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17 octobre 2015 6 17 /10 /octobre /2015 06:00
Pouvoir et limites de la paperasse : « Nous avons en France une maladie qui fait bien des ravages ; cette maladie s’appelle la bureaumanie. »

Hier, je vous comptais le dernier avatar de la bureaucratie viticole : le contrôle des plantations voulu par le peuple des vignerons dit-on. Mais, nos nouveaux bureaucrates, lassés d’être accusés de n’être que des paperassiers, ont trouvé la parade : la dématérialisation.

 

Est-ce pour autant la fin de la bureaucratie même rebaptisée technocratie?

 

En 1788, dans son Tableau de Paris, Louis-Sébastien Mercier, chroniqueur de la vie et des lettres parisiennes, définissait ainsi « la bureaucratie » :

 

« Mot créé de nos jours pour désigner, d’une manière concise et énergique, ce pouvoir étendu de simples commis qui, dans les différents bureaux su ministère, font passer une multitude de projets qu’ils forgent, qu’ils trouvent le plus souvent dans la poussière des bureaux, ou qu’ils protègent par goût ou par manie. » Ces hommes, ajoute-t-il, « sont d’autant plus forts avec leur plume, qu’ils sont toujours derrière la toile. » Dans un autre article il estimait la nation menacée par « une race innombrable de tailleurs de plumes, chiffrant, calculant, faisant la ronde et de la bâtarde ». Qu’aurait pensé Charlemagne de ce « régiment de griffonneurs qui immortaliseraient un paiement de douze sols, qui constateraient l’entrée d’un lapin, et qui, à l’apparition d’une bouteille de vin, signeraient le reçu du droit royal avec la date du lieu, du jour et le paraphe. »

 

« Le mot « bureaucratie » apparut pour la première fois dans une édition de la Correspondance Littéraire, la revue bimensuelle de politique, des arts et des lettres animée par Frédéric Melchior, baron de Grimm et dont certains des abonnés comptaient parmi les plus puissants d’Europe.

 

Célébrant les avancées récentes dans la libéralisation du commerce du blé, l’auteur profita de l’occasion pour rendre hommage à la mémoire de feu Vincent de Gournay, l’inspirateur de Turgot et de l’école physiocratique qui avait contribué à populariser la doctrine qu’il avait lui-même baptisée de laissez-faire.

 

Melchior Von Grimm raconta comment Gournay lui disait quelquefois : « Nous avons en France une maladie qui fait bien des ravages ; cette maladie s’appelle la bureaumanie. »

 

Gournay allait même jusqu’à qualifier cette manie de « quatrième ou cinquième forme de gouvernement, sous le titre de bureaucratie. »

 

Le gouvernement des bureaux, celui aujourd’hui de la technocratie triomphante, mais au-delà des sarcasmes, de la satire, de nos plaintes, de la pauvreté des saillies des habitués de face de bouc, d’où nous vient ce désir de bureaucratie ?

 

En effet, l’érection de la bureaucratie est le fruit du désir que les individus modernes ont projetés sur l’Etat depuis environ deux siècles et demi. « Ce désir transcende les besoins élémentaires en terme de sécurité, de prospérité et d’autres bien plus ou moins tangibles. Il transcende les formes de reconnaissance que bon nombre d’entre nous, en particulier issus des minorités raciales, religieuses et sexuelles, exigent de l’Etat. En effet, si de tels besoins peuvent être contentés, de telles demandes satisfaites, en revanche, il est dans la nature du désir de demeurer inassouvi. »

 

« Toute l’histoire de la « bureaucratie » se résume à l’histoire de ce désir qui ne peut être réduit ni à un besoin, ni à une demande… »

 

Elle finit toujours par nous décevoir. « Nous n’obtenons jamais ce que nous voulons. »

 

Au cours des mois qui précèdent la Révolution, les critiques de la bureaucratie allaient « concilier à la fois les revendications essentiellement démocratiques portant sur la légitimité du pouvoir et celles, essentiellement libérales, sur le statut de la société civile. »

 

Cette alliance de circonstance, de deux sensibilités politiques incompatibles, voire antinomiques, permettait de mettre sous le mouchoir les contradictions structurelles du projet libéral-démocratique en tant que tel, qui étaient responsable de la prolifération de la paperasse non seulement pour gouverner, mais pour être gouverné dans le monde moderne.

 

« Cette dénégation avait l’avantage d’occulter une vérité qui apparaissait comme extrêmement perturbante, voire traumatisante. Non seulement la prolifération de paperasses contredisait les principes normatifs qui régissaient le rapport entre l’Etat et la société civile, l’Etat et ses citoyens, mais elle rendait la vie plus difficile aux citoyens, notamment en permettant à de parfaits inconnus d’exercer un pouvoir aussi indicible qu’absolu sur tout un chacun.

»

Cette situation inquiétait les libéraux.

 

« N’avez-vous pas quelquefois eu affaire à des fonctionnaires publics qui abusent de la prééminence que leur donnent sur vous leur place et le besoin que vous avez d’eux, pour se permettre à votre égard des actions ou des paroles qu’ils ne se permettraient certainement pas si, au contraire, ils avaient besoin de vous ? » Jean-Baptiste Say.

 

En 1798, le mot « bureaucratie » entra pour la première fois, de façon modeste, dans le dictionnaire de l’Académie Française : « Pouvoir, influence des chefs et commis de bureau dans l’administration. »

 

Pour Pierre Rosanvallon : « L’humour témoigne de l’impuissance des Français à saisir intellectuellement la croissance de la bureaucratie dans le monde moderne. L’approche pathologique et satirique du problème permet de ne pas en analyser la dimension sociologique. »

 

Pierre Larousse dans son grand Dictionnaire universel du XIXe siècle ironise sur notre bureaucratie : « Y-a-t-il un pays qui puisse, non pas nous contester une prééminence bien établie, mais prétendre même nous suivre de loin sur ce terrain ? »

 

« Proudhon a dit quelque part que la comptabilité en partie double, la science du doit et de l’avoir, avec tous ses comptes qui se contrôlent les uns les autres, était le chef d’œuvre de l’esprit humain ; mais notre bureaucratie est un chef d’œuvre bien autrement admirable, puisque tout ce qui se fait n’y est pas seulement contrôlé une fois, mais l’on y voit le contrôle du contrôle, puis le contrôle du contrôle du contrôle, presqu’à l’infini. »

 

Mais le fonctionnaire poussiéreux, messieurs les ronds de cuir, « le fonctionnaire médiocre, nul, imbécile, pelliculaire, ridicule, râpé, pauvre impuissant… » cher à Michel Foucault a laissé la place au haut-fonctionnaire flamboyant issu de l’Ecole Nationale d’Administration grande pourvoyeuse du sérail politique et de ses diverticules.

 

Ainsi nous avons atteints la quintessence de la bureaucratie et schizophrènes nous nous enorgueillissons de notre superbe et impuissante Cour des Comptes, présidée par un ancien politique par la grâce de Nicolas Sarkozy, alors qu’elle n’est que le miroir emblématique de nos frustrations.

 

Je pointe avec ironie, que c’est une bouture issue de ce sérail, qui n’a pas passé par la case élection, qui séduit les français et même jusqu’à une grosse partie des troupes de Mélanchon, j’ai nommé Macron.

