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19 décembre 2007 3 19 /12 /décembre /2007 00:00

Le texte que je vous propose est tiré de la somme de Louis Stouff "Ravitaillement et alimentation en Provence aux XIVe et XVe siècles. (Ecole Pratique des Hautes Etudes, SORBONNE). Bonne lecture.
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Les archives de Carpentras ont encore, à propos de cette denrée, un autre mérite, celui de faire ressortir les problèmes particuliers posés par le vin des juifs. Dans les livres du souquet *, aucun d'eux ne figure. Ces spécialistes du commerce du blé ne prennent aucune part à celui du vin. A l'automne, la quasi-totalité des feux juifs ont du vin, mais n'en ont jamais beaucoup. En octobre 1422, seuls 21 chefs de famille sur 606 ont acheté toute leur provision ; ils sont tous juifs. Lorsqu'après les vendanges, un juif cherche à constituer des réserves pour les douze mois à venir, il s'adresse soit à l'un de ses coreligionnaires et lui achète du vin, soit à un chrétien et lui achète du raisin.
Les juifs apprécient le vin et en boivent. Ils ont dans leur cave du matériel destiné à sa fabrication et à sa conservation. Pour satisfaire leurs besoins, ils ont plus que les chrétiens recours à des achats, parce qu'ils sont moins qu'eux propriétaires fonciers. Mais ils possèdent aussi des vignes : en 1414, à Carpentras, sur 15 propriétaires juifs, 10 en ont. On peut même dire que lorsqu'ils n'ont qu'une parcelle de terre, c'est de la vigne qu'il s'agit : en 1424, à Arles, sur 43 juifs inscrits au cadastre, 22 ont des vignes, 3 seulement ont quelques éminées de terre, aucun n'a de jardin ou de pré. Décrivant la vie des membres de la juiverie d'Arles, Kalinimos Ben Kalinimos écrit : " Tout le monde va aux vignes et on porte les raisins soit par bateau, soit avec des chevaux...Le temps est très chaud. Les moustiques sont nombreux, ils tombent dans le vin que l'on boit malgré tout..."
Les juifs tiennent à leurs vignes pour des motifs religieux. leur vin doit être fabriqué et manipulé uniquement par des juifs jusqu'à sa mise en fût sous scellés. Lorsque l'un d'eux désire acheter du vin et doit s'adresser à un chrétien, il ne peut acquérir que du raisin et préparer lui-même sa boisson. Lorsqu'il possède une vigne et la fait cultiver par un chrétien, il fait promettre à celui-ci de ne pas vendanger un jour de fête juive. Les juifs de Provence et du Cotat paraissent suivre dans ce domaine les prescriptions de leur religion.
Cette attitude accentue leur particularisme dans la société des XIVe et XVe siècles, contribue à les séparer des chrétiens. Il est interdit à ces derniers d'acheter du vin des juifs. En 1386, la reine Marie interdit aux juifs de Grasse de vendre du vin à leurs concitoyens chrétiens. Le 25 mai 1444 une criée faite à Carpentras dit : "Qu'aucune personne chrétienne n'ose aller boire dans les tavernes des juifs, ni acheter leur du vin, attendu que les juifs ne boivent pas le vin des chrétiens et que les chrétiens ne doivent pas boire le vin des juifs." 

* Le vin jouant un rôle fondamental dans les finances communales il est assujetti le plus ouvent à deux sortes de taxes, l'une porte sur les quantités rentrées dans les maisons après la récolte (le 1/20 du vin à Carpentras), l'autre sur les ventes de vin qui s'effectuent tout au long de l'année, on l'appelle le soquet ou souquet.

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18 décembre 2007 2 18 /12 /décembre /2007 00:08


Ce matin je m'arrête sur le patronyme Clavel pour évoquer, Jean le vigneron, Maurice le polémiste et  enfin Bernard l'écrivain
www.bernard-clavel.com à propos d'un beau livre Les Vendanges illustré par de magnifiques photos de Janine Niepce éditions hoëbeke et surtout d'un texte de lui comme je les aime. Mais avant de vous le livrer permettez-moi d'évoquer les deux autres Clavel : Jean l'homme du vin du Languedoc et Maurice le gaullo-maoïste.
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Le premier, celui que tout le monde connaît dans le Languedoc vigneron, c'est Jean. 
www.1907larevoltevigneronne.midiblogs.com/ - 42k 


Pintade-002-copie-1.jpgPhilippe Doutreme-Puich, un vaillant soutier du président du Conseil Général de l'Hérault de l'époque, Gérard Saumade, un rocardien comme moi, me l'a présenté alors que j'étais conseiller technique au cabinet de Michel Rocard Ministre de l'Agriculture à l'époque de la négociation de Dublin. Directeur du CIVL, homme du renouveau des AOC languedociennes, alors que moi je ferraillais avec les ténors des vins de table, surtout ceux qui disaient toujours non et qui disent encore toujours, du moins celui qui reste, les fossoyeurs de cette viticulture dont ils se disaient les ultimes défenseurs, lui, Jean Clavel, résistait à cette forme de pensée unique, dite de gauche, issue de la récupération des révoltés de 1907, agrémentée d'un zeste de croix occitane et d'une bonne dose de démagogie. Certes, l'opportunisme et le lèche-bottisme de soin président de l'époque - peut-être que ma mémoire me joue des tours - ami au temps des JA d'Henri le sphinx élyséen, me faisait sourire mais, en dépit de nos soi-disants camps respectifs nous avons toujours été en accord sur le fond des choses et, comme nous partageons le même amour porté à cette grande région de vigne et de vin qu'est le Languedoc, l'immobilisme et les oppositions de principe qui ont suivi Cap 2010 nous ont attristé et surtout inquiété face à un avenir lourd de menace.

