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28 octobre 2015 3 28 /10 /octobre /2015 06:00
Jean-Paul Kauffmann grand capteur d’odeurs : de FOG à l’Amateur de Bordeaux en passant par La lutte avec l’Ange de Delacroix à Saint-Sulpice…

En lisant, parfois, les fenêtres du hasard s’ouvrent pour moi avec une soudaineté qui me déconcerte. Comme si, un arrière-plan venait soudain donner de la perspective à une phrase lue en la plaçant dans la sensibilité d’un auteur.

 

Je m’explique :

 

Dimanche soir, dans mon lit, j’entame la lecture du livre de Marion Van Rentergheim FOG Don Juan du pouvoir que j’ai acheté dans l’après-midi à l’Écume des Pages.

 

Et page 54, je lis :

 

« Pour Giesbert, le monde politique sent mauvais. Littéralement. Monsieur Adrien est un roman d’odeurs. Les personnages, suent et puent. Comme des animaux […]. Monsieur Adrien exhale une odeur inquiétante, sui generis. C’est rare ! Les romans d’aujourd’hui sont si bien élevés et sentent si bon le déodorant.

 

Jean-Paul Kauffmann dans Le Matin de Paris lors de la sortie du roman de FOG en 1982. « Vaste pot-pourri giesbertien, un roman d’initiation sentimentalo-politique, écrit dans un style hussard à la Nimier […] Le paradoxe de FOG est déjà en place : la politique suscite chez lui une fascination dégoûtée. Il renifle une odeur de purin, mais il aime le purin. »

 

Et dans l’instant une évidence s’inscrit dans ma tête et ne me lâche pas : JPK est un grand capteur d’odeurs…

 

Pourquoi ?

 

Tout simplement parce que je viens de terminer l’un de ses livres, écrit en 2001, La Lutte avec l’Ange.

 

 

C’est une enquête à la Maigret à propos de l’œuvre de Delacroix La Lutte de Jacob avec l’Ange peinte sur les murailles de la Chapelle des Saints-Anges située à main droite lorsqu’on pousse la porte capitonnée de l’église Saint-Sulpice. Étrange église, méconnue voire méprisée, érigée dans le 6e arrondissement, à deux pas du jardin du Luxembourg et que l’on peut contempler assis à la terrasse du café de la Mairie.

 

C’est de ce lieu, au début des années 80, que tout a commencé. JPK y est assis en compagnie d’un critique d’art de ses amis, Léopold. « Teint fleuri d’amateur de bons crus, toujours vêtu de noir, belles mains de chanoine, et coiffé d’un élégant chapeau de feutre orné d’un énorme nœud plat. »

 

-  Tu ne t’es jamais donné la peine de la visiter. Allons-y !

 

Avant d’en arriver à mon illumination, j’ai noté cet avertissement de Léopold à JPK : «Il ne faut jamais raconter une peinture. C'est la pire des choses. La peinture ne raconte pas d'histoire, elle produit de l'énergie. Oui, c'est de l'énergie qu'on a enfermée dans un cadre, dans un rectangle»

 

Elle résume bien mon approche du vin.

 

Et les odeurs me direz-vous ?

 

J’y viens !

 

Ma démonstration est sans appel : JPK est un grand capteur d’odeurs !

 

- Page 35 : le séjour balsamique de Huysmans dans son livre Là-Bas, à propos de Carhaix, le sonneur de Saint-Sulpice, qui habite avec sa femme un appartement dans la tour nord de Saint-Sulpice. JPK note « j’adore ce livre qui sent à la fois l’eau bénite et le poil de Belzébuth ».Il l’a lu adolescent. Huysmans, remis en lumière récemment par Houellebecq, y parle d’ « un séjour balsamique et douillet, un havre tiède. »

 

- Page 43 : « Le sombre engourdissement de caveau propre aux lieux de culte n’a pas le temps d’opérer ; d’ailleurs Saint-Sulpice ne dégage pas cette odeur de cave humide, ce parfum douceâtre et fade d’eau bénite croupie et de cire chaude caractéristique de nos églises. »

 

- Page 53 : « L’endroit me plut surtout à cause de son silence et de l’odeur de vieux maroquin qui se dégageait des salles désertes. » première vraie rencontre avec les tableaux sur le chemin du collège au musée de Rennes.

 

- Page 59 : « Ce parfum entêtant, un peu aigre et camphré d’huile de lin rancie, en même temps suave, je sais bien que c’est l’odeur de la mort. Tous les musées ont le même fumet : il n’a rien à voir avec le moisi ou le croupi, c’est l’odeur du sang (Napoléon qui jouissait d’un sens olfactif très développé avait remarqué que le sang sentait la poussière). « Tu retourneras en poussière… » D’avoir respiré cette odeur crayeuse et asséchante, d’une fadeur si plaisante, un peu métallique aussi, je ressors toujours l’esprit vidé. »

 

- Page 69 : « Cependant, les cierges des Âmes du Purgatoire résistent mal au courant d’air. Leur flamme expire en fumant. Elles charbonnent et répandent dans l’église une odeur grasse de laiterie et de térébenthine. »

 

- Page 76 : « Sans parler de ces parfums endimanchés qui alourdissaient si agréablement l’atmosphère de l’église : odeur épaisse de brillantine et de cosmétique Pento des hommes, senteurs chyprées des femmes longuement parées. » souvenir d’enfant de chœur de JPK

 

- Page 89 : Mauriac dans son Bloc-notes, à propos du service funèbre à la mémoire de Delacroix, raconte l’enterrement de son précepteur, M.Carreyre, professeur de philosophie au collège Grand-Lebrun à Bordeaux : « Le vieux sulpicien qui est étendu là, je songe qu’il avait entendu les cigales de mon enfance, respiré l’odeur de marécage du ruisseau dans ces nuits resplendissantes d’autrefois. »

 

- Page 104 : « Il règne dans l’établissement une odeur surie de croque-monsieur mélangée à l’âcre fumée des cigarettes brunes. » Le chalut café à Dieppe, quai Duquesne, ancienne adresse de Delacroix.

 

- Page 124 : « La menace de saturnisme, provoqué par la respiration du plomb contenu dans la peinture, semble l’avoir épuisé – Les murs renferment une forte proportion de céruse, colorant blanc qui est un véritable poison. »

 

- Page 142 : « En fin d’après-midi, à Crozes, l’ombre est venue avec la fraîcheur. Le château se réveille. Nous sortons pour prendre des rafraîchissements près des buis centenaires sculptées en boule. Dans le jour qui décroît, ils exhalent une odeur ancienne et acide. « Ces buis existaient au temps de Delacroix, dit l’hôtesse. Nous sommes aux petits soins avec eux. » visite de JPK au château de Crozes dans le Haut-Quercy où Delacroix est venu à un moment difficile de La Lutte.

 

- Page 214 : « L’odeur de l’église déserte et encerclée par la nuit a changé. C’est une sensation plus lourde comme si l’absence de la lumière avait terni les frais effluves du jour. Cela ressemble à une senteur capiteuse de vieux bois précieux, un peu rance, laissée probablement par la stéarine des cierges, cet acide gras qui fixe la poussière et noircit la pierre des églises. »

 

- Page 258 : « La chaleur de l’été ranime des effluves de poussière desséchée, une odeur de vieille étoffe moisie que la canicule a rigidifiée. »

 

- Page 260 : « D’où provient cette odeur défraîchie et écœurante de grenier et de fripes crasseuses ? »

 

- Page 265 : « La nef dégage une odeur de cire et de moisi. »

 

- Page 286 : « Il a suffi que la lumière se rallume pour que l’odeur de la crypte change. Elle rappelle à présent le fruit blet. »

 

- Page 288 : « Il s’en dégage des relents fanés de poussière avec quelques notes terreuses et humides. »

 

- Page 298 : « les cierges de la chapelle des Âmes du Purgatoire s’éteignent. La pointe noire de la mèche fumante renvoie jusqu’à moi une odeur de graisse de mouton. »

 

- Page 307 : « Quand je vois La Lutte, je ne puis m’empêcher de penser à la forêt de Sénart, à l’odeur humide qui se dégage des hautes futaies. La muraille des Saints-Anges répand un parfum acide et verduré, l’humus des débuts du monde que l’on respire encore dans quelques chemins retirés. Delacroix aimait errer et patauger dans la boue grasse, observant les matières organiques en décomposition, les « creusets vivants de la refonte universelle. »

 

- « À chaque visite, je pénètre à l’intérieur du chêne crevassé. Cette sensation d’écorce un peu moisie qui ressemble au parfum des vieux chais à cognac est pour moi l’odeur même du temps. Enfermé dans le ventre de l’arbre, j’ai le sentiment de m’introduire dans la caverne interdite, d’entendre la fermentation du passé. » le chêne d'Antin qu'aimait tan Delacroix.

