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5 février 2008 2 05 /02 /février /2008 00:02

Notre première rencontre avec Laurent Dulau, lors d'un raout des oenologues de Bordeaux, fut un peu frictionnelle, en effet lui et quelques jeunes loups, pressés d'occuper la tribune et de vanter les mérites de leur buiseness, firent qu'il n'y eut pas de débats. Mais, comme Laurent est un garçon intelligent, brillant, il sut tirer leçon de ce petit dérapage. Membre fondateur de "Sans Interdit" il est pour moi un ami dont j'apprécie le parler vif argent, l'engagement, la capacité d'argumenter sur les dossiers qui fâchent. C'est un innovateur. C'est un amoureux du vin dans tous ses états, membre de l'ABV. Depuis presque un an il travaille en Espagne et c'est tout naturellement que je lui ai tendu mon micro pour qu'il nous livre son analyse sur un pays voisin concurrent redoutable de notre secteur viti-vinicole.
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1er Question
 : Laurent Dulau, après avoir consacré vos dernières années professionnelles au marché français du vin, vous avez immigré en Espagne, pourquoi ?

Laurent Dulau
 :

L’envie de bouger, de bouger tout en restant dans un même secteur qui me passionne. Qui me passionne et souvent me frustre. C’est le cas en France où de voir tant de potentiel gâché par excès d’immobilisme et corporatisme est rageant. Surtout dans un contexte international, certes en crise (excédent structurel), mais en pleine évolution et en croissance sur de nouveaux marchés prometteurs (USA, bassin asiatique).
En Espagne certains leviers rigides existent comme en France. Certaines appellations (DOC) sont elles aussi conservatrices, surtout celles qui gagnent… quoi de plus humain. Mais même parmi les plus conservateurs, cela bouge, les décisions par rapport aux grands rendez-vous de la filière (réforme de l’OCM, révision des agréments, utilisation de certaines pratiques œnologiques comme les alternatives à la barrique) sont prises. On ne tergiverse pas ici. On avance. Parfois on se trompe mais au moins on bouge.
 
2ième Question : Alors cher Laurent, puisque vous êtes sur le terrain d’un de nos principaux concurrents, faites-nous bénéficier de votre regard de professionnel sur lui et en premier dites-nous quelles sont les forces de la filière vitivinicole espagnole ?

Laurent Dulau
 :

-En premier lieu une structure de production moins morcelée qu’en France ou qu’en Italie. L’Espagne c’est de l’ordre de 3500 caves pour une production oscillant d’une année sur l’autre aux alentours de 25-30 millions d’hl (hors distillation et production de moût).
-Ensuite l’existence de moins de structures connexes au secteur qu’en France. Il existe bien, comme en France, le nécessaire tel que des syndicats d’appellation (consejos reguladores), des équivalents de Chambre Agriculture autonomes, une association d’œnologues avec des ramifications région par région. Mais même « s’il y a du politique » en Espagne tout ceci reste gérable et d’une certaine souplesse.
-Pour donner raison, pour une fois, aux pourfendeurs du Jacobinisme hypocrite hexagonal, l’Espagne montre une réelle volonté politique de faire de la filière vitivinicole un secteur gagnant de l’agro-alimentaire sur les marchés export, pour preuve le plan 2015 présenté l’année dernière par la ministre de l’agriculture et qui a pour but de faire de l’Espagne le premier exportateur de vin Européen à horizon 2015. Au niveau domestique, le gouvernement actuel en proposant de ne pas considérer le vin comme les autres boissons alcooliques, mais comme un aliment, a également pris une position réclamée par tous les professionnels français. A noter que cette dernière décision n’endigue pas la baisse de consommation (de l’ordre de -4%) du marché domestique observée sur tous les marchés dits traditionnels. Les producteurs espagnols ont la même difficulté que leurs voisins français à reconquérir leur marché intérieur… et ce pour la même raison principale, à savoir le manque de culture marketing.
-En dernier lieu et non des moindres, des conditions pédoclimatiques très favorables à l’élaboration de vins à maturité. Résultat il est possible de trouver des vins en Espagne dont le rapport qualité/prix est très compétitif. Pour revenir à la remarque de votre dernier invité Michel Bettane, l’Espagne est très forte potentiellement pour les vins au-dessous de 10 €.
 
3ième Question : Tant de forces, il doit bien y avoir des faiblesses ou des limites au-delà des Pyrénées ?

Laurent Dulau
 :

Trois points essentiellement qui peuvent se résumer à :
            - Un manque de notoriété sur les marchés export, l’Espagne ayant trop abusé pendant des années de marché d’opportunité à bas prix pour placer son offre à l’export ;
-         Un manque d’eau : la gestion de l’eau notamment dans le sud de l’Espagne sera, et est déjà, un vrai défi pour l’agriculture ibère et donc la viticulture ;
            - un manque de centres de formation de référence coordonnés au niveau national.
Mais gageons que les Espagnols qui sont, à mon humble avis, les « plus pragmatiques de latins » seront relever ces défis.

  
Consommateur français ou britannique ? La notion de « qualité » est totalement relative, selon si on se place d'un côté ou de l'autre. L’utilisation de la dégustation sensorielle devient indispensable pour connaître les caractéristiques organoleptiques de son vin, et l'adapter en conséquence.