L'autre, c'est Maurice, né à Frontignan dans l'Hérault, l'homme rendu célèbre par son "messieurs les censeurs, bonsoir! " sur le plateau de l'émission A armes égales, le 20 décembre 1971, pour protester contre la censure des producteurs d'un reportage dans lequels ses propos sur l'attitude ambiguë du président Pompidou ont été coupé au montage. Personnalité complexe, admirateur de Doriot et du PPF dans sa jeunesse, résistant dès 1942, militant au RPF, gaulliste de gauche, il est de tous les combats pour dénoncer les tièdes et les affairistes. Après mai 68 il est à la fois gaulliste, catholique et maoïste et fascine Jean Daniel du Nouvel Observateur qui l'engage. Haute figure, passionné, échevelé, protestataire contre la torture en Algérie, les chars à Budapest, mais aussi profondément irritant lorsqu'il condamne la contraception et l'avortement, soutien les sionistes. Polémiste virulant et homme de haute spiritualité, après sa mort, des hommes aussi différents qu'André Frossard et Edgar Morin rendront hommage à ses combats et à ses engagements. Sans vouloir jouer les vieilles barbes : un type d'intellectuel tel qu'on n'en fabrique plus.

J'ai la chance d'être né dans une province bénie des dieux. Sa terre porte des forêts, des pâturages, du froment et de la vigne. Des hauteurs dévalent des torrents qui font tourner des moulins. Des profondeurs les hommes tirent une eau qui leur donne du sel. Tout pour avoir le pain, la viande, les laitages et le vin.
     Boulanger, mon père vendait du pain à des ouvriers qui le payaient en sel, à des forestiers qui lui fournissaient du bois pour chauffer son four, à des laboureurs qui lui livraient du blé, à d'autres qui lui apportaient de la paille et du foin pour son cheval et, enfin, à des vignerons qui le payaient en vin. Quoi de plus noble que ces échanges ?
     Je suis assez heureux d'être né sous ce signe.
Mon père aimait tous ces gens et bien d'autres artisans encore, qu'il appelait des hommes de métier. Mais, je crois bien que ceux qu'il admirait le plus étaient les vignerons. Je me suis demandé longtemps pour quelles raisons.
      Puis, un jour, parce que la guerre était venue bouleverser l'ordre des choses, je suis allé travailler chez des vignerons. Avec eux, j'ai appris à soigner la vigne, à élever le vin. A l'apprécier aussi. Sans comprendre encore vraiment pourquoi, j'ai senti alors que la vigne n'est pas une plante comme les autres. Les céréales vivent une saison, les arbres meurent ou finissent par être abattus, l'herbe est fauchée en pleine jeunesse, seule la vigne est éternelle.
Elle l'est par le provignage, cette opération qui consiste à courber un sarment, à le coucher en terre et, une fois qu'il a pris racine, à le séparer d'un coup de sécateur du cep où il tient. Ainsi, non seulement la vigne échappe à la mort, mais, qui plus est, elle avance. Elle se déplace, elle gagne du terrain (...)
 
Bernard Clavel in Les Vendanges 2000 éditions Hoëbeke Paris
   
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17 décembre 2007 1 17 /12 /décembre /2007 00:04


Le temps que nous vivons ne cesse de me fasciner. En effet, nous sommes bordés en permanence, tels des enfants choyés, par des messages dit de santé publique. Dans notre beau secteur nous en savons quelque chose avec la mise en logo d'une femme enceinte sur les étiquettes de notre nectar et sans doute demain - à partir du 31 mai 2009 - la mention "contient du lait" ou "contient du blanc d'oeuf" pour les vins collés avec ces produits. J'adore l'hypocrisie d'Alexander Anton, de la DG Sanco de l'UE qui suggère  d'écrire pour ne pas effaroucher le consommateur " ce vin a été clarifié avec du lait comme le veut la tradition..." Ce serait risible si ça n'était pas grotesque car la tradition ne rimait pas toujours avec hygiène. Etant allergique moi-même je ne suis pas contre, à priori,l'information de santé publique mais on n'arrivera pas à me convaincre que tous ces messages soient d'une quelconque efficacité car trop généraux, mal ciblés. Pour moi les messages de santé publique doivent passer en priorité par les médecins généralistes qui, comme tous les praticiens, bénéficient de notre système de SS. Mais ils n'ont pas le temps, ou disons qu'ils ne le prennent pas trop occupés à débiter des ordonnances au mètre. 