 

La pagination indiquée est celle de l’édition Folio n°3727

 

 

Ma focale sur les odeurs ne doit pas vous faire accroire que celles-ci aient constituées mon unique intérêt pour ce livre. Loin de là, tout d’abord il m’a fait lever les yeux pour vraiment contempler l’église Saint-Sulpice fraîchement ravalée. La découvrir. Je n’y étais entré que lors d’une messe de minuit glaciale. Ensuite, j’ai découvert à la fois Delacroix en suivant avec gourmandise la quête têtue de JPK et JPK lui-même.

 

Se glisser dans l’Envers du décor à toujours fait partie de mon imaginaire : « Je rêvais de me glisser sous la peau de la mer… »

 

St Michel : Delacroix, Michel terrassant le dragon 

Jean-Paul Kauffmann grand capteur d’odeurs : de FOG à l’Amateur de Bordeaux en passant par La lutte avec l’Ange de Delacroix à Saint-Sulpice…
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27 octobre 2015 2 27 /10 /octobre /2015 06:35
Dans la cuve, les 2 vignerons bourguignons, nageurs infatigables se baignent furieusement dans le sang de la vigne, leurs corps teintés de pourpre ruissellent de 1000 perles de rose ; chaque poil s’allume des gouttelettes vineuses…

Aujourd’hui je suis à Dijon et Bourguignon à un double titre – si je suis bon élève vous en saurez plus demain – mais pour célébrer mon attachement à ce terroir d’exception qui va en fin de semaine célébrer de façon fort médiatique ses 3 Glorieuses, je vous propose ce texte plein de lyrisme et de fureur.

 

- Panier! Panier! S’écrie la Jeanne Brenot, toute à son ouvrage.

 

Le Louis se précipite, s’empare du récipient, en verse le contenu dans sa hotte en osier tressé fin. Il tasse le raisin de ses poings massifs, sans pouvoir l’empêcher de déborder en un léger monticule.

 

[…]

 

Le Louis enlève le paisseau qui, obliquement fiché en terre, maintenait droit la hotte. Il la soulève par les épaulettes tandis que le Marcel en empoigne le fond et le soutient. Jouant des bras, le Louis enfile les cordelières, et le voilà parti.

 

Il descend la vigne, freinant quelque peu sur ses talons de sabot, la vitesse que tentent de lui imprimer la pente et le poids écrasant de son fardeau. Il parvient au chemin, où se trouve rangé le char ; il escalade cinq barreaux de l’échelle collée à un tonneau, chapeauté d’un semi-entonnoir de tôle peinte.

 

Il se détourne brusquement, des épaules, du tronc et des fesses, prononçant un quart de tour à gauche : le côté de la hotte se place perpendiculairement au fût ; alors l’homme pèse de toute sa force sur le pied droit, élève le gauche qui décrit une oscillation de balancier. Il baisse l’épaule droite : la hotte lève du cul, et le raisin dégringolant, bat à coups précipités le flanc de l’entonnoir qui le renvoie prestement au fond du fût ; le vin n’aura pas le temps de prendre un goût de ferraille. Ramenant la jambe gauche contre la droite, le porteur se redresse : faisant face au tonneau, il s’appuie des genoux contre un échelon, et saisit à pleine mains, la massue de son pigeou, et l’abat alternativement pour heurter, de plein fouet, la vendange.

 

Sous la pression du fouloir, le jus jaillit contre les parois du fût, hors du fût aussi, pour éclabousser de sa pourpre les bras nus du Louis, son devanter, sa chemise, et jusqu’à son visage : le voilà bien, l’homme rouge, à l’image du vin qu’il accouche.

 

[…]

 

Le vingt et un au matin, on a coupé les pinots au Toine. Avec ceux du Louis, ça a rempli la grande cuve. On avait hermétiquement bouché la bonde, avec une quille en bois, et contre elle, intérieurement, on avait déposé une javelle de sarment, pour empêcher les grumes de se précipiter à l’orée du robinet, quand on soutirerait la cuve.

 

[…]

 

Le Louis et le Gavello, suivis du Toine, s’en étaient allés au magasin, pour fouler à fond, la cuve. Le Marcel, désœuvré, les y avait rejoints.

 

Le Louis et le Toine, chacun de son côté, grimpent sur des échelles adossées à la cuve. Ils retirent leur devanter, le déploient, l’agitent, à bout de bras, au-dessus des raisins en fermentation. Précaution élémentaire que d’épousseter la cuve ! Hélas ! combien ne l’ont pas fait ! Combien ont payé cette négligence, de leur vie ! Pour ne point être asphyxié, il faut ouvrir un vaste champ au gaz carbonique qui sature l’air ambiant de la cuve.

 

Ce travail préalable accompli, le Toine et Louis descendent à terre. Le père remet son tablier, et, le fils et le commis se dévêtent lentement.

 

- Bon dit le Toine au Marcel, cette cuvée-là, ça va faire un vin clair, un vrai vin de la Côte. Pour que nos vins soient parfaits y faut qu’on voie le jour au travers. Les vins forcés, presque noirs, y’a qu’en Beaujolais que ça donne des résultats…

 

[…]

 

Le Louis et le Gavello, dans le plus simple appareil, sont montés s’asseoir au rebord de la cuve, auquel ils s’agrippent solidement, des deux mains. Ils font face à la vendange. À la surface, les grappes se sont agglomérées en une croûte qui se colle, tout au pourtour des douves.

 

Le Louis risque un pied, puis un autre, donne de la force d’une jambe contre l’obstacle : il résiste. À l’abri de cet épais rideau, au bas de la cuve, s’accomplit le mystère de la fermentation. Les grappes torturées naguère par le pigeou ont exprimées leur suc : il s’est laissé glisser tout au long de l’immense marmite, comme pour rechercher le contact d’un invisible foyer. Il s’échauffe, il bouillonne, il chantonne, l’hymne automnal de la genèse du vin. Effrayés de l’inconsciente fièvre qui les gagnent, les grappes remontent à la surface, aspirer une bouffée d’air libre qui les glace, et tue en elles les ardeurs de la vie. À quoi bon vouloir protéger le moût ‘en bas, du lourd chapeau de leur corps emmêlés ? Qu’a-t-il à craindre ? Le soleil n’est point au ciel de cuvage. L’air ? Il y reste insensible de lui. Les grappes, elles, oublient leur devoir sacré. Elles s’enfuient, au lieu de plonger au gouffre fervide, pour l’éclatante métamorphose…

 

[…]

 

Le Louis et son domestique appuient les pieds fermement sur la croûte. Leurs efforts la font se décoller de la paroi des douves. S’accrochant plus solidement des mains au rebord de la cuve, ils frappent le chapeau de leurs genoux, comme un marteau-pilon. La croûte, sur eux, s’incline et s’enfonce, tandis qu’elle se soulève à l’opposé. Quelques coups de genoux encore, et la voici presque d’équerre avec la cuve. Alors, d’une vigoureuse pesée des pieds, les hommes font basculer le chapeau : il se retourne comme omelette, dans la poêle de la Julie, et son envers scintille de mille gouttelettes pourpre. Le Louis et le Gavello, rejettent la tête en arrière, pour ne point respirer l’air saturé de gaz.