 

Est-ce aussi étrange que ça en a l’air, et n’en déplaise à cette bourrique de Hamon, Macron n’est pas que la nouvelle coqueluche du tout-Paris, il symbolise, à tort ou à raison, l’antidote à une gauche étatiste, jacobine, règlementariste, appuyée sur ses bataillons de fonctionnaires organisés en bastions syndicaux.

 

Rien que pour rire : « Qu’est-ce que vient fiche la DGDDI dans la gestion de la viticulture au XXIe siècle ? »

 

Je me rappelle de la réponse que me fit Charasse, tirant sur son Puros et ses bretelles tapageuses dans son bureau meublé empire de Bercy, à propos du reclassement des douaniers dans les services de la viticulture après la création de l’espace Schengen : « Que veux-tu que j’en foute ? »

 

Lorsque Jacques La Goff occupa la fonction de présidant de ce qui était alors la 6e section de l’Ecole pratique des hautes études, il souhaita qu’une personne se consacre à prendre de la hauteur pour considérer la place de l’Ecole en France comme à l’étranger et envisager son avenir. Il décida de s’adresser à Barthes et, à son grand étonnement, après un délai de quelques jours, celui-ci accepta.

 

« Le résultat pouvait être tour à tour comique ou profond. Le Goff évoque le souvenir de quelques séances de travail avec des fonctionnaires ministériels assis dans un silence gêné pendant que Barthes lisait attentivement la moindre proposition qu’ils avaient apportés. Mais sa présence n’était jamais aussi remarquée que lors des réunions du vendredi matin, quand les membres du bureau se réunissaient pour discuter des affaires quotidiennes de l’Ecole. « Au détour d’une page du budget l’épistémologue s’éveillait, et tout comme il a déclaré être heureux quand il était possible de dramatiser la science, il nous donnait le bonheur de dramatiser la paperasse […] À la « fatigue » du langage il nous conviait à substituer la « fraîcheur du langage », donc de la pensée. Devant da tasse de café vide, son cendrier bourré d’énormes mégots, Roland, comme un magicien, nous emportait sur un tapis volant autour du bureau. »

 

« Pendant deux ans et demi il fut – dans ses responsabilités – un Juste, un Poète et un Travailleur, exact, discret et amical. »

 

Moi, Président de la République, je vous emporterai sur mon tapis volant, serai Travailleur, Juste et Poète…

 

Source : Le démon de l’écriture Pouvoir et limites de la paperasse Ben Kafka zones sensibles

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16 octobre 2015 5 16 /10 /octobre /2015 06:00
Ronald Searle

Ronald Searle

Grande victoire, tous unis derrière les bannières syndicales et les gouvernements de toutes couleurs, après avoir voté la fin des droits de plantation, la France a, lors de la négociation de la réforme de la politique agricole commune en 2013, obtenu le maintien de ce système de régulation européen.

 

Clap de fin, bel exemple d’Union Nationale, des champenois aux languedociens en passant par Bordeaux et la région délimitée de Cognac.

 

COMMUNIQUE DE PRESSE – Mise en place d’un nouveau dispositif européen de gestion du potentiel de production viticole au 1er janvier 2016 

 

Vive la politique du petit robinet pour l’ensemble des types de vins (AOP, IGP et VSIG) et sur tout le territoire !

 

Sus aux barbares qui n’ont pas de territoire !

 

Érection d’une superbe usine à gaz à 3 étages, pyramide inversée, en haut la noblesse de sang des appellations, au-dessous celle de la moyenne bourgeoisie des ex-vins de pays qui copie, et sur la pointe la piétaille pourvue d’un tout petit robinet.

 

Bien évidemment, même si le gaz est à tous les étages, le principe des vases communicants n’est pas de mise, on ne mélange pas les torchons et les serviettes même si sur les marchés beaucoup de vins AOP-IGP sont au prix des torchons et des vins de France au prix des serviettes.

 

Pas grave, l’important c’est de réguler le potentiel de production par une belle et somptueuse procédure administrative comme les aiment les permanents des organisations professionnelles et leurs correspondants de l’administration.

 

Il est vrai que l’ancienne procédure avait fait ses preuves tant dans le beau vignoble de Bordeaux que de celui voisin des Charentes. La gestion politico-administrative est toujours très performante car elle développe un grand sens de l’anticipation.

 

Y’a un petit côté Gosplan dans notre goût immodéré de mettre en place de lourdes mécaniques administratives verrouillées par les tenants de l’immobilisme, genre marteau-pilon pour taper sur la tête d’un petit clou.

 

Dans le même temps où ces belles usines à gaz s’érigeront nul ne s’exonérera de protester contre la bureaucratie.

 

Et qu’on ne vienne pas m’accuser d’être un adorateur de la dérèglementation, la soi-disant régulation de l’offre par celle du potentiel de production est une plaisanterie de garçons de bain qui amuse la galerie de nos chers élus du vin. Les rendements et l’enrichissement systématique ça existe je crois.

 

Bref, c’est tout bêtement la défense corporative de son pré-carré.

 

Si vous pensez que je pousse le bouchon trop loin je vous invite à lire ce qui suit :

 

Chaque année, la France rendra disponible des autorisations de plantations nouvelles correspondant au maximum à 1 % de la superficie nationale totale plantée en vigne. Le nouveau dispositif prévoit par ailleurs des mesures de régulation du potentiel en cas d’excédent de l’offre ou en cas de risque de dépréciation importante d’une indication géographique (AOP ou IGP).

 

Ces autorisations sont incessibles et octroyées à titre gratuit pour toutes les catégories d’autorisations (plantations nouvelles, replantations, replantations anticipées ou droits convertis).

 

Le nouveau dispositif permet une régulation du potentiel de production. En effet, en cas d’excédent de l’offre ou en cas de risque de dépréciation importante d’une indication géographique (AOP ou IGP), cette régulation peut se traduire par :

 

  • la réduction de la superficie disponible au niveau natio­nal pour les plantations nouvelles,

  • la mise en place de contingents de plantations nou­velles à un niveau régional, le cas échéant par segment ou AOP/IGP,

  • la mise en place de restrictions à la replantation,

  • les obligations liées aux droits acquis dans le cadre d’une autorisation "ancien système" de transfert de droit, d’achat de droit à la réserve ou issus d’un arrachage avant le 31 décembre 2015 sur l’exploitation peuvent, sous certaines conditions, s’appliquer aux autorisations "nouveau système" issues de la conversion de ces droits.
  •  

Tout ça semble beau comme un nouveau chai de GCC sauf que pour la vigne France il faut compter sur 2 Ministères de tutelle : Finances et Agriculture, 2 établissements publics : l’INAOQ et FranceAgrimer et bien sûr les défenseurs des intérêts bien compris de toutes les catégories.

 

Le talon d’Achille du bel édifice ce sont les fameux vins sans indication géographique, les ex-vins de table.