Ceci étant écrit, ce qui m'amène à chroniquer ce matin c'est la dernière campagne de l'INPES (Institut National de Prévention et d'Education pour la Santé), du Ministère de la Santé et de l'Assurance Maladie qui nous conseille de mettre la main devant notre bouche lorsque nous toussons. Le slogan est " adoptons les gestes qui nous protègent ". Vraiment, dépenser de l'argent public pour se payer des pages de pub sur papier glacé dans le Nouvel Observateur afin de véhiculer un tel conseil me sidère. Bien sûr on me rétorquera que ces sommes sont epsilonnesques au regard des gouffres abyssaux de notre SS. J'en conviens mais je trouve ça indécent et surtout révélateur de la mise sous le boisseau de la responsabilité individuelle. Les promoteurs de cette campagne ont faux sur toute la ligne : en quoi, par exemple, le lectorat du NO est-il une cible pour ce type de campagne? Sans vouloir ironiser, les populations à risques, celles qui vivent dans des conditions d'hygiène minimales sont rarement abonnées au NO. Pour les abonnés je pense qu'il leur est toujours possible de dispenser ce conseil à leurs enfants sans qu'on leur tienne la main.

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Ne m'en veuillez pas si je profite de cette petite chronique jubilatoire pour prôner la mise en avant de la responsabilité individuelle dans notre beau secteur qui adore tant, pour mieux les brûler, les vilipender, ou les contourner pour les plus astuscieux, les règles collectives librement consenties proclame-t-on, votées par la majorité affirme-t-on, et étendues par la puissance publique. Un exemple entre cent : la possibilité d'irriguer, pourquoi en des zônes où le stress hydrique choque le raisin, où l'eau est disponible naturellement, où les règles de l'AOC limitent les rendements, pourquoi interdire cette méthode absolument ? Pourquoi ne pas en prévoir l'éventualité ?La réponse est simple : afin d'éviter les abus, les tricheries et autres petits arrangements on pénalise tout le monde et on se prive d'un moyen qui, dans certaines circonstances climatiques, se révèle qualitatif. On va me pendre haut et court pour discours attentatoire aux dogmes. Je m'en fout tant qu'on ne m'aura pas démontré son inanité. Dans un secteur où l'on passe son temps à mettre en avant la modération pour se défendre face aux hygiénistes il est stupéfiant de constater cette absence de discernement, ce dogmatisme absolu. 

Alors que les nouvelles ODG réécrivent leurs textes fondateurs plutôt que d'empiler des pseudos contraintes mal respectées, contrôlées administrativement, tournées par le plus grand nombre, ne serait-il pas plus fructueux de retrouver l'essence même de ce qu'était les AOC à l'origine : un collectif fondé sur la responsabilité personnelle de ceux qui font le raisin et le vin, de ceux qui le vendent. On reproche souvent aux autres la défense de leurs droits collectivement acquis mais en l'espèce n'assistons-nous pas au maintien d'un concessus mou acceptable par le plus grand nombre. Alors que prévoir des exceptions à la règle permet la respiration d'un système, l'exercice de la responsabilité individuelle. Trop de règles tue la règle : dans mon domaine de cycliste urbain il est démontré que lorsque la chaussée est librement partagée entre les usagers, que ceux-ci doivent tenir compte des autres, elle est moins dangereuse pour l'ensemble des usagers que dans un univers surèglementé où, de temps en temps, tombe au hasard de la répression une sanction disproportionnée avec l'infraction : depuis Vélib à Paris ça cartonne sur les cyclistes nouvelles poules aux oeufs d'or des manieurs de contraventions... 

* Titre en hommage au sketche célèbre de Fernand Raynaud...

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16 décembre 2007 7 16 /12 /décembre /2007 00:03

Raymond pêchait à la ligne. De temps en temps, le samedi, je l’accompagnais sur les berges de la Marne. Nous restions souvent silencieux car jamais Raymond ne me posait de questions. C’est moi, à l’heure du casse-croûte, qui me laissait aller aux confidences. Le vin me déliait la langue. Raymond carburait au Pommard. « Tu sais, bougre de petit vendéen, les vignerons bourguignons ce sont des gars qui n’ont jamais eu l’échine souple, des fortes têtes, des malins aussi, c’est pour cela que j’aime leur vin. Il ne fait pas de chichis. Que veux-tu, moi je suis de la vieille école, dans la vie y’a que le vin et les filles qui te donnent du plaisir, faut pas en abuser bien sûr, surtout pour le vin, les filles c’est différent y’a pas de limite sauf que je préfère le vin car avec lui y'a pas d’après sauf si tu te cuite. Moi ce que j’aime avec les filles c’est l’avant et le pendant, pas qu’on s’occupe de mes chaussettes et de mon frichti… »  me dit-il un jour que nous déjeunions dans son pavillon de Nogent et que je le complimentais sur la qualité de sa cuisine et de son Pommard. Parole d’expert, Raymond, sans pour autant être un collectionneur, au temps de sa verdeur ne pouvait vivre sans une jeune femme dans son lit. Dans une boîte à chaussures leurs photos en vrac, qu’il me tendait une à une, en mettant toujours dessus, un prénom, le lieu de leur rencontre, le temps qu’ils avaient passé ensemble « Ce n’était pas pour la bagatelle, ça c’est de la mécanique mon garçon, mais pour la douceur de leur peau, leurs odeurs de chattes en chaleur, leurs rondeurs fermes, leurs cuisses ouvertes, leurs pieds glacés et leurs soudaines envies qui te donnent des gaules monstrueuses… C’est pour ça que la vieillesse est un naufrage. T’es condamné au lit froid en solitaire, alors y te reste plus que ce putain de nectar pour te donner du vrai plaisir… » Ses jeunettes il les trouvait dans le ruisseau, des petites putes encore fraîches qui ne demandaient pas mieux que de se retrouver dans la chaleur des bras de ce gros nounours tendre. Nous étions donc en parfaite osmose.