 

[…]

 

Les fesses toujours épousant le rebord de la cuve, prenant leur élan à la force des mains, qui crochètent rageusement le haut des douves, les hommes pédalent, et, du plat de leurs pieds, détachent du chapeau, des grappes ; ils les projettent au-dessous d’eux, dans l’abîme du jus bouillonnant ; elles se plaquent au plancher, en monticules, format le piédestal, grâce à quoi, le vigneron émergera du moût des épaules et de la tête.

 

Dès qu’ils pensent s’être fait un pied suffisant, le Louis et le Gavello se laissent tomber dans la cuve, de tout leur poids. Sur lui, le raisin a gardé le souffle glacial de la bise qui l’a vu cueillir. Les deux fouleurs en sifflent de saisissement, et, malgré eux, comme au gros de l’hiver, claquent des dents ; Ils piochent à pleins doigts dans le chapeau, et ramènent, sur leur poitrine, des brassées de grumes triturées.

 

Ils les écrasent encore contre eux, de toute la pression de leurs paumes, les font descendre tout au long de leur ventre, de leurs cuisses ; courbant légèrement les reins, ils lancent, entre leurs jambes, la vendange, en arrière d’eux, puis d’un coup de talon savamment appliqué, l’aplatissent au fond, sur le monceau de la genne.

 

Et la ronde continue dans la cuve, des deux vignerons. Nageurs infatigables, ils se baignent furieusement dans le sang de la vigne. En bas, les grappes amoncelées montent, montent, et les hommes s’élèvent. Leurs corps teintés de pourpre ruissellent de mille perles de rose ; chaque poil s’allume des gouttelettes vineuses…

Bientôt, on ne voit plus de grumes : seuls les pépins surnagent à la surface du liquide murmurant.

 

Le soir tombe, la pénombre se colore vaguement de lueurs rouges, et enveloppe, d’un rouge fantomatique, le Louis et le Gavello, qui dominent la vendange, du haut de leur victoire : l’homme, l’air, le raisin, tout est vin.

 

Pigeou : « En Saône-et-Loire, pilon pour tasser le raisin dans les bennes. »

 

Piger : « Enfoncer périodiquement le chapeau qui flotte sur la cuve dans le moût en fermentation. En Bourgogne, fouler, presser sous les pieds, en parlant des raisins qu’on écrase dans lacuve avec les pieds ou le pigeou. »

 

Devanter, devanteau, devantin ou devantier : tablier

 

La genne : « Dans le Doubs, et de la Côte d’Or au Mâconnais, le marc qu’on porte au pressoir tel qu’il sort de la cuve. »

 

Fervide : bouillonnant.

Dans la cuve, les 2 vignerons bourguignons, nageurs infatigables se baignent furieusement dans le sang de la vigne, leurs corps teintés de pourpre ruissellent de 1000 perles de rose ; chaque poil s’allume des gouttelettes vineuses…
Dans la cuve, les 2 vignerons bourguignons, nageurs infatigables se baignent furieusement dans le sang de la vigne, leurs corps teintés de pourpre ruissellent de 1000 perles de rose ; chaque poil s’allume des gouttelettes vineuses…
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26 octobre 2015 1 26 /10 /octobre /2015 06:00
Halte à la débauche, censurons des pans entiers de l’œuvre d’Alexandre Dumas pour incitation de notre belle jeunesse à l’excès de boisson d’AOC !

Vraiment je ne comprends pas l’ANPAA et ses acolytes alcoologues, adeptes de la guérilla dans les prétoires de la République, de faire preuve d’une telle tolérance à l’endroit de littérateurs classiques déversant à longueur de lignes des flots de beuveries vineuses.

 

Je sais que ces gosiers coincés vont me rétorquer: les jeunes ne lisent plus !

 

Sauf que, mes cocos de l’eau plate, Alexandre Dumas fait encore parti des humanités dans les lycées, du moins je l’espère. Il faudra que je vérifie auprès d’Alain Finkielkraut qui est très remonté sur le sujet.

 

Ceci écrit, le Dupont, qui s’Invigne facilement et religieusement dans cette bonne ville de Reims où nous sacrions nos Rois de France, devrait exiger dans le Point la lecture obligatoire de ce qui suis :

 

- Topez là, avait répondu Chevet comptez sur moi, vous serez bien soignés monsieur Dumas.

 

Les gosiers furent ainsi bien soignés, puisque Belle avait veillé à mettre 300 bouteilles de bourgogne au frais, 300 autres de bordeaux à chambrer et autant de champagne à glacer.

 

900 bouteilles ! 3 par personnes en moyenne ! Rien d’étonnant donc, à ce que sur le coup des 3 heures du matin quelques éméchés se fussent lancés dans une folle farandole, un galop endiablé. Ne vit-on pas alors le grave Odilon Barrot , ancien préfet de la Seine devenu député de l’Eure, danser frénétiquement dans les bras d’une grisette. »

 

Michel de Decker Alexandre Dumas 1 pour tous, toutes pour 1

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25 octobre 2015 7 25 /10 /octobre /2015 06:00
Famille de saltimbanques Picasso 1905

Famille de saltimbanques Picasso 1905

Mon propos dominical est iconoclaste, et même si certains mauvais esprits contestent mon inlassable apostolat de moine cistercien je continue de tracer mon sillon sans lâcher les manchons de ma charrue vigneronne.

 

Ce cri du cœur de son maître de musique s’adresse à William Sheller… qui à 11 ans, sait qu’il sera musicien. Le piano est son instrument. Son maître de musique, Yves Margat, élève de Gabriel Fauré, le prépare au Prix de Rome et… la découverte des Beatles va provoquer un immense séisme en lui et il abandonne ses études de musique contemporaine pour devenir un des rares chanteur à savoir faire sonner Pop la langue française.

 

La suite ICI « William Sheller un satellite de cette planète d’où il se sent étranger… »

 

Quel rapport avec le monde du vin me direz-vous ?

 

Ma boutade titre est aussi un cri du cœur face au convenu et à l’étroitesse de la focale, je devrais écrire de la palette, du champ musical, des chantres de la culture du vin. Leurs notes ne sont que des chiffres secs, leur partition d’une pauvreté lexicale attristante, et leur incapacité à créer du lien entre les générations désolante.

 

Ça sent la naphtaline et la poussière glissée sous le tapis !

 

Si j’ai choisi William Sheller pour illustrer mon propos c’est qu’après 7 ans d’absence, avec son nouvel opus Stylus, il se dit touché que de jeunes talents reprennent ses chansons, comme Christine and The Queens, dont la version de Photos Souvenirs dit-il est tout simplement admirable : « J'ai été étonné et ravi d'entendre Christine and The Queens reprendre sur scène Photos souvenirs. En général, on choisit plutôt Un homme heureux, comme si j'étais né avec cette chanson... »

 

Ses arrière-grands-pères : Stravinsky, Chopin, Ravel, Schubert

 

«Ce sont des virtuoses, qui faisaient ressortir l'âme du piano. Grâce à eux, j'ai appris la mélodie, la composition, le toucher, les dissonances. Je me suis rendu compte, après coup, qu'Avatars tenait autant de Pink Floyd que de Stravinsky. »

 

Ses pères : Aznavour, Brel, Ferré, Brassens

 

«Les quatre maîtres de la chanson passaient en boucle à la maison. Musicalement, ils utilisent des formules traditionnelles, mais leur manière de façonner la langue française est incroyable : chaque syllabe est calée sur une note.

 

Et maintenant ses filles et ses fils Christine and The Queens et Jean-Louis Murat.

 

Seuls les saltimbanques, ceux à qui les biens pensants refusaient la sépulture, peuvent conjuguer rupture et transmission car ils sont éternels, ils savent tisser des liens forts entre les générations sans pour autant renier leur héritage.

 

C’est pour cela que je rêve à un retour à une approche esthétique du vin qui accepte et assume à la fois l’héritage et les ruptures générationnelles.