 

Décret n° 2015-481 du 28 avril 2015 relatif à la gestion du potentiel de production viticole

 

« Le décret confie au directeur général de l'Etablissement national des produits de l'agriculture et de la mer (FranceAgriMer) le pouvoir de délivrer les autorisations individuelles de plantation prévues pour les vins sans indication géographique. Il prévoit, par ailleurs, des procédures de consultation des différents acteurs du secteur sur l'évolution du potentiel de production viticole ainsi que sur les demandes de contingents et précise la procédure de classement des variétés de vignes pouvant être commercialisées.

 

« En ce qui concerne les vignes destinées à produire des vins bénéficiant d'une indication géographique protégée, les critères, dont certains ont une portée nationale, et les contingents d'autorisations de plantation sont, après avis de l'Institut national de l'origine et de la qualité et du conseil spécialisé de la filière viticole de l'établissement mentionné à l'article L. 621-1, arrêtés conjointement par le ministre chargé de l'agriculture et celui chargé de l'économie et des finances.

 

Le conseil de bassin viticole intéressé, lorsqu'il existe, émet un avis sur les demandes de contingents formulées par les organismes de défense et de gestion pour les vignes destinées à produire du vin bénéficiant d'une indication géographique et les organisations professionnelles pour les autres vignes.

 

Les avis des conseils de bassin sont motivés en tenant compte de l'évolution du potentiel de production de la zone géographique en cause, ainsi que des risques d'offre excédentaire ou de dépréciation d'un ou plusieurs signes de qualité donnés.

 

Le comité national compétent de l'INAO et le conseil spécialisé de l'établissement mentionné à l'article L. 621-1 se prononcent dans les mêmes conditions, au vu, le cas échéant, des avis des conseils de bassin mentionnés au I.

 

Décret n° 2015-480 du 28 avril 2015 relatif à la gestion du potentiel de production viticole

 

En ce qui concerne les vignes destinées à produire des vins ne bénéficiant ni d'une appellation d'origine protégée ni d'une indication géographique protégée, les ministres chargés de l'agriculture et du budget fixent, par arrêté, après avis du conseil spécialisé de la filière viticole de FranceAgriMer et, lorsque les vignes concernées se situent dans une zone couverte par une appellation d'origine protégée ou une indication géographique protégée, de l'Institut national de l'origine et de la qualité :

 

«-les critères objectifs et non discriminatoires d'éligibilité et de priorité en vue de l'attribution des autorisations de plantation ;

 

«-les contingents d'autorisations de plantation, après s'être assurés de la viabilité des projets concernés.

 

« L'avis de l'Institut national de l'origine et de la qualité est également requis pour toute autorisation de plantation de vignes destinées à produire du vin à l'intérieur d'une aire délimitée d'appellation d'origine ou d'indication géographique.

 

« II.- Les autorisations mentionnées au I sont délivrées par le préfet de département du siège de l'exploitation, sur proposition du préfet de bassin viticole lorsqu'il existe. »

 

Consulter : Autorisations de plantation de vigne - Le nouveau dispositif européen

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15 octobre 2015 4 15 /10 /octobre /2015 06:00
Dans la province de la « bonne chère » les vins bourguignons battaient à plate couture ceux de Bordeaux

Inlassablement, contre les vents et marées contraires, affrontant les effluves nauséabondes de face de bouc, résistant au déclinisme ambiant, ferraillant contre la bêtise, je poursuis mon œuvre d’éducation populaire sans afficher la pauvreté de mon extraction.

 

C’est mademoiselle Brye qui, à l’école Sainte-Marie, m’a fait aimer l’Histoire de France passionnément.

 

Je crois que c’est ainsi que l’on devient Français, j’ose écrire que c’est ainsi qu’on aime son pays.

 

Vercingétorix à Alésia, Clovis, le vase de Soissons, la succession de nos rois, Roland à Roncevaux, Mazarin, Richelieu, Marie de Médicis, Sully, Turgot, les montagnards et les girondins, Bonaparte au pont d’Arcole, la Commune de Paris, le petit père Combes, Clémenceau le Tigre, Jaurès, Léon Blum, le colonel de Gaulle, des dates, des batailles Bouvines, Azincourt, Fleurus, la Marne… des traités, le camp du drap d’or, du sang, des trahisons, des grands hommes… des érecteurs de cathédrales… le terreau sur lequel j’ai grandi et qui me tient debout dans un monde fragmenté alors qu’on le dit globalisé.

 

Alors ce matin je vais faire dans la légèreté en évoquant les cartes allégoriques très en faveur aux XVIIe et XVIIIe siècles.

 

La Géographie galande

 

« Quatre provinces » forment le royaume de Galanterie.

 

« Situé entre la mer d’Imprudence, au sud, et les monts de Despence, au nord, ce royaume est divisé en quatre provinces : l’Opulence, le Jeu, l’Amour, la Bonne chère.

 

Les fleuves Politesse, Délicatesse, Appétit, Profusion et Ragoust irriguent cette dernière province, avant de se déverser dans le lac de Gourmandise… »

 

« Huit des dix villes situées en Bonne Chère existent réellement. Elles doivent leur présence à la géographie gourmande du XVIIe siècle :

 

Angoulême, promue capitale de la province – faut-il voir la réputation de ses pâtés ? –,

 

Mayence, sans nul doute pour ses fameux jambons et,

 

Pour leurs vins, Beaune, Condrieu, Chablis, Frontignan, réputé pour son muscat, la Ciotat et Mâcon. Quant aux villes de Graves et de Muscat, elles portent des noms de vins.

 

« La carte gastronomique dressée étant avant tout celle du vin – le jambon permet de pousser les hôtes à en boire toujours davantage – il est tentant de comprendre le statut de capitale octroyé à Angoulême peut-être moins comme (re)connaissance de ses pâtés, bien que les pâtés soient également associés à la consommation de vin, que comme l’évocation d’une expression proverbiale, attestée dans les années 1640 :

 

« Allé en Angoulesme, par la mesme allusion d’engouler, avallé, beu ou mangé ».

 

La présence de Malines ne laisse pas d’intriguer dans cette province de la bonne chère, si ce n’est pour appeler une autre locution proverbiale du Grand Siècle, « envoyer au païs bas », autrement dit boire les vins évoqués par les autres noms géographiques cités.

 

« Quoi qu’il en soit, la carte lie explicitement les plaisirs de la bonne chère à la qualité de mets et de vins indiquée par une origine géographique réelle… »

 

« La bonne chère cartographiée est très française, tant au sens strict de « françois » – la sous-représentation des vins du Bordelais, dont la présence se réduit à la seule ville de Graves, et la sur-représentation du vignoble bourguignon laissent à penser à une géographie gourmande d’un buveur du nord de la Loire – que par six des huit ville inscrites qui existent déjà. »

 

Source : Festins, ripailles et bonne chère au Grand Siècle de Florent Quellier chez Belin

Dans la province de la « bonne chère » les vins bourguignons battaient à plate couture ceux de Bordeaux
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14 octobre 2015 3 14 /10 /octobre /2015 06:00
1986, Beppe Colla président du « Consorzio Barolo Barbaresco » pleurait devant les caméras après le scandale du vin au méthanol
1986, Beppe Colla président du « Consorzio Barolo Barbaresco » pleurait devant les caméras après le scandale du vin au méthanol

Dans son livre « libérez le goût », Carlo Petrini, révèle dans son premier chapitre : Au commencement, il y eut le vin :

 

 

« Je revois très précisément l’image de Beppe Colla, alors président du « Consorzio Barolo Barbaresco », pleurant devant les caméras de télévision après le scandale du vin au méthanol. Des larmes difficilement contenues par un homme désespéré, mais fier. En ce début du mois d’avril 1986, la totalité de la filière vinicole italienne semblait ruinée. Le blocage aux douanes et le déclin firent les exportations de 37%, si bien qu’à la fin de l’année le secteur avait perdu le quart de sa valeur. Je garde une impression forte de cette période vécue aux côtés de mes amis producteurs des Langhe. Les larmes publiques de Beppe Colla n’exprimaient pas seulement le simple désespoir d’une honte intolérable et la perspective de pertes économiques énormes : c’était beaucoup plus que ça.

