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15 février 2008 5 15 /02 /février /2008 00:09
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L'homme tranchait dans le paysage languedocien du vin, Robert Skalli parlait d'avenir, le nourrissait d'une approche fondée sur les grandes tendances, sur l'évolution des modes de vie, sur ce qui naissait ailleurs, dans les pays dit du Nouveau Monde. Notre complicité fut immédiate, son goût et sa passion pour l'art contemporain et des artistes dérangeants tels JM Basquiat, Andy Warhol, Soulages... me le rendait très proche. Eclectique, novateur, chaleureux, moderne, entrepreneur du vin - dans la France et le Languedoc des années 80 c'était péché mortel - Robert Skalli, sut, contre vents et marées, défiant les sourires goguenards de ses confrères et l'éternel scepticisme des vignerons, faire triompher les cépages, jeter les bases du partenariat. Les Vins de pays d'Oc lui doivent beaucoup. Je l'avoue, sur mes tablettes du groupe stratégique, ce fut son nom qui s'imposa en premier. A la veille de Vinisud, il me fait l'extrême plaisir de répondre aux 3 Questions de Vin&Cie. Merci Robert.

1ière Question : Robert Skalli, j’en ai été le témoin dans les années 80, tu as été, avant tout le monde, l’homme qui a cru et promu les cépages dans le Languedoc. Tu as été aussi le vecteur privilégié des Vins de Pays d’Oc qui fêtent leur 20 ans. Alors, à la veille de la 8ième édition de Vinisud qu'elle est ton analyse de la situation de South of France ? Cette grande et belle région est-elle le meilleur atout de la France du vin ?
 
Réponse de Robert Skalli :

Skalli présent en Languedoc, à Chateauneuf-du-Pape, en Corse et bientôt en Provence se positionne comme la Famille de référence des vins du Sud de la France.
 
Nos marques vins de cépage et A.O.C. (Fortant, Couleurs du Sud, Caves St Pierre, Terra-Vecchia, …) enregistrent une progression de 23% en 2007. Par ailleurs, nos grands vins se développent de façon significative auprès de la restauration gastronomique et des cavistes.
 
Enfin avec 60% de nos ventes hors France et 29% de nos ventes dans le secteur traditionnel, nous avons les moyens de participer à construire avec ambition la réputation du Sud de la France sur les grandes tables dans de nombreux pays. C’est pourquoi, pour la Famille Skalli, cette grande et belle région du Sud de la France est le meilleur atout de la France du vin.
 
 
2ième Question : « Son vin tient parole » comme toujours Robert Skalli tu t'engages, tu signes tes vins. Parle-nous de tes vins, de tous tes vins, des ambitions de la famille Skalli pour l’avenir.

Réponse de Robert Skalli :
 
A l’origine de tous nos vins : Nos Valeurs.
 
La Famille
Source de chaleur et d’humanité méditerranéenne. Elle est garante de la transmission d’une tradition et d’un savoir faire ancestral.
 
L’esprit pionnier et conquérant
Transmis par trois générations, il anime notre passion pour la découverte de terroirs et la création de vins contemporains à l’exemple des premiers vins de cépage français.
 
L’ancrage profond dans les régions de production
Le respect de l’origine des raisins, de la terre de naissance, de la différence des terroirs, des climats, des cépages pour enfin créer et élever avec patience et passion notre vin.
 
L’écoute permanente des consommateurs
Imaginer des vins authentiques qui conjuguent qualité, accessibilité et modernité.
 
Enfin concernant l’ambition de la Famille Skalli, elle est de découvrir de nouveaux terroirs en priorité dans les grandes régions viticoles des pays méditerranéens mais aussi d’Amériques pour en révéler toute la richesse et la typicité dans des vins séduisants et contemporains.

 3ième Question : Robert Skalli c’est à l’homme de vision que je m’adresse, à l’amateur d’art contemporain, celui qui au sein du groupe stratégique a toujours plaidé pour que le vin français soit, comme ses concurrents du Nouveau Monde, plus à l’écoute de son temps, qu’elle est ton analyse des grandes tendances du marché mondial du vin ?

Réponse de Robert Skalli :

 
De très nombreux pays produisent d’excellents vins. La France est et sera un des grands « Joueurs » dans la compétition mondiale. Mais il faut savoir clairement identifier son terrain de jeu.
 
1.      Les Entreprises
 
Trois catégories existent :
 
·       Les vignobles et les vignerons de luxe : ils sont très connus, rares et prestigieux. Ils produisent des vins souvent hors de prix, mais qui trouvent toujours plus d’acheteurs. La demande est très soutenue en particulier avec les riches nouveaux consommateurs des pays émergeants (Asie, Inde, Russie, Amérique du Sud).
 
·       Les grands groupes internationaux ( entre 10 et 20 ) : ils sont australiens, américains, italiens, mais aussi français. Ils ont souvent un grand contrôle d’un réseau mondial de distribution.
 
·       Les grandes familles du vin  ( entre 100 et 200 ) : elles sont présentes dans les plus grandes régions viticoles du monde., elles associent expertise de leur terroir et excellente connaissance des marchés mondiaux. C’est dans cette dernière catégorie que Skalli se trouve.
 
 
2.      Les vins
 
A chaque catégorie d’entreprises correspond les vins :
 
·        Les vignobles et les vignerons de luxe continueront au 21e siècle à produire des vins de plus en plus rares et de plus en plus chers.
 
·        Les grands groupes internationaux développeront des marques de plus en plus puissantes qui dépasseront souvent les 10 millions de caisses par marque.
 
·        Les grandes familles du vin conjugueront origine, terroir, qualité, mais aussi marque, signature, prix accessible et surtout permanence de la qualité et des prix afin de permettre aux consommateurs de découvrir et mieux comprendre une région de production dans cette vaste compétition mondiale.
 
 
En conclusion, je suis très optimiste pour le drapeau France dans cette dure compétition mondiale si l’on maîtrise la qualité de ses vins, ses réseaux commerciaux et surtout si l’on sait construire ses marques, …. Bref il n’y a définitivement plus de place pour l’amateurisme.
 
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14 février 2008 4 14 /02 /février /2008 00:02

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Le Rapport annuel de la Cour des comptes, pour le grand public, se résume à quelques sujets croustillants aux journaux de 20 heures de la sacro-sainte télé. Ensuite : rideau ! Qui a envie de se taper l'aridité des 941 pages des incorruptibles messieurs-dames de la rue Cambon, les boeufs-carottes de l'argent public ? Pas grand monde bien sûr. Alors moi, bon petit soldat de la République, je m'y colle avec modération. 

Ce matin je me suis arrêté sur les pages 804 à 808, du Rapport Annuel 2008, traitant des CVO des Interprofessions Agricoles. Je vous livre l'information brute et, même si vous la trouvez peu appétante, lisez-là, stockez-là dans vos dossiers, ignorez-là si vous le voulez mais ne venez pas ensuite vous plaindre ou râler sur le thème : on nous cache tout, on nous dit rien. Bonne lecture.