 

Je vous propose donc le dernier William Sheller qui selon le Journal de Genève « À l’écouter, William Sheller n’a pas pris sept ans. Ni même de rides qui gâteraient Stylus, treizième album fidèle au style épuré de ses dernières tournées, gravé au stylet d’une inspiration pointant la mélancolie.

 

Ses histoires respirent le malentendu anachronique. Ainsi du disque «rayé» du bluesy Walpurgis. Mais Stylus refuse l’inélégance de geindre, vise l’autodérision du moine bouddhiste, du «Petit Pimpon qui n’a plus d’essence».

 

La simplicité ici, touche au riche dénuement, s’attache à remettre l’essentiel dans les cordes au ventre du piano. Ainsi vont Les enfants du week-end, qui regrette déjà «tout ce qu’on n’a pas eu le temps de s’offrir». Avec une conviction souveraine: si le temps a creusé le personnage de William Sheller, c’était pour lui fabriquer des certitudes. »

 

Et bien sûr Photos Souvenirs de William Sheller interprété par Christine and the Queens…

 

Bon dimanche… et en bonus un poème d'Appolinaire chanté par Yves Montand...

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24 octobre 2015 6 24 /10 /octobre /2015 06:00
Le vin prétentieux selon Kilien Stengel dans son Dictionnaire du bien manger… Le vin d’aujourd’hui est-il réellement du vin ?

L’auteur, Kilien Stengel, à un parcours atypique, « né en Gastronomie, pays où le discours démocratique se limite à « Oui Chef ! », le libéralisme à « le client a toujours raison » et la politique d’entreprise aux préceptes du « Guide Michelin», cet auteur et enseignant au parcours atypique fit carrière en Relais & Châteaux étoilés Michelin, et fut hôtelier-restaurateur, avant de devenir auditeur qualité pour le Ministère du Tourisme, et recruteur du personnel de cuisine pour le Ministère de l’Equipement. Il fut durant 12 ans professeur de gastronomie à l’Education nationale puis affecté à l’inspection d’apprentissage du Rectorat de Paris. Collaborant avec diverses associations, commissions municipales, conseils régionaux et généraux, en 2008, cet enseignant intègre l'université François-Rabelais de Tours dans l’équipe de l'Institut européen de l'histoire et des cultures et de l'alimentation pour participer à l’inscription du « Repas gastronomique des Français » au patrimoine culturel de l’humanité, et où il organise chaque année les Rencontres Rabelais, qui traitent des sujets de fond : Qu’est-ce qu’un bon produit ? Cuisine-santé ou plaisir ? Sait-on transmettre l’alimentation ? Le tourisme gastronomique, Les nouvelles tendances... » source Babelio.

 

Pour ceux qui sont sur Face de Bouc c’est ICI 

 

Il vient de nous livrer, chez Honoré Champion, un Dictionnaire du bien manger et des modèles culinaires.

 

Vous me connaissez je me suis précipité à la lettre V et j’y ai noté :

 

  • Que le cépage cabernet sauvignon « étymologiquement originaire du latin bidurica qui donnera plus tard la bidure puis la biture, autrement dit une « mauvaise cuite », une origine pas forcément glorieuse, mais ceci dit amusante. »

  • « Avec leurs arômes prétentieux pour lesquels les nouveaux chimistes de l’œnologie ont un penchant coupable, voire immodéré, il est bien difficile de nos jours de trouver un vigneron qui produit un vin à l’ancienne, un vrai grognard de la garde des vins authentiques. Imaginez un vin qui comme son vigneron fait figure de dinosaure, aussi nerveux l’un que l’autre. Le vin d’aujourd’hui est-il réellement du vin ou est-ce plutôt une boisson alcoolisée aromatisée qui doit plaire au consommateur et qui sert les intérêts de ceux qui les élaborent ? L’élaboration des vins est devenue une science exacte et les formules magiques ne sont plus tirées de grimoires, mais soigneusement mises en fiches dans les mémoires des ordinateurs. Le maître de chai est encore là, certes, essentiellement pour le folklore, mais il a cédé la place à l’électronique et à la chimie moderne, que des apprentis sorciers manipulent avec un certain succès. C’est l’inexorable marche du temps que l’on appelle le « progrès » et l’implacable évolution des goûts et des modes avec des extravagances comme celle du « fût neuf », que semble prôner tout le vignoble mondial : les vins sont dès lors trop boisés, et leur dégustation vous fait vous demander si vous n’êtes pas en train de… mâcher une branche. »
  •  

Pas très rock-and-roll cette affaire, on peut aimer Iggy Pop et Tom Waits et contribuer à l’extension du domaine des vins prétentieux !

 

Beaucoup de « fées » se penchent pourtant sur les berceaux :

 

« Pour ce millésime, le château Lanessan a fait appels aux conseils d'Hubert de Boüard. Aux côtés d'Eric Boissenot et en complémentarité avec l'œnologue historique* de la propriété, Hubert de Boüard apportera son expertise et sa technicité de la vigne. »

 

L’œnologue historique, Paz Espejo, a dans l’histoire perdu nom et prénom…

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23 octobre 2015 5 23 /10 /octobre /2015 06:00
Paulée des villes, paulée des champs… « S’emparant d’une bouteille de vin nouveau, que lui tend la Madeleine, sa femme, il asperge la croix de paulée, des prémices de la récolte. »

Grande première dimanche passé, dans un grand chai néo-art déco de la rue de Lille qui bute sur la rue de Beaune, les tauliers Carole Colin et Denis Jamet, organisaient au lieu-dit Les Climats la première paulée parisienne.

 

C’est quoi une paulée ?

 

Dans son Dictionnaire du Monde Rural Les Mots du passé Marcel Lachiver explique c’est qu’est une paulée : « En Bourgogne, repas et réjouissances qui suivent la fenaison, moisson et vendange, et qu’à Dijon on appelait tue-chien. On trouve aussi pêlée, poêlée, dans certaines régions on écrit aussi pôlée. En Bourgogne, la tradition de la paulée des vignerons a repris en 1923. »

 

Comme toujours, poursuivant inlassablement mon œuvre d’éducation populaire, je vous offre, avant d’aborder le versant moderne de la paulée,  un morceau de choix tiré du livre d’André Lagrange « Moi je suis vigneron » publié en 1960.

 

 

Pendant que le vin « travaille » y’a beaucoup de monde devant le cuvage de Jean-Marie

 

- Y a-t-y une paulée comme d’habitude, oui ou non ?

 

- Bien sûr, demain. Le Louis vous a donc pas fait la commission ?

 

- Si, mais, comme t’avais rien dit hier au soir…

 

- Je savais pas exactement, le régisseur est venu seulement ce matin. Le Môssieu est à Paris. Il arrive à Chalon, au rapide, cette nuit.

 

[…]

 

« Tout le monde discute de choses et d’autres, quand survient Monsieur de la Vernaye. Les hommes se découvrent. Aimablement, le propriétaire va serrer la main de chacun. Un grand avocat, ça sait être poli…

 

Petit discours du plus vieux vigneron, le Toine, juché sur l’échelle appuyée au linteau du magasin :

 

« Tout ce que j’ai à dire, c’est que depuis soixante ans que je me rappelle, j’ai encore pas vu un vin si fort en alcool, ni si bouqueté… Y me reste qu’une chose à souhaiter, c’est que dans soixante ans, on se retrouve tous ici, et qu’on puisse dire : c’est la deuxième fois qu’on goûte une cuvée pareille. »

 

Monsieur de la Vernaye donne le signal des applaudissements.

 

« Le Toine cède la place au Jean-Marie, qui cloue, au-dessus du portail une croix rudimentaire, faite de deux troncs de paisseaux, habillée de lierre, et garnie de raisins rouges et blancs. Puis s’emparant d’une bouteille de vin nouveau, que lui tend la Madeleine, sa femme, il asperge l’ex-voto, des prémices de la récolte. »

 

Ensuite « Jean-Marie tire, sur une feuillette, un chant de flûte de vin déjà en fermentation, et en emplit la tasse d’argent que son patron a sorti de sa poche…

 

Celui-ci grume la liqueur, la regrume encore un coup, puis :

 

- Mes compliments Jean-Marie, et mes remerciements les plus sincères ! Grâce à toi, tous les sucs des plantes de nos coteaux se sont donné rendez-vous dans mon verre pour exhaler un parfum subtil et enivrant.

