Dimanche 16 septembre 2012 7 16 /09 /Sep /2012 08:00

Je signale aux nouveaux entrants sur cette page que, ce qui suis, est pure fiction, un petit roman en ligne commencé depuis l'origine de ce blog et publié le dimanche. Il ne s'agit pas d'une autobiographie et le héros s'exprime en son propre nom. Merci de ne pas en faire un autre usage.

Mes interlocuteurs, des jeunes populaires, venaient de boire avec délice les envolées poétiques d’un Henri Guaino plutôt à l'aise en jean et chemise rose à la tribune, contemplant ses feuilles A4 où s'étalait sa large écriture manuscrite en bleu outremer. L'ancien nègre du petit Nicolas s’était fait lyrique : «Jeunesse de France ! Jeunesse !», clamait-t-il, avant d’évoquer l'héritage de mai 68 «ces révoltés qui sont devenus les bourgeois les plus cyniques», plaçait comme de coutumes ses multiples références de fort en thème. Malraux et son discours de 1969 - «l'humanité n'en est pas à une barricade près» - tout en se référant à l’un de ses multiples maîtres : Charles Pasqua dont il imitait l’accent corse et gouailleur. Pitoyable, mais je me gardais bien de laisser paraître mon peu de goût pour ce type prêt à tout pour continuer d’exister, et je me laissais bercer par son lyrisme outrancier «Si être pour la justice sociale, c'est être de gauche, alors je suis de gauche ! Si être pour l'ordre et l'autorité, c'est être de droite alors je suis de droite !», assénait-t-il. Les gamins et gamines propres sur eux se gondolaient. Pour faire bon poids, face à ces petits ignares qui, comme l’un des roquets de Nicolas Frédéric Lefèvre, pensaient que Zadig&Voltaire étaient de grands écrivains, il poursuivait en lisant une strophe entière du poème l'Ennemi tiré des «Fleurs du mal», de Charles Baudelaire, avant de clore son envolée par ses mots : «C'est ça, la civilisation. Apprendre quand on est jeunes des poèmes qui aideront à vivre quand on sera vieux». A l'applaudimètre, le nouveau candidat battait sans conteste le peu chaleureux Bruno Le Maire. Son petit intermède poétique semblait avoir fait mouche. «C'est sûr, on apprend des trucs dans ses discours. C'est profond ce qu'il dit. C'est pas de la politique politicienne», assurait mon jeune voisin à la table du déjeuner. «On a l'impression d'entendre Sarkozy !», lançait Franck, jeune pop' de l'Aude.

 

Même si je m’étais sapé comme il sied à un militant UMP des beaux quartiers il n’empêche que je faisais un peu tache au beau milieu de ce joli et jeune monde qui ne s’approvisionnait pas au Monop de NAP. Pour m’insérer je me contentais de sourire à une charmante petite blonde qui passait son temps à pianoter sur son Iphone. Manifestement elle s’emmerdait grave. Fin psychologue je m’aperçus qu’elle était la compagne d’un gommeux très vindicatif qui semblait vouloir calquer sa gestuelle sur celle du petit agité renvoyé. Son jeu d’épaules était remarquable, il s’accompagnait de mimiques désabusées ponctuant des saillies proférées dans le même français approximatif que son mentor. Je changeais de tactique, à chaque fois qu’elle levait le nez de son écran j’affichais l’air las de celui qui, comme elle, goûtait assez peu la conversation des jeunes pop ‘. Mon petit manège portait ses fruits car la donzelle, à plusieurs reprises, me souriait. Lorsque son boy friend montait en régime elle soupirait carrément en haussant les épaules. J’opinais discrètement. Elle se retenait de pouffer de rire. Alors, à la grande surprise de la pouponnière sarkozyste j’attaquais en rase campagne « Comment notre président a-t-il pu confier le portefeuille de la Défense à un Hervé Morin ? Moi qui suis un héritier de la pensée du Général, pensez-donc j’ai défilé sur les Champs en 68 pour protester contre la chienlit et renvoyer la racaille gauchiste à ses débats fumeux, je ne comprends pas ce choix. Les centristes sont des couilles molles et ce Morin un j’en foutre ! » Mes interlocuteurs étaient médusés et tétanisés. Que me répondre ? Aller dans mon sens c’était d’une certaine manière mettre en doute l’infaillibilité de Nicolas 1er. Nul n’osait s’aventurer sur ce terrain mouvant. Le mime agitait ses petites mains mais restait coi. Et c’est alors qu’une petite voix flutée s’élevait « Comme le dit mon père : Morin est aussi con que ses bourrins ! » J’approuvais bruyamment la petite blonde, car c’était elle qui venait de faire cette saillie, en qualifiant de plus le maire d’Epaignes de traître. Mes interlocuteurs approuvaient. L’agité-bis, stupéfait de la prise de parole de sa dulcinée, se dandinait d’une fesse sur l’autre, avant de proférer une grossièreté « Jeanne-Marie, ne t’en déplaise, ton père est aussi un sombre con... »

 

La petite ne bronchait pas. Je me retenais de foutre ma main sur la gueule du jeune con me contentant de regretter que les bonnes manières se perdaient et de lever le camp d’un air méprisant. Ce petit intermède m’avait mis en forme et je projetais de filer à l’anglaise pour reprendre au plus tôt la route de Paris. Qu’est-ce que j’étais venu faire à Deauville moi qui déteste tant cette ville où tout le Sentier prend ses quartiers. « Vous rentrez à Paris ? » Derrière moi la petite voix flutée de Jeanne-Marie me prenait de court. Que lui répondre ? Elle se portait à mon côté et passait son bras sous le mien. « N’ayez pas peur je ne vais pas vous demander de me violer même si j’en ai très envie. Que voulez-vous pour une fois que je tombe sur un vrai mec ça me donne des fourmis dans mon calcif... » J’en restais pantois. Jeanne-Marie enchainait sans attendre « Vous avez vu la tronche de ces jeunes cons. Des lopettes, tous sans exception. Hector, mon officiel, il a une petite bite et c’est un éjaculateur précoce. Je sors avec parce qu’il est plein aux as et que moi je suis un peu raide vu que mon très cher père a été un peu ratissé par la crise. Bien sûr, nous ne sommes pas sur la paille mais la terre ça ne rapporte pas lerche. Je parle, je parle, mais je ne vous ai même pas demandé votre prénom. Je vous trouve super classe. Franchement j’aimerais bien vous accrocher à mon tableau de chasse... » Elle me plaisait bien la Jeanne-Marie dont je tairais le patronyme pour ne pas lui attirer des ennuis. Je lui fourguai l’une de mes nombreuses identités avant de l’embarquer dans ma voiture de location dont j’ignorais la marque. Nous somme allés à Trouville prendre un café. La petite continua son travail de sape. Pour lui faire plaisir je lui racontai mes aventures à Berlin-Est. Elle était scotchée. Après une longue promenade sur la plage nous sommes allés manger des glaces. Jeanne-Marie fronçait les sourcils « Franchement je ne vous trouve pas la gueule d’un mec de l’UMP, vous me paraissez être un aventurier et moi je rêve de me faire sauter par un type comme vous...

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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