Les cotisations volontaires obligatoires prélevées par les interprofessions agricoles
 
Le contrôle des interprofessions agricoles avait conduit la Cour à constater un manque de rigueur dans l’application de la loi du 10 juillet 1975 qui encadre le fonctionnement de ces organismes regroupant tous les acteurs économiques d’une filière (producteurs, transformateurs, négociants…) autour de missions d’intérêt commun.
Trop souvent, les accords dont l’extension était demandée aux pouvoirs publics - afin notamment de rendre obligatoire pour tous les membres d’une filière le prélèvement de cotisations décidées par l’organisme (d’où l’appellation paradoxale de « cotisations volontaires obligatoires », les CVO) - demeuraient imprécis sur la nature des actions que ces cotisations devaient financer ainsi que sur les hypothèses conduisant à la détermination du taux de prélèvement. Les ministères chargés de l’agriculture et des finances étaient parfois conduits à étendre des accords sans avoir reçu les informations nécessaires à leur juste appréciation. La Cour recommandait donc que l’Etat applique plus strictement le principe interprofessionnel, notamment durant la procédure d’extension des accords.
 
Dans sa réponse, le ministre de l’agriculture et de la pêche avait « pris bonne note des observations de la Cour concernant un contrôle plein et entier de l’utilisation du produit des CVO » et avait indiqué avoir proposé au ministère des finances, qui l’avait accepté, « la rédaction d’un guide commun d’instruction et de suivi des accords interprofessionnels, qui fixerait notamment l’ensemble des éléments du contrôle à opérer dans ce cadre ».
 
Ce guide, qui prend la forme d’une instruction interministérielle signée le 15 mai 2007, contient plusieurs éléments qui répondent aux observations de la Cour et améliorent les procédures de prélèvement des CVO. Néanmoins, certaines questions importantes liées au prélèvement des cotisations volontaires obligatoires demeurent en attente de réponse, notamment celle relative à l’absence de notification de ces cotisations à la Commission européenne et celle relative à la nécessaire harmonisation entre les divers organismes interprofessionnels, regroupements de droit privé, et les offices agricoles, établissements publics, dont les compétences se recouvrent en partie.
 
La Cour avait relevé que certains accords avaient été étendus alors que le flou de leur rédaction ne rendait pas possible la vérification de leur conformité avec les dispositions du code rural.
 
L’instruction indique que les accords dont l’extension est demandée doivent détailler « de manière exhaustive » les actions que viendraient financer les CVO envisagées. Cette description, rappelle l’instruction, « ne doit pas être une simple reprise des missions statutaires de l’interprofession ». La direction générale des politiques économique, européenne et internationale du ministère chargé de l’agriculture ainsi que la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes du ministère chargé de l'économie, conjointement responsables de l’extension des accords, sont donc désormais en mesure de rejeter les accords vagues ou imprécis. La Cour avait relevé que les CVO venaient parfois abonder sans nécessité les réserves financières déjà élevées des interprofessions.
 
L’instruction indique que l’extension d’un accord est subordonnée à la vérification des actions effectivement financées par CVO lors de la précédente campagne, ainsi qu’à l’appréciation par l’administration de la cohérence du taux de cotisation avec la nature des actions envisagées. Si cette procédure est appliquée avec rigueur, elle est de nature à éviter que des CVO soient perçues sans justification.
 
La Cour avait relevé que la représentativité des organisations membres d’une interprofession, condition nécessaire pour que l’extension d’un accord interprofessionnel ne relève pas d’un abus de pouvoir, n’était pas suffisamment vérifiée.
 
L’instruction apporte une amélioration, puisqu’il est désormais prévu de vérifier la représentativité d’une interprofession à chaque fois qu’une de ses organisations professionnelles viendrait à démissionner. Cependant, la question ne se limite pas aux évolutions liées à d’éventuelles démissions ; il peut y avoir modification de la représentativité sans que change la composition de l’interprofession et l’instruction n’apporte pas de réponse sur ce point.
 
La Cour avait relevé qu’une certaine opacité entourait les accords étendus, dont la consultation n’était possible qu’en se rendant au ministère de l’agriculture ou au siège de l’interprofession.
 
L’instruction prévoit de rendre publics, sur le site Internet du ministère de l’agriculture, les accords professionnels étendus. Une fois effective, cette mesure contribuera à lever l’opacité dénoncée par la Cour.
 
La Cour avait relevé que les interprofessions finançaient parfois, sans fondement évident, les organisations professionnelles qui les composent.
 
L’administration exige désormais, en préalable à toute extension, la liste des conventions de service passées par les interprofessions avec des tiers pour la réalisation des actions financées par CVO. Cela devrait permettre un premier contrôle de l’utilisation des fonds, afin d’éviter notamment que les interprofessions n’invoquent des motifs contestables pour justifier le reversement aux organisations professionnelles qui les composent d’une partie des cotisations perçues.
 
RÉPONSE DU MINISTRE DE L’AGRICULTURE ET DE LA PÊCHE (extrait)
 
La Cour avait constaté une similitude entre les rôles et les rapports entretenus entre ces diverses structures, compte tenu de la composition très similaire de leurs conseils d’administration (les mêmes membres y siègent), qui seraient de nature à entraîner des conflits d’intérêt. Dans la pratique, il est constaté qu’en matière de promotion par exemple, les financements sont assurés essentiellement, et dans des proportions qui peuvent représenter jusqu’à 50 % de leur budget, par les interprofessions elles-mêmes .En tout état de cause, lorsque les offices contribuent à une action menée par des interprofessions, c’est toujours en complément des financements apportés par ces dernières. Il faut ajouter que la logique d’intervention de ces organismes est différente : mise en œuvre de politiques publiques pour ce qui concernent les offices agricoles, libres décisions des organisations professionnelles dans le cas des interprofessions.
 
Enfin, comme l’avait d’ailleurs remarqué la Cour dans son rapport 2006, le champ d’intervention des interprofessions est amené à s’élargir à de nouvelles missions, en raison des évolutions engagées ou prévisibles, tant au plan national (loi d’orientation agricole) que communautaire, alors que celui de l’Etat, et des offices agricoles en particulier, tend à se recentrer. A ce titre, l’évolution des établissements publics agricoles fait actuellement l’objet d’une réflexion approfondie dans le cadre de la révision générale des politiques publiques.
 
 
RÉPONSE DU MINISTRE DU BUDGET, DES COMPTES PUBLICS ET DE LA FONCTION PUBLIQUE (Extrait)
 
Sur l’articulation entre les interprofessions et les offices agricoles.
 