Très vite j’avais mis Raymond au parfum de ma situation. Il n’avait fait aucun commentaire mais simplement lâché « si t’as des emmerdes rapplique ici, on avisera… » Nous étions devenus inséparables, hors du boulot bien sûr, mais une forme de gêne m’empêchait de lui parler de Sylvie. Pour Marie c’était fait depuis notre premier dîner bien arrosé. Raymond, après le dessert, en me servant un marc de Bourgogne, pour une fois m’avait questionné « qu’est-ce qu’un type intelligent et fin comme toi fout dans la police ? Surtout dans ce putain d’atelier plein de ramiers… » Là encore, après mon long récit, il n’avait rien dit se contentant de me confier, sur le coup des trois heures du matin, alors que nous discutions ferme sur l’attitude des cocos en Espagne et au temps du pacte germano-soviétique, « c’est un peu bête de te dire ça mon garçon mais je te comprends et, plus encore, je t’envie. S’aimer comme ça ce n’est pas à la portée des premiers venus. T’as eu beaucoup de chance de vivre un tel amour. C’est beau. Tu vois, dans une vie, la pièce unique y’a que ça qui compte. Tout ce que tu vis maintenant c’est du rab alors t’as bien raison de le foutre à la poubelle. T’es un héros à ta façon et moi, petit gars, j’aime l’héroïsme… » C’est la seule fois où nous nous sommes murgés au point de nous endormir sur nos chaises. Au lever du jour Raymond nous avait fait une bassinée de café noir puis nous étions partis à mobylette rejoindre les berges de la Marne. Le piquant du petit matin achevait de nous remettre d’aplomb
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15 décembre 2007 6 15 /12 /décembre /2007 00:09


Ce matin, à la radio, signe d'un temps d'insatisfaits, le présentateur indiquait, en référence à un énième sondage, qu'une majorité de Français souhaitaient recevoir de l'argent comme cadeau de Noël. J'avoue que ça m'attriste. Pourquoi pas un virement automatique le 24 décembre au soir sur le compte de ses enfants. Moi j'en suis resté à l'orange dans les sabots. Offrir c'est chercher à faire plaisir à ceux qu'on aime et peu importe si le présent est modeste l'important c'est l'attention. Alors, comme j'ai toujours envie de vous faire plaisir, chers lecteurs, d'ici la Noël, au fil de ces chroniques je me permettrais de vous faire des suggestions de cadeaux.



Comme vous le savez j'adore les fenêtres ouvertes par le hasard. Cet été, sur le marché aux puces d'Ajaccio, j'ai acheté "Le Jardin des Finzi-Contini" de Giorgio Bassani Gallimard puis, quelques jours plus tard, je suis tombé en arrêt sur la dernière de couverture du journal Libération : L'inoubliée, le portrait de Dominique Sanda.

 

 

Qui se souvient de Dominique Sanda ? Moi, nous avons dîné côte à côte lors d'un festival d'Avoriaz et je dois reconnaître que son portrait ciselé par Anne Diatkine est saisissant de finesse et justesse. Et, c'est là où le hasard est merveilleux, alors que Dominique Sanda, qui vit maintenant en Patagonie, déclare : "Je n'ai pas disparu, ce sont les autres qui ne sont pas où je suis" sa réapparition médiatique était liée à la ressortie du film de Victorrio de Sica le "Jardin des Fizzi-Contini" sur les écrans parisiens. J'ai lu le livre pendant mes vacances et, à mon retour à Paris, je suis allé voir le film où, Dominique Sanda, toute jeune, joue le rôle de Micol, le personnage autour duquel tout se noue. Le roman est envoûtant, tout y est en suspens, insaisissable, énigmatique dans le micocosme de Ferrarre où la majorité des juifs pensent, comme le père du narrateur, que Mussolini est meilleur qu'Hitler. Le film est plus réaliste, plus politique et, si j'ai conseil à vous donner, voyez le film avant de lire le livre.



Pour vous convaincre je vous livre le dernier paragraphe du livre. Je le peux car, comme l'écrit le narrateur, à propos de Micol : "j'ai déjà dit, au début de ce livre, quelle a été sa fin et celles des siens"... 



" Quant à Manalte*, qui avait été rappelé à Milan dès novembre 39(en septembre, il avait vraiment cherché à me joindre par téléphone ; il m'avait même écrit une lettre...), lui non plus, depuis le mois d'août de cette même année, je ne l'ai jamais revu. Pauvre Giampi. Lui, il y croyait - ça oui ! - à l'honnête avenir lombard et communiste qui lui souriat alors que par-delà la nuit de la guerre imminente : un avenir lointain, admettait-il, et pourtant sûr, infaillible. Mais, à la vérité, que sait le coeur ? Quand je pense à lui parti pour le front russe avec le C.S.I.R. * en 41 et qui n'en ai jamais revenu, j'ai toujours présente à l'esprit la façon dont réagissait Micol toutes les fois où, entre une partie de tennis et l'autre, il recommençait à nous "catéchiser". Il parlait de sa voix calme, basse et sonore ; mais Micol, à la différence de moi-même, ne l'écoutait jamais beaucoup. elle ne cessait pas de ricaner, de l'asticoter, de se moquer de lui.