Le consommateur anglo-saxon n'a pas les mêmes goûts que le consommateur français. Le profil du vin doit donc être parfaitement connu grâce à l'analyse sensorielle, pour proposer un vin en adéquation avec le marché. (© JC)
Chaque marché, type de consommateur ou pays, a sa spécificité, ses attentes, qui sont totalement différentes. Exemple: pour un vin donné, ce qu’un consommateur anglais appréciera ne sera pas la même chose qu’un consommateur français. C’est ce que Laurent Dulau, Vinidea, appelle la « qualité relative ». « Prenez par exemple un cabernet sauvignon, vendu à 5€ en France et au Royaume-Uni. Le consommateur anglo-saxon n’aura pas du tout les mêmes attentes en terme de qualité que son homologue français ». Alors que le premier fait plutôt partie d’un « nouveau marché », le second appartient à un marché « plus traditionnel ». Alors qu’en France, le consommateur traditionnel appréciera plus l’acidité que la sucrosité d’un vin, qui est signe de « lourdeur » voire de « défaut », la qualité pour le consommateur britannique rimera avec une acidité moindre et plus de sucrosité.
De la même manière, la pyrazine, arôme caractéristique du cépage cabernet sauvignon, sera apprécié différemment au Royaume-Uni ou en France. Son goût, qui s’apparente à celui du poivron vert, est bien apprécié par le consommateur traditionnel français ; le consommateur anglo-saxon dira : « c’est « vert », je n’aime pas ! ». Il y a en effet des nuances entre l’arôme poivron vert trop « vert » et l’arôme poivron vert « mûr » explique le consultant. « On cherchera donc pour le marché du Royaume-Uni à produire un vin en conséquence, avec des notes de pyrazine plus fruitées et moins herbacées, en récoltant par exemple le raisin avec une plus grande maturité ». C’est ce que Laurent Dulau appelle « l’objectif produit », trop souvent « mis de côté dans les approches marketing » : il s’agit simplement de faire un vin qui correspond à un marché.
Connaître avec rigueur les caractéristiques organoleptiques de son vin, ou celui des autres...
Pour mesurer cette « qualité relative » : l’analyse sensorielle. Parmi les méthodes existantes, « l’analyse sensorielle descriptive quantifiée », ou « Asdq », «déjà largement utilisée en agro-alimentaire par des grands industriels, mais ne l’est pas du tout pour le vin », précise Laurent Dulau. Cette méthode rigoureuse et objective est actuellement développée par l’Icv (Institut coopératif du vin). « Elle permet de faire une dégustation extrêmement rigoureuse, où l’on utilise les sens d’une manière très contrôlée, non pas comme lors de dégustations d’agréments un peu hédonistes ».
L’intérêt pour le viticulteur : suite à cette analyse, le viticulteur connaît précisément les caractéristiques organoleptiques de son vin. Il est ainsi à même de produire un vin respectant des qualités organoleptiques, en adéquation avec « l’objectif produit » correspondant à un marché. « Mais il peut aussi se comparer aux autres, en testant par exemple un vin qui est connu pour être leader sur un marché ».
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4 février 2008 1 04 /02 /février /2008 00:07

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Ce matin direction : Angers, respirer un peu d'air du pays, aux confins de la Vendée militaire. Dans mes jeunes années, lorsqu'on me traitait de «  ventre à choux », eu égard à mes origines vendéennes, j'assumais cette appellation avec le sourire, car elle correspondait à une réalité. En revanche, je montais, et je monte toujours, sur mes grands chevaux, lorsque certains, bien intentionnés ou ironiques, me traitaient, ou me traitent encore, de «  chouan».

 

Confondre le soulèvement de la Vendée militaire et la Chouannerie est une erreur historique grave, entretenue par le Vicomte et son barnum du Puy du Fou. Si les deux mouvements ont pour origine des causes identiques : religieuses et refus de la conscription, l'insurrection vendéenne (1) fut déclenchée par les paysans et le petit peuple (2), ses premiers chefs sont issus du peuple : Cathelineau est colporteur, Stofflet est voiturier, les nobles et le clergé prirent le train en marche (3) ; la chouannerie bretonne et bas-normande fut, elle, un mouvement de petits nobles miséreux : « dans aucun pays la noblesse ne pullule comme en Bretagne. A la Réformation de 1668, on y compte seize à dix-sept mille individus nobles, sans parler de deux mille deux cents familles usurpatrices, contre lesquelles il y eut arrêt. Chez les familles, peu de grandes fortunes de trente à quarante mille livres de rente. Nombreux sont les nobles qui mendient des pensions pour subsister, pensions rares. La plupart vivent comme les paysans, habillés comme eux, souvent aigris comme eux.

 

 

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 (1) Il s'agit de la «Vendée militaire» c'est-à-dire l'agglomération politique et religieuse qui prit les armes en mars 1793 qui embrasse une grande partie de la Loire-Inférieure, du Maine-et-Loire, des Deux-Sèvres et de la Vendée. Elle est bornée : au nord, par la Loire, avec, en amont, Brissac, en aval, Paimboeuf ; à l'ouest, par la mer ; au sud, par Luçon, Fontenay-le-Comte, Niort ; à l'est, par Parthenay, Thouars, Vihiers.»

 

(2) «  Dès le 2 mars 93, les citoyens Achard et Giraud, commissaires du département de la Vendée, chargés d'organiser la garde nationale dans les cantons de Beaulieu, La Mothe-Achard et Landevieille, ont été débordés ; ils ont appelé au secours : «  La chose publique est en danger » disaient-ils. Tandis que la générale battait dans la commune de la Mothe-Achard, le tocsin retentissait aux cloches des paroisses voisines. Les gars de cette partie intermédiaire, confins du Bocage couvert et de la région maritime dénudée, accoururent, disposés au combat. Heureusement, le district pu expédier à temps de 50 hommes de la garde nationale. Les paysans surent éviter le choc ; ils se contentèrent de conspuer les bourgeois et se retirèrent.»


(3) « Le chevalier Sapinaud de La Verrie, homme calme, aux traits réguliers, aux cheveux déjà blanchis, âgé de cinquante-cinq ans, subit l'assaut, dès le 10 mars. Il veut empêcher les paysans des environs de Mortagne de sonner le tocsin. Imbu d'idées philosophiques, il avait avec un enthousiasme marqué salué l'aube des temps nouveaux ; il n'avait pas dédaigné de prendre part à la gestion des affaires de son pays. Vingt fois les paysans le menacent de mort. Trois jours il résiste ; enfin il quitte son foyer, incertain du résultat. A la Gaubretière, son cousin Sapinaud de la Rairie, ex-lieutenant au régiment de Foix, est emporté par la même vague.»

 

Je ne vais pas vous refaire l'histoire des Guerres de Vendée mais vous citer encore des textes qui apportent de l'eau à mon moulin :

« A l'heure où la Vendée se souleva, du même coup, sur l'autre rive de la Loire, quatorze départements furent en feu. Il est essentiel de marquer cette simultanéité pour bien saisir l'immense péril que courut la Convention. Alors que, menacée par l'étranger, elle appelait aux frontières et décrétait une levée de trois cent mille hommes, l'Ouest breton et normand - en même temps que la Vendée - répondait par une levée redoutable, mais contre elle. Et cela parce que, longuement préparé à la résistance par le froissement de ses convictions intimes, il venait de rencontrer, dans la résurrection de la milice abhorrée, la pierre dure ou le contact électrique qui produit l'étincelle.»

« Les victoires vendéennes de mars furent de magnifiques prémices : la Vendée vola de victoire en victoire et ses armées stimulées grossirent comme une avalanche. La Chouannerie se traînera, anémique et désordonnée. Elle n'aura rien de la cohésion de sa voisine. Son territoire, politiquement parlant, ressemblera à un damier : ici, une paroisse républicaine ; là, une paroisse rebelle ; plus loin, une paroisse hostile, mais soumise...


Au lendemain de cette initiative rompue, la Chouannerie semble condamnée ; ses bandes diminuées errent pleines d'incertitudes et de découragement. Un évènement va les renforcer : le passage de la Loire par les Vendéens. »

« Cependant, l'une et l'autre, la Vendée et la Chouannerie, garderont toujours, malgré cette union, leur tempérament propre. On peut se poser la question : si, plus dense, plus compact, le soulèvement de la rive droite avait pu s'épargner les défaites du début, si, pareil à celui de la rive gauche, il avait marché de victoires en victoires, quelle influence auraient eue ces triomphes sur la mentalité des combattants ? Les Chouans, alors groupés par grandes armées, auraient-ils modifié totalement leurs méthodes ; se seraient-ils clarifiés, purifiés ? La Chouannerie, en un mot, serait-elle devenue, moralement et militairement parlant, une autre Vendée ?»

 

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Charrette fut plus Chouan que Vendéen...

L'ensemble des citations sont extraites du livre d'Emile Gabory « Les guerres de Vendée » publié dans la collection Bouquins chez Robert Laffont.

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3 février 2008 7 03 /02 /février /2008 00:05
Pour Bourrassaud les emmerdements des autres c’était son pain béni, il adorait rendre service. Les miens, plus que d’autres, relevait, bien évidemment, de la priorité des priorités. À propos de mes relations avec Sylvie je fis dans une sobriété qu’apprécia à sa juste valeur mon supérieur. Il se contenta d’un commentaire tout aussi concis « c’est Marie-Jo qui serait contente de savoir ça… » qui m’enlevait la dernière trace de culpabilité à son égard. J’opinais bêtement en embrayant sur la raison de ma visite. Bourrassaud, en m’écoutant, passait sa grosse paluche velue sur ses cheveux en brosse et, lorsque j’évoquai le mystérieux château, ses petits yeux se mirent à pétiller et un sourire gourmand s’accrochait à sa bouche lippue. Quand je m’interrompis, il se laissait aller dans son fauteuil tout en rangeant sa queue de chemise dans son pantalon. « T’as le cul bordé de nouilles mon grand. Si c’était pas mal venu dans ma bouche, j’oserais ajouter que t’as un pot de cocu. Allez, je t’embarque. Nous allons faire un petit tour du côté de la Chapelle-en-Serval. Je t’expliquerai le tout en chemin. Bourrassaud appuyait sur l’interphone interne : « Dubigeon, ramène ton gros cul et ton outillage de service, nous allons prendre un bol d’air en forêt… » Lorsque nous passâmes devant le comptoir de Marie-Louise, celle-ci, son cul pointu posé de guingois sur l’espèce de haut tabouret qui lui servait de siège, le chignon de guingois, semblait avoir du mal à récupérer de sa séance matinale avec le commissaire. Je ne pus m’empêcher, en m’asseyant dans le fond de la 404 aux côtés de Bourrassaud, d’ironiser : « c’était ouragan sur le Caine se matin… » Celui-ci s’esclaffait en me tapant sur les cuisses : « y’a des jours comme ça mon garçon où j’ai des envies de cosaque. Avec Marie-Jo on fait une sacré paire, elle doit te vider les gonades comme une vraie butineuse la salope… » Dans le rétroviseur, Dubigeon, en mettant le contact, nous observait comme si nous étions des extra-terrestres.
 
Bourrassaud chassait. Son collègue de Senlis, un vieux copain de promotion, chasseur lui-aussi, l’avait fait inviter par le garde à une chasse privée en forêt du château du Mont-Royal. Elle regorgeait de cervidés car le propriétaire chassait ailleurs avec ses gros clients et, afin d’alléger la charge de ces bouffeurs d’arbustes que sont les cerfs et leur harde, le garde organisait des ponctions quand bon lui semblait. Ce qui avait mis la puce à l’oreille de Bourrassaud c’est que le lot de fusils rassemblés pour l’occasion se composait exclusivement de représentants de la Grande Maison. Discrétion fut le maître-mot de son pote Mignon de Senlis. Bourrassaud, fit l’âne pour avoir du foin auprès de l’un des participants, une grande gueule, bellâtre, équipé comme un chasseur de safari mais capable de rater un grand cerf à vingt mètres, qui à la fin du repas de chasse arrosé de grands crus pissait à ses côtés dans des toilettes d’un luxe tapageur. « On est chez un émir… » lui dit-il en tenant bien en ligne son sexe. L’autre s’esclaffait en se tournant vers lui, arrosant au passage le marbre du dallage, « c’est plutôt leurs bakchichs pépère qui nous valent de pisser dans de l’albâtre. Vendre des kalachnikovs et des missiles sol-air ça vaut mieux pour se faire des couilles en or que de faire la chasse aux loulous du milieu. Putain, moi je suis prêt à bouffer ma carte tricolore pour goûter aux beaux petits culs qu’il se tape le vieux bonze… » Sans avoir besoin du bagage déductif de Maigret ou du commissaire Bourrel, Bourrassaud n’avait eu aucune peine à mettre un nom sur le marchand d’armes. Nous avions rejoint la Nationale 17 à Gonesse puis après avoir traversés Louvres et Survilliers, nous plongions dans une sorte de long couloir, bordé à gauche par un massif forestier, qui nous amenait à la Chapelle-en-Serval.          
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2 février 2008 6 02 /02 /février /2008 00:05


Ayant souvent accompagné mes Ministres sur le terrain, comme on dit dans les médias de la capitale, j'ai toujours été frappé par le mauvais goût des cadeaux militants conçus et fabriqués par le militant idolâtre. Parfois le présent, dans sa naïveté, avait quelque chose d'émouvant mais, le plus souvent, hormis le côté saint-sulpicien qui m'horripilait, des fonds d'assiettes, des bustes ou autres tableaux représentant majoritairement François de Jarnac, le tonton de tous les français, le geste dénotait surtout chez le donateur un goût très prononcé pour la mise en avant de sa petite personne assez encline à réclamer par la suite prébende, médaille ou ce que l'on qualifie, au bureau administratif des cabinets ministériels, d'interventions. De plus, l'officier de police et moi-même, devions ensuite nous trimballer pendant toute la durée de la visite avec ces "croûtes" sous le bras. L'horreur ! Combien de fois nous eûmes envie soit de les oublier, soit de confier ces oeuvres impérissables à la première poubelle venue mais, bons petits soldats, nous obéissions aux consignes ministérielles : "ne jamais risquer de froisser le militant qui, comme chacun le sait, ou ne le sait pas, dans l'alchimie des courants et des motions chers aux socialistes, est le sésame indispensable pour espérer cumuler les mandats..." et nous les transbahutions jusqu'à Paris. 

Bref, ce matin, je vous offre deux illustrations - par la voie d'étiquettes de vin militantes - de mon propos :

- la première, ci-dessous, très pédagogique, dicrète et émouvante, honorant la mémoire de Jean Jaurès ; 
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- la seconde, caricature de chez caricature, même si je respecte la démarche, qui aurait, je n'en doute pas un seul instant, fait sourire le grand homme... 
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Hasard de l'actualité, mardi 29 janvier, à Drouot, Tajan proposait à la vente : robe d’avocat, costumes siglés aux initiales «FM», chaussures Carel, manteau de laine Chanel, cadeaux présidentiels… Tout doit disparaître! Danièle Mitterrand organise le 29 janvier une vente aux enchères avec près de 368 objets et vêtements ayant appartenu à François Mitterrand. Les fonds récoltés seront reversés à l’association qu’elle a créé en 1986, France-Libertés. La vente a rapporté 150 000 euros et, ironie de ce genre de vente de reliques, la robe d'avocat, griffée Cerrutti, a été acquise pour une somme rondelette par un avocat sulfureux : Karim Achoui défenseur des ténors du grand banditisme...drapeau_article.jpg

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1 février 2008 5 01 /02 /février /2008 00:02

Lors de la constitution du comité de pilotage du groupe stratégique je cherchais l'oiseau rare, un vigneron représentatif, à la fois engagé dans les organisations professionnelles mais capable de garder sa liberté de parole. C'est Jean-Louis Piton qui m'a conseillé de prendre contact avec Pierre Aguilas, en me disant "ce n'est pas un facile, mais tu pourras compter sur lui..." Bonne pioche, Pierre Aguilas, discret et assidu, a joué le jeu et assumé par la suite ses responsabilités. Je suis donc très heureux de l'accueillir sur Vin&Cie avant l'ouverture du 22em Salon des Vins de Loire. Merci Pierre pour ton franc parler.
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1er Question : Vinexpo à Bordeaux, Vinisud à Montpellier, et pour la 3ième région viticole française : le 22ième Salon des Vins de Loire à Angers. La dénomination annonce la couleur : ici on reste modeste, c’est un Salon, et on se bat sous le drapeau des vins de Loire. Pierre Aguilas, toi qui préside aux destinées de cette manifestation, dis-nous ce quelle apporte, ce quelle représente pour les vignerons et les metteurs en marché du Val de Loire ? A-t-elle un impact international fort ? Comment vois-tu son évolution dans les années à venir ?

Pierre Aguilas :

Effectivement la modestie est une des qualités des vignerons du Val de Loire. Mais trop de modestie appliquée à leurs productions a empêché un développement de leur renommée. Le
Salon est, bien entendu, un lieu de rencontres et d’affaires. Et pour moi : d’affaires avant tout. Mais on y démontre aussi l’importance (souvent méconnu) et la diversité du Val de Loire C’est aussi une révélation envers les producteurs et les metteurs en marché eux-mêmes que cette diversité est, paradoxalement, un des signes de leur force commune. L’impact international est, toute proportion gardée, très important le nombre des visiteurs étrangers (ceux qui achètent) est en légère progression, mais ce qui compte c’est leur fidélité. D’autre part les organisateurs font tout ce qui est possible pour faire venir ces personnes indispensables à notre développement sur ces marchés incontournables. Le Val de Loire ayant une position encore trop faible à l’export. L’évolution du salon dans les années dépend avant tout de l’avenir de nos professions. Evolution de la consommation en France ou à l’étranger, évolution des règlementations, évolution de l’offre, évolution de la structure des entreprises .Cela pour le fond. Pour la forme le Salon sait qu’il doit bouger et le fera en temps utile.

 
2ième Question : Le Val de Loire chemine sur la voie de l’unité avec la fusion d’Interloire et du CIVN, le Vin de Pays du Val de Loire cher à ton cœur est sur les rails, les effervescents et les rosés très prisés par les consommateurs progressent, est-ce que ça va mieux Pierre Aguilas ? De plus, dans une région qui a vu de 1980 à 2006 ses superficies AOC progresser de 22,5% pour atteindre 75% de la superficie du vignoble, crois-tu que la nouvelle OCM va permettre de faire émerger cette fameuse segmentation du marché, dont on parle depuis Cap 2010, mais dont on attend toujours la mise en œuvre ?

Pierre Aguilas :

Le Val de Loire est, me semble-t-il, un des exemples de ce que doit être l’unité vitivinicole. Tout n’y est pas parfait mais la prise de conscience de l’importance de cette unité est partagée par tous les professionnels. Plusieurs de nos vins, hier en difficulté, se redressent. La compréhension par une majorité d’intervenants, de l’importance de la segmentation raisonnée de l’offre (prônée lors de l’opération Cap 2010) commence à faire jour. Le Vin de Pays du Val de Loire, bombe subversive pour certains, trouve dans ce contexte, toute sa justification. L’OCM peut aider, mais c’est avant tout à la filière de faire front ensemble. Car l’OCM nous a aussi prouvé sa méconnaissance totale d’un système viticole basé sur autre chose que la chasse au bénéfice forcené. C’est bien à la filière d’appliquer une segmentation dont l’évidence crève les yeux mais que les égoïsmes de quelques-uns empêche d’être réalisé. Cela influe sur l'un de nos points faibles : la valorisation de notre production.

 
3ième Question : CNAOC, INAO, toi qui es membre de ces instances nationales, qui en connaît bien les rouages, qui ne pratique pas la langue de bois, peux-tu nous livrer ton analyse sur cette fameuse réforme de l’INAO, la réécriture des décrets d’appellation, les ODG, l’agrément et tutti quanti ? 

Pierre Aguilas :

L’ONIVINS a disparu dans VINIFLHOR qui disparaît lui-même dans un vaste office tout nouveau. L’INAO vinicole depuis quelques années déjà a perdu de son importance mais n’est plus qu’une petite partie dans un organisme de la qualité dont le destin final n’est pas scellé. Des syndicats viticoles eux aussi sont bousculés avec la création des O D G et autre O I.
Nous les vignerons avons perdu le pouvoir, mais nous l’avons bien cherché. Avant toute chose il nous fallait déjà appliquer les règlements et décrets existants. Il me semble que ceci nous a été dit souvent lors des travaux d’un certain groupe BERTHOMEAU. Mais mystérieusement cette constatation a disparu. Alors, allons-y, réformons. C’est la maladie du pays. Bien sur que cela était nécessaire, on trainait des boulets en fonte. Le modernisme étant de créer des boulets en inox. La seule et unique action importante et urgente c’est que la CNAOC, les VIF, la CNVDP, la CCVF deviennent (au moins pour leur partie politique) qu’un seul syndicat. Ainsi le ministre ne recevrait plus qu’une délégation ultra réduite, mais puissante qui ne risquerait plus d’être démentie dès le lendemain. Mais je rêve...  
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31 janvier 2008 4 31 /01 /janvier /2008 00:07

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" Au début, ceux qui produisaient des vins de garage étaient des gens comme moi qui, sans le moindre argent, connurent un grand succès. On faisait des vins cousus main, parce qu'on n'avait pas d'autre solution. Depuis, beaucoup se sont rattachés à ce mouvement, dont de célèbres crus classés qui élaborent leur propre vin de garage avec un étonnant succès. Voyez La Mondotte de Canon La Gaffelière, la Gomerie de Beauséjour-Bécot, l'Hermitage de Matras ou Saint-Domingue de La Dominique. C'est souvent l'INAO qui a fait naître ces vins de garage, en refusant à une parcelle isolée d'être classée comme le reste de la propriété. Les producteurs ont donc choisi de faire de ces parcelles un grand vin. D'autres ont voulu prendre le train en marche. Mais le vrai producteur de vin de garage est celui qui n'a pas d'autre possibilité que d'élaborer le meilleur vin possible parce qu'il n'a pas d'argent, pas de grand vignoble et qu'il doit vivre de la vente de ses 3000 bouteilles. Pour moi, c'est ça le "garagiste" à l'état pur."

"Et comment fait-on ? Quelle est la recette ?".

" Ce n'est pas compliqué. On fait le contraire de ce qu'on fait normalement quand on est petit. On investit beaucoup de travail. On sacrifie tout au vin.

Donc :


1- Faibles rendements. On nous permet 60hl/ha. Un grand vin se fait avec 30 hl/ha, tout au plus. C'est une règle essentielle.


2- Agriculture biologique. On résoud des problèmes par le travail physique dans la vigne, plutôt qu'avec des produits chimiques.


3- On pratique l'effeuillage. 


4- On récolte des raisins absolument mûrs, au risque de tout perdre. On vendange à la main, bien sûr, et on trie chaque grappe, grain par grain.


5- On procède à une vinification rigoureuse : je veux dire qu'on utilise des levures indigènes, uniquement des cuves de bois dans une cave propre, et des fûts de chêne neuf. Les grands vins n'ont pas peur du chêne neuf. il faut mener un élevage méticuleux, soit sur les lies sans soutirage, soit comme je le fais, à la manière traditionnelle, avec soutirage. il faut élaborer un second vin, même si vous êtes tout petit, ou bien vendre en vrac ce qui n'est pas assez bon. Et puis, il faut convier des critiques à déguster le vin pour qu'ils en tombent amoureux."

Reproche traditionnel fait aux "garagistes" : leur méticuleux travail technique ne masque-t-il pas le terroir ?

"On ne peut pas faire d'un âne un cheval de course. Impossible ! Le terroir est toujours bien plus important que toutes les techniques humaines. Il peut sembler paradoxal que je vous dise cela, mais c'est vrai. Sur un mauvais terroir, un "garagiste" produira un vin correct. Sur un terroir moyen, il fera un bon vin. Et sur un grand terroir, il pourra élaborer un très grand vin. Le vinificateur est un catalyseur de qualité, c'est tout."

Les "garagistes" ne sont-ils pas en train de reproduire à Bordeaux un style de vin typique du Nouveau Monde ?

"Quelles que soient nos techniques et nos objectifs, vous ne pouvez pas récolter un raisin mûr à Bordeaux et en faire un vin californien. Mais si quelqu'un veut comparer Valandraud à un Harlan ou à un Grange, je prends cela comme un compliment."

Retrouvent-on, l'élégance et la finesse, qui ont toujours caractérisé le bordeaux, dans les vins de garage ?

"Trop de finesse tue la finesse. La finesse ne doit pas devenir maigreur. En fait les grands millésimes d'autrefois ne portaient pas tant la marque de l'élégance et de la finesse que celle de la générosité de la nature."

Propos de Jean-Luc Thunevin "ancien ouvrier forestier, disc-jokey, employé de banque et marchand de vin" recueillis par Andrew Jefford in "Le nouveau visage du vignoble français" Hachette.


photo_3100113480302n-copie-1.gifAdhérez à l'A.B.V c'est bon pour la santé...image005-copie-1.gif
 

 

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30 janvier 2008 3 30 /01 /janvier /2008 13:02

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Tout le monde y va de son couplet sur le jeune trader Jérôme Kerviel, l'homme qui vaut 5 milliards de pertes à notre vénérable Société Générale drivée par l'un des plus beaux fleurons de notre establishment financier à la française, c'est-à-dire issu de la haute administration des Finances, Daniel Bouton qui fut, de mon temps, chef du bureau agricole du budget, ancien Directeur du Budget, qui a commis, ironie de l'Histoire, en 2002, pour le compte du MEDEF un très beau rapport : "Pour un meilleur gouvernement des entreprises cotées" et qui, selon le magazine Capital, était en 2006 le 2em patron le mieux payé de France avec 10,8 millions d'euros de revenus. Ne voyez pas dans mes propos une quelconque volonté d'accabler l'épicurien PDG de la SG, grand amateur de gros cigares et de grands Bourgognes, mais simplement d'envoyer un coup de gueule très appuyé à tous ceux qui nous bassinent à longueur de temps - type le journaliste Jean-Marc Sylvestre - en nous serinant que "c'est parce qu'ils font gagner beaucoup d'argent à leurs entreprises que nos managers voient leurs rémunérations atteindre des chiffres astronomiques". Qu'est-ce qu'on fait, en vertu de cette règle, quand ils en font perdre beaucoup ?
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Moi, ce qui m'intéresse dans cette affaire, c'est la solitude du trader face à son écran et ses crobars imbitables, le Nasdaq, le CAC40, dans le brouhaha de la salle de marché de la SG, l'une des plus importantes au monde. Le petit breton, né à Pont-l'Abbé, qu'a grandi dans le salon de coiffure de maman, qu'a fait sa licence, comme ma pomme, à Nantes, avant d'aller se former aux subtilités des petits génies des systèmes informatiques à Lyon, avec sa tronche fermée à double tour, son regard flou, son apparente insignifiance, son désir fou de faire ses preuves, de faire péter les compteurs, de recevoir le Award du trader le plus génial, n'est ni un bouc-émissaire, ni une victime, mais tout simplement la quintessence d'un système financier international qui, comme dans l'affaire des "subprime mortgages", les prêts immobiliers à risques aux USA, à force de raffiner ses instruments pour faire péter les profits, n'est même plus capable d'en connaître et d'évaluer ni la valeur, ni les risques encourus. L'arroseur, qui a vendu aux fonds dit souverains chinois ou saoudiens, est arrosé parce qu'il leur rachète, sans le savoir, la même camelote, et comme les montants en jeu sont tellement en dehors du sens commun, plus personne n'est en mesure de trouver, en temps et en heure, les moyens de stopper les dérapages du système. Quand les goinfres se goinfrent, tôt ou tard, ils se payent une belle indigestion et puis, désolé du terme, ils gerbent. Les collègues de Kerviel le surnommaient, le Gros, il achetait tout le temps de big paquets.

Et pendant ce temps-là, nous les frugaux, en dépit de tous les efforts déployés depuis des mois - votre serviteur avec quelques autres bien sûr- pour qu'un Fonds d'Investissement privé dédié au développement des entreprises de mise en marché du vin, voit enfin le jour, nous nous heurtons à l'inertie, aux égos des petits chefs, à une forme d'indifférence goguenarde des uns et des autres, à l'incapacité de traduire les bonnes intentions en actes. Ainsi, pendant que des milliards d'euros s'envolent en fumée sur des opérations hasardeuses qu'on espérait juteuses nos quelques malheureux millions d'euros, disons une cinquantaine au départ, judicieusement investis, bien gérés, nous permettraient de redonner du nerf à nos entreprises confrontées aux défis de la concurrence mondiale. Tous les éléments sont sur la table : le comité stratégique, le comité d'engagement, les partenaires financiers, le gestionnaire du fond, et rien ne se fait. Alors, pour ne pas désespérer, éviter de lâcher prise, je me passe en boucle du Bergson : " J'ai toujours voulu que l'avenir ne soit plus ce qui va arriver mais ce que nous allons faire."   

 






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30 janvier 2008 3 30 /01 /janvier /2008 00:07

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"Comment je procède ? Je m'attache à la profondeur. Du 1er janvier au 31 décembre, j'emploie toute mon énergie à enraciner la vigne. La vigne n'est pas faite pour vivre dans la solution liquide qui constitue les premières couches du sol. C'est une plante supérieure, évoluée, qui est conçue pour créer du sol là où il n'y en a pas. Les romains l'avaient bien compris, et ils ont planté des vignes près de Marseille, à l'endroit où ils voulaient créer un sol. L'aberration suprême consiste à planter des vignes au même endroit que le blé. Le blé consomme le sol, alors que les vignes le créent."

"Comment force-t-on une vigne à "descendre" ? Tout d'abord, en la plantant très profondément. Si je plante un pied de vigne en l'enfonçant de quatre centimètres, je lui dis : "sois belle, amuse-toi, et tais-toi." Si je plante une vigne à soixante centimètres de profondeur, je lui dis : "tu vas souffrir pour dépasser tes propres attentes. Tu vas souffrir pour dire quelquechose qui te surprendra, pour produire quelque chose qui restera là après toi." Ensuite, je choisis de fortes densités de plantation. Je plante jusqu'à 10000 pieds à l'hectare sur les nouvelles parcelles. Troisièmement, je travaille la terre pour lui apporter de l'oxygène. Enfin, je me conforme à la biodynamie pour faire démarrer le processus jusqu'à ce que la vigne prenne le dessus et commence à fabriquer sa propre terre."

"Qu'est-ce qu'un homme ? Un homme est constitué par le réseau de tous ses gènes et la somme de ses possibles. Mais au-delà, c'est aussi son savoir. Le savoir qui engrange chaque jour, quand il apprend, quand il souffre, quand il s'enthousiasme, quand il tombe amoureux, quand il est déçu. Lorsque je rencontre quelqu'un, je recherche son humanité. Son patrimoine génétique ne m'intéresse pas. Quand je goûte un vin, pourquoi voulez-vous que j'analyse son génotype plutôt que son vécu ? Un vin de terroir montre la manière dont un vin communique tout ce qu'il a appris au-delà de son génotype. Et cet apprentissage, c'est la culture de la profondeur. Tous les jours, la vigne descend, elle apprend quelque chose de neuf et c'est ce qui se traduit dans le raisin."

Propos publiés par Andrew Jefford qui écrit " Et si jamais un vigneron français mérite d'être comparé à Roland Barthes ou à Jacques Derrida, c'est bien Jean-Michel Deiss. Ce compliment lui revient de droit, non seulement pour l'originalité déconstructiviste et subversive de sa pensée, mais aussi pour les belles métaphores dont il enveloppe ses raisonnements. Un discours de Deiss étonne au point que la dégustation qui le suit donnerait presque dans la sobriété..."
 
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29 janvier 2008 2 29 /01 /janvier /2008 00:02

Ce matin je suis très heureux d'accueillir Jean-Paul Kauffmann dans ma petite maison d'intérieur, cet espace de liberté que j'essaie, jour après jour, de bâtir et de préserver. Du fond du coeur, je le remercie, il me fait grand plaisir. Avant de lui céder la parole je laisse à Bernard Pivot le soin de nous faire pénétrer dans l'univers de mon hôte.  


 "C'est grâce à sa maison des Landes que Jean-Paul Kauffmann a repris goût à l'écriture. Il a d'abord raconté sa captivité et sa libération à l'aide d'une métaphore à la fois légère et classée: le vin (Le bordeaux retrouvé, hors commerce, 1989). «Je voulais écrire pour combler un vide, tenter de me refaire une mémoire, de me reconstituer un passé.» L'éloge de la maison où il s'est reconstruit est sa seconde tentative, très réussie, d'évoquer sans pathos, avec au contraire une allègre simplicité ­ et même, parfois, mais oui, bonne humeur ­, la détresse psychologique où l'avaient plongé les geôles du Hezbollah.
Cependant, il n'a pas renoué avec le plaisir boulimique de lire. Plus que la littérature, la lecture l'avait pourtant sauvé pendant sa claustration à Beyrouth. Maintenant, hormis la poésie, les livres ne le retiennent pas longtemps. Ou mal. Il ressent cela comme une infirmité. Dans son airial, sur la pelouse, devant les arbres qu'il a sauvés ou plantés, il éprouve le même plaisir qu'autrefois devant ses rayonnages de livres.

C'est la nouvelle Bibliothèque verte de Jean-Paul Kauffmann."

Bernard Pivot

 
Question 1 : Dans votre dernier livre « La maison du retour » à l’une de vos voisines, à qui vous faites visiter le chantier de la maison des Tilleuls que vous venez d’acquérir en Haute Lande, vous concédez : « Au fond, je ne suis qu’un amateur. 
-         Quelqu’un qui manque de sérieux ?
-         Sans doute (…)
Jean-Paul Kauffmann, ce manque de sérieux me plaît, l’amateur de vin que vous êtes peut-il nous en dire plus ?
 
Jean-Paul Kauffmann :
 
Il faut en revenir au sens premier de ce mot L’amateur est celui qui aime, tout simplement. Il y a beaucoup de manières d’aimer. De goûter, à mon avis, il n’y en a qu’une. C’est de se conformer à son propre plaisir, à sa propre intuition sans se laisser influencer par autrui, par la doxa comme l’on dit aujourd’hui, c’est-à-dire l’opinion admise, le politiquement correct. « L’amateur se choisit les situations » affirmait Nietzsche. L’amateur est à l’opposé du spécialiste, l’homme qui sait, tranche et se prononce à la place des autres. Nous périssons de cette culture de l’expert qui prétend tout évaluer en oubliant la délectation. L’amateur, à la différence de prescripteurs comme les critiques de vin ou les sommeliers, ne saurait être un homme de pouvoir. Quand je m’occupais de L’Amateur de Bordeaux, l’aspect technique me cassait les pieds, j’ai fini par m’y intéresser à mon corps défendant grâce à des pédagogues remarquables comme Emile Peynaud ou Denis Dubourdieu mais c’est le vin dans le verre et son contexte culturel qui m’ont toujours importé. Que de cuviers ai-je pu visiter de mauvaise grâce mais en faisant bonne figure ! Ils se ressemblent tous : les pompes, l’inox, ça manque totalement de poésie. En plus ces lieux sont humides, dominés par des courants d’air et on s’y gèle en hiver. C’est la part enfantine des propriétaires : ils veulent toujours qu’on admire leur dernier joujou technologique. Personnellement je préfère la vigne, le contact avec le sol mais il est significatif que ce sont les installations qu’on nous fait souvent visiter en priorité.
 
Tout cela pour dire que l’amateur ne se prend pas au sérieux. En revanche, il prend au sérieux ses sensations et ses émotions. Je défends passionnément l’idée de gratuité qui n’est rien d’autre que la forme suprême du dilettantisme : une manière de détachement, une absence de professionnalisme – chacun son métier : le viticulteur et l’œnologue sont engagés dans les applications pratiques de la science. Pas trop tout de même car ils ont souvent la main lourde. Mais à l’amateur, il n’est demandé que l’aptitude à sentir, à discerner les beautés et les défauts d’un vin, à formuler un jugement personnel – ce qui n’est pas mince.
 
 
Question 2 : Amateur de vin de Bordeaux vous faites vôtre ce beau trait de Jean-Bernard Delmas, l’homme de Haut-Brion « Le bordeaux : il a tout et rien de plus. » Jean-Paul Kauffmann pourquoi le bordeaux, bourgeois ou cru classé, vous met-il dans tous vos états ?
 
Jean-Paul Kauffmann :
 
Je suis un peu comme Stendhal avec l’Italie, pays qu’il aimait par dessus tout mais qui correspondait plus à son imagination et à un idéal qu’à la réalité. Le bordeaux rêvé, c’est un peu mon problème. À l’origine, ce vin s’est construit sur la notion de finesse et d’équilibre mais ces représentations ne sont plus guère à la mode, dans un monde qui révère l’offre supérieure, la surenchère, la force brutale des sensations. Autrement dit, la vulgarité. Entre le bordeaux le plus modeste et le cru classé il existait un air de famille dû sans doute à la typicité du cabernet-sauvignon et du merlot et à cette notion d’harmonie et de subtilité. Cette identité commune tend à disparaître. On exige à présent des vins sur construits, pansus, «tropicaux », sans aspérité, « sucrés ». L’amertume et l’acidité, indispensables à l’équilibre, sont rejetées, lissées pour une large part par des degrés alcooliques excessifs – le réchauffement climatique n’arrange rien. Si Bordeaux se met à ressembler aux autres vins alors on achètera les autres vins, souvent d’ailleurs meilleur marché. Je garde la nostalgie de ces bordeaux élégants et bien cambrés, équilibrés, parfaitement ajustés, nets, sans plis et sans ces invraisemblables draperies que sont le bois et la surextraction qui alourdissent l’ensemble. Où est passé le « délié » bordelais ? Il faut certes être de son temps mais ce temps-ci a diablement mauvais goût.
 
Question 3 : « Le parfum, ça vous saute au nez tandis que le bouquet, il faut aller le chercher. » cette réflexion que vous avez entendue dans la bouche d’un vigneron, et que vous partagez, laisse à penser que pour vous, Jean-Paul Kauffmann, certains bordeaux, cédants à l’air du temps, ont vendu leur âme au diable ?
 
Jean-Paul Kauffmann :
 
Il est significatif qu’on parle de moins en moins de bouquet qui induit la délicatesse alors que le parfum convient bien à la lourdeur et à la vulgarité de notre époque. À priori on ne peut rien contre cette standardisation du goût mais face à cette œnologie normative il y aura toujours des gens qui heureusement diront non. C’est une minorité bien sûr mais elle finit toujours par être agissante. Elle ne défend pas le passé comme on se plaît à le dire mais l’avenir. Elle refuse ce modèle qu’on nous propose : tous ces vins riches, confiturés, écœurants et finalement sans relief. « Le monde ne sera sauvé que par quelques-uns » disait Gide. C’est sans doute une conception élitiste de l’existence mais il en a toujours été ainsi dans le domaine de la politique comme dans celui des idées. Pour le vin, s’il s’agit d’une aristocratie, elle est ouverte à tous. Nous sommes certes dans le champ du plaisir mais les valeurs que le vin représente ne sont pas frivoles. Le goût est un excellent reflet de ce que nous sommes. C’est un bon marqueur de civilisation. Au passage on peut noter que le caractère sacré du vin élaboré jadis par les moines a disparu, il s’est laïcisé. Est-ce une bonne ou mauvaise chose ? Le pouvoir de l’argent s’est emparé de nombreux crus prestigieux. Le vin est devenu furieusement séculier aujourd’hui. Ce faisant, il s’est aussi banalisé. Mais la situation n’est nullement désespérée. Il y a une poignée de vrais amateurs qui croient à ceux qui défendent la diversité et la complexité de leur terroir. Mais comment traduire l’intégrité de ce sol ? D’abord en le respectant. C’est là qu’intervient le savoir-faire humain. Le vin n’est pas un produit naturel. N’oublions pas que c’est l’homme qui l’empêche de tourner au vinaigre. Tout est dans l’interprétation du terroir. Le problème est qu’à présent on surjoue. Il y a un côté résolument théâtral dans le monde du vin : trop de machinistes, de décorateurs, de maquilleuses, de bruiteurs, de souffleurs, d’accessoiristes. En somme trop d’emphase. Le goût est devenu pompeux, apprêté, grandiloquent, baroque. Oserais-je dire que j’ai envie de naturel, de fraîcheur, d’authenticité, mot galvaudé mais je n’en vois pas d’autres.

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28 janvier 2008 1 28 /01 /janvier /2008 00:07


C'est dans Régal, donc étiqueté "le terroir à toujours raison surtout si c'est une star qui fait la pomme" (1)...

C'est Thierry Jacquillat qui va être content...

C'est moi, ex-président de l'Interprofession (mais qui s'en souvient dans les chaumières du Pays d'Auge) qui le suis moins, sauf à considérer Michel Hubert, membre du jury de dégustation et de l'Interprofession IDAC*, comme une AOC, pas la moindre trace de l'AOC Pays d'Auge et Cornouailles dans le panel dégusté.
*
http://
www.idac-aoc.fr/
C'est moi toujours pas content qui, dans les années 90, en dépit du double jeu d'un grand président, avait fait demander aux services de l'INAO de Caen de déguster les cidres "cuves closes". Dégustation sabotée et sabordée.

C'est la preuve qu'il faut se garder des idées reçues véhiculées par certains membres de la corporation des journalistes militants de la cause si populaire des "small is beautiful qui ne font que des produits d'exception".

Edito (1)

Victimes de la mode ?

C'est incroyable la force d'une marque. Chaque jour, on se fait influencer par un logo, une étiquette, une bonne campagne de pub et l'on est prêt à payer le produit très cher parce qu'il est censé être le meilleur. C'est le cas du baladeur Ipod, mais aussi d'un grand Bordeaux * ou d'un poulet de Bresse *? Ne sommes-nous pas victimes d'un effet de mode, d'une image de marque, d'un bon coup de marketing ? Pour notre banc d'essai, nous avons dégusté à l'aveugle des cidres artisanaux élaborés par des petits producteurs passionnés, et d'autres issus de ce que l'on peut appeler l'industrie cidricole *. J'avais la conviction que les cidres d'artisans allaient gagner haut la main, écraser les industriels. Notamment j'étais persuadé de la victoire de celui d'Eric Bordelet que j'aime beaucoup et dont le talent est reconnu par les plus grands sommeliers et les plus grands chefs, comme Pierre Gagnaire. Eric prend un soin particulier à assembler ses 20 variétés de pommes douces, amères ou aigres et à faire un cidre d'exception. il est le seul à être recommandé dans l'excellent guide de Sylvie Augereau (dont je vous recommande vivement la lecture). Seulement voilà, à la dégustation, patatras ! Nous avions caché les bouteilles pourne pas les reconnaître, et le "sydre Bordelet" s'est montré bien au-dessous de nos espérances. A tel point que nous avons recommencé le test. Et encore une fois, les meilleures bouteilles se sont révélé être les cidres industriels. Mauvaise cuvée d'Eric Bordelet ? Problème de bouteilles ? Peut-être. Ca n'empêchera pas d'en regoûter l'an prochain. mais cela prouve encore une fois qu'il faut toujours se fier à son palais, bien plus qu'à l'étiquette.

Julien Fouin rédacteur en chef de Régal
 * à noter que les grands Bordeaux et le poulet de Bresse ne sont pas des marques mais des AOC.
* puisque les petits producteurs artisanaux sont passionnés je suggère que les industriels anonymes soient cités à la barre : il s'agit pour les 2 marques placées en tête de la dégustation de CCLF et de CSR regroupés sous la houlette du groupe coopératif normand Agrial. Le comble de l'horreur pour certains : industriels et coopératifs.


L'édito ci-dessus est un must de tout ce que j'aime et plus particulièrement la connivence - tant reprochée aux journalistes politiques - de certains avec "leurs petits producteurs starifiés"
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A noter que le cidre d'Eric Bordelet est 6e sur 7 et que le dernier est le seul cidre bio vendu sous la marque Auchan ; 
à  noter que l'étagement des notes est étroit de 14,5/20 pour le premier à 12/20 pour le dernier. Les prix, en dehors du Bordelet 9 euros, se situent dans une fourchette très reserrée : de 1,65 euros à 3 euros. Le premier est le moins cher 2 euros juste après le bio d'Auchan. Les cidres industriels n'avaient que 2 représentants. Nulle trace des cidres AOC Pays d'Auge et Cornouailles ni dans le panel présenté, ni dans l'article chapeau du banc d'essai. Enfin le jury était composé de :
- Philippe Mary : la Sydrerie de l'Etoile,
- Alain Dutournier du Crré des Feuillants,
- Christophe Serpin : chef sommelier du Carré des Feuillants,
- Daniel Dayan : directeur de Pomze,
- Michel Hubert producteur en Pays d'Auge membre de l'IDAC,
- Arnaud Didier : oenologue à la Chambre d'Agriculture de Normandie,
- Dominique Hutin journaliste à Régal,
- Floriane Revard auteur du Petit Futé Paris Gourmand.


Bonne année à Anne, Isabelle, Pierrette et Monique et au président de l'IDAC... 

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