La clarification des rôles respectifs des interprofessions et des offices agricoles s’avère en effet nécessaire afin d’éviter que leurs compétences ne se recouvrent. Les décisions du premier Conseil de modernisation des politiques publiques le 12 décembre dernier, relatives d’une part à la fusion de l’AUP et du CNASEA et d’autre part au regroupement des offices d’intervention agricoles, devraient être l’occasion de redéfinir les lignes de partage. De façon générale, il serait souhaitable de circonscrire le rôle des structures publiques aux actions qui ne peuvent être menées de manière efficace par les interprofessions. La réflexion sur la gouvernance des filières agricoles engagée dans le cadre des Assises de l’agriculture et les propositions que la France pourrait être année à faire en matière d’adaptation du droit de la concurrence aux spécificités du secteur agricole peuvent aussi être l’occasion d’un réexamen des interventions des offices et des interprofessions.
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13 février 2008 3 13 /02 /février /2008 00:01
image_39245057_144_108.jpgFrançois Cluzet, dans l’excellent film « Les liens du sang » qui vient de sortir sur les écrans, baccantes et cheveux longs, joue un taulard minable, plutôt sympathique, qui pour transformer sa conditionnelle en libération définitive accepte un boulot de manutentionnaire à l’Intermarché du coin. Nous sommes dans les années 70, la préhistoire des grandes surfaces, elles sont bordéliques, sans paillettes ni musique d’ambiance, la clientèle pousse le chariot, mâles y compris, pour se désennuyer en des lieux qui vont devenir les temples de la consommation populaire. Après « le dimanche à Orly » de Gilbert Bécaud c’est le temps où Dutronc, le play-boy décalé débite sur un tempo goguenard   : « le dragueur des supermarchés »

Le chéri des libres-services
Qui libère les prix et les cœurs
D'un petit tour, d'un petit tour, d'un petit tour de tournevis,
L'amoureux des grandes surfaces,
Celui qui, au rayon d'en face,
Vend des attrapes, vend des attrapes,
Vend des attrapes et fait des farces.
Il est sympa et attirant
Mais, méfiez-vous: c'est un truand
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Reste le dernier acte du périple grandsurfacien, en file indienne c’est le passage à la caisse. Le choix de la file, pour la gente masculine, ne doit souvent rien à la rationalité : longueur de la queue, rythme du débit, mais s’apparente aux manœuvres d’un prédateur : jeter son dévolu sur la proie la plus appétissante. Combien d’idylles se sont nouées en ce couloir où, en surplomb les regards masculins cherchaient sous les blouses courtes, on était au temps des mini-jupes, les appâts des belles et girondes caissières qui s’échinaient à déchiffrer les étiquettes. Un sourire, un lieu de rencart griffonné sur un bout de papier, un compliment chuchoté, et comme on le disait avec finesse en ces temps reculés : « emballé c’est pesé… » Cluzet, dans le film, séduit une oie blanche romantique avec le panache des mauvais garçons.
Et puis les supermarchés encore coincés dans le cœur des villes ont été supplanté par les hypermarchés, hors la ville, parkings immenses, galeries marchandes et tout, ou presque, à portée de chariots. L’enfilade des caisses sous le scialytique des néons a un parfum des « Temps Modernes » de Chaplin. Tout pour la productivité et, le code barre aidant, nos caissières, en une rythmique syncopée, forme encore humaine du robot, devenaient transparentes. Tout le monde, où presque, est pressé. Plus de temps à perdre, les canapés attendent les culs posés devant la télé. Sans doute reste-t-il encore quelques vieux briscards de la drague grandesurfacienne mais, tels des Dutronc amortis, Perfecto, Ray Ban et santiags obsolètes, ils traînent leur ennui et leurs souvenirs au rayon lingerie avant d’échouer sur la rive des caisses, frôlés par de jeunes patineurs qui zigzaguent, ignorés par les jeunettes qui n’ont d’yeux que pour leurs idoles de carton-pâte de la Star Academy.
 
George J.Laurer, ingénieur électricien, engagé par IBM, en 1969 se voit attribuer la tâche de créer un code et un symbole d’identification des produits pour l’Uniform Grocery Product Code Council, organisme regroupant des gros épiciers américains. Sa solution, l’Universal Product Code (UPC traduit en français par code universel des produits) bouleverse le monde de la distribution. Il améliore ensuite ce code en lui ajoutant un 13ième caractère, créant ainsi le Code-barres EAN, qui est devenu le standard mondial. Il est connu en France sous le nom de GENCODE, à tort, puisque GENCOD était le nom de l’organisme français chargé de sa régulation nationale. L’EAN est composé de 8 ou 13 chiffres représentés sous forme de séquences de barres noires et blanches formant un code à barres. Les codes EAN 8 sont réservés à l’usage sur des produits de petite taille, les EAN 13 sont utilisés sur tous les autres produits.
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Bref, la cérémonie du 30ième anniversaire a été célébrée en grande pompe devant plus de 700 personnes par les grands prêtres de la consommation : Jérôme Bédier de la FCD et Olivier Desforges président de l’ILEC (organisme regroupant les grands de l’industrie de Consommation) – à noter qu’Olivier Desforges fut au temps où je sévissais à la SVF le directeur du marketing de cette société. Il est aujourd’hui la tête à claques de Michel-Edouard Leclerc – et dans une grande envolée, Pierre Georget, directeur de GS 1 l’organisme qui gère le code à barres, déclarait « avec l’Internet, le code à barres restera probablement l’une des plus grandes inventions du 20ième siècle… »  et moi je pensais, avec tristesse, que ce petit machin tout noir, en réalité, n’était que la page de garde du faire-part de décès de nos caissières chéries. Vive l’Internet des Objets ! Mais c’est une autre histoire que je vous conterais, pour l’heure, délaissant le champagne et les petits fours de la commémoration, je me rends dans le dernier bistrot du coin siroter un vin chaud en rêvant du temps où un simple bonjour pouvait être le premier pas d’un grand amour… 

  
http://caissierenofutur.over-blog.com/

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12 février 2008 2 12 /02 /février /2008 00:07


Le luxe se porte bien, même très bien, alors que dans notre beau pays le lancinant débat sur le pouvoir d'achat déprime la classe moyenne, partout, ou presque, dans le monde, y compris en France une frénésie de consommation de produits ultra-premium * s'est emparée des nouveaux comme des anciens riches. Dans ma chronique champenoise du 24 janvier : " les champenois y font rien comme tout le monde "
http://www.berthomeau.com/article-15851173.html 
je vous parlais - dans l'indifférence générale - du co-branding pratiqué par LVMH avec ses marques Dior, Vuitton, Dom Pérignon, Krug et, lors de ma visite au siège de Pernod-Ricard je suis tombé sur le magazine des actionnaires de ce groupe : Entreprendre qui consacre l'essentiel de son numéro 51 au luxe en bouteille. Je vous propose ce matin, sans commentaires, à vous de réagir, quelques morceaux choisis sur ce thème de la premiumisation.

