septennat, entre un Pompidou très attaché à la primauté absolue du Chef de l’État et un Chaban modelé par les jeux subtils de la IVe la ligne de fracture se dessinait.

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4 juin 2018 1 04 /06 /juin /2018 06:00
Les mariés ne m’ont pas invité au vin d’honneur du mariage des Achards

« 2 OUI pour 1 NOM » me dit-on.

 

Pour moi, à l’annonce de ce mariage, ce fut un choc !

 

Je perdais d’un coup un bout de mon identité.

 

Sur mes papiers, vous savez : nom, prénom, date et lieu de naissance, les yeux fermés j’écrivais : né à la Mothe-Achard.

 

Et puis, voilà t’y pas que les élus ont décidé de la fusion de la Mothe-Achard et de la Chapelle-Achard pour donner naissance à une commune nouvelle :

 

« LES ACHARDS ».

 

Et maintenant que vais-je faire ?

 

Je suis perdu, dépossédé de mon lieu de naissance : le Bourg-Pailler à la Mothe-Achard.

 

Est-ce bien un mariage entre égaux ?

 

Je m’explique :

 

La Mothe-Achard c’était de mon temps un chef-lieu de canton : 2940 habitants, un canton dont faisait partie sa petite voisine La Chapelle-Achard : 1995 habitants. Pour la famille Berthomeau les liens entre les deux communes existaient déjà depuis que mon père Arsène, né à Saint-Georges de Pointindoux, avait épousé Berthe Gravouil, né à la Chapelle-Achard.

 

Mon frère Alain et ma sœur Marie-Thérèse sont nés à la Célinière commune de Saint-Georges-de-Pointindoux. Je suis le seul enfant de la famille né à la Mothe-Achard, ça me donne des droits tout de même.

 

Quelques repères géographiques : le Bourg-Pailler où je suis né est situé à l’entrée du bourg au bord de la nationale venant de la Roche-sur-Yon (depuis la déviation c’est le silence) pour aller aux Sables d’Olonne à gauche ou à Saint-Gilles-Croix-de-Vie à droite. L’été nous comptions les voitures des estivants.

 

La caractéristique du bourg de la Mothe-Achard c’est d’être collé à deux communes : celle de Saint-Georges-de-Pointindoux, la frontière étant la rivière l’Auzance, et la Chapelle-Achard, la frontière se situant juste après la gare SNCF.

 

 

Nous montions à la gare, passions devant la villa des Troussicot, y’avait même un feu d’artifice le 14 juillet à la gare, pour aller voir le pépé et la mémé Gravouil qui tenaient un magasin de tissus et d’épicerie dans le bourg  de la Chapelle-Achard. Le pépé avait une C4 pour aller vendre ses marchandises, toujours malade il buvait de l’eau de Vichy – c’est chez lui que j’ai expérimenté le cocktail eau de Vichy-Vin rouge du pépé – la mémé était fâchée avec la moitié de sa famille, les repas de famille tournaient autour des bisbilles pour des bouts de champs. C’est à la Chapelle-Achard que j’ai lu mes premiers Tintin.

Bref, pour moi la Chapelle-Achard c’était le bled !

 

Je suis assez vénère car Les Achards c’est une commune nouvelle depuis le 1 janvier 2017, il y a eu fusion.

 

Exit La Mothe-Achard !

 

D’un trait de plume toute une histoire pour ce nom est jetée à l’Auzance : à l'origine c’est une motte féodale ancêtre du château fort où règne un seigneur Achard (nom d'origine germanique, Akard) a donné son nom à ce lieu.

 

Au XVe siècle, elle s’est appelée « Brandois » est rattachée à la vicomté de Thouars qui appartient alors à la famille d'Amboise. Le château de Brandois, datant de la fin du XIXe siècle, qui fut le siège de l’école d’agriculture où j’ai fait mes études secondaires. C’est dans ce château, où se situait l’infirmerie de l’école, que j’ai eu la seule grippe de ma vie et que l’aumônier qui logeait lui aussi au château m’a convaincu de préparer l’ENA.

 

 

L’honneur est sauf puisque la mairie des Achards est bien sûr située à la Mothe-Achard ; ça fait 1 maire et deux maires délégués.