 

Ce désastre, qui a définitivement changé le monde du vin italien et causé la mort de vingt-trois personnes, révéla des liens de cause à effet restés invisibles jusqu’ici. Les vies de milliers de bons producteurs étaient impliquées, des gens qui faisaient du vin parce qu’ils faisaient du vin parce qu’ils y avaient investi toute leur vie. »

 

[…] Le scandale du vin au méthanol avait révélé à l’Italie que l’œnologie était non seulement reliée à un important secteur économique, avec toutes les retombées potentielles dans les autres domaines, mais surtout qu’elle était intimement liées à ces vies jetées sur le pavé à cause d’une spéculation de malfrats, de ceux qui travestissaient le vin à coup d’alcool méthylique, justement détaxé depuis peu. Et la vie de ces gens, qui cultivaient et transformaient, c’était aussi la vie des territoires, leur fertilité, leur tissu social, leur culture, leur écosystème. »

 

Ce fut la naissance d’Arcigola la première version de Slow Food qui fut officialisée en ce même été 1986.

 

Mi-86 j’arrivais au siège de la SVF et cette vieille maison venait de bloquer in-extrémis à Modène des wagons de vins italiens frelatés au méthanol (alcool de bois). Le vent du boulet était passé très près et notre actionnaire majoritaire, les dirigeants du groupe Pernod-Ricard appréciaient que très modérément cette prise de risque. En effet, en Lombardie, la consommation de vin de table mis en bouteille par la société Ciravegna de Narzole (père&fils), province de Cuneo, avait provoqué des dizaines d’empoisonnement et des lésions graves (cécité, dommages neurologiques). 23 personnes étaient décédées. Cette société avait ajouté des doses élevées de méthanol pour augmenter le degré du vin à des coûts plus bas que le sucre sans vraiment mesurer les conséquences de cette fraude. Celle-ci, beaucoup plus large, mettait en cause 60 entreprises et entre mi-décembre 85 et mars 86, 2,5 T de méthanol avaient été adjoints au vin.

 

Ce scandale fera chuter les exportations de l’Italie de 37% en volume et de 25% en valeur, et provoquera un électrochoc tant dans ce pays qu’en France où les fameux VDPCE (vin de différents pays de la Communauté Européenne) en avaient pris un sérieux coup sur la casquette.

 

Du côté français il est intéressant de lire les questions posées au gouvernement et les réponses données.

 

Question écrite n° 00557 de M. Louis Virapoullé (La Réunion - UC) publiée dans le JO Sénat du 01/05/1986 - page 652

 

M. Louis Virapoullé attire l'attention de M. le ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la privatisation, chargé du commerce, de l'artisanat et des services, sur le fait que des vins en provenance d'Italie, et contenant une dose de méthanol supérieure aux normes admises, ont pénétré sur le territoire français. Il est établi que ces vins, dénommés sous le nom de vins frelatés, ont provoqué plusieurs morts en Italie. Il lui demande : 1° de bien vouloir lui préciser si ces vins ont été livrés aux consommateurs et dans quelle proportion ; 2° les dispositions que le Gouvernement entend prendre pour qu'un contrôle rigoureux et sans faille soit exercé en France en ce qui concerne les vins dont il s'agit. - Question transmise à M. le ministre d'Etat, ministre de l'économie, des finances et de la privatisation.

 

Réponse du ministère : Économie publiée dans le JO Sénat du 07/08/1986 - page 1129

 

-1 Dès l'annonce de l'existence de cas d'empoisonnement en Italie par absorption de vin frelaté au méthanol, les services de la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes et de la direction générale des douanes et des droits indirects ont procédé au blocage, ainsi qu'à un échantillonnage, à des fins analytiques, des différents types de vins italiens détenus aussi bien par les importateurs français (notamment à Sète et à Marseille) qu'à tous les stades de la commercialisation.

 

Du 26 mars au 11 mai 1986, 2 944 prélèvements ont été ainsi réalisés portant sur un volume de 422 000 hectolitres. Trente-six analyses seulement se sont révélées non conformes pour un volume de 28 000 hectolitres. Cette présence de méthanol à des doses anormales a été mise en évidence essentiellement sur des vins détenus en vrac au stade de l'importation. La rapidité et la multiplication des prélèvements d'une part, le blocage des vins suspects d'autre part, ont permis d'éviter la livraison de vins italiens au méthanol aux consommateurs français. Il faut également souligner la liaison étroite qui s'est établie, dès le début de ces opérations, entre l'administration et la profession.

 

- 2 Depuis le 29 mars 1986, l'exportation des vins italiens est subordonnée à la production d'un certificat d'analyse délivré par les laboratoires agréés par le ministère de l'agriculture italien précisant le taux de méthanol, par millilitre d'alcool, et attestant que la quantité de méthanol relevée ne dépasse pas les doses admises. De plus, les services douaniers français continuent à procéder à des analyses sur tous les produits à base de vin ou d'alcool en provenance de ce pays.

 

Question écrite n° 02483 de M. Roland Courteau (Aude - SOC) publiée dans le JO Sénat du 14/08/1986 - page 1149

 

M. Roland Courteau expose à M. le ministre de l'agriculture que « l'affaire du méthanol » a des conséquences très importantes : dans l'immédiat, la chute de la consommation et des exportations de vins italiens permet aux Italiens d'avoir un stock supérieur à celui de l'année dernière, de l'ordre de 6 millions d'hectolitres. Dès lors, et selon certaines informations, il semblerait que les Italiens se précipiteraient à l'exportation, à un prix très inférieur au niveau des prix français. Les professionnels français de viticulture s'inquiètent de ces pratiques et demandent au ministre de l'agriculture de contribuer à mettre fin à ces opérations de dumping contre lesquelles aucun groupement de commercialisation, aucun viticulteur français ne peut résister. Il lui indique qu'il ne s'agit pas de faire le procès de la viticulture italienne mais bien de la filière d'importations qui conduirait à la ruine aussi bien les viticulteurs français qu'italiens. Il souhaite donc que lui soient précisées les mesures qu'il compte prendre.