 

[…]

 

Survient le régisseur, le Félicien Chanteau, traînant un petit tombereau empli de bouteilles bouchées…

 

« Monsieur de la Vernaye donne l’ordre au Félicien de servir un blanc cinquante, premier choix. Il emplit les verres trônant au milieu d’une table de fortune : quelques planches reposant sur des tonneaux…

 

[…]

 

« On trinque à la santé du Môssieu si généreux. Lui il se rapproche du Marcel, et pendant que tout le monde déguste avec ferveur, il engage la conversation :

 

- Où en es-tu de tes études ?

 

- Je vais me présenter à l’agrégation de philosophie.

 

- C’est fort bien !... En attendant tu fais la paulée ?

 

- Comme tout le monde !

 

- Tu as bien raison. Personnellement j’ai toujours tenu à ce que, chez moi, on célébrât la paulée : on me traitera de réactionnaire, un peu plus, un peu moins d’ailleurs. Vois-tu, Marcel, on a considéré la tradition comme un obstacle au progrès. Quelle erreur grossière ! On l’a confondu avec la routine. Au reste, les défenseurs du progrès prennent-ils seulement le soin de définir de terme !

 

- Généralement pas.

 

- Ils entendent, sous quelque forme que ce soit, le progrès matériel, c’est-à-dire, en fin de compte, la substitution à l’homme, de la machine, qu’ils voudraient, de plus en plus, modeler à son image, jusqu’à en faire un robot pensant.

 

- Oui. L’âge d’or de l’humanité, en somme, coïnciderait pour eux, avec l’oisiveté totale et universelle…

 

[…]

 

- Au fond, Monsieur de la Vernaye, l’idéal serait d’aboutir à un monde où la machine supprimerait la peine de l’homme, sans le frustrer de ses joies essentielles : la possibilité d’agir à sa guise, ce qui engendre le besoin de créer et la satisfaction de l’œuvre achevée.

 

- C’est très vrai. Vois-tu, tout à l’heure, quand Jean-Marie plantait sa croix de paulée, il accomplissait un geste millénaire : nos ancêtres gallo-romains offraient en remerciements à Bacchus, une couronne de feuillage. Le christianisme a changé les accessoires. Mais au fond persiste la volonté de s’incliner devant une force supérieure, à qui l’on doit rendre des comptes.

 

- Sans aucun doute. Et ce sentiment de gratitude, confusément exprimé, honore grandement l’homme : l’humilité assigne des limites à son orgueil de créateur, et lui évite la tentation d’apprenti-sorcier… »

 

Revenons au temps présent :

 

 

C’est la Paulée de Meursault, créée en 1932 par Jules Lafon, aujourd’hui Domaine des Comtes Lafon, alors maire de Meursault, qui redonne de la modernité à la paulée. Il eût l’idée de rétablir la tradition du repas de fin de vendanges. Ce repas, traditionnellement, rassemblait le propriétaire et ses ouvriers. Il invita 35 de ses amis à un petit banquet : la Paulée de Meursault était donc née. Elle clôture les Trois Glorieuses célébrées chaque troisième week-end de novembre en Bourgogne :

 

- La première glorieuse : le troisième samedi de novembre se déroule au château du Clos de Vougeot la réunion du plus grand chapitre annuel de la Confrérie des Chevaliers du Tastevin avec grand dîner au château.

 

- La deuxième glorieuse : le dimanche qui suit, a lieu à l’Hôtel-Dieu de Beaune, la vente aux enchères des Hospices de Beaune.

 

- La troisième glorieuse : le lundi suivant c’est donc la Paulée de Meursault.

 

Elle se déroule dans l’ancienne salle de vinification du château de Meursault, ex- propriété de la famille Boisseaux, fondatrice du groupe Kriter et de la maison Patriarche qui ont été revendus au groupe bordelais de Pierre Castel.

 

« 800 convives, les agapes commencent vers 13 h et vont s’étirer tout l’après-midi. Le repas est payant mais chacun apporte son vin, le meilleur si possible (jéroboams, grands crus, millésimes anciens…). En résumé, on assiste à un véritable marathon gastronomique avec force bouteilles (dont la dégustation peut s’étirer jusqu’à l’aube dans la cave de certains vignerons de Meursault), le tout ponctué de discours et de chansons bachiques dont la Bourgogne a le secret. »

 

Dimanche dernier nous étions moins nombreux à la paulée des Climats mais l’esprit festif de la paulée était là bien présent. Chacun de nous avait apporté dans sa petite musette de beaux flacons qui trônaient en bataillons serrés sur le bar des Climats avant que nous leur fissions un sort.

Paulée des villes, paulée des champs… « S’emparant d’une bouteille de vin nouveau, que lui tend la Madeleine, sa femme, il asperge la croix de paulée, des prémices de la récolte. »

Le temps était incertain mais j’y suis allé à vélo.

 

Ensuite, le mieux c’est de vous proposer une brassée de photos :

 

Tout d’abord hommage à l’assiette et à ceux qui l’ont faite et l'un de mes vins qui allait bien avec : 

Paulée des villes, paulée des champs… « S’emparant d’une bouteille de vin nouveau, que lui tend la Madeleine, sa femme, il asperge la croix de paulée, des prémices de la récolte. »
Paulée des villes, paulée des champs… « S’emparant d’une bouteille de vin nouveau, que lui tend la Madeleine, sa femme, il asperge la croix de paulée, des prémices de la récolte. »
Paulée des villes, paulée des champs… « S’emparant d’une bouteille de vin nouveau, que lui tend la Madeleine, sa femme, il asperge la croix de paulée, des prémices de la récolte. »

La suite des évènements :

Paulée des villes, paulée des champs… « S’emparant d’une bouteille de vin nouveau, que lui tend la Madeleine, sa femme, il asperge la croix de paulée, des prémices de la récolte. »
Paulée des villes, paulée des champs… « S’emparant d’une bouteille de vin nouveau, que lui tend la Madeleine, sa femme, il asperge la croix de paulée, des prémices de la récolte. »Paulée des villes, paulée des champs… « S’emparant d’une bouteille de vin nouveau, que lui tend la Madeleine, sa femme, il asperge la croix de paulée, des prémices de la récolte. »
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22 octobre 2015 4 22 /10 /octobre /2015 06:00
Terrine sauvagine du chef Julien Boscus pour la Paulée du restaurant Les Climats

Celles et ceux qui me connaissent intimement savent que j’ai l’âme d’un moine cistercien, un défricheur de la Toile qui, inlassablement poursuit sa mission d’éducation populaire auprès des jeunes pousses comme des vieilles branches scotchées à leur écran.

 

Dimanche dernier, en une enclave de la Bourgogne à Paris, le restaurant Les Climats, sis rue de Lille, à l’ombre de la Caisse des Dépôts et Consignations, le chef Julien Boscus nous avait préparé en entrée pour la Paulée : une Terrine que j’ai baptisée sauvagine.

 

*« Ensemble des oiseaux sauvages qui ont le goût sauvagin (Se dit du goût ou de l'odeur particulière de certains oiseaux sauvages.)» dit le Larousse.

 

Qu’est-ce donc une terrine ?

 

Permettez-moi un petit saut dans l’Histoire :

 

- On lit dans le Dictionnaire général de la cuisine française d’Alexandre Dumas :

 

Terrine : « Entrée, qui tire son nom de l'usage où l'on était autrefois de servir la viande dans la terrine même où elle avait été cuite, sans aucune autre sauce que le mouillement qu'elle avait produit. Aujourd'hui la terrine est composée de plusieurs sortes de viandes cuites à la braise, qu'on sert dans un vase appelé terrine, soit d'argent ou de porcelaine, avec telle sauce, coulis, ragoût ou purée qu'on trouve bien d'y ajouter.