* Premium = prix supérieur ou égal à 26 $ la bouteille,
Ultra-Premium = prix supérieur ou égal à 80 $ la bouteille. 

La parole d'abord au Directeur Marketing du groupe, Jean-Paul Richard : " Notre force repose enfin sur une culture marketing, basée sur l'amour et le respect des marques. Elles sont très anciennes : Martell et Jameson ont été créées au XVIIIe siècle, Chivas Regal, Ballantine's, The Glenlivet, Mumm et Perrier-Jouët au XIXe siècle. Elles ont traversé les différentes époques avec réussite, grâce à la constance de leur qualité et à la force de leur personnalité. Elles sont les ambassadeurs d'un art de vivre, d'une culture : l'Ecosse et l'Irlande pour nos wiskies, la France pour notre Cognac et nos champagnes. Les marques du luxe témoignent de la différence entre les succès rapides, mais éphèmères des marques qui se contentent de "surfer" sur les modes passagères et la vraie réussite des marques qui s'inscrivent dans la durée."

Selon la banque Merryl Lynch, le nombre de personnes "riches" * en Europe, aux USA et en Asie s'élève aujourd'hui à 8,7 millions. Pourtant, on estime à 87 millions les consommateurs de luxe, soit dix fois plus. Premier constat : il n'est pas nécessaire d'être extrêmement riche pour jouir du luxe. Deuxième constat : "les consommateurs de luxe qui n'appartiennent pas au groupe des riches effectuent des arbitrages, explique Jean-Paul Richard. Pour un consommateur donné l'arbitrage consistera à financer l'achat d'un produit de luxe dans une catégorie qu'il valorise, par des économies réalisées sur des achats dans des catégories qu'il ne valorise pas ou peu : cela conduit pour une même personne, à mixer marques de luxe et produits "hard discount". Ce phénomène "trading up, trading down" menace l'existence des marques "milieu de gamme".

* personnes possédant plus de 1 million de $ de patrimoine (hors résidence principale)

Entre 1980 et 1990, le nombre de consommateurs a été multiplié par 10. Pour JN Kapferer (Pr à HEC) le succès de ce marché trouve en partie son explication dans l'effondrement des sociétés aristocratiques, dans lesquelles des règles strictes encadraient la diffusion des signes et produits de luxe. "Les sociétés sont devenues plus démocratiques et plus ouvertes, explique-t-il. Néanmoins, elles éprouvent toujours le besoin de se hiérarchiser. Le luxe permet de recréer une stratification. Il constitue un indicateur social. La distinction ne se fait donc plus sur des critères aristocratiques, mais méritocratiques. Les produits de luxe sont des signes visibles de la réussite. On les affiche comme des médailles".

Selon Catherine Becker (DG de Sorgem Internationial spécialisée dans l'étude du comportement des consommateurs et la communication produits à l'international) les consommateurs de produits de luxe peuvent être classés en 4 grandes catégories :
    - Les Héritiers : pour eux le luxe est un art de vivre et un plaisir. Ce sont souvent des connaisseurs recherchant la qualité, le savoir-faire, l'authenticité, la rareté, voire l'exclusivité.
     - Les Accédants : le luxe permet d'affirmer son statut social et de ressentir un sentiment d'appartenance à une élite. Ces consommateurs recherchent des marques qui expriment "visiblement" le luxe.
     - Les Extravagants : le luxe est une façon d'exprimer sa différence, de séduire. Ils aspirent à vivre une vie de VIP, voire de stars.
      - Les Nouveaux Créateurs : une nouvelle élite : les esthètes. Le luxe doit refléter leurs fortes individualités, leurs personnalités créatives. L'objet devient une oeuvre d'art.

Cette segmentation se retrouve à l'échelle internationale, mais l'importance de chaque catégorie varie selon les régions. Ainsi, les Héritiers sont plus nombreux en Europe, continent qui constitue le socle de la vision patrimoniale du luxe et qui évoque l'aristocratie et les traditions. Les Accédants sont en pleine expansion en Russie et en Chine.

" On n'arrête pas de créer des marques "au-dessus" explique JN Kapferer. Il y a eu le haut de gamme, puis le Premium, le Super Premium et maintenant l'Ultra Premium". Avec l'augmentation du pouvoir d'achat, les limites sont sans cesse repoussées. Au fil des années, les produits de luxe se sont dotés d'attributs de plus en plus exceptionnels. au départ, il s'agissait de produits de grande qualité dont le prix élevé suffisait à en faire des produits de luxe, inacessibles au plus grand nombre. Puis, face à la hausse du pouvoir d'achat, les attributs attachés aux produits de luxe se sont sophistiqués (séries limités, etc.). Aujourd'hui, le dernier bastion du luxe est le retour au sur-mesure."

Alors, je ne suis pas sûr, comme le souligne, JP Richard que " le luxe était l'ordinaire des gens extraordinaires" et qu'il soit devenu "l'extraordinaire des gens ordinaires..." A mon avis, et ce sera mon seul commentaire, je ne peux pas m'en empêcher, le luxe est tout bêtement plus ce qu'il était sauf que la pièce unique, le fait main, le non reproductible reste le privilège des vrais amateurs...

Allez, un petit cocorico pour finir : dans le Hit ultra-premium de Pernod-Ricard : 1 Champagne, 1 Cognac et 1 Whiskie... soit 2 produits issus du raisin, AOC qui ne l'indiquent pas sur leur bouteille, pour 1 produit issu du malt...

http://www.mumm.com/misc/?page=news

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11 février 2008 1 11 /02 /février /2008 00:06


Lorsque j'ai rejoint la Société des Vins de France, en 1986, celle-ci était devenue une filiale du groupe Pernod-Ricard. Patrick Ricard a donc été, en tant que Président, mon big boss. De la route principale du Port de Gennevilliers - siège de la SVF - la rue de Téhéran - siège de la holding Pernod-Ricard à Paris - nous parraissait bien lointaine, alors qu'à vol d'oiseau nous étions si proches. En 2001, lorsque j'ai publié mon rapport, Patrick Ricard était président de la FEVS, la Fédération des Exportateurs de Vins et Spiritueux, et il n'a pas ménagé ses efforts auprès des pouvoirs publics, mes commanditaires et patrons, pour que les préconisations qui y étaient faites puissent être traduites en des décisions opérationnelles. Je l'en remercie et c'est un réel plaisir pour moi qu'il ait accepté de répondre aux 3 questions de Vin&Cie.
 
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1er question
: Patrick Ricard, Jacob's Creek, cette superbe réussite, ça c'est fait comment? Pour vous avoir entendu narrer les conditions où vous êtes allé en Australie je pense que les lecteurs de Vin&Cie seront intéressés.
 