 

Réponse du ministère Agriculture publiée dans le JO Sénat du 01/01/1987 - page 9

 

Le scandale des fraudes découvertes sur des vins italiens coupés au méthanol qui se sont, de plus, avérés responsables de la mort en Italie de plusieurs dizaines de personnes, démontre de nouveau à quel point des malversations commises par certains opérateurs peu scrupuleux peuvent avoir des conséquences désastreuses et dramatiques. Face à une telle situation, le Gouvernement français, qui a toujours veillé à ce que ses services de contrôle, tant de la répression des fraudes que de la direction générale des impôts ou de la direction générale des douanes, s'assurent du respect des dispositions réglementaires prises dans le secteur viti-vinicole, juge indispensable que les autres pays producteurs et notamment ses partenaires de la Communauté économique européenne prennent également les mesures nécessaires pour garantir la qualité de leur production. Malheureusement, des événements aussi pénibles, mettant en jeu des vies humaines, discréditent sérieusement l'image d'un produit consommé traditionnellement depuis des millénaires, et portent gravement préjudice à l'ensemble de la profession viticole.

 

Dans ces circonstances, une mesure visant à interdire le coupage entre les vins français et les vins des autres Etats membres de la C.E.E. ne constituerait qu'un palliatif insuffisant pour juguler la crise : il faut obtenir au niveau communautaire un renforcement du dispositif de contrôle de la production viticole. Dans ce cadre, s'inscrit d'ailleurs le règlement relatif à la mise en oeuvre et au financement d'un casier viticole communautaire qui a été adopté par le conseil des ministres de la Communauté au cours de sa réunion des 14 et 15 juillet 1986.

Néanmoins, ces événements ont permis d'établir que la réglementation actuelle en matière d'étiquetage des vins ne permet pas toujours au consommateur de choisir ses produits en connaissance de cause. A ce sujet, le Gouvernement français a demandé que, lorsque le vin résulte d'un coupage entre produits originaires de différents Etats membres, la mention obligatoire « mélange de vins de différents pays de la Communauté européenne » figure désormais en caractères lisibles afin qu'aucune confusion sur l'origine de ces produits ne soit permise. C'est de l'adoption rapide de ces mesures, tant en ce qui concerne le renforcement des contrôles à la production que la clarté de l'information des consommateurs que dépend le redressement de l'image de ce produit. Face à de tels scandales, on peut toutefois affirmer sans crainte que la diversité, la richesse de nos vins français ainsi que le sérieux de l'ensemble de notre profession viticole, constituent les meilleurs ambassadeurs pour promouvoir ces produits à l'intérieur comme à l'extérieur de nos frontières. Le Gouvernement français est pleinement convaincu que tous les partenaires de cette filière qui se sont toujours engagés dans une politique de qualité seront les mieux à même d'assurer la notoriété de notre production.

1986, Beppe Colla président du « Consorzio Barolo Barbaresco » pleurait devant les caméras après le scandale du vin au méthanol
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13 octobre 2015 2 13 /10 /octobre /2015 06:00
Ronald Searle

Ronald Searle

Dans le cadre de ma mission d’éducation populaire, chère au philosophe multiservices et multimédias du bocage bas-normand, j’avais pensé titrer cette chronique « Une biberonne n’est pas un coteau car elle crapule et fait raison » et puis je me suis dit que ce n’était pas très vendeur comme les thèmes de ONPC (acronyme sur Twitter de l’émission de Ruquier On N’est Pas Couché).

 

Je suis resté très vieille France, celle de La Fontaine et de Madame de Sévigné, qui tenait la plume pour faire chanter les mots loin des 140 caractères de Twitter et le sabir des SMS.

 

La France d’aujourd’hui, de haut en bas, Twitte et beaucoup de couples se défont sous l’effet de textos enflammés entre amants adeptes du 5 à 7.

 

Ha ! Qu’il est loin le « Cleo de 5 à 7 » d’Agnès Varda

 

C’est qui une biberonne ?

 

C’est une femme qui aime boire selon La Fontaine :

 

À la coquette l’attirail

Qui suit les personnes buveuses

La Biberonne eut le bétail

La ménagère eut les coiffeuses.

 

Alors qu’un Coteau c’est un amateur de mets et de vins selon Madame de Sévigné:

 

« Le dîner de M. de Valloire effaça entièrement le nôtre, non pas par la quantité des viandes, mais par l’extrême délicatesse, qui a surpassé celle de tous les Coteaux. »

 

Alors pourquoi crapule-t-elle ?

 

Car crapuler c’est : « boire sans cesse, s’enyvrer salement & continuellement. Cette fièvre luy est venuë après avoir longtemps crapulé, avoir fait excès de vin… » selon Furetière.

 

Et pourquoi fait-elle raison ?

 

Car faire raison : « se dit en débauche des verres de vin qu’un homme boit pour satisfaire au santez qu’on lui a portées. » selon La Fontaine

 

Je bois dit-il, à la santé des dames :

Et de trinquer ; passe encor pour cela.

On fit raison ; le vin ne dura guère.

 

Merci qui ? comme me disait ma mémé Marie...

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11 octobre 2015 7 11 /10 /octobre /2015 06:00
Variations sur le « Aller à la soupe... » … des topinambours de Pierre Poujade à la soupe de sarrasin
Variations sur le « Aller à la soupe... » … des topinambours de Pierre Poujade à la soupe de sarrasin

Avec les premiers frimas, la soupe s’impose, même si pour moi la soupe le soir est un plat qui se consomme toute l’année.

 

Comme j’ai mauvais esprit, et que j’ai bien connu le temps de Pierre Poujade, qui tombait la veste, parfois même la chemise (aucune allusion à celle du DRH d’Air France déchirée dans le cadre du renouveau de la lutte des classes) je ne peux m’empêcher de capter dans l’air du temps, les accents populistes chers à ce trublion qui connut son heure de gloire dans les années 50 et qui nous a laissé des produits dérivés, les termes de poujadisme ou poujadiste, qui sont devenus des qualificatifs péjoratifs, désignant des formes jugées démagogiques de corporatisme pour prendre progressivement un sens proche de celui de « populisme ».

 

« Le 12 janvier 1956, aux cris de «Sortez les sortants», 52 députés poujadistes font leur entrée à l'Assemblée. Deux ans plus tard, la V° République «sortira» tout le monde… » écrit Pierre Branca.

 

Pierre Poujade, papetier-libraire de trente-trois ans, conseiller municipal de Saint-Céré Lot qui, avant d'entrer dans la Résistance, en 1943, a abandonné ses études d'architecte pour militer au Parti Populaire Français de Jacques Doriot, l'un des meilleurs tribuns de sa génération, du Parti communiste jusque dans les rangs de la collaboration.

 

« De Doriot, Poujade a gardé le style d'imprécateur, parlant volontiers en chemise, sans cravate - une curiosité, à l'époque ! -, les deux mains agrippées à la tribune. Mais aussi un mépris sans fond pour le système parlementaire.

 

Avec l'accent rocailleux de son Lot natal, il dénonce de meetings en meetings l'exploitation des «petits» et des «bonnes gens» par les «soupiers» de l'«État vampire», la mise en coupe réglée de la «maison France» par des «éminences apatrides» qu'il faut «pendre haut et court».

 

Il soutiendra François Mitterrand en 1981 et 1988. Et Jacques Chirac en 1995. Non sans avoir milité, jusqu'à sa mort, en 2003, pour un biocarburant alternatif à base de topinambours.

 

Ce dimanche je ne vais pas vous parler des «soupiers», ceux qui vont à la soupe, accèdent au pouvoir en reniant leurs origines ou leurs idées politiques, profitent des avantages du pouvoir, mais de la soupe tout court.