 

Les terrines de foies de canards de Toulouse et celles de Nérac, qui sont garnies de perdreaux aux truffes, ont une juste réputation ; mais tout cela doit céder à l'ancienne terrine du Louvre, ainsi qu'elle est formulée par Leclerq. »

 

Terrine à l'ancienne mode.

 

Faites cuire avec du bouillon un poulet gras, une perdrix, le râble d'un lièvre, une noix de veau et une noix de mouton, le tout piqué de lard moyen bien assaisonné de fines herbes et d'épices. Laissez tout cela bouillir ensemble. Pelez ensuite des marrons grillés, nettoyez-les convenablement et mettez-les à cuire avec les viandes. Fermez bien la terrine et lutez-la de pâte ferme, afin que tout cela cuise en son jus. Dégraissez la sauce avant de la servir, et ajoutez-y pour lors un gobelet de vin des Canaries.

 

Terrines d'ortolans.

 

Hachez en portions égales la chair d'un ou deux perdreaux et de la panne de porc ; ne vous contentez pas de hacher, mais assaisonnez et pilez jusqu'à ce que la pâte soit bien lisse, coupez les cous et les pattes des ortolans, étendez une couche de farce dans la terrine, semez dessus de la truffe.

 

Rangez sur votre farce un lit d'ortolans que vous assaisonnez de sel épicé ; mettez une seconde couche de farce sur laquelle vous semez de nouveau des truffes ; couchez une autre rangée d'ortolans que vous assaisonnez comme la première. Finissez par une couche de farce et de truffes, couvrez de bardes de lard, mettez une feuille de laurier dessus, couvrez la terrine et faites cuire.

 

Mais la terrine est aussi un contenant 

 

- « De forme ovale, la terrine est un récipient en général posé sur un plateau, doté d'une doublure et accompagné d'une grande cuillère ovale ainsi que d'une fourchette à servir. L'origine de la terrine est quelque peu mystérieuse ; il est probable que ce type de récipient soit une imitation luxueuse des récipients de terre modestes, sans pied ni anse, utilisés dans les cuisines pour la cuisson des pâtés. Néanmoins il semblerait que l'on servait dans les terrines d'argent des recettes se rapprochant plutôt du ragoût. Accompagnées de pots à oille, de forme ronde, les terrines faisaient partie des éléments les plus importants des services de table. Dans la première moitié du XVIIIe siècle, un nombre constant et égal de terrines et de pots à oille est intégré aux services, mais cet équilibre ne dure pas. »

 

- « Tians et terrines ont une étymologie commune : le tian est un mot provençal ancien, issu du grec tegamon qui signifie poêle à frire, qui désigne un plat en terre cuite ; et terrine est issu du vieux français terrin, attesté dès le XIVe siècle et qui désigne un pot de terre.

 

C'est donc le même plat en langue d'Oïl - la terrine – ou en langue d'Oc - le tian -. La principale différence entre ces deux plats en terre est que le tian est un plat en terre vernissé le plus souvent rectangulaire et découvert, alors que la terrine, vernissée ou non, est toujours recouverte d'un couvercle.

 

Ce ne sont pas les seuls plats traditionnels de la cuisine qui doivent leur nom au récipient : ainsi le nom de cassoulet provient de la cassole d'Issel, petite cité proche de Castelnaudary, où l'on fabriquait les plats en terre cuits au four où l'on cuisait le cassoulet à four doux pendant plusieurs jours en perçant la croûte au moins six fois. Il en est de même des tajines arabes, qui dénomment à la fois le récipient tronconique et le plat qu'il contient.

 

Tians et terrines La chronique Histoire et Gastronomie de Jean Vitaux

 

- « Il ne fut pas dit une parole pendant le court trajet de la jetée de Guérande à l’extrémité du port du Croisic, endroit où se charge le sel que des femmes apportent dans de grandes terrines placées sur leurs têtes, et qu’elles tiennent de façon à ressembler à des cariatides. Ces femmes vont pieds nus et n’ont qu’une jupe assez courte. »

Honoré de Balzac La Comédie Humaine.

 

D’où vient-elle ?

 

- « Le maréchal de Contades, commandant militaire d'Alsace, de 1782 à 1788, craignait de se soumettre au régime culinaire de cette province, emmena avec lui son cuisinier, lequel se nommait close et était Normand. Il avait conquis la haute société de l'époque dans la haute société de l'époque la réputation d'un habile opérateur.

 

Le cuisinier normand avait deviné ce que le foie gras pouvait devenir entre les mains d'artiste. Avec le secours des combinaisons classique empruntées à l'école française , il avait élevé , sous forme de pâté, à la dignité de mets souverain en affermissant et en concentrant la matière première , en l'entourant d'une farce de veau et de lard haché que recouvrait une fine cuirasse de pâte dorée et historié . Tel était le pâté de foie gras à son origine.

 

En 1788 le maréchal de Contades fut remplacé par le maréchal de Stainvillier. Close entra pendant quelques temps chez l’évêque de Strasbourg, mais ayant assez de la servitude, épousa la veuve d'un pâtissier français nommé Matie, s'établit à Strasbourg et , pour la première fois, on vit vendre ces merveilleux pâtés, qui jusque-là avait fait les délice exclusif de Mgr L'évêque , de M. de Contades et de leurs convives .

 

La Révolution éclata et les parlements venaient de disparaître avec l'ancien régime ; les monarques licenciaient leurs cuisiniers quand, par hasard, celui du président du parlement de Bordeaux vint chercher fortune à Strasbourg.

 

Il était jeune, intelligent, ambitieux et se nommait Doyen.

 

Il débuta d'abord par les plus modestes confections, notamment par les chaussons de pommes, dans lesquels il excellait, puis il trouva les chaussons de veau hachés ; mais le pâté de Close l’intéressait au plus haut point ; il lui manquait quelques choses ; il trouva.

 

Doyen lui ajouta la truffe parfumée du Périgord et l’œuvre fut complète. »

 

Histoire de la terrine ou du pâté de foie gras J. FAVRE Dictionnaire universel de la cuisine.1895

Terrine sauvagine du chef Julien Boscus pour la Paulée du restaurant Les Climats

Mais revenons à la terrine populaire, dite de campagne servie avec des petits oignons, des cornichons et du vrai pain à la mie serrée et à la croûte croquante qui a été extirpée de l’oubli par les chefs de la bistronomie : Yves Camdeborde, Rodolphe Paquin, Thierry Breton…

 

Si vous souhaitez faire le tour de la question 2 livres : Terrines de Rodolphe Paquin et Terrine de Stéphane Reynaud.

 

Pour celle de Julien Boscus la sauvagine il faut :

 

  • Le gibier de chez « Huguenin » le roi du gibier à Paris Colvert, des Perdreaux, des Palombes, du Lièvre et de la Grouse…

Terrine sauvagine du chef Julien Boscus pour la Paulée du restaurant Les Climats
  • Faire cuire ces charmants et sauvages volatiles…

  • Les « épibosser » et les mélanger…
Terrine sauvagine du chef Julien Boscus pour la Paulée du restaurant Les Climats
  • Préparer les terrines, les chemiser…
Terrine sauvagine du chef Julien Boscus pour la Paulée du restaurant Les Climats
Terrine sauvagine du chef Julien Boscus pour la Paulée du restaurant Les Climats
Terrine sauvagine du chef Julien Boscus pour la Paulée du restaurant Les Climats
  • Cuire le tout au bain-marie

  • Démouler puis découper
Terrine sauvagine du chef Julien Boscus pour la Paulée du restaurant Les Climats
  • Servir en assiette…
Terrine sauvagine du chef Julien Boscus pour la Paulée du restaurant Les Climats

Déplier sa serviette et se régaler, entre chaque bouchée boire 1 Saint-Aubin 1er Cru 2014 Les Murgers des Dents de Chien de Dominique Derain.