Réponse de Patrick Ricard :

Tout commence au Royaume-Uni. Nous désirons mettre un pied dans le négoce du vin. Nous achetons une petite société avec quatre ou cinq employés. Cette société est réputée pour la vente des vins autrichiens.
Suit en Grande-Bretagne ce que la presse appelle le scandale de l’antigel dans le vin. Nos ventes s’arrêtent.
 
Jymmy Andor, l’âme de la société Caxton Tower, achète un billet Tour du monde pour trouver un vin de substitution. En l’Australie, il découvre Jacob’s Creek, jamais exporté, comme d’ailleurs aucun vin d’Australie, vers la Grande-Bretagne. Les premières bouteilles arrivent en deux variétés : le blanc sec et le grand rouge.

Le succès est immédiat, le cercle vertueux démarre.

Les Australiens proposent des vins de cépages, des vins plus chers, puis des bicépages et maintenant des tricépages. Une offre simple : cépage, goût, prix et qualité. 
Au début des années 1990, Pernod Ricard rachète Orlando Wines. La direction locale qui connaît parfaitement son marché et ses clients est maintenue. L’année suivante, elle se porte acquéreur d’une autre société de vin australienne, Wyndham. Le nouvel Orlando Wyndham sera à l’origine de l’immense succès des vins Jacob’s Creek. Il se vend aujourd’hui 3,5 millions de caisses en Angleterre, soit la moitié de sa production.
 
2ème question : Votre groupe est un poids lourd du vin dans le monde. Pourriez-vous nous faire le tour du monde de vos vins et nous donner vos perspectives dans ce domaine ?
 
Réponse de Patrick Ricard :

Pernod-Ricard est numéro 4 mondial du vin. Le Groupe vend 24 millions de caisses de 9 litres de vins tranquilles et pétillants dans 11 pays. Nos plus importantes filiales se situent en Australie (Jacob's Creek), en France (champagnes Mumm & Perrier-Jouët), en Nouvelle-Zélande (Montana), en Espagne (Campo Viejo) et en Argentine (Graffigna). 

Nous produisons du vin pour des marchés locaux ou pour l’export : Brésil, Mexique, Etats-Unis, Afrique du Sud, Géorgie et depuis plus récemment Inde. Le Royaume-Uni et l’Amérique du Nord sont les marchés de consommation les plus importants, à côté de certains marchés domestiques. Les plus forts potentiels de croissance se situent aux Etats-Unis, où la consommation se porte largement vers des qualités Premium, ainsi que les marchés émergents d’Asie, d’Europe de l’Est et d’Amérique latine.
 
3ème question : Vous êtes aussi, avec Mumm et Perrier- Jouet en Champagne, Martell, Bisquit à Cognac, un grand de France. D'après-vous, alors que nous sommes le plus grand vignoble généraliste du monde, qu'est-ce qui nous empêche de faire émerger des marques mondiales dans le secteur des vins tranquilles ?
 
Réponse de Patrick Ricard :

La tradition joue un rôle certain, et est peut-être un frein. Le degré hecto.

Par ailleurs, les habitudes et les mentalités ont une influence importante. En France, tout vigneron veut vendre du vin et très rarement confier la vinification à un autre. Dans le monde entier, pour nos marques, nous achetons principalement du raisin que nous vinifions.

Enfin, dans le pays où sont produits les meilleurs vins du monde, hors appellations, il est difficile d’exister. 
 
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10 février 2008 7 10 /02 /février /2008 00:01

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Dans le patelin, un village-rue sans âme, juste avant le carrefour où la N17 bute sur une auberge pour se scinder en deux, Bourrassaud demandait à Dubigeon de se ranger sur le terre-plein d’un hôtel-restaurant à colombages. À mon grand étonnement il décrétait « Nous allons nous hâter lentement. Avant de pointer notre groin là-bas, je vais passer un coup de bigophone à mon pote Mignon. Ne t’inquiète pas mon grand à mon avis ta greluche ne craint rien. Si je puis m’exprimer ainsi le coup de feu est passé et la viande refroidie peut attendre… »
-         Vous causez l’Audiard avec talent commissaire…
-          Marie-Jo me le dit souvent. Que voulez-vous je suis passé à côté du vedettariat mais il y a du Bérurier en moi, je cache bien mon jeu…
Le pauvre Dubigeon déjà fortement perturbé par l’étrange enchevêtrement de révélations sur nos vies privées, sur des chasseurs qui ne savent chez qui ils chassent, sur notre équipée dans un château loin de nos bases banlieusardes, ne put s’empêcher, avec un air de clebs qu’on prive d’affection, de quémander des explications : « ces gars dont vous causer commissaire, ce sont des collègues à nous je suppose ? »
-         Tu supposes juste mon gros, eux au moins y ne se font pas chier dans des commissariats pourris, ils font des phrases…
-         Ha bon et nous on fait quoi ici commissaire ?
-         Les cons Dubigeon, des cons qui vont se foutre dans les emmerdes…
Je le coupais avec vivacité : « Vous n’êtes pas obligés de m’accompagner. Dites-moi où se trouve le château et j’irai seul… »
- Ne prends pas le mors aux dents si vite beau gosse. J’ai peut-être l’air con mais je réfléchis. Allez, venez, on va d’abord se secouer le membre pour avoir les idées claires puis je vous expliquerai la marche à suivre pendant qu’on se tapera des vrais noirs avec une rincette au Calva. Ça nous changera de la pisse d’âne de Marie-Louise… »
 
Depuis son retour des pissotières, Bourrassaud plastronnait. Il en rajoutait des tonnes dans le style polard d’après-guerre revisité par les fabricants de nanars pour accros du cinoche du samedi soir au Rex de la Garenne-Bezons. En s’asseyant il avait coupé court à mes éventuelles objections sur le timing de l’opération en balançant, l’air faraud « j’ai eu Mignon. C’est dans la boîte.  Mon plan lui va comme un gant. Tout baigne… » Dubigeon, largué se contentait d’opiner en dodelinant sa tête de courge ornée d’une moumoute d’un roux jus de chique, ce qui avait pour effet de donner de plus en plus de gite à son postiche. Moi, stoïque j’attendais l’instant où je pourrais reprendre l’initiative. Le café du cru était pire que celui de notre enfilée matinale. Pour tenter d’endiguer les fanfaronnades de mon chef sans froisser son amour-propre je décidais d’une diversion que j’entamais lorsqu’il se jetait son second calva derrière la cravate. Comme toujours, je me crus obligé de basculer dans un pathos qui se voulait vaguement poétique : « ce carrefour, là-bas, avec cette auberge plantée dans le creux du V du Y je lui trouve un parfum de relais de poste… » Bourrassaud s’esclaffait : «  pas mieux mon neveu ! T’as tout bon petit con ! T’es tombé pile poil sur l’avant-dernier lieu de changement d’attelage de boulonnais, les chasse marée, qui se tapaient, à brides abattues, la route du poisson depuis Boulogne pour que le bourgeois de Pantruche puisse se taper la cloche d’un colin au beurre blanc tout juste pêché… » Je restais interloqué. Dubigeon, moumoute en berne me contemplait comme si j’étais le Christ ressuscité le troisième jour. Bourrassaud se gondolait pendant qu’un type, sapé comme un milord, encadrait sa haute silhouette dans l’entrée du bar.
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9 février 2008 6 09 /02 /février /2008 00:07