 

Pas celle aux topinambours, chers à la cuisine végétarienne des chefs étoilés, que le Poujade voulait transformer en pétrole vert, mais d’une soupe rare et roborative : la soupe de sarrasin de Bertrand Larcher.

 

 

« Pour obtenir du sarrasin soufflé, faites tremper des graines de sarrasin dans de l’eau pendant la nuit. Le lendemain, égouttez-les, étalez-les sur une plaque à pâtisserie, et faites-les sécher pendant 3 heures au four à 100°C) »

 

Pour faire cette soupe commencez par émincer finement le blanc de poireau et faites-les tremper 30 mn dans l’eau froide puis vous les égouttez bien pour les faire suer 3 mn avec le beurre et la poitrine fumée dans une casserole à feu moyen.

 

Puis ajoutez le bouillon de volaille et portez à ébullition. Laissez ensuite réduire sur feu doux.

 

Faites ensuite griller vos graines de sarrasin soufflé dans une poêle sans matière grasse jusqu’à ce qu’elles changent légèrement de couleur et expriment leur parfum. Versez-les dans la casserole et laissez cuire 15 mn sur feu doux.

 

Ensuite mixez pour obtenir une consistance lisse.

 

Ajoutez lait et crème, salez et poivrez sans excès.

Variations sur le « Aller à la soupe... » … des topinambours de Pierre Poujade à la soupe de sarrasin
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9 octobre 2015 5 09 /10 /octobre /2015 06:00
La main du fromager Antonio outil technologique dernier cri pour faire naître une meule de Parmigiano Reggiano.La main du fromager Antonio outil technologique dernier cri pour faire naître une meule de Parmigiano Reggiano.

Si vous voulez tout savoir sur le Parmigiano Reggiano procurez-vous le petit précis d’Alessandra Pierini sur lui : lire ICI 

 

 

Ce matin, dans le cadre de ma mission éducative des larges masses, comme disaient nos camarades de la Gauche Prolétarienne pour désigner la classe ouvrière séquestrée par le PC et la CGT, je vais vous conter la malédiction d’Antonio le fromager de la petite coopérative laitière de San Lucio située sur la route entre Felino et Marzorlara, à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest de Parme.

 

Après avoir effectuée la collecte dans les fermes avoisinantes, le camion de lait arrivait à huit heures dans la petite coopérative laitière San Lucio. Antonio, le responsable de fabrication était fin prêt. Depuis longtemps d’ailleurs. Comme chaque matin, sa journée avait commencé à 6 heures. Il lui avait fallu enlever la crème de la traite du soir et mettre le lait écrémé dans les immenses cuves en cuivre en forme de cloche renversée.

 

Le lait qui venait d’arriver était du lait frais, c’est-à-dire juste trait et acheminé à la température ambiante, voire même tenu au chaud en hiver, car il ne devait pas descendre sous les 18°C afin de ne pas modifier la flore lactique.

 

C’est du lait cru, bien sûr, provenant de vaches élevées et nourries au foin de la région. Comme vous vous en doutez Antonio ne peut utiliser des bactéries lactiques provenant de laboratoires. Il doit obligatoirement utiliser du séro-ferment indigène, provenant de son petit lait de la veille.

 

« Nous le goûtons, ce fameux petit-lait. Il a la consistance de l’eau avec une teinte jaunâtre. En bouche, on a l’impression de boire un jus de citron. Rien à voir avec le petit lait du jour, au goût de lait très sucré. Les bactéries de l’acide lactique ont eu le temps, pendant la nuit, de croître et de se multiplier en mangeant le lactose du petit-lait et en le transformant en acide lactique, qui aura un rôle primordial dans l’affinage.» Nous confie-t-il.

 

Depuis le Moyen-Âge, la méthode reste la même : le lait frais est ajouté au lait écrémé de la veille. Chaque cuve en cuivre contient 1000 litres de lait. Le lait est porté à 36°C, à l’aide de vapeur qui circule entre la paroi intérieure et la paroi extérieure de la cuve, puis le petit lait des fromages de la veille et la présure sont ajoutés.

 

La présure est d’origine animale, et le chauffage à 36°C est la même que celle de l’estomac du veau précise Antonio.

 

C’est ensuite le stade du caillé, opération délicate car il faut éviter qu’il ne devienne dur. Alors, Antonio et ses acolytes le casse à l’aide de la spinatura – le tranche-caillé – « Ainsi le caillé passe d’une masse compacte à un agrégat de grains de la taille de grains de riz. »

 

La main d’Antonio est l’outil technologique dernier cri pour savoir si le caillé est au bon stade de la déshydratation.

 

Ensuite on chauffe pendant une dizaine de minutes le caillé pour que les grains se rétractent et perdent leur eau. Mais il ne faut pas que la déshydratation soit complète sinon les petits grains ne pourront s’unir pour faire une masse compacte de fromage.

 

L’œil et le toucher d’Antonio sont donc des outils essentiels dans cette opération délicate et cruciale.

 

Puis, il faut attendre l’agrégation en fond de cuve. La masse est ensuite soulevée avec une pale en bois pendant que l’on glisse une toile de lin par-dessous. Le tout est suspendu à une barre puis coupé en deux. Ce sont 2 futures meules placées dans des toiles en lin pour s’égoutter. Elles seront ensuite placées dans leur forme couverte du Tagliere, un lourd disque en bois, pour les aplatir et aider le petit-lait à s’évacuer. Lors de la première journée les meules sont retournées toutes les deux heures et à chaque retournement on change le linge.

 

Vers 20 heures, lors de la dernière rotation, Antonio va procéder, à l’aide d’un cerceau en plastique, au marquage de la mention Parmigiano Reggiano et aux mentions de l’autorité sanitaire indiquant le mois et l’année de la production et le code de la fromagerie.

 

Ensuite, les meules dans leur moule iront passer une vingtaine de jours immergées dans de l’eau saturée de sel. Elles vont perdre environ 2 kg et le sel aura pénétré 3 cm dans le fromage.

 

Elles gagneront après ce bain des caves maintenues à une température d’environ 17°C et à un taux d’humidité de 80% afin de se débarrasser doucement de leur eau ; pour ce faire on les retournera et les brossera chaque semaine.

 

Au bout d’un an les meules passeront à l’examen des « experti battitori » qui inspectent chaque meule avec un marteau. En une dizaine de coups, la meule gagne ou perd sa mention Parmigiano Reggiano.

 

« Si le son n’est pas homogène, cela veut dire qu’il y a des défauts à l’intérieur. Ce peut-être des trous ou des ruptures de la pâte dus à une fermentation non désirée. »

 

Ces défauts s’expliquent en règle générale par une mauvaise fermentation, et notamment la fermentation butyrique. Celle-ci est liée à l’alimentation des vaches et plus particulièrement à l’ingestion de végétaux fermentés, notamment l’ensilage.

 

Celui-ci est interdit pour la nourriture des vaches produisant du lait pour le Parmigiano Reggiano et autorisé pour le Grana Padano.

 

Les meules n’en ont pas pour autant fini, elles vont encore séjourner une ou plusieurs années en cave. C’est dans cette dernière ligne droite de leur vie que va se produire, sous l’effet de l’absence d’eau et d’une diffusion parfaite du sel, la protéolyse.