 

La Terrine de Gibier est au Menu déjeuner des Climats : parfumée au marc de bourgogne, moutarde de Crémone, cornichon de la maison Marc et pain de seigle toasté.

Terrine sauvagine du chef Julien Boscus pour la Paulée du restaurant Les Climats
Terrine sauvagine du chef Julien Boscus pour la Paulée du restaurant Les Climats
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21 octobre 2015 3 21 /10 /octobre /2015 06:00
Des petites fenêtres ouvertes sur la vie vigneronne : le road-movie en BD de 2 filles Justine&Fleur pour l’amour du vin

Oh les filles, oh les filles

 

Elles me rendent marteau

 

Oh les filles, oh les filles

 

Moi je les aime trop…

 

C’était signé « Au bonheur des dames » un groupe de rock parodique des années 1970 emmené par Ramon Pipin. Ce fut leur plus grand succès qui figurait sur leur premier album Twist, sorti en 1974.

 

C’était le temps du Golf-Drouot, j’étais jeune et beau (c’est pour la rime) et je dansais le rock jusqu’au bout la nuit jusqu'à en avoir la pépie...

 

Beaucoup d’eau a coulé depuis sous les ponts de Paris et Bercy n’est plus le port du gros rouge mais un grand chapiteau abritant des décibels ou de la sueur ou les deux à la fois.

 

Le XXIe siècle du vin sera une affaire de filles n’en déplaise à la caste dominante et bedonnante !

 

Elles déboulent, jeunes et belles, sans complexe, pleine de vie, bousculent les codes, s’approprient le plaisir de boire, de le dire et, ici, dans le projet de Fleur et de Justine, en ouvrant des petites fenêtres sur la vie de ceux qui vivent de la vigne et du vin.

 

 

De suite elles affichent la couleur :

 

« La vocation, disait Stendhal, c'est d'avoir pour métier sa passion.» C'est notre cas – Fleur et Justine – passionnées, l'une par le travail des vignerons, l'autre par l'univers graphique et la bande dessinée.

 

Leur projet à 4 mains, si je puis dire, est né d’un besoin de mieux comprendre le travail de la vigne au fil de l’année, en arpentant différentes régions de France et d’Europe. La richesse et la précision des réponses apportées par les vignerons aux problèmes qu'ils rencontrent leur ont donné l'envie de partager leurs découvertes et parfois leurs secrets, dans un ouvrage à la fois pédagogique, drôle, et tendre, car ils sont extraordinaires, chacun à leur manière !

 

Elles projettent donc de publier, sous la forme d’une bande dessinées, des séquences narratives et des dialogues avec les vignerons qu’elles ont accompagnés dans leur geste quotidienne. Le choix de la bande dessinée c’est ouvrir une fenêtre aux professionnels et aux amateurs sur une autre façon de voir les techniques viticoles et les différentes manières de vinifier.

 

Ce sera un éphéméride illustré, conçu comme une invitation au voyage dans le temps et dans l’espace, pour éclairer la technique viticole : la taille (cordon de royat, guyot double, ombrelle, corbeille etc.), le travail des sols (mécanique, en traction animale ou à la pioche), les traitements (classiques, biodynamiques, bricolés et improvisés), ou encore les grandes questions telles que l’équilibre de la faune et de la flore en milieu viticole ou celles, fondamentales, du désir de faire du vin et du sens qui en découle...

Des petites fenêtres ouvertes sur la vie vigneronne : le road-movie en BD de 2 filles Justine&Fleur pour l’amour du vin

Beau et intelligent projet qui m’a de suite intéressé dès que Fleur me l’a exposé en partageant à déjeuner le pain et le sel et bien sûr une belle bouteille.

 

Si vous souhaitez le découvrir et le soutenir par une contribution, même modeste, les petits ruisseaux font les grandes rivières, rendez-vous sur le site qui lui est dédié sur Ulule ICI 

 

Faites tourner.

 

Merci par avance pour elles…

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19 octobre 2015 1 19 /10 /octobre /2015 06:00
Le produit fermenté est purement local et autochtone, et sa fabrication ne peut pas être délocalisée sous peine de perdre ses caractéristiques gustatives…

La laitière de Vermeer sur un pot de yaourt, les publicités pour les fromages industriels en recherche de légitimité, les vieilles marques de vin de table, les pains dits à l’ancienne, les vaches dans les prés, les poulets qui picorent, mettent en scène « l’âge d’or d’une paysannerie qui n’a plus cours, la campagne verte, la richesse de « nos » terres, la ruralité, la famille, l’enfance, la transmission, l’enracinement, l’attachement à des recettes ou des procédés ancestraux, et le patrimoine culturel. »

 

Beaucoup de nos contemporains, qui n’ont plus le temps disent-ils, ou qui ne le prennent plus, consomment des images pour se rassurer de leur angoisse face à la mondialisation, l’uniformisation, l’industrialisation.

 

Comme le note Etienne Klein : « Notre façon de confondre temps et vitesse en dit long sur notre rapport à la modernité »

 

« Le temps n’accélère pas. Il est indifférent à nos agitations : une heure dure une heure, que nous la passions à jouer aux boules ou à souffrir mille morts. Le cours du temps ne dépend en rien de notre emploi du temps, ni même de notre perception du temps : ce qui s’écoule dans le temps n’est pas la même chose que le temps même. Mais, par un effet de contagion entre contenant et contenu, nous sommes portés à attribuer aux temps les caractéristiques des processus qui s’y déroulent. C’est ainsi que la vitesse est une sorte de doublure métaphysique du temps : lorsque nous disons que le temps passe plus vite, nous imaginons un quelque chose qui coule à vitesse croissante. »

 

Alors c’est la course au prêt à manger, aseptisé, operculé, fabriqué avec du minerai rapidement élaboré, j’ose écrire élevé, poussé, boosté, car le temps c’est de l’argent, avec DLC, gaspillage, déchets, obésité, cul posé face à la télé ou vite fait mangé debout dans la rue…

 

Dans le même temps, les médias nous saturent de gastronomie, de belles recettes, de chefs de cuisine stars, de grands vins, d’inscription au patrimoine immatériel de l’humanité de nos beaux terroirs, de nos incomparables produits alors que le fameux peuple, cher à nos philosophes de comptoir, toutes classes sociales confondues, pousse le caddie à toute berzingue dans les temples modernes de la distribution. Les uns par pure nécessité économique, d’autres pour se payer voyages ou le dernier miracle de la technologie, d’autres encore par insouciance, désintérêt pour ce qui n’est, selon eux, après tout que se nourrir pour vivre.

 

Bien sûr, il existe des résistants, trop souvent éparpillés ou réfugiés dans leur petite chapelle, trop libertaires disent-ils, un poil libertariens, révolutionnaires en chaise longue, cosignataires de pétition ou de tribunes dans une presse moribonde, auteurs de films pour les seuls disciples, amateurs de buzz sur les réseaux sociaux, chacun pour sa peau comme nous disions sur nos cours de récréation.

 

Ne pourrions-nous pas, un instant, un bref instant, nous poser pour échanger, nous écouter, nous entendre sans pour autant verser dans une unanimité béate, afin de redonner du sens à un acte essentiel : nous nourrir.

 

Klein nous prévient, ce n’est pas simple, car « Il y a de fortes inégalités dans notre rapport au temps. Autrefois, dans les villages, il y avait un rythme collectif assez synchrone. Mais aujourd’hui, chacun peut individualiser son rapport au temps. Du coup, nous ne sommes plus vraiment ensemble. Cela rend plus difficile la création et l’entretien d’un lien social authentique. D’autant que beaucoup de nos concitoyens souffrent de se sentir hors du flux, de ne pas vivre avec la même intensité que les autres. »

 

Création et entretien d’un lien social authentique en voilà une belle ambition commune. Je n’ai pas écrit collective car c’est un gros mot.

 

Alors je pose au beau milieu de notre agora virtuelle un beau sujet de réflexion à ceux qui tentent ou disent qu’ils veulent, souhaitent, changer le cours des évènements.

 

Au commencement était le ferment.