- Mais toi, pour qui es-tu, à la fin ? Pour les fascistes ? lui demanda-t-il un jour, je me le rappelle, en secouant sa grosse tête en sueur : il ne comprenait pas.



Qu'y a-t-il eu entre eux deux ? Rien ? Qui sait !



Il est certain que, comme présageant sa mort prochaine et celle de ses parents, Micol répétait continuellement également à Manalte que son avenir démocratique et social la laissait totalement indifférente, qu'elle abhorrait l'avenir en soi, lui préférant de beaucoup "le vierge, le vivace et le bel aujourd'hui" et plus encore le passé, le cher, le doux, le charitable passé.
Et comme ce n'étaient là, je le sais, que des mots, les habituels mots trompeurs et désespérés que seul un véritable baiser eût pu l'empêcher de proférer, que justement de ces mots et non d'autres soit scellé ici le peu de chose que le coeur a été capable de se rappeler. "



* Giampi Manalte est un jeune ingénieur communiste qui fréquente le Jardin des Finzi-Contini. Le C.S.I.R. est le premier corps expéditionnaire italien en Russie.

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Et pour compléter votre petit cadeau offrez à votre chéri(e) une place de ciné pour ensemble voir le superbe film italien " Mon frère est fils unique" qui est dans le droit fil des déchirements de l'Italie d'après-guerre.
  

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14 décembre 2007 5 14 /12 /décembre /2007 00:04

 

C’est lors du 3e plénum du XIe comité central du Parti communiste chinois en décembre 1978, avec le retour au pouvoir de Deng Xiaoping, qu’est officiellement adoptée la politique de « réformes et d’ouverture ». Les trente années qui vont suivre vont être celles de bouleversements profonds des structures économiques et sociales de la Chine qui l’ont recomposé spatialement pour l’amener à devenir une puissance mondialisée admise en 2001 à l’OMC. Cependant cette mise en mouvement  n’a pas été immédiatement perceptible car au cours de la première période (1978-1992) le gouvernement central a du d’abord assurer la transition post-maoïste. Ce n’est donc qu’à l’orée des années 90 que s’est effectué le tournant déterminant.

 

Cette mutation commence avec la décollectivisation des terres qu’accompagne une responsabilisation familiale de la production agricole. Dans le même temps le gouvernement central décentralise les pouvoirs de décision économique au profit des provinces, municipalités, districts et bourgs. Le mouvement part du sud de la Chine dans les provinces du Guangdong et le Fujian grâce à l’impulsion de la diaspora chinoise. Jusqu’au milieu des années 90 le Sud accumule une forte avance du fait de sa relative autonomie économique qui le rend attractif pour les investissements étrangers et lui permet des taux de croissance élevés. Les étapes de cette ouverture (voir cartes ci-dessous les différentes couleurs correpondent aux phases) : 
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Dindon-003-copie-1.jpgDindon-005-copie-1.jpg

-         1980 : création de 4 zones économiques spéciales : trois dans le Guangdong et une dans le Fujian.

-         1984 : quatorze villes côtières, dont Canton, Wenzhou et Shangai sont autorisées à créer leur propre zone de développement ouverte aux investisseurs étrangers.

-         1985 : trois régions littorales sont ouvertes. C’est le début du développement des entreprises industrielles rurales tournées vers la production de biens de consommation destinés à l’exportation et de l’insertion massive de la Chine dans l’économie mondiale.

-         1988 : toutes les villes littorales sont ouvertes.

-         1992 : la grande majorité des capitales provinciales, les ports fluviaux le long du Yangzi et beaucoup de villes frontalières sont ouverts.

 

Le tournant déterminant est pris dans les années 90, l’Etat central et les grandes villes reprennent l’initiative. La construction d’une « économie socialiste de marché » à partir des réformes des entreprises d’Etat en 1992 qui s’accompagne d’une politique économique de privatisation suivant les règles du marché va s’accélérer grâce à une diversification des types d’entreprises et d’une décollectivisation urbaine. La ville est le pôle de l’activité économique, le lieu de commandement, elle implose. L’extension des surfaces bâties se fait à marche forcée sur la base d’une spécialisation des espaces qui expulse une large part des populations en périphérie. Les centres-villes se recomposent : artères piétonnières, centres commerciaux, tours de bureaux et immeubles de logement à haut-standing. Les périphéries urbaines s’étendent à perte de vue mélangeant des zones résidentielles à des aires d’activités de production. La Chine de la bicyclette laisse la place à celle de l’automobile individuelle. Les mégapoles, comme Shangai, se veulent internationales.   

 

La mutation du mode de vie du citadin chinois plonge ses racines dans deux réformes capitales : celle du travail et celle de l’accession à la propriété. Dans l’ancien système la vie du citadin était encadrée à partir du travail. Tout était décidé à ce niveau : salaire, emploi, mobilité mais aussi vie privée par l’autorisation ou non du mariage et des naissances. En contrepartie l’employeur garantissait l’emploi à vie, l’accès au magasin d’Etat, le logement et les allocations sociales. Les réformes ont créé un véritable marché du travail, avec un système contractuel, des offres indiquant nature du travail, salaire et qualifications. Les sécurités sociales ont disparu. Le chômage est apparu et s’aggrave. Dans les années 90, le logement est passé du statut de bien géré par l’Etat à celui de produit de consommation régi par le marché. Les promoteurs immobiliers sont les acteurs majeurs, avec les autorités locales, de la construction. Les citadins sont propriétaires de leur logement mais le sol reste propriété d’Etat. Les nouveaux ensembles sont gérés à l’occidentale : association de propriétaires et société de gérance spécialisée. Dans la périphérie, une nouvelle forme d’habitat apparaît : la villa familiale.