 

Les bactéries de l’acide lactique meurent et libèrent un enzyme qui va désintégrer la caséine. Au cours de ce processus la pâte devient plus friable et plus granuleuse. Un acide aminé se fragmente pour s’amasser sous forme de cristaux.

 

Voilà, lorsque vous goutterez du Parmigiano Reggiano ayez une petite pensée pour Antonio le fromager de San Lucio qui se lève tous les jours à 6 heures du matin pour faire naître ses 24 meules de 40 kg de Parmesan avec du bon lait cru tout juste sorti du pis des vaches.

 

Le Parmigiano Reggiano c’est 3300 producteurs de lait, 160 fromageries et 3,2 millions de meules produites par an.

 

Source : Bien Meulées d’Alexandre Zalewski

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8 octobre 2015 4 08 /10 /octobre /2015 06:00
Interdire les fromages millénaires au lait cru ce serait comme « lacérer une toile de maître ou déchiqueter la partition originale d’une symphonie classique. »

Qui c’est qui a dit ça ?

 

José Bové, Isabelle Saporta, Carlo Petrini…

 

Non, l’association américaine de microbiologie, la plus ancienne et la plus importante du monde qui compte 39 000 membres lors du débat sur le lait cru au Codex Alimentarius où les USA et les lobbys agroalimentaire voulaient rendre la pasteurisation obligatoire pour tous les produits laitiers, y compris les fromages.

 

Le pot de terre contre le pot de fer sans doute mais pourquoi pas David contre Goliath et, si j’ai un conseil à donner aux révolutionnaires urbains naturistes c’est d’inciter les vignerons à s’allier avec les producteurs de fromages AOC au lait cru pour déstabiliser la vieille maison INAO avec son Q ajouté. Ce sera bien plus efficace, plus porteur, que de faire joujou avec quelques punks de Banyuls qui font du vin à pédales. Bien sûr c’est plus chiant, pas cool pour un sou, mais les fromages qui puent pèsent bien plus lourd dans l’imaginaire national que les vins à poils. Construire un rapport de forces avec des paysans-artisans pour bâtir une alternative crédible est le b.a.-ba de la consolidation d’une production, que, faute de mieux, je qualifierai de traditionnelle.

 

L’industrie a besoin de régularité dans la qualité, la forme ou la couleur du produit aussi bien que dans sa saveur. Elle ne veut pas se soumettre aux caprices des ferments!

 

Produire un fromage au lait cru c’est cher et difficile à gérer car ça relève de l’empirisme et ça comporte des aléas. « Le lait cru est imprévisible, instable, difficile à travailler sans une solide expérience. Il oblige à des contrôles rigoureux. Si on laisse maturer du lait pas très frais ou de qualité douteuse, il s’aigrit, il tourne. Travailler le lait cru oblige donc à l’excellence : il faut contrôler tous les points de la chaîne, depuis la santé et le bien-être de la vache jusqu’à l’emballage du produit final. Tout cela à un coût.

 

Alors il vaut mieux tuer le lait en le pasteurisant, le thermisant, car on peut optimiser la collecte, comme ils disent, en mélangeant tous les laits quels que soient leurs qualités et en le faisant ramasser par le collecteur le mieux placé géographiquement. La ressource devient un minerai qu’on met au pas, qu’on oblige à obéir à des machineries, à couler dans des tubes et à faire exactement ce qu’on veut qu’il fasse. On élimine tous les aléas. On lui enlève sa vie propre, même son goût, à tel point qu’on est obligé de lui rajouter des arômes : « arôme chèvre » ou « arome bleu » dans les fromages, c’est selon. »

 

On est loin de la saveur du fromage au lait cru qui dépend de son terroir, de la croissance de l’herbe, des races de vaches et aussi de leur humeur de la vache, de la météo du jour de la traite et du savoir-faire de la fermière. D’un jour à l’autre et d’une ferme à l’autre, le produit ne sera pas identique.

 

Impensable pour l’industrie laitière qui vend de millions de tonnes de fromage par an.

 

Objection votre honneur : le lait cru tue ! On l'interdit même aux femmes enceintes.

 

Faux : les scientifiques affirme que « le lait pasteurisé est bien plus risqué que le lait cru dans la fabrication des fromages étant donné que leurs micro-organismes vivants les protègent contre les pathogènes présents dans le lait ainsi que de ce qui pourrait les contaminer en aval de sa fermentation. »

 

« Le risque d’intoxication associé à la consommation de fromages au lait cru a donc toujours été extrêmement faible. Les intoxications sont très rares, aussi bien en France qu’à l’étranger, surtout rapporté à la production européenne annuelle de fromage au lait cru qui est de 700 000 tonnes. Les statistiques montrent que les intoxications se produisent plus souvent lors de la consommation de fromages au lait pasteurisé. »

 

Le lait cru est locavore. C’est l’outil le plus efficace contre le grand pot des produits standardisés et mondialisés.

 

Le lait thermisé, pasteurisé, permet de lisser les spécificités, de mélanger les laits de diverses provenances, même très lointaines : Pologne, Espagne… il suffira d’ajouter des additifs, des conservateurs, des colorants, des épaississants pour que le produit soit le même toujours et partout.

 

Autre objection : le retour en arrière, une forme d’idéalisation des pratiques anciennes, la lutte contre le progrès scientifique.

 

« L’INRA, grand partenaire historique de l’industrie, axe désormais ses recherches non pas sur l’éradication des microbes mais sur leurs facultés de défendre l’aliment contre les pathogènes. L’étude de la flore microbienne présente sur les croûtes du saint-nectaire et du comté permettra dans le futur de favoriser l’apparition des souches de bactéries et levures bénéfiques à la fois pour les qualités organoleptiques des fromages et pour lutter contre les micro-organismes nuisibles. »

 

« Le lait cru est une matière première vivante associée à la notion de terroir, décrit Marie-Christine Montel, chercheure à l'Inra d'Aurillac. Le lait cru, c'est un patrimoine qu'il faut maîtriser et dompter. Désormais, on a les outils pour mieux le connaître. La pasteurisation agit comme une « niveleuse ». Quand on réensemence, on peut reconstruire un écosystème, mais pas toute la richesse du lait cru. Enfin, on ne peut pas délocaliser une production au lait cru, contrairement au lait pasteurisé ! » 

 

Pour parfaire la démonstration, prenons le cas du refroidissement du lait à 4°C généralement pratiqué, il est interdit désormais dans le cahier des charges du comté au lait cru depuis le 1er janvier 2013. « Le lait collecté est désormais simplement réfrigéré à 12°C, ce qui en préserve la flore naturelle et augmente la qualité des fromages sans avoir d’impact sur la qualité sanitaire. Au contraire : on détecte plus rapidement les laits de qualité défectueuse, comme autrefois le laitier qui, en ramassant les bidons au bord du chemin dans lesquels le lait commençait sa maturation à température ambiante, voyait tout de suite si le lait de certains était altéré. »

 

J’en reste là pour aujourd’hui en sachant pertinemment que je prêche dans le désert, les petites chapelles ont du mal à entrouvrir leurs portes et les grandes ont leur portail cadenassé, mais bien plus que les grands discours ou les pirouettes sur la Toile, la force de certaines démarches ancestrales sont à méditer car elles sont d’une modernité aveuglante.