 

Comme l’écrit Marie-Claire Frédéric :

 

« Le produit fermenté est nécessaire à la vie, il a même parfois sauvé des vies, et il est considéré comme bon pour la santé autant que bon au goût. Le produit fermenté a une dimension symbolique qui transcende celle de la simple qualité nutritionnelle ou gastronomique. Le produit fermenté est purement local et autochtone, et sa fabrication ne peut pas être délocalisée sous peine de perdre ses caractéristiques. Le produit fermenté est enfin considéré par les gens du pays comme étant lié à leur histoire. C’est un emblème de la communauté, il fait partie de la culture. On s’identifie à lui. Le fermenté en tant que marqueur identitaire pourrait diviser les hommes. En fait, il les relie, les unit même. Car, comme la cuisine, la fermentation nous définit comme humains. »

 

Et l’on revient au temps passé dans l’espace-temps invariant :

 

« Le temps est un véritable ingrédient. Il permet le processus de fermentation, et fixe le but, surtout lorsque ce but est la longue conservation du produit. Le lait, qui à l’état frais ne va pas se conserver plus de vingt-quatre ou quarante-huit heures, à une longévité de plusieurs années, lorsqu’il est transformé en fromage. On peut dire la même chose de bien d’autres aliments fermentés. Non seulement l’élaboration, mais aussi la maturation et l’affinage de ces produits s’inscrit dans le temps. C’est un processus à la fois long et dynamique que l’on ne peut raccourcir, sous peine de le voir échouer ou perdre de la richesse sensorielle du produit. Le temps qui, d’habitude, conduit à la putréfaction et à la mort, dans ce cas précis, sert au contraire à la prolongation de la vie. Le temps ne mène plus à la vieillesse et à la destruction, mais à la maturation qui, dans tous les cas, améliore l’aliment. Ma fermentation est aussi une manière de rendre acceptable l’inacceptable : le vieillissement ; et de réconcilier l’homme avec sa plus grande terreur : le temps qui passe. »

Le produit fermenté est purement local et autochtone, et sa fabrication ne peut pas être délocalisée sous peine de perdre ses caractéristiques gustatives…
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18 octobre 2015 7 18 /10 /octobre /2015 06:00
Sur les conseils d’Alessandra Pierini comme Pline je suis allé pêcher des agoni depuis mon lit dans le lac de Côme…

Taquiner le goujon, faire frétiller la mouche, contempler le bouchon, appâter, ce n’est pas ma tasse de thé, je n’ai pas l’âme d’un pêcheur.

 

Je me contente de pécher ça me donne la pêche.

 

Ceci écrit, né à quelques lieues du port des Sables d’Olonne, je suis amateur de poisson de mer. Pour ceux de terre, c’est plus récent et l’on n’en trouve guère sur les tables de mes cantines habituelles.

 

Alors, vous comprendrez, que dès que j’ai vu que dans sa belle nichée au flanc de l’église Notre-Dame de Lorette Alessandra Pierini vendait des agonis je me suis précipité pour aller en acheter. Ça m’a semblé plus simple que d’aller les pêcher depuis mon lit dans le lac de Côme lorsqu’on habite à Paris.

 

 

Qu’entends-je par cette étrange histoire de lit ?

 

Pas grand-chose comme l’aurait dit Francis Blanche, tout simplement dans le cadre de ma mission d’éducation populaire, j’étale mes références. En effet, selon Pline l’ancien sur le lac de Côme « on pêche presque de son lit les agoni, ces petits poissons séchés servis frits entre deux feuilles de laurier. »

 

Agoni vous avez dit agoni, agoni c’est qui ?

 

« On pêche dans le lac de Guarda, près de Vérone, un poisson gros comme un petit hareng ou une grosse sardine, connu en Italie sous le nom de agoni ou sardine d’eau douce ; car quoique ce lac soit d’eau douce, on trouve à ce poisson un peu le goût de la sardine de mer ; au reste il en a tous les caractères, tant pour les nageoires, que pour les ailerons.

 

Les agons du lac de Côme ne font guère plus grands qu’une forte sardine ou un célerin ; mais ils ont le ventre un peu plus large. On ne transporte ordinairement cette espèce que jusqu’aux environs de Milan & de Mantoue, les uns secs, les autres en barils, où ils font confits avec une saumure : il n’y a point dans ces provinces de poisson plus commun que les agons. »

 

Dictionnaire de toutes les espèces de pêche An IV de la République une et indivisible.

 

Qui sont donc ces agons ?

 

En italien donc l’agone, augmentatif de « ago » aiguille, à cause de la forme allongée de ce poisson, est une alose feinte.

 

En effet, il y a deux espèces d’aloses, l’alose vraie ou grande alose et l’alose feinte ou finte. Elles diffèrent non seulement par leur taille, mais aussi par leur nombre de taches qu’elles portent sur le dos (1 à 5 pour l’alose vraie, 6 à 10 pour la feinte).

 

 

Les aloses sont généralement des poissons migrateurs qui remontent de la mer dans les rivières pour s’y reproduire mais il en existe aussi dans les lacs. Elles sont donc anadromes car elles remontent les cours d’eau et potamotoques car elles pondent en rivière.

 

Maintenant vous savez ou tout ou presque sur les agonis me reste plus qu’à les cuisiner.

 

« La chair des aloses est appréciée, mais elle présente le grand inconvénient d’être porteuse d’arêtes très nombreuses et très fines. Déjà Aristote (IX, 37) qualifiait l’alose de « poisson à trop nombreuses arêtes » et le nom grec de ce poisson, thrissa, est formé sur thrix « cheveu », car ses arêtes sont fines comme des cheveux.

 

Pour rendre l’alose vraiment comestible, il faut prévoir une cuisson prolongée en présence d’ingrédients favorisant le ramollissement des arêtes. Ainsi, dans l’alose à l’oseille, l’oseille n’est pas là seulement pour son goût acidulé – ni pour créer l’allitération – mais aussi sans doute pour faciliter la dissolution des arêtes, encore que cela ne soit pas prouvé scientifiquement »

 

Nos amis italiens sont piégeurs pour nous pauvres mangeurs de grenouilles leurs petits agoni une fois séchés sont baptisés missoltini.

 

L’agoni est donc poisson d’eau douce qui a la gueule d’un poisson de mer l’alose et il ne me restait plus qu’à cuisiner mes missoltini.

 

Vous m’avez suivis chers amis.

 

Avant de me mettre au piano pour cuisiner mes missoltini je me dois de signaler que du côté des poissons d’eau douce, il y eu dans ma jeunesse le brochet au beurre blanc de maman et plus récemment l’Omble chevalier au beurre blanc : recette d’un notaire vigneron

 

Ce fut simple :

 

  • J’ai préparé de la polenta...

  • J’ai mis une poignée de minutes en aller-retour les missoltini sous le grill.

  • J’ai préparé des petites galettes de polenta que j’ai fait dorer sous le grill.

  • J’ai mangé la moitié de mes missoltini tout chaud de la queue à la tête en croquant entre deux bouchées dans mes galettes de Polenta.

  • Comme ces charmants poissons séchés sont aussi salés ça vous donne une belle soif alors j’ai ouvert un Frappato Terre Siciliane 2014 signé Lorenzo Piccione di Pianogrillo

Les autres je les ai mangés froids sur une tartine de beurre...

Lire Le baron de Pianogrillo ICI 

 

« Le lieu-dit de "Pianogrillo", que l'on pourrait s'enhardir à traduire par "plaine du grillon" – ou plus probable "plaine du grillo" (le cépage) –, situé sur les collines d'Ibleo sur l'ancien comté de Modica, jouxte le site d'Akrille, mystérieux comptoir grec qui préfigura la Magna Græcia. Du haut de Pianogrillo tant de siècles vous contemplent monsieur de baron, et l'on comprend soudain votre choix poétique ! Connaissant vos classiques, vous vous êtes s'en nul doute dit à l'exemple de Montaigne, « si la vie n'est qu'un passage, sur ce passage au moins semons des…vignes ! »

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