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13 décembre 2007 4 13 /12 /décembre /2007 12:08


C'est le coup de coeur de Jérôme Garcin dans le Nouvel Observateur de cette semaine. Je vous l'expédie en urgence pour que vous puissiez le mettre dans votre liste pour le Père Noël. Bonne journée...

Un humaniste

" Ancien régisseur d'un domaine de Meursault et négociant à Beaune, Pierre Poupon vient d'avoir 90 ans. Avec "le bouquet de vendanges", il publie son dernier livre. Il prétend qu'il n'ira pas au-delà. On lit avec d'autant plus d'émotion cet ultime carnet d'un Bourguignon qui, avec la même ferveur, a cultivé la vigne, célébré la littérature et monté les chevaux.
A l'hiver de sa vie, tandis qu'il sent "la mort mûrir en soi " et que sa femme, Claude, se bat contre une incurable maladie, l'auteur du "Cavalier de Saint-Point" rassemble ses souvenirs et se tourne vers ses amis fidèles : les livres de sa bibliothèque, qu'il connaît par coeur mais redécouvre avec l'ivresse du premier jour. Poupon semble ici dialoguer avec le Montaigne des "Essais", le Flaubert de la "Correspondance", le Sainte-Beuve de "Port-Royal", le Claude Simon de "la Route des Flandres", le Julien Green du "Journal", mais aussi avec ses compagnons disparus, tels Claude Roy et Raymond Dumay. Humaniste d'un autre temps, spectateur émerveillé de ses roses trémières, dégustateur éclairé d'avant la mode de l'oenologie ("aujourd'hui, le vin ne séduit plus, il racole"), prosateur qui croît encore à la présence de Dieu, Pierre Poupon est un diariste enthousiaste : il n'écrit pas pour se louer d'exister, de respirer, d'aimer. C'est contagieux."
Jérôme Garcin

" Le Bouquet des vendanges", par Pierre Poupon, chez l'auteur, 496 pages, 29 euros www.bourgogne-autour-du-vin.fr
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13 décembre 2007 4 13 /12 /décembre /2007 00:01

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Ce fut dans les années 30 une grande marque d'apéritif. Son étrange patronyme est lié au souvenir qu'avaient de leur ancien métier - marchand ambulant de coupons d'étoffe - les créateurs de cet ABV : Simon et Pallade Viollet. En effet, leurs coupons de tissus étaient traditionnellement référencés avec des lettres : ils tombent donc sur les lettres B.Y.R.R.H et décident de les adopter pour donner un nom à leur apéritif au quinquina. C'était sans doute évocateur pour des catalans mais pour les oreilles habituées à la langue de Shakespeare ça sonnait très beer : dur dur à l'export. La saga de la famille Viollet, liée au succès du Byrrh, se traduira par de fortes dissensions entre héritiers à propos de la stratégie à adopter. C'est la ligne de Simon qui triomphera : on va construire de nouveaux chais pharaoniques qui seront terminés en 1892. Le hall central, oeuvre de Gustave Eiffel : long de 81 mètres et large de 20, permet d'effectuer toutes les opérations de chargement et de déchargement. Grandiose ! A partir de 1930, la construction des fameuses cuves en chêne va être entreprise : une de 4205 hl en 1934, puis l'installation de 70 cuves de plus de 2000hl chacune et, enfin en 1950 la réalisation de la plus grande cuve du monde en bois de chêne : 10 002hl. L'entreprise dispose d'une capacité de stockage de 40.000hl. C'est à Thuir, une ville dans la ville, avec ses 7 ha d'installations, sa gare aujourd'hui désaffectée, un hôpital, un stade... C'est un des sites industriels les plus visité de notre pays: 300 000 visiteurs/an.

 
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Et pourtant au lendemain du 2d conflit mondial l'entreprise va entamer, via sa marque phare, un lent et inexorable déclin. Concurencée à la fois par les VDN qui bénéficiaient - et qui bénéficient toujours pour le premier - d'un privilège fiscal exorbitant et d'un Comité Interprofessionnel issu des lois de Vichy organisant une véritable entente ; et par un autre entreprise, la Compagnie Cinzano-Dubonnet (CDC) qui a su mieux s'adapter au marché qui préfère les vermouths avec les marques Cinzano en France et Dubonnet à l'export, la société va s'endormir sur ses acquis. Elle cesse d'investir et le résultat c'est qu'en 1960 elle ne gagne plus d'argent alors qu'elle s'appuie encore sur un bilan fastueux : des stocks énormes, des disponibilités épaisses et un patrimoine immobilier d'une grande valeur. La CDC absorbe alors la société Violet, liquide le patrimoine immobilier, sauf Thuir et Gennevilliers, et agrège Byrrh à son portefeuille de marque. Bref après de nouvelles fusions, en 1977, la holding Pernod-Ricard se trouve majoritaire au sein de la CDC. Enfin, c'est en 1978, que l'établissement de Thuir est annexé à Cusenier qui est, si mes souvenirs sont bons, maintenant dans l'escarcelle de marques de Pernod. La messe est dite.