Dans un pays, ici l'Italie, le vin, et ses étiquettes, raconte parfois mieux l'histoire réelle, la toute petite, la quotidienne, celle qui est tout près des gens, que les livres d'Histoire avec un grand H.
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Dans les années post-68, pour les intellos français de gauche qui voulaient prendre leurs distances avec le goulag, les chars soviétiques et le bilan globalement positif des démocraties populaires, le PC italien, en comparaison de notre PCF stalino de chez stalino drivé par l'abominable Marchais,  apparaissait comme un modèle d'indépendance face à la ligne de Moscou. Et pourtant, dans sa base et chez ses dirigeants, le PCI bâti sur le modèle du grand parti frère, fonctionnait sur des bases identiques. On était plus proche du duel Peponne-Dom Camillo que des rêves fumeux des compagnons de route français du PCI et du PCF, plus à l'aise au Flore que dans les faubourgs de Naples ou les cités de la Courneuve.

Pour finir, encore un petit texte savoureux de l'impertinente Marie-Antonietta Macciocchi sur le vécu interne du PCI : " Le vice-secrétaire du Parti, Luigi Longo, réunissait au dernier étage de la Direction, une fois par semaine, de nuit, les "dirigeantes" de la commission féminine. Et il nous traitait toujours comme des fillettes idiotes, avec le même discours : "Imaginez qu'au dernier étage d'une maison de quartier se trouve une petite vieille, et que c'est à sa porte que vous devez frapper pour lui vendre le journal..." Mais, ce disant, il fixait les seins plantureux de la présidente, deux puissants boulets lisses, palpitants sous un chemisier blanc brodé de froufroutantes dentelles. La présidente se trémoussait dans la soie, se penchait, rosissait d'orgueil. Pour elle, le sein avait beaucoup d'importance. Une fois, au cours d'un voyage commun, comme nous faisions étape dans un hôtel elle me dit : "Dommage que tu es des seisn aussi petits ! Pour faire de la politique, c'est un handicap..." Dans le marx-matriarcat, toutes les femmes-chefs sur lesquelles je suis tombée avaient des seins de nourrice, coussinets rassurants où l'homme pouvait presser sa tête sans risquer le blâme de la mère." 

 

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8 février 2008 5 08 /02 /février /2008 00:01


Comme je vous l'indiquais dans ma chronique d'hier j'ai connu Philippe Manière au temps où, entre autre, il animait une tranche horaire sur BFM. Maintenant il est directeur-général de l'Institut Montaigne, un think tank créé par Claude Bébéar, chroniqueur à Enjeux-Les Echos et sur BFM.  Bourguignon d'origine, amateur de bon vin, homme d'influence, je me devais de le soumettre aux 3 questions de Vin&Cie l'espace de liberté. Merci Philippe Manière de votre confiance et de votre fidélité à un petit artisan du vin.
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1erQuestion: Gérard Mermet écrit dans «  Révolution ! Pour en finir avec les illusions françaises » que la filière vin française réunit « les principaux ingrédients du « mal français » : arrogance de certains producteurs, atomisation du secteur, contraintes imposées par les pouvoirs publics, incapacité à intégrer l’évolution des modes de vie et des mentalités, désintérêt du consommateur… Pour lui, « l’exception viticole », comme les autres exceptions à la française, est une illusion.

Qu’en pensez-vous Philippe Manière ? Le vin produit culturel de petit vigneron, les grands médias ne sont-ils pas aussi très responsables de la propagation de cette image d’Epinal rassurante ?
 
Réponse de Philippe Manière : Je crois que ce nous souffrons effectivement en France, en matière œnologique et viticole, d’une certaine myopie et d’une certaine arrogance – de ce double point de vue, il n’est pas faux que le vin concentre en quelque sorte le « mal français »… Résumons : nous avions une présence écrasante à l’international, nous avions un boulevard avec la mondialisation qui crée de nouvelles générations de consommateurs, et bien le résultat, c’est que nous reculons. Faute de qualité ou de savoir-faire ? Non ! Faute de marketing, comme c’est souvent le cas en France. Nous n’avons pas intégré une nouvelle donnée fondamentale : les nouveaux consommateurs, qu’il s’agisse d’Européens qui découvrent le plaisir du vin ou de nouveaux venus sur ce marché (asiatiques etc.) ont besoin de reconnaissance statutaire – autrement dit, de marques. Ce n’est pas par hasard si les grands triomphateurs de la mondialisation, ce sont les Vuitton et autres BMW ! Or, notre offre est dispersée et impénétrable sauf au connaisseur. Cela nous condamne à manquer une grande partie des nouveaux marchés et même à perdre des clients qui étaient résignés à la complexité française lorsque nous étions en quasi-monopole mais qui, aujourd’hui, basculent en grand nombre vers des marques (Jacob’s Creek par exemple) ou vers des vins de cépage souvent venus d’ailleurs, faciles dans tous les sens du terme – faciles à boire parce qu’ils sont gratifiants même si on ne s’y connaît pas, faciles à reconnaître et à faire reconnaître par les autres si on veut impressionner. Si nous ne nous adaptons pas, si nous n’adaptons pas notre réglementation, nous ne survivrons que comme survivent certains chapeliers ou gantiers : en vendant de petites quantités à des consommateurs connaisseurs mais vieillissants et quasi-marginaux.
 
2ième Question : Chez tous nos concurrents, la cohabitation d’une viticulture « modèle français » et d’une Wine Industrie, est assumée, revendiquée même. Pourquoi, Philippe Manière, y compris chez les décideurs économiques, financiers et politiques, en France, où nous avons le plus grand vignoble généraliste du monde, où le modèle champenois : production de raisins, assemblage, grandes marques, est le plus efficient, où le secteur, même s’il connaît des difficultés à l’export, reste un contributeur important, considère-t-on les entreprises du vin, soit comme « des danseuses » pour les grands vins, soit comme des marchands de vin pour les autres ? Pourquoi, notre grand Sud, Californie à la française, n’intéresse-t-il pas les investisseurs ? Le long terme n’a plus la cote ?
 