 

La suite dans une prochaine chronique sur le mode de collecte du lait du Parmigiano Reggiano, très intéressant, y compris pour nos amis les défenseurs de la résistance naturiste en chambre…

 

Lire Les États-Unis vont revoir leurs règlements sur le fromage au lait cru Lucie de la Héronnière 

 

Source Ni Cru Ni cuit Histoire et civilisation de l'aliment fermenté Marie-Claire Frédéric

Interdire les fromages millénaires au lait cru ce serait comme « lacérer une toile de maître ou déchiqueter la partition originale d’une symphonie classique. »
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7 octobre 2015 3 07 /10 /octobre /2015 06:00
La politique agricole du dernier roi socialiste : « où il y a de la crotte, l’herbe pousse ! »

Rassurez-vous, je ne suis pas encore sénile et je ne fume toujours pas la moquette ; je ne suis qu’un joueur de GO, j’encercle.

 

L’une des grandes questions de notre monde est sans conteste : comment nourrir sa population de plus en plus nombreuse ?

 

Pour tenter de vous répondre je vous propose de lire cet échange entre le dernier roi socialiste George Akbar Ier, et son premier Ministre Hodge lors de leurs « ballades rurales » dans la « véritable Angleterre ».

 

- Contrôle des naissances, répétais-je. Des familles plus petites, maintenir la taille des exploitations, empêcher le morcellement. C’est ce que recommande l’Inpatco*, je crois.

- Et la main d’œuvre ? Vous avez entendu ce qu’il disait !

 

- Il faut mécaniser. Que l’Inpatco libéralise d’abord les faucheuses et les lieuses, pour rentrer les moissons, et ensuite, afin d’augmenter les rendements…

 

- Non ! tonna Hodge. Lâchez la machine dans la campagne et elle dévorera hommes et femmes. Elle détruira l’harmonie de la nature. Ces belles haies devront être arrachées pour laisser le passage à d’infernales mécaniques. Et alors on aura de grosses fermes, de plus en plus grosses, et une armée déguenillée d’esclaves salariés pour accomplir les tâches dont les machines et les produits chimiques ne sont pas encore capables. Et ça, il y en aura de moins en moins, car la technique évolue ! Ça donnera soit ces fermes collectives mécanisées que préconise cet imbécile de Marx dans son Manifeste communiste, soit des sociétés agricoles et alimentaires privées pratiquant les mêmes cochonneries, et ce sera le retour du capitalisme ! Fameux choix ! Non – et, citoyen roi, si ce sont vos amis de l’Inpatco qui vous donnent des idées pareilles, je vous interdirai d’y retourner !

 

[…]

 

- Bon dis-je conciliant. Alors nous n’avons pas de solution. Et nous avons négligé un facteur : l’approvisionnement des villes et des autres secteurs non agricoles […] Je sais que c’est contraire à vos principes, mais nous pourrions importer.

 

- Non, répliqua Hodge. Ça finirait aussi mal que la mécanisation. Du blé de mauvaise qualité, du mouton et du bœuf congelés. Des ananas en boîte. La ruine absolue de tout ça… »

 

L’Inpatco : l’International Patent Convention dont le slogan venu d’outre-Atlantique était « C’est tellement américain de vouloir mieux. »

 

Extrait du livre de Roy Lewis « La véritable histoire du dernier roi socialiste» publié en en 1990 en Angleterre et en 1993 par Actes Sud en France.

 

«Ce livre appartient à un genre très particulier de la science-fiction: l’uchronie. Ce thème littéraire consiste à créer un point de divergence dans l’Histoire donnant ainsi naissance à une Histoire alternative, différente de celle que l’on est censé avoir apprise à l’école. Cette parfaite illustration de l’effet papillon est intéressante à plus d’un titre:


- Elle compte souvent, parmi ses protagonistes, des personnages historiques. On retrouvera par exemple Churchill et bien d’autres dans ce roman.


- Elle nous donne à réfléchir à l’importance des détails, à nous faire prendre conscience que le destin du monde aurait pu être différent.»
 

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6 octobre 2015 2 06 /10 /octobre /2015 09:20
Jacky Naegelen Reuters

Jacky Naegelen Reuters

Les réseaux sociaux sont devenus, et ça s’amplifie, les bassins déversoirs de caqueteurs stupides, bornés, acculturés, gobant tout ce qui défile à jet continu dans l’actualité. Le fil des commentaires est le plus souvent affligeant, donnant envie d’aller se réfugier sur une île déserte.

 

Vous allez me rétorquer qu’il suffit de couper le fil et le tour est joué, sauf que c’est pratiquer la politique de l’autruche et se couper de la réalité même s’il est désespérante.

 

Le marronnier de la Toile ces derniers temps étant « Finkielkraut, Onfray, Zemmour: ont-ils gagné la bataille des idées ? »

 

Qui, les a lus ?

 

Qui les a compris ?

 

Je suis prêts à prendre les paris, un pourcentage infime, mais ils les ont vu à ONPC ou entendu déblatérer à la radio.

 

Nous sommes dans un temps où il est de bon ton d’avoir des avis sur tout et surtout si on n’y comprend rien.

 

En effet, rien de construit, de réfléchi, de pensé, quelques bouts de phrases plus ou moins bien orthographiées, des horions, des insultes, du soi-disant second degré, avec en arrière-plan un coq dominant ou une dinde se targuant d’une supériorité intellectuelle sur la volaille.

 

Exaspérant et surtout ridicule cette prétention au débat intellectuel de la part, non pas du fameux peuple, que tout le monde nous sert, mais d’une frange versatile, dure pour les autres, accommodante pour elle-même et son petit cercle, le sous-produit d’une éducation ratée, le terreau de toutes les dérives en cours.

 

Je préférais de loin les discussions dites du café du commerce car elles recelaient parfois de l’intelligence, de ce bon sens populaire qui remettait certains à leur bonne place.

 

Hier matin sur mon mur Face de Bouc je notais, sans bien sûr savoir ce qu’il allait se passer à Roissy, Comme un lundi : « La foule a souvent trahi le peuple » Victor Hugo

 

Hier au soir, j’ai terminé un livre écrit en 1908 La Bombe et j’ai noté ce passage :

 

« Le plus grave inconvénient de ce séjour bordelais était la coupure quasi complète avec l’Amérique. Les journaux français ne parlaient presque jamais du reste du monde. Assurément les Français ont l’air de penser que le moindre incident national a plus d’importance qu’un évènement capital au-delà de leurs frontières. Il y a chez eux une insularité intellectuelle sidérante. Ils ont depuis si longtemps la conviction d’être la première des nations et de parler la première des langues qu’ils ne se sont pas encore rendu compte de leur vrai statut : la France n’est plus qu’un pays de second ordre ; l’anglais, le russe et même l’allemand ont bien plus de poids que la langue de Molière. Les Français ressemblent à des hommes côtoyant des adolescents : ils s’estiment plus forts et plus sages, alors qu’ils ne sont que plus vieux et moins purs. »

 

Un siècle plus tard : à méditer…

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