 


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Si ce matin je chronique sur la marque Byrrh c'est parce que, au hasard de mes pas de chineur, j'ai retrouvé un petit opus des établissements Violet Frères, datant de l'entre-deux guerres, au titre choc : Quelques Vérités. Outre ces quelques vérités, consistant à démontrer que les apéritifs à base de vin étaient meilleurs pour la santé que ceux à base d'alcool et que les ABV rouges, comme le Byrrh, étaient de meilleure qualité que les blancs, la maison de Thuir après avoir répondu à la question : D'où vient le Byrrh et expliqué son élaboration, montre son importance pour la prospérité de la région et du pays, et souligne qu'elle est un élément du rayonnement français. Cependant, la rubrique que je vais reproduire ici : Byrrh au point de vue social est intéressante à plus d'un titre, couplet médicalo-patriotique tout d'abord, mais surtout dans le contexte mondialisé que nous vivons elle pose, avec le beau parfum paternaliste de l'époque, le problème de la pérennité de nos systèmes sociaux avancés. Enfin, moi qui fut médiateur des VDN dans le beau département des Pyrénées-Orientales que n'ai-je alors entendu d'affirmations péremptoires sur le thème : les marques de Porto ont tué les Vins Doux Naturels ! j'ai toujours une certaine tendance à penser que la réalité n'est jamais aussi simpliste. Mais je ne m'aventurerai pas sur ce terrain mouvant car j'ai suffisamment donné lors de mes auditions salle PAMS à Perpignan. 

 

" Byrrh, au point de vue social, est également un précurseur.
 

Pendant la Grande Guerre 1914-1918, il a servi une allocation pécuniaire à chaque famille de son personnel mobilisé, pour lui permettre de vivre en attendant le retour glorieux du soldat.

Puis, il a expédié plus de 100.000 bouteilles directement et gratuitement dans les hôpitaux où étaient soignés les blessés, afin de hâter leur convalescence.

Cette initiative lui a valu les remerciements de centaines et de centaines de médecins qui, dans leurs lettres, vantaient les résultats obtenus grâce au Byrrh.

Depuis 1921, alors que l'Etat ne se préoccupait pas encore du sort des travailleurs, Byrrh a institué pour son personnel, SANS AUCUNE CHARGE POUR CE DERNIER, de nombreuses mesures de bienveillance en plus des augmentations de traitement : INDEMNITE DE VIE CHERE, qui suivit le graphique de la hausse du coût de la vie, SURSALAIRE FAMILIAL pour le personnel marié, ALLOCATION MENSUELLE par enfant, INDEMNITE DE NAISSANCE, INDEMNITE DE DECES (cette dernière est accordée même pour les ascendants), CONGE DE COUCHE PAYE, CONGE ANNUEL PAYE pour tout le personnel employé et OUVRIER ; enfin RETRAITE PAYEE à chaque membre du personnel mis au repos. Cette retraite atteint facilement les 50% DES EMOLUMENTS payés en période d'activité.

Le sommes payées par BYRRH, sous ces différentes rubriques, atteignent PLUSIEURS DIZAINES DE MILLIONS depuis leur institution."

 

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12 décembre 2007 3 12 /12 /décembre /2007 00:05

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Ma colère d'avant hier n'était pas feinte. Ce matin, je vous propose une tranche de vie d'une femme politiquement incorrecte : Simone Weil, et de son mentor, l'inclassable Auguste Detoeuf. Le texte ci-dessous est extrait du livre Pages Retrouvées d'Auguste Detoeuf publié aux éditions du Tambourinaire. Il est de la plume de l'éditeur. Pour ceux qui l'ignorent, Detoeuf - voir chroniques en cliquant sur :
http://www.berthomeau.com/article-6448166.html  http://www.berthomeau.com/article-6447987.html
qu'on classerait aujourd'hui dans la caste des hauts dirigeants de l'industrie, était un homme de la Renaissance, un grand "humaniste". Comme l'écrit Guillaume de Tarde "un grand esprit" ouvert et réceptif, une "grande conscience" doté d'une probité intellectuelle et morale rare, un "grand coeur" généreux et un "vrai modeste". Autre temps, autres moeurs, mais que voulez-vous je réserve mon admiration à ces gens extraordinaires qui fuyaient le paraître et je laisse les pintades à leurs crailleries de pouffes en mules avec lunettes Gucci et connerie incorporée... 