Réponse de Philippe Manière : Je dois dire que votre question m’étonne. Est-ce faute d’information de ma part? Il me semblait que le Sud de la France, justement, était plus ouvert que les autres grandes régions viticoles à ce modèle alternatif. Mais sans doute tout est-il relatif… Votre question met le doigt sur un problème réel, qui est la frilosité des investisseurs. Mais, pour être honnête, cette frilosité est partiellement excusable compte tenu de l’environnement culturel (allez donc voir comment les petits exploitants accueillent trop souvent, y compris dans le sud, les multinationales ou tout ce qui peut être décrit par ce vocable, fût-ce de mauvaise foi…) et par l’environnement réglementaire. Encore une fois, une entreprise vitivinicole qui, aujourd’hui, veut faire une percée, a besoin de s’appuyer sur une homogénéité du produit dans le temps supposant le mélange des millésimes, sur des marques, sur des cépages explicites – tout cela étant presque impossible sous l’empire de la législation actuelle. Il est donc hélas compréhensible que ceux qui veulent gagner de l’argent dans le vin essaient de le faire… ailleurs que chez nous.
 
3ième Question : Philippe Manière, laissons de côté les propos sérieux pour maintenant donner libre court à l’amateur de vin que vous êtes. Vos origines bourguignonnes ont-elles eut une importance dans votre formation au goût du vin ? Qu’aimez-vous ? Avez-vous une cave ? Je ne sais. Vous avez carte blanche, donnez-nous envie…
 
Réponse de Philippe Manière : Je confesse une turpitude : je suis biaisé parce que bourguignon… J’ai envie de dire que, jeune, je suis tombé dans le pinot noir et le chardonnay – qui, aujourd’hui encore, savent me procurer mes plus grands plaisirs de dégustation. Autant vous dire que les préjugés, dans ma famille et mon entourage, étaient solides contre les autres origines ! J’ai heureusement eu la chance de voyager aux Etats-Unis à 18 ans en faisant un long stop chez l’un des plus grands négociants de Boston (il était alors le principal acheteur à Beaune !) qui m’a fait comprendre que le Nouveau Monde avait aussi de remarquables vins – je pense surtout à leurs meilleurs chardonnay, sur le pinot noir, j’étais et demeure plus sceptique. Mais on ne sortait pas de mes cépages d’ « enfance »… Un peu plus tard, je suis arrivé à Paris pour mes études et pour y travailler et là, changement d’univers : le bordeaux était ultra-dominant… Je me suis fait une violence - qui s’est bientôt avérée une bien douce violence ! - et me suis converti à ces goûts nouveaux pour moi. (Nouveaux parce que, imaginez-vous que, en Bourgogne, le bordeaux est le vin que l’on offre à qui est un peu souffrant et pas en état de boire du « vrai » vin…).
Aujourd’hui, je demeure d’abord un fan des bourgognes, même si je peste régulièrement contre leur irrégularité, leur imprévisibilité. Tout ce qui se trouve autour de Chassagne en blanc et de Gevrey-Chambertin en rouge a mes suffrages– sans parler des Marsannay, à mon avis rois des rosés. Dans cette catégorie, j’apprécie aussi certains chardonnays d’autres provenances en France. Je pense au chardonnay d’Ardèche de Latour, un… bourguignon. Et au pinot noir du Jura, très belle région de production méconnue – quelle richesse de cépages ! – en particulier ceux de Rollet.  Hors pinot noir, en Jura, le poulsard et surtout le trousseau m’ont toujours séduit par leur franchise et leur caractère.
J’aime aussi, en blanc, les sauternes – Guiraud, Rayne-Vignaud, Lafaurie-Peyraguet… - et les Côtes du Jura qui mêlent si délicieusement chardonnay et savagnin (toujours chez Rollet). Je ne suis pas très fan des blancs secs de bordeaux et déteste tout ce qui est sauvignon.
En rouge, hors bourgogne, les bordeaux que j’aime sont d’abord les Moulis et les Margaux. J’ai des souvenirs exquis de Chasse-Spleen et de Ruat-Petit-Poujeaux. Mais Cos d’Estournel, Calon-Ségur ou Pez sont aussi associés, dans mon esprit, à des souvenirs très forts. Ne me parlez pas, en revanche, des « rouges frais » - je déteste TOUS les gamays ! Sauf certains Alsace – et l’on revient au pinot noir…
Enfin, j’ai découvert il y a une dizaine d’années le plaisir des Côtes du Rhône bien vinifiés – Guigal en tête – et ne m’en suis pas lassé, ni en blanc, ni en rouge. Je suis plus dubitatif sur la production du Languedoc et de Provence, mais de moins en moins au fil des bonnes surprises.
J’ai une cave assez modeste, 150 bouteilles je pense, qui tourne trop vite – je ne suis pas assez riche pour financer une rotation lente… On y trouve – trahison de ma part ou maturité ?... - 70% de Bordeaux, le reste en Bourgogne et en Jura avec une pointe de Côtes- du-Rhône.
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7 février 2008 4 07 /02 /février /2008 00:05

En des temps reculés lorsque j’étais un pti peu « célèbre », que mon Appellation d’Origine Contestée : Rapport Berthomeau provoquait dans le marigot des éléphants du vin un tsunami, on m’invitait beaucoup sur les plateaux de toutes natures : colloques, radio, télévision, pour assurer le spectacle. Comme vous vous en doutez mon ego surdimensionné s’en trouvait hautement flatté. Ainsi, je fis sur M6, avec l’électrique Emmanuel Chain, une intervention dans l’émission Capital qui bluffa ma concierge, j’y vantais entre autre le blanc limé. Mais, l’un des lieux où j’aimais le plus intervenir, c’était le studio de BFM, où Philippe Manière m’invitait régulièrement. Il appréciait ma liberté de parole et j’adorais titiller son libéralisme militant. Bref, je m’y sentais un peu chez moi. Et puis, notre homme migra à la Fondation Montaigne, le sujet vin devint, sur son aspect mondialisation, moins porteur et BFM, comme les autres médias, m’oublia. Rassurez-vous, je n’en conçu aucune amertume dans la mesure où le temps n’était plus à la parole mais à l’action. Mon club "Sans Interdit" et bien sûr mon blog Vin&Cie me permettaient de labourer les terroirs ingrats de notre beau secteur.
  