 

Il a fallu du temps pour y arriver : « un premier projet de fusion entre plusieurs communes du Pays-des-Achards est esquissé au printemps 2015. En effet, alors que les débats sur le projet de loi portant nouvelle organisation territoriale de la République (Notre) portent sur une élévation du seuil des 20 000 habitants pour les intercommunalités à fiscalité propre, les élus de la communauté de communes réfléchissent à la création d’une commune nouvelle avant le 1er janvier 2017, en anticipant la fusion du territoire (19 401 habitants en 20126) avec le Talmondais et le Pays-Moutierrois. Toutefois, la commune nouvelle et son périmètre de six communes — La Chapelle-Achard, La Chapelle-Hermier, La Mothe-Achard, Martinet, Saint-Georges-de-Pointindoux et Saint-Julien-des-Landes — sont remis en cause à l’automne après l’adoption de la loi NOTRe, alors qu’une fusion de la communauté de communes du Pays-des-Achards avec d’autres n’est plus obligatoire8.

 

Néanmoins, les trois municipalités à l’origine du premier projet de fusion, c’est-à-dire La Chapelle-Achard, La Mothe-Achard et Saint-Georges-de-Pointindoux, songent de nouveau à une commune nouvelle au printemps 2016. En septembre, la fusion est actée, mais sans la commune de Saint-Georges-de-Pointindoux. Le 30 septembre 2016, l’arrêté portant création de la commune au 1er janvier 2017 est officiellement signé par le préfet de la Vendée et par Estelle Grelier, secrétaire d’État chargée des Collectivités territoriales, présente pour l’occasion à La Chapelle-Achard. »

 

Il reste un Berthomeau à l’ex-Mothe-Achard : mon frère Alain maître du Bourg-Pailler.

 

Et le 2 juin dernier ce fut enfin la fête. Ils ne m’ont pas invité. Poirot va être vénère lui non plus.

 

« Les faire-parts ont été envoyés dans tous les foyers de la communauté de communes. Tous les habitants, leurs familles et amis, sont donc conviés à fêter cet événement unique en France.

 

Les Mariés, témoins, garçons et filles d’honneur se retrouveront Place de l’Eglise, quartier de la Chapelle Achard, à partir de 15h30.

 

À 16h, ils prendront place à bord des véhicules anciens qui formeront un cortège pour rejoindre le lieu de la cérémonie.

 

À 16h30, Place de l’hôtel de ville, quartier de la Mothe Achard, le cortège sera accueilli par le maire, les 2 maires délégués et les invités.

 

La cérémonie pourra alors commencer, animé par Jean Robert !

 

À 17h, le cortège, précédé d’une animation guinguette, se dirigera à pied, vers Bibrou.

 

De 18h à 19h, le vin d’honneur sera servi aux convives

 

Des animations sont prévues pour les parents et les enfants

 

À partir de 19h30, les invités pourront profiter du repas champêtre (réservation avant le 31/05 midi)

 

À partir de 21h/21h30,  le groupe SHLAPS animera la soirée, accessible à tous, jusqu’à 1h du matin.

 

À 23h30, le feu d’artifice, signé Jacques Couturier, sera tiré sur le plan d’eau, suivi de la fameuse danse de la Brioche Vendéenne

 

MENU (réservation obligatoire avant le 31 mai) :

 

Salade paysanne (Gésiers, salade verte, lardons, tomates, œuf, pomme de terre, croûtons)

 

Cochon grillé à la broche avec pommes de terre grenaille rissolée et mogettes vendéennes

 

Flan maraîchin

 

Réservez dès maintenant votre repas pour cet événement unique en France !

 

Voilà une page tournée, merci à Aredius 44 de m’avoir informé, HPT lui est resté muet.

 

Enfin, c’est sans doute un signe du destin, vendredi en revenant de chez mon médecin je suis passé à pied rue Mouton-Duvernet et je suis entré dans une fromagerie.

 

Là, que vois-je ?

 

Une gâche vendéenne ?

 

Je demande à la Taulière : « elle vient d’où ? »

 

Réponse : « Je ne sais pas… »

 

Nous zieutons la poche : « L.F.D. La Mothe-Achard »

 

La Fournée dorée 

 

 

J’ai acheté. Par pure charité je ne ferai aucun commentaire de dégustation. Mémé Marie aurait prié la Sainte-Vierge face à ce désastre.

 

Vendée: Témoins, houx, danse de la brioche... Le «vrai-faux» mariage de deux communes

 

ICI 

 

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