" Agrégée de philosophie, licenciée en mathématiques, Simone Weil, entre autres expériences, résolut de tenter celle du travail ouvrier.
    C'est dans l'une des usines de gros matériel de la Société Alsthom dont Auguste Detoeuf fut l'initiateur et l'animateur que, d'accord avec lui, elle fit ses débuts dans la condition ouvrière. L'expérience les intéressait, lui comme elle. N'avaient-ils pas en commun, comme il le lui écrit plus loin, une tendance naturelle "à enseigner aux hommes à se mesurer à leur juste valeur".
     Nous avons pu retrouver M.Gaston Mouquet, l'ancien chef d'atelier de Simone Weil, présentement retraité non loin des bords de la Marne, ce qui lui permet de pêcher à la ligne quand l'envie lui en vient et d'aller, quand le prend la nostalgie de l'usine, retrouver ses anciens compagnons - Dans l'enfer industriel, il n'y a pas que des torturés -.
     Gaston Mouquet, belle tête archaïque de bon artisan, inspire dès l'abord une vraie sympathie. Simone Weil y fut sensible qui, dans la Condition ouvrière, cet ouvrage parfois si dur, le montre mieux qu'égal à sa tâche.
     Nous demandons à l'ancien chef d'atelier qui se la rappelle fort bien, d'évoquer les circonstances de l'expérience qu'elle fit auprès de lui.
     " Cette expérience, nous dit-il, fut tentée, de part et d'autre, dans des conditions de loyauté absolue. J'ignorais entièrement l'identité réelle de cette ouvrière qui resta parmi nous de sept à huit mois, à l'atelier de serrurerie et presses, et au sujet de qui aucune consigne particulière ne m'avait été donnée." - Simone ne se faisait pas recommander au colonel -. 
      " Sans doute le côté à part de l'ouvrière, sa bonne volonté passionnée, sa fragilité, sa maladresse manuelle n'avaient pas échappée à ses compagnons de travail mais les plus perspicace d'entre eux la situaient du côté assistante sociale." " Elle faisait de son mieux sans parvenir toutefois à tenir la cadence. Un jour cependant je dus la gronder pour son insistance à vouloir pénétrer, à des fins d'information dont je ne pouvais soupçonner alors le but ni la portée, dans la zone formellement réservée des outilleurs."

Désolé pour www.soisbelleetparle.blogspot.com mais les Simone, la Weil et la Veil, n'ont pas eu des petites vies bien lisses de nouvelles "connes" - qui sont le pendant des nouveaux beaufs - mais des vies tout court, pour de vrai, rugueuses, dérangeantes ! Elles n'ont pas eu besoin de se muer en vaneuses à deux balles pour lui donner un sens... 

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11 décembre 2007 2 11 /12 /décembre /2007 00:04


Dans une chronique : "A la bonne vôtre !" datée du 6 février de cette année http://www.berthomeau.com/article-5523615.html je pointais le doigt sur les difficultés, présentes et à venir, liées à la rareté de l'eau chez certains de nos concurrents du Nouveau Monde afin de tempérer - sans faire de jeu de mots, la sinistrose de ceux qui pensent et proclament à l'envi que nous ne cumulons que des handicaps face à ces rouleaux compresseurs adeptes d'un libéralisme débridé. La pénurie d'eau qui frappe l'Australie depuis plusieurs mois, confirme que l'avenir de la viticulture de ce pays risque d'être moins radieux que le prévoyaient les plans Marketing de ses experts. La future récolte 2008 risque de se situer au niveau de celle de 2007 déjà amputée d'un tiers par rapport à la moyenne des 5 dernières années, soit 1,3 million de tonnes. Les prévisions les plus pessimistes des producteurs la situent au niveau extrêmement bas de 800 000 tonnes.

Les experts estiment que, du fait des changements climatiques, la sécheresse va devenir la norme. Dans la mesure où 80% des raisins proviennent de Nouvelle-Galles du Sud et de Victoria, régions jusqu'ici irriguées avec de l'eau bon marché de la Murray River, tenir des hauts rendements, à des coûts compétitifs, va s'avérer de plus en plus difficiles. En effet, la raréfaction des réserves hydriques, a fait flamber le prix de l'eau d'irrigation : x par 10 en un an et les perspectives sont à la poursuite de cette hausse. De plus, l'arrivée des Travaillistes au pouvoir et la pression des défenseurs de l'environnement ne simplifieront pas le travail de lobbying de l'Australian Wine and Brandy Corporation. Déjà, l'Association des Producteurs australiens de raisins (WGGA) annonce qu'environ 1000 producteurs sur 7500 allaient disparaître à très court terme. De même, les grandes compagnies, diversifient leur approvisionnement en passant des accords avec des pays producteurs comme le Chili par exemple. Même si on me prend pour un fêlé rien ne s'oppose, à terme, à ce que pour approvionner leurs gros marchés européens les Australiens s'approvisionnent pour partie dans la vieille Europe, en Espagne par exemple.

Comme le dit l'adage " un malheur ne vient jamais seul " , confirmant les propos iconoclastes de ma chronique "Y-a-t-il une vie après Jacob's?" du 19 octobre http://www.berthomeau.com/article-13117844.html, lors de la "Wine Industry Outlook Conference" qui s'est tenue le 27 novembre à Melbourne, Dan Jago, acheteur de Tesco (GB) s'est fait très insistant auprès des professionnels australiens pour qu'ils " remettent du caractère dans leurs vins ". Ce serait un virage à 180° qui, comme le déclare le président de la Winemaker's Federation of Australia, David S. Clarke, obligerait " à revoir le modèle d'entreprise" dominant en Australie. Mon propos n'est pas ici de me réjouir des difficultés de l'un de nos principaux concurrents mais de souligner, qu'en dépit des effets du réchauffement climatique, notre vignoble bénéficiera encore d'un climat tempéré et que, notre ressource en eau, et notre potentiel d'irrigation maîtrisé, nous permettent d'envisager l'avenir avec plus de sérénité. Mais, à mon sens, deux facteurs doivent être immédiatement consolidés : notre potentiel de production de raisins et notre capacité d'adapter nos rendements dans le vignoble non AOC. " Agir plutôt que Réagir " ça vous rappelle quelquechose chers lecteurs ?

Et bien sûr pensez à offrir USB Wine : un cadeau révolutionnaire  http://www.berthomeau.com/article-14379285.html

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