Bref, lundi dernier dans les allées du Salon des Vins de Loire je croise l’ami Andlauer qui me signale que, dans l’émission « In Vino » de BFM de samedi dernier, mon blog y fut l’objet « d’éloges » de la part de David Cobbold. Bien sûr, j’en rougis d’aise et de plaisir. Le soir venu, at home, je pod caste l’émission d’Alain Marty, 
http://www.1001podcast.com/podcast/BFM/channel5/20080202_in_vino_bfm.mp3?R=BFM%2526S=channel5%2526media_url=où sont invités Gérard Muteaud du Nouvel Obs et Michel Bernard président d’Inter-Rhône. Bref, à l’écoute mes chevilles enflent, ma tête s’envole, je bois du petit lait. Bien sûr, mon bonnet d’âne rfvéfien rabaisse un peu mon caquet mais, comme depuis je me suis soigné, je peux mettre au défi Jérôme Beaudouin de la RVF à la dictée de Bernard Pivot. Tout ça est bon pour ma petite entreprise : Vin&Cie l’espace de liberté et j’apprécie. Cependant, je tiens à rassurer David Cobbold, je ne suis pas porté disparu et ce serait avec un grand plaisir que je retournerais dans le studio de BFM pour causer avec lui et d’autres du vin dans tous ses états. Merci à Gérard Muteaud, abonné fidèle, de ses propos sur mon espace de liberté. Pour l’ami Michel Bernard, un quarante-huitard comme moi, je suis tout prêt à chroniquer sur le tourisme viticole français si l’on me donne l’occasion de découvrir en notre beau pays de quoi alimenter ma plume acérée. Comme je suis un type pratique mon téléphone est 06 80 17 78 25. Bonne journée à tous et à bientôt pour d'autres aventures. 
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6 février 2008 3 06 /02 /février /2008 00:03

 

La séquence de la semaine dernière : JPKauffmann, JMDeiss, JLThunevin, comme à l'accoutumée, a été pauvre en commentaires directs mais m'a valu quelques appels téléphoniques, dont l'un lointain : du Chili via Skype, contestant ou approuvant les propos tenus par ces trois personnalités.

 

J'aime !

Ce matin, dans la foulée du débat de la semaine passée, je vous propose des extraits de la présentation de l'essai sur le goût du vin à l'heure de sa production industrielle écrit par Michel Le Gris présenté par son éditeur comme " philosophe de formation, critique musical à ses heures, exerce à Strasbourg le métier de caviste à l'enseigne du Vinophile." 

 

 

Je rappelle que Vin&Cie est un espace de liberté et que le fait de publier des points de vue ne présuppose de ma part aucune adhésion ou une quelconque réprobation. Celui-ci, comme d'autres, va irriter certains, combler les disciples des "vins dissidents" moi, qui suis, selon la RVF, un dandy "dada" je dois vous confier, off, que je préfère me plonger dans un bon roman que de me jeter à corps perdu dans les batailles de chapelles... 

Amazon.fr - Dionysos crucifié : Essai sur le goüt du vin à l'heure ...

" Loin d'être appréhendés comme l'aboutissement d'une histoire pluri-millénaire, les produits de l'activité humaine sont souvent tenus pour l'émanation spontanée d'une nature immuable. Le monde de la vigne et des vins ne fait pas exception à cette perception naïve des choses. En dépit de ce qui le rattache encore à la nature, il a été soumis, comme bien d'autres, à des mutations que nos contemporains ne perçoivent que difficilement, alors même qu'elles ont grandement modifié, avec le goût des vins qu'ils continuent de boire, leur faculté personnelle à les apprécier (...)



"On ne niera pas que le goût des vins relève  des catégories conjointes du beau et du bon, puisqu'il participe à la formation d'un plaisir stylisé, capable de dépasser la simple appétence sensorielle. Mais, pendant que l'on nous abreuve de propos sublimes sur le vin comme oeuvre d'art, les tendances oenologiques qui prévalent de fait reconduisent inlassablement les formes les plus primaires du goût, plus aptes, il est vrai, à la conquête des marchés qu'au raffinement de la sensibilité. Loin de faire un obstacle à sa banalisation, la célébration du vin comme "produit culturel" en est devenu le prétexte et le paravent, si bien que c'est à une double perversion que nous sommes présentemment confrontés : les procédés modernes de stabilisation dénaturent les qualités alimentaires de la boisson, tandis que l'objet esthétique est affadi par sa soumission à de lucratives stratégies de simplification. Ici comme ailleurs, c'est dans la modestie et la discrétion que continue à se chercher une authentique singularité gustative, alors que s'exposent avec ostentation, sur les tréteaux de la "création artistique", des produits complices du plus plat conformisme esthétique.

 

Soumis au modernisme uniformisant ou, inversement, en quête d'effets spéciaux post-modernes, l'art viticole de cette fin de siècle est marqué par la soumission croissante du goût du vin aux exigences de la logique économique. Aux altérations de la matière première causées par une culture de la vigne axée sur les principes de l'agronomie intensive, s'est ajoutée, selon le principe de rentabilité par rotation rapide du capital, une accélération du processus de production. L'implacable logique de l'extension des marchés a conduit à adapter au goût hypostasié du "consommateur" la part de cette production anciennement réservées aux amateurs fortunés. Evoquant les démêlés de Colbert avec les négociants hollandais qui avient acquis une grande habileté dans l'art d'accommoder au goût de leurs clients des vins de qualité médiocre, l'historien Roger Dion note à juste titre que ce ministre "oubliait que le sens de l'excellence du vin naturel est le fruit d'une éducation que le grand nombre des consommateurs du Nord était hors d'état d'acquérir". Loin d'être périmée, c'est sur les consommateurs des pays producteurs qu'une telle remarque tombe maintenant d'aplomb.


Dans une perspective qui soumet règles de production et critères d'appréciation à la simple réussite commerciale, il n'est pas prévu d'interroger l'origine et la nature de ce fameux "goût de consommateur". Quant à y voir le résultat d'un conditionnement économique et industriel, la pensée post-moderne y décèlerait aussitôt la manifestation d'un caractère suspicieux, maladivement porté à la contestation. Affranchi d'un si vilain soupçon, le "goût du consommateur" devient inversement l'alibi de toutes les mutations techniques profitables, puisque chaque sphère de l'activité industrielle et commerciale le découvre comme un invariant qu'il lui faut opportunément prendre en considération, sans s'estimer aucunement responsable de sa récente apparition. Mais, un tel goût n'en est pas moins le corollaire obligé de la logique économique parvenue au stade, où, par le truchement de la technique, elle fait progressivement main basse sur tous ces aspects de l'univers sensoriel qui étaient jusqu'ici parvenus à se soustraire à son emprise (...)



"Mon propos n'est, en aucune manière, de disqualifier tout projet visant à évaluer les moyens et les procédés de la vinification à l'aulne d'une raison qui possède, ici comme ailleurs, une indéniable dimension émancipatrice face au simple "laissez faire la nature", slogan cache-misère de toutes les traditions dégénérées en routines ; mais bien bien de prendre conscience que dans un univers sensoriel aussi riche de potentialités que celui du goût des vins, toute perception abusive du but à atteindre conduit fatalement à un rétrécissement plutôt qu'à un élargissement de la matière, et avec elle de la sensibilité gustative. Concevoir le vin comme le simple produit d'une fabrication, c'est ravaler au rang de la production mécanisée un art capable d'associer la rigueur de l'exécution à la liberté du résultat. Originellement vouée à combattre les effets indésirables liés à toute production naturelle, c'est cette liberté fondamentale des vins que l'oenologie scientifique en est venue à mépriser. l'existence précaire de quelques oenologues dissidents, à la sensibilité préservée de tout scientisme, ne change rien à un tel constat